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Full text of "Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers depuis les temps les plus anciens jusqu'à la chute de la dynastie mandchoue"

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in  2009  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/histoiregnra02cord 


HENRI    CORDIER 

MBMBRB  DE  L'INSTITUT 


HISTOIRE  GÉNÉRALE 
DE  LA  CHINE 

ET  DE  SES  RELATIONS  AVEC  LES  PAYS 
ÉTRANGERS 

DEPUIS   LES  TEMPS    LES   PLUS  ANCIENS   JUSQU'A   LA    CHUTE 
DE  LA    DYNASTIE   MANDCHOUE 


II 


DEPUIS  LES   CINQ   DYNASTIES   (907) 
jusqu'à  LA  CHUTE  DES  MONGOLS   (l368). 


LIBRAIRIE  PAUL  GEUTHNER 

13.  RUE  JACOB.  PARIS  (VI«).  1920 


DU  MÊME  AUTEUR  : 

Cordier  (H.)  Bibliotheca  Sinica  :  Dictionnaire  biblio- 
graphique des  ouvrages  relatifs  à  l'Empire  chinois,  2®  éd., 
considérablement  augmentée,  8  fasc,  gr.  in-8,  1904-8. 

—  Bibliotheca  Indosinica  :  Dictionnaire  bibliographique 
des  ouvrages  relatifs  à  la  Péninsule  indochinoise,  4  vol., 
(3030  colonnes}  gr.  in-8,  Befeo,  1912-15. 

Tome  I  :  Birmanie,  Assara,  Siam,  Laos.  —  II  :  Péninsule 
malaise.  —  III-IV  :  Indo-Chine  française.  — 

—  BibUotheca  Japonica  :  Dictionnaire  bibUographique 
des  ouvrages  relatifs  à  l'Empire  japonais,  rangés  par  ordre 
chronologique  jusqu'à  1870,  suivis  d'un  appendice  renfer- 
mant la  Hste  alphabétique  des  principaux  ouvrages  parus 
de  1870  à  1912,  XII  pp.  et  762  colonnes,  gr.  in-8.  Publ.  de 
l'Éc.  des  Langues  or.  viv.,  19 13. 

—  Histoire  des  relations  de  la  Chine  avec  les  Puissances 
occidentales,  1860-1900,  3  vol.  in-8,  avec  cartes,  BHC,  1913. 

—  L'Expédition  de  Chine  de  1857-58,  in-8,  BHC,  1905. 

—  L'Expédition  de  Chine  de  1860,  in-8,  BHC,  1906. 


HISTOIRE    GÉNÉRALE 


DE    LA   CHINE 


DS 

eu 

t.  2- 


HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  CHINE 


CHAPITRE  PREMIER 

Les  Cinq  Dynasties  :  Woii  Tai. 

CETTE  période  d'anarchie  de  cinquante-trois  ans, 
qui  succéda  à  la  longue  administration  des  T'ang, 
est  désignée  dans  l'histoire  de  la  Chine,  sous  le  nom 
de  Wou  Tai,  les  «  Cinq  Familles  »,  ou  «  Cinq  Dynasties  », 
ou  de  Heou  Wou  Tai,  les  «  Cinq  Familles  postérieures-  », 
pour  les  distinguer  des  Ts'iex  Wou  Tai,  les  «  Cinq  Familles 
antérieures  »  qui  régnèrent  entre  les  Tsin  et  les  T'ang.  Ces 
Cinq  Familles  qui  n'ont  d'ailleurs  exercé  l'autorité  que 
sur  une  petite  partie  de  la  Chine,  sont  par  ordre  de  succes- 
sion, les  Heou  Leang,  les  Heou  T'ang,  les  Heou  Tsix,  les 
Heou  Han  et  les  Heou  Tcheou. 

Il  faut  avouer  que  cette  période  de  l'histoire  de  Chine 
n'offre  qu'un  médiocre  intérêt;  ces  chefs  qui  convoitent 
le  titre  d'empereur,  qui  n'ont  pour  objectif  que  la  conquête 
des  terres  de  leurs  voisins,  guidés  seulement  par  l'ambition, 
le  lucre  et  leur  ardeur  combative,  sans  idées  générales, 
hommes  grossiers,  sans  éducation,  superstitieux,  ne  redou- 
dant  que  les  sorciers  et  leur  magie,  rappellent  certains 
barons  de  notre  féodalité,  véritables  animaux  de  proie, 
guettant  la  victime  sur  laquelle  ils  se  jetaient  au  moment 
favorable,  pillant  villes  et  campagnes  pour  recueillir  le 
butin  qu'ils  accumulaient  dans  leurs  repaires  fortifiés.  Pas 
une  idée  politique,  pas  une  idée  morale,  pas  une  idée  noble, 
la  force  brutale  leur  seul  mo3'en  d'action,  le  vol,  le  meurtre 
les  seuls  buts  de  leur  conduite;  à  peine  retenus,  non  par 
un  véritable  sentiment  religieux,  mais  par  une  terreur 
superstitieuse  de  forces  impondérables  qu'ils  ne  comprennent 
pas,  mais  dont  ils  connaissent  et  redoutent  les  effets.  La 
faiblesse  des  empereurs,  la  puissance  des  gouverneurs 
causent  une  anarchie  dont  souffre  tout  le  pays. 


6  HISTOIRE   GENERALE   DE   LA   CHINE 

XIV^  Dynastie  :  les  Heou  Leang  ou  Leang  Postérieurs. 

TcHOU  Wen,  jadis  Tchou  San,  perfide  et  débauché,  qui 
ne  se  distinguait  ni  par  une  intelligence  supérieure,  ni  par 
des  talents  d'administrateur,  ni  par  une  grande  bravoure 
sur  les  champs  de  bataille,  avait  été  servi  par  les  circons- 
tances, la  faiblesse  et  l'incapacité  des  derniers  T'ang,  la 
rivalité  des  gouverneurs  de  province,  l'anarchie  dans  la 
direction  des  affaires,  surtout  par  son  absence  de  tout 
scrupule  jointe  à  une  cruauté  sans  égale.  Simple  particu- 
lier à  Tang  Chan  (Kiang  Nan),  rebelle  avec  Houang  Tch'ao, 
ayant  reçu  de  l'empereur  un  emploi  dans  son  armée,  il 
réussit  à  se  substituer  au  Fils  du  Ciel.  Quand  il  monta  sur  ' 
le  trône,  le  grand  ancêtre.  T'ai  Tsou,  d'une  nouvelle 
dynastie,  les  Heou  Leang  (Leang  Postérieurs),  il  y  appor- 
ta les  germes  de  la  ruine  rapide  de  sa  famille  et  il  ne  tarda 
pas  à  s'apercevoir  que  le  titre  d'empereur  ne  suffisait  pas 
à  conférer  la  toute  puissance  et  que  le  cadre  exigu  dans 
lequel  il  exerçait  le  pouvoir  était  pressé  de  toutes  parts  par 
des  chefs  qui  s'étaient  rendus  plus  ou  moins  indépendants 
et  ne  redoutaient  nullement  un  usurpateur  qu'ils  savaient 
possible  de  renverser  quand  ils  le  voudraient.  Le  Fils  du 
Ciel  se  trouvait  dans  une  position  analogue  à  celle  du  roi 
de  France  en  présence  de  ses  grands  feudataires  et  à  tout 
moment  pouvait  surgir  une  Ligue  du  Bien  Public  pour  faire 
chanceler  ou  renverser  un  souverain  qui  avait  les  appa- 
rences plus  que  la  réahté  du  pouvoir. 

Sans  les  faire  entrer  dans  ses  intérêts,  Tchou  Wen,  renon- 
çant à  gagner  les  grands  gouverneurs,  combla  de  ses  faveurs 
Ma  Yin,  Ts'ien  Lieou,  Lieou  Yin,  Wang  Chen-tche  et 
Kao  Ki-tchang.  Un  seul  homme  repoussa  ses  avances  : 
son  propre  frère  aîné,  Tchou  Ts'iouen,  qui  déclina  le  titre 
de  prince,  abandonna  même  la  cour,  et  se  retira  dans  son 
pays  au  Tang  Chan,  montrant  ainsi  qu'il  était  étranger 
aux  crimes  de  Tchou  Wen,  mais  il  ne  put  empêcher  celui-ci 
de  créer  princes  du  premier  ordre,  ses  trois  fils  à  lui  Tchou 
Ts'iouen. 

Ma  Yin  possédait  23  villes  dans  le  Hou  Kouang  qui  con- 


HEOU  LEANG  y 

stituaient  son  royaume  de  Tchou  sur  lequel  il  régna  34  ans, 
depuis  896;  il  eut  pour  successeurs  ses  fils  Hi  Ching, 
3  ans;  Hi  Fan,  15  ans;  Hi  Kouang,  3  ans;  Hi  Wou,  un 
an;  Hi  Tsoung,  9  mois;  ce  royaume  disparut  en  951,  après 
avoir  duré  56  ans,  sous  six  princes. 

Wang  Chen-tche  était  maître  du  royaume  de  Yin  ou  de 
Min  depuis  892  ;  il  régna  34  ans  à  Fou  Tcheou  et  mourut  à 
la  12^  lune  de  925;  il  eut  cinq  successeurs;  ses  fils  Wang 
Yen-han,  un  an,  tué  à  la  12^  lune  de  926,  et  Wang  Yen- 
Kiun  (Houei  Tsoung),  9  ans,  tué  à  la  lo^  lune  de  935 ;  Wang 
Ki-ping  (Wang  Tch'ang,  K'ang  Tsoung),  fils  de  ce  dernier, 
3  ans,  tué  à  la  7^  lune  de  939;  Wang  Hi  (King  Tsoung), 
fils  de  Chen-tche,  6  ans,  tué  à  la  6^  lune  de  944;  Wang 
Yen-tch'eng,  également  fils  de  Chen-tche,  4  ans,  qui 
s'était  proclamé  roi  à  Kien  Tcheou  en  942  et  avait  pris 
Ta  Ying-Kouo  pour  son  titre  dynastique;  lorsque  son 
frère  eut  été  tué,  il  transféra  sa  capitale  à  Fou  Tcheou  et 
changea  son  titre  d^-nastique  en  celui  de  Ta  Min-Kouo.  Ce 
royaume,  qui  comprenait  cinq  villes  du  Fou  Kien,  cessa 
d'exister  en  946;  Wang  Yen-tch'eng  s'était  soumis  au 
Nan  T'ang  en  944,  à  la  8®  lune  et  mourut  en  951. 

Les  K'i  Tan  qui  avaient  déjà  causé  tant  de  soucis  à  la 
Chine,  allaient  avec  un  chef  entreprenant,  prendre  part  à 
la  curée  et  créer  une  dynastie,  celle  des  Leao,  qui  après  avoir 
régné  sur  le  nord  de  la  Chine,  ayant  été  repoussée  par  les 
KiN  en  1125,  devait  régner  sur  l'Asie  Centrale  jusqu'à 
la  fin  du  xii^  siècle.  Sous  l'empereur  Hi  Tsoung,  des  T'ang, 
les  K'i  Tan  étaient  répartis  en  huit  hordes  campées  sur  le 
Kara  Mouren,  le  Sira  Mouren,  et  autres  fleuves  de  Mongo- 
lie, pouvant  mettre  chacune  sur  pied  un  effectif  de  10,000 
hommes;  tous  les  trois  ans,  ils  choisissaient  un  chef  dont 
les  pouvoirs  n'étaient  pas  renouvelables  ^  Il  arrivaque  l'un 
de  ces  chefs,  Ye-liu  A-pao-ki,  qui  s'était  illustré  par  ses 
conquêtes,  en  particulier  par  celles  du  pays  des  Ta  Tche, 
dans  le  Yin  Chan,  et  des  Hi  au  sud  des  K'i  Tan,  près  de 
la  Grande  Muraille,  dans  le  Tche  Li,  au  nord-est  de  Kou 
pe  k'eou,  voulut  garder  le  pouvoir  à  l'expiration   de  ses 

r.  Mailla,  VII,  p.  iiS  . 


8  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE  . 

fonctions;  en  conséquence,  il  se  retira  avec  sa  horde,  et  alla 
s'établir  au  pays  de  Han  Tcheng,  <(  près  d'un  lac  dont  les 
eaux  lui  donnèrent  du  sel  en  abondance  :  il  en  fit  labourer 
les  terres,  où  il  sema  cinq  sortes  de  grains  qui  donnèrent 
une  abondante  récolte,  et  par  ce  moyen  il  se  procura  la 
facilité  de  subsister  sans  le  secours  de  personne.  »  ^  Puis, 
a3'ant  exercé  ses  sujets  au  maniement  des  armes,  il  attaqua 
les  sept  hordes  qui  avaient  refusé  de  le  laisser  au  pouvoir 
et  les  soumit  ;  marchant  ensuite  au  nord  il  conquit  les 
royaumes  de  Che  Wei  et  de  Niu  Tche;  ensuite,  à  l'ouest,  il  ■ 
conquit  tout  l'ancien  domaine  des  Tou  Kiue;  devenu  puis- 
sant, il  compara  sa  force  à  celle  des  gouverneurs  de  la 
Chine,  à  celle  même  du  Fils  du  Ciel,  et  il  songea  à  la  con- 
quête de  l'Empire.  Il  fallait  toutefois  agir  avec  prudence. 

Li  K'o-YOUXG  lui  parut  le  plus  redoutable  de  tous  ces 
chefs,  aussi  voulut-il  gagner  son  amitié.  A  pao-ki  se  rendit 
de  Parin,  son  campement,  sur  le  Kara  mouren,  chez  Li 
K'o-young,  aux  environs  de  Ta  T'oung  fou  (905)  et  les 
deux  chefs  se  jurèrent  fidélité  ;  au  banquet  qui  suivit,  A-pao- 
ki  s'étant  enivré,  on  conseilla  à  son  hôte  de  l'arrêter,  mais 
Li  était  trop  honnête  pour  manquer  à  la  foi  jurée;  en 
revanche,  A-pao-ki  ne  fut  pas  longtemps  avant  d'oublier 
ses  serments,  et  dès  que  Tchou  Wen  fut  monté  sur  le  trône, 
le  Barbare  lui  offrit  son  alliance  que  l'empereur  s'abstint 
prudemment  d'accepter,  tout  en  donnant  de  bonnes  paroles 
et  en  offrant  des  présents  aux  envoyés  du  chef  K'iTan  qui, 
resté  sans  appui,  fut  obligé  de  renoncer  momentanément 
à  ses  projets  ambitieux  (907). 

Tchou  Wen  voyant  en  Li  K'o-young  le  principal  obstacle 
à  l'extension  de  sa  puissance  envoya  son  général  Kang 
HouAi-TCHEN  avec  une  armée  considérable  mettre  le  siège 
devant  Lou  Tcheou  (Lou  Nan  fou,  au  Chan  Si)  qui  appar- 
tenait à  son  ennemi.  Mais  Li  K'o-young  envoya  au  secours 
de  Li  Se-tchao,  gouverneur  de  la  ville,  Tcheou  Te-wei; 
Kang  Houai-tchen  défait  est  remplacé  par  Li  Se-ngan  qui 
ne  réussit  pas  mieux;  malheureusement  le  prince  de  Tsin 
meurt  à  T'aï  Youen,  à  la  première  lune  de  908  (23  février),  âgé 

I.  Maiila,  VII,  p.   119. 


HEOU    LEANG  9 

de  cinquante-trois  ans;  il  avait  refusé  le  titre  d'empereur 
et  fut  remplacé  par  son  fils  Li  Ts'ouen-hiu  qui  allait  se 
montrer  digne  de  son  père  ;  il  devait  détruire  les  Heou  Leang 
et  fut  le  premier  empereur  des  Heou  T'ang;  il  «  avait  toutes 
les  qualités  propres  pour  faire  un  très  grand  souverain; 
mais  il  n'eut  pas  assez  d'attention  pour  se  corriger  de  ses 
défauts,  et  l'amour  des  femmes  le  perdit  entièrement  ^  ». 
Aucun  trouble  ne  signala  son  avènement,  en  sorte  que  les 
craintes  de  Tcheou  Te-wei  qui  avait  abandonné  Lou  Tcheou 
dans  cette  éventualité  ne  furent  pas  justifiées.  T'ai  Tsou, 
irrité  de  voir  que  Li  Se-ngan  ne  faisait  aucun  progrès,  se 
rend  à  son  camp  près  de  Lou  Tcheou,  le  casse,  et  n'obte- 
nant pas  lui-même  la  reddition  de  la  place,  il  retourne  à 
Pien  Tcheou  (K'ai  Foung),  ne  laissant  pas  d'instructions 
à  ses  troupes  qui  sont  surprises  et  écrasées  par  Li  Ts'ouen- 
hiu,  Tcheou  Te-wei  et  Li  Se-youen;  le  siège  de  Lou  Tcheou 
est  levé,  et  Li  Ts'ouen-hiu,  non  moins  sage  que  brave, 
retourne  à  Tsin  Yang  où  il  s'applique  à  gouverner  ses  états. 

A  la  cinquième  lune  de  908,  le  prince  de  Houai  Nan, 
Yang  Wou,  fils  et  héritier  de  Yang  Hing-mi,  fut  assassiné 
par  ses  généraux  Tchang  Hao  et  Siu  Wen;  le  premier 
aurait  bien  voulu  s'erçiparer  du  pouvoir,  mais  les  soldats, 
par  l'influence  de  Yen  Ko-kieou,  lui  préférèrent  Yang 
Loung-yen,  le  frère  cadet  de  Yang  Wou.  Peu  après,  Tchang 
Hao  fut  tué  par  ordre  de  Yen  Ko-kieou,  de  complicité 
avec  Siu  Wen;  celui-ci  devint  le  ministre  de  Yang  Loung- 
yen,  tandis  que  Yen  était  mis  à  la  tête  des  troupes. 

Yen  Ko-kieou  attaqua  le  prince  de  Wou  Yue,  Ts'ien 
Lieou,  et  envoya  Tcheou  Pen  faire  le  siège  de  Sou  Tcheou 
au  Kiang  Nan,  mais  celui-ci  fut  battu  et  obligé  de  fuir. 

A  la  septième  lune  de  909,  Wei  Ts'iouex-foung,  gou- 
verneur de  Fou  Tcheou,  sachant  que  Houng  Tcheou  (Nan 
Tch'ang),  dépefïdant  du  prince  de  Houai  Nan,  n'avait 
qu'une  faible  garnison  commandée  par  Lieou  Wei,  réunit 
les  troupes  de  Sin  Tcheou,  de  Youen  Tcheou  et  de  Ki  Tcheou 
et  mit  le  siège  devant  la  ville.  Lieou  Wei  demanda  aussitôt 
du  secours  à  Kouang  Ling  et  Wei  Ts'iouen-foung  craignant 

I.  Gaubil,  T'an^;,  p.  362. 


10  HISTOIRE   GENERALE    DE   LA   CHINE 

une  surprise  se  retira  à  Siang  va  tan,  au  sud  de  Nan- 
Tch'ang;  d'autre  part,  le  prince  de  Tchou,  Ma  Yin,  envoyait 
des  secours  à  ce  dernier  tout  en  se  préparant  lui-même  à 
faire  le  siège  de  Kao  Ngan.  Sur  ces  entrefaites,  le  général 
Tcheou  Pen  est  envoyé  avec  7,000  hommes  de  Kouang 
Ling  et  fait  Wei  Ts'iouen-foung  prisonnier,  puis  il  s'empare 
de  Youen  Tcheou  et  de  Sin  Tcheou,  et  en  peu  de  temps  il 
place  tout  le  Kiang  Si  sous  la  domination  du  prince  de 
Houai  Nan. 

L'empereur,  furieux  de  voir  s'agrandir  la  puissance  de 
ses  vassaux,  passa  sa  mauvaise  humeur  sur  Wang  Tchoung- 
SE,  gouverneur  de  Tch'ang-Ngan,  qu'il  força  à  se  suicider, 
à  la  grande  irritation  des  Grands,  en  particulier  de  Lieou 
TcHE-HiuN  que  T'ai  Tsou,  pour  le  calmer,  éleva  à  une  haute 
dignité,  en  lui  donnant  l'ordre  de  venir  en  prendre  posses- 
sion 1.  Mais  prévenu  par  Lieou  Tche-houan,  son  frère,  du 
danger  que  sa  vie  courrait  s'il  se  rendait  aux  ordres  de 
l'empereur,  Lieou  Tche-hiun,  avec  la  ville  de  T'oung 
Tcheou  dont  il  était  gouverneur,  se  soumit  à  Li  Meou-tchen, 
prince  de  Ki,  força  Houa  Tcheou,  fit  occuper  T'oung 
Kouan,  passe  importante,  et,  ayant  gagné  la  garnison,  il 
se  fit  remettre  la  ville  de  Tchang  Ngan,  dont  le  gouverneur 
Lieou  Han,  successeur  de  l'infortuné  Wang  Tchoung-se, 
fut  expédié  à  Li  Meou-tchen  qui  le  fit  mettre  à  mort.  Lieou 
Tche-hiun,  privé  de  ses  titres  et  de  ses  emplois  par  l'empe- 
reur, en  compensation  eut  la  faveur  de  Li  Meou-tchen  qui 
lui  ordonna  de  s'emparer  de  Ling  Tcheou  (qio)  où  il  veut 
l'établir;  le  gouverneur  de  SouFang  (Ning  Hia  Wei),  Han 
Sun,  appelle  au  secours  de  la  place  le  général  impérial 
Kang  Houai-tchen  qui  fait  lever  le  siège,  mais  il  est  surpris 
dans  une  embuscade  par  Lieou  Tche-hiun  qui,  avant  de  se 
représenter  devant  Ling  Tcheou  l'année  suivante,  s'allie 
au  prince  de  Tsin  pour  prendre  Hiao  Tcheou  où  ils  sont 
rejoints  par  Li  Meou-tchen,  toutefois  les  confédérés  sont 
obligés  de  se  retirer  devant  les  troupes  impériales. 

T'ai  Tsou,  toujours  ombrageux,  voulait  déposséder  le 
prince  de  Tchao,  Wang  Joung,  qu'il  soupçonnait  d'entre- 

I.  Mailla,  VII.  p.  135. 


HEOU   LEANG  II 

tenir  des  intelligences  avec  son  voisin  le  prince  de  Tsin, 
et  le  transférer  à  Ye,  dont  le  piince  Lo  Chao-wei  venait 
de  mourir  à  propos.  Wang  Joiing,  loin  d'obéir,  entra  avec 
Wang  Tchou-tche,  gouverneur  de  Yi  Wou,  dans  une 
ligue  dont  le  chef  fut  le  prince  de  Tsin;  Lieou  Cheou- 
KOUANG,  prince  de  Yen,  refusa  d'entrer  dans  la  ligue.  L'em- 
pereur attaqua  Wang  Joung  qui  appela  à  son  secours  le 
prince  de  Tsin  qui  accourut  avec  le  prince  Tcheou  Tou-wei. 
Après  des  engagements  divers,  les  Impériaux  sont  battus 
et  Tcheou  Tou-wei  poursuit  ses  conquêtes. 

Lieoii  Cheou-kouang  essaie  alors  vainement  d'entrer 
dans  la  ligue  et  se  fait  reconnaître  empereur  le  jour  même 
où  les  K'i  Tan  lui  enlèvent  Pien  Tcheou  (K'ai  Foung)  ;  il 
voudrait  arracher  Yi  Tcheou  et  Ting  Tcheou  (Tche  Li)  au 
prince  de  Tchao,  mais  il  est  chassé  par  le  prince  de  Tsin 
qui  le  fait  attaquer  près  de  Ki  K'eou,  par  Wang  Te-ming, 
fils  de  Wang  Joung,  et  Tchexg  Yen,  général  de  Yi  Wou  ; 
ceux-ci  s'emparent  de  Ki  K'eou  et  de  Tcho  Tcheou,  tandis 
que  l'armée  principale  de  Tsin,  commandée  par  Tcheou 
Te-wei,  s'avance  vers  Yeou  Tcheou.  Lieou  Cheou-kouang, 
affolé,  s'adresse  à  la  Cour  Impériale  pour  obtenir  des 
secours  ;  T'ai  Tsou  se  place  lui-même  à  la  tête  de  ses  aimées, 
mais  il  est  mis  en  fuite  par  Li  Ts'ouen-chen,  Se  Kien-tang 
et  Li  Se-koung,  et  obligé  de  se  retirer  à  Lo  Yang,  il  ne  sur- 
vécut que  peu  de  temps  à  son  désastre  (912). 

Tombé  gravement  malade,  il  choisit  pour  lui  succéder- 
son  fils  aîné,  TcHOU  Yeou-yin  étant  mort  —  son  second 
fils,  TcHOU  Yeou-wen,  dont  il  avait  fait  le  gouverneur  de 
Pien  Tcheou;  pour  donner  satisfaction  à  l'ambition  de  son 
troisième  fils,  Tchou  Yeou-kouei,  ennemi  de  Tchou 
Yeou-wen,  et  aussi  pour  l'éloigner  de  la  cour,  T'ai  Tsou  le 
nomma  gouverneur  de  Lai  Tcheou.  Tchou  Yeou-kouei  réso- 
lut de  se  venger;  dans  la  nuit  du  17  au  18  juillet  912,  ayant 
gagné  le  commandant  de  la  garde  Han  K'ixg,  il  pénétra 
avec  des  complices  dans  le  palais  de  son  père  à  Lo  Yang. 
Quand  T'ai  Tsou  le  vit  entrer  dans  la  chambre  pour  l'assas- 
siner, il  lui  dit  :  «  Fils  dénaturé,  je  me  repens  bien  de  ne 
t'avoir  pas  fait  mourir.  »  Le  fils  dit  à  son  père  :  «  Misérable 


12  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

vieux  voleur,  tu  dois  être  mis  en  pièces  ».  Après  ces  paroles, 
il  le  fit  poignarder.  Ainsi  mourut  T'ai  Tsou,  âgé  de  6i  ans.  >;  ^ 
(6^  lune  de  912.) 

Supposant  un  ordre  de  son  père,  Tchou  Yeou-kouei,  sous 
prétexte  d'éviter  des  troubles,  fait  mettre  à  mort  Tchou 
Yeou-wen  par  son  frère  cadet  Tchou  Yeou-tcheng,  mais 
ce  dernier  apprenant  qu'il  a  été  l'instrument  d'un  crime, 
prend  la  résolution  de  châtier  le  coupable.  Tchou  Yeou-kouei 
et  sa  femme,  cernés  dans  le  palais  de  Lo  Yang  avec  l'esclave 
assassin  de  T'ai  Tsou, -sont  tués  par  ce  dernier  qui  se  sui- 
cide ensuite. 

Tchou  Yeou-tcheng  est  alors  acclamé  empereur  et  il  prend 
possession  du  pouvoir  à  Pien  Tcheou. 

Pendant  ce  temps,  le  prince  de  Tsin  poursuivait  la  guerre 
contre  Lieou  Cheou-kouang,  prince  de  Yen,  qui,  réduit 
aux  abois,  envoie  Youen  Hing-kin  au  nord  pour  essayer 
de  lever  des  recrues,  tandis  que  lui-même  rejoint  les  K'i 
Tan  et  charge  Kao  Hing-kouei  de  commander  à  Wou 
Tcheou  (Siouen  Houa  fou,  dans  le  Tche  Li).  Mais  l'un  des 
généraux  de  Tsin,  Li  Se-youen,  enlève  huit  groupes  de 
ces  recrues  et  entreprend  le  siège  de  Wou  Tcheou  ;  Kao  Hing- 
kouei,  peu  satisfait  du  prince  de  Yen,  lui  remet  la  ville,  en 
même  temps  qu'il  faisait  sa  soumission  au  prince  de  Tsin. 
Youen  Hing-kin  s'étant  hasardé  à  attaquer  Kao  Hing- 
kouei,  le  frère  de  celui-ci,  Kao  Htng-tcheou  appelle  Li 
Se-youen,  qui  oblige  le  général  de  Yen  à  mettre  bas  les 
armes  et  à  se  rendre  au  prince  de  Tsin. 

Lieou  Cheou-kouang  tente  vainement  de  faire  la  paix 
avec  Tsin  alors  que  Tcheou  Te-wei  attaquait  la  ville  de 
Yeou  Tcheou,  mais  ce  dernier  refuse  d'entamer  des  pour- 
parlers* avec  lui  et  envoie  l'un  de  ses  généraux,  Lieou 
Kouang,  occuper  P'ing  Tcheou  (Young  P'ing  fou)  et  Ying 
Tcheou  (Tchang  Lié  hien,  Tche  Li).  Le  prince  de  Yen  est 
abandonné  de  tous;  les  K'i  Tan  qui  n'ont  pas  en  lui  la 
moindre  confiance,  lui  refusent  tout  secours,  et  le  malheureux 
Lieou  Cheou-kouang,  fait  prisonnier  ainsi  que  Lieou  Jen- 
koung  par  le  prince  de  Tsin  après  la  capture  de  Yeou 

I.  Gaubil,  T'ano,  pp.  364-5. 


HEOU  LEANG  I3 

Tcheou,  a  la  tête  tranchée;  Lieou  Jen-koung  conduit  au 
tombeau  de  Li  K'o-young  à  T'ai  Tcheou,  subit  le  même 
sort  (914).  ^ 

Après  la  prise  de  Yeou  Tcheou,  le  prince  de  Tsin  desirait 
faire  la  guerre  à  l'empereur  et  il  ordonna  à  Wang  Joung, 
prince  de  Tchao,  de  se  joindre  à  Tclieou  Te-wei  pour  faire  le 
siège  de  Hing  Tcheou,  mais  l'un  des  généraux  de  Mou  Ti, 
Yang  Se-heou,  réussit  à  parer  le  coup;  l'empereur,  tra- 
vaillé par  les  envieux,  enleva  au  vainqueur  son  gouverne- 
ment de  Tien  Hioung  qui  s'étendait  sur  six  départements 
et  nomma  Ho  Te-louex,  gouverneur  de  Wei  Tcheou 
(Taï  Ming  fou,  Tche  Li)  et  Tchang  Yun,  gouverneur  de 
Siang  Tcheou  (Tchang  Te  Fou,  Ho  Nan)  ;  on  commit  en 
outre  la  maladresse  de  vouloir  retirer  de  Wei  Tcheou  une 
partie  des  troupes  pour  les  envoyer  à  Siang  Tcheou,  ce  qui 
amena  une  révolte  des  soldats  —  dont  l'emploi  était  hérédi- 
taire —  qui  se  saisirent  de  Ho  Te-louen  ;  ce  dernier  fut  forcé 
par  Tchang  Yen,  un  de  ses  officiers,  à  demander  du  secours 
au  prince  de  Tsin  contre  les  troupe?  impériales  commandées 
par  Lieou  Siun  et  envo^-ées  contre  les  rebelles.  Le  prince 
de  Tsin  expédie  avec  Li  Tsoun-chen  des  troupes  qu'il 
rejoint  peu  de  temps  après;  averti  par  Ho  Te-louen  de  l'am- 
bition de  Tchang  Yen,  le  prince  de  Tsin  fait  exécuter  ce 
dernier  avec  sept  de  ses  complices  et  calme  la  sédition; 
reçu  à  Wei  Tcheou  par  Ho  Te-louen  qui  lui  remet  le  sceau  du 
gouvernement,  il  nomme  celui-ci  gouverneur  de  T'ai  Toung. 
Poursuivant  sa  campagne,  le  prince  de  Tsin  s'empare  de 
Te  Tcheou  et  de  Tchen  Tcheou  (K'ai  Tcheou,  Tche  Li), 
mais  cette  dernière  ville  est  reprise  par  Lieou  Siun  après 
Lin  Ts'ing.  Lieou  Siun,  obligé  malgré  lui  par  l'empereur,  à 
Uvrer  une  bataille  rangée  aux  troupes  de  Tsin,  fut  battu 
par  Lin  Tsoun-chen  (916).  Cette  défaite  produisit  la  plus 
fâcheuse  impression  sur  les  gouverneurs  des  provinces  de 
l'Empire,  en  particulier  sur  Lieou  Yen  gouverneur  de  Nan- 
Hai,  auquel  l'empereur  avait  refusé  le  titre  de  gouverneur 
de  Nan  Yue  ^,  qui  refusa  de  payer  le  tribut  et  se  déclara  in- 

1.  Mailla,  VII,  p.  160. 

2.  Ibid.,  p.  167. 


14  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

dépendant.  Lieou  Siun  subit  une  terrible  et  nouvelle 
défaite  (916)  et  s'enfuit  à  Houa  Tcheou,  tandis  que  Siang 
Tcheou,  Wei  Tcheou,  Hing  Tcheou  et  tout  le  nord  du  Houang 
Ho  tombent  entre  les  mains  du  vainqueur  qui  est  arrêté 
devant  Pei  Tcheou  par  la  bravoure  de  la  garnison;  celle-ci, 
réduite  par  la  famine,  est  obligée  de  se  rendre  ;  elle  est 
entièrement  massacrée.  Le  prince  de  Tsin  était  complète- 
ment maître  du  Ho  Pe  1. 

A  cette  époque,  le  chef  des  K'i  Tan,  A-pao-ki,  se  procla- 
mait Houang  Ti,  donnait  à  la  princesse  Chou  Liu,  sa 
femme,  le  titre  d'impératrice,  et  choisissait  la  désignation 
de  Leao  pour  sa  dynastie  (916).  Limitrophes  des  Tsin,  les 
K'i  Tan  profitant  de  la  négligence  de  Tcheou  Te-wei  s'em- 
parèrent de  la  passe  Yu  (Yu  kouan)  qui  les  rendit  maîtres 
des  territoires  de  Ying  Tcheou  (Tchang  Li  hien)  et  de  P'ing 
Tcheou  (Young  P'ing  fou).  A-pao-ki  s'empare  de  Sin  Tcheou 
et  inflige  une  grande  défaite  à  Tcheou  Te-wei  venu  au 
secours  de  cette  place,  puis  il  met  devant  Yeou  Tcheou  le 
siège  que  les  troupes  de  Tsin  l'obligent  à  lever  (917)-  Les 
circonstances  favorisent  le  prince  de  Tsin  qui,  grâce  à  un 
hiver  rigoureux,  peut  franchir  le  Houang  Ho  sur  la  glace 
et  s'empare  de  Yang  Lieou  d'où  l'empereur,  venu  de  Leang 
Tcheou  pour  se  rendre  à  Lo  Yang  pour  sacrifier  au  T'ien, 
était  obligé  de  fuir  à  la  nouvelle  de  l'avance  de  l'ennemi. 
Mou  Ti  envoya  Sie  Yen-tchang  pour  reprendre  Yang  Lieou 
pendant  l'absence  du  prince  de  Tsin  retourné  à  Tsin  Yang, 
mais  celui-ci  retraversa  le  Houang  Ho  et  écrasa  son  adver- 
saire  (918). 

Cependant  le  prince  de  Tsin,  désireux  de  porter  un  coup 
décisif  à  l'empereur,  réunit  à  Ma  kia  tou  où  il  les  passa  en 
revue,  30,000  cavaliers  et  fantassins  amenés  de  Yeou 
Tcheou  par  Tcheou  Te-wei,  10,000  hommes  conduits  par 
Li  Tsoun-chen,  autant  par  Li  Se-youen,  le  même  nombre 
par  Wang  Tchou-tche,  sans  compter  les  bandes  de  Hi,  de 
K'i  Tan,  de  Che  wei,  de  T'ou  You  Houen  et  les  garnisons 
de  Wei  Tcheou  et  de  Po  Tcheou  . 

D'autre  part,  l'empereur  envo^'ait  au  nord  de  Pou  Tcheou 

I.  Mailla,  VIT,  p.  170. 


HEOU   LEANG  15 

non  loin  des  Tsin,  une  puissante  armée  commandée  pour 
l'infanterie  par  Ho  Kouei,  pour  la  cavalerie  par  Sie  Yen- 
TCHANG  qui  pendant  trois  mois  se  contentèrent  d'observer 
l'ennemi,  ne  se  livrant  qu'à  des  escarmouches;  malheu- 
reusement la  jalousie  régnait  entre  les  deux  chefs,  et  Ho 
Kouei  fît  tuer  son  rival.  Le  prince  de  Tsin  attire  les  Impé- 
riaux en  marchant  sur  Ta  Leang;  Ho  Kouei  le  suit  et  livre 
bataille  à  Hou-leou-pi  :  les  débuts  de  l'action  lui  sont  favo- 
rables, Tcheou  Te-wei  et  son  fils  aîné  sont  tués,  mais  le 
prince  de  Tsin  entre  en  action,  les  Impériaux  subissent  une 
grande  défaite  et  les  débris  de  leurs  troupes  fuient  à  Ta 
Leang  qui  serait  tombé  entre  les  mains  du  vainqueur  si 
celui-ci  ne  s'était  arrêté  à  fortifier  le  lieu  de  son  passage  du 
Houang  Ho;  ce  délai  permit  à  l'empereur  de  reconstituer 
une  armée  avec  Ho  Kouei  qui,  de  nouveau  battu,  tomba 
malade,  mourut  et  fut  remplacé  par  Wang  Tsan,  tandis  que 
Lieou  Siun  emportait  Yen  Tcheou  d'assaut.  Vains  efforts  ! 
Wang  Tsan,  au  lieu  de  défendre  Pou  Yang  qui  tombe  entre 
les  mains  du  prince  de  Tsin,  se  fait  tuer  par  celui-ci;  il  est 
remplacé  par  Tai  Se-youen. 

L'empereur  trouve  des  ennemis  dans  sa  propre  famille  : 
son  frère  Tchou  Yeou-kien,  gouverneur  du  Ho  Tchoung, 
s'empare  de  Toung  Tcheou  (Chen  Si),  y  installe  comme  gou- 
verneur son  fils  Tchou  Ling-te,  et  passe  aux  Tsin  (920)  ; 
Mou  Ti  envoie  Lieou  Siun  pour  reprendre  Toung  Tcheou, 
mais  le  général  impérial  est  battu  par  le  prince  de  Tsin  qui 
s'empare  de  Houa  Tcheou  et  reste  maître  du  Ho  Tchoung 
et  de  Tch'ang  Ngan  que  lui  cède  Tchou  Yeou-kien  (921). 
Le  malheureux  Lieou  Siun  est  mis  à  mort  par  ordre  de 
l'empereur. 

A  la  même  époque,  le  prince  de  Tchao,  Wang  Joung  est 
tué  par  un  de  ses  officiers,  Tchang  Wen-li,  qui  s'empare 
de  Tch'eng  Tch'eou,  de  T'ing  Tcheou  et  de  toutes  ses  pos- 
sessions, tandis  que  Wang  Yeou  se  rendait  près  des  K'i 
Tan  pour  les  engager  à  soutenir  l'usurpateur.  A-pao-ki 
suit  ce  conseil,  mais,  attaqué  par  le  prince  de  Tsin,  il  est 
complètement  battu  et  obligé  de  regagner  ses  États  en 
toute  hâte.  Pendant  que  le  prince  de  Tsin  guerroyait  contre 


l6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

les  K'i  Tan,  l'empereur  fait  attaquer  le  Ho  Pe  et  prendre 
Wei  Tcheou  (Wei  Houei  fou,  du  Ho  Nan)  par  Touan  Ying 
qui,  avec  Tai  Se-youen,  s'empare  de  plusieurs  villes  de 
Tsin.  Mais  le  prince  de  Tsin  revenu  de  la  guerre  à  Wei 
Tcheou  se  proclame  empereur  à  la  4^  lune  (923) ,  annonçant 
qu'il  est  le  continuateur  des  T'ang;  sa  dynastie  est  connue 
comme  celle  des  Heou  T'ang  ou  T'ang  postérieurs. 


CHAPITRE  II 

Xye  Dynastie  :  Les  Heou  T'ang  ou  T'ang  Postérieurs. 

LE  nouvel  empereur  appartenait  à  cette  tribu  jadis  fa-  Tchouang 
meuse  des  Turks occidentaux,  les Cha  T'o,  réputés  pour  Tsoung 
leur  bravoure,  qui  vivaient  au  nord  de  Ha  Mi,  entre 
les  Tibétains  du  Nan  Chan  et  les  Ouighours  de  l'Orkhon; 
nous  avons  vu  que  Tchouang  Tsoung  était  petit-fils 
de  Li  Kouei-tchang,  sumom  qu'avait  reçu  le  chef  turk 
TcHU  YE  TCHE  siN  en  récompense  des  services  qu'il  avait 
rendus  à  l'Empire  et  que  son  père  Li  K'o-young,  surnommé 
le  Dragon  à  un  œil,  To  yen  Loung,  après  avoir  vaincu 
Houang  Tch'ao  (888)  avait  été  créé  par  l'empereur  Hi 
Tsoung,  prince  de  Loung  Si,  puis  roi  de  Tsin.  Li  Ts'ouen- 
Hiu  avait  pour  première  tâche  d'achever  la  ruine  des  Leang 
qui  avaient  pour  principaux  points  d'appui  les  villes  de  Lou 
Tcheou  et  de  Tche  Tcheou.  Li  Se-youen,  auquel  Tchouang 
Tsoung  confia  le  commandement  de  ses  troupes,  s'emparait 
de  Yun  Tcheou,  mais  MouTi,  l'empereur  Leang,  organise  la 
résistance  à  Ta  Leang  et  met  à  la  tête  de  son  armée,  Wang 
Yen-tchang,  gouverneur  militaire  de  Tan  Tcheou,  qui 
inflige  une  défaite  à  Tchou  Cheou-yin  et,  avec  100,000 
hommes,  investit  Yang  Lieou  défendu  par  Li  Tcheou;  à 
deux  reprises  Wang  est  obligé  de  lever  le  siège  de  cette 
ville  ;  rappelé  par  Mou  Ti,  il  est  remplacé  par  l'incapable  et 
orgueilleux  Touan  Ying. 

Mais  les  T'ang  ne  restent  pas  inactifs;  leurs  aimées  tra- 
versent le  Houang  Ho  qui  les  sépare  de  leurs  ennemis.  Li 
Se-youen  fait  prisonnier  Wang  Yen-tchang  qui  commandait 
une  nouvelle  armée;  celui-ci,  blessé,  refuse  fièrement  les 
offres  des  T'ang  qui  lui  demandent  de  passer  à  leur  service; 
entre  l'honneur  et  la  mort,  il  choisit  cette  dernière;  en  936, 
il  reçut  le  titre  posthume  de  «  Grand  Précepteur  ».  Les 


l8  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHIXE 

T'ang  marchent  sur  Ta  Leang  :  l'infortuné  Mou  Ti,  réduit 
au  désespoir,  donne  l'ordre  à  l'un  de  ses  officiers,  Houang 
Fou-lin,  de  le  tuer;  le  malheureux  obéit  mais  se  suicide 
après  son  maître.  Le  dernier  empereur  des  Leang  eut  le 
grand  tort  de  donner  sa  confiance  à  des  ambitieux  sans 
talent  qui  amenèrent  la  ruine  de  l'empire  en  ne  s'occupant 
que  de  leurs  intérêts  particuliers.  «Mou  Ti,  nous  dit  leT'oung 
kien  kang  mou  i,  était  un  excellent  prince,  d'un  naturel 
doux  et  affable;  réglé  dans  sa  conduite,  il  fuyait  les  plai- 
sirs et  était  ennemi  de  la  débauche  :  timide,  soupçonneux, 
trop  crédule,  d'un  esprit  borné  et  facile  à  tromper,  ces 
défauts  causèrent  sa  perte  et  celle  de  sa  famille  ». 

Li  Se-youen  mit  cinq  jours  pour  arriver  à  Ta  Leang  : 
Wang  Tsan  lui  ouvrit  les  portes  de  la  ville,  où  l'empereur 
entrait  quelques  heures  après  son  lieutenant  :  des  deux 
conseillers  de  Mou  Ti,  l'un,  King  Siang  se  pendit,  l'autre 
Li  TcHEN  fit  sa  soumission;  le  général  Touan  Ying  suivit 
l'exemple  du  second.  Tchouang  Tsoung  donna  l'ordre  de 
détruire  la  salle  des  ancêtres  des  Leang  ainsi  que  la  sépul- 
ture de  Tchou  Wen  dont  il  fit,  toutefois,  respectei  le  cer- 
cueil. 

Tchouang  Tsoung  avant  de  quitter  Wei  Tcheou  (Taï 
Ming),  où  il  était  monté  sur  le  trône,  changea  son  nom 
en  Hing  Tang  fou,  et  il  en  fit  sa  Cour  Orientale,  puis  il  partit 
pour  Tsin  Yang  rendre  hommage  à  ses  ancêtres  ;  il  restitua 
à  cette  ville,  dont  il  fit  sa  Cour  Occidentale,  son  ancien  nom 
de  T'ai  Youen  fou,  et  établit  sa  Cour  Septentrionale  à 
Tch'eng  Tcheou  qui  devint  Tcheng  Ting  fou  ^.  Les  prin- 
cipaux chefs  rendent  hommage  au  nouveau  Fils  du  Ciel. 
YouAN  SiANG-siEN,  gouvcmeur  de  Soung  Tcheou  (Kouei 
Te  fou,  Ho  Nan),  le  premier,  fait  sa  soumission;  son  exem- 
ple est  suivi  par  Ma  Yin,  créé  prince  de  Tchou  par  Tchou 
Wen;  d'ailleurs  pour  stimuler  les  retardataires,  l'avène- 
ment de  la  nouvelle  dynastie  est  notifié  aux  autres  gou- 
verneurs, et  un  pardon  général  est  accordé  aux  adversaires. 

Cependant    Tchouang   Tsoung   s'étonne    de    n'entendre 

1.  Mailla,  VIT,  p.  206. 

2.  Mailla,  VII,  pp.  193-4. 


HEOU   T'ANG  19 

parler  ni  du  prince  de  Wou,  ni  du  prince  de  Chou;  le  gou- 
verneur du  Kiang  Nan,  Kao  Ki-hing,  étant  venu  à  la  Cour 
pour  lui  rendre  hommage,  il  le  consulte  pour  savoir  lequel 
de  ces  deux  chefs,  il  doit  soumettre  le  premier.  Kao  Ki-hing 
qui  désire  éloigner  un  danger  de  son  gouvernement,  con- 
seille Chou.  Sur  ces  entrefaites,  l'empereur  se  rend  à  Lo 
Yang  (923)  sur  les  instances  pressantes  de  Tchang  Youen, 
gouverneur  de  cette  ville;  Kao  Ki-hing  l'accompagne  et  est 
retenu,  mais  sur  les  observations  du  ministre  Ko  Tch'oung- 
t'ao  qui  fait  ressortir  ce  qu'il  y  a  d'injuste  dans  cet  ordre, 
on  laisse  le  gouverneur  du  Kiang  Nan  retourner  dans  son 
pays.  A  son  tour,  l'année  suivante  (924),  le  prince  de  Ki, 
Li  Meou-tchen,  médiocrement  rassuré  sur  sa  propre  situa- 
tion, envoya  son  iîls  Li  Ki-yen  présenter  ses  hommages 
à  l'empereur;  démarche  opportune,  car  Li  Meou-tchen 
étant  tombé  gravement  malade,  put,  avant  de  mourir, 
demander  à  Tchouang  Tsoung  sa  protection  pour  son  fîls. 

L'empereur,  désireux  de  s'éclairer  sur  la  situation  de 
Chou,  dont  le  prince,  Wang  Yen,  semblait  vouloir  ignorer 
son  avènement,  envoya  à  sa  cour  comme  ambassadeur, 
Li  Yen,  un  de  ses  officiers,  qui  devait  lui  faire  un  rapport 
sur  ce  qu'il  aurait  vu.  Li  Yen  froissa  par  son  arrogance  le 
prince  de  Chou  et  ses  fonctionnaires  qui  firent  des  prépa- 
ratifs de  guerre;  à  son  retour,  il  signalait  ce  souverain 
comme  adonné  au  plaisir  et  entouré  de  flatteurs.  Le  père 
de  Wang  Yen,  Wang  Kien,  dont  la  capitale  était  Tch'eng 
Tou,  avait  été  nommé  en  891  gouverneur  du  Si  Tch'ouan 
et  il  s'était  déclaré  en  907  prince  ou  roi  de  Chou,  titre 
auquel  avait  succédé  son  fils  en  901.  Tchouang  Tsoung  eut 
une  légère  compensation  du  côté  de  Wou  Yue.  Ts'ien 
LiEOU  s'était  décidé  à  faire  sa  soumission  à  la  condition 
«  que  le  sceau  qu'on  lui  donnerait  serait  d'or  et  ses  patentes 
gravées  sur  une  pierre  précieuse  1  ».  Naturellement  les 
Grands,  même  ceux  du  premier  ordre,  même  les  princes, 
qui  n'avaient  que  des  tablettes  de  bambou,  firent  opposi- 
tion à  cette  demande  si  insolite  que  l'empereur  accorda 
néanmoins  au  roi  de  Wou  Yue. 

I.  Mailla,  VII,  p.  218. 


20  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

MaUieureusement  Tchouang  Tsoung,  grand  amateur 
de  théâtre  et  de  musique,  subissait  l'ascendant  des  comé- 
diens à  un  tel  point,  que  malgré  les  remontrances  du  pre- 
mier ministre.  Ko  Tch'oung-t'ao,  il  dopna  l'un  des  princi- 
paux gouvernements  à  l'acteur  Tcheou  Tseu.  D'autre  part, 
les  K'i  Tan  étaient  un  grand  sujet  d'inquiétude  à  cause  de 
leurs  fréquentes  incursions  dans  le  territoire  de  l'Empire  : 
Tchouang  Tsoung  aurait  voulu  transférer  du  gouvernement 
de  Tcheng  Ting  qu'il  réservait  à  Li  Se-^^ouen  à  celui  de 
Ta  Leang,  Ko  Tch'oung-t'ao,  qui  déclina  l'offre  impériale  ; 
l'influence  du  premier  ministre  diminuait  de  jour  en  jour 
parce  que,  pour  des  raisons  d'économie,  il  s'était  opposé  à 
la  construction  d'une  tour  épaisse  que  voulait  élever  l'em- 
pereur pour  s'y  réfugier  pendant  les  grandes  chaleurs;  un 
protégé  de  Ko  Tch'oung-t'ao,  Lo  Kouan,  administrateur 
du  Ho  Nan,  desservi  par  les  eunuques  et  les  comédiens, 
fut  mis  à  mort. 

Cependant  le  prince  de  Chou,  Wang  Yen,  ayant  pris  le 
titre  d'empereur,  la  guerre  fut  décidée;  on  espérait  qu'elle 
servirait  de  dérivatif  à  la  profonde  incurie  de  l'empereur. 
Après  avoir  écarté  Touan  Ying,  on  confia  le  commandement 
des  troupes  impériales  à  l'héritier,  Li  Ki-ki,  prince  de 
Wei,  mais  à  cause  de  sa  jeunesse  on  lui  adjoignit  l'expéri- 
menté Ko  Tch'oung-t'ao.  Malgré  l'avis  de  ses  conseillers,  le 
prince  de  Chou  entreprit  un  voyage  à  travers  ses  États, 
au  moment  même  où  s'avançaient  contre  lui  les  troupes  de 
T'ang,  divisées  en  plusieurs  groupes  :  le  prince  de  Chou 
s'avisa  trop  tard  d'organiser  la  résistance  et  ses  troupes 
furent  battues.  Li  Yen  lit  ouvrir  les  portes  de  Tch'eng  Tou, 
et  le  prince  de  Chou  ayant  fait  sa  soumission  fut  conduit 
avec  ses  fonctionnaires  à  Li  Ki-ki  et  à  Ko  Tch'oung-t'ao 
(925).  ((  Le  prince  était  vêtu  de  blanc,  ayant  la  corde  au  col 
et  les  mains  liées  derrière  le  dos;  les  mandarins  vêtus  de 
même,  avaient  de  plus  les  pieds  enchaînés  :  ils  accompa- 
gnaient en  ordre  une  bière  préparée  pour  le  prince,  si  on  ne 
lui  faisait  pas  grâce,  et  dans  cette  posture  humihante,  ils 
attendirent  Li  Ki-ki  et  Ko  Tch'oung-t'ao,  qui  descendirent 
de  cheval,  aussitôt    qu'ils  les    aperçurent,  pour  ôter  au 


HEOU   T  ANG  21 

prince  ses  fers  ;  ils  en  firent  autant  à  tous  les  mandarins,  et 
brûlèrent  la  bière  qu'ils  avaient  apportée  avec  eux,  en  leur 
signifiant  une  amnistie  générale  de  la  part  de  l'empereur, 
qu'ils  remercièrent  de  cette  grâce,  en  battant  neuf  fois 
de  la  tête  la  face  tournée  vers  le  nord-est;  après  quoi,  Li 
Ki-ki  et  Ko  Tch'oung-t'ao  entrèrent  en  triomphe  dans  la 
ville,  et  logèrent  au  palais,  où  ils  voulurent  que  le  prince 
Wang  Yen  [avec  qui  se  termina  la  dvnastie  de  Ts'ien  Chou], 
logeât  aussi.  L'armée  ne  tarda  pas  à  arriver;  elle  entra  dans 
la  ville  sans  causer  le  moindre  désordre,  et  par  les  soins 
que  se  donna  Ko  Tch'oung-t'ao,  les  habitants  continuèrent 
leur  commerce  comme  à  l'ordinaire  ^  »  (925.) 

Il  n'avait  pas  fallu  plus  de  70  jours  pour  faire  la  con- 
quête des  États  de  Chou  qui  consistaient  «  en  dix  grands 
gouvernements,  composés  de  64  tcheou  et  de  249  hien,  qui 
pouvaient  entretenir  facilement  30,000  hommes  de  bonnes 
troupes,  d'autant  plus  que  le  pays  était  très  riche  et  abon- 
dant en  toutes  choses  nécessaires  à  la  vie  »  ^.  Ces  succès 
ne  désarmèrent  pas  les  ennemis  de  Ko  Tch'oung-t'ao;  les 
eunuques,  si  néfastes  sous  d'autres  règnes,  réussirent  à 
exciter  sans  raison  la  méfiance  de  l'empereur  à  l'égard  de 
son  fidèle  ministre  dont  il  ordonna  la  mise  à  mort.  Pour 
exécuter  cet  arrêt,  il  envoya  à  Tch'eng  Tou  l'eunuque  Ma 
Yen-kouei  qui  se  heurta  d'abord  à  l'opposition  de  Li  Ki-ki, 
mais  ce  prince,  circonvenu  par  les  menées  et  les  calom- 
nieuses insinuations  des  ennemis  de  Ko,  laissa  accomplir 
le  crime;  craignant  même  que  les  deux  fils  de  la  victime 
ne  voulussent  venger  leur  père,  il  les  fit  mettre  à  mort.  En- 
gagé dans  cette  voie  où  il  avait  été  poussé  par  les  eunuques 
et  les  comédiens,  Tchouang  Tsoung  continue  la  série  des 
exécutions,  dans  la  crainte  des  soulèvements  qu'aurait 
pu  causer  le  mécontentement  universel.  Le  gendre  de  Ko 
Tch'oung-t'ao.  Li  Tsoux-yi,  prince  de  Mou  et  gouverneur 
de  Pao  Ta,  Kixg  Tsin  et  Li  Lixg-te  sont  à  leur  tour  vic- 
tinies  de  cette  fureur  sanguinaire.  Nul  doute  que  le  brave 
Li  Se-youen  venu  à  la  Cour  n'eut  partagé  leur  sort,  sans 

1.  Mailla,  VII,  p.  231. 

2.  Mailla,  VII,  pp.  231-2. 


22  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

l'opportune  révolte  occasionnée  dans  le  pays  de  Chou  par 
la  mort  de  Ko  Tch'oung-t'ao.  Li  Chao-tchen  était  à  la  tête 
des  mécontents  contre  lesquels  on  envoya  Li  Chao-joung  qui 
mit  le  siège  devant  Ye  Tou  et  fut  repoussé,  puis  fut  envo^^é 
une  seconde  fois  pour  reprendre  cette  opération.  D'ailleurs 
l'irritation  était  générale  ;  d'autres  troubles  éclatèrent, 
en  particulier  à  Tsang  Tcheou  avec  Wang  King-tan 
et  à  Hing  Tcheou,  avec  Tchao  Ta.  Malgré  sa  répugnance, 
l'empereur  fit  appel  à  Li  Se-youen  et  l'envoya  à  Ye  Tou 
(926),  mais  l'un  de  ses  officiers,  Tchang  Pou-wei,  l'empê- 
cha d'attaquer  cette  ville.  D'un  autre  côté,  Li  Ki-ki  dépêche 
Toung  Tchang  qui  défait  Li  Chao-tchen  ;  celui-ci  fuit  à  Han 
Tcheou  où  il  est  investi;  mais  cette  ville,  sans  fossés,  aux 
murs  en  ruines,  ne  pouvait  offrir  aucune  défense  sérieuse  ; 
Li  tenta  une  sortie,  mais,  poursuivi,  il  fut  fait  prisonnier. 
Li  Se-youen  avait  appelé  à  son  secours  Li  Chao-joung 
qui,  non  seulement  l'accusa  d'être  de  connivence  avec  les 
rebelles,  mais  encore  intercepta  les  placets  qu'il  adressait  à 
Tchouang  Tsoung  pour  justifier  sa  conduite.  Craignant 
pour  sa  vie,  Li  Se-youen  lève  une  grosse  armée  pour  se 
défendre  contre  ses  ennemis;  l'empereur,  mal  renseigné, 
envoie  Pe  Tsoung-houei  contre  lui.  Après  avoir  fait 
mettre  à  mort  l'ancien  prince  de  Chou,  Wang  Yen,  et  sa 
famille,  l'empereur  se  rend  à  Lo  Yang  d'où  il  s'avance  sur 
les  bords  du  Fan  Chouei;  il  envoie  Li  Ki-ki  à  Li  Yang 
pour  in\dter  Li  Se-youen  à  venir  le  trouver,  mais  Li  Chao- 
joung  craignant  que  l'on  ne  découvre  ses  intrigues,  fait 
assassiner  le  messager.  Pendant  ce  temps,  le  commandant 
de  Ta  Leang,  Koung  Siun,  fait  sa  soumission  à  Li  Se-youen 
qui  se  rend  dans  cette  ville  où  il  est  rejoint  par  une  partie 
des  troupes  impériales  qui  font  défection.  L'empereur  est 
obligé  de  retourner  à  Lo  Yang.  A  son  tour,  Li  Se-youen 
prend  la  route  du  Fan  Chouei.  Mais  des  événements  graves 
se  passaient  dans  la  capitale  :  Un  des  comédiens  de  l'em- 
pereur, Ko  Tch'oung-k'ien,  qui  commandait  un  corps 
de  troupes  se  révolte;  Tchouang  Tsoung  en  se  défendant 
est  blessé  grièvement;  il  meurt  à  la  quatrième  lune,  âgé 
de  trente-cin'q  ans  suivant  les  uns,  de  43  ans  suivant  les 


HEOU   T  ANG  23 

autres,  après  avoir  bu  une  coupe  de  lait  aigre  que  lui  envoya 
l'impératrice  Lieou  Che  qui  s'empressa  de  fuir  avec  tout 
ce  que  le  palais  contenait  de  précieux  ;  le  corps  du  malheu- 
reux empereur  fut  brûlé  alors  que  le  misérable  Ko  Tch'oung- 
k'ien  pénétrait  dans  la  ville  que  ses  soldats  mirent  au  pil- 
lage.  (4e  lune,  926.) 

Li  Se-youen  arrivé  à  Ying  Tseu  Kou  y  apprit  avec  regret 
la  mort  de  Tchouang  Tsoung  ;  il  se.  rendit  immédiatement 
à  Lo  Yang  pour  faire  cesser  le  pillage;  là,  il  recueillit  les 
restes  du  malheureux  empereur,  en  attendant  l'arrivée 
du  prince  de  Wei.  Les  principaux  fonctionnaires,  Teou 
Lou-ke  en  tête  pressèrent  vainement  Li  Se-youen  de  monter 
sur  le  trône.  En  apprenant  ces  nouvelles,  le  fourbe  Li  Chao- 
joung  avait  pris  la  fuite,  mais  arrêté  et  conduit,  chargé  de 
fers,  à  Lo  Yang,  il  y  fut  mis  à  mort.  Le  prince  de  Wei,  fils 
de  l'empereur,  qui  avait  fait  conduire,  juger  et  exécuter 
Li  Chao-tchen  à  Foung  Siang,  se  met  en  route  pour  Lo 
Yang;  en  l'attendant,  Li  Se-youen  accepte  le  titre  de  Pro- 
tecteur de  l'Empire. 

Toute  la  famille  de  l'empereur  avait  pris  la  fuite  ;  dans  la 
crainte  qu'ils  ne  fussent  la  cause  de  troubles,  Ngan 
TcHOUNG-WEi  fit  assassiner  deux  des  fils  de  l'infortuné  sou- 
verain :  Li  Ts'ouen-kio,  prince  de  Toung,  et  Li  Ts'ouen 
Kl,  prince  de  Fa;  par  ordre  de  Li  Se-youen,  l'infâme  Lieou 
Che  fut  punie  de  son  crime  par  la  mort  ;  le  Protecteur  ren- 
voya dans  leurs  familles  les  plus  jeunes  femmes  du  palais 
et  fit  arrêter  les  eunuques  et  les  comédiens. 

Le  prince  de  Wei,  Li  Ki-ki,  quoiqu'il  eut  été  appelé  par 
Li  Se-youen,  s'imagina  follement  que  tout  était  perdu  pour 
lui  et  se  fit  étrangler  par  Li  Houan,  un  de  ses  officiers.  La 
famille  de  Tchouang  Tsoung  étant  éteinte,  Li  Se-youen 
accepta  sa  succession,  mais  il  conserva  à  la  dynastie  le 
nom  de  T'ang,  faisant  remarquer  que  depuis  l'âge  de  treize 
ans  il  avait  été  élevé  comme  son  fils  par  Li  K'o-young, 
père  du  défunt  empereur;  il  prit  le  deuil  et  accompagna  le 
cercueil  de  Tchouang  Tsoung  en  sa  qualité  de  successeur 
(926). 

Le  nouvel   empereur  était  un  Tartare  illettré  nommé   Ming  Tsoung. 


24  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

MiAO-Ki-LiÉ  élevé,  comme  nous  l'avons  dit,  par  Li  K'o- 
yoimg  qui,  satisfait  de  sa  bravoure,  l'avait  adopté  en  chan- 
geant son  nom  en  celui  de  Li  Se-youen  qui  devint  Ming 
TsouNG  sur  le  trône.  Il  débuta  par  une  amnistie  générale 
et  une  grande  réduction  dans  le  personnel  du  palais  : 
femmes,  eunuques,  cuisiniers,  etc.  Ming  Tsoung  avait 
envoyé  Ya  Kouen  à  A-pao-ki  pour  lui  annoncer  la  mort  de 
Tchouang  Tsoung  que  le  chef  K'i  Tan  semble  avoir  apprise 
avec  un  véritable  chagrin,  ce  qui  ne  l'empêcha  pas  de  deman- 
der qu'on  lui  abandonnât  tout  le  pays  au  nord  du  Houang 
Ho;  il  se  contenta  ensuite  de  réclamer  Tcheng  Ting  et 
Yeou  Tcheou,  et  garda  Ya  Kouen  prisonnier.  Pour  soutenir 
ses  revendications,  le  chef  K'i  Tan,  à  la  7^  lune  de  926, 
pénétrait  dans  le  Pou  Haï,  royaume  fondé  sur  le  Leao  par 
les  Niu  Tchen,  prenait  la  ville  de  Pou  Yu  tch'eng,  y  éta- 
blissait son  fils  aîné  Tou  Yu  qu'il  créait  prince  de  Jen 
Houang,  et  installait  comme  général  de  ses  troupes  à  S  i 
Leou  son  second  fils  Te  Kouang.  Ce  fut  la  dernière  cam- 
pagne d'A-pao-ki  qui  mourut  à  la  9^  lune  (926)  à  Pou  Yu 
tch'eng. 

Grâce  à  l'adresse  de  la  princesse  Chou  liu,  mère  des  deux 
fils  d'A-pao-ki,  ce  fut  le  second,  son  préféré,  qui  fut  choisi 
comme  empereur  des  Leao  au  détriment  de  Tou  Yu  qui  fut 
envoyé  sous  bonne  escorte  à  Pou  Yu  tch'eng.  Te  Kouang 
s'empressa  de  remettre  Ya  Kouen  en  Hberté  et  fit  enterrer 
son  père  «  avec  une  pompe  extraordinaire,  à  la  montagne 
Fou  ye  chan  »  [à  30  li  à  l'est  de  Kouang  Ning  du  Leao 
Toung]  1.  Suivant  le  P.  Wieger  ^,  A-pao-ki  fut  enseveli 
dans  les  Monts  Mou  Ye  (région  de  Moukden)  ;  Gaubil  ^  nous 
dit  que  sa  sépulture  fut  retrouvée  sous  l'empereur  K'ang 
Hi,  dans  les  montagnes  au  nord  de  Parin.  Sur  le  tombeau 
d'A-pao-ki,  sa  veuve  fit  exécuter  tous  les  fonctionnaires 
qui  lui  avaient  donné  de  mauvais  conseils.  Un  officier 
chinois  distingué,  Lou  Wen-tsin,  entré  au  service  d'A-pao-ki 
commandant  pour  les  K'i  Tan  à  Ping  Tcheou,  à  la  suite  de 

1.  Mailla,  VII,  p.  258. 

2.  Textes  historiques,  p.   1797. 

3.  T'ang,  p.  364. 


HEOU    T  ANG  25 

promesses  de  Minj^  Tsoiiiig,  repassa  en  Chine  avec  100,000 
hommes  de  troupes  chinoises  qu'il  avait  entraînées  avec 
hii. 

L'eunuque  Li  Yen,  qui  avait  échappé  au  massacre  de  ses 
congénères,  fut  envoyé  comme  inspecteur  dans  le  pays 
de  Chou  dont  le  gouverneur  Moung  Tche-siang  lui  rappela 
le  rôle  qu'il  avait  joué  à  l'égard  de  l'ancien  prince  Wang 
Yen,  lui  dit  que  sa  présence  occasionnerait  certainement 
des  troubles  dans  le  pays  et  finalement  lui  fit  couper  la  tête 
(927).  Kao  Ki-hing,  auquel  l'empereur  Tchouang  Tsoung 
avait  refusé  le  gouvernement  des  villes  du  Se  Tch'ouan, 
Kouei  Tcheou,  Tchoung  Tcheou  et  Houan  Tcheou,  s'était 
saisi  de  la  première;  en  outre  il  avait  fait  assassiner  Han 
KouAN  pour  le  dépouiller  des  objets  précieux  qu'il  avait 
été  chargé  de  porter  à  la  Cour  par  Li  Ki-Ki,  prince  de  Wei. 
La  mort  de  Li  Yen  dérangea  les  plans  de  Kao  Ki-hing  qui 
avait  compté  sur  les  difficultés  que  causerait  cet  agent  pour 
pêcher  en  eau  trouble  au  Se  Tch'ouan.  Ming  Tsoung  lui 
réclama  les  objets  volés  à  Han  Kouan,  et  ayant  reçu  une 
réponse  insolente,  envo^^a  contre  le  brigand  trois  armées 
dont  l'insuccès  ne  pouvait  qu'enhardir  Kao  Ki-hing. 
Celui-ci  essaya  vainement  de  faire  entrer  dans  son  parti 
Yang  Pou,  prince  de  Wou,  auquel  son  ministre  Siu  Wen 
conseilla  sagement  de  garder  la  neutralité,  mais  cet  homme 
prudent  étant  mort  (927),  son  maître  se  fit  proclamer 
empereur  par  ses  sujets  et  il  envoya  à  Lo  Yang  une  ambas- 
sade chargée  d'offrir  au  prince  de  T'ang  de  le  reconnaître 
avec  ce  titre  dans  les  provinces  septentrionales,  à  la  condi- 
tion que  dans  les  provinces  méridionales  il  fut  accepté 
avec  le  même  rang.  Le  ministre  de  Ming  Tsoung,  Ngan 
Tch'oung-houei,  fut  tellement  choqué  de  cette  proposition 
inattendue,  qu'il  renvoya  l'ambassade  et  ses  présents  :  «  ce 
refus  rompit,  depuis  ce  temps-là,  tout  commerce  entre 
l'empereur  et  le  prince  de  Wou  »  (928)  1. 

Ma  Yin,  prince  de  Tchou,  qui  avait  pris  une  part 
malheureuse  à  la  guerre  contre  Kao  Ki-hing,  résolut  de 
prendre  sa  revanche  de  son  insuccès  et  dans  ce  but  équipa 

I.  Maill.^,  VII,  p.  264. 


26  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

une  flotte,  qu'il  confia  à  Wang  Houan  qui  remporta  la 
victoire  après  une  bataille  de  trois  jours  et  força  l'adver- 
saire à  demander  une  paix  qui  lui  fut  accordée;  Wang 
Houan  faisant  remarquer  à  Ma  Yin  qu'il  était  bon  de  ména- 
ger Kao  Ki-hing  qui,  par  la  situation  de  ses  possessions, 
pouvait  servir  d'état  tampon  entre  Tchou  d'une  part,  Wou, 
Chou  et  l'empire  d'une  autre.  Ma  Yin  approuva  la  conduite 
de  son  général.  Cependant  le  prince  de  Wou  envoyait 
sa  flotte  sous  le  commandement  de  MiAO  Lin  et  de  Wang 
Yen-tchang  pour  s'emparer  de  Yo  Tcheou  appartenant  à 
Ma  Yin  ;  ce  dernier  fait  marcher  contre  eux  Hiun  Té-hiun 
qui  se  poste  près  du  lac  Kio  Tseu  et  envoie  de  nuit  Wang 
Houan  à  Yang  Lin  pour  couper  la  route  aux  ennemis. 
Miao  Lin  et  Wang  Yen-tchang  battus  sont  faits  prisonniers 
et  leurs  barques  sont  coulées  ;  Ma  Yin  généreusement  remet 
en  liberté  sans  rançon  les  généraux  ennemis  et  accorde  la 
paix  à  Tchou. 

La  paix  était  à  peine  assurée  dans  le  sud,  que  la  guerre 
recommençait  dans  le  nord.  Wang  Tou  qui,  depuis  plus 
de  dix  ans,  commandait  à  Yi  Wou  et  se  considérait  comme 
indépendant,  vit  son  autorité  amoindrie  par  Ngan  Tchoung- 
houei  lorsqu'il  prit  la  direction  des  affaires.  Craignant 
peut-être  d'être  déplacé,  voyant  une  menace  dans  l'envoi 
que  faisait  l'empereur  de  troupes  contre  les  K'i  Tan  qui 
pillaient  les  provinces  frontières,  il  songea  à  se  révolter  et, 
dans  ce  but,  il  chercha  à  mettre  dans  ses  intérêts  Wang 
Yen-kieou,  sans  succès  d'ailleurs;  au  contraire,  celui-ci 
dévoila  à  la  cour  la  conduite  de  Wang  Tou  qui  avait  voulu 
le  faire  assassiner  après  sa  maladroite  démarche  et  reçut 
l'ordre  de  marcher  contre  le  rebelle  qui  appela  les  K'i  Tan 
à  son  secours;  ces  derniers  envoyèrent  to,ooo  cavaliers 
avec  leur  chef  Tou  Lei  qui  obligea  Wang  Yen-kieou  à.  lever 
le  siège  de  Ting  Tcheou  et  à  se  retirer  dans  Ku  Yang.  A 
son  tour  Wang  Tou  se  fait  battre  par  Wang  Yen-kieou 
qui  reprend  le  siège  de  Ting  Tcheou.  Attaqué  à  la  fois  par 
Tou  Lei  et  Wang  Tou,  Wang  Yen-kieou  les  écrase  et  les 
met  en  fuite,  tandis  que  leur  déroute  est  achevée  par  Tchao 
Te-kiun,    gouverneur   de     Lou    Loung.    Toutefois    Wang 


HEOU   T  ANG  2/ 

Yen-kieou  échoue  dans  son  attaque  contre  Ting  Tcheou 
dont  la  garnison  avait  été  renforcée  par  une  partie  des 
troupes  dispersées  de  Wang  Tou. 

Une  troisième  fois,  les  K'i  Tan,  sous  les  ordres  de  Ti  Yin 
attaquent  Wang  Yen-kieou  devant  Ting  Tcheou  ;  une  fois 
encore  ils  sont  battus  et  poursuivis  jusqu'à  Yi  Tcheou  où 
un  officier  de  Tchao  Te-kiun  achève  leur  défaite  (928). 
Wang  Yen-kieou  établissait  le  blocus  de  Ting  Tcheou  oiî 
étaient  enfermés  Wang  Tou  et  Tou  Lei;  ceux-ci  échouent 
dans  une  sortie  ;  considérant  la  situation  comme  désespé- 
rée, un  des  assiégés  ouvre  les  portes  aux  troupes  impé- 
riales; Wang  Tou  met  le  feu  à  la  maison  dans  laquelle  il 
s'était  enfermé  et  périt  dans  les  flammes,  tandis  que  Tou 
Lei,  fait  prisonnier,  est  envoyé  à  Ta  Leang  où  il  est  mis  à 
mort.  Wang  Yen-kieou  n'avait  pas  perdu  un  seul  de  ses 
soldats  (929). 

Kao  Ki-hing  étant  mort  en  928,  fut  remplacé  par  son  fils 
aîné,  Kao  Ts'oung-houei  qui,  après  s'être  placé  sous  la 
protection  du  prince  de  \\'ou,  crut  plus  prudent  de  se 
soumettre  à  l'empereur,  par  l'intermédiaire  de  Ma  Yin, 
prince  de  Tchou  ;  celui-ci  obtint  pour  lui  les  provisions 
de  gouverneur  de  King  Nan  avec  les  privilèges  dont  avait 
joui  son  père. 

«  Ming  Tsoung,  nous  dit  le  T'oung  Kien  Kang  Mou  ^ 
était  un  très  bon  prince;  quoiqu'il  eût  fait  toute  sa  vie  la 
guerre,  il  aimait  cependant  la  paix:  et  si  Ngan  Tch'oung- 
houei,  son  ministre,  lui  avait  ressemblé,  son  règne  aurait 
été  très  pacifique;  mais  ce  ministre,  qui  s'était  emparé 
de  toute  l'autorité,  était  sévère,  hautain  et  soupçonneux. 
Un  homme  de  ce  caractère  ne  pouvait  manquer  de  faire 
des  mécontents.  » 

Jaloux  de  toute  supériorité,  Ngan  Tch'oung-houei, 
redoutant  l'influence  que  pouvait  exercer  sur  l'empereur, 
par  sa  connaissance  de  la  langue  des  Tartares,  Kang  Fou, 
ancien  gouverneur  de  Tseu  Tcheou,  le  fit  éloigner  en  le  fai- 
sant nommer  gouverneur  de  Sou  Fang  (Ning  Hia),  c'est- 
à-dire  à  la  frontière  des  Barbares.  Kang  Fou  attaqué  à 

I.  Mailla,  VII,  p.  270. 


28  HISTOIRE   GENERALE    DE    LA    CHINE 

Fang  Kiii  (Houan  Hien,  au  sud  de  King  Yang  fou,  Chen  Si), 
par  les  K'iang  les  battit  ;  il  défait  également  les  Tartares  à 
TsingToung  Hia,  et  ayant  brisé  tous  les  obstacles,  prend 
possession  de  son  gouvernement  de  Sou  Fang,  ayant  acquis 
une  grande  renommée  militaire. 

«  Un  des  moyens  dont  Ngan  Tch'oung-houei  se  servait 
pour  maintenir  la  paix  dans  les  Etats  de  l'Empereur,  était 
de  partager  l'autorité  des  mandarins  des  provinces;  en 
conséquence  de  ce  plan,  il  divisa,  dans  le  pays  de  Chou, 
les  deux  départements  de  Lang  Tcheou  et  de  Ko  Tcheou, 
dont  il  donna  le  premier  à  Li  Jen-ku,  et  l'autre  à  Wou 
KiEN-YU  avec  un  corps  de  troupes,  en  renvo3'ant  résider 
à*  Mien  Tcheou  i  ». 

Wou  Kien-\Ti,  grand  ami  de  Ngan  Tch'oung-houei,  et 
Li  Jen-ku  furent  chargés  de  surveiller  Toung  Tchang, 
gouverneur  d'une  partie  de  Chou,  dont  on  redoutait  la 
rébellion;  les  troupes  même  de  Li  Jen-ku  furent  considé- 
rablement renforcées.  Toung  Tchang  et  son  collègue 
Meng  Tche-siang,  gouverneur  à  Tch'eng  Tou,  d'une 
autre  partie  de  Chou,  prirent  ombrage  de  ces  mouvements 
de  troupes  opérés  sans  qu'ils  fussent  consultés,  peut-être 
même  contre  eux;  ils  étaient  brouillés,  ils  se  réconcilièrent 
devant  le  danger  commun  :  un  fils  de  Toung  Tchang 
épousa  une  fille  de  Meng  Tche-siang.  Toung  Tchang  pré- 
vint son  fils  Toung  Kouang-ye  résidant  à  la  Cour  de  ce 
qui  se  passait;  celui-ci  à  son  tour  avertit  Li  Kien-houei 
qui  parla  à  Ngan  Tchoung-houei  ;  ce  dernier  continua 
néanmoins  ses  envois  de  troupes  à  Lang  Tcheou.  Toung 
Tchang  voulant  prévenir  l'attaque  dont  il  se  sentait  menacé, 
lève  l'étendard  de  la  révolte  (930)  ;  Meng  Tche-siang  se 
concerte  avec  lui  pour  attaquer  Souei  Tcheou  (Souei  Ning 
hien,  Se  Tch'ouan)  et  Lang  Tcheou.  Toung  Tchang  emporte 
d'assaut  cette  dernière  ville  et  Li  Jen-ku  est  tué  dans 
l'attaque;  l'un  des  principaux  ofiiciers,  Yao  Houng,  qui 
avait  servi  sous  Toung  Tchang  et  avait  refusé  de  se  joindre 
à  lui  fut  mis  à  mort  avec  de  grands  raffinements  de  cruauté. 
Hia  Lou-ki  défendit   Souei  Tcheou  contre  Li  Jen-han, 

I.  Mailla,  VII,  p.  271. 


HEOU   T  AN'G  29 

général  de  Meng  Tche-siang.  Toung  Tchang  saisit  Tcheng 
Tclieou,  Ho  Tchcoii,  Pa  Tclieou,  P'oung  Tcheou  et  Ko 
Tcheoii.  Mtng  Tclie-siang  s'empare  de  Kien  Tcheou. 
Toung  Kouang-ye  et  sa  famille  payent  de  leur  vie  les  succès 
de  Toung  Tchang. 

CuE  King-t'ang  est  envoyé  contre  les  rebelles,  il  échoue; 
Ngan  Tchoung-houei  va  prendre  le  commandement  des 
troupes,  mais  desservi  par  Che  King-t'ang,  il  est  rappelé 
par  l'empereur  (931).  Che  King-t'ang  s'apcrcevant  que, 
faute  de  ravitaillement,  il  est  condamné  à  l'insuccès,  met 
le  feu  "a  son  camp  et  reprend  le  chemin  du  nord.  Meng 
Tche-siang  acquiert  sans  coup  férir  Tchoung  Tcheou,  Wan 
Tcheou  et  Kouei  Tcheou.  Ngan  Tch'oung-houei  qu'on 
désire  tenir  éloigné  de  la  Cour  est  nommé  gouverneur  de 
Hou  Kouo  ;  peu  de  temps  après  il  est  mis  à  mort  ainsi  que 
sa  femme  Tchang  che.  châtié  ainsi  de  la  révolte  de  Meng 
Tche-siang  et  de  Toung  Tchang  dont  il  était  la  cause. 

L'empereur  proclame  une  amnistie  que  refuse  Toung 
Tcliang,  désireux  de  venger  sa  famille  massacrée,  mais  dont 
Meng  Tchcrsiang  désire  profiter;  la  brouille  commence 
entre  les  deux  alliés.  Malgré  l'opposition  de  Tchao  Te-Kiun 
et  de  Yang  Tan,  l'empereur  rend  aux  K'i  Tan  leurs  officiers 
gardés  prisonniers  depuis  la  dernière  bataille  de  Ting 
Tcheou,  à  l'exception  de  Tche  La,  réputé  le  plus  brave 
d'entre  eux.  Les  K'i  Tan,  irrités  de  ne  pas  voir  revenir  ce 
dernier,  témoignent  de  leur  gratitude  à  l'égard  de  l'empe- 
reur en  faisant  des  courses  sur  le  territoire  de  Yun  Tcheou 
et  de  Tchen  Wou  qu'ils  ruinèrent  presque  complètement. 

Toung  Tchang  attaque  Meng  Tche-siang,  mais  il  est 
complètement  battu  et  obligé  de  se  réfugier  à  Tseu  Tcheou 
où  Pou  Tcheou  lui  abat  la  tête  d'un  coup  de  sabre.  L'empe- 
reur ayant  envoyé  par  Li  Tsoun-kouei  une  amnistie  générale 
à  Meng  'Tche-siang  devenu  maître  de  tout  le  paj^s  de 
Chou,  le  gouverneur  révolté  fait  sa  soumission;  il  fut 
reconnu  prince  de  Chou  (933)  et  l'année  suivante  il  se  pro- 
clama empereur. 

Che  King-t'ang  ayant  été  nommé  gouverneur  du  Ho 
Toung  dont  dépendait  Yu  Tcheou,  le  gouverneur  de  cette 


30  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

ville,  TcHANG  Yen,  brouillé  avec  son  nouveau  supérieur, 
passe  aux  K'i  Tan  (932).  L'année  suivante,  le  gouverneur 
de  Ting  Ngan,  Li  Jen-fou,  étant  mort,  laissant  un  fils  très 
jeune,  Li  Yi-tchao,  les  officiers  de  Hia  Tcheou,  de  Wouei 
Tcheou  et  de  Yeou  Tcheou,  demandèrent  à  l'empereur 
qui  y  consentit  qu'on  lui  donne  un  autre  gouvernement. 
Mais  Li  Yi-tchao  refuse  le  changement  qui  lui  est  offert, 
s'enferme  dans  Hia  Tcheou  où  il  est  assiégé  par 
Ngan  Tsoung-tsin,  envoyé  par  l'empereur  contre  lui; 
10,000  cavaliers  Tang  Hiang  viennent  au  secours  de  la  place 
et  en  dévastant  le  pays,  réduisent  aux  abois  l'armée  assié- 
geante; l'empereur  consent  à  reconnaître  Li  Yi-tchao.  Tous 
ces  actes  de  faiblesse  ne  pouvaient  relever  le  prestige  déjà 
si  affaibli  du  pouvoir  impérial. 

L'empereur  étant  tombé  gravement  malade,  son  fils  Li 
Ts'oung-joung,  prince  de  Tsin,  pour  s'assurer  la  possession 
du  trône  qui  lui  était  d'ailleurs  destiné,  envahit  le  palais 
avec  des  troupes,  mais  le  petit-fils  de  Ming  Tsoung,  Li 
Tchoung-ki,  défendit  les  portes,  tandis  que  les  soldats 
restés  fidèles,  commandés  par  Ngan  Ts'oung-yi  poursui- 
virent l'agresseur  qui  fut  tué  avec  son  fils.  L'empereur 
mourut  peu  de  temps  après  cette  révolte  à  la  onzième  lune 
(933)  ;  il  avait  67  ans.  «  Ce  prince,  naturellement  pacifique, 
était  ennemi  de  toute  dispute  :  il  avait  soixante  ans  passés 
lorsqu'il  monta  sur  le  trône;  il  ne  désirait  rien  tant  que 
d'avoir  un  successeur  qui  eût  soin  du  peuple.  Pendant  son 
règne,  qu'on  peut  traiter  de  paisible  pour  le  temps  d'agita- 
tion où  l'on  était,  les  moissons  furent  toujours  abondantes, 
et  le  peuple  vécut  heureux  et  content  »  ^. 
MinTi.  Li  Ts'ouNG-HEOU,  fils  et  successeur  de  Ming  Tsoung, 
était  plein  de  bonne  volonté,  mais  son  ignorance,  sa  jeu- 
nesse et,  par  suite,  son  manque  d'expérience,  devaient 
rendre  vaines  ses  sages  intentions.  Il  avait  eu  la  malchance 
de  mettre  sa  confiance  dans  des  gens  de  peu  de  valeur,  tels 
TcHOU  HouNG-TCHAO  et  FouNG  PiN,  ce  qui  eut  pour  résul- 
tat que  des  fonctionnaires  importants  comme  Li  Ts'oung- 
k'o,  prince  de  Lou,  résidant  à  Foung  Siang,  fils  adoptif  de 

I.  Mailla,  VI I,  p.  291. 


HEOU   T  ANG  3I 

Ming  Tsoung  (Li  Se-youen)^  en  réalité  un  Chinois  du  nom 
de  Wang,  comme  Che  Kixg-t'ang,  gouverneur  de  T'ai 
Youen,  qui  avait  épousé  Tsin  Kouei-tchang,  fille  de  Ming 
Tsoung,  restèrent  à  l'écart.  Les  favoris  firent  retirer  le 
commandement  de  la  garde  de  l'empereur  au  prince  Li 
Tchoung-ki,  fils  de  Li  Ts'oung-k'o;  la  fille  de  ce  dernier, 
bonzesse  dans  un  couvent,  en  fut  enlevée  et  conduite  au 
palais;  par  simple  avis,  on  voulut  transférer  Che  King- 
t'ang  à  Tcheng  Te  et  Li  Ts'oung-k'o  au  Ho  Toung,  tandis 
que  le  prince  de  Yang,  Li  Ts'oung-chang,  devait  prendre 
le  commandement  à  Foung  Siang,  vallée  de  la  Wei. 

Naturellement  le  prince  de  Lou  se  révolte  ;  Wang  Se- 
toung,  gouverneur  de  Tch'ang  Ngan,  refuse  de  se  joindre 
à  lui  et  on  le  désigne  pour  commander  les  troupes  char- 
gées d'opérer  contre  Foung  Siang.  Les  troupes  impériales 
désertent  en  masse;  leurs  chefs,  Wang  Se-toung  en  tête, 
n'ont  qu'à  prendre  la  fuite;  ce  dernier  veut  se  réfugier 
dans  son  gouvernement  à  Tch'ang  Ngan,  mais  il  en  trouve 
les  portes  fermées,  —  Lieou  Souei-young  s'en  étant  emparé 
au  nom  du  prince  de  Lou,  —  et  il  n'a  plus  que  la  ressource 
de  se  retirer  à  T'oung  Kouan,  mais  fait  prisonnier,  il  est 
exécuté  avec  sa  famille,  lorsque  Li  Ts'oung-k'o  entre  à 
Tch'ang  Ngan. 

La  Cour  est  épouvantée  des  succès  des  rebelles  ;  Kan  Yi- 
tcheng  est  placé  à  la  tête  des  troupes  impériales  bientôt 
affaiblies  par  de  continuelles  défections  et  leur  chef  n'a 
plus  qu'à  faire  sa  soumission  au  prince  de  Lou  lorsque 
celui-ci  arrive  à  Chen  Tcheou  ;  il  fut  mis  à  mort  ultérieure- 
ment. Les  deu.x  favoris,  cause  de  tout  le  mal,  Tchou  Houng- 
tchao  et  Foung  Pin,  furent  tués  par  ordre  deNGAxTs'ouNG- 
TSix  qui  porta  leur  tête  au  vainqueur.  L'empereur  s'enfuit 
à  Wei  Tcheou  (Tai  Ming  fou,  du  Tche  Li),  abandonné  par 
l'eunuque  Mouxg  Hax-kiouxg,  chargé  de  préparer  le 
voyage,  qui  se  rendit  au  prince  de  Lou  et  fut  mis  en  pièces 
par  son  ordre.  Après  la  défection  de  Kan  Yi-tcheng,  Che 
King-t'ang  proposa  à  Cha  Cheou-young  et  à  Pou  Houng- 
TSIN  de  faire  abdiquer  l'empereur,  mais  ces  deux  fidèles 
fonctionnaires  voulurent  le  tuer.  Tchex  Houei  accourut 


(Lou  Wan 


32  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

au  secours   de    Che   King-t'ang  ;   Cha    Cheou-young    fut 
massacré  et  Pou  Houng-tsin  se  suicida. 

Li  Ts'oung-k'o,  ayant  fait  son  entrée  à  Lo  Yang,  y  est 
proclamé  empereur  (934)  ;  Min  Ti,  déposé  par  l'impératrice, 
est  fait  prince  de  Wou;  mais  peu  de  jours  après,  ayant 
refusé  de  boire  le  poison  que  lui  envoyait  Li  Ts'oung-k'o, 
le  malheureux  prince  fut  étranglé  par  Wang  Louan; 
en  même  temps  que  ce  prince,  victime  de  ses  mauvais 
conseillers,  périrent  sa  femme  et  ses  enfants. 
^f^Jl  ^  «  Le  nouvel  empereur  et  Che  King-t'ang  étaient  les  deux 
plus  grands  capitaines  de  leur  temps  :  ils  méritaient  la 
réputation  qu'ils  s'étaient  acquise  par  leurs  services  et  par 
leurs  belles  actions  sous  Ming  Tsoung,  qu'ils  avaient  cons- 
tamment suivi  depuis  leur  plus  tendre  jeunesse.  Cepen- 
dant, soit  jalousie,  soit  effet  de  leur  caractère,  ils  avaient 
toujours  paru  avoir  de  l'antipathie  l'un  pour  l'autre  »  ^. 
On  allait  en  voir  les  conséquences. 

Che  King-t'ang  cependant  fut  envo^'é  comme  gouver- 
neur au  Ho  Toung;  Li  Ts'oung-yen  fut  nommé  à  Foung 
Siang;  pour  rétablir  l'ordre  dans  l'administration,  l'empe- 
reur fit  choix  de  Lou  Wen-ki  et  de  Yao  Yi.  Non  sans  rai- 
son, Lou  Wang  se  méfiait  de  Che  King-t'ang;  prenant 
pour  prétexte  que  les  K'i  Tan  faisaient  constamment  des 
incursions  dans  son  gouvernement,  on  envoj^a  dans  le 
Ho  Toung,  Tchang  King-ta,  nommé  lieutenant-général  de 
la  province,  qui  devait  résider  à  T'ai  Tcheou,  commander 
une  partie  des  troupes,  en  fait  contrarier  les  projets  de 
révolte  que  pouvaient  comploter  Che  King-t'ang,  trop 
fin  pour  ne  pas  s'apercevoir  de  la  suspicion  dont  il  était 
l'objet.  Prétextant  la  vieillesse  et  les  fatigues,  en  réalité 
pour  connaître  les  véritables  sentiments  de  l'empereur  à 
son  égard,  Che  King-t'ang  demanda  à  échanger  son  gou- 
vernement du  Ho  Toung  pour  un  autre  moins  difficile. 
Pris  à  son  propre  piège,  Che  King-t'ang  fut  nommé  au 
gouvernement  de  Yun  Tcheou  où  Tchang  King-ta  devait 
s'assurer  qu'il  se  rendrait,  tandis  qu'on  donnait  l'adminis- 
.tration  du  Ho  Toung  à  Soung  Chen-kien  (935).  Che  King- 

I.  Mailla,  VII,  p.  303. 


HEOU   T  ANG  33 

t'ang,  desappointe  et  irrité,  encouragé  par  Licou  Tche- 
youen,  adressa  à  l'empereur,  malgré  les  conseils  de  Touan 
Hi-YAO  et  de  Tchao  Ying,  une  lettre  insolente  dans 
laquelle  il  lui  marquait  que  n'étant  qu'un  <(  fils  adoptif  »  de 
Ming  Tsoung,  le  trône  ne  lui  appartenait  pas  et  devait 
revenir  à  Li  Ts'oung-^n,  prince  de  Hiu,  «  fils  légitime  »  de 
Ming  Tsoung  1. 

La  réponse  de  l'empereur  fut  prompte  :  Lou  Wang  cassa 
Che  King-t'ang  de  tous  ses  emplois,  fit  mettre  à  mort  ses 
fils  et  ses  frères  qui  se  trouvaient  à  la  Cour  et  donna  l'ordre 
à  Tchang  King-ta  de  marcher  contre  lui.  Che  King-t'ang 
réunit  immédiatement  ses  troupes  et,  contrairement  à  l'avis 
de  Lieou  Tche-youen  qui  voyait  le  danger  d'introduire  des 
Barbares  en  Chine,  demanda  l'aide  des  K'i  Tan  auxquels 
il  promit,  s'il  réussissait,  la  cession  de  «  la  province  de  Lou 
loung,  et  de  toutes  les  villes  qui  sont  au  nord  de  Yen  men 
kouan  ».  (936.)  ^  Te  Kouang,  empereur  des  K'i  Tan,  accepta 
ces  offres  et  accourut  avec  50,000  hommes  à  Kou  Pe  K'eou 
(Grande  Muraille)  ;  Tchang  King-ta  défait  se  retira  à  Tsin 
Ngan  où  il  fut  bloqué;  l'empereur  part  en  hâte  de  Lo 
Yang  pour  le  délivrer.  Entre  temps,  Te  Kouang  proclame 
Che  King-t'ang  empereur  de  la  dynastie  Tsin  (936)  et 
réclame  les  territoires  promis.  Che  King-t'ang  cède  aux 
Tartares  les  seize  villes  qui  jusqu'alors  servaient  de  bar- 
rières contre  leurs  incursions  en  Chine  :  Yeou  Tcheou,  Ki 
Tcheou,  Ying  Tcheou,  Mou  Tcheou,  Tcho  Tcheou,  Tan 
Tcheou,  Chouen  Tcheou,  Sin  Tcheou,  Kouei  Tcheou,  Yu 
Tcheou,  Wou  Tcheou,  Yun  Tcheou,  Ying  Tcheou,  Houan 
Tcheou,  Sou  Tcheou,  et  Yu  Tcheou  ;  il  s'engage  en  outre 
à  donner  à  ses  alhés  300,000  pièces  de  soie  par  an  quand  il 
serait  seul  maître  de  l'Empire  ^. 

Le  gouverneur  de  Lou  Loung,  Tchao  Te-kiux,  auquel 
l'empereur  venait  de  confier  le  commandement  de  toutes 
ses  troupes,  trop  faible  pour  délivrer  seul  Tsin  Ngan, 
rongé  par  l'ambition,  désireux  de  devenir  empereur,  pro- 

1.  Mailla,  VII,  p.  308. 

2.  Mailla,  VII,  p.  309. 

3.  Mailla,  VII,   p.  313. 


34  HISTOIRE   GENERALE    DE   LA    CHINE 

posa  à  Te  Kouang  de  nommer  Che  King-t'ang  et  ses  descen- 
dants gouverneurs  du  Ho  Toung.  Te  Kouang,  songeant 
qu'il  était  loin  du  Leao  Toung,  que  sa  route  pouvait  être 
coupée  par  Tchao  Te-kiun,  eut  un  instant  l'idée  d'accepter 
cette  proposition,  mais  il  en  fut  aussitôt  détourné  par  Sang- 
Wei-han,  envoyé  de  Che  K'ing-tang. 

Dans  Tsin  Ngan  bloqué,  resté  sans  secours,  un  des  offi- 
ciers, Yang  Kouang-yen,  coupe  la  tête  à  Tchang  King-ta  et 
se  rend  à  Te  Kouang.  Tchao  Te-  kiun  attaqué  et  défait 
à  Touan  Pe  par  Te  Kouang  s'enfuit  avec  son  fils  Tchao 
Yen-tcheou,  mais  ils  sont  faits  prisonniers  à  Lou  Tcheou 
par  leur  vainqueur  et  par  Che  King-t'ang  (936).  Après 
cette  victoire,  Te  Kouang  se  retire  laissant  5,000  cavaliers 
pour  accompagner  Che  King-t'ang  à  Lo  Yang  où  s'était 
retiré  l'empereur.  Ce  dernier  «  ne  voulant  point  tomber 
entre  les  mains  de  son  ennemi,  se  fît  suivre  par  les  deux 
impératrices,  les  princes  ses  fils,  et  monta  dans  une  des 
tours  du  palais,  où  il  fit  porter  le  sceau  de  l'empire  et  les 
autres  marques  de  la  dignité  impériale  ;  y  a3/ant  ensuite 
fait  mettre  le  feu,  ce  prince,  avec  sa  famille,  périt  au  milieu 
des  flammes,  laissant  l'empire  à  Che  King-t'ang,  son  rival, 
qui  conserva  à  sa  dynastie  le  nom  de  Tsin,  que  le  roi  des 
Tartares  lui  avait  donné  »  ^: 

Les  Heou  T'ang  avaient  duré  quatorze  ans,  sous  quatre 
empereurs,  appartenant  à  trois  familles  différentes. 

I.  Mailla,  VII,  p.  318. 


J 


CHAPITRE  III 
Heou   Tsin. — Heou   Han. 

Seizième  Dynastie:  Les  Heou  Tsin  ou  Tsin  Postérieurs. 

CHE  King-t'ang,  le  nouvel  empereur,  appartenait  Kao  Tsou. 
à  la  tribu  des  Cha  T'o,  dans  les  rangs  desquels  il 
sut,  par  sa  bravoure,  gagner  les  bonnes  grâces  du 
général  Li  Se-youen,  qui  fut  Ming  Tsoung,  le  deuxième 
empereur  des  Heou  T'ang,  dont  il  épousa  la  fiUe,  la  prin- 
cesse Tsin  Kouei-tchang.  Il  établit  sa  capitale  à  K'ai 
Foung. 

Un  certain  nombre  de  gouverneurs  de  provinces  avaient 
refusé  de  reconnaître  le  nouveau  souverain;  d'autres  et 
parmi  ceux-ci,  se  trouvait  le  gouverneur  de  Tien  Hioung, 
Fan  Yen-kouang,  cachaient  leur  jeu  sous  une  soumission 
apparente.  Croyant  trouver  une  occasion  favorable  à  ses 
projets  ambitieux  pendant  la  guerre  avec  les  K'i  Tan, 
Fan  Yen-kouang  chercha  un  complice  en  Pi  Kioung  qui, 
ayant  dédaigné  ses  avances,  fut  assassiné  au  cours  d'un 
voyage  à  Tsi  Tcheou. 

Les  villes  chinoises,  Yun  Tcheou  en  particulier,  que  Che 
King-t'ang  avait  cédées  à  Te  Kouang,  n'acceptaient  pas  le 
joug  qui  leur  était  imposé.  A  la  quatrième  lune  de  937, 
l'empereur  se  transporta  à  Ta  Leang,  bien  situé  au  sud 
des  pays  de  Yen  et  de  Tchao,  au  nord  des  fleuves  Kiang  et 
Houai,  pour  mieux  surveiller  Fan  Yen-kouang,  avec  ses 
complices  Sun  Jouei  et  Foung  Houei,  gouverneur  de' 
Tchen  Tcheou,  dont  il  se  défiait  avec  juste  raison;  le  géné- 
ral impérial  Tchang  Tsoung-pin  se  joint  aux  rebelles, 
fait  tuer  Che  Tsoung-sin,  gouverneur  de  Ho  Yang,  fils  de 
l'empereur,  s'empare  de  Che  Tchoung-yi,  autre  fils  de 
Kao  Tsou,  et  attaque  Fan  chouei  kouan;  mais  battu  par  le 


36  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

général  Tou  Tchoung-houei,  Tchang  Tsoung-pin  en 
fuyant  se  noie  dans  le  Hoiiang  Ho  que  Foung  Houei  et  Sun 
Jouei  avaient  déjà  été  obligés  de  repasser  par  Yang  Kouang- 
yen.  Fan  Yen-kouang  implore  son  pardon  qui  lui  est 
refusé  (937).  Cette  même  année,  les  K'i  Tan  étant  devenus 
maîtres  de  tout  le  Leao  Toung,  changèrent  leur  nom  en 
celui  de  Leao.  «  Dans  le  même  temps,  les  princes  de  Wou 
prirent  le  titre  d'empereur,  en  changeant  leur  nom  de 
Wou  en  celui  de  T'ang,  qui  était  bien  venu  dans  l'empire, 
et  se  firent  appeler  les  T'ang  méridionaux  1.  »  La  princi- 
pauté de  Wou  dura  46  ans,  de  892  à  937,  sous  quatre 
princes  :  Yang  Hing-mi,  14  ans;  ses  fils  Yang  Wou,  2  ans; 
Yang  Loung-yen,  13  ans  ;  Yang  Po,  17  ans,  qui  fut  déposé  ; 
Yang  Hing-mi  qui  avait  été  d'abord  gouverneur  de  Houai 
Nan  possédait  38  villes  dans  le  Kiang  Nan;  sa  dxTiastie 
fut  remplacée  par  celle  des  Nan  T'ang. 

TcHAO  Se-wen  qui,  sous  les  T'ang,  s'était  donné  à  Te 
Kouang,  reçut  de  ce  prince  le  gouvernement  de  Yeou 
Tcheou  dont  il  s'était  rendu  maître  et  dont  il  désirait  faire 
sa  Cour  du  Midi.  D'autre  part,  l'empereur  avait  donné  le 
gouvernement  de  Ki  Tcheou  à  Tchao  Yen-tchao.  fils  de 
Tchao  Se-wen,  qui  conseilla  à  son  père  de  faire  rentrer  Yen 
Tcheou  sous  la  domination  de  la  Chine,  s 'offrant  même  à 
s'emparer  de  cette  place  par  un  coup  de  main,  mais  il  se 
heurta  à  une  opposition  absolue  de  Kao  Tsou  (938).  L'em- 
pereur se  décida  à  accorder  son  pardon  et  à  nommer  gou- 
verneur de  Tien  Ping,  Fan  Yen-kouang  que  n'avait  pu 
réduire  Yang  Kouang-3'ouen.  Il  y  eut  d'ailleurs  une  grande 
distribution  d'emplois  :  Li  Yen-siun,  un  des  officiers  de 
Fan  Yen-kouang  est  nommé  gouverneur  de  Foung  Tcheou  ; 
Foung  Houei  est  envoyé  à  Sou  Fang,  gouvernement  impor- 
tant à  cause  du  voisinage  des  barbares  K'iang-Hou  parmi 
lesquels  on  comptait  le  chef  des  peuples  Tang  Hiang,  To- 
pa Yen  -tch.\o,  qui  est  retenu  prisonnier  par  le  nouveau 
gouverneur  auquel  il  avait  fait  une  visite  de  courtoisie.  En 
938,  nous  notons  l'envoi  de  présents  par  le  roi  de  Khotan. 
A  la  troisième   lune  de  939,    l'empereur  nomme   ministres 

I.  Mailla,  VII,  pp.  328-9. 


Hi:OU    TSIN  i^J 

d'État  LiEOU  TcHE-YOUEN  et  Tou  Tchoung-wei,  tandis 
que  peu  de  temps  après,  Yang  Kouang-youen  faisait  dis- 
gracier son  ennemi,  le  premier  ministre  Sang  Wei-hax  qui 
est  envoyé  au  Ho  Xan  comme  gouverneur  de  Tch'ang  Te. 
C'est  à  cette  époque  (939)  qu'une  dynastie,  celle  des  Ngo, 
s'établit  dans  l'Annam  qui,  depuis  les  Souei  (603),  avait 
été  pendant  336  ans  sous  la  domination  de  la  Chine  pour 
la  quatrième  fois. 

L'année  suivante  (940),  Fan  Yen-kouang  ayant  obtenu 
de  l'empereur  l'autorisation  de  se  retirer  dans  son  pays,  fut 
précipité  dans  le  Houang  Ho  par  Yaxg  Tcheng-kouei, 
fils  de  Yang  Kouang-youen,  qui  convoitait  les  immenses 
richesses  de  sa  victime.  L'empereur  ne  fut  pas  dupe  du 
bruit  que  l'on  fit  courir  du  suicide  de  Fan  Yen-kouang, 
mais  il  jugea  politique  de  dissimuler  sa  colère  et  il  en- 
voya Yang  Kouang-youen  gouverner  la  province  de  Ping 
Lou. 

Dans  la  région  qui  avait  été  cédée  à  Te  Kouang  au  nord 
de  Yen  Men  était  compris  le  territoire  occupé  par  les  T'ou 
Yu  Houen,  devenus  ainsi  sujets  des  K'i  Tan  ;  pour  échapper 
à  la  t^Tannie  de  leurs  nouveaux  maîtres,  ils  se  donnèrent 
à  la  Chine,  sur  le  conseil  de  Ngax  Tch'ouxg-jouxg,  gou- 
verneur de  Tch'eng  Te.  Te  Kouang  se  plaignit  de  cette 
migration  à  Kao  Tsou  qui  donna  l'ordre  aux  T'ou  Yu 
Houen  de  regagner  leur  pays  (941).  Ngan  Tchoung-joung, 
irrité  de  son  insuccès,  espérant  de  provoquer  la  guerre,  tua 
un  envoyé  des  Leao  qui  adressèrent  de  nouvelles  plaintes  à 
l'empereur;  celui-ci  se  contenta  de  répondre  suivant  son 
habitude  avec  la  plus  grande  humilité.  Nullement  décou- 
ragé, à  la  sixième  lune  (941)  Ngan  Tchoung-joung  arrête 
un  agent  des  Leao,  Yela,  et  fait  une  incursion  au  sud  de 
Yeou  Tcheou.  «  Il  fit  savoir  à  l'empereur  que  les  T'ou  Yu 
Houen,  les  deux  Tou  Kiue,  les  orientaux  et  les  occidentaux, 
les  Houkipi  et  les  Cha  T'o  voulaient  se  donner  à  la  Chine,  et 
que  les  Tang  Hiang  et  les  autres  peuples  de  ces  quartiers 
étaient  très  mécontents  des  Leao  qui  les  vexaient  :  il  ajou- 
tait dans  ses  dépêches  qu'ils  offraient  de  former  une  armée 
de  cent  mille  hommes,  et  de  se  joindre  aux  Chinois  pour 


38  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

faire  la  guerre  aux  Tartares.  ^  »  Soit  manque  de  fonds,  soit 
crainte  des  Leao,  l'empereur  refusa  les  offres  de  Ngan 
Tchoung-joung  qu'il  blâma  de  sa  trop  grande  activité. 
Ngan,  soutenu  par  Lieou  Tche-youen,  mais  combattu  par 
Sang  Wei-han,  prédisait  une  guerre  prochaine  avec  les 
Tartares  qui  la  préparaient  depuis  longtemps,  mais  dégoûté 
de  la  faiblesse  de  Kao  Tsou  qui  déclinait  tous  ses  conseils, 
il  chercha  à  concerter  une  action  avec  le  gouverneur  de 
Chan  Nan,  Ngan  Ts'oung-tsin.  Malheureusement  Lieou 
Tche-youen  détacha  de  Ngan  Tch'oung-joung,  Pe  Tching- 
FOU,  chef  des  T'ou  Yu  Houen,  qui  se  rallie  à  l'empereur 
et  qu'on  établit  dans  le  pays  situé  entre  Lan  Tcheou  et  Che 
Tcheou,  territoire  de  T'ai  Youen,  dépendant  de  T'ai 
Toung  -.  Les  Ta  Tche  et  les  Kipi  suivirent  l'exemple  des 
T'ou  Yu  Houen  et  abandonnèrent  le  parti  de  Ngan  Tchoung- 
joung.  A  la  onzième  lune  (941),  Ngan  Tsoung-tsin  lève  le 
masque,  mais  il  est  battu  et  obligé  de  s'enfermer  dans  Siang 
Tcheou;  Ngan  Tch'oung-joung  marche  sur  Ye  Tou  où  l'em- 
pereur se  trouvait  et  dont  Sang  Wei-han  était  gouverneur, 
mais  il  perd  20,000  homm.es  contre  Tou  Tchoung-wei, 
envoyé  contre  lui  par  Kao  Tsou,  et  mis  en  fuite,  il  se  réfu- 
gie dans  Tch'en  Tcheou  où  il  est  investi  :  le  vainqueur  pénè- 
tre dans  la  place  et  Ngan  Tch'oung-joung  est  tué  après  une 
vaillante  défense  et  sa  tête  est  envo^^e  au  chef  des  Leao 

(942). 

Les  réclamations  de  Te  Kouang  au  sujet  des  T'ou  Yu 
Houen  se  font  plus  pressantes  ;  l'empereur  tombe  malade  ;  il 
désigne  à  son  ministre  Foung  Tao,  son  fils  Che  Tchoung- 
jouEi  comme  son  successeur.  Kao  Tsou,  après  sept  années 
de  règne,  meurt  âgé  de  56  ans,  à  la  6^  lune  de  942.  On 
trouve  Che  Tchoung-jouei  trop  jeune  pour  le  trône;  Foung 
Tao,  de  concert  avec  King  Yen-kouang,  commandant  des 
gardes  de  l'empereur,  fait  proclamicr  Che  Tchoung-kouei, 
neveu  de  Kao  Tsou. 

Avant  de  mourir,  Kao  Tsou  avait  donné  l'ordre  de  faire 
venir  Li  Tche-youen;  cet  ordre  fut  intercepté  par  Che 

1.  Mailla,  VII,  p.  336. 

2.  Mailla,  VII,  p.  340. 


HEOU   TSIN  39 

Tchoung-kouei,  et  King-Yen-kouang,  écartant  ainsi  un 
rival  redoutable,  s'empara  du  pouvoir.  Sur  ces  entrefaites, 
Siang  Tcheou  fut  pris  par  Kao  Hing-tcheou  ;  Ngan  Tsoung- 
tsin  et  sa  famille  se  firent  brûler  dans  leur  maison    (942). 

L'empereur  ne  manqua  pas  de  faire  pai  t  de  son  avène-  Ts'i  Wang  ou 
ment  aux  Tartares  dans  une  lettre  qui  excita  leur  colère,  Tch'ou  Ti. 
les  termes  n'en  étant  pas  suffisamment  humbles  ;  leur  mau- 
vaise humeur  s'accrut  d'autres  griefs,  en  particulier  l'arres- 
tation d'un  certain  K'iao  Joung  qui  entretenait  à  Ta 
Leang  des  relations  avec  eux.  Tandis  que  Sang  Wei-han 
conseillait  la  prudence,  King  Yen-kouang  poussait  à  la 
rupture  avec  le?  Leao,  en  même  temps  qu'il  se  créait  un 
nouvel  ennemi  en  froissant  Yaxg  Kouang,  gouverneur  de 
Ping  Lo,  qui  se  révolta,  s'empara  de  Tseu  Tcheou,  fît  pri- 
sonnier Ye  Tsin-tsoung  et  rechercha  l'alliance  de  Te 
Kouang.  Ce  dernier,  excité  par  Tchao  Yen-cheou,  gou- 
verneur de  Lou  Loung  qui  espérait  devenir  empereur,  lui 
confie  une  armée  de  50,000  hommes  pour  marcher  contre  la 
Chine  (943). 

Une  grande  irritation  causée  en  partie  par  la  disette 
régnait  dans  l'empire.  En  944,  Te  Kouang  occupait  la  place 
importante  de  Pei  Tcheou  qui  lui  fut  livrée  par  un  officier 
de  la  garnison  mécontent,  Chao  Ko;  Wou  Louax,  qui 
défendait  la  ville  en  l'absence  du  gouverneur  Wang  Ling- 
WEN,  se  jeta  dans  un  puits.  Après  la  prise  de  Pei  Tcheou,  les 
Tartares  marchent  sur  Ye  Tou,  et  l'empereur  tente  une 
démarche  pacifique  mais  son  courrier  est  arrêté.  King  Yen- 
kouang  est  chargé  de  conduire  la  guerre;  une  deuxième 
tentative  de  négociations  faite  par  l'empereur  échoue  éga- 
lement. Cependant  les  Tartares  sont  obligés  de  se  retirer. 

Yang  Kouang-youen  réfugié  dans  Tsing  Tcheou  est 
forcé  de  se  rendre  à  Lieou  CHEOU-TCHExquile  fait  mettre 
à  mort,  mais  les  fils  du  rebelle  ayant  contribué  à  sa  reddi- 
tion et  fait  leur  soumission  reçoivent  des  emplois  (944). 

La  guerre  reprend  avec  les  Leao  (945).  Après  des  alter- 
natives de  succès  et  de  revers,  l'armée  impériale  avec 
Tchang  Yen-tche  bat  Te  Kouang  qui  se  retire  à  Yeou 


40  HISTOIRE   GENERALE   DE   LA   CHINE 

Tcheou  pour  y  grouper  les  débris  de  son  armée  ;  il  rentre 
ensuite  dans  ses  états  et  l'empereur  retourne  à  Ta  Leang. 
Profitant  de  ce  succès,  Ts'i  Wang  offre  à  Te  Kouang  la  paix 
que  sa  mère  Chou  Liu  le  presse  d'accepter.  Mais  les  exi- 
gences du  chef  Leao  sont  trop  grandes  :'il  demande  qu'on 
lui  livre  King  Yen-kouang  et  Sang  Wei-han  et  qu'on  lui 
abandonne  les  départements  de  Tch'en  Tcheou  et  de 
Tiiig  Tcheou;  les  pourparlers  sont  rompus. 

pn  945,  le  roi  de  Ko-kou-rie  (Corée),  Wang  Kien,  avait 
fait  porter  à  Kao  Tsou  par  le  lama  HouA  La  un  placet 
pour  réclamer  le  royaume  de  Pou  Haï  qui  appartenait  à  un 
de  ses  parents  fait  prisonnier  par  les  K'i  Tan  ;  le  Pou  Hai 
comprenait  la  partie  nord-est  de  Ko  kou  rie;  ce  royaume 
avait  été  fondé  à  la  fin  du  vii^  siècle  par  les  Toungouses 
Mou  Ho  et  son  premier  roi  fut  Kao  Wang  (Tso  Young) 
mort  en  720;  son  dernier  roi  fut  Ta  Yin-tchouan  lors  de 
la  conquête  par  les  K'i  Tan  en  925.  Le  placet  de  Wang 
Kien  était  resté  sans  réponse,  lorsque  ce  prince  mourut 
en  945  et  fut  remplacé  par  son  fils  Wang  Wou  que  Ts'i  Wang 
espéra  gagner  contre  leur  ennemi  commun.  L'empereur 
dans  ce  but  envoie  Kou  Jen-yu  qui,  aj-ant  constaté  l'état 
'de  décadence  dans  lequel  se  trouvait  la  Corée,  n'insiste  pas 
auprès  du  roi  pour  qu'il  accepte  ses  propositions.  La  Corée 
(Ko  Kou  rie)  avait  été  occupée  par  les  Chinois  de  668  à 
755,  ptiis  annexée  au  Sin  ra  de  755  à  904;  à  cette  époque 
KouNG  Wo,  ministre  de  Tchang  Cheng  Wang,  reine  de 
Sin  ra,  se  souleva,  devint  roi  de  Ko  Kou-rie,  mais  dut  céder 
la  place  en  917  à  Wang  Kien,  descendant  des  anciens  rois, 
qui  fit  l'unité  des  trois  royaumes  coréens  (Ko  Kou-rie, 
Sinra  et  Paik  Tjyel)  dont  la  dynastie  dura  jusqu'en  1392, 
époque  à  laquelle  elle  fut  remplacée  par  celle  de  Li  (Ri,  en 
coréen;  Ni,  en  japonais). 

En  946,  les  Leao  recommencent  la  guerre  et,  battus 
d'abord  au  nord  de  Ting  Tcheou  par  Tchang  Yen-tche,  ils 
finissent  par  avoir  l'avantage;  le  général  impérial  Tou  Wei 
se  rend  avec  son  armée  aux  Tartares.  Te  Kouang  charge 
le  transfuge  Tchang  Yen-tche  de  traverser  le  Houang  Ho 
et  de  se  rendre  à  Ta  Leang,  où  l'empereur  veut  se  suicider 


HEOU   TSIN  41 

avec  sa  famille,  mais  il  en  est  empêché  par  Siei  Tciiao,  un 
des  officiers.  Ts'i  Wang  écrit  alors  à  Te  Kouang  pour  faire 
sa  soumission  et  il  remet  le  sceau  de  l'empire  à  ses  fils  Che 
Yen-hix  et  Che  Yen-fao  pour  qu'ils  le  portent  au  vain- 
queur. Tchang  Yen-tche,  pendant  deux  jours,  livre  Ta 
Leang  au  pillage  et  traite  l'empereur  d'une  manière  indigne 
jusqu'à  ce  que  Te  Kouang  ait  écrit  à  ce  mallieureux  souve- 
rain pour  lui  promettre  tout  ce  qui  lui  serait  nécessaire. 
Te  Kouang  iit  son  entrée  à  Ta  I.eang  le  premier  jour  de 
947.  Sur  la  plainte  des  habitants,  Tchang  Yen-tche  est 
immédiatement  arrêté  et  mis  à  mort  par  le  roi  Leao  qui 
abandonne  le  corps  du  misérable  au  peuple  victime  du 
pillage.  Quant  à  Ts'i  Wang,  fait  prince  du  troisième  ordre, 
il  est  conduit  en  Tartarie.  Dans  l'exaltation  du  triomphe, 
les  Tartares,  leur  chef  le  premier,  adoptent  le  costume 
chinois.  «  La  Chine  ne  perd  point  ses  lois  par  la  conquête. 
Les  manières,  les  mœurs,  les  lois,  la  religion  y  étant  la 
même  chose,  on  ne  peut  changer  tout  cela  à  la  fois.  Et 
comme  il  faut  que  le  vainqueur  ou  le  vaincu  changent,  il  a 
toujours  fallu  à  la  Chine  que  ce  fut  le  vainqueur  :  car  ses 
mœurs  n'étant  point  ses  manières;  ses  manières,  ses  lois; 
ses  lois,  sa  religion  ;  il  a  été  plus  aisé  qu'il  se  pliât  peu  à  peu 
au  peuple  vaincu,  que  le  peuple  vaincu  à  lui  ^»  Les  gouver- 
neurs de  provinces  se  soumettent  aux  ordres  qui  leur  sont 
envoyés;  firent  exception  les  seuls  Se  Kouang-wei,  gou- 
verneur de  Tchang  Yi,  qui  profite  du  désarroi  régnant 
dans  l'empire  pour  s'emparer  de  King  Tcheou,  et  Ho 
Tchoung-Kien,  gouverneur  de  Hioung  Wou,  qui  se  donna 
au  prince  de  Chou,  avec  Tsin  Tcheou,  Kiai  Tcheou  et 
Tch'eng  Tcheou  -. 

Te  Kouang  allait  trouver  un  adversaire  redoutable  en 
Lieou  Tche-youen,  prince  de  Pe  P'ing  et  gouverneur  du 
Ho  Toung  où  il  avait  été  envoyé  par  Ts'i  Wang  qui  ne 
l'aimait  pas  et  désirait  l'éloigner  de  la  Cour.  Lieou  s'arma, 
s'allia  avec  les  T'ou  Yu  Houen  et  ayant  réuni  50,000 
hommes,  envoya  porter  sa  soumission  aux  Leao  lorsqu'ils 

1.  Esprit  des  Lois.  XIX,  chap.  xviii. 

2.  Mailla,  VII,  p.  375. 


42'  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

furent  maîtres  de  Ta  Leang  par  Wang  Tsiun  qui  à  son 
retour,  ne  manqua  pas  de  lui  marquer  la  haine  des  Chinois 
pour  leurs  conquérants.  Les  officiers  de  Lieou  Tche-youen 
le  pressent  de  marcher  sur  Ta  Leang  ;  ses  soldats  le  pro- 
clament empereur  (février  947),  hors  des  murs  de  Tsin 
Yang  ;  un  certain  nombre  de  gouverneurs  se  déclarent  pour 
lui.  Sur  ces  entrefaites,  Te  Kouang  qui  se  préparait  à  aller 
voir  sa  mère  en  Tartarie,  tombe  malade  et  meurt  peu  de 
jours  après  à  Cha  hou  lin;  il  est  remplacé  par  son  neveu 
Wou  Yu,  fils  de  son  frère  aîné. 

De  son  côté,  Siao  Han,  neveu  de  l'impératrice  Leao 
Chou  Liu,  qui  avait  été  laissé  par  Te  Kouang  comme  gou- 
verneur à  Ta  Leang,  fait  contre  son  gré  proclamer  empereur 
Li  TsouNG-Yi,  prince  de  Hiu,  de  la  famille  des  T'ang  posté- 
rieurs, qui  se  trouvait  à  Lo  Yang,  lui  laisse  une  garde  de 
mille  soldats  et  s'en  retourne  en  Tartarie.  Li  Tsoung-yi 
s'empresse  de  renoncer  au  trône,  prend  le  titre  de  prince  de 
Leang  et  fait  sa  soumission  à  Lieou  Tche-youen  qui  se  rend 
de  Tsin  Yang  à  Lo  Yang,  puis  à  Ta  Leang  (K'aï  Foung) 
où  il  établit  sa  Cour,  donnant  à  sa  djmastie  le  nom  de  Han, 
d'après  la  grande  famille  à  laquelle  il  prétendait  apparte- 
nir (947). 

Dix-septième  Dynastie  :  les  Heou  Han  ou  Han  Postérieurs. 

ao  Tsou.  Le  premier  empereur  de  la  d^mastie  des  Han  Postérieurs, 
Lieou  Tche-youen,  proclamé  à  la  4^  lune  de  947  (avril) 
à  K'ai  Foung,  appartenait  à  la  tribu  giierrière  des  Cha  T'o, 
mais  il  avait  fait  son  éducation  militaire  dans  les  troupes 
de  Tsin.  A  la  6«  lune  (947),  à  son  entrée  à  Lo  Yang,  il  fit 
changer  le  nom  dynastique  de  Tsin  en  celui  de  Han.  La 
haine  des  Tartares  facilita  la  soumission  des  gouverneurs 
de  province  au  nouveau  régime;  toutefois  la  région  de 
Kouan  Tchoung,  dans  laquelle  se  révoltèrent  Heou  Yi, 
gouverneur  de  Foung  Siang,  et  Tchao  Kouang-tsan, 
décida  de  se  donner  au  prince  de  Chou,  pour  échapper  à 
l'administration  des  Han. 

Des  envoyés  Houei  Ho  arrivèrent  à  la  Cour  pour  réclamer 


HEOU    IIAN  43 

la  protection  impériale  contre  les  Tang  Hiang  qui  leur  cau- 
saient de  perpétuelles  inquiétudes.  Kao  Tsou,  désireux 
de  jxicifier  le  pays  de  Kouan  Si,  voulut  profiter  de  cette 
occasion,  et  accorda  aux  Houei  Ho  le  secours  de  quelques 
milliers  de  soldats  commandés  par  Wang  King-tsoung. 

Tciiao  Kouang-tsan  était  poussé  par  Tchao  Yen-tcheou 
qui  liri  avait  envoyé  Li  Ju  ,  à  se  rendre  au  prince  de  Chou. 
Li  Ju,  agissant  contrairement  à  ces  instructions,  engagea 
Tchao  Kouang-tsan,  malgré  sa  crainte  d'être  traité  en 
rebelle  par  les  Leao,  auxquels  son  père  et  lui  devaient  leur 
rang,  à  se  soumettre  à  l'empereur  par  son  intermédiaire; 
son  avis  fut  suivi,  Heou  Yi  crut  sage  de  suivre  l'exemple 
de  son  complice.  D'ailleurs  Wang  King-tsoung  battit  les 
troupes  de  Chou  commandées  par  Li  TiNG-kouEi  qu'il 
poussa  jusqu'à  Pao-ki-wou-heou  où  il  infligea  une  nouvelle 
défaite  à  Tchang  Kien-tchao  (948). 

Kao  Tsou  mourut  le  premier  jour  de  la  2^  lune  de  948, 
âgé  de  54  ans,  et,  suivant  son  désir,  il  fut  remplacé  par  son 
fils  LiEOU  Tch'eng-yeou  (Yin  Ti). 

Le  nouveau  souverain  eut  la  bonne  fortune  au  début  de  Yin  Ti 
son  règne  de  posséder  d'excellents  ministres  :  à  la  tête  du 
Conseil  secret  de  l'État  était  placé  Yang  pin;  KouoWei, 
appelé  à  un  brillant  avenir,  dirigeait  la  guerre  ;  le  comman- 
dement de  la  garde  avait  été  confié  à  Che  Houng-tchao 
tandis  que  Wang  Tchang  se  montrait  un  ministre  des 
finances  intègre,  sévère  dans  le  recouvrement  des  impôts. 
Ils  avaient  réussi  à  écarter  du  pouvoir  les  nombreux  parents 
de  l'impératrice  qui  cherchaient  à  s'ingérer  dans  les  affaires 
de  l'État;  bref,  on  pouvait  espérer  que  sous  leur  direction 
vigilante  et  ferme,  l'empire  recouvrerait  sa  splendeur 
passée  1.  Il  en  fut  autrement  :  Yin  Ti  non  seulement  ne 
sut  pas  profiter  des  talents  de  ses  serviteurs  mais  encore  il 
les  sacrifia  à  de  basses  intrigues  et  il  attira  sur  lui-même  et 
les  siens  la  pire  catastrophe. 

Après  la  défaite  des  troupes  de  Chou,  Wang  King- 
tsoung  se  rendit  à  Foung  Siang  d'où  Heou  Yi  partit  pour 
faire  sa  soumission  à  la  Cour. 

1.  Mailla,  VII,  p.  407. 


44  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Tandis  que  Sun  Fang-Icien  et  ses  frères  Sun  Hing-yeou 
et  Sun  Fang-yu  réussissaient  à  chasser  les  Tartares  com- 
plètement de  la  Chine  et  à  leur  reprendre  toutes  les  places 
que  leur  avait  données  le  fondateur  des  Tsin,  Li  Cheou- 
tchen,  gouverneur  de  Hou  Kouei,  songeait  à  s'emparer  de 
l'empire  ;  il  fomente  une  rébellion  et  T'oung  Kouan  est  pris  ; 
les  généraux  impériaux  Young  Hing  et  Foung  Siang  se  font 
battre  dans  le  Ho  Tchoung;  pour  pacifier  cette  province, 
l'empereur  envoie  Kouo  Wei  ;  celui-ci,  sur  le  conseil  de 
Foung  Tao,  s'applique  à  gagner  le  cœur  de  ses  soldats  par 
sa  mansuétude  et  ses  largesses.  Kouo  Wei  divise  ses  troupes 
en  trois  corps  qui,  par  Chen  Tcheou,  Toung  Tcheou  et 
T'oung  Kouan,  doivent  se  réunir  à  Ho  Tchoung. 

Kouo  Wei  bloque  Li  Cheou-tchen  à  Ho  Tchoung,  tandis 
que  Tchao  Houei  assiège,  dans  Foung  Siang,  Wang  King- 
tsoung  qui  a  passé  aux  rebelles  ;  le  prince  de  Chou  vient 
au  secours  de  Foung  Siang;  battu  dans  une  première  ren- 
contre, dans  une  seconde  il  défait  Tchao  Houei  qui  réclame 
des  renforts  qu'amène  Kouo  Wei,  trop  tard,  car  les  Chou 
s'étaient  déjà  retirés  (948).  L'année  suivante  Kouo  Wei 
force  les  portes  de  Ho  Tchoung  :  Li  Cheou-tchen  se  brûle 
dans  son  palais  avec  sa  femme  et  ses  enfants.  Cependant 
Tchao  Se-wen  tenait  toujours  dans  Tch'ang  Ngan  dont 
il  s'était  emparé  en  948  pour  le  compte  de  Lieou  Cheou- 
tchen;  sur  le  conseil  de  Li  Sou,  il  fait  sa  soumission  à 
l'empereur  qui  le  nomme  gouverneur  de  Houa  Tcheou. 
Tchao  Se-wen  ayant  hésité  à  abandonner  Tch'ang  Ngan 
pour  gagner  le  nouveau  poste  dont  le  titre  de  gouverneur 
lui  était  apporté  par  Kouo  Tsoung-yi,  celui-ci,  avec 
l'autorisation  de  Kouo  Wei,  le  met  à  mort  avec  300  de  ses 
partisans.  Des  trois  rebelles,  il  ne  restait  que  Wang  King- 
tsoung  qui  incendie  son  palais  et  s'ensevelit  sous  les  ruines, 
tandis  que  Foung  Siang  se  rend  à  Tchao  Houei.  Kouo  Wei 
revient  triomphant  à  la  Cour  (949).  Ces  succès  devaient 
avoir  une  influence  néfaste  sur  le  caractère  de  Yin  Ti  qui 
se  livre  à  la  débauche  et  éloigne  de  lui  toutes  les  personnes 
sages. 

Les  Tartares,  repoussés  au  delà  des  frontières,   conti- 


HEOU   HAN  45 

nuaient  néanmoins  à  faire  des  incursions  sur  les  terres  de 
l'empire  et  Yin  Ti  nomma  Kouo  Wei  généralissime  des 
troupes  du  nord  avec  des  pouvoirs  très  étendus.  Se  Houn'G- 
TCHAO  et  Sf)U  FoLNG-Ki  entrèrent  en  lutte  au  sujet  du 
nouveau  chef  dont  le  premier  aurait  voulu  voir  augmenter 
les  attributions  et  le  second  les  restreindre.  D'autre  part, 
Yang  pin,  par  sa  franchise,  avait  excité  la  colère  de  l'empe- 
reur, attisée  par  les  mécontents,  en  particulier  par  Li  Ye, 
frère  de  l'impératrice  et  ses  favoris  Nie  Wen-tsin,  Heou 
KouAXG-TSAX  et  Kouo  Yun-mixg;  malgré  la  désapproba- 
tion de  l'impératrice,  la  perte  du  ministre  fut  résolue.  Yang 
pin  et  Wang  Tchang  étant  venus  au  palais  suivant  leur 
habitude,  furent  assassinés.  L'empereur  entrant  dans  les 
vues  des  conjurés  donna  l'ordre  de  se  défaire  également  de 
Kouo  Wei  et  de  Wang  Tsiun  et  envo}^a  des  courriers  à  Kao 
Hing-tcheou,  Fou  Yex-King,  Kouo  Tsouxg-yi,  Mou 
JOUNG  Yen  tchao  et  Li  Kou  pour  leur  enjoindre  de  reve- 
nir à  la  Cour  occuper  les  postes  rendus  vacants  ;  il  confia 
la  direction  des  affaires  privées  à  Sou  Foung-ki  et  le  gou- 
vernement de  K'ai  Foung  à  Lieou  Tchu  qui  exécuta  avec 
la  plus  grande  cruauté  les  ordres  contre  les  familles  de  Kouo 
Wei  et  de  Wang  Tsiun.  Sou  Foung-ki  eut  la  sagesse  et 
l'humanité  de  s'abstenir  de  prendre  part  à  ces  sanglantes 
exécutions.  Un  autre  fonctionnaire,  Li  Houng-kiex,  mon- 
tra également  moins  de  zèle  dans  les  ordres  qu'il  avait  reçus 
pour  agir  contre  la  famille  de  W^\xg  Yix,  officier  dévoué 
à  Se  Houng-tchao. 

Kouo  Wei,  que  ne  pouvaient  atteindre  les  assassins, 
réunit  ses  officiers  ;  laissant  son  fils  Kouo  Joung  en  charge 
de  la  défense  de  Ye  Tou,  il  marcha  sur  les  provinces  méri- 
dionales et  entra  à  Houa  Tcheou;  Heou  Yi  est  envoyé 
contre  lui  ;  il  est  rejoint  par  Mou  joung  Yen  tchao  qui,  battu 
à  Li  Joung,  est  obligé  de  se  sauver  à  Yen  Tcheou.  Les  troupes 
impériales  désertent  en  masse  ;  Lieou  Tchu  se  tourne  contre 
son  souveiain;  le  malheureux  Yin  Ti  qui  s'était  rendu  à 
l'armée,  obligé  de  fuir,  se  cache  chez  un  paysan  chez  lequel 
il  périt  sans  gloire,  tué  par  les  rebelles  qui  ne  le  reconnaissent 
pas;  il  n'avait  que  vingt  ans   (950).  Sou  Foung-ki,  Yen 


46  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

Tsin-king  et  Kouo  Yun-ming  se  donnèrent  la  mort  pour 
ne  pas  tomber  aux  mains  de  KouoWei.  Le  vainqueur  entré 
dans  la  capitale  K'aï  Foung  demande  à  l'impératrice  de 
faire  choix  immédiatement  d'un  nouvel  empereur  :  elle 
recommande  Lieou  Pin,  gouverneur  de  Wou  Ning,  né 
de  Lieou  Tsoung,  mais  fils  adoptif  de  Kao  Tsou,  qu'on 
va  chercher  à  Siu  Tcheou.  Kouo  Wei  fait  exécuter  Lieou 
Tchu,  Li  Houng-kicn  et  leurs  partisans  ainsi  que  Wang 
Yin. 

Mais  les  troupes  de  Tch'en  Tcheou  proclament  empereur 
Kouo  Wei;  Lieou  Pin  est  conduit  à  Ta  Leang;  pour  lui 
sauver  la  vie,  l'impératrice  le  déclare  déchu  du  trône  et  le 
fait  duc  (Koung)  de  Siang  Yin  (fou  de  Tch'ang  Cha,  Hou 
Kouang),  du  3^  ordre,  et  elle  nomme  Kouo  Wei  régent  de 
l'empire,  puis  le  reconnaît  empereur  l'année  suivante  (951), 
s'apercevant  qu'elle  avait  intérêt  à  se  donner  le  mérite 
de  ce  qu'elle  ne  pouvait  empêcher. 


CHAPITRE  IV 

Dix-huitième   Dynastie    :   les    Heou  Tcheou  ou   Tcheou 
postérieurs. 

Kouo  Wei,  originaire  de  Yao  Chan,  près  de  Na  T'ai  Tsou 
Tcheou,  prétendant,  quoiqu'il  fut  illettré  et  de 
condition  plus  que  modeste,  descendre  de  la  grande 
dynastie  des  Tcheou,  par  Chou,  seigneur  de  Kouai,  frère 
de  Wen  Wang,  en  donna  le  nom  à  la  sienne.  Le  gouver- 
neur du  Ho  Toung,  Lieou  Tch'oung,  frère  de  Heou  Han 
Kao  Tsou,  résidant  à  P'ing  Yang  (actuellement  T'ai 
Youen,  du  Chan  Si)  avait  un  instant  songé  à  disputer 
l'Empire,  mais  il  renonça  à  ses  projets  ambitieux  lorsqu'il 
apprit  que  l'impératrice  avait  fait  choix  de  son  fils  Lieou 
Pin  pour  le  trône;  un  lettré  de  T'ai  Youen,  Li  Siang, 
l'ayant  mis  en  garde  contre  toute  mesure  précipitée  et 
suggéré  de  prendre  des  précautions  comme  de  s'assurer  la 
possession  du  passage  de  Moung  Tsin  en  attendant  les 
événements,  Lieou  Tch'oung  croyant  qu'il  \^oulait  le 
brouiller  avec  son  fils,  fit  mettre  le  donneur  de  conseils  à 
mort  avec  sa  femme;  il  devait  regretter  amèrement  cet 
acte  cruel  lorsque  Kouo  Wei  eut  été  choisi  de  préférence  à 
Lieou  Pin,  mais  il  sut  dissimuler  ses  sentiments  et  fit  sa 
soumission  au  nouveau  souverain  qui  garda  auprès  de  lui 
son  concurrent  malheureux.  Ce  dernier  fut  d'ailleurs  mis  à 
mort  peu  de  temps  après,  ses  partisans  KoungTixg-mei 
et  Yang  Wen  s'étant  saisis  de  Siu  Tcheou  qu'ils  ne  vou- 
lurent pas  rendre;  trois  mois  d'un  siège  qui  coûta  la  vie 
à  Koung  Ting-mei  furent  nécessaires  pour  reconquérir 
cette  ville. 

Avant  d'apprendre  la  mort  de  son  fils,  Lieou  Tch'oung 
s'était  proclamé  empereur  des  Han  septentrionaux  (Pe 
Han,  et  aussi  Toung  Han,  Han  orientaux),  à  la  première 


48  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

lune  de  951;  douze  tcheou  se  déclarèrent  pour  lui.  P'ing 
Tcheou,  Fen Tcheou,  Hin  Tcheou,  T'ai  Tcheou,  Lan  Tchoeu, 
Hien  Tcheou,  Loung  Tcheou,  Wei  Tcheou,  Tsin  Tcheou, 
Leao  Tcheou,  Lin  Tcheou  et  Che  Tcheou,  tous  dans  la 
province  du  Chan  Si  1. 

Lieou  Tch'oung  se  reconnut  vassal  des  Leao  qui  se  mirent 
en  campagne  avec  lui,  mais  les  troupes  tartares  ne  mar- 
chant qu'avec  répugnance,  dès  qu'elles  arrivèrent  à  Sin 
Tcheou,  Chou  ya,  prince  de  Yen,  se  mit  à  leur  tête  et  se 
fit  reconnaître  à  la  place  de  son  souverain  Wou  Yu  -.  Le 
prince  de  Ts'i,  Chou  liu,  ayant  réuni  des  troupes  dans  les 
montagnes  au  sud  de  Sin  Tcheou,  attaqua  et  tua  Chou  ya, 
et  ses  soldats  le  proclamèrent  roi  de  Leao;  il  confir- 
ma d'ailleurs  l'alliance  avec  Lieou  Tch'oung;  c'était  un 
prince  adonné  aux  plaisirs,  se  couchant  tard,  se  levant  à 
midi,  aussi  ses  sujets  le  surnommèrent-ils  Chouei  Wang, 
«  l'empereur  dormant  »,  qu'ils  changèrent  plus  tard  en 
Ming  Wa)ig,  «  l'empereur  éclairé  »  ^.  Chou  liu  laissa  50,000 
cavaliers  à  Lieou  Tch'oung  qui,  commandant  lui-même  une 
armée  de  20,000  hommes,  mit  le  siège  devant  la  ville  de 
Tsin  Tcheou  au  secours  de  laquelle  l'empereur  env'oya 
Wang  Tsiun;  le  chef  des  Han  manquant  de  vivres  et  redou- 
tant une  attaque  se  retira. 

Maître  de  Tsin  Tcheou,  l'empereur  se  tourne  vers  Mou 
JOUNG  Yen  tchao  encore  insoumis,  envoie  contre  lui  Ts'ao 
YiNG  et  HiANG  HiUN  qui  battent  ses  troupes,  font  prison- 
nier son  général  Yen  King-hiouen  et  l'obligent  à  s'enfer- 
mer dans  Yen  Tcheou  ;  Mou  joung  Yen  tchao  refuse  de  se 
rendre,  la  place  est  prise  d'assaut  et  le  rebelle  se  jette  dans 
un  puits.  Il  est  intéressant  de  noter  que  pendant  cette 
longue  période  de  troubles,  les  études  classiques  ne  sont 
pas  abandonnées.  En  effet,  «  la  septième  année  du  règne  de 
Ming  Tsoung,  de  la  dynastie  des  T'ang  postérieurs,  le 
Collège  impérial,  après  avoir  examiné  avec  soin  les  Neuf 
Livres  classiques  et  en  avoir  conféré  les  différentes  éditions, 

1.  Mailla,  VII,  p.  426. 

2.  Mailla,  VII,  p.  428. 

3.  Mailla,  VII,  p.  428. 


I 


HEOU   TCHEOU  49 

en  présenta  une  nouvelle  à  l'empereur,  qui  ordonna  de  la 
graver  .sur  des  planches,  et  d'en  tirer  un  grand  nombre 
d'exemplaires  pour  les  répandre  au  dehors  :  cette  gravure, 
commencée  à  la  deuxième  lune  de  la  septième  année  de 
Ming  Tsoung,  ne  fut  achevée  qu'à  la  sixième  lune  de  cette 
troisième  année  (953)  de  T'ai  Tsou.  Dans  le  même  temps, 
Wou  TcHAO-Yi,  des  états  de  Chou,  fit  élever  à  grand  frais 
un  collège  particulier  et  demanda  au  prince  de  Chou  la 
permission  de  faire  aussi  graver  les  neuf  King  et  de  les 
faire  imprimer;  cette  permission  lui  fut  accordée  ^  »  Mais 
il  faut  noter  que  T'ai  Tsou  viola  et  dépouilla  de  leurs  trésors 
dix-huit  sépultures  des  empereurs  T'ang. 

A  la  huitième  lune  (953)  l'empereur  tomba  malade  et 
mourut  à  la  première  lune  de  l'année  suivante  dans  la 
536  année  de  son  âge;  Kouo  Joung,  prince  de  Tsin,  neveu 
de  l'impératrice,  lui  succéda;  ce  fut  l'empereur  Che  Tsoung. 

Désireux  de  profiter  de  la  mort  de  T'ai  Tsou,  Lieou  Che  Tsoung 
Tch'oung,  étabh  dans  la  vallée  de  la  Fen,  demanda  des 
secours  au  roi  des  Leao  qui  lui  envoya  10,000  cavaliers 
commandés  par  Yang  Kouen  qui  rejoignit  à  Tsin  Yang, 
capitale  des  Han,  30,000  hommes  dirigés  par  Pe  Tsoung- 
HOUEi  avec  TcHANG  YouEN-HOUEi  à  l'avant-garde.  Cette 
armée  marcha  sur  Lou  Tchou  dont  le  gouverneur  Li  Yun 
fut  battu.  Contrairement  à  l'avis  de  son  premier  ministre 
Foung  Tao,  l'empereur  décida  de  se  mettre  à  la  tête  de 
ses  troupes  qui  vinrent  camper  au  nord-est  de  Tse  Tcheou, 
tandis  que  les  troupes  de  Lieou  Tch'oung  s'établissaient  au 
sud  de  Kao  P'ing  :  les  troupes  impériales  étaient  comman- 
dées, au  centre  par  Hiang  Hiux  et  Se  Yex-tchao,  à  gau- 
che par  Pe  TcHOUNG-SAN  et  Li  TcHOUNG-TSiN,  à  droite  par 
Fang  Ngai-neng  et  Ho  Wei.  Le  prince  de  Han» avec 
TcHAXG  YouEN-HOUEi  à  l'est  et  Yang  Kouen  à  l'ouest, 
attaque  et  rompt  la  droite  des  Impériaux,  mettant  en 
fuite  Fang  Ngai-neng  et  Ho  Wei,  et  faisant  plus  de  mille 
prisonniers;  l'empereur  déploie  la  plus  grande  bravoure  : 
Tchang  Youen-houei  est  enfoncé  et  tué;  les  Han  com- 
mencent à  fuir;  ils  sont  chargés  par  Fang  Ngai-neng  et 

I.  Mailla,  VII,  p.  434. 


50  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Ho  Wei  qui  veulent  s'emparer  des  bagages,  mais  ces  der- 
niers, attaqués  par  les  troupes  tartares  sont  écrasés.  Lieou 
Tch'oung  rallie  10,000  hommes  pour  couvrir  la  retraite; 
battu  par  Lieou  Tseu,  il  est  poursuivi  jusqu'à  Kao 
P'ing  et  obligé  de  se  réfugier  à  Tsin  Yang.  Fang  Ngai-neng 
et  Ho  Wei  qui  avaient  échappé  au  massacre  de  leurs  sol- 
dats rejoignent  l'armée  impériale,  mais  ils  sont  mis  à  mort 
avec  soixante-dix  autres  officiers  pour  n'a\-oir  pas  .fait  leur 
devoir  (954).  Les  deux  armées  étaient  épuisées.  Lieou 
Tch'oung  fortifie  Tsin  Yang;  Che  Tsoung  reconstitue  une 
nouvelle  armée  dont  il  confie  le  commandement  à  Fou 
Yen-king  avec  ordre  de  marcher  sur  Tsin  Yang  :  Yu  Hien, 
Fen  Tcheou,  Leao  Tcheou,  Hien  Tcheou,  Lan  Tcheou,  Tsin 
Tcheou  et  Hiu  Tcheou  se  rendent;  Che  Tcheou  est  pris 
d'assaut  et  livré  au  pillage,  mais  les  Leao,  à  Hin  Keou, 
infligent  un  échec  à  Fou  Yen-king  qui  se  tourne  vers  Tsin 
Yang  dont  l'empereur,  ayant  pris  le  commandement  des 
troupes,  faisait  le  siège  qu'il  est  obligé  de  lever  par  suite  des 
pluies  et  d'une  épidémie.  L'empereur  tombe  malade;  sur 
ces  entrefaites  Lieou  Tch'oung  meurt  âgé  de  61  ans,  à  la 
onzième  lune  (954)  et  est  remplacé  par  son  fils  Lieou 
Tch'eng-kiun,  auquel  les  Leao  envoient  un  diplôme 
d'empereur  de  Chine  ;  le  nouveau  prince  de  Pe  Han  paraît 
devoir  inaugurer  une  ère  pacifique. 

L'empereur  qui  voyait  avec  chagrin  croître  le  nombre 
des  sectes  et  des  idoles,  «à  la  cinquième  lune  (955),  fit  des 
règlements  concernant  les  temples  d'idoles,  et  les  bonzes 
et  les  bonzesses  Ho  chang.  Il  ordonna  de  détruire  les  temples 
qui  n'auraient  pas  des  titres  authentiques  de  leur  fondation, 
et  d'en  chasser  tous  les  bonzes  et  les  bonzesses.  Il  défendit 
d'en  recevoir  à  l'avenir  sans  le  consentement  par  écrit  de 
leur  grand-père,  de  leur  grand-mère,  de  leur  père,  de  leur 
mère,  et  de  leurs  oncles  et  tantes.  En  conséquence  de  cet 
ordre,  on  détruisit  30,000  temples  d'idoles  dans  les  seuls 
États  de  l'empereur  ;  il  en  resta  cependant  encore  2,694 
qui  étaient  habités  par  plus  de  60,000  bonzes  ou  bonzesses  ^  » 

L'empereur  nourrissait  un  grand  projet  :  celui  de  recons- 

I.   Mailla,  VII,  p.  445. 


HEOU   TCHEOU  51 

tituer  sous  son  propre  gouvernement  l'unité  de  l'empire, 
morcelé  en  une  infinité  de  petits  états  ou  gouvernements. 
La  principauté  de  Chou,  représentée  aujourd'hui  par  la  pro- 
vince de  Se  Tch'ouan,  lui  parut  devoir  être  absorbée  la 
première.  Sur  le  conseil  de  son  ministre  Wang  P'ou,  Che 
Tsoung  choisit  pour  conduire  cette  campagne  contre  Chou, 
Hiang  Hiun  qui,  de  concert  avec  Wang  Kixg,  gouverneur 
de  Foung  Siang,  devra  aller  attaquer  Tsin  ïcheou  (955). 
Le  prince  de  Chou,  incapable  de  résister  seul,  form.e  une 
hgue  avec  les  princes  de  T'ang  et  de  Pe  Han,  mais,  toute- 
fois, sans  attendre  l'arrivée  de  leur  secours,  il  se  met  en 
campagne,  remporte  d'abord  des  succès,  mais  ses  troupes 
sont  battues  et  mises  en  fuite  par  Tchang  Kien-houng, 
et  les  villes  de  Tsin  Tcheou  et  de  Kiai  Tcheou  se  soumet- 
tent à  l'empereur  (955)  ;  le  prince  de  Chou  envoie  une 
ambassade  à  Che  Tsoung  qui  refuse  de  la  recevoir,  la 
lettre  n'étant  pas  rédigée  comme  venant  d'un  sujet.  Après 
la  prise  de  Tsin  Tcheou  et  de  Kiai  Tcheou,  Wang  King 
s'empare  après  un  siège  d'un  mois  de  la  vUle  de  Foung 
Tcheou  défendue  par  Wang  Houan  et  Tchao  Tsoung-po 
qui  sont  faits  prisonniers  avec  la  garnison  de  5000  hom- 
mes (955). 

L'empereur  se  tourne  contre  le  prince  de  T'ang  qui  aurait 
voulu  lui  disputer  l'empire  et  était  en  relations  avec  le 
prince  de  Pe  Han  et  avec  les  Leao.  Li  Kou,  chargé  de  faire 
le  siège  de  Cheou  Tcheou  (956),  l'abandonne  au  grand  mécon- 
tentement de  l'empereur  et  se  retire  à  Tcheng  Yang 
où  il  est  attaqué  par  Lieou  Yen-tcheng,  général  des 
T'ang,  qui  se  fait  battre  et  tuer;  les  débris  de  son  armée 
retournent  à  Cheou  Tcheou  dont  Che  Tsoung  reprend  le 
siège.  Le  prince  de  T'ang  était  désireux  de  traiter,  mais 
l'empereur  refusa  ses  conditions  et,  profitant  de  la  négli- 
gence de  son  adversaire,  il  s'empara  de  Yang  Tcheou.  Une 
nouvelle  démarche  du  prince  de  T'ang  n'eut  pas  plus  de 
succès.  Les  troupes  impériales  capturèrent  Kouang  Tcheou, 
Chou  Tcheou  et  Ki  Tcheou,  mais  Cheou  Tcheou,  défendu 
par  Lieou  Jen-chen,  tenait  toujours.  Pe  son  côté,  Li  King- 
TA,  général  T'ang,  réussissait  à  prendre  T'ai  Tcheou,  mais 


52  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

il  était  défait  avec  l'élite  de  ses  troupes  à  Lou  Ho  par 

TCHAO  K'OUANG-YIN  (956). 

Profitant  de  l'absence  de  l'empereur  retourné  à  Ta  Leang 
laissant  Li  Tchoung-tsin  poursuivre  le  siège  de  Cheou 
Tcheou,  le  prince  de  T'ang  envoya  Li  King-ta  pour  secou- 
rir cette  ville.  Grâce  à  la  mésintelligence  régnant  entre  les 
chefs  T'ang  et  à  la  défection  de  leur  général  Tche  Youen 
qui,  victime  d'un  affront  de  son  collègue  Tchen  Kio,  passa 
à  l'ennemi  avec  12,000  hommes,  les  Impériaux  remportèrent 
une  grande  victoire.  Sur  ces  entrefaites,  Lieou  Jen-chen 
étant  tombé  gravement  malade,  son  second,  Tcheou 
Ting-keou,  voyant  qu'il  n'avait  aucune  chance  d'être 
secouru,  rendit  Cheou  Tcheou.  L'empereur  se  montra 
magnanime  ;  oubliant  la  peine  que  lui  avait  causée  la  prise 
de  cette  ville,  il  accorda  une  amnistie  générale  à  tous  les 
habitants,  et  Lieou  Jen-chen  étant  mort,  il  fit  l'éloge  de  ce 
vaillant  défenseur  de  Cheou  Tcheou  et  lui  accorda  l'hon- 
neur posthume  de  prince  du  deuxième  rang  (Kinn  wang), 
sous  le  titre  de  Poung  Tcheng  (957). 

Au  moment  où  Che  Tsoung  allait  reprendre  la  guerre 
contre  les  T'ang,  il  reçut  un  renfort  inattendu  par  la  défec- 
tion, à  la  dixième  lune  de  957,  de  Yang  TchounG-hiun, 
gouverneur  de  Lin  Tcheou  (Chan  Si)  pour  les  Han  septen- 
trionaux, qui,  mécontent  de  son  prince,  passa  aux  Impé- 
riaux. Le  prince  de  T'ang  envoie  sa  flotte  du  Houai  Ho 
attaquer  les  bateaux  impériaux  qui  la  poursuivent  jusqu'à 
Se  Tcheou;  une  seconde  attaque  n'est  pas  plus  heureuse. 
Les  Leao  proposent  au  prince  de  Han  de  s'emparer  ensem- 
ble de  Lou  Tcheou,  mais  ils  renoncent  à  leur  entreprise. 

Attaqué  par  l'empereur  venu  de  Ta  Leang,  Kouo  Ting- 
WEi  n'ayant  pas  reçu  les  secours  qu'il  avait  fait  demander 
à  Kin  Ling  au  prince  de  T'ang,  se  rendit  à  la  douzième 
lune  (957).  Che  Tsoung  poursuivant  sa  campagne  s'em- 
pare de  T'ai  Tcheou,  de  Hai  Tcheou  et  de  Tchou  Tcheou 
après  une  brillante  défense  de  cette  ville  par  Tchang 
Yen-king;  il  ne  restait  plus  dans  le  Houai  Nan  que 
les  quatre  départements  de  Siu  Tcheou,  Chou  Tcheou,  Ki 
Tcheou  et  de  Houang  Tcheou  dont  l'empereur  ne  fut  pas 


HEOU   TCHEOU  53 

le  maître.  Le  prince  de  T'ang,  se  voyant  définitivement  bat- 
tu, abdique  en  faveur  de  son  fils  Li  Houng-ki  et  annonce  à 
l'empereur  par  son  général  Tchen  Kio  qu'il  est  disposé  à 
se  soumettre.  Che  Tsoung  «  lui  répondit  que  son  dessein,  en 
entreprenant  cette  guerre,  n'avait  été  que  de  se  rendre 
maître  des  pays  qui  sont  au  nord  du  Kiang;  que  le  prince 
consentant  à  les  lui  céder,  il  ne  prétendait  rien  de  plus. 
Tchen  kio  le  voyant  dans  ces  dispositions,  lui  présenta  un 
placet  de  la  part  de  son  maître  par  lequel  il  lui  offrait  les 
quatre  départements,  et  s'engageait  en  outre  à  payer 
chaque  année  un  tribut.  Par  le  traité  qui  fut  conclu, 
tout  le  pays  au  nord  du  Kiang  fut  soumis  à  l'empereur, 
et  ses  États  se  trouvèrent  augmentés  de  quatorze  tcheoii 
et  de  soixante  villes  du  second  ordre.  Alors  il  écrivit  de 
sa  propre  main  une  lettre  au  prince  de  T'ang,  de  ne  point 
abandonner  le  gouvernement  de  ses  États,  et  de  le  repren- 
dre s'il  l'avait  quitté  1  ».  (958.) 

Quelque  temps  après,  l'empereur  chargea  Ts'ao  Pin  de 
porter  au  prince  de  Wou  Yue  des  armes  que  celui-ci  avait 
demandées  pour  ses  soldats.  Ts'ao  Pin  fut  reçu  avec  de 
grands  honneurs  et  de  riches  présents  qu'il  refusa  d'abord 
mais  accepta  ensuite  dans  la  crainte  de  froisser  le  prince. 

L'empereui  prépare  la  guerre  contre  les  Leao  :  il  marche 
vers  les  frontières  tartares,  prend  plusieurs  villes  et  songe 
à  attaquer  Yen  Tcheou  (Pe  King),  mais  étant  tombé 
malade,  il  renonce  à  ce  projet  et  rentre  à  Ta  Leang  (959)  ; 
son  état  empirant,  Che  Tsoung  désigne  comme  son  suc- 
cesseur, son  fils  Kouo  TsouNG-HiUN,  prince  de  Leang, 
âgé  de  sept  ans,  nomme  un  certain  nombre  de  grands  offi- 
ciers et  meurt,  âgé  de  trente-neuf  ans,  à  la  6^  lune  de  959. 
«  Ce  prince,  d'un  courage  sans  égal,  se  montrait  partout  le 
premier  dans  les  sièges  ou  dans  les  batailles,  et  quoiqu'il 
vit  pleuvoir  des  grêles  de  flèches  autour  de  lui,  et  ses  sol- 
dats tomber  morts  à  ses  côtés,  jamais  on  n'apperçut 
aucune  altération  sur  son  visage.  Dans  les  conseils,  son 
avis  était  toujours  le  meilleur  et  le  plus  expéditif  ;  quoique 
les  moyens  qu'il  proposait  fussent  les  premiers  qui  dussent 

I.  Mailla,  VII,  p.  473. 


54  histoire'  générale  de  la  chine 

se  présenter  à  l'esprit,  néanmoins  ils  ne  s'offraient  point  à  la 
pensée  des  membres  de  son  conseil...  Comme  il  récompen- 
sait libéralement  lorsqu'on  l'avait  mérité,  et  qu'il  le  faisait 
avec  équité,  sans  acception  des  personnes,  tout  le  monde 
était  de  la  plus  grande  circonspection  et  évitait  de  manquer 
à  son  devoir  :  aussi  y  avait-il  peu  de  ses  sujets  qui  n'eussent 
eu  part  à  ses  bienfaits.  Cette  conduite  le  rendit  heureux  dans 
toutes  ses  entreprises,  dont  il  sortit  toujours  victorieux... 
Il  n'3'  eut  personne  qui  ne  le  pleurât  amèrement  »  i. 
Coung  Ti  Cet  enfant  reconnu  comme  successeur  de  Che  Tsoung, 
fut  trouvé  trop  jeune  par  un  grand  nombre  de. mécontents 
qui  choisirent  comme  chef  Tchao  K'ouang-yin  que  les 
ministres  éloignèrent  en  le  nommant  gouverneur  de  Soung 
Tcheou  ou  Koue  Te  au  Ho  Nan.  Mais  dès  l'année  suivante 
KouNG  Ti  abdiquait  à  la  première  lune  ;  il  ne  mourut 
qu'en  973,  âgé  de  vingt-deux  ans,  et  Tchao  K'ouang-yin 
inaugurait  la  grande  dvTiastie  des  Soung. 

Les  cinq  dynasties  (Wou  Tai)    avaient  régné   pendant 
53  ans. 

t.  Mailla  VII,  pp.  481-3. 


HEOU   TCHEOU  55 

Epoque  des  Cinq  Dynasties  (VVou  Tai). 

Quatorzième  Dynastie  :  I.  Les  Lkang  postérieurs  (Hkou   Lkang.) 
Cour  à  PiEN  TcHEOu  (K'ai  Foung),  puis  à  Lo  ^"an(;. 

X.  907  T'ai  Tsou,  tué  en 

912,  6^  lune  âgé  de  Tchou   Wen  907   K'ai  Ping. 

61  ans  911   K'ien  Houa. 

2.  915  Mou  Ti,  ou  Tchou  Tien,  se  suicide  en 

923,   loe   lune,  à     Tchou  Yeou-tchen   915  Tcheng  Ming 

36ans  (Kiun  Wang)  921   I^ung  Te 

Quinzième  Dynastie' :  II.  Les  T'ang  postérieurs  (Heou  T'ang.) 
Cour  à  Wei  Tcheou  (Tche  Li),  puis  à  Lo  Yang. 

1.  923  Tchouang  Tsoung, 

t  926  4°  lune,  à         Li  Ts'onen-hiu         923  T'oung   Kouang. 
43  ans 

2.  926  Ming     Tsoung, 

î  933,  II®  lune,  à     Li  Se-youen  926  T'ien  Tch'eng. 

67  ans  930  Tch'ang  Hing. 

3.  934  Min  Ti,  détrôné, 

4«  lune,  et  tué  la      Li  Tsoung-heou       934  Ying  Chouen. 
même  année 

4.  934  Fei  Ti  ou  Mou  Ti, 

abdique,  ii"  lune, 

et  tué  peu  après, 

en   936,   à52  ans    Li  Tsoung-kou        934  Ts'ing  T'ai. 

(Liou  Wang). 

Seizième  Dynastie  :  III.  Les  Tsin  postérieurs  (Heou  Tsin). 
Cour  à  Lo  Yang,  puis  à  K'ai  Foung. 

1.  936  Kao  Tsou,  t  942, 

6®  lune,  à  56  ans     Che  King-t'ang        936  T'ien  Fou. 

2.  942  Ts'i  Wang,  Tch'ou 

Ti,  détrôné  par  les 

K'itan,  946,  i  i^lune  Che  Tchoung-kouei  944  K'ai  Yun 

Dix-septième  Dynastie  :  IV.  Les  Han  postérieurs  (Heou  Han)  . 
Cour  à  Pien  Tcheou  (K'ai  Foung)  . 

1.  947  Kao  Tsou,   t  948. 

I'"*'  lune,  à  54  ans    Lieou  Tche-youen    936  T'ien  Fou. 

948  K'ien  Yeou. 

2.  948  Yin  Ti,  tué  en  950, 

11^  lune,  à  20  ans    Lieou  Tcheng-yeou  g^S  K'ien  Yeou 


5^  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Dix-huitième  Dynastie.  V.  Les  Tcheou  postérieurs  (Heou  Tcheou) 
Cour  à  K'ai  Foung. 

1.  951  T'ai  Tsou,    f   954. 

i''e  lune,  à5i  ans    Kouo   IVei.  951    Kouang  Chouen. 

2.  954  Che  Tsoung,  f  959. 

6^  lune,  à  39  ans      Kouo  Joung  954  Hien  Te. 

3.  960  Koung    Ti,     abdi- 

que en  960  ire  lune; 

î  973.  3®  lune,  a      Kouo  Tsoung-hioii  960   Hien  Te. 

22  ans 


CHAPITRE  V 

XIXe  dynastie  :  les  Soung. 

LA  situation  de  l'empire  à  l'avènement  de  Tchao  T'aiTsou 
K'ouANG-YiN  n'était  rien  moins  que  brillante  ; 
le  Fils  du  Ciel  étouffait  dans  sa  capitale  Pien 
Tcheou  (K'ai  Foung)  ;  son  pouvoir  était  menacé  par  des 
roitelets  tels  que  ceux  de  Wou  Yue,  Tchou,  Nan  Han, 
Nan  P'ing,  Heou  Chou,  Nan  T'ang,  Pe  Han,  Hou  Nan,  sans 
compter  une  nuée  de  gouverneurs  quasi  indépendants, 
sans  compter  aussi  les  redoutables  Leao  qui  régnaient  à 
Yen  King  (Pe  King).  L'empereur  chinois  était  dans  la 
situation  des  premiers  Capétiens  vis-à-vis  des  grands  feu- 
dataires;  il  avait  à  établir  le  prestige  de  sa  dignité  amom- 
drie  et  à  reconstituer  le  domaine  impérial.  Il  ne  semblait 
pas  tout  d'abord  que  Tchao  K'ouang-yin  fut  l'homme 
indiqué  pour  accomplir  cette  grande  tâche.  Bon  militaire, 
sans  être  grand  général,  Tchao  n'était  pas  lettré,  mais 
n'avait  aucune  hostilité  ni  pour  les  lettres,  ni  pour  la- 
science;  bel  homme,  il  avait  de  nombreuses  qualités  per- 
sonnelles :  la  bonté,  la  simplicité,  l'activité,  rien  toutefois 
qui  annonçât  un  grand  souverain  ;  cependant  il  se  mit  réso- 
lument à  la  tâche  :  il  écrasa  successivement  les  princes 
indépendants  et  réunit  leurs  États  à  l'empire;  quand  il 
mourut  le  Kiao  Kouang  (partie  du  Kouang  Toung  et  du 
Tong  King),  le  Wou  Yue,  le  Kien  Nan  Fou  Kien),  les  pos- 
sessions du  prince  de  Pe  Han  et  des  Leao  restaient  seuls  à 
réduire.  T'ai  Tsou' avait  donc  commencé  à  refaire  l'unité 
de  l'empire  qui  fut  achevée,  moins  les  États  Leao,  par  ses 
successeurs  qui,  pendant  plusieurs  siècles,  conservèrent  une 
puissance,  plus  tard  affaiblie  par  les  Kin,  mais  détruite 
définitivement  seulement  par  les  Mongols  au  xiii*^  siècle. 
Naturellement  la  légende  se  mêle  à  l'histoire  du  fonda- 


58  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

teur  d'une  grande  dynastie  et  l'on  a  fait  descendre  T'ai 
Tsou  du  grand  Houang  Ti  par  son  petit-fils  l'empereur 
Tchouen  Hiu  (Ivao  Yang)  et  l'on  a  prétendu  que  le  nom  de 
famille  des  Soung  venait  de  la  principauté  de  Tchao,  dans 
la  région  de  P'ing  Yang,  province  de  Chen  Si,  qui  fut 
donnée  en  980  par  Mou  Wang,  empereur  des  Tcheou,  à 
son  fameux  conducteur  de  chars  Tsao  Fou. 

La  vérité  est  plus  simple  :  Tchao  K'ouang-yin,  fils  de 
Tchao  Houng-yin,  était  originaire  de  Tcho  Tcheou  (dis- 
trict de  Pe  King)  dont  son  grand-père  Tchao  King,  fils 
du  censeur  Tchao  Ting,  était  gouverneur;  Tchao  Ting 
avait  lui-même  pour  père  Tchao  Tiao,  gouverneur  de 
Yeou  Tou  ou  Yeou  Tcheou  (Pe  King),  sous  les  T'ang.  En 
927,  sous  l'empereur  Ming  Tsoung,  Tchao  Houng-yin 
épousa  Tou  Che  qui  fut  la  mère  de  Tchao  K'ouang-yin,  né  à 
Kia  ma  ying,  à  l'est  de  la  ville  de  Lo  Yang.  «  Le  moment  de 
sa  naissance  fut  marqué  par  une  lumière  extraordinaire 
qui  répandit  dans  la  chambre  une  odeur  agréable  pendant 
toute  la  nuit.  Tchao  K'ouang-yin  devint  d'une  taille  haute 
et  majestueuse;  il  avait  l'esprit  pénétrant  et  subtil,  et  une 
physionomie  noble  qui  annonçaient  ce  qu'il  serait  un  jour  1.  » 
Tchao,  fils_ reconnaissant,  éleva  sa  mère  à  la  dignité  d'impé- 
ratrice dès  que  lui-même  parvint  au  trône. 

A  diverses  reprises,  Tchao  s'était  distingué  comme  mili- 
taire, en  particulier  à  Kao  P'ing  contre  Lieou  Tch'oung, 
comme  nous  l'avons  rapporté,  et  à  Lou  Ho  contre  Li  King- 
ta.  Proclamé  empereur  par  les  soldats,  il  fut  reconnu  par 
les  ministres  Fan  Tche  et  Wang  P'ou  ;  Koung  Ti  qui  venait 
d'abdiquer  fut  fait  prince  de  Tcheng;  l'impératrice  sa 
mère  reçut  le  titre  d'impératrice  de  la  dynastie  des  Tcheou, 
et  on  lui  assigna  pour  demeure  le  palais  de  l'Occident  où 
elle  se  retira  le  même  jour  ^. 

T'ai  Tsou  accorda  une  amnistie  générale  et  gagna  les 
fonctionnaires  que  non  seulement  il  maintint  dans  leurs 
emplois  mais  qu'il  éleva  d'un  degré.  A  l'avenir,  la  couleur 
impériale  serait  le  rouge  et  le  nom  de  la  nouvelle  dynastie 

1.  Mailla,  VIII,  p.  2. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  7. 


LES   SOUNG  59 

serait  Soung,  la  ville  de  Kouci  Te  Tcheou  dont  il  avait  été 
gouverneur  s'appclant  également  Soung  Tcheou.  Il  avait 
aussi  le  plaisir  de  recevoir  la  nouvelle  que  le  prince  de 
Pe  H  an  et  les  Leao  se  reliraient  en  apprenant  que  des 
troupes  étaient  envoyées  contre  eux. 

«  Quoique  le  nouvel  empereur  ne  fut  pas  habile  dans  les 
lettres,  il  aimait  cependant  les  sciences  et  ceux  qui  s'y 
appliciuaient  ;  et  pour  les  exciter  davantage  à  y  faire  des 
progrès,  lorsqu'il  eût  élevé  ses  ancêtres  jusqu'à  la  quatrième 
génération  au  rang  d'empereurs,  il  ordonna  qu'on  rétablît 
les  collèges  et  qu'on  y  pratiquât  des  salles  particulières  où 
on  honorerait  ceux  qui  se  seraient  distingués  dans  cette 
carrière.  Il  mit  Confucius  et  Yen  Tseu,  le  disciple  favori 
de  ce  philosophe,  à  la  tête  des  anciens,  en  leur  assignant  à 
chacun  leur  place,  et  il  fit  peindre  leurs  portraits  qu'il  y 
plaça,  ainsi  que  leur  éloge  qu'il  voulut  faire  lui-même  : 
il  partagea  entre  plusieiârs  gens  de  lettres  de  la  première 
distinction,  le  soin  de  faire  l'éloge  des  autres.  Ce  prince 
allait  de  temps  en  temps  dans  ces  collèges  pour  voir  si  les 
règles  y  étaient  exactement  observées,  et  il  disait  à  ceux 
qui  l'accompagnaient  que  tous  les  officiers  de  guerre 
devraient  s'appliquer  à  l'étude  et  s'instruire  des  règles  du 
gouvernement.  Sous  le  règne  de  ce  prince,  les  lettres  négli- 
gées pendant  les  troubles  où  la  Chine  fut  plongée  sous  les 
cinq  petites  dynasties  précédentes,  commencèrent  à  être 
cultivées  et  reprirent  la  plus  grande  faveur.  Jamais  il  n'y 
eut  un  plus  grand  nombre  d'écrivains  que  sous  les  Soung.  ^  » 
L'empereur  interdit  la  crémation  des  cadavres. 

L'élévation  de  Tchao  K'ouang-}àn  à  la  dignité  suprême 
n'avait  pas  été  sans  causer  de  la  jalousie  parmi  les  potentats 
provinciaux.  Lieou  Kiun,  fils  de  Lieou  Tch'oung,  depuis 
955,  roi  de  Pe  Han,  à  T'ai  Youen,  dans  le  Chan  Si,  désireux 
d'étendre  ses  possessions,  avait  réussi  à  mettre  dans  ses 
intérêts  le  gouverneur  de  Lou  Tcheou,  Li  YuN,  qui  n'écouta 
pas  les  conseils  de  prudence  de  son  fils  Li  Cheou-tsiei 
et  s'empara  de  Tseu  Tcheou  dont  il  tua  le  gouverneur 
Tchang  Fou.  Li  Yun  ne  tient  pas  compte  davantage  des 

I.  Mailla,  VIII.  pp.  7-8. 


6o  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

avis  de  son  ami,  Liu  Kieou  Tchoung-king,  qui  lui  montre 
les  dangers  de  sa  folle  entreprise,  et  rejoint  le  prince  de 
Han  dont  il  trouve  les  troupes  faibles;  il  regrette  son  action, 
trop  tard,  laisse  son  fils  Li  Cheou-tsiei  à  la  garde  de  Lou 
Tcheou,  et  marche  avec  les  Han  vers  le  sud. 

L'empereur  envoie  des  troupes  contre  Li  Yun,  puis  se 
met  lui-même  à  la  tête  de  ses  armées.  Le  rebelle  écrasé  au 
sud  de  Tseu  Tcheou  s'enferme  dans  cette  ville  que  force  le 
général  Ma  Ts'iouen-yi.  Li  Yun  met  le  feu  à  son  palais  et 
périt  dans  les  flammes  ;  les  Han  se  retirent.  T'ai  Tsou  marche 
sur  Lou  Tcheou  que  rend  Li  Cheou-tsiei  qui,  rebelle  malgré 
lui,  est  pardonné  et  reçoit  un  poste  élevé. 

Rentré  à  la  Cour,  T'ai  Tsou  apprend  peu  de  temps  après 
la  révolte  de  Li  Tchoung-sin,  gouverneur  de  Houai  Xan, 
poussé  par  l'exemple  de  Li  Yun;  attaqué  vigoureusement 
par  l'empereur  lui-même  à  Kouang  Ling,  Li  Tchoung-sin 
se  brûle  avec  sa  famille  dans  sa  résidence. 

Ces  exemples  portèrent  leurs  fruits  :  le  prince  de  T'ang 
craignant  d'être  attaqué  à  son  tour,  s'empresse  de  faire  sa 
soumission;  il  en  est  d'ailleurs  récompensé,  car  deux  de  ses 
officiers,  pour  échapper  à  la  punition  que  méritait  un  crime, 
Tou'TcHOU  et  Siouei  Leang  ayant  proposé  à  l'empereur 
de  trahir  leur  maître.  T'ai  Tsou  fait  mettre  à  mort  le  pre- 
mier et  exiler  le  second  à  Liu  Tcheou  où  il  est  employé 
aux  plus  viles  besognes  i. 

Étant  sur  le  point  de  mourir,  Tou  Che,  mère  de  T'ai 
Tsou,  lui  dit  qu'il  devait  l'empire,  non  à  ses  vertus  ou  à 
celles  de  ses  ancêtres,  mais  à  ce  que  Koung  Ti  n'était  qu'un 
enfant  lorsqu'il  monta  sur  le  trône,  par  conséquent  inca- 
pable de  gouverner  lui-même,  et  qu'elle  désirait,  lorsqu'il 
serait  vieux,  qu'il  remit  l'empire  à  ses  frères  à  tour  de  rôle 
pour  qu'il  y  ait  toujours  un  homme  miir  à  la  tête  du  gou- 
vernement pour  éviter  à  sa  dynastie  le  sort  de  celle  des 
Heou  Tcheou  (961). 

«  A  la  huitième  lune,  les  Tartares  Niu  Tchen  vinrent 
apporter  leur  tribut  à  l'empereur  et  lui  faire  hommage; 
ces  peuples  demeuraient  autrefois  au  pays  de  Sou  Chin.  Du 

I.  Mailla,  VIII,  p.  14. 


LES   SOUNG  6r 

temps  des  Wei  tartares  qui  possédaient  une  partie  de  la 
Chine,  on  les  appelait  Wou  Ki;  les  Souci  changèrent  ce 
nom  en  celui  de  yio  Ho  ;  ils  étaient  établis  sur  les  deux  rives 
du  He  Loung  Kiang  et  du  Soungari  ;  sous  l'empire  des  T'ang, 
ils  étaient  divisés  en  deux  hordes,  appelées,  l'une  Hi-: 
Chouei  et  l'autre  Sou  Mor  ;  dans  la  suite  la  horde  Sou  Mou 
devint  très  puissante  et  forma  le  royaume  de  Pou  Hai 
auquel  la  horde  de  He  Chf)uei  se  soumit.  Quelques  années 
après  le  royaume  Pou  Hai  ayant  été  détruit  par  les  K'i 
Tan  (926),  les  peuples  de  la  horde  He  Chouei  se  partagèrent 
en  deux  branches,  et  furent  habiter  les  uns  au  nord  et  les 
autres  au  midi;  alors  ils  changèrent  de  nom;  ceux  du  nord 
comme  ceux  du  midi  prirent  celui  de  Xu  Tchex  ou  Niu 
Tchen;  mais  parce  que  ceux  du  midi  se  donnèrent  aux 
Tartares  K'i  Tan  et  que  les  autres  refusèrent  de  le  faire, 
les  K'i  Tan,  pour  les  distinguer,  appelèrent  ceux  qui 
s'étaient  rangés  sous  leur  obéissance,  les  Nu  Tchen  civi- 
lisés, donnant  aux  autres  le  nom  de  Nu  Tchen  barbares 
ou  sauvages.  Ce  furent  ces  derniers  qui  vinrent  se  soumettre 
à  l'empereur  et  lui  offrir  des  chevaux  de  leur  pays;  l'empe- 
reur les  reçut  favorablement,  et  leur  accorda  l'île  de  Cha 
Men  qui  est  vers  la  pointe  maritime  de  Teng  Tcheou  à 
l'extrémité  orientale  du  Chan  Toimg;  il  les  exempta  de 
toutes  corvées,  et  ne  leur  donna  que  des  barques  à  faire 
pour  le  transport  des  chevaux  qu'ils  payeraient  en  tribut 
à  l'empire  1.  » 

A  la  onzième  lune,  des  envoyés  de  Cha  Tcheou  vinrent 
également  faire  leur  soumission  (961). 

Déjà  Jaya  Indravarman  I",  successeur  d'iNDRAVAR- 
MAX  ni,  roi  du  Tchampa,  s'était  empressé,  dès  la  lin  de 
l'année  960,  d'envoyer  à  T'ai  Tsou,  son  ambassadeur  P'ou 
Ho-San.  «  H  ne  cessa,  sa  vie  durant,  d'entretenir  avec  ce 
souverain  les  meilleurs  rapports  et  de  lui  présenter  de 
somptueux  présents  :  en  962,  ce  sont  vingt-deux  défenses 
d'éléphants  et  mille  livres  d'encens;  en  966,  des  éléphants 
apprivois's,  des  rhinocéros,  des  tissus  de  laine  blanche  et 
de  soie  unie  et  des  plantes  parfumées  offertes  par  la  reine 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  16-17.  —  Voir  infra,  pp.  66  et  131. 


62  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

Po  LYAN  Pou  Mao.  En  967,  970  et  971,  ce  sont  de  nouveaux 
envois  auxquels  prennent  part  le  second  roi  Li  Neou  et  un 
fils  de  la  reine  ^  »  Son  successeur  Parameçvaravarman  pr 
suit  son  exemple  en  972,  973,  974,  976,  977,  979. 

L'année  suivante  (962),  «  l'empereur  fit  agrandir  Pien 
Tcheou,  la  môme  que  K'ai  Foung  fou,  et  qu'on  appelait 
alors  la  Cour  d'Orient,  parce  que  l'empereur  y  tenait  ordi- 
nairement la  sienne  2.  » 

Tcheou  Hing-foung  qui  s'était  rendu  à  peu  près  indé- 
pendant dans  le  Hou  Nan,  où  avaient  régné  avant  lui 
depuis  953,  à  Lang  Tcheou,  Lieou  Yen  puis  Kouei,  mou- 
rut à  la  12®  lune  de  962,  laissant  ses  États  à  son  fils  Tcheou 
Pao-kiuen  contre  lequel  se  révolta  un  de  ses  vassaux, 
Tchang  Wen-piao,  gouverneur  de  Heng  Tcheou  (Hou 
Kouang).  Tcheou  Pao-kiuen  expédia  immédiatement  un 
agent  pour  demander  du  secours  à  l'empereur;  cet  envoyé 
arriva  à  la  Cour  dans  le  même  temps  que  Lou  Houai- 
tcheng  qui  revenait  du  King  Nan  (King  Tcheou  Fou 
du  Hou  Pe)  dont  les  princes  avaient  fondé  le  royaume 
de  Nan  P'ing,  où  l'avait  dépêché  en  mission  T'ai  Tsou,  soi- 
disant  pour  entretenir  l'amitié  du  souverain  Kao  Ki- 
tch'oung,  en  réalité  pour  s'assurer  si  son  annexion  à 
l'empire  offrirait  des  difficultés.  Lou  Houai-tcheng  avait 
pu  constater  que  le  King  Nan,  pays  fertile,  n'était  défendu 
que  par  une  faible  armée  et  que  rien  ne  serait  plus  facile 
que  d'en  faire  la  conquête.  Le  royaume  de  Nan  P'ing,  l'un 
des  roj/aumes  éphémères  créés  au  moment  de  l'anarchie 
qui  succéda  à  la  chute  des  T'ang,  avait  été  fondé  en  907  par 
Kao  Ki-tchang,  puis  par  Kao  Ki-hing  (925-940);  il  eut 
pour  successeur  son  fils  Kao  Ts'oung-houei  qui  exerça 
le  pouvoir  pendant  près  de  vingt  ans  ;  remplacé  par  Kao 
Pao-young,  son  fils,  mort  en  968,  puis  par  Kao  Pao-hiu, 
également  fils  de  Ts'oung  Houei,  et  enfin  par  Kao  Ki- 
tch'oung,  fils  de  Pao-young  qui  ne  devait  régner  qu'un  an 
et  fut  le  dernier  roi  de  Nan  P'ing,  les  Soung,  comme  on  le 
va  voir,  ayant  fait  la  conquête  de  ses  États.  ^ 

1.  G.  Maspero,  pp.  157-8. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  17. 

3.  Voir  Supra,  p.   25.  , 


LES   SOUNG  63 

L'empereur  avait  désigné  Mou  joung  Yen-tchao  et 
Li  Tch'ou-yun  pour  conduire  le  secours  qu'il  avait  con- 
senti à  accorder  à  Tcheou  Pao-kiuen,  mais  ces  généraux 
avaient  l'ordre  de  passer  par  le  King  Nan;  chemin  faisant 
ils  apprirent  que  Yang  Se-fan  qui  commandait  les  troupes 
de  Trb.eou  Pao-kiuen  avait  défait  à  Ping  tsin  t'ing  le 
rebelle  fait  prisonnier  et  décapité.  Cependant  Li  Tchou-vun 
occupait  par  ruse  Kiang  Ling,  la  capitale  de  Kao  Ki- 
tch'oung;  celui-ci,  suivant  le  conseil  de  Sun  Kouang- 
HiEN,  «  fît  dresser  un  état  détaillé  des  trois  tcheou  et  des 
dix-sept  hieii  dont  était  composé  son  petit  domaine,  et  le 
joignant  à  un  placct,  il  fit  porter  le  tout  par  Wang  Tchao- 
TSi,  un  de  ses  ])remiers  officiers,  à  l'empereur  qui  agréa  ses 
offres  et  envoya  Wang  Jex-chan  prendre  possession  en  son 
nom  du  pays  de  King  Nan  dont  il  conserva  à  Kao  Ki- 
tch'oung  le  gouvernement.  Ce  prince  donna  des  mandari- 
nats à  tous  ses  parents,  et  récompensa  Sun  Kouang-hien, 
en  le  nommant  gouverneur  de  Houang  Tcheou  »  (du  Hou 
Kouang)  1. 

Suivant  les  ordres  qu'il  avait  reçus.  Mou  joung  Yen-tchao 
poursuivit  sa  route  vers  le  Hou  Nan,  défit  et  tua  Tchang 
TsouNG-FOU,  général  de  Tcheou  Pao-kiuen,  qui  cherchait 
à  lui  barrer  la  route,  et  conduisait  lui-même  à  la  Cour 
Tcheou  Pao-kiuen;  celui-ci  fut  fort  bien  accueilli  par 
l'empereur  qui  lui  accorda  sa  grâce  et  lui  donna  une  place 
d'officier  dans  ses  gardes  du  corps.  Mou  joung  Yen-tchao 
s'était  «  saisi  de  tout  le  Hou  Nan,  qui  consistait  en  14  tcheou 
et  66  hien  habités  par  907,388  familles  payant  tribut,  sans 
compter  les  familles  des  soldats,  ainsi  que  celles  des  officiers 
de  guerre  et  de  lettres,  des  lettrés  et  des  prêtres  des  idoles  »  -. 

Au  milieu  de  ces  récits  de  batailles,  l'esprit  se  repose 
volontiers  devant  une  découverte  scientifique  :  «  A  la  qua- 
trième lune,  Wang  Tchu-no,  assesseur  du  Président  des 
Mathématiques,  représenta  que  suivant  le  calcul  de  l'astro- 
nomie de  Wang  Po,  appelée  Kin-t' ien-ly ,  on  commençait 
à  errer  sur  le  mouvement  des  astres,  et  que  cette  astrono- 

r.  Mailla,  VIII,  p.  22. 
2.  Mailla,  VIII,  pp.  22-3. 


62  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

Po  LYAN  Pou  Mao.  En  967,  970  et  971,  ce  sont  de  nouveaux 
envois  auxquels  prennent  part  le  second  roi  Li  Neou  et  un 
fils  de  la  reine  ^.  »  Son  successeur  Parameçvaravarman  I^r 
suit  son  exemple  en  972,  973,  974,  976,  977,  979. 

L'année  suivante  (962),  «  l'empereur  fit  agrandir  Pien 
Tcheou,  la  même  que  K'ai  Foung  fou,  et  qu'on  appelait 
alors  la  Cour  d'Orient,  parce  que  l'empereur  y  tenait  ordi- 
nairement la  sienne  -.  » 

Tcheou  Hing-foung  qui  s'était  rendu  à  peu  près  indé- 
pendant dans  le  Hou  Nan,  où  avaient  régné  avant  lui 
depuis  953,  à  Lang  Tcheou,  Lieou  Yen  puis  Kouei,  mou- 
rut à  la  12^  lune  de  962,  laissant  ses  États  à  son  fils  Tcheou 
Pao-kiuen  contre  lequel  se  révolta  un  de  ses  vassaux, 
TcHANG  Wen-piao,  gouvemeur  de  Heng  Tcheou  (Hou 
Kouang).  Tcheou  Pao-kiuen  expédia  immédiatement  un 
agent  pour  demander  du  secours  à  l'empereur;  cet  envoyé 
arriva  à  la  Cour  dans  le  même  temps  que  Lou  Houai- 
TCHENG  qui  revenait  du  King  Nan  (King  Tcheou  Fou 
du  Hou  Pe)  dont  les  princes  avaient  fondé  le  royaume 
de  Nan  P'ing,  où  l'avait  dépêché  en  mission  T'ai  Tsou,  soi- 
disant  pour  entretenir  l'amitié  du  souverain  Kao  Ki- 
tch'oung,  en  réalité  pour  s'assurer  si  son  annexion  à 
l'empire  offrirait  des  difficultés.  Lou  Houai-tcheng  avait 
pu  constater  que  le  King  Nan,  pays  fertile,  n'était  défendu 
que  par  une  faible  armée  et  que  rien  ne  serait  plus  facile 
que  d'en  faire  la  conquête.  Le  royaume  de  Nan  P'ing.  l'un 
des  roj^aumes  éphémères  créés  au  moment  de  l'anarchie 
qui  succéda  à  la  chute  des  T'ang,  avait  été  fondé  en  907  par 
Kao  Ki-tchang,  puis  par  Kao  Ki-hing  (925-940)  ;  il  eut 
pour  successeur  son  fils  Kao  Ts'oung-houei  qui  exerça 
le  pouvoir  pendant  près  de  vingt  ans;  remplacé  par  Kao 
Pao-young,  son  fils,  mort  en  968,  puis  par  Kao  Pao-hiu, 
également  fils  de  Ts'oung  Houei,  et  enfin  par  Kao  Ki- 
tch'oung,  fils  de  Pao-3'oung  qui  ne  devait  régner  qu'un  an 
et  fut  le  dernier  roi  de  Nan  P'ing,  les  Soung,  comme  on  le 
va  voir,  ayant  fait  la  conquête  de  ses  États.  ^ 

1.  G.  Maspero,  pp.  157-8. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  17. 

3.  Vcir  Supra,   p.    25.  ^ 


LES   SOUNG  63 

L'ciiipereiir  avait  désigné  Mou  jouxg  Yen-tchao  et 
Li  Tch'ou-yun  pour  conduire  le  seccnirs  qu'il  avait  con- 
senti à  accorder  à  Tchcou  Pao-kiuen,  mais  ces  généraux 
avaient  l'ordre  de  passer  par  le  King  Nan;  chemin  faisant 
ils  apprirent  que  Yang  Se-i-an  qui  commandait  les  troupes 
de  Tcheou  Pao-kiuen  avait  défait  à  Ping  tsin  t'ing  le 
rebelle  fait  prisonnier  et  décapité.  Cependant  Li  Tchou-y-un 
occupait  par  ruse  Kiang  Ling,  la  capitale  de  Kao  Ki- 
tcli'oung;  celui-ci,  suivant  le  conseil  de  Sun  Kouang- 
HiEN,  «  fit  dresser  un  état  détaillé  des  trois  tcheou  et  des 
dix-sept  hien  dont  était  composé  s(m  petit  domaine,  et  le 
joignant  à  un  placet,  il  fit  porter  le  tout  par  Wang  Tchao- 
Tsi,  un  de  ses  premiers  officiers,  à  l'empereur  qui  agréa  ses 
offres  et  envoya  Wang  Jen-chan  prendre  possession  en  son 
nom  du  pays  de  King  Nan  dont  il  conserva  à  Kao  Ki- 
tch'oung  le  gouvernement.  Ce  prince  donna  des  mandari- 
nats à  tous  ses  parents,  et  récompensa  Sun  Kouang-hien, 
en  le  nommant  gouverneur  de  Houang  Tcheou  »  (du  Hou 
Kouang)  1. 

Suivant  les  ordres  qu'il  avait  reçus,  Mou  joung  Yen-tchao 
poursuivit  sa  route  vers  le  Hou  Nan,  défit  et  tua  Tchang 
Tsoung-fou,  général  de  Tcheou  Pao-kiuen,  qui  cherchait 
à  lui  barrer  la  route,  et  conduisait  lui-même  à  la  Cour 
Tcheou  Pao-kiuen;  celui-ci  fut  fort  bien  accueilli  par 
l'empereur  qui  lui  accorda  sa  grâce  et  lui  donna  une  place 
d'ofiicier  dans  ses  gardes  du  corps.  Mou  joung  Yen-tchao 
s'était  «  saisi  de  tout  le  Hou  Nan,  qui  consistait  en  14  tcheou 
et  66  hien  habités  par  907,388  familles  payant  tribut,  sans 
compter  les  familles  des  soldats,  ainsi  que  celles  des  ofiiciers 
de  guerre  et  de  lettres,  des  lettrés  et  des  prêtres  des  idoles  »  ". 

Au  milieu  de  ces  récits  de  batailles,  l'esprit  se  repose 
volontiers  devant  une  découverte  scientifique  :  «  A  la  qua- 
trième lune,  Wang  Tchu-no,  assesseur  du  Président  des 
Mathématiques,  représenta  que  suivant  le  calcul  de  l'astro- 
nomie de  Wang  Po,  appelée  Kin-t'ien-ly,  on  commençait 
à  errer  sur  le  mouvement  des  astres,  et  que  cette  astrono- 

r.  Mailla,  VIII,  p.  22. 
2.  Mailla,  VIII,  pp.  22-3. 


66  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

accueillis  et  Moung  Tchang  reçut  le  titre  de  prince  de  Ts'in 
Koue-Koung  du  troisième  ordre  ;  il  mourut  peu  de  temps 
après  son  désastre  et  l'empereur  lui  rendit  le  titre  posthume 
de  prince  de  Chou;  sa  mère  se  laissa  périr  d'inanition. 

Une  branche  de  la  horde  des  Mo  Ho  ^,  les  Tartares  des 
Ta  Che  qui,  sous  le  règne  de  Chouen  Tsoung  des  T'ang, 
s'étaient  séparés  des  autres  tribus  et  s'étaient  établis  sur 
le  Yin  Chan,  envoyèrent  en  966,  à  T'ai  Tsou  une  ambas- 
sade pour  se  placer  sous  la  protection  de  l'empire.  Deux  ans 
plus  tard,  à  la  y^  lune  de  968,  mourut  sans  postérité  le 
le  prince  de  Pe  Han,  Lieou  Tch'eng-kiun  ;  son  fils  adoptif 
LiEOU  Ki-NGHEN  le  remplaça  malgré  les  intrigues  du  minis- 
tre Kou  Wou-WEi  qui  le  fit  assassiner  après  deux  mois  de 
règne  et  fit  reconnaître  comme  son  successeur  son  frère 
Lieou  Ki-youen,  également  fils  adoptif  de  Lieou  Kiun 
qui  devait  être  le  dernier  prince  de  Pe  Han  et  qui  régna 
onze  ans.  L'empereur  ordonna  à  son  général  Li  Ki-hiun 
d'entrer  chez  les  Pe  Han,  qui  lui  opposèrent  Lieou  Ki-ye 
et  Ma  Foung  ;  ceux-ci  furent  battus  par  le  général  impérial 
Ho  Ki  qui  franchit  le  Fen  Chouei  et  poussa  jusqu'à  la 
capitale  T'ai  Youen  dont  il  incendia  une  porte  (968).  Le 
prince  de  Pe  Han  réclama  l'aide  des  Leao  qui  lui  envoyèrent 
un  secours  commandé  par  le  général  Ta  Liei.  Li  Ki-hiun 
ayant  battu  en  retraite,  les  Pe  Han  pillèrent  les  environs  de 
Tsin  Tcheou  et  de  Kiang  Tcheou  appartenant  au  domaine 
impérial  (969).  Sur  ces  entrefaites,  mourait  assassiné  le  roi 
des  Leao,  Ye-liu  King,  prince  cruel  et  débauché,  qui 
fut  remplacé  par  son  frère  Ye-liu  H'ien;  le  nouveau  chef 
des  Leao  laissa  le  gouvernement  entre  les  mains  de  Siao 
Cheou-hing,  son  premier  ministre  dont  il  avait  épousé 
la  fille  Yen  Yen.  T'ai  Tsou  envoie  de  nouveau  Li  Ki-kiun 
avec  des  renforts  contre  T'ai  Youen;  il  place  son  propre 
frère,  Tchao  K'ouang-yi,  à  la  tête  d'une  seconde  armée, 
tandis  que  lui-même  avec  un  troisième  corps  quitte  Pien 
Tcheou  et  s'avance  jusqu'à  T'ai  Youen  dont  il  établit  le 
blocus.  Kou  Wou-wei  conseille  inutilement  à  Lieou  Ki- 
youen  de  se  soumettre.  Les  Leao  venus  au  secours  des  Pe 

I.  Voir  sMp^-a  p.  Ci.  ^ 


LES   SOUNG  67 

Han  sont  défaits,  mais  ils  lèvent  une  nouvelle  armée  devant 
laquelle  l'empereur  est  obligé  d'abandonner  le  siège  de 
T'ai  Youen.  Lieou  Ki-youen  fait  mettre  à  mort  Kou  Wou- 
vvei. 

Le  royaume  de  Nan  Han  avait  été  créé  en  905  par  Lieou 
YiNG  qui  s'empara  de  Canton  dont  il  fit  sa  capitale,  régna 
sept  ans  et  fut  remplacé  par  son  frère  Lieou  Yen,  qui  occupa 
sa  place  trente  et  un  ans  se  proclama  en  915,  empereur 
de  Ta  Yue,  et  prit  en  918,  le  nien  hao  de  Kao  Tsou;  Lieou 
Yen  eut  pour  successeurs  ses  fils  Lieou  Fen  (942)  et  Lieou 
Tch'eng  (943)  ;  le  fils  de  ce  dernier  fut  Lieou  Tch'ang  qui 
régna  quatorze  ans  jusqu'en  971  ;  il  mourut  en  980.  Le 
domaine  de  Lieou  Ying  comprenait  47  villes;  ce  chef  porta 
successivement  les  titres  de  roi  de  Nan  P'ing,  de  Nan  Haï 
et  enfin  de  Nan  Han. 

A  la  neuvième  lune  de  970,  Lieou  Tch'ang,  prince  de  Nan 
Han,  ayant  fait  des  incursions  sur  le  territoire  de  l'empire, 
T'ai  Tsou  ordonna  à  Wang  Ki-hiun,  gouverneur  de  Tchao 
Tcheou,  de  demander  au  prince  de  Nan  T'ang,  Li  Yu,  d'in- 
tervenir. La  principauté  de  Nan  T'ang  (Nan  King)  avait 
été  créée  en  937  par  Li  Pien,  remplacé  après  un  règne  de 
six  ans  par  son  fils  Li  King,  qui  eut  lui-même  pour  succes- 
seur au  bout  de  dix-neuf  ans  son  fils  Li  Yu.  Lieou  Tch'ang 
reçut  fort  mal  la  lettre  de  ce  dernier  et  fit  emprisonner  son 
envoyé.  Immédiatement,  l'empereur  expédiait  le  général 
P'an  Mei  contre  les  Nan  Han.  Ceux-ci  comptaient  sur  les 
éléphants  qu'ils  dressaient  pour  la  guerre  et  plaçaient  ordi- 
nairement à  l'avant-garde.  «  Lorsque  les  deux  partis  furent 
en  présence,  P'an  Mei  choisit  les  soldats  les  plus  vigoureux, 
ayant  des  arcs  à  l'épreuve,  pour  les  opposer  aux  éléphants  ; 
l'action  s'étant  engagée,  ces  soldats  instruits  par  leur 
général,  s'attachèrent  à  tirer  aux  pieds  de  ces  animaux  :  les 
blessures  qu'ils  leur  firent  les  incommodèrent  beaucoup,  ils 
se  cabrèrent,  renversèrent  par  terre  ceux  qui  étaient  sur 
leur  dos,  et  rebroussant  chemin,  ils  mirent  une  si  grande 
confusion  dans  les  escadrons  ennemis  qu'il  fut  aisé  à  P'an 
Mei  de  les  défaire.  1  »  La  ville  de  Chao  Tcheou  (Kouang 

I.  Mailla,  MIT,  p.  47. 


68  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Toung)  ayant  été  prise,  Lieou  Tch'ang,  abandonné  des 
siens,  se  rendit  au  vainqueur  qui  l'envoya  à  Pien  Tcheou  ; 
l'empereur  pardonna  le  passé  à  Lieou  Tch'ang  qu'il  nomma 
prince  de  troisième  ordre  mais  il  fit  exécuter  les  eunuques 
KouNG  TcHEXG-CHOU  et  Li  To,  mauvais  conseillers  du 
prince  de  Nan  Han. 

«  Cette  conquête  importante  du  royaume  des  Nan  Han 
augmenta  le  domaine  impérial  de  60  tcheou  ou  départe- 
ments généraux,  et  de  240  hien  ou  villes  du  troisième  ordre, 
dans  lesquelles  on  comptait  170,263  familles  paj^ant  tribut. 
L'empereur,  pour  récompenser  P'an  Mei  du  service  qu'il 
venait  de  rendre  à  l'empire,  lui  en  donna  le  gouvernement  ^  » 
(971).  Lors  du  désastre  des  Nan  Han  (971),  la  dynastie  des 
DiNH,  créée  en  968,  régnait  au  Tong  King;  les  Chinois 
ayant  pénétré  dans  ce  pays,  le  maréchal  LE  Hoan  mis  sur 
le  trône  à  la  place  du  souverain  enfant  Phê  De,  repoussa 
les  envahisseurs  et  fonda  la  dynastie  des  LÉ  antérieurs 
(980). 

Le  prince  de  Nan  T'ang,  à  la  chute  du  prince  de  Nan  Han, 
fut  plongé  dans  la  plus  mortelle  inquiétude;  comprenant 
le  sort  qui  lui  était  réservé,  puisque  T'ai  Tsou  semblait 
vouloir  reconstituer  l'unité  de  l'empire  aux  dépens  des 
roitelets  qui  s'étaient  rendus  indépendants,  désireux  de  parer 
le  coup  si  la  chose  était  possible,  il  dépêcha  de  Kin  Ling 
(Nan  King),  sa  capitale,  son  frère  Li  Tsoung-chan,  pour 
obtenir  l'autorisation  de  changer  le  nom  de  son  royaume 
de  T'ang  en  celui  de  Kiang  Nan  ;  ce  qui  lui  fut  accordé  (971). 
Ce  n'était  d'ailleurs  qu'un  répit.  L'empereur  n'avait  nulle- 
ment abandonné  ses  projets  de  conquête;  en  974,  il  retint 
à  la  Cour,  Li  Tsoung-chan  chargé  de  porter  le  tribut,  puis 
le  gouverneur  de  Tch'ang  Tcheou,  Lou  Tchao-fou,  envoyé 
pour  réclamer  Li  Tsoung-chan  ;  enfin  T'ai  Tsou  ordonne  au 
prince  lui-même  de  venir  à  la  Cour;  Li  Yu  s'étant  gardé 
d'obéir,  le  motif  d'une  intervention  était  tout  trouvé  ! 
Ts'ao  Pin  et  P'an  Mei  sont  mis  à  la  tête  des  troupes  avec 
l'ordre  d'épargner  les  habitants  et  de  bien  traiter  Li  Yu  et 
sa  famille.  Grâce  à  un  pont  de  bateaux  construit  par  Fan 

I.  Mailla,  VIII,  p.  50. 


LES   SOUNG  69 

Jo-CHOUEi,  un  mécontent  de  Tche  Tcheou,  P'an  Mei  avec 
l'infanterie  impériale  franchit  le  Kiang,  défait  l'armée 
du  Kiang  Nan  et  assiège  Kin  Ling  (974).  Sur  l'ordre  de 
l'empereur,  Ts'ien  Chou,  prince  de  Wou  Yuc,  attaque 
également  le  Kiang  Nan  et  assiège  Tch'ang  Tcheou  dont  il 
s'empare;  il  agissait  contraint,  car  sa  campagne  était  con- 
traire; à  ses  intérêts,  le  Kiang  Nan  lui  servant  de  barrière 
naturelle.  Des  renforts  amenés  au  Kiang  Xan  par  TcHOU 
LiNG-piN  sont  défaits  à  Houan  Keou  par  Ts'ao  Pin;  le 
prince  de  Kiang  Nan,  obligé  de  se  rendre,  est  envoyé  à 
Pien  Tcheou  avec  ses  ministres  et  ses  Grands  au  nombre  de 
quarante-cinq.  Li  Yu  fut  nommé  prince  du  troisième  ordre 
et  grand  général  des  gardes  de  l'empire.  Nan  King  reprit 
le  nom  de  Clieng  Tcheou.  La  conquête  du  Kiang  Xan  réu- 
nissait à  l'empire  19  tcheou  et  180  hien.  (ne  lune  de  975.)  ^ 

Les  Leao  effrayés  s'empressèrent  d'envoyer  à  Pien 
Tcheou  deux  agents  pour  conclure  la  paix  avec  l'empire 
et  ils  en  prévinrent  leurs  alliés,  les  Pe  Han,  qui  en  furent 
fort  irrités. 

A  la  suite  de  cette  guerre  victorieuse,  Ts'ien  Chou, 
prince  de  Wou  Yue,  ayant  adressé  ses  félicitations  à  T'ai 
Tsou,  l'empereui  l'invita  à  venir  à  la  Cour.  Non  san- 
grandes  appréhensions,  Ts'ien  Chou  se  rendit  à  Pien 
Tcheou  accompagné  de  sa  femme  Sun*  Che  et  de  son  fils 
aîné  Ts'ien  Wei-siun;  il  eut  l'agréable  surprise  d'être  reçu 
avec  les  plus  grands  honneurs  et  après  deux  mois  de  séjour 
à  la  Cour,  il  reçut  l'autorisation  de  retourner  dans  ses 
États  (976). 

L'empereur  se  retourna  ensuite  contre  les  Pe  Han  qui 
réclamèrent  l'aide  des  Leao  qui  leur  envoyèrent  le  ministre 
Ye-liu  Cha  avec  des  troupes,  mais  les  hostilités  furent 
suspendues  et  les  troupes  impériales  rappelées  par  la  mala- 
die de  T'ai  Tsou  qui  mourut  à  la  lo^  lune  de  976  dans  la 
cinquantième  année  de  son  âge,  laissant  l'empire  à  son 
frère  Tchao  K'ouang-yi,  prince  de  Tsin. 

On  jugera  de  l'expansion  considérable  que  T'ai  Tsou 

I.  Mailla,  VIII,  p.  61. 


70  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

avait  donnée  à  l'empire  lorsqu'on  comparera  l'étendue  des 
États  à  l'avènement  des  Soung  et  celle  qu'ils  avaient  à  l'avè- 
nement de  T'ai  Tsoung;  de  m  tcheou  et  368  hien  et  de 
967,353  familles  payant  tribut,  nous  passons  à  297  tcheou 
et  1086  hien  et  3,090,504  familles  ^ 

I.  Mailla,  VIII,  p.  70. 


CHAPITRE  VI 

Les  Soung  (suite) 

A  la  mort  de  T'ai  Tsou,  l'unité  de  la  Chine  n'était  pas  T'ai  Tsoun§ 
encore  réalisée  ;  sans  compter  Wou  Yue,  n'étaient 
pas  encore  réduits,  les  alliés  Han  et  Leao,  Kiao 
Kouang  (partie  de  Kouang  Toung  et  de  Fou  Kien),  Kien 
Nan  (Fou  Kien).  Le  nouvel  empereur,  peu  désireux  de 
commencer  une  guerre  immédiatement  après  son  avène- 
ment, se  contenta  d'assurer  la  défense  des  frontières  de 
l'empire  en  en  confiant  la  garde  à  ses  meilleurs  officiers. 
Sur  la  frontière  Leao,  il  installa  Ma  Jen-yu  à  Ying  Tcheou 
(Ho  Kien  fou), Han Ling-kouen  à  Tch'ang  Tcheou  (Tcheng 
Tingfou),  Ho  Wei-tchoung  à  Yi  Tcheou  (Pao  Ting),  Ho 
Ki-YUN  à  T'ai  Tcheou  (T'ai  Ngan  Tcheou,  dans  le  district 
de  Tsi  Nan,  Chan  Toung).  Sur  la  frontière  de  Han,  il 
étabHt  Wou  Cheou-ki  à  Tsin  Tcheou  (P'ing  Yang  fou),  Li 
KiEN-POU  à  Che  Tcheou  (P' ou  Hien  dans  le  district  de  P'ing 
Yang),  Li  Ki-hiux  à  Tchao  Yi  (Tchao  Tch'eng  Hien,  dis- 
trict de  P'ing  Yang),  Tchao  Tsax  à  Yen  Tcheou  (Yen 
Ngan  fou,  Chen  Si),  Yao  Nui-pin  à  King  Tcheou  (dépen- 
dance de  King  Yang  fou,  Chen  Si),  Toung  Ts'oun-houei  à 
Houan  Tcheou  (également  dépendance  de  King  Yang), 
Wang  Yen-ching  à  Youen  Tcheou  (P'ing  Leang  fou,  Chen 
Si)  ;  d'excellentes  troupes  furent  fournies  à  ces  officiers  i. 

D'ailleurs  le  roi  des  Leao  se  fit  représenter  aux  funérailles 
de  T'ai  Tsou  à  Young  Tch'ang  Lin  à  la  4^  lune  de  977  par 
son  ministre  Ye-liu  Tchang;  T'ai  Tsoung  lui  rendit  sa 
politesse  en  lui  envoyant  Sin  Tchoung-fou.  L'année  sui- 
vante, TcHEN  HouNG-TsiN  qui  s'était  taillé  un  petit  état 
indépendant  avec  Tchang  Tcheou  et  Siouen  Tcheou  dans  le 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  69-70. 


72  HISTPIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

Fou  Kien,  en  face  de  Formose,fit  sa  soumission  à  la  Chine; 
l'empereur  lui  donna  le  rang  de  seigneur  de  premier 
ordre  et  accorda  des  emplois  considérables  à  ses  enfants  i. 
Cette  soumission  donna  à  réfléchir  au  roi  de  Wou  Yue  (Tche 
Kiang),Ts'iEN  Chou,  qui  était  présent  à  la  Cour  lorsqu'elle 
eut  lieu;  il  crut  se  tirer  d'affaire  en  proposant  à  l'empereur 
de  lui  rendre,  tout  en  gardant  ses  états,  les  titres  de  prince 
et  de  grand  général  de  l'empire  qui  lui  avaient  été  conférés 
par  T'ai  Tsou.  T'aiTsoung  refusa  cette  offre,  et  sur  le  con- 
seil de  TsouEi  Jen-ki,  sentant  la  position  précaire  dans 
laquelle  il  se  trouvait,  à  la  merci  d'une  volonté  impériale 
qui  pouvait  s'exercer  d'un  moment  à  l'autre,  Ts'ien  Chou 
crut  avec  raison  qu'il  serait  plus  habile  de  parer  le  coup  qui 
le  menaçait  inévitablement  en  faisant  librement  l'abandon 
de  ses  possessions  qui  comprenaient  «  treize  tcheou  et  86 
hien  renfermant  550,680  familles  payant  les  tributs  ordi- 
naires, qui  servaient  à  l'entretien  de  115,036  soldats,  alors 
sur  pied  et  de  1,044  barques  de  guerre.  ^  »  L'empereur 
récompensa  Ts'ien  Chou  en  le  faisant  prince  de  Houaï  Hai 
du  premier  ordre,  puis  de  Teng;  ses  frères  et  ses  enfants 
reçurent  des  gouvernements  et  ses  fonctionnaires  furent 
maintenus  dans  leurs  postes  (978,  3^  lune).  L'ex-roi  de 
Wou  Yue  mourut  à  la  S*'  lune  de  988,  âgé  de  soixante  ans. 
Il  y  avait  eu  quatre  rois  de  Wou  Yue  qui  régnèrent  quatre- 
vingt-un  ans  :  Ts'ien  Lieou,  nommé  roi  de  Yue  en  902  et 
roi  de  Wou.  en  904  ;  en  907  il  fut  fait  roi  de  Wou  et  de  Yue 
et  à  ce  titre  il  ajouta  en  923  le  mot  kouo  et  se  proclama 
Wou  Yue  Kouo  Wang,  roi  souverain  de  Wou  et  de  Yue, 
mort  le  6  mai  932,  âgé  de  81  ans;  son  fils  Ts'ien  Youen- 
KOUAN  (932-941)  ;  les  deux  fils  de  ce  dernier  :  Ts'ien  Tso, 
mort  en  947  et  Ts'ien  Chou  qui  fit  sa  soumission  aux 
Soung  3  ;    nous    ne   comptons  pas  Ts'ien   Tsoung. 

T'ai  Tsoung  prit  (978)  une  mesure  qui  produisit  le  meil- 
leur effet  dans  la  population  chinoise  :  le  44®  descendant  de 
Confucius,  K'ouNG  Yi,  gouverneur  de  Sin  Tseu  Hien,  qui 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  71. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  72. 

3.  Chavannes,  T'oiing  Pao,  1916,  p.  131. 


LES   SOUNG  73 

se  trouvait  à  la  Cour,  fut  créé  prince  du  troisième  ordre  avec 
le  titre  de  Wen  Siouen  K(jung,  et  on  rendit  à  la  famille 
du  grand  philosophe  le  privilège  d'être  exemptée  des  corvées 
et  des  impôts  qui  lui  avait  été  jadis  accordé  et  qu'on  ne 
lui  avait  retiré  que  sous  Che  Tsoung  des  Tcheou  posté- 
rieurs (954)  1. 

Au  commencement  de  979,  l'empereur,  sur  les  conseils 
de  Ts'ao  Pin  décida  de  faire  la  guerre  au  prince  de  Han, 
LiEOU  Ki-YOUEN.  T'ai  Tsoung  c  nomma  P'an  Mei,  géné- 
ralissime, et  lui  donna  pour  officiers  généraux  TsouEi 
Yen-tsin,  Li  Han-kioung,  Lieou  Yu,  Ts'ao  Han,  Mi 
SiN  et  T'ien  Tchoung-sin,  qui  se  rendirent  par  divers 
chemin's  aux  environs  de  T'ai  Youen  dont  on  voulait  faire 
le  siège,  et,  afin  d'arrêter  les  secours  que  cette  ville  pouvait 
recevoir  des  Tartares,  l'empereur  envoya  Kouo  Tsin,  avec 
un  gros  corps  de  troupes,  à  Che  Ling  kouan,  au  nord-est 
de  T'ai  Youen,  par  où  ces  secours  devaient  passer^ .  » 

Ye-liu  H'ien,  roi  des  Leao,  ne  pouvait  voir  d'un  œil 
indifférent  les  préparatifs  de  guerre  contre  son  allié  le 
prince  de  Han,  et  il  s'enquit  des  motifs  des  hostilités  enga- 
gées par  la  Chine.  T'ai  Tsoung,  qui  ne  désirait  pas  user  de 
ménagements  à  l'égard  des  Leao,  lui  répondit  assez  bruta- 
lement qu'il  punissait  les  Han  coupables  de  n'avoir  pas 
obéi  à  ses  ordres,  que  Ye-liu  H'ien  n'avait  rien  à  voir  dans 
la  querelle,  que  s'il  intervenait,  les  Chinois  entreraient  en 
lutte  avec  lui;  fort  peu  satisfait  de  cette  réponse,  le  prince 
Leao  dépêcha  immédiatement  contre  les  Chinois  une  armée 
commandée  par  Ye-liu  Cha  avec  Ti  LiÉi  comme  second; 
celui-ci  fut  défait  et  tué  par  Kouo  Tsin,  mais  le  vainqueur 
fut  obligé  de  se  retirer  devant  Ye-liu  Siei-tch'en  venu  au 
secours  de  Ye-liu  Cha. 

Le  siège  ayant  été  mis  devant  T'ai  Youen,  T'ai  Tsoung 
se  rendit  devant  la  place  et  exhorta  le  prince  de  Han  à  se 
rendre  pour  arrêter  l'effusion  du  sang  et  conserver  leurs 
biens  et  leurs  honneurs  à  sa  famille  :  Lieou  Ki-youen  refusa 
l'offre  de  l'empereur,  mais  pressé  de  toutes  parts  et  menacé 

1.  ;\Iailla,  /.  c,  p.  73. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  74. 


74  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

de  la  famine,  il  fut  obligé  de  céder  (5^  lune,  979).  L'empe- 
reur se  montra  généreux  :  Lieou  nommé  duc  de  P'oung 
Tch'eng  survécut  jusqu'en  991  à  l'annexion  de  sa  princi- 
pauté qui  ajoutait  dix  tcheou  et  41  hien  à  la  Chine  devenue 
ainsi  limitrophe  des  Leao. 

La  même  année,  à  la  sixième  lune,  T'ai  Tsoung  se  tour- 
nait contre  les  Leao,  sans  différer  plus  longtemps  ;  il  campe 
près  de  Yi  Tcheou  (district  de  Pao  Ting)  ;  Lieou  Yin,  le 
gouverneur  Leao,  lui  ouvre  les  portes;  son  exemple  est 
suivi  par  les  gouverneurs  de  Tcho  Tcheou,  de  Chan  Tcheou 
(Chouen  Yi  hien)  et  deKi  Tcheou  (ChouenT'ien)  et  le  siège  est 
mis  devant  Yeou  Tcheou  (Yen  King).  Ye-liu  Cha  est  battu 
par  l'empereur  à  Tchang  P'ing  Tcheou  près  de  la  rivière  Kao 
Leang,  mais  grâce  à  des  secours  amenés  par  les  généraux 
Ye-liu  Hieou-ko  et  Ye-liu  Sieï  tchen,  les  Chinois  sont  mis 
en  déroute  et  T'ai  Tsoung,  obligé  de  fuir,  abandonne  ses 
bagages.  Les  Leao  rentrèrent  en  possession  des  villes  qui 
leur  avaient  été  prises  et  à  leur  tour  ils  attaquèrent  Tcheng 
Ting,  mais  se  firent  battre  et  Ye-liu  Hieou-ko  fut  obligé  de 
se  retirer. 

L'empereur  avait  fait  prisonnier  à  T'ai  Youen,  l'un  des 
meilleurs  généraux  de  Han,  le  brave  Lieou  Ki-ye,  qui 
voulait  prolonger  la  défense  de  la  ville  après  la  reddition 
de  Lieou  Ki-youen;  T'ai  Tsoung,  frappé  d'admiration  pour 
son  courage,  le  combla  de  présents,  changea  son  nom  de 
Lieou  Ki-ye  en  celui  de  Yang  Ye  et  le  nomma  gouverneur 
de  T'ai  Tcheou,  près  de  la  frontière  des  Leao  dont  il  arrêta 
les  incursions.  ' 

En  980,  Ye-liu  H'ien  mit  le  siège  devant  Wa  Kiao  Kouan, 
près  de  Houng  Hien  (de  Pao  Ting  fou)  ;  mais  malgré  la 
défaite  des  Chinois  qui  l'attaquèrent  et  leur  poursuite 
jusqu'à  Mou  Tcheou  par  Ye-liu  Hieou-Ko,  le  roi  des  Leao 
avait  été  contraint  de  lever  le  siège  et  de  fuir,  lorsqu'une 
nouvelle  victoire  de  son  général  obligea  l'empereur  à  re- 
mettre sa  campagne  à  une  époque  ultérieure  et  à  chercher 
des  alliés  ;  il  crut  pouvoir  compter  sur  le  royaume  de  Pou 
Hai,  fondé  par  une  tribu  des  He  Chouei  Mo  Ho,  les  Sou  Mou, 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  81. 


LES   SOUNG  75 

car  en  926,  Ye-liu  A-pao-ki,  le  chef  des  Leao,  s'était  emparé 
de  leur  ville  de  Pou  YuTch'cng  qu'il  appela  depuis  Toung 
Tan  kouo,  ou  Toung  Tan  Fou,  c'est-à-dire  le  royaume  ou 
le  district  des  K'i  Tan  f^ricntaux;  il  y  avait  laissé,  en  qua- 
lité de  gouverneur,  son  lils  aîné,  Yjï-liu  Tou-yo,  avec  le 
titre  de  Jen  Houang  wang  ;  mais  le  roi  de  Pou  Hai,  redou- 
tant son  puissant  voisin,  déclina  les  offres  des  Chinois  ^ 
T'ai  Tsoung  se  retourna  vers  Wou  Hiouen-ming,  roi  de 
Ting-Ngan,  qui,  ayant  à  souffrir  des  incursions  des  Leao 
sur  ses  terres,  accueillit  avec  plaisir  les  avances  de  l'empe- 
reur; il  profita  du  passage  d'un  envoyé  Niu  Tchen  pour  lui 
confier  un  placet  destiné  au  souverain  chinois  qui  lui  fit 
tenir  sa  réponse  par  la  même  voie  (981). 

D'autre  part,  Li  Ki-p'oung,  gouverneur  de  Ting  Nan, 
vint  prêter  hommage  à  l'empereur  et  lui  offrit  —  étant 
brouillé  avec  toute  sa  famille  —  les  quatre  tcheou  de  Hia 
Tcheou,  Souei  Tcheou,  Yin  Tcheou  et  Yeou  Tcheou  que 
lui  avait  donnés  Li  Se-koung  depuis  la  chute  des  T'ang; 
naturellement  T'ai  Tsoung  accepta  cette  offre,  autorisa 
Li  Ki-p'oung  à  résider  à  Pien  Tcheou  et  lui  confia  un  emploi. 
«  L'empire  alors  se  trouva  unifié  comme  du  temps  des  Han 
et  des  T'ang,  à  la  réserve  de  Yen  ou  Pe  King,  de  Yun  ou 
T'ai  Toung  fou  du  Chan  Si  et  des  seize  tcheou  de  leur 
dépendance,  que  le  prince  de  Tsin,  en  montant  sur  le  trône, 
avait  cédés  aux  tartares  Leao  -.  » 

Le  roi  des  Leao,  Ye-Hu  H'ien,  se  rendant  à  Yun  Tcheou, 
tomba  malade  à  la  montagne  Tsiao  Chan  et  mourut  âgé 
de  35  ans,  à  la  9®  lune  (982)  ;  son  fils  aîné  Ye-liu  Loung- 
siu,  prince  de  Leang,  âgé  de  douze  ans,  lui  succéda;  la 
mère  du  nouveau  chef,  Si^^o  Che,  s'empara  du  gouverne- 
ment et  changea  le  nom  de  Leao  que  portait  son  peuple 
pour  celui  de  K'i  Tan  qu'il  avait  jadis  porté  ^. 

Li  Ki-p'oung  en  faisant  hommage  à  l'empereur  de  ses 
quatre  tcheou  avait  laissé  à  Hia  Tcheou  (Ning  Hia),  Li 
Ki-Ts'iEN  qui,  désobéissant  à  l'ordre  impérial  de  se  rendre 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  83  «. 

2.  Mailla,  l.  c,  p.  85. 

3.  Mailla.  /.  c,  p.  85. 


76  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

à  la  Cour,  sous  prétexte  d'assister  aux  funérailles  de  sa 
nourrice,  gagna  avec  quelques  amis  le  pays  de  Ti  Kin  tche, 
à  300  li  au  nord-est  de  Ning  Hia,  et  se  présentant  avec  le 
portrait  de  son  premier  ancêtre,  jadis  maître  de  la  région,  il 
réussit  à  mettre  dans  ses  intérêts  les  Tartares  habitant  le 
pays.  Mais  les  généraux  Yin  Hien  et  Ts'ao  Kouang-che:?— 
commandant  les  troupes  impériales,  envahirent  soudaine- 
ment le  pays  de  Ti  Kin-tche,  tuèrent  plus  de  cinq  cents 
Tartares,  brûlèrent  près  de  400  tentes,  firent  prisonnières 
la  mère  et  la  femme  de  Li  Ki-ts'ien  qui  se  sauva  avec  son 
frère  Li  KI-tchoung.  Tout  en  menant  une  vie  errante,  Li 
Ki-ts'ien  réussissait  à  se  créer  des  partisans  parmi  les 
mécontents,  s'emparait  par  ruse  de  Yin  Tcheou  et  profitant 
de  l'inaction  de  Tien  Jen-lang,  gouverneur  de  Tsin 
Tcheou,  s'empara  de  San  Tsou;  Tien  Jen-lang  paya  son 
incurie  de  l'exil  à  Chang  Tcheou  ;  quant  à  Li  Ki-ts'ien,  allié 
aux  K'iang  de  Lin  Tcheou,  il  fut  battu  par  les  troupes 
impériales  qui  annexèrent  Yin  Tcheou,  Lin  Tcheou  et  Hia 
Tcheou  (985).  Chassé  de  la  Chine,  réduit  aux  abois,  Li  Ki- 
ts'ien  se  réfugia  chez  les  K'i  Tan  dont  le  roi,  était-ce 
ironie?  le  fit  gouverneur  de  Ting  Ngan  dont  il  avait  été 
dépossédé  et  le  nomma  généralissime  des  troupes  de  Hia 
Tcheou  justement  annexé  par  les  Impériaux  (985)  1.  L'em- 
pereur poursuivant  ses  projets  contre  les  K'i  Tan  chercha 
à  leur  susciter  de  nouveaux  ennemis  en  lançant  contre  eux 
les  Coréens  mécontents  des  incursions  des  Tartares  sur 
leur  territoire  ;  dans  ce  but  il  leur  envoya  Han  Kouo-houa 
qui  les  décida  par  les  promesses  et  les  menaces  à  prêter  leur 
concours  aux  projets  de  T'ai  Tsoung.  Les  circonstances 
semblaient  favorables  :  la  mère  du  roi  des  K'i  Tan  qui  gou- 
vernait pendant  l'enfance  de  son  fils  avait  froissé  beaucoup 
de  fonctionnaires  par  son  favoritisme.  L'empereur  rassem- 
bla quatre  corps  d'armée  :  le  premier  commandé  par  Ts'ao 
Pin  devait  marcher  par  Yen  Tcheou  ;  le  second  sous  Mi  SiN 
et  Tou  Yen-kouei  opérait  par  Hioung  Tcheou;  le  troi- 
sième était  dirigé  par  T'ihn  Tchoung-tsin  vers  Feï  Hou 
(Kouang  Tchang  hien,  T'aï  Toung,  Chan  Si)  ;  enfin  le  qua- 

I.  Mailla,  p.  95. 


LES   SOUNG  JJ 

trième  devait  avec  P'an  Mi:i  et  Yang  Yk  passer  par  Yen 
Men. 

\\  Ki-loung,  envoyé  par  Ts'ao  Pin,  bat  les  K'i  Tan,  s'em- 
pare de  Kou  Xgan,  de  Sin  Tch'eng  et  deTcho  Tcheou,  fait 
prisonnier  et  met  à  mort  le  ministre  K'i-tan  Ho  Ye;  le^ 
Tartares  de  leur  côté  marchent  contre  Mi  Sin  qui  appelle 
à  son  secours  Ts'ao  Pin;  celui-ci  les  défait  au  nord-est  de 
Sin  Tch'eng.  De  son  côté  T'ien  Tchoung-tsin  bat  les  Ki 
T'an,  s'empare  de  Fei  Hou,  et  après  la  reddition  de  Ling 
kieou,  pousse  jusqu'à  Wei  Tcheou  (Chan  Si)  dont  les  portes 
lui  sont  ouvertes  par  Li  Tsoun-tchang  qui  en  a  massacré 
le  gouverneur  tartare.  Enfin  P'an  Mei  pénètre  en  territoire 
K'i  Tan  par  Si  King,  et  après  avoir  battu  un  corps  eAnemi 
le  poursuit  jusqu'à  Houan  Tcheou  (Ma  Yi  Hien)  dont  le 
gouverneur  se  rend,  et  réduit  successivement  sans  peine 
Sou  Tcheou,  Ying  Tcheou,  Yun  Tcheou. 

Le  général  tartare  Ye-liu  Hieou-ko,  trop  faible  pour 
attaquer  de  front  les  Impériaux,  les  inquiète,  les  fatigue 
par  ses  attaques  nocturnes,  intercepte  leurs  vivres  et 
finalement  oblige  Ts'ao  Pin  à  quitter  Tcho  Tcheou  pour 
aller  se  ravitailler  à  Hioung  Tcheou.  L'empereur  ordonna 
à  Ts'ao  Pin  de  joindre  Mi  Sin  tandis  que  P'an  Mei  et  T'ien 
Tchoung-tsin  venus  de  l'est  feraient  le  siège  de  Yeou 
Tcheou.  Ts'ao  Pin  et  Mi  Sin  honteux  de  leurs  insuccès 
et  désireux  d'égaler  P'an  Mei  et  T'ien  Tchoung-tsin, 
marchèrent  de  nouveau  vers  Tcho  Tcheou,  mais,  harcelés 
par  Ye-hu  Hieou-ko,  ils  arrivèrent  épuisés  dans  cette  ville 
d'où  ils  furent  obligés  de  se  retirer  vers  le  midi  par  le 
roi  des  K'i  Tan,  Ye-liu  Loung-siu.  Ye-liu  Hieou-ko  pour- 
suivant énergiquement  la  campagne,  marche  au-devant 
de  l'armée  impériale,  la  bat  près  de  Ki  keou  kouan  et 
la  repousse  jusqu'à  la  rivière  de  Ma  ho,  au  nord  de  Pa 
Tcheou  dépendant  de  Pe  King.  Ts'ao  Pin  et  Mi  Sin  fuient 
avec  les  débris  de  cette  armée  du  côté  du  sud  à  Y''i 
Tcheou,  s'arrêtent  sur  les  bords  du  Cha  Ho,  mais  leur  ter- 
rible adversaire  les  rejoint  et  les  jette  dans  le  fleuve; 
Ye-liu  Hieou-ko  aurait  voulu  poursuivre  ses  conquêtes 
jusqu'au  Houang  Ho,  mais  la  reine  des  K'i  Tan  s'oppose 


y8  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

à  ses  projets,  le  rappelle  et  le  crée  prince  de  Soung,  du 
premier  ordre  ^  (986.) 

«  L'empereur  lit  revenir  Ts'ao  Pin,  Mi  Sin,  Tsoueï  Yen- 
tsin  et  les  autres  généraux,  et  envoya  ordre  à  T'ien  Tchoung- 
tsin  d'aller  prendre  le  commandement  de  l'arm-ée  et  de  la 
faire  camper  à  Ting  Tcheou  ;  il  fit  retourner  P'an  Mei  à  T'ai 
Tcheou,  et  lui  ordonna  de  transporter  les  peuples  de  Yen 
Tcheou,  de  Sou  Tcheou,  de  Ying  Tcheou  et  de  Houan 
Tcheou,  ainsi  que  les  Tartares  T'ou  Yu  Houen,  les  uns  dans 
le  Ho  Toung,  et  les  autres  à  l'ouest  de  la  Cour.  Ce  prince 
était  désolé  de  ses  pertes,  et  indécis  s'il  devait  encore  pen- 
ser à  reprendre  aux  K'i  Tan  ce  qu'ils  avaient  en-deçà  de 
la  Grande  Muraille  -  ». 

Pendant  ce  temps  les  K'i  Tan  envoyaient  le  général  Ye- 
liu  Sieï-tchen  avec  une  armée  de  cent  mille  hommes  pour 
reprendre  les  villes  capturées  par  P'an  Mei  et  T'ien  Tchoung- 
tsin.  P'an  Mei  est  écrasé  à  Fei  Fou  et  le  général  k'i  tan 
s'empare  de  Houan  Tcheou.  Yang  Ye,  connu  par  sa  bra- 
voure, propose  aux  Impériaux  de  reculer  provisoirement, 
mais  il  se  heurte  à  l'opposition  de  Wang  Chen  qui  lui  re- 
proche sa  pusillanimité.  Yang  Ye,  piqué,  marche  sur  Sou 
Tcheou,  mais,  défait  par  Ye-liu  Sieï-tchen,  il  est  obligé 
de  battre  en  retraite;  P'an  Mei  et  Wang  Chen  qu'il  avait 
laissés  à  la  passe  de  Tchen  kia  k'eou  avaient  quitté  leur 
poste  pour  marcher  à  l'ennemi;  Yang  Ye,  réduit  à  ses 
seules  forces,  défend  la  passe  avec  acharnement,  mais  il 
est  débordé,  grièvement  blessé,  et  meurt  trois  jours  après 
(986).  Ye-liu  Sieï-tchen  s'empare  de  Yun  Tcheou,  Ying 
Tcheou  et  Sou  Tcheou,  abandonnés  par  leurs  défenseurs. 
L'empereur  irrité  punit  P'an  Mei,  Ts'ao  Pin,  Mi  Sin  et 
Tsouei  Yen-tsin,  mais  il  nomme  T'ien  Tch'oung-tsin 
général  de  la  cavalerie  et  de  l'infanterie  et  Li  Ki-loung  est 
désigné  pour  son  lieutenant;  en  outre  Tchang  Tsi-hien 
est  nommé  gouverneur  de  T'ai  Tcheou  à  la  place  de  Yang 
Ye,  avec  P'an  Mei  comme  second. 

Cependant  les  K'i  Tan  se  décident  à  poursuivre  leurs 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  101-2. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  102. 


LES   SOUNG  79 

conquêtes  verf^  le  sud  :  le  gouverneur  de  Ying  Tcheou, 
LiEOU  TiNG-jANG  essaya  d'arrêter  Ye-liuHieou-ko  par  une 
diversion  dans  le  pays  de  Yen  qui  réussit,  mais  son  armée 
était  trop  faible;  elle  fut  presque  entièrement  détruite  par 
les  K'i  Tan  et  Licou  Ting-jang  (Vhappa  avec  peine  au 
désastre.  Ye-liu  Hieou-ko  devint  maitre  par  ruse  de  Ho 
Ling-tou,  gouverneur  de  Hioung  Tcheou  et  s'empara  de 
Chen  Tcheou  (Ngan  P'ing  hien.de  Tcheng  Ting),de  Hing 
Tcheou  (Chouen  Te  fou,  Tche-Li)  et  de  Te  Tcheou  (district 
de  Tsi  Nan,  Chan  Toung). 

L'amertume  de  l'empereur  fut  grande  de  s'être  laissé 
entraîner  dans  cette  fâcheuse  entreprise;  par  un  manifeste 
dans  lequel  il  exprimait  ses  regrets,  il  déclara  «  qu'il  par- 
donnait aux  officiers  le  passé,  et  affranchissait  le  Ho  Pe 
de  tout  tribut  et  de  toutes  corvées  pendant  trois  ans;  il 
ajoutait  que  Ho  Houai-pou  et  son  fils  Ho  Ling-tou  avaient 
commencé  cette  guerre,  et  que  l'un  et  l'autre  y  avaient 
péri.  1  ))   (986.) 

Toutefois  Tchang  Tse-hien  remporta  un  petit  avan- 
tage, sur  les  K'i  Tan,  grâce  à  un  stratagème,  près  de  T'ai 
Tcheou.  Néanmoins  Ye-liu  Loung-siu,  roi  des  K'iTan,  con- 
tinua les  hostihtés  et  s'empara  de  Tcho  Tcheou  ;  la  lutte 
épuisait  l'empire  :  les  K'i  Tan  étaient  maîtres  depuis  Fei 
Hou  à  l'est  jusqu'à  la  mer;  les  ministres  de  T'ai  Tsoung 
lui  conseillaient  de  faire  la  paix  (988).  L'année  suivante, 
les  Tartares  ayant  franchi  la  frontière,  on  envoya  Li  Ki- 
loung  contre  eux;  surpris  sur  les  bords  du  Siu  Ho  (Tche  Li) 
par  YiN  Ki-LOUEN,  Ye-liu  Hieou-ko  blessé  est  mis  en  fuite. 
«  Cette  bataille,  ou  plutôt  cette  déroute,  fit  tant  d'impres- 
sion sur  les  K'i  Tan,  que  depuis  cette  époque  ils  n'osèrent 
plus  venir  en  si  grand  nombre  insulter  les  limites  de  l'em- 
pire, et  qu'ils  disaient  proverbialement  qu'il  fallait  éviter 
les  grands  princes  à  face  noire,  parce  que  Yin  Ki-louen 
était  d'une  couleur  fort  basanée  ^.  »  (989.) 

Le  rebelle  Li  Ki-ts'ien,  après  sa  défaite,  s'était  retiré 
chez  les  K'i  Tan,  avait  épousé  une  de  leurs  princesses  et 

1.  Mailla,  /.  c,  pp.  109-110. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  115. 


80  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

avait  reçu  le  titre  de  gouverneur  général  de  Ting  Ngan  et 
fut  même,  en  990,  créé  par  Ye-liu  JLoung-siu,  prince  de  Hia, 
fief  appartenant  à  l'empire.  Li  Ki-ts'ien,  désireux  de  s'assu- 
rer la  possession  effective  de  la  principauté  qui  lui  avait 
étédonnée,fit  entendre  à  Tchao  Pao-tchoung, — nom  donné 
par  les  Soung  à  Li  Ki-p'oung  quand  il  fit  sa  soumission, — 
«  qui  en  était  gouverneur,  qu'il  se  repentait  du  passé,  et 
cherchait  quelque  médiateur  auprès  de  l'empereur  pour 
obtenir  sa  grâce  et  retourner  dans  sa  patrie  :  Tchao  Pao- 
tchoung  crut  ce  repentir  sincère  et  en  écrivit  à  l'empereur, 
qui,  sur  cette  recommandation,  pardonna  à  Li  Ki-ts'ien 
et  le  nomma  gouverneur  de  Yin  Tcheou;  c'était  un  piège 
que  ce  dernier  tendait  à  Tchang  Pao-tchoung  :  il  espérait 
qu'il  viendrait  au-devant  de  lui  et  qu'il  disposerait  de  ce 
gouverneur  à  son  gré  lorsqu'il  le  tiendrait  en  son  pouvoir; 
mais  Tchang  Pao-tchoung,  instruit  de  la  perfidie  dont  il 
avait  usé,  six  ans  auparavant,  envers  Ho  Ling-tou,  un  de 
ses  collègues,  se  garda  de  le  venir  trouver,  et  Li  Ki-ts'ien 
continua  de  demeurer  chez  les  K'i  Tan.  1  »  (991,)  N'ayant 
pas  réussi  par  traîtrise,  Li  Ki-ts'ien  essaya  de  s'emparer 
de  Hia  Tcheou  par  force,  mais,  battu  et  blessé,  il  demande 
à  T'ai  Tsoung  de  rentrer  en  grâce,  ce  qui  lui  est  accordé 
malgré  son  triste  passé  que  l'avenir  ne  devait  pas  démentir  ; 
il  est  même  à  nouveau  nommé  gouverneur  de  Yin  Tcheou, 
ce  qui  ne  l'empêche  pas  de  retourner  chez  les  K'i  Tan  qui 
à  leur  tour  lui  décernent  le  titre  de  prince  de  Si  Ping  "-. 
Toujours  infatigable,  nous  le  verrons  plus  tard  (996),  enle- 
ver un  convoi  de  grains  à  destination  de  Ling  Tcheou  ;  on 
envoya  contre  lui  Li  Ki-loung  qui  ne  remporta  aucun 
succès;  sa  dynastie  (Hia)  devait  durer  jusqu'à  la  conquête 
mongole  en  1227. 

«  A  cette  même  époque,  il  vint  un  ofiîcier  de  la  part  des 
Niu  Tchen,  prier  l'empereur  de  se  joindre  à  eux  contre  les 
K'i  Tan  dont  ils  recevaient  de  continuelles  insultes; l'empe- 
reur, qui  n'était  point  d'avis  de  recommencer  une  guerre 
qui  avait  coûté  à  la  Chine  tant  de  sang  et  de  dépenses, 

1.  Mailla,  /.  c,  pp.  115-16. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  1 16. 


LES   SOUNG  8l 

rejeta  cette  proposition  :  dès  lors,  les  Xiu  Tchen  se  sou- 
mirent entièrement  aux  K'i  Tan,  et  cessèrent  de  porter  leurs 
tributs  à  la  Chine.  ^  »  (991.) 

«  A  la  onzième  lune,  les  Tartares  K'i  Tan  envoyèrent 
leur  général  Siao  Heng-ti  attaquer  le  royaume  de  Corée; 
le  prince  de  Corée  [TchengTsoungTchang  bien  Wang]  qui 
n'était  pas  en  état  de  lui  résister,  eut  recours  aux  prières, 
et  députa  un  de  ses  officiers,  appelé  TcHi,  pour  aller  offrir 
aux  K'i  Tan  de  se  rendre  leur  tributaire,  et  les  prier  d'épar- 
gner ses  peuples;  le  roi  tartare  accepta  sa  soumission,  et 
pour  ne  paraître  ni  moins  généreux  ni  moins  humain  envers 
le  peuple,  il  céda  au  prince  de  Corée  plusieurs  centaines  de 
li  de  pays,  à  l'est  du  fleuve  Ya  Lou,  appartenant  aux  Niu 
Tchen,  qui  venaient  de  se  soumettre  à  son  empire  ^  »  (992). 
A  partir  de  cette  époque,  la  Corée  suivit  les  nien  hao  des 
K'i  Tan. 

Une  révolte  causée  par  les  exactions  des  mandarins 
éclata  au  Se  Tch'ouan  (993);  un  homme  du  peuple,  Wang 
SiAO-PO,  se  met  à  la  tête  des  rebelles,  tue  le  chef  des  troupes 
impériales  Tchang  Ki  mais  est  lui-même  blessé  à  mort; 
son  beau-frère  Li  Choux  le  remplace,  s'empare  de  Chou 
Tcheou,  K'ioung  Tcheou,  Han  Tcheou  etP'oung  Tcheou,  se 
rend  maître  de  la  capitale  Tch'eng  Tou  et  se  proclame 
prince  de  Chou  sous  le  titre  de  Ta  Chou  Wang.  J^'empereur, 
fatigué  de  la  guerre  avec  les  K'i  Tan,  aurait  bien  composé 
avec  les  rebelles,  mais  il  en  fut  dissuadé  par  Tchao  Tchang- 
YEN  et  l'eunuque  Wang  Ki-nghen  fut  chargé  d'écraser 
la  révolte.  Après  plusieurs  combats  dont  l'un  sous  les  murs 
de  Tch'eng  Tou  dans  lequel  les  rebelles  perdirent  30,000 
hommes,  la  ville  fut  prise;  Li  Choun  fait  prisonnier  fut 
conduit  à  Foung  Siang  où  il  fut  coupé  en  morceaux  au 
milieu  de  la  place  pubHque;  le  nom  de  Tch'eng  Tou  fut 
changé  en  celui  de  Yi  Tcheou  (de  l'époque  des  Han),  pour 
punir  cette  ville  du  peu  de  résistance  qu'elle  avait  offerte 
aux  rebelles  (994).  La  rébelhon  que  Wang  Ki-nghen 
croyait  avoir  étoufïée  n'en  continua  pas  moins  vive  jusqu'à 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  117. 

2.  Mailla,  /.  c,  pp.  11 7-1 18. 


82  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

ce  que  son  chef  Tchang  Yu  eût  été  capturé  et  mis  à  mort 

(995)- 

En  997,  l'empereur  fit  une  nouvelle  division  de  l'empire 
en  quinze  provinces  ou  lou  :  King  Toung,  King  Si,  (capi- 
tales de  l'est  et  de  l'ouest,  dans  le  Ho  Nan),  Ho  Pe,  Ho 
Toung,  Chen  Si,  Houai  Nan,  Kiang  Nan,  King  Hou  méridio- 
nal, King  Hou  septentrional,  les  deux  Tche,  Fou  Kien, 
Tchouen  Chen,  Kouang  Nan  oriental  et  Kouang  Nan 
occidental  i. 

Après  avoir  perdu  ses  trois  neveux,  fils  de  T'aï  Tsou, 
TcHAO  Tei  tchao,  Tchao  Tei-fang  et  Tchao  T'ing-mei, 
T'ai  Tsoung  avait  eu  le  chagrin  que  son  fils  aîné,  Tchao 
Youen-tso,  prince  de  Tchou,  était  devenu  fou,  à  la  suite 
'  de  la  disgrâce  de  son  oncle  Tchao  Kouang-mei  qui  cau- 
sait, sans  raison,  de  l'ombrage  à  son  frère  l'empereur  (985). 
Dix  ans  plus  tard.  T'ai  Tfeoung  faisait  choix  de  son  troi- 
sième fils,  Tchao  Youen-kan,  prince  de  Siang,  qu'il  crée 
prince  de  Cheou,  pour  gouverner  la  ville  de  K'ai  Foung, 
dans  la  pensée  d'en  faire  son  héritier.  En  997,  T'ai  Tsoung 
tombait  gravement  malade  et  mourait,  âgé  de  59  ans,  à  la 
3**  lune  de  la  22^  année  de  son  règne;  malgré  les  intrigues 
de  l'eunuque  Wang  Ki-nghen  et  le  désir  de  l'impératrice 
douairière  qui  auraient  voulu  assurer  le  trône  au  fils  aîné 
du  souverain  défunt,  grâce  à  l'énergie  du  premier  ministre 
Liu.Touan,  le  prince  héritier  fut  reconnu  pour  empereur. 

T'ai  Tsoung  encouragea  la  littérature  ;  il  fit  composer  un 
ouvrage  en  mille  kiuen  intitulé  T'ai  P'ing  Yu  Lan  ou  la 
Manière  de  procurer  et  de  maintenir  la  paix  dans  l'empire 
dont  il  lisait  chaque  jour  trois  volumes.  «  Dès  que  ce  prince 
avait  quelques  moments  de  loisir,  il  les  employait  à  inter- 
roger Liu  Wen-tchoung  sur  l'expHcation  des  King; 
Wang  Tchou  sur  la  manière  de  bien  former  les  caractères, 
Kouo  TouAN  sur  la  connaissance  des  caractères  difficiles 
et  d'un  usage  plus  rare.  ^  »  En  outre,  il  recueilHt  un  grand 
nombre  d'ouvrages  qui  étaient  tombés  dans  l'oubli. 

«  En  984,  arrivée  à  la  capitale  du  bonze  japonais,  TiAO 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  129. 

2.  Mailla,  /.  c,  pp.  87-88. 


LES    SOUNG  83 

JAN,  avec  plusieurs  disciples.  Il  offrit  des  bronzes  japonais, 
une  histoire  du  Japon,  et  le  Livre  de  la  Piété  Filiale  com- 
menté par  le  célèbre  Tcheng  K'ang-tch'eng,  ouvrage 
perdu  en  Chine,  conservé  au  Japon.  L'empereur  voulut 
entretenir  lui-même  le  bonze.  Celui-ci  ayant  raconté  que, 
depuis  l'origine,  les  rois  et  officiers  du  J  apon  se  succédaient 
de  père  en  fils,  l'empereur  soupira  et  dit  :  Ces  Bar- 
bares des  Iles  ont  conservé  la  forme  du  gouvernement  de 
l'antiquité.  Tiao  jan  ayant  demandé  la  permission  de  faire 
un  pèlerinage  à  la  célèbre  pagode  du  mont  Wou  T'ai  chan, 
l'empereur  le  fit  défrayer  durant  tout  son  voyage.  Il  lui 
donna  aussi  une  édition  imprimée  de  la  Tripitaka  chinoise, 
que  le  bonze  emporta  au  Japon.  On  eut,  par  Tiao  jan,  des 
renseignements  sur  les  Aïnos  velus  par  tout  le  corps, 
jusqu'au  visage  inclusivement.  On  sut  aussi  par  lui,  que 
des  envoyés  japonais,  presque  tous  bonzes,  avaient  été 
envoyés  en  Chine  en  806,  839,  vers  850,  vers  886,  vers  921, 
vers  952;  faits  que  les  historiens  chinois  avaient  omis  de 
noter,  à  cause  des  troubles  de  l'empire.  1  » 

T'ai  Tsoung  «  était  doué  d'un  esprit  excellent,  juste  et 
solide;  dans  les  grandes  affaires,  il  saisissait  d'abord  le 
parti  auquel  on  devait  s'arrêter  :  un  de  ses  principaux 
soins  fut  d'encourager  la  culture  des  terres,  qu'il  regardait 
comme  le  moyen  le  plus  sûr  pour  procurer  aux  peuples 
l'abondance  et  les  maintenir  en  paix.  Par  rapport  au  gou- 
vernement de  l'État,  il  regardait  les  récompenses  et  les 
châtiments  comme  deux  puissants  mobiles,  dont  un  prince 
devait  être  pleinement  instruit  :  il  voulait  être  convaincu 
avant  que  de  rien  déterminer  sur  des  objets  dont  dépen- 
dait l'honneur  ou  l'infamie  des  familles.  Il  recevait  avec 
plaisir  les  remontrances  qu'on  lui  adressait,  et  lorsqu'il 
avait  commis  quelque  faute  et  qu'on  la  lui  faisait  con- 
naître, il  ne  faisait  aucune  difficulté  de  l'avouer  publique- 
ment; toutes  ces  belles  qualités,  qui  brillaient  dans  T'ai 
Tsoung,  le  firent  aimer  et  respecter  de  tout  l'empire  ;  il  se 

I.  L.  WiEGER,  Textes  historiques,  III,  pp.  1829-1830. 


84  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

maintint  sur  le  trône,  dans  une  paix  qui  ne  fut  jamais 
troublée  par  la  jalousie  ou  l'ambition.  1  » 

Annain  A  la  dynastie  fondée  en  939  en  Annam  par  Nc.o  quyen 
avait  succédé  Dinh  Bo-  lanh  qui  régna  sous  le  nom 
de  Dinh  Tien-hoang  (968),  fut  assassiné  et  remplacé 
temporairement  par  son  fils  Phê  de,  âgé  de  six  ans,  sup- 
planté par  le  général  LE  Hoan,  fondateur  sous  le  nom 
de  LE  Dai-hanh,  de  la  dynastie  des  LE  antérieurs  (980)  ; 
il  entre  en  lutte  avec  le  Tchampa  dont  un  usurpateur  anna- 
mite, LiEou  Ki-TSOUNQ  (Lu'u  Ky-tong)  venait  de  s'empa- 
rer au  détriment  d'iNDRAVARMAN  IV ;  mais  les  Tchames 
proclament  à  Vijaya  (988)  Indravarman  V  qui  adresse 
une  ambassade  à  T'aï  Tsoung.  L'empereur  lui  envoie  : 
«  deux  chevaux  blancs,  une  grande  quantité  de  socs  de 
charrue,  de  brûle-parfums  et  tout  un  équipement  mili- 
taire :  cinq  étendards,  cinq  épées  à  fourreau  d'argent,  cinq 
lances  du  même  métal,  cinq  arcs  et  des  flèches.  Une  pareille 
munificence  le  comble  de  joie  et  il  riposte  incontinent  par 
un  somptueux  tribut  composé  de  dix  cornes  de  rhinocéros, 
300  défenses  d'éléphants,  10  Hvres  d'écaillés  de  tortue, 
2  de  camphre,  deux  mille  de  parfums  divers,  160  livres  de 
bois  de  santal,  200  livres  de  poivre,  cinq  nattes  et  24,300 
paires  de  faisans  blancs.  ^  »  Indravarman  qui  s'était  réins- 
tallé dans  l'ancienne  capitale  tchame  Indrapura,  y  fut 
assiégé  par  Le  Hoàn  qui  saccagea  la  ville.  Vijaya  devint 
alors  la  capitale  du  Tchampa  (1000)  et  le  resta  jusqu'à  la 
chute  du  royaume.  ^ 

Tsoung  TcHEN  TsouNG  cut  la  satisfaction,  à  la  12^  lune  de  997, 
neuf  mois  après  son  avènement  de  recevoir  la  soumission 
de  Li  Ki-ts'ien  qui  fut  d'ailleurs  récompensé  par  le  gouver- 
nement de  Leang  Tcheou  qu'il  demandait  avec  Hia  Tcheou, 
Souei  Tcheou,  Yin  Tcheou,  Yeou  Tcheou  et  Tsing  Tcheou. 
On  devait  encore  entendre  parler  de  lui.  L'année  suivante 
(998)  les  Chinois  perdaient  à  la  onzième  lune  un  redoutable 
adversaire  en  la  personne  du  général  K'i  Tan  Ye-liu  Hieou- 

1.  Mailla,  /.  c,  pp.  1 30-131. 

2.  C  Maspero,  p.  168. 

3.  Voir  page  90. 


LES   SOUNG  85 

ko,  depuis  dix-sept  ans  gouverneur  de  Yen;  maliieurcuse- 
ment  le  brave  général  Ts'ao  Pin  mourait  peu  de  temps  après 
(999,  6e  lune).  Les  hostilités  n'i)rennent  entre  Chinois  et 
K'i  Tan  :  la  ville  de  Souei  Tch'eng  (Ngan  Fou  hien,  district 
de  Pao  Ting,  Tche  Li)  défendue  par  Yang  Yen-tchao  est 
assiégée  par  le  roi  Ye-lin  Loung-siu  {2^  lune,  999)  qui  est 
repoussé  mais  qui,  dans  le  cours  de  sa  retraite,  s'empare  des 
villes  du  Tche  Li,  Ki  Tcheou,  Tch'ao  Tcheou,  HingTcheou 
(Chouen  Te  fou)  et  Ming  Tcheou. 

Grâce  à  la  lâcheté  de  Fou  Tsien,  gouverneur  général 
de  Tchen  Tcheou,  Ting  Tcheou  et  Kao  Yan  Kouan,  com- 
mandant à  80,000  homrries  de  troupes,  qui  s'enferme  dans 
Ying  Tcheou  et  refuse  de  marcher  contre  l'ennemi,  malgré 
la  bravoure  de  Fan  Ting-tchao  et  la  résistance  désespérée  du 
gouverneur  K'ang  Pao-yi,  tué  après  avoir  immolé  un 
nombre  considérable  d'ennemis,  les  K'i  Tan  battent  les 
Chinois,  traversent  le  Tsi  Ho  et  vont  piller  la  ville  de 
Tseu  Tsi.  L'empereur  prend  le  commandement  des  trou- 
pes, destitue  le  lâche  Fou  Tsien  qu'il  envoie  en  exil  à 
Fan  Tclieou;  les  K'i  Tan  se  retirent  vers  la  Tartarie, 
mais  attaqués  près  de  Mou  Tcheou  par  Fan  Ting-tchao 
ils  perdent  10,000  hommes  et  leur  butin.  L'empereur 
ayant  assisté  à  la  pacification  de  la  frontière  rentre  dans 
sa  capitale. 

Des  soldats  mécontents  se  révoltent  dans  la  province  de 
Se  Tch'ouan  (1000),  tuent  le  général  Fou  Tchao-cheou  et 
placent  à  leur  tête  le  commandant  de  Yi  Tcheou,  Wang 
KiUN,  qui  prend  le  titre  de  prince  de  Chou,  s'empare  de 
Han  Tcheou,  mais  échoue  devant  Mien  Tcheou;  d'ailleurs, 
peu  après,  Han  Tcheou  est  repris  par  Tchang  Se-kiun. 
Mais  les  généraux  impériaux  dont  l'un  des-  leurs,  Li  Houei, 
est  tué,  se  font  battre  à  Yi  Tcheou  par  Wang  Kiun.  Tou- 
tefois les  Chinois  reprennent  l'offensive  avec  des  renforts 
et  malgré  la  défense  énergique  de  W^ang  Kiun,  le  général 
Lei  Yeou-tchoung  s'empare  de  Yi  Tcheou;  Wang  Kiun 
s'enfuit  à  Fou  Chouen,  mais,  poursuivi  avec  la  cavalerie 
impériale  par  Yang  Houai-tchoung,  il  est  cerné  dans 
cette  ville  et  réduit  à  se  pendre  ;  sa  tête  coupée  est  envoyée 


86  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

à  l'empereur  qui  récompense  les  vainqueurs  Lei  Yeou- 
tchoung  et  Yang  Houai-tchoung. 

Les  Houei  Ho,  inquiets  de  Li  Ki-ts'ien,  cherchèrent  à 
pousser  l'empereur  à  lui  faire  la  guerre,  offrant  de  joindre 
leurs  troupes  aux  forces  chinoises  (iooi);leur  ambassade  ne 
pouvait  plus  mal  tomber  :  l'empereur,  d'humeur  essentiel- 
lement pacifique,  s'occupait  de  la  mise  en  réforme  des  trop 
nombreux  fonctionnaires  à  charge  à  l'État  ;  on  en  supprima 
en  effet  plus  de  195,800  tant  de  guerre  que  de  lettres.  1 

Li  Ki-ts'ien,  désigné  également  sous  le  nom  de  Tchao 
Pao-ki,  témoignait  de  sa  reconnaissance  à  l'égard  des  Chi- 
nois qui  l'avaient  si  généreusement  pardonné  de  ses  trahi- 
sons, en  continuant  ses  expéditions  incessantes  de  pillage 
dans  les  provinces  septentrionales  de  l'empire.  L'empereur 
envoya  Tchang  Tsi-hien  faire  une  enquête  sur  ses  agisse- 
ments ;  Tchang  prétendit  que  Ling  Wou  étant  trop  à  l'écart, 
ne  pouvait  être  défendu  et  devait,  par  conséquent  être 
abandonné;  un  autre  fonctionnaire.  Ho  Leang,  qui  se 
trouvait  sur  les  Heux,  déclara  au  contraire,  que  la  ville 
était  protégée  par  les  montagnes  qui  l'environnaient  et 
devrait  être  garnie  de  troupes,  qu'en  aucun  cas  Ling 
Wou  ne  devait  être  abandonné  aux  Tartares.  Tchen 
Tsoung,  perplexe,  envoya  à  Ling  Wou,  Wang  Tchad 
avec  pleins  pouvoirs  et,  ce  qui  valait  mieux,  60,000  cava- 
liers et  fantassins.  Cependant  Li  Ki-ts'ien  mettait  les  T'ou 
Fan  dans  ses  intérêts  et  venait  attaquer  Ling  Tcheou  dont 
le  gouverneur  Pei  Tsi  se  faisait  tuer  vaillamment  sur  la 
brèche.  Maître  de  cette  ville,  le  vainqueur  en  change  le  nom 
en  celui  de  Si  P'ing  fou,  la  ville  de  la  Paix  d'Occident  (looi). 
D'autre  part,  le  chef  des  Tartares  de  Lou  kou,  Pan  Lo-tche 
fit  l'offre,  qui  fut  acceptée,  de  réunir  ses  troupes  à  l'armée 
impériale  pour  lutter  contre  Li  Ki-ts'ien;  on  lui  donna  le 
titre  de  gouverneur-général  de  Sou  Fang.  Pan  Lo-tche 
ayant  réussi  à  faire  croire  à  Li  Ki-ts'ien,  aveuglé  par  son 
orgueil-,  qu'il  reconnaissait  sa  domination, marcha  contre  lui 
à  la  tête  de  60,000  hommes;  Li  Ki-ts'ien,  attaqué  à  l'im- 
proviste,  fut  mortellement  blessé  ;  il  n'avait  que  quarante- 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  141. 


LES   SOUNG  87 

deux  ans;  il  laissait  ses  possessions  à  son  fils  Tchao  Te- 
MiNG,  âgé  de  vingt-trois  ans,  auquel  le  roi  des  K'i  Tan 
s'empressa  d'accorder  le  titre  de  Si  P'ing  Wang.  Tchao  Te- 
Ming,  suivant  les  conseils  que  lui  avait  jadis  donnés  son 
père,  offrit  sa  soumission  à  l'empereur,  avec  l'arrière-pensée 
de  ne  pas  s'exécuter.  Ts'ao  Wei,  fils  de  Ts'ao  Pin,  qui  con- 
naissait l'esprit  de  ruse  de  Tchao  Te-Ming  proposa  à 
l'empereur  de  l'enlever,  mais  Tchen  Tsoung  espérant  de 
gagner  le  jeune  prince  par  ses  bontés,  rejeta  cette  proposi- 
tion (1003).  L'année  suivante  (1004),  deux  officiers  de  Li 
Ki-ts'ien,  Pan  mi  ki  je  et  Pou  ki  lo  tan,  pour  venger  sa 
mort,  assassinèrent  Pan  Lo-tche  dont  le  frère  Se  Tou-tou 
fut  appelé  à  le  remplacer  par  les  Lou  kou;  il  fut  confirmé 
par  l'empereur  dans  le  gouvernement  de  Sou  Fang  (1004). 
A  la  neuvième  lune  intercalaire  de  1004,  Ye-liu  Loung- 
siu,  accompagné  de  sa  mère  Siao  Che,  s'approcha  des  fron- 
tières chinoises  à  la  tête  d'une  armée  considérable;  deux  de 
ses  généraux  s'emparent  de  Pe  P'ing  Tchai  et  Pao  Tcheou 
et,  avec  le  gros  de  leur  armée,  s'avancent  vers  Ting  Tcheou, 
mais  en  route  ils  se  heurtent  à  Wang  Tchao,  commandant 
les  troupes  impériales  dans  la  région,  qui  les  arrête.  Le 
mois  suivant,  un  fonctionnaire  chinois  retraité  Wang  Ki- 
tch'oung  démontra  aux  K'i  Tan  qu'ils  tireraient  plus  de 
profits  d'une  paix  sérieuse  avec  l'empire  que  de  leurs  dépré- 
dations continuelles  le  long  des  frontières.  Les  K'i  Tan  se 
laissèrent  convaincre  et  l'empereur  chargea  Wang  Ki- 
tch'oung,  munis  des  pouvoirs  nécessaires,  de  conduire  les 
négociations  qui  échouèrent  par  suite  des  exigences  de  Siao 
Che  réclamant  des  territoires  appartenant  à  l'empire  depuis 
un  temps  immémorial  ^  Les  K'i  Tan  ne  restèrent  pas 
longtemps  dans  l'inaction.  Dès  la  onzième  lune  (1004)  ils 
s'emparaient  de  Te  Tsing  (Tsing  Foung  hien,  dans  le  dis- 
trict de  Tai  Ming  fou)  et  de  Ki  Tcheou,  un  des  anciens  noms 
de  Tai  Ming,  dans  le  Tche  Li,  allèrent  camper  au  nord  de 
Tan  Youen  ou  T'ai  Tcheou,  aujourd'hui  K'ai  Tcheou,  au 
sud  de  Tai  Ming,  menaçant  les  environs  et  assiégèrent 
Tchen  Tcheou  défendu  par  Li  Ki-loung  qui  attira  dans  une 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  147. 


88  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

embuscade  et  tua  Siao  Ta-lan,  un  des  principaux  chefs 
K'i  Tan.  Des  conseillers  pusillanimes,  Wang  K'in-ju  et 
TcHEN  Yao-feou,  avaient  conseillé,  l'un  la  retraite  de 
l'empereur  à  Kin  Ling,  l'autre  à  Tch'engTou;  au  contraire, 
le  ministre  K'eou  Tchouen  persuada  au  souverain  de  se 
rendre  en  personne  aux  frontières  -septentrionales,  le  com- 
mandement de  K'aï  Foung  étant  confié  à  Tchao  Youen- 
PiN,  prince  de  Young;  ce  dernier  étant  tombé  malade  fut 
remplacé  par  Wang  Tan.  Sans  que  les  K'i  Tan  pussent 
s'y  opposer,  l'empereur  passa  le  Houang  Ho  et  entra  à 
Tchen  Tcheou.  Les  K'i  Tan  repoussés  dans  leurs  attaques, 
cherchèrent  à  conclure  la  paix  par  l'entremise  de  Ts'ao  Li- 
YOUNG  retenu  prisonnier  parmi  eux,  mais  ils  réclamèrent 
tout  le  territoire  que  leur  avait  cédé  le  fondateur  des 
Tsin  postérieurs  et  que  leur  avait  repris  Che  Tsoung  des 
Tcheou.  Après  des  négociations  conduites  par  la  reine  Siao 
Che,  il  fut  arrêté,  la  Chine  refusant  de  restituer  le  pays  con- 
voité, que  les  Soung  fourniraient  100,000  taels  d'argent  et 
200,000  pièces  de  soie.  La  paix  étant  réglée,  les  K'i  Tan 
reprirent,  la  route  du  nord  et  l'empereur  rentra  à  K'ai 
Foung  où  il  accorda  un  pardon  général  (1004).  D'ailleurs 
à  la  onzième  lune  de  1005,  une  ambassade  des  K'i  Tan, 
renouvelée  chaque  année,  se  rendit  à  la  Cour  pour  entre- 
tenir les  bonnes  relations  entre  les  deux  pavs. 

L'empereur  ne  tarda  pas  à  être  la  victime  des  intrigues 
de  Wang  K'in-ju;  celui-ci,  jaloux  de  la  faveur  dont  jouis- 
sait K'eou  Tchouen  à  la  suite  des  services  qu'il  avait 
rendus  dans  la  guerre  contre  les  K'i  Tan  et  voulant  aussi 
se  venger  de  l'affront  qui  lui  avait  été  fait  lorsqu'il  avait 
eu  la  lâcheté  de  proposer  à  Tchen  Tsoung  de  fuir  à  Kin 
Ling,  réussit  à  persuader  à  son  maître  que  le  ministre  lui 
avait  fait  jouer  un  rôle  honteux  en  lui  faisant  signer  un 
traité  au  pied  des  remparts  de  Tchen  'tcheou;  k  suivant 
le  Tch'ouen  Ts'ieou,  disait  W^ang  K'in-ju,  il  est  honteux  de 
jurer  une  paix  ou  une  alliance  au  pied  des  murs  d'une  ville  «^ 
(2^  lune,  1006).  Huit  mois  plus  tard,  Tchao  Te-Ming,  suivant 
les  instructions  de  son  père  Li  Ki-ts'ien,fit  remettre  sa  sou- 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  159. 


LES   SOUNG  89 

mission  à  l'empereur  qui  eut  la  naïveté  de  le  faire  gouver- 
neur de  Ting  Ngan  et  de  lui  accorder  le  titre  de  prince  de 
Si  P'ing  jadis  donné  à  son  père  parles  K'i  Tan;  peu  de 
temps  après,  ceux-ci  qui  désiraient  le  garder  dans  leurs 
intérêts  lui  décernaient  également  le  titre  de  prince  de  Hia 
(1006).  L'année  suivante,  à  la  troisième  lune,  le  roi  des  K'i 
Tan  lit  bâtir  pour  y  tenir  sa  Cour,  une  ville  dans  le  Leao  Si, 
qu'il  nomma  Tchoung  King  ou  la  Cour  du  Milieu  ^  Le 
misérable  Wang  K'in-ju,  pour  consoler  l'empereur  du 
traité  prétendu  honteux  signé  à  Tchen  Tclieou,  réussit 
par  ses  machinations  et  fourberies  à  plonger  ce  prince  dans 
les  plus  basses  intrigues  des  Tao  Che,  lui  fit  faire  le  pèleri- 
nage du  T'ai  Chan  et  celui  de  KiuFeou,  patrie  de  Confucius, 
auquel  il  donnait  le  titre  de  Hiouen  cheng  wen  sioiien  Wang, 
«  prince  admirable  de  l'excellente  et  sage  éloquence  »; 
dans  la  salle  des  cérémonies  «  il  plaça  les  titres  des  soixante 
et  douze  disciples  de  ce  philosophe,  à  la  tête  desquels 
était  celui  de  Yen  Houei,  son  disciple  bien-aimé,  qu'il 
fit  prince  du  troisième  ordre,  sous  le  titre  de  Yen  Kouei 
Koung;  ensuite  venaient  Min  Sun,  Tseng  Chin,  deux 
autres  de  ses  disciples,  et  les  anciens  lettrés  depuis  Tso 
Kieou-ming,  qu'il  fait  aussi  prince  du  troisième  ordre,  mais 
inférieurs  cependant  à  Yen  Houei,  sous  le  titre  de  Kien 
Koung.  Après  quoi,  il  s'en  revint  à  K'ai  Foung  »  (1008).  ^ 

A  la  onzième  lune  de  1009  mourait  la  mère  de  Ye  liu 
Loung-siu,  roi  des  K'i  Tan,  Siao  Che,  femme  remarquable 
par  son  courage  et  ses  talents,  mais  poussant  parfois  la 
violence  jusqu'à  la  cruauté.  Peu  de  temps  avant  sa  mort, 
elle  avait  envoyé  un  de  ses  parents,  le  général  Siao  Tou-yu 
pour  détruire  ce  qui  restait  des  Houei  Ho  ;  il  avait  capturé 
Kan  Tcheou  du  Chen  Si  et  obhgé  le  roi  Ye  la  li  à  se  sou- 
mettre; quelque  temps  après,  à  la  cinquième  lune,  Siao 
Tou-yu  s'emparait  encore  de  Sou  Tcheou  dont  il  transféra 
tous  les  habitants  à  Ton  wei  k'eou,  ville  abandonnée  que 
les  malheureux  déportés  durent  reconstruire  ^. 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  160. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  165. 

3.  Mailla,  /.  c,  p.  166. 


90  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

Nous  notons  des  ambassades  du  Tchampa  en  loio  et 
accompagnant  des  lions  en  loii,  puis  en  1015  envoyées 
par  Harivarman  II  dont  le  successeur,  en  10 18,  présenta 
le  tribut  à  l'empereur  ^.  A  la  fin  du  x^  et  dans  le  courant 
du  xi^  siècle,  la  capitale  du  Tchampa  était  Foche  ou  Vijaya 
dans  le  Binh  Dinh. 

Le  roi  de  Corée,  abandonné  par  la  Chine,  sans   cesse 
menacé  par  les  K'i  Tan,  offrit  sa  soumission  à  ceux-ci  par 
l'intermédiaire  d'un  de  ses  officiers,  Tsai  Tchoung-chun 
(loii).  Les  K'i  Tan  qui  ne  tenaient  pas  à  cette  soumission, 
mirent    comme  condition    à  leur  acceptation  que  le  roi  de 
Corée  viendrait  en  personne  leur  rendre  hommage;  le  roi 
de  Corée  redoutant  un  piège  prétexta  une  maladie  et  ne 
vint  pas  (1012).  Jadis  les  K'i  Tan  avaient  fait  don  de  la 
région  voisine  du  Ya  lou  kiang   aux   Coréens   qui   y   éle- 
vèrent   les  villes  de  Hing  Tcheou,   Tieï  Tcheou,   Toung 
Tcheou,  Loung  Tcheou,  Koueï  Tcheou  et  Ko  Tcheou;  le 
roi  des  K'i  Tan,  irrité  du  refus  du  souverain  coréen  de  venir 
à  sa  cour,  lui  réclama  tout  ce  territoire  dont  un  Niu  Tchen 
lui  indiqua  le  moyen  de  se  rendre  maître;  «  il  leur  apprit 
qu'à  sept  journées  de  la  ville  de  Kai  King,  en  allant  du 
côté  de  l'est,  les  Coréens  avaient  une  place  de  guerre  qui 
valait  Kai  King  pour  la  grandeur,  et  que  c'était  du  voisi- 
nage de  cette  place  qu'ils  tiraient  ces  bijoux  qu'ils  donnaient 
en  tribut,  et  qu'on  ne  trouvait  point  ailleurs.  Ce  Niu  Tchen 
ajouta  qu'au  sud  de  Cheng  Tcheou  et  de  Lo  Tcheou,  ils 
avaient   encore   deux  places   de  guerre   où   étaient   leurs 
magasins  ;  en  sorte  que  si  les  K'i  Tan  allaient  par  le  nord  du 
pays  des  Niu  Tchen  en  passant  le  fleuve  Ya  Looi  Kiang, 
et  le  côtoyant  jusqu'à  Ko  Tcheou,  ils  gagneraient  le  grand 
chemin,   et  ne  trouveraient  alors  aucune  difficulté  à  se 
rendre  maîtres  de  tout  le  pays  »  -  (1012).  A  la  première  lune 
de  1014,  les  Coréens  n'aj^ant  pas  restitué  aux  K'i  Tan  les 
six  villes  du  Ya  Lou,  le  roi  tartare  envoya  Siao  Ti-liei 
pour  s'en  emparer,  mais  le  roi  de  Corée  uni  au  roi  des  Niu 
Tchen  attira  dans  une  embuscade  les  K'i  Tan  qui  furent 

1.  G.  Maspero,  p.  175.' 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  168. 


LES   SOUNG  91 

taillés  en  pièces.  Nullement  rassuré  pour  l'avenir,  le  roi 
de  Corée,  désireux  de  se  rapprocher  de  la  Chine,  cherchait 
à  expliquer  le  non-paiement  du  tribut  à  l'arrêt  de  son 
passage  par  les  K'i  Tan  et,  dans  ce  but,  il  envoya  Yin 
TcHENG-pou  àTeng  Tclicou  d'où  celui-ci  se  rendit  à  la  Cour, 
mais  l'empereur  de  plus  en  plus  absorbé  par  ses  pratiques 
taoïstes  refusa  d'écouter  ses  propositions  (1014). 

On  comptait,  au  commencement  de  1015,  9,955,729  fa- 
milles, qui  faisaient  le  nombre  de  21,096,965  personnes  1. 

L'attention  de  la  Chine  allait  être  attirée  dans  une  autre 
direction  :  Sou  Se-lo,  chef  des  T'ou  Fan,  descendant  du 
dernier  Tsan  P'ou,  ayant  sa  résidence  à  Tsang  ko  tch'eng  où 
le  ho  chang  Li  Li-tsouen  lui  servait  de  premier  ministre, 
envoya  un  agent  pour  proposer  à  l'empereur  de  faire  la  con- 
quête de  Hia  Tcheou.  Li  Li-tsouen,  homme  fourbe  et  cruel 
avait,  par  ses  cruautés,  soulevé  tout  le  monde  contre  lui; 
pour  rétablir  son  prestige  compromis,  il  osa  attaquer 
Ts'ao  Wei,  le  général  chinois  commandant  à  King  Youen, 
qui  lui  infligea  une  si  cruelle  défaite,  à  San  tou  kou,  que 
Li  Li-tsouen  jugea  plus  sage  de  tourner  ses  armes  contre  Si 
Leang  Fou;  il  n'y  fut  d'ailleurs  pas  plus  heureux  et  il  ne 
réussit  qu'à  augmenter  contre  lui  le  mécontentement  géné- 
ral. Sou  Se-lo,  qui  voyait  grandir  l'impopularité  de  son 
ministre,  quitta  Tsoung  Ko  Tch'eng  où  il  laissa  Li  Li-tsouen 
pour  se  retirer  à  Miao  Tch'ouen.  Li  Li-tsouen,  profitant  du 
départ  de  son  chef,  voulant  essayer  de  renouer  des  relations 
avec  les  Chinois,  adressa  directement  plusieurs  placets  à 
l'empereur  pour  obtenir  d'être  nommé  Tsan  P'ou  des  T'ou 
Fan  ;  on  eut  la  faiblesse  de  lui  donner  le  titre  de  «  gouver- 
neur honoraire»,  ce  qui  était  déjà  une  trop  grande  concession, 
car  il  était  méprisé  et  détesté  tandis  que  Sou  Se-lo,  estimé  de 
son  peuple,  avait  tout  le  poids  de  la  défense  du  pays  menacé 
par  Tchao  Te-ming  et  le  voisinage  de  Hia  Tcheou  à  l'est. 
La  proposition  de  Sou  Se-lo  d'attaquer  cette  ville  ne  fit  que 
d'exciter  les  soupçons  de  l'empereur  qui  détacha  Tcheou 
Wen-tche  à  King  Youen  et  Ts'ao  Wei  à  Tsin  Tcheou  avec 
des  troupes  de  renfort.  Bien  lui  en  prit,  car  Sou  Se-lo  atta- 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  171. 


92  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

qua  ce  dernier;  il  fut  puni  de  son  audace,  car  il  subit  une 
cruelle  défaite  et  fut  oblige  de  s'enfuir  à  Tsi  Tchoung  i. 
(1016). 

En  10 15,  un  décret  de  Tchen  Tsoung  décide  que  le  même 
Etre  suprême  qui  gouverne  le  monde  est  désigné  soit  par 
les  noms  de  T'ien  ou  Chang  Ti,  soit  par  celui  de  Vu 
Houaug  ^. 

En  1017,  Haji  Sumutrabhumi,  «  le  roi  de  la  terre  de 
Sumutra  »  (Sumatra),  envoya  à  l'empereur  un  ambassadeur 
porteur  d'une  lettre  écrite  en  caractères  d'or,  et  un  tribut 
de  perles,  d'ivoire,  de  livres  sanskrits  et  d'esclaves  de 
K'ouen  Louen;  elle  fut  reçue  en  audience  et  ses  membres 
eurent  l'autorisation  de  visiter  quelques-uns  des  palais 
impériaux;  quand  ils  partirent  un  édit  fut  adressé  à  leur 
roi  avec  des  présents^.  L'île  de  Sumatra  aurait  donc  été 
connue  des  Chinois  sous  le  nom  de  Sumuta  =  Sumutra, 
dans  les  premières  années  du  xi^  siècle,  près  de  trois  cents 
ans  avant  le  voyage  de  Marco  Polo  ;  et  sous  le  nom  de 
Sumutra,  par  les  marins  arabes,  antérieurement  au  premier 
voyage  des  Portugais  en  Indonésie  ^. 

Malheureusement  l'empereur  était  plongé  de  plus  en  plus 
dans  les  folies  des  Tao  Che  ;  son  ministre  Wang  Tan,  sage 
conseiller,  mourut  (1017)  ;  la  disgrâce  de  Wang  K'in-ju,  son 
mauvais  génie,  dont  Tchen  Tsoung  avait  enfin  découvert 
la  fourberie,  n'empêcha  pas  ce  misérable  prince  de  se  cou- 
vrir de  ridicule  en  réunissant  13,086  bonzes  dans  son  palais 
(1019).  Cependant  il  avait  désigné  comme  prince  héritier 
son  fils  Tchao  Cheou-yi  (8^  lune,  1018)  et  remplacé  Wang 
K'in-ju,  exilé  au  Ho  Nan,  par  K'eou  Tchouen,  gouverneur 
du  pays  de  Young  Hing  (1019)  qui,  l'empereur  étant  tombé 
malade  et  l'impératrice  a3'ant  été  chargée  des  affaires,  fut 
nommé  gouverneur  du  prince  héritier  et  prince  du  troisiènie 
ordre  du  titre  de  Lai  kou  ;  Li  TiÉ,  Grand  Maître  de  la  maison 
du  prince  héritier,  fut  nommé  ministre  d'État  à  la  place  de 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  173. 

2.  L.  WiEGER,  Folk-lore,  p.  7. 

3.  Groeneveldt,   Notes  on  the  Malay  Archipelago. 

4.  G.  Ferrand,  J.  As.,  Mars-Avril  1917,  pp.  332  et  335. 


LES   SOUNG  93 

K'eou  Tchouen.  Les  intrigues  de  Ting  Wei,  nommé  gou- 
verneur de  Ho  Nan  fou,  firent  exiler  K'eou  Tchouen  de  la 
Cour  et  éloigner  Li  Tié  au  gouvernement  de  Yun  Tcheou 
(1020).  Sur  ces  entrefaites,  Tclien  Tsoung  mourut  dans  la 
55e  année  de  son  âge  et  la  25^  de  son  règne,  à  la  2«  lune  de 
1022,  ayant  ordonné  de  rappeler  K'eou  Tchouen  et  Li  Tié 
pour  gouverner  avec  l'impératrice  jusqu'à  ce  que  le  prince 
héritier  fut  en  état  d'exercer  lui-même  le  pouvoir.  Les 
menées  de  Ting  Wei,  ennemi  des  deux  ministres,  pour 
retenir  le  pouvoir,  furent  découvertes  ;  il  fut  exilé  à  Ngai 
Tcheou  dans  une  position  subalterne  et  son  complice, 
l'eunuque  Lei  Yun-koung  fut  exécuté.  A  la  lo^  lune 
eurent  lieu  les  funérailles  de  Tchen  Tsoung  et  avec  lui 
furent  ensevehs  les  livres  soi-disant  célestes  qui  avaient 
causé  la  déchéance  de  ce  triste  monarque. 


CHAPITRE  VII 

Les  Soung  (suite). 

Jen  Tsoung  y  ORSQUE.  ce  prince,  qui  avait  d'heureuses  disposi- 
I  tions,  monta  sur  le  trône,  il  n'avait  que  treize  ans, 
aussi  l'impératrice  exerça-t-elle  le  pouvoir  et  en  usa 
pour  réduire  les  charges  qui  écrasaient  la  population  et 
pour  supprimer  la  gabelle  et  les  droits  sur  le  thé;  d'autre 
part  on  sévit  avec  rigueur  contre  les  Tao  Che  qui  s'étaient 
multipliés  dans  les  provinces,  particulièrement  dans  celles 
du  Kiang  Si  et  du  Kiang  Nan,  et  avaient,  au  grand  détri- 
ment de  leurs  victimes,  substitué  des  pratiques  de  magie 
aux  remèdes  naturels.  Ils  perdirent  d'ailleurs  deux  ans 
plus  tard  (1025)  le  trop  fameux  imposteur  Wang  K'in-ju 
qui  avait  jadis  causé  tant  de  mal  par  ses  fourberies.  A  la 
8^  lune  de  1024,  le  jeune  souverain  donna  une  preuve  de 
l'intérêt  qu'il  prenait  aux  études  en  visitant  le  Collège 
impérial  (Koiio  Tseu  Kien)  et  en  présentant  ses  hommages 
à  Confucius  1. 

Mais  les  difficultés  extérieui-es  renaissaient  bientôt.  Les 
K'i  Tan  redoutant  Tchao  Te-ming  et  ne  voulant  cependant 
pas  le  provoquer,  tentèrent  de  l'isoler  en  faisant  la  con- 
quête du  pays  des  Houei  Ho  et  mirent  le  siège  devant  Kan 
Tcheou,  mais  ils  furent  battus  et  obligés  de  se  retirer 
devant  les  Tang  Hiang  dont  le  chef,  craignant  d'être  leur 
proie  après  les  Houei  Ho,  était  allé  les  attaquer  (1026).  A 
son  tour  Tchao  Te-ming  voulut  eiflever  Kan  Tcheou  aux 
Houei  Ho  pour  l'annexer  à  ses  États  et  il  chargea  son 
fils  Tchao  Youen-hao  de  cette  expédition,  dans  laquelle 
celui-ci  réussit  pleinement  (1028). 

Trois  ans  plus  tard   (1031)  mourait  Ye-liu  Loung-siu, 

I.  Mailla,  VIII,  p.  188. 


LES   SOUNG  95 

chef  des  K'i  Tan,  auquel  succéda  son  fils  Ye-liu  Tsoung- 
TCHiN  dont  la  mère,  Siao  Nao-kin,  concubine  du  roi  défunt, 
profitant  de  la  minorité,  s'empara  du  pouvoir,  et,  jalouse 
de  la  véritable  impératrice  Siao  Che  qui  étant  sans  enfant, 
avait  élevé  comme  le  sien  le  futur  souverain,  elle  l'exila  à 
Chang  King  et  plus  tard  lui  donna  l'ordre  de  se  tuer. 

Cependant  Tchao  Te-ming  voyait  sa  puissance  s'accroître 
de  jour  en  jour  et  les  Chinois  voulant  se  l'attacher  lui  con- 
férèrent le  titre  de  prince  de  Hia  et  à  son  fils  Tchao  Youen- 
hao,  celui  de  Si  P'ing  Wang;  Tchao  Te-ming  mourut  peu 
après  et  les  K'i  Tan  s'empressèrent  d'jenvoyer  le  diplôme 
de  prince  de  Hia  à  ce  dernier  qui  leur  était  d'ailleurs  plus 
favorable  qu'aux  Soung  (1032). 

L'impératrice  étant  morte  l'année  suivante  (1033),  le 
jeune  empereur  prit  immédiatement  possession  du  pouvoir 
et  fit  appel  au  concours  de  Li  TiÉ,  jadis  Grand  Maître  de  sa 
maison  alors  qu'il  était  prince  héritier  et  en  fit  un  ministre 
d'État;  contre  l'avis  des  censeurs,  l'empereur  répudia 
l'impératrice  Kouo  Che  qui  avait  souffleté  l'une  des  deux 
concubines  favorites,  Chang  Che.  A  la  neuvième  lune  de 
l'année  suivante  (1034)  Kouo  Che  fut  remplacée  par  Ts'ao 
Che,  petite-fille  du  brave  Ts'ao  Pin.  En  1035,  l'empereur 
n'ayant  pas  d'enfant  adopta,  à  la  deuxième  lune,  Tchao 
Tsoung-che,  âgé  de  quatre  ans,  fils  de  Tchao  Yun-jang, 
gouverneur  de  Kiang  Ning,  petit-fils  de  Tchao  Youex- 
PIN,  prince  de  Chang,  descendant  en  droite  ligne  de  l'empe- 
reur T'ai  Tsoung  1. 

Chez  les  K'i  Tan,  l'ambitieuse  Siao  Nao-kin,  s'apercevant 
que  son  fils  était  désireux  d'exercer  le  pouvoir,  tenta  de  le 
déposer  et  de  lui  substituer  son  cadet  fort  jeune  Tchoung 
Youen;  celui-ci  qui  avait  beaucoup  d'affection  pour  son 
frère,  le  prévint  du  complot  qui  se  tramait  contre  lui  et  Ye- 
liu  Tsoung-chin  fit  enfermer  Siao  Nao-kin  sous  bonne  garde 
dans  un  palais.  Le  jeune  prince  fut  récompensé  de  son  ami- 
tié par  le  titre  de  Houang  Tai  Ti,  l'auguste  frère  cadet 
(1034). 

A  l'automne,  septième  lune  de  1034,  ^^  ei  Toung,  avec 

I.  Mailla,  VIII,  p.  199. 


96  JIISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

beaucoup  d'imprudence,  chercha  à  consolider  les  frontières 
occidentales  de  l'empire,  en  s'emparant  de  quelques  places 
fortes  des  Hia  ;  il  avait  mésestime  son  adversaire  :  Tchao 
Youen-hao,  prince  de  Hia,  riposta  immédiatement  en 
pénétrant  avec  ses  troupes  à  King  Tcheou  (Chen  Si)  et 
battit  les  troupes  impériales  qui  essayaient  de  l'arrêter. 

Abandonnant  ses  desseins  contre  les  Chinois,  le  prince 
de  Hia,  Tchao  Youen-hao,  en  1035,  envoya  son  général 
Sou  NOUR  contre  Sou  Se-lo  qui  le  défit  et  le  fit  prisonnier; 
perdant  l'espoir  de  se  créer  un  vaste  empire,  Tchao  Youen- 
hao  se  mit  lui-même  à  la  tête  de  ses  troupes  et  essaya  vai- 
nement de  forcer  Miao  mieou  tch'eng,  mais  les  habitants  de 
cette  ville,  séduits  par  ses  belles  promesses  lui  en  ouvrirent 
la  porte;  aussitôt  maître  de  la  place,  il  fit  prisonnière  une 
grande  partie  de  la  population,  ce  qui  amena  la  reddition 
de  Tsing  Tang,  Tsoung  ko  et  Tai  sing  ling.  Ayant  réussi  à 
battre  Ngan  Tse-lo,  officier  de  Sou  Se-lo,  qui  voulait  lui 
barrer  le  passage,  il  fut  à  son  tour  défait  par  ce  dernier 

(1035)- 

«  Tchao  Youen-hao  remit  bientôt  (1036)  de  nouvelles 
troupes  sur  pied;  il  était  alors  maître  absolu  des  pays  de 
Hia  Tcheou,  de  Yin  Tcheou,  de  Soueï  Tcheou,  de  Yeou 
Tcheou,  de  Tsing  Tcheou,  de  Ling  Tcheou,  de  Yen  Tcheou, 
de  Houeï  Tcheou,  de  Ching  Tcheou,  de  Kari  Tcheou,  et  de 
Leang  Tcheou  dans  la  province  de  Chen  Si;  outre  cela, 
il  se  saisit  encore  des  pays  de  Koua  Tcheou  et  de  Cha 
Tcheou,  et  érigea  en  tcheou  les  villes  de  guerre  qui  étaient 
dans  le  pays  de  Long;  il  faisait  sa  résidence  ordinaire  à 
Hing  Tcheou  (Ning  Hia),  que  le  Houang  Ho  d'un  côté,  et 
la  montagne  Ho  lan  chan  de  l'autre,  comme  deux  barrières 
naturelles,  mettaient  en  sûreté;  ces  différents  pays  pou- 
vaient avoir  au  moins  10,000  li  de  tour.  ^  » 

L'ambitieux  Tchao  Youen-hao  avait  toujours  un  grand 
nombre  de  troupes  prêtes  à  opérer  contre  ses  adversaires  : 
150,000  hommes;  sur  ce  nombre,  au  nord  du  Houang  Ho, 
7,000  qu'il  pouvait  immédiatement  opposer  aux  K'i  Tan; 
au  sud  du  Ho,  50,000  hommes  étaient  dirigés  contre  les  gou- 

I.  Mailla,  VIII,  p.  200. 


LES   SOUNG  97 

verneurs  chinois  des  départements  de  Houan  Tchcou,  King 
Tcheou,  Tchen  Joung  et  Youen-  Tcheou;  50,000  lunnmes 
du  côté  de  Tso  Siang  et  de  Yeou  Tcheou,  pouvaient  opérer 
contre  Fou  Yen  et  Lin  Fou  et  30,000  hommes  du  côté  de 
Yeou  Siang  et  de  Kan  Tcheou  contre  les  T'ou  Fan  et  les 
Houei  Ho;  enfin  13,000  hommes  étaient  préposés  à  la  garde 
des  villes  de  Ho  Lan,  Ling  Tcheou,  Hing  Tcheou  et  Hing 
King  fou;  outre  ces  150,000  hommes,  il  y  en  avait  5000 
d'élite  pour  la  garde  du  prince  de  Hia  et  3000  cuirassiers 
pour  le  suivre  dans  ses  expéditions  ^ 

Pour  réparer  l'échec  qu'il  avait  reçu  des  T'ou  Fan,  cette 
année  1036,  Tchao  Youen-hao  leur  enleva  les  villes  de  Koua 
Tcheou,  de  Cha  Tcheou  et  de  Sou  Tcheou,  et  se  trouvant 
assez  puissant,  à  la  lo^  lune  de  1038,  il  prend  le  titre  d'empe- 
reur après  avoir  fait  offrir  un  sacrifice  au  Wou  T'ai  chan,  et 
demande  à  Jen  Tsoung  de  le  reconnaître  comme  tel. 
L'empereur,  irrité,  ôta  au  prince  de  Hia  le  nom  de  Tchao, 
appartenant  à  la  famille  impériale,  qui  avait  été  donné  à 
Li  Ki-ts'ien  à  l'époque  où  il  feignait  de  se  soumettre  et 
défendit  à  ses  sujets  d'avoir  aucun  rapport  avec  les  siens. 

((  Sou  Se-lo  faisait  sa  demeure  ordinaire  dans  la  ville  de 
Tchen  Tcheou;  il  avait  à  l'ouest  la  ville  de  Lin  kou  tch'eng, 
par  laquelle  il  communiquait  avec  les  royaumes  de  Ts'ing 
Hai  et  de  Kao  Tchang.  qui  entretenaient  dans  ses  états 
un  commerce  considérable,  source  de  ses  richesses  et  de  sa 
puissance.  L'empereur  le  ménageait,  et  lui  donnait  des 
titres  pour  le  mettre  dans  ses  intérêts,  afin  de  l'engager 
contre  le  prince  de  Hia,  et  empêcher  celui-ci  de  s'élever.  ^  » 

Le  roi  des  Hia  furieux  renvoya  à  l'empereur  tous  les 
diplômes  reçus  par  ses  ancêtres,  commença  la  guerre, 
s'empara  de  Pao  Ngan  et  de  Kin  ming  tchaï  et  vint  assiéger 
Yen  Tcheou  dont  le  gouverneur.  Fan  Young,  avertit  du 
danger  Lieou  Ping  et  Che  Youen-tsoun,  campés  non  loin 
à  Tou  men,  qui  accoururent  au  secours  de  la  place.  Malheu- 
reusement Lieou  Ping,  ayant  été  blessé  d'une  flèche,  l'un 
de  ses  chefs  Houang  Te-ho  prit  la  fuite  avec  un  tiers  de 

1.  Mailla,  VIII,  p.  201. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  203. 


98  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

l'armée  impériale;  Lieou  Ping,  dont  la  blessure  était  peu 
grave,  eut  l'imprudence  de  diviser  le  reste  de  ses  troupes 
en  sept  petits  corps  qui  furent  vigoureusement  assaillis  et 
mis  en  fuite  :  Lieou  Ping,  son  fils  et  d'autres  chefs  furent  faits 
prisonniers,  mais  Fan  Young  ne  se  rendit  pas  et  dans  la 
crainte  que  la  neige  ne  rendît  les  chemins  impraticables, 
le  roi  des  Hia  leva  le  siège  de  Yen  Tcheou  pour  ne  pas  être 
bloqué  (1040). 

Un  soldat  de  fortune,  Fan  Tchoung-yen,  qui  avait 
combattu  les  K'i  Tan,  ayant  été  mis  à  la  tête  des  armées 
(1040),  s'avança  vers  Yen  Tcheou;  H  an  K'i,  qui  comman- 
dait dans  la  région  avant  Fan  Tchoung-yen,  ayant  appris 
l'arrivée  de  ce  dernier  ainsi  que  la  marche  du  roi  des  Hia 
vers  San  Tchouen,  fit  une  attaque  de  nuit  des  magasins 
ennemis  à  Pe  pao  tch'eng  qu'il  réussit  à  incendier.  L'empe- 
reur, prévenu  de  Yen  Tcheou  par  Fan  Tchoung-yen  de  la 
puissance  des  Hia  envoya  sur  place  Tchao  Tsoung-kiao 
pour  étudier  la  situation  de  concert  avec  lui  et  Han  K'i 
(1041).  Tchao  Tsoung-kiao  se  rendit  d'abord  près  de  Han 
K'i  qui  se  déclara  en  état  de  finir  la  guerre  en  une  seule 
campagne;  Fan  Tchoung-yen,  à  cause  de  la  saison,  croyait 
préférable  de  gagner  les  rebelles  par  la  douceur.  L'empereur 
inclinait  vers  les  idées  de  Han  K'i,  mais  Fan  Tchoung-yen 
fit  observer  que  l'ennemi  étant  fortement  retranché  dans 
les  montagnes,  il  serait  sage  d'envoyer  un  agent  impérial 
pour  se  rendre  compte  de  l'opportunité  d'une  guerre. 
D'autre  part,  le  roi  des  Hia,  par  l'intermédiaire  de  Kao 
Yen-te,  officier  chinois  prisonnier,  prévenait  Fan  Tchoung- 
yen  qu'il  était  désireux  de  faire  la  paix  avec  la  Chine.  Fan 
Tchoung-yen  conseilla  au  chef  Hia  d'abandonner  le  titre 
d'empereur  qu'il  avait  usurpé  et  de  se  contenter  du  rang 
qu'avait  occupé  son  père  Tchao  Te-ming. 

De  son  côté  Han  K'i,  convaincu  que  le  roi  des  Hia  ne 
cherchait  qu'à  gagner  du  temps  en  négociant  avec  Fan 
Tchoung-yen,  organisa  hâtivement  contre  les  Hia  une 
expédition  au  cours  de  laquelle  ses  généraux  Jen  Fou, 
Sang  Yi  et  Lieou  Fou,  attirés  dans  une  embuscade,  furent 
tués  (1041)  ;  les  Hia  se  tournèrent  alors  contre  les  généraux 


LES   SOUNG  99 

TcHOU  KouAN  et  Wou  Ying  qui  furent  également  défaits  : 
10,300  hommes  périrent  dans  ces  deux  actions.  Han  K'i  fut 
dégradé  et  exilé  à  Tsin  Tclicou  comme  simple  gouverneur 
et  remplacé  par  un  homme  de  plaisir  Hia  Soung;  Fan 
Tchoung-ycn  ne  fut  guère  moins  mal  traité  :  il  fut  envoyé 
comme  commandant  à  Yo  Tcheou  pour  avoir  brûlé  une 
lettre  insolente  du  roi  des  Hia  devant  le  délégué  de  ce 
prince.  La  conduite  de  Hia  Soung  ne  permit  pas  de  le  garder 
en  fonction  et  on  le  nomma  gouverneur  de  Ho  Tchoung, 
avec  résidence  à  Chen  Tcheou.  Personne  n'était  capable 
désormais  de  commander  au  Chen  Si  ;  force  fut  donc  de  faire 
à  nouveau  appel  aux  services  de  Han  K'i  et  de  FanTchoung- 
yen  :  «  on  divisa  cette  province  en  quatre  départements  : 
Tsin  Tcheou,  où  était  Han  K'i;  Wei  Tcheou,  qu'on  donna  à 
Wang  Youen  ;  King  Tcheou,  où  on  envoya  Fan  Tchoung- 
yen  et  enfin  Yen  Tcheou,  qu'on  mit  sous  la  conduite  de 
P'ouNG  Tsi...La  suite  fit  voir  que  c'était  le  meilleur  parti 
qu'on  pouvait  prendre;  chacun  de  ces  généraux  voulut  se 
distinguer;  Han  K'i,  surtout,  par  sa  vigilance  retint  si  bien 
les  Tartares  Hia  chez  eux,  qu'ils  furent  forcés  de  suspendre 
pour  quelque  temps  leurs  courses;  et,  de  son  côté,  Fang 
Tchoung-yen,  par  ses  bons  traitements,  sut  si  bien  gagner 
les  K'iang  qui  s'étaient  presque  tous  donnés  au  roi  des  Hia, 
que  ces  peuples  se  mirent  sous  la  protection  des  Chinois.  ^  » 
Cependant  les  K'i  Tan  (1042),  voyant  l'empereur  occupé 
avec  les  Hia  songeaient  à  reprendre  les  dix  villes  que,  suivant 
eux,  Che  Tsoung  leur  avait  injustement  arrachées.  Sur  l'avis 
du  Président  de  son  Conseil  privé,  Siao  Houei,  et  contre 
l'opinion  de  Siao  Hiao-mou,  un  autre  de  ses  ministres, 
le  roi  des  K'i  Tan  chargea  Siao  Te-mour  et  Lieou  Lou-fou 
de  se  rendre  à  K'ai  Foung-fou,  de  réclamer  les  villes  ou, 
si  satisfaction  ne  leur  était  pas  donnée,  de  déclarer  la  guerre. 
Fou  PiÉ  fut  chargé  de  les  recevoir  et  de  négocier  avec  eux; 
on  déclara  aux  envoyés  K'i  Tan  qu'il  était  impossible  de 
leur  restituer  les  villes,  mais  que,  désireux  de  leur  être 
agréable,  on  leur  accorderait,  s'ils  le  désiraient,  la  main 
d'une  princesse  chinoise  pour  le  fils  aîné  de  leur  roi.  Fou 

I.  Mailla,  VIII,  p.  215. 


100  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Pié,  que  le  premier  ministre  Liu  Yi-kien  voulait  perdre, 
fut  chargé  de  conduire  les  négociations  difficiles  à  la  cour 
K'i  tan;  contrairement  aux  espérances  de  son  ennemi, 
Fou  Pié  réussit  pleinement  près  de  Ye-liu  Tsoung-tchin  qui 
lui  demanda  de  revenir  avec  un  traité  de  paix.  Liu  Yi-kien 
fit  rédiger  le  traité  dans  des  termes  différents  de  ceux  qui 
avaient  été  convenus;  fort  heureusement  Fou  Pié  s'aper- 
çut à  temps  de  la  trahison,  fit  modifier  le  traité  qui  fut  signé 
par  les  K'i  Tan  à  la  9^  lune  de  1042;  dans  une  ambassade 
spéciale  à  K'ai  Foung,  ceux-ci  obtinrent  qu'on  leur  envoyât 
les  présents  convenus  avec  certains  termes  de  respect  ou 
de  considération.  D'autre  part,  Jen  Tsoung  faisait  la  paix 
avec  Tchao  Youen-hao,  roi  de  Hia  (1043),  puis,  malgré 
le  conseil  de  Fou  Pié  qui  se  méfiait,  avec  raison,  de  ce  chef, 
il  "rappela  de  leur  commandement  Han  K'i  et  Fan  Tchoung- 
yen,  nomma  celui-ci  ministre,  et  plaça  le  premier  dans  le 
Conseil  secret  en  le  nommant  au  gouvernement  du  Chen  Si. 
Le  choix  de  Fan  Tchoung-yen  fut  excellent  ;  le  premier 
soin  du  nouveau  ministre  fut  d'essayer  de  relever  et  de  pro- 
téger les  lettres.  Sur  le  conseil  de  son  ami  Ngheou  Yang- 
sieou,  il  obtint  que  l'empereur,  à  la  suite  d'un  rapport 
du  conseiller  privé  Loung  Ki,  «  ordonna  d'établir  dans 
chaque  tcheou  ou  ville  du  second  ordre,  et  dans  chaque 
hien,  un  collège  pour  l'instruction  de  la  jeunesse,  et  les 
principaux  magistrats  des  provinces  furent  chargés  de 
choisir  parmi  les  mandarins  inférieurs  les  plus  habiles 
dans  les  sciences  pour  y  enseigner,  et  que  s'ils  n'en  trou- 
vaient point  un  assez  grand  nombre,  ils  cherchassent  jusque 
dans  les  villages  et  les  hameaux  les  habiles  gens  qui  pou- 
vaient s'y  être  retirés  et  qui  passaient  pour  les  plus  ver- 
tueux. Il  régla  qu'après  trois  cents  jours  d'étude  on  ferait 
un  examen  en  automne,  et  qu'on  admettrait  dans  ces 
collèges  ceux  qu'on  aurait  jugés  capables  :  que  ceux  qui  y 
auraient  déjà  été  admis  précédemment,  seraient  de  nou- 
veau examinés  au  bout  de  cent  jours,  et  qu'on  s'en  tien- 
drait là.  Ceux  qui  subiraient  un  examen  dans  les  tcheou 
devaient  avoir  des  répondants  ;  les  personnes  en  deuil,  celles 
qui  seraient  accusées  de  quelque  crime  ou  dont  la  conduite 


LES   SOUNG  lOI 

n'aurait  pas  été  régulière,  ou  qui  cacheraient  leurs  vrais 
noms,  ne  devaient  pas  y  être  admises. 

»  L'ordre  de  l'empereur  portait  encore  que  les  examens 
rouleraient  d'abord  sur  l'éloquence,  que  chacun  des  aspi- 
rants composerait  une  pièce  et  un  discours  sur  un  sujet 
proposé,  et  qu'ensuite  ils  donneraient  un  morceau  en  vers  ; 
que  les  examinateurs,  après  avoir  lu  toutes  ces  pièces  et 
fait  un  choix  des  candidats  qui  méritaient  d'être  admis,  en 
écriraient  la  liste  sur  une  planche  qui  serait  exposée  en 
public. 

»  Les  administrateurs  du  Collège  impérial  de  la  Cour, 
appelé  KoHO  tseu  kien,  pensèrent  à  l'occasion  de  ces  nou- 
veaux règlements,  à  le  remettre  sur  le  pied  qu'il  était  du 
temps  des  grandes  dynasties  des  Han  et  des  T'ang,  et  ils 
offrirent  à  l'empereur  un  placet...  L'empereur  ayant  égard 
aux  représentations  des  administrateurs,  unit  au  Koiio 
tseu  kien  un  tribunal  qui  en  était  proche,  ce  qui  donna  de 
quoi  loger  deux  cents  étudiants  de  plus,  et  de  faire  une 
grande  salle  destinée  à  expliquer  les  King.  Lorsqu'elle  fut 
finie,  Jen  Tsoung  s'y  transporta  pour  animer  les  étudiants 
par  sa  présence,  mais  avant  il  entra  dans  celle  qui  était 
consacrée  à  la  mémoire  de  Confucius.  Suivant  l'ancien 
usage,  il  ne  devait  à  ce  philosophe  que  la  petite  révérence 
appelée  Tso  yi  (consiste  à  coller  ses  deux  mains  sur  sa  poi- 
trine et  à  baisser  un  peu  la  tête),  et  que  les  amis  observent 
entre  eux,  mais  il  voulut  l'honorer  comme  son  maître,  en 
battant  la  terre  de  son  front,  afin  de  faire  connaître  l'estime 
qu'on  devait  faire  de  sa  doctrine,  i  » 

Le  récit  fastidieux  de  luttes  continuelles  entre  peuples 
qui  ne  semblent  guidés  que  par  l'ambition  de  leurs  chefs, 
désireux  d'agrandir  leurs  territoires,  n'offrirait  qu'un 
médiocre  intérêt  pour  l'histoire  de  l'humanité  en  général,  si 
de  temps  à  autre  quelques  faits  ne  venaient  tout  à  coup 
jeter  une  lueur  sur  la  continuité  d'une  tradition  civilisa- 
trice, tradition  qu'a  inaugurée  la  morale  de  Confucius 
qui,  malgré  son  apparente  disparition  à  certaines  époques, 
ressuscite  à  certaines  autres  avec  une  vigueur  nouvelle.  Et 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  22S-230. 


102  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHlNE 

malgré  des  guerres  perpétuelles,  somme  toute  stériles, 
une  des  plus  brillantes  époques  de  la  littérature  et  de  l'art 
de  la  Chine,  se  développe  sous  cette  dynastie  desSoung,  dont 
les  souverains  semblent  absorbés  uniquement  par  le  fracas 
de  luttes  offensives  et  défensives  presque  ininterrompues. 

Cependant  les  Hia,  impuissants  contre  les  K'i  Tan  et 
contre  l'empereur,  agirent  contre  lesTangHiang,  soumis  aux 
premiers  ;  les  Tang  Hiang  effrayés  passèrent  sous  le  j  oug  des 
Hia  qui,  redoutant  la  vengeance  des  K'i  Tan,  se  hâtèrent 
de  conclure  une  paix  solide  avec  la  Chine.  Ye-liu  Tsoung 
tchin  réunit  une  armée  formidable  de  167,000  cavaliers 
qu'il  divisa  en  trois  ""corps  qui  passèrent  le  Houang  Ho,  mais 
attirés  par  les  Hia,  loin  de  leur  base,  les  K'i  Tan  furent 
écrasés  et  leur  roi  s'enfuit  avec  peine.  Les  K'i  Tan  promirent 
de  vivre  tranquilles  à  l'avenir  (1044). 

Après  cette  grande  victoire  des  Hia,  l'empereur  Jen 
Tsoung  s'empressa  de  faire  porter  à  leur  roi  par  un  de  ses 
officiers,  nommé  Tchang  Tseu-che,  ses  dépêches  et  des  pré- 
sents :  «  ils  consistaient,  outre  les  lettres-patentes  qui  l'éta- 
blissaient roi  de  Hia,  en  des  habits  magnifiques  capables 
d'honorer  cette  dignité,  et  une  superbe  ceinture  d'or;  en 
un  très  beau  cheval  dont  la  selle  et  tout  le  reste  du  harnais 
étaient  garnis  en  argent  ;  en  vingt  mille  taels  d'argent,  "vingt 
mille  pièces  de  soie  commune,  et  trente  mille  livres  de  thé; 
en  un  sceau  d'argent  sur  lequel  étaient  gravés  ces  quatre 
caractères  :  Hia  Kouo  tchu  yin,  c'est-à-dire.  Sceau  du  sou- 
verain du  royaume  de  Hia.  L'empereur  lui  permettait 
encore  de  se  créer  des  officiers  comme  il  jugerait  à  propos, 
et  promettait  de  défra3''er  les  députés  qu'il  enverrait  à  la 
Cour  tout  le  temps  qu'ils  resteraient  sur  les  terres  de  l'em- 
pire. Il  régla  aussi  que  ces  mêmes  députés,  lorsqu'ils 
seraient  admis  en  sa  présence,  s'asseoiraient  sur  les  côtés 
de  la  salle  ;  quant  au  roi  de  Hia,  il  ne  devait  plus  se  servir 
à  l'avenir  du  caractère  employé  par  les  empereurs  lorsqu'ils 
donnent  leurs  ordres  ;  il  devait  se  reconnaître  publiquement 
sujet  et  dépendant  de  la  Chine  et  recevoir  ses  envoyés 
avec  respect.  Le  roi  de  Hia  traita  Tchang  Tseu-che  d'une 

I.  Mailla,  "VIII,  p.  235. 


LES    SOUNG  103 

manière  assez  froide,  et,  lorsqu'il  l'eut  renvoyé,  il  reprit  le 
titre  d'empereur  comme  auparavant.  '« 

Le  roi  des  K'i  Tan,  craignant  les  Hia,  transféra  sa  capi- 
tale à  Yun  Tcheou,  qu'il  nomma  T'ai  Foung  fou.  «  Les 
K'i  Tan  étaient  alors  parvenus  à  un  très  haut  degré  de 
puissance  ;  ils  avaient  cinq  villes  où  ils  allaient  quelquefois 
tenir  leur  cour,  six  tcheou  ou  grands  départements,  156 
villes  de  guerre,  209  hien  ou  villes  du  troisième  ordre  ;  ils 
comptaient  5002  hordes  tartares  qui  leur  obéissaient,  et 
60  royaumes  dépendants  et  tributaires;  leur  empire,  qui 
avait  plus  de  10,000  h  de  tour,  s'étendait  à  l'est  jusqu'à 
la  mer,  à  l'ouest  jusqu'à  la  montagne  Kin  chan  près  du 
Cha  Mo  ou  Désert  de  sable,  au  nord  jusqu'à  la  rivière  Lou 
kiu  ho,  et  au  sud  jusqu'à  Pe  Keou.  ^  » 

En  1046,  un  certain  Wang  Tseu,  originaire  de  Tcho 
Tcheou,  se  révolta,  s'empara  de  Pei  Tcheou  et  se  proclama 
«  prince  qui  pacifie  l'orient  »,  Toung  P'ing  Wang  (1047), 
mais  l'empereur  envoya  contre  lui  MiXG  Hao,  puis  Wen 
Yen-pou  qui  s'emparèrent  de  Pei  Tcheou  et  capturèrent 
le  rebelle  qui,  conduit  à  K'ai  Foung,  fut  mis  en  pièces 
(1048). 

Le  premier  roi  des  Hia,  Tchao  Youen-hao,  âgé  seulement 
de  46  ans,  fut  assassiné  en  1048,  à  la  première  lune,  par 
son  fils,  le  prince  héritier,  Ming  Lixg-ko,  dont  il  avait 
épousé  la  fiancée  Moui  Che;  le  meurtrier  réfugié  près  de 
Wou  Pouxg  fut  mis  immédiatement  à  mort  par  celui-ci. 
Malgré  une  certaine  opposition  politique,  la  Chine  envoya 
à  Li  TsiANG-PO,  fils  de  Tchao  Youen-hao,  des  lettres  pa- 
tentes semblables  à  celles  qui  avaient  jadis  été  envoyées 
à  ce  dernier. 

La  mort  du  roi  des  Hia  parut  au  général  K'i  tan,  Siao 
HouEi,  une  occasion  favorable  pour  venger  l'échec  que 
sa  nation  avait  subi  en  surprenant  dans  leurs  cérémonies  de 
deuil  l'ennemi  victorieux,  mais  celui-ci  se  tenait  sur  ses 
gardes  et,  prévenu  de  l'arrivée  des  K'i  Tan,  les  attaqua 
à  l'improviste  et  en  fit  un  grand  carnage   (1049)  ;  la  paix 

1.  Mailla,  VIII,  p.  235. 

2.  Ibid. 


104  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

ne  fut  rétablie  que  l'année  suivante  après,  que  les  deux 
peuples  se  furent  livrés  à  uv.  pillage  réciproque  de  leurs  ter- 
ritoires. A  la  8®  lune  de  1055  mourut  le  roi  des  K'i  Tan 
Ye-liu  TsouNG-TCHiN  (HiNG  TsouNO),  âgé  de  40  ans,  rem- 
placé par  son  fils  Ye-liu  Houng-ki  (Tao  Tsoung). 

Cette  même  année,  à  la  suite  de  grandes  inondations  du 
fleuve  Jaune,  «  Li  Tchoung-tchang,  mandarin  de  Tai 
Ming,  proposa  d'ouvrir  un  canal  depuis  la  rivière  Chang 
Hou  ho,  par  Lou-ta-kiu,  jusqu'à  l'ancien  canal  de  Heng 
Loung,  dans  lequel  on  ferait  entrer  une  partie  des  eaux 
du  Houang  Ho,  qui,  étant  alors  divisées,  ne  feraient  plus 
tant  de  ravages.  L'empereur  approuva  ce  dessein;  trente 
mille  ouvriers,  forts  et  robustes,  furent  employés  à  ces 
travaux.  Ngheou  Yang-sieou  dit  qu'on  ne  réussirait  pas, 
et  voulut  en  détourner  l'empereur,  mais  inutilement.  La 
suite  fit  voir  cependant  que  Ngheou  Yang-sieou  n'avait 
pas  tort.  Ce  canal  ne  servit  presque  de  rien,  et  coûta^des 
sommes  immenses;  Li  Tchoung-tchang  fut  envo^^é  en  exil 
à  Ying  Tcheou  pour  en  avoir  ouvert  l'avis.  ^  ^> 

L'empereur  n'ayant  pas  de  fils  et  n'ayant  pas  encore 
assuré  la  succession  au  trône,  Han  K'i  qu'il  venait  de  faire 
entrer  dans  le  ministère  (1058),  lui  suggéra  de  désigner 
un  héritier;  Jen  Tsoung  attendit  encore  trois  ans  pour 
choisir  Tckao  Tsoung-che,  fils  de  l'un  de  ses  frères  et 
l'adopta.  Deux  ans  plus  tard,  l'empereur  tombait  malade 
à  la  3^  lune  (1063)  et  mourait  âgé  de  54  ans  dans  la  41^  année 
de  son  règne. 

«  Jen  Tsoung,  prince  excellent,  doux  et  affable,  aimait 
ses  sujets  d'une  amitié  tendre  et  sincère  ;  il  était  simple  dans 
ses  vêtements  et  se  contentait  de  peu...  Ce  prince  ne  con- 
damnait qu'avec  peine  les  criminels  à  perdre  la  vie;  il  ne 
s'en  rapportait  jamais  à  la  dernière  sentence  de  ses  tribu- 
naux, et  il  faisait  de  nouveau  examiner  leur  procès  :  il 
n'y  avait  point  d'année  qu'il  ne  sauvât  par  ce  moyen  plus 
de  mille  personnes  2...  » 

Tchao  Tsoung-che  qui  porte  le  nom  de  règne  de  Ying 

1.  Mailla,  VIII,  p.  245. 

2.  Mailla,  VIII,  pp.   248-9. 


LES    SOUNG  105 

TsouNG  tomba  malade  en  montant  sur  le  trône  et  confia  la  '^''"?  Tsoun; 
régence  à  sa  mère  qui  se  révéla  remarquable  administra- 
trice; malheureusement  les  eunuques,  à  leur  tête  Jen 
Cheou-tchoung,  fidèles  à  leurs  traditions,  essayèrent  de 
brouiller  la  mère  et  le  fils  pour  s'emparer  du  pouvoir  et  ils 
y  auraient  réussi  si  les  ministres  Han  K'iet  Nglieou  Yang- 
sieou  n'avaient  déjoué  leurs  intrigues  et  su  maintenir  la 
bonne  harmonie  dans  la  famille  impériale. 

L'empereur  rétabli  assuma  le  pouvoir  en  1064  ;  Jen  Cheou- 
tchoung  traduit  devant  un  tribunal  présidé  par  Han  K'i 
et  Nglieou  Yang-sieou  fut  révoqué  de  toutes  ses  charges  et 
envoyé  en  exil  à  Ki  Tcheou  ;  ses  complices  furent  également 
bannis.  Cette  même  année  le  domaine  impérial  s'accrut 
de  la  ville  de  Ho  Tcheou  dans  les  conditions  suivantes  : 

Nous  avons  vu  qu'en  1038,  sous  Jen  Tsoung,  Sou  Se-lo 
avait  reçu  la  soumission  de  la  horde  de  Pan  lo  tche  et  de 
plusieurs  dizaines  de  milHers  de  Houei  Ho  ;  par  la  ville  Lin 
kou  tch'eng,  à  l'ouest  de  Chen  Tcheou,  lieu  de  sa  résidence 
ordinaire,  il  communiquait  avec  les  royaumes  de  Ts'ing 
Hai  et  de  Kao  Tçhang;  il  s'était  marié  deux  fois,  la  pre- 
mière avec  une  fille  de  Li  Li-tsouen  qu'il  chassa  pour  épouser 
Kiao  Che  ;  de  la  fille  de  Li  Li-tsouen,  il  eut  deux  fils  Hia 
TcHEN  et  Mo  TcHEN-sou  qui  furent  emprisonnés  ainsi 
que  leur  mère  à  Kouo  Tcheou.  Avec  l'aide  d'un  parent,  Li 
Pa-ts'iouen,  ils  réussirent  à  se  sauver  tous  les  trois  à 
Tsoung  Ko  tch'eng  où  ils  étaient  à  l'abri  de  Sou  Se-lo  et  dont 
Mo  Tchen-sou  devint  le  maître  et  où  il  mourut  en  1043,  lais- 
sant un  fils,  Hia  sia  ki  ting  qui  lui  succéda,  mais,  comme  il 
était  d'une  faible  constitution,  sa  mère  se  soumit  à  nou- 
veau à  Sou  Se-lo.  Hia  Tchen,  mort  à  Kan  Kou,  laissa  deux 
fils,  le  cadet  Hiao  Wou-tche  demeura  à  Yin  Tchouen,  l'aîné 
Mou  Tcheng  résida  à  Ho  Tcheou  redoutant  son  frère  Tou 
Tchen  que  Sou  Se-lo  avait  eu  de  Kiao  Che;  à  la  12^  lune 
de  1064,  il  fit  sa  soumission  à  l'empire  et  remit  la  ville  de  Ho 
Tcheou  qu'il  occupait.  Tou  Tchen  demeurait  avec  sa  mère 
Kiao  Che  à  Li  Tsing  tch'eng  et  réussit  à  se  rendre  maître  de 
tout  le  pays  des  T'ou  fan  au  nord  du  Houang  Ho  ;  il  succéda 
à  son  père  Sou  Se-lo  qui  mourut  à  la  ii«  lune  de  1065. 


I06  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

En  1066,  les  K'i  Tan  reprirent  leur  ancien  nom  de  Leao. 
A  la  46  lune,  l'empereur  ordonna  à  Se-ma  Kouang  de  rédi- 
ger des  Annales.  Mais  YingTsoung,  d'une  faible  constitution, 
tomba  malade  à  la  onzième  lune  de  1066  ;  son  état  s'aggrava 
rapidement  et,  âgé  de  36  ans,  il  mourut  à  la  première  lune 
de  1067,  dans  la  quatrième  année  de  son  règne.  Il  avait 
désigné  Tchao  Yu,  prince  de  Ying,  pour  son  successeur. 

Ying  Tsoung  était  «  un  bon  prince,  aussi  attentif  au 
gouvernement  et  aussi  laborieux  que  pouvait  le  lui  per- 
mettre une  santé  toujours  chancelante;  dans  toutes  les 
affaires,  il  se  réglait  d'après  les  maximes  des  anciens,  et  ne 
déterminait  rien  sans  avoir  pris  l'avis  des  Grands.  Ying 
Tsoung  peut  servir  en  cela  d'exemple  aux  princes  chargés 
de  la  conduite  des  peuples.  ^  » 

1.  Mailla,  VIII,  p.  255. 


I 


CHAPITRE  Mil 

Les  Soung  (suite). 

LE  règne  de  ce  souverain  médiocre  fut  marqué  par  Chen  Tsoung. 
l'administration  du  ministre  novateur  Wang  Ngax- 
CHE,  né  à  Lin  Tch'ouan,  au  Kiang  Si,  en  1021. 
Alors  qu'il  n'était  que  le  prince  Tchao  Yu,  de  Ying, 
Chen  Tsoung  axait  entendu  parler  de  Han  Wei  et 
Wang  Ngan-che;  il  fit  appel  au  concours  de  Han  Wei  qui 
déclina  les  offres  qui  lui  étaient  faites  mais  désigna  Wang 
Ngan-che  comme  devant  le  remplacer  avantageusement. 
Wang  Ngan-che  pressenti  à  son  tour  refusa  les  offres  impé- 
riales. L'empereur  froissé  consulta  les  seigneurs  de  sa  Cour  : 
les  avis  furent  partagés;  tandis  que  l'un,  Tseng  Koung- 
LEANG  croyait  à  la  sincérité  de  Wang  et  vantait  ses  rares 
qualités  qui  le  rendaient  digne  du  rang  de  ministre,  un 
autre,  Wou  Kouei,  déclarait  que  Wang,  dissimulé  et  têtu, 
créerait  des  difficultés  si  on  le  faisait  entrer  dans  le  minis- 
tère ;  renonçant  à  faire  venir  Wang  à  la  Cour,  Chen  Tsoung 
le  nomma  gouverneur  de  Kiang  Ning,  poste-qu'il  accepta 
au  grand  étonnement  de  tous  ceux  qui  le  croyaient  sérieu- 
sement malade. 

Tseng  Koung-leang  attribuant  les  propos  désobhgeants  de 
Wou  Kouei  aux  renseignements  de  Han  K'i,  desservit  ce 
dernier  en  toutes  occasions;  quoique  fort  aimé  de  l'empe- 
reur, Han  K'i,  redoutant  une  disgrâce  causée  par  ses  enne- 
mis, demanda  sa  mise  à  la  retraite;  à  grand  regret,  l'empe- 
reur céda  à  ses  désirs  et  le  nomma  gouverneur  de  Siang 
Tcheou;  il  le  consulta  même  au  sujet  de  Wang  Ngan-che  ; 
Han  K'i  répondit  que  celui-ci  pouvait  rendre  des  services 
aux  Han  Lin,  mais  conseilla  de  ne  pas  lui  confier  les  affaires 
de  l'État  (1067). 

A  la  10^  lune  de  1067,  Wei  Ming-chan  qui  faisait  sa 


I08  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

résidence  à  Souei  Tcheou  (Souei  Te  Tcheou,  district  de 
Yen  Ngan  fou  du  Chen  Si),  dépendant  des  Hia,  fit  sa  sou- 
mission à  l'empereur  ainsi  que  son  frère  Wei  Yi-chan, 
gouverneur  de  Tsing  Kien.  Tchoung  Wou  qui  avait  reçu 
leur  soumission  fit  construire  une  ville  pour  défendre  ces 
nouvelles  positions,  et  les  Hia  l'ayant  attaqué  il  les  repoussa. 
Le  roi  des  Hia,  Li  Leang-tsou,  qui  avait  adopté  les  mœurs 
chinoises,  surprit  à  la  onzième  lune  les  troupes  de  Pao 
Ngan,  commandées  par  Yang  Ting  qu'il  tua.  Mais  ce  prince 
mourut  le  mois  suivant  et  fut  remplacé  par  son  fils  Li  Ping- 
tch'ang.  Celui-ci  rejetant  sur  Tchoung  Wou  l'odieux  de 
la  mort  du  malheureux  Yang  Ting,  demanda  l'investiture 
à  l'empereur  qui  la  lui  accorda. 

Malgré  les  rapports  défavorables,  Chen  Tsoung  appela 
à  la  Cour  Wang  Ngan-che  en  1068.  Un  jour  que  l'empe- 
reur, devant  lui,  attribuait  la  grandeur  de  T'ang  T'ai  Tsoung 
à  son  ministre  Wei  Tcheng  et  le  bonheur  de  Han  Tchao 
Liei-wang  à  Tchou-kouo  Leang,  Wang  Ngan-che  répondit 
que  ce  n'était  pas  ces  personnages  que  l'on  devait  prendre 
pour  modèles  mais  bien  les  empereurs  Yao  et  Chouen  et  les 
ministres  Kao  Yao,  K'oueï,  Heou  Tsi  et  Sieï  et  l'empereur 
Kao  Tsoung  des  Chang  avec  Fou  Yueï  1. 

A  la  deuxième  lune  de  1069,  Fou  Pié,  qui  avait  conclu  la 
paix  avec  les  K'i  Tan  (1042)  fut  retenu  à  la  Cour  par  l'em- 
pereur qui  le  fit  ministre  d'État.  Wang  Ngan-che  blâmait 
l'empereur  de  sa  sobriété  et  des  privations  qu'il  s'imposait 
pour  conjurer  les  effets  des  tremblements  de  terre,  disant, 
à  la  grande  indignation  de  Fou  Pié,  «  que  les  malheurs  qui 
arrivent  sur  la  terre  étaient  des  choses  arrêtées,  qui  par- 
taient d'une  cause  également  aveugle  et  nécessitée,  sans 
aucune  liaison  avec  le  mal  ou  le  bien  qui  arrivent  aux 
hommes,  et  qu'il  ne  fallait  pas  s'en  affliger  2.  «  Malgré 
l'opposition,  Chen  Tsoung,  séduit  par  l'éloquence  du  per- 
sonnage, éleva  au  rang  de  ministre  Wang  Ngan-che  qui 
déclara  qu'il  allait  modifier  les  anciennes  coutumes  et,  pour 
commencer,  il  rétablit  les  tribunaux  établis  par  les  Tcheou 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  261. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  262. 


LES   SOUNG  109 

sur  \es  marchés  pour  fixer  le  prix  des  marchandises  et  en 
tirer  un  profit  porté  au  trésor  de  l'État.  Il  réussit  à  écarter 
Licou  Houei  qui  l'avait  dénoncé  à  l'empereur  et,  se  croyant 
absolument  maître  de  la  situation,  il  promulgua  le  règlement 
suivant  Tchen  Son  Fa  (1069)  : 

«  Pour  soulager  le  peuple  dans  ses  besoins  et  le  mettre  en 
état  de  ne  pas  laisser  ses  terres  incultes,  il  fit  voir  la  néces- 
sité d'établir  à  la  Cour  un  tribunal  auquel  les  officiers, 
répandus  dans  les  différents  départements,  rendraient 
compte  des  terres  demeurées  incultes  à  cause  de  l'extrême 
indigence  des  cultivateurs,  afin  qu'on  pût  leur  fournir  au 
printemps  les  grains  nécessaires  pour  les  ensemencer,  et 
que  ces  grains,  tirés  des  magasins  publics,  y  rentreraient 
en  automne  avec  un  léger  intérêt;  que  par  ce  règlement, 
toutes  les  terres  labourables,  mises  en  valeur,  répandraient 
l'abondance  parmi  le  peuple  et  accroîtraient  les  richesses 
de  l'empire;  que  le  même  tribunal  s'occuperait  à  mettre  de 
l'égalité  sur  toutes  les  terres  et  sur  toutes  les  marchandises 
suivant  les  récoltes  et  les  pays,  en  sorte  qu'on  ne  retirerait, 
pour  les  droits  de  l'empereur  et  les  frais  publics,  qu'à  pro- 
portion de  la  bonté  ou  de  la  médiocrité  des  récoltes,  et  de  la 
rareté  ou  de  la  quantité  des  marchandises;  il  prétendait 
par  là  rendre  le  commerce  plus  aisé  et  ne  pas  surcharger 
le  peuple,  sans  que  les  droits  de  l'empire  supportassent  de 
diminution.  »> 

«  Un  troisième  règlement  regardait  la  monnaie  dont  il 
voulut  fixer  la  valeur.  Un  tribunal,  établi  à  cet  effet,  devait 
avoir  soin  de  faire  battre  de  cette  monnaie,  toute  de  deniers, 
la  quantité  nécessaire  pour  qu'elle  restât  toujours  sur  le 
même  pied  1.  « 

Ce  règlement  fut  approuvé  par  l'empereur  au  grand 
étonnement  du  censeur  Fan  Chouen-jen  qui  prétendait 
que  Wang  Ngan-che  n'envisageait  que  son  propre  intérêt 
et  qui  conseillait  de  l'éloigner  de  la  Cour.  Fan  Chouen-jen 
donna  sa  démission  de  censeur  et  fut  d'abord  placé  à  la 
tête  du  Kouo  Tseii  kien,  puis,  sur  les  instances  de  Wang 
Ngan-che,   le   malencontreux  donneur  de  conseils  fut  en- 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  266. 


IIO  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

voyé  à  Hou  Tchoung  et  de  là  à  Ho  Tcheou  de  Nan  King  i. 
Wang  trouva  un  adversaire  redoutable  dans  le  célèbre 
Se-ma  Kouang,  né  vers  1018  dans  le  Chen  Si,  jadis  gou- 
verneur du  Ho  Nan,  devenu  censeur  et  secrétaire  historio- 
graphe de  l'empire,  qui,  s'appuyant  sur  les  traditions  du 
passé,  fit  de  vives  critiques  contre  les  nouveaux  règlements. 
Pendant  ce  temps,  le  premier  ministre  Fou  Pié  quittait 
la  Cour  pour  le  gouvernement  de  Po  Tcheou  et  fut  remplacé 
non  par  Wen  Yen-po  qu'il  avait  désigné  mais  par  Tchen 
Cheng-che  malgré  l'opposition  de  Se-ma  Kouang  (1069). 
l'opposition  contre  le  ministre  exécré  ne  désarmait  pas. 
A  la  deuxième  lune  de  1070,  Han  K'i,  gouverneur  du  Chan 
Si,  adressa  à  l'empereur  un  rapport  contre  les  nouveaux 
règlements,  faisant  ressortir  par  des  exemples  tout  le  mal 
qui  était  résulté  dans  sa  province  par  suite  du  prêt  des 
grains.  L'empereur,  frappé  de"  quelques-uns  de  ses  argu- 
ments, envoya  en  disgrâce  Wang  Ngan-che,  mais  au  bout 
de  quelques  jours  celui-ci  reprenait  toute  son  influence 
sur  le  faible  souverain.  Han  K'i,  écœuré,  abandonna  le 
gouvernement  du  Ho  Pe,  ne  gardant  que  celui  de  la  ville  de 
Tai  Ming  fou.  Un  grand  nombre  d'importants  fonction- 
naires mécontents  demandèrent  à  quitter  leurs  emplois. 
Un  certain  Tang  Kioung  que  Wang  Ngan-che  avait 
froissé  fit  un  véritable  réquisitoire  contre  lui  et  ses  créatures 
devant  l'empereur  (1072)  et  fut  envoyé  en  disgrâce  à 
Tchao  Tcheou.  A  la  6®  lune  de  1073,  mourait  à  l'âge  de  cin- 
quante-sept ans,  Tcheou  Tun-yi,  gouverneur  des  troupes 
de  Nan  Kang,  auquel  on  attribue  l'invention  du  T'aïKi, 
du  Yi  King^ . 

La  situation  intérieure  de  la  Chine  parut  aux  K'iang  et 
autres  peuples  voisins  de  la  Chine  une  occasion  propice 
pour  faire  de  fructueuses  incursions  dans  les  territoires 
de  l'empire  (1073).  On  envoya  Wang  Chao  avec  des  ren- 
forts pour  secourir  Tchang  Chouei-wo,  commandant  la 
région  contre  Moeul  et  Kichouei-pa,  chef  des  K'iang. 
«  Wang  Chao  passa  la  montagne  Tchou  niou  ling,  et  leur 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  268. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  277. 


LES   SOUNG  III 

tua  une  centaine  de  leurs  gens  ;  il  mit  le  feu  à  quantité 
de  tentes,  et  jeta  l'épouvante  dans  le  pays  qui  est  à  l'ouest 
de  Tao  Tcheou  du  Chen  Si.  ^  <> 

Mou  Tcheng  passa  le  Houang  Ho  pour  attaquer  Wang 
Chao,  tandis  que  Moeul  allait  garder  le  passage  de  Mo  Pan 
Chan,  mais  les  généraux  K'iang  furent  empêchés  d'opérer 
leur  jonction  par  une  manœuvre  de  King  Se-li  qui  opposa 
au  second  un  corps  d'armée  dans  la  région  de  Nang  Kia,  et 
par  un  autre  corps  d'armée  fit  attaquer  la  ville  Koung  Lin 
Tch'engqui  appartenait  à  Mou  Tcheng.  Wang  Chao,  avec 
son  armée  principale,  marcha  directement  sur  Wou  Cheng, 
au-devant  des  K'iang  qui  s'avançaient  à  sa  rencontre;  il 
les  défit  et  les  poursuivit  jusqu'à  leur  ville  de  Hia  Yo 
où  il  les  obligea  à  mettre  bas  les  armes.  Wang  Chao  jugea 
utile  de  créer  une  place  forte  dans  le  pays  de  Wou  Cheng 
pour  maintenir  les  K'iang.  Mou  Tchejig  ayant  été  battu  à 
Koung  Lin  Tch'eng,  Wang  Chao  se  rendit  à  Ho  Tcheou  où 
il  espérait  saisir  son  adversaire,  mais  il  n'y  rencontra  que  la 
femme  et  les  enfants  de  celui-ci  et  il  les  ût  prisonniers  (1073). 
Pendant  ce  temps,  les  K'iang  de  Hia  Yo  se  révoltèrent, 
obligeant  ainsi  Wang  Chao  de  marcher  contre  eux;  Mou 
Tcheng  s'empressa  de  profiter  de  l'absence  de  son  vainqueur 
pour  rentrer  dans  Ho  Tcheou. 

Wang  Chao  ayant  puni  les  rebelles,  s'empare  à  nouveau 
de  Ho  Tcheou;  les  K'iang  de T'ang Tcheou,  de  T'ao  Tcheou 
et  de  Tiei  Tcheou,  abandonnés  de  leurs  chefs,  font  leur  sou- 
mission à  l'empire.  Wang  Chao  «  ne  fut  que  cinquante-quatre 
jours  à  cette  expédition,  pendant  laquelle  il  fît  plus  de 
dix-huit  cents  li,  prit  cinq  tcheou  ou  départements,  tua  plu- 
sieurs mille  hommes  aux  ennemis,  et  leur  enleva  quelques 
dizaines  de  mille  bestiaux,  bœufs,  moutons  ou  chevaux;  il 
en  donna  avis  à  la  Cour,  où  il  retourna  après  avoir  remis  le 
commandement  des  troupes  et  la  garde  de  Ho  Tcheou  à 
King  Se-li.  -  »  Cependant  Mou  Tcheng  continuait  la  lutte; 
un  de  ses  généraux  défit  et  tua  King  Se-li  ;  mais  il  échoua 
devant  Min  Tcheou  et  fut  obligé  de  le\er  le  siège  de  Ho 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  279. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  280. 


112  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

Tcheou,  Wang  Chao  étant  revenu  avec  20,000  hommes 
et  ayant  rompu  toutes  communications  entre  Mou  Tcheng 
et  les  Hia  en  écrasant  la  tribu  Kieï  Ho  Tchouen  des  Si  Fan. 
Wang  Chao  se  mit  à  dévaster  le  pays,  et  Mou  Tcheng 
pour  éviter  la  ruine  de  toute  la  contrée,  se  rendit 
avec  quatre-vingts  chefs  à  son  ennemi  qui  l'envoya  à  la 
Cour  (1074). 

Une  sécheresse  de  huit  mois  fut  attribuée  par  l'empereur 
aux  nouveaux  règlements  de  Wang  Ngan-che  ;  la  situation 
lamentable  de  l'empire  fut  exposée  dans  une  série  de  pein- 
tures que  peignit  un  certain  Tcheng  Hia,  que  le  ministre 
avait  cru  mettre  dans  ses  intérêts  en  lui  octroyant  une  posi- 
tion dans  le  Kouang  Toung,  puis  en  le  préposant  au  com- 
mandement d'une  porte  du  palais,  sinécure  qui  laissait  au 
titulaire  le  loisir  de  se  livrer  à  ses  goûts  artistiques.  Ayant 
vu  ces  peintures,  l'empereur,  frappé,  dès  le  lendemain  cassa 
dix-huit  articles  des  règlements  et  le  jour  même  où  il  don- 
nait l'ordre  au  gouverneur  de  K'ai  Foung  d'en  afficher  la 
suppression,  une  pluie  bienfaisante  étant  tombée,  on  y  vit 
une  preuve  de  la  culpabilité  du  ministre.  Mais  \\'ang 
Ngan-che  ne  tarde  pas  à  reprendre  son  ascendant  sur  le 
faible  Chen  Tsoung  qui  se  repent  de  son  acte  d'énergie,  fait 
rétablir  les  articles  supprimés  des  règlements  et  jeter 
Tcheng  Hia  en  prison.  Une  intervention  de  l'impératrice 
mère  et  du  frère  cadet  de  l'empereur,  Tchao  Hao,  prince 
de  Ki,  eut  enfin  raison  de  Chen  Tsoung  qui  envoya,  avec  le 
titre  de  ministre,  Wang  Ngan-che  gouverner  la  ville  de 
Kiang  Ning  (1075)  ;  toutefois,  sur  sa  demande,  le  souverain 
qui  n'avait  pu  complètement  échapper  au  joug,  le  remplaça 
par  deux  de  ses  fidèles,  Han  Kiang  et  Lui  Houei-k'ing 
qui    conservèrent   les   règlements. 

Liu  Houei-k'ing,  originaire  de  Ts'iouen  Tcheou,  au  Fou 
Kien,  créature  de  Wang  Ngan-che,  ayant  atteint  le  but  de 
son  ambition,  travailla  contre  son  ancien  patron,  tandis  que 
Han  Kiang,  resté  fidèle  à  l'exilé,  le  prévint  de  ce  qui  se  tra- 
înait contre  lui  et  laissa  accumuler  les  affaires  afin  de  rendre 
sa  présence  indispensable;  c'est  en  effet  ce  qui  arriva  bien- 
tôt :  Wang  rappelé  par  Chen  Tsoung  revint  en  sept  jours  de 


LES   SOUNG  113 

Kiang  Ning  et  reprit  immédiatement  la  direction  de  l'admi- 
nistration. 

A  la  sixième  lune  (de  1075),  Wang  Xgan-ciie  <  offrit  à  Chen 
Tsoung  des  commentaires  qu'il  avait  faits  sur  le  Chou  King, 
le  Che  King  et  le  Tcheou  Li  ;  et,  comme  la  plupart  des  lettrés 
étaient  d'un  sentiment  contraire  au  sien  sur  l'interpréta- 
tion de  ces  livres,  il  obtint  de  ce  prince  un  ordre  adressé 
à  tous  les  mandarins  de  lettres  pour  qu'ils  eussent  à  s'en 
tenir  à  la  sienne.  Cette  édition,  dont  on  leur  envoya  des 
exemplaires,  était  intitulée  San  King  Sin  Yi,  c'est-à-dire 
nouvelle  explication  des  trois  King.  L'ordre  de  l'empereur 
fut  peu  suivi  d'abord;  mais  comme  le  ministre  n'admit 
aux  emplois  que  ceux  qui  s'y  conformaient  et  qui  ne  fai- 
saient aucun  usage  du  Tch'ouen  Ts'ieou  qu'il  avait  dégradé 
de  son  rang  de  King,  en  très  peu  de  temps  le  Satt  King  Sin 
Yi  eut  le  plus  grand  cours  ^  » 

Telle  était  la  puissance  de  Wang  Ngan-che  que  le  lettré 
Tchen  Siang,  originaire  de  Fou  Tcheou,  du  Fou  Kien,  qui 
lui  était  peu  favorable,  fut  exilé  à  Tchen  Tcheou  pour  une 
faute  légère  malgré  la  faveur  dont  il  jouissait  près  de  l'em- 
pereur (1075).  A  la  onzième  lune  de  1075,  LiEOU  Yi,  qui 
commandait  les  troupes  sur  la  frontière  des  Kiao  Tche, 
interdit  aux  Chinois  toute  communication  avec  ces  derniers 
qu'il  imagina  de  faire  attaquer  par  de  jeunes  soldats  mal 
exercés.  Le  roi  d'Annam  était  alors  Ly-nhôn-tông,  quatrième 
roi  de  la  dynastie  de  Ly  (1072-1128)  ;  il  ordonna  à  ses  géné- 
raux Ly  thu'o'ng  et  Tông  Dang  d'envahir  la  Chine  :  trois 
corps  d'armée  annamites  marchèrent  par  Kouang  Fou,  Kin" 
Tcheou  et  K'ouen  louen  kouan,  s'emparèrent  de  Kin 
Tcheou  et  de  Lien  Tcheou,  puis  entreprirent  le  siège  de 
Young  Tcheou:  après  un  siège  de  quarante  jours,  le  gou- 
verneur se  suicida,  la  ville  fut  emportée  d'assaut  et  58,000 
Chinois  furent  massacrés  ;  dans  cette  guerre  plus  de  100,000 
Chinois  périrent  ou  furent  faits  prisonniers.  Les  Kiao  Tche, 
après  la  prise  de  Lien  Tcheou,  avaient  envoyé  à  Wang 
Ngan-che,  que  les  Annamites  appellent  Vu'o'ng-an-thach, 
un  manifeste  «  dans  lequel  ils  disaient  que  les  nouveaux 

I.  Mailla,  /.  c,  pp.  284-285. 


114  HISTOIRE   GENERALE    DE    LA    CHINE 

règlements  de  ce  ministre  avaient  réduit  les  peuples  à  la 
dernière  misère,  et  qu'ils  n'avaient  pris  les  armes  que  dans 
la  vue  de  venir  à  leur  secours,  et  de  les  tirer  de  la  cruelle 
tyrannie  sous  laquelle  ils  gémissaient,  i  « 

Wang  furieux  fit  réunir  une  armée  de  870,000  hommes, 
commandés  par  les  généraux  Tchao  Sieï  et  Kouo  K'ouei 
(Ouâch-qui)  auxquels  devaient  se  joindre  des  contingents 
du  Tchampa  (Tchen  Tching)  et  du  Cambodge  (Tchen  La) . 

Suivant  les  Annamites  ^  :  «  Quâch-qùi  fut  contraint  de 
battre  en  retraite  et  alla  camper  dans  la  pro\  ince  de  Ouâng 
Nguyen,  sur  la  frontière.  Cependant,  il  importait  de  ne  pas 
laisser  l'ennemi  s'établir  dans  une  position  menaçante;  ,Ly 
thu'o'ng  kiêt  résolut  de  l'attaquer.  Mais  craignant  que  le 
nombre  ne  fit  reculer  ses  soldats,  il  introduisit  adroitement 
sous  l'autel  de  la  pagode  élevée  en  l'honneur  de  Tru'o'ng- 
tu'o'ng-quân,  un  de  ses  confidents  qui,  la  nuit  venue,  fit 
entendre  des  oracles  annonçant  le  triomphe  de  l'armée 
annamite.  La  nouvelle  du  prodige  se  répandit  dans  l'armée, 
le  miracle  doubla  son  courage,  elle  courut  à  l'ennemi,  le 
culbuta  et  mit  en  fuite  les  trois  armées  chinoise,  ciampoise 
et  cambodgienne. 

Toutefois,  Ly-thu'o'ng-kiêt  ne  put  parvenir  à  chasser 
l'ennemi  de  la  province  de  Quâng  Nguyen,  et  on  campa 
de  part  et  d'autre,  sans  s'attaquer  de  nouveau,  et  les  armées 
ennemies  passèrent  plusieurs  mois  à  s'observer. 

Dans  ce  temps,  le  général  Quâch-qùi  mourut  emporté 
par  la  fièvre  des  bois.  Sur  ces  entrefaites,  le  roi  d'Annam  fit 
renvoyer  à  l'empereur  de  Chine  1000  prisonniers  de  guerre 
qu'on  avait  tatoués  au  visage  de  caractères  injurieux  pour 
la  nation  chinoise.  L'empereur  fut  fort  sensible  à  cet  ou- 
trage, mais  il  ne  put  que  le  subir  et,  feignit  de  considérer 
cette  restitution  de  prisonniers  comme  une  avance  de  la 
Cour  d'Annam.  En  conséquence,  il  fit  évacuer  les  terri- 
toires que  ses  troupes  occupaient  encore  sur  la  frontière 
annamite  et  restitua  au  gouvernement  d'Annam  la  riche 
province  aurifère  de  Ouâng  Nguyen.  » 

1.  Mailla,  /.  c,  p.  287. 

2.  Tru'o'ng-vinh  Ky,  Cours  d'histoire  annamite,  I,  pp.  62-4. 


LES   SOUNG  115 

Joute  autre  est  la  version  chinoise  :  «  Le  général  Kouo 
K'oueiindiquale  rendez-vous  général  deses  troupes  à  Tchang 
Tcha,  d'où  il  fit  divers  détachements  pour  aller  reprendre 
Young  Tcheou  et  Lien  Tcheou;  ensuite  il  marcha  avec  le 
gros  de  l'armée  du  côté  de  l'ouest;  lorsqu'il  fut  à  Fou  leang 
kiang  (Fleuve  Rouge),  il  apprit  que  les  ennemis  venaient 
au-devant  de  lui  sur  des  barques.  Ce  général  cliinois  et  son 
collègue  Tchao  Sieï  les  reçurent  avec  tant  de  valeur,  qu'ils 
coulèrent  à  fond  une  partie  de  ces  barques,  et  tuèrent  plu- 
sieurs mille  de  leurs  gens,  entre  autres,  le  prince  héritier 
de  KiaoTche;  ce  malheur  obligea  Li  Kien,  leur  roi,  de  de- 
mander la  paix. 

«  Les  généraux  chinois  reçurent  sa  soumission  à  la  dou- 
zième lune,  et  suspendirent  toutes  hostilités,  à  condition 
qu'il  céderait  à  la  Chine  Kouang  Youen  Tcheou,  Men 
Tcheou,  Se  Lang  Tcheou,  Sou  Meou  Tcheou  et  Kouang 
Lang  Hien.  Le  roi  de  Kiao  Tche  passa  sur  toutes  ces  condi- 
tions, faute  de  savoir  l'état  de  l'armée  impériale,  qui,  de 
80,000  hommes  effectifs  dont  elle  était  composée,  se  trou- 
vait réduite,  par  les  maladies  pestilentielles,  à  beaucoup 
moins  de  la  moitié  :  cette  guerre  fut  beaucoup  plus  avan- 
tageuse aux  Chinois  qu'ils  n'avaient  sujet  de  l'espérer  ^  ». 

Ce  qui  ne  semble  pas  une  preuve  de  la  victoire  chinoise, 
c'est  que  les  Leao,  profitant  des  circonstances,  réclamèrent 
les  villes  qui  leur  avaient  été  enlevées  par  l'empereur 
Tche  Tsoung  des  Tcheou  postérieurs.  Wang  Ngan-che, 
consulté  par  Chen  Tsoung,  donna  le  conseil,  par 
crainte  d'une  guerre  nouvelle  qui  aurait  augmenté  son 
impopularité,  de  céder  aux  Leao.  On  eut  la  faiblesse  de 
l'écouter.  C'est  à  la  9^  lune  de  1078,  que  Chen  Tsoung,  sur 
la  demande  des  Kiao  Tche,  leur  restitua  les  \illes  prises  par 
Kouo  K'ouei  et  Tchao  Sieï,  dans  la  crainte  d'une  nouvelle 
guerre. 

D'ailleurs  le  crédit  de  Wang  Ngan-che,  depuis  l'affaire 
des  Kiao  Tche,  avait  singuhèrement  diminué;  son  frère 
même,  Wang  Ngan-kouo,  après  un  voyage  dans  les  pro- 
vinces, interrogé  par  l'em^pereur,  lui  déclara  que  le  peuple 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  288. 


Il6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE  ■ 

n'appréciait  nullement  les  beautés  des  nouveaux  règle- 
ments. Wang  Ngan-che  était  trop  intelligent  pour  ne  pas 
s'apercevoir  du  changement  des  sentiments  du  souverain 
à  son  égard;  il  voulut  aller  au-devant  d'une  disgrâce  et 
demanda  sa  mise  à  la  retraite,  sous  prétexte  de  la  douleur 
que  lui  causait  la  perte  de  son  fils  aîné.  L'einpereur  lui 
donna  le  gouvernement  de  Kiang  Ning,  puis  l'envoya 
dans  un  poste  inférieur.  Humilié,  Wang  Ngan-che  se  retira 
à  Kin  Ling.  Il  mourut  quelques  années  plus  tard,  à  la 
quatrième  lune  de  1086. 

«  Entre  les  idées  sociahstes  de  Wang  Ngan-che,  le  grand 
réformateur  asiatique,  et  celle  des  niveleurs  du  xix®  siècle 
(nihilistes  russes),  l'analogie  est  frappante;  mais  le  réfor- 
mateur chinois  a  pour  lui  l'avantage  d'être  plus  clair,  plus 
logique,  et  d'avoir  su  passer,  légalement  et  par  la  seule  force 
de  son  génie,  du  domaine  de  la  théorie  à  celui  de  la  pra- 
tique 1.  )) 

L'empereur,  profitant  des  circonstances  se  débarrassa 
de  tous  ses  ministres  et  il  remplaça  Han  Kiang  et  Liu 
Houeï-king  envoyés  en  province,  par  Wou  Tchoung,  Wang 
Kouo  et  Foung  King  (1076).  Plus  tard  on  rappella  Se-ma 
Kouang,  Liu  Koung-tchu,  Han  Wei,  Sou  Soung  et  d'autres 
victimes  du  régime  inauguré  par  Wang 'Ngan-che. 

A  la  dixième  lune  de  107g,  l'impératrice  mère  Tsao  Che 
mourut;  elle  aimait  tendrement  son  fils  Chen  Tsoung 
auquel  elle  prodiguait  les  conseils  qu'il  écoutait  respectueu- 
sement ;  c'est  elle  qui  le  dissuada  d'entreprendre  une  guerre 
pour  chasser  les  Leao  au-delà  de  la  Grande  Muraille. 

Deux  ans  plus  tard,  à  la  cinquième  lune  de  1081,  sur  le 
conseil  de  Yu  Tchoung,  gouverneur  de  King  Tcheou 
(Chen  Si),  qui  s'inquiétait  des  menées  des  Hia,  et  contre 
l'avis  de  Sun  Kou,  l'empereur  décida  la  création  de  cinq 
corps  d'armée.  La  guerre  fut  en  effet  commencée  contre  les 
Hia  (1081)  mais  ceux-ci  se  tinrent  sur  la  défensive,  dévas- 
tèrent le  pays  et  forcèrent  ainsi  les  Chinois  à  la  retraite 
après  avoir  laissé  un  riche  butin  entre  les  mains  de  leurs 
ennemis. 

I.  C.  DE  Varigny,  Revue  des  Deux-Mondes,  15  février  1880. 


LES   SOUNG  -117 

Le  dénombrement  de  l'empire  fait  à  la  douzième  lune 
(  1083)  donna  les  résultats  suivants  :  «  La  Chine  était  alors  divi- 
sée en  23  ^ao  ou  chemins,  savoir:  celui  du  pays  de  la  Cour  de 
l'est,  divisé  en  occidental  et  en  oriental;  celui  de  la  Cour  de 
l'ouest,  divisé  en  occidental  et  en  septentrional;  du  Ho  Pe 
oriental  et  du  Ho  Pe  occidental  ;  des  provinces  de  Hiounf^ 
Hing,  de  Tsin  Foung,  de  Ho  Toung,  de  Houaï  Nan  orien- 
tal, et  de  Houaï  Nan  occidental;  du  Tche  Kiang  oriental  et 
du  Tche  Kiang  occidental,  du  Kiang  Nan  oriental  et  du 
Kiang  Nan  occidental  ;  du  King  Hou  méridional  et  du  King 
Hou  septentrional;  de  Tseu  Tcheou,  de  Tch'eng  Tou,  de  Li 
Tcheou,  de  Kouei  Tcheou,  du  Fou  Kien,  du  Kouang  Nan 
oriental  et  du  Kouang  Nan  occidental.  A  l'est  et  au  sud 
elle  était  bornée  par  la  mer;  à  l'ouest  elle  s'étendait 
jusqu'au  pays  de  Pa  Pe,  et  au  nord  jusqu'aux  trois  Kouan 
ou  forteresses;  est -ouest,  elle  avait  6,485  li  d'étendue,  et 
nord-sud  11,620  li;  elle  comptait  17,211,713  familles  payant 
tribut,  au  lieu  que  suivant  le  dénombrement  qui  avait  été 
fait  en  l'an  1014,  elle  n'en  comptait  que  9,955,729,  c'est-à- 
dire  que  le  dernier  dénombrement  excédait  le  premier  de 
près  de  la  moitié  ^  » 

En  1085,  à  la  première  lune,  Chen  Tsoung  tomba  malade, 
et  son  état  empirant  il  désigna  son  fîls  Tchao  Young  pour 
son  héritier;  il  mourut  à  la  3^  lune,  dans  la  38^  année  de 
son  âge  et  la  18^  de  son  règne. 

«  Chen  Tsoung  était  un  excellent  prince,  rempli  de  respect 
pour  ses  parents  et  ses  princes,  et  de  bonté  pour  ses  frères  et 
ses  sujets  ;  craintif,  doux,  sans  orgueil  et  sans  faste,  il  honorait 
ses  ministres  et  ses  officiers  ;  il  fuyait  les  plaisirs,  la  prome- 
nade et  la  débauche,  et  n'aspirait  qu'à  procurer  à  ses 
peuples  une  paix  solide  et  constante  ^  »  Chen  Tsoung 
pouvait  être  paré  de  toutes  les  vertus  domestiques,  mais 
l'historien  dira  qu'il  fut  un  souverain  imbécile,  jouet  d'un 
ministre  ambitieux  et  sans  scrupules. 

L'empereur  Tche  Tsoung,  l'ancien  prince  Tchao  Young,   Tche  Tsoi; 
était  le  sixième  fils  de  l'empereur  Chen  Tsoung  et  de  la 

1.  Maill.\,  pp.  301-302. 

2.  Mailla,  p.  304. 


Il8-  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

princesse  Te  Fei  que  l'impératrice  régente,  qui  n'avait  pas 
eu  d'enfants,  fit  reconnaître  comme  impératrice  ;  la  régente 
se  montra  à  la  hauteur  de  la  situation  et  répara  les  malheurs 
de  l'administration  précédente;  agissant  avec  fermeté, 
dirigeant  les  affaires  avec  habileté,  elle  fit  rentrer  dans  son 
conseil  privé  l'illustre  Se-ma  Kouang  qui,  depuis  quinze 
ans,  \-ivait  au  pays  de  Lo  Yang,  et  Liu  Koung-tchu  ainsi  que 
Tch'eng  Yi,  frère  du  savant  Tch'eng  Hao.  xA.  la  cinquième 
lune  de  1086,  elle  retint  aussi  pour  le  ministère  Han  Wei, 
venu  de  son  gouvernement  pour  les  funérailles  de  l'empe- 
reur. Wang  Ngan-che  venait  justement  de  mourir,  il  n'eut 
pas  le  chagrin  de  voir  anéantir  son  œuvre  néfaste. 

Li  Ping-tchang,  roi  des  Hia,  mourut  la  même  année  à  la 
septième  lune  :  Se-ma  Kouang  fit  régler  immédiatement 
les  questions  pendantes  entre  les  deux  empires  et  remettre 
des  lettres  patentes  à  Kien  Chouen,  fils  du  souverain  défunt  ; 
ce  fut  le  dernier  service  que  rendit  Se-ma  Kouang  ;  ce  sage 
ministre  avait  changé  tous  les  fonctionnaires  de  Wang 
Ngan-che,  rétabli  l'empire  sur  son  ancien  pied,  rendu  la 
paix  au  peuple;  il  mourut  à  la  neuvième  lune  de  1086, 
âgé  de  soixante-huit  ans  ;  il  n'avait  d'ennemis  que  les 
taoïstes  et  les  bouddhistes  ;  par  son  caractère  concihant,  il 
s'était  fait  aimer  de  tous  ;  son  corps  fut  transporté  de  K'aï 
Foung  dans  son  pavs  de    Chen  Tcheou  pour  y  être  enterré. 

En  1087,  Liu  Koung-tchu  fit  promulguer  un  décret 
pour  qu'à  l'avenir  on  s'en  tînt  pour  les  examens  à  la 
doctrine  des  King  et  il  défendit  que  l'on  se  servit  du  diction- 
naire publié  sous  le  nom  de  Wang  Ngan-che.  Se  sentant 
fatigué,  âgé,  à  la  quatrième  lune  de  1088,  cet  excellent 
ministre  désira  de  prendre  sa  retraite,  mais  l'impératrice 
refusa  de  le  laisser  quitter  le  palais.  L'ancien  adversaire 
de  Wang  Ngan-che  ne  devait  survivre  que  fort  peu  de 
temps  à  cette  nouvelle  marque  de  faveur;  sans  avoir  été 
malade,  il  mourut  à  la  deuxième  lune  de  1089,  âgé  de 
soixante-douze  ans. 

A  la  deuxième  lune  de  1090,  le  nouveau  roi  de  Hia,  en 
renvoyant  149  prisonniers  chinois,  officiers  et  soldats, 
demanda  qu'on  lui  restituât  les  villes  de  guerre  de  MiTche, 


LES    SOUNG  119 

Kia  Lou,  Feoii  Ton  et  Ngan  Kiang  (de  King  Yang  fou, 
dans  le  Chen  Si),  menaçant,  si  on  les  lui  refusait,  de  les 
prendre  de  force;  pour  éviter  la  guerre,  la  régente  les  leur 
fît  rendre,  ce  qui  n'augmenta  pas  le  prestige  des  Chinois 
aux  yeux  des  Tartares.  •  La  majorité  de  l'empereur  appro- 
chant, l'impératrice  lui  fit  épouser,  en  1092,  une  jeune  hlle 
de  seize  ans,  fille  de  Moung  Youen,  officier  de  cavalerie, 
dont  on  disait  le  plus  grand  bien;  l'année  suivante  (9^  lune, 
1093),  mourait  l'impératrice  régente,  qui,  par  sa  volonté, 
ses  grandes  qualités  d'administrateur,  sut  maintenir  la 
paix  dans  l'empire,  se  faire  respecter,  rétablir  l'ordre 
troublé  par  Wang  Ngan-che  ;  ses  mérites  l'ont  fait  comparer 
aux  sages  empereurs  Yao  et  Chouen.  Son  œuvre  ne  devait 
pas  lui  survivre  :  son  fils  faible  et  incapable,  en  prenant  les 
rênes  du  gouvernement,  renouvelant  des  errements  fatals 
à  certains  de  ses  prédécesseurs,  eut  la  fâcheuse  idée  de  faire 
revenir  au  palais  dix  eunuques  dont  l'un  d'eux,  Lieou 
Youen,  avait  été  chassé  par  l'impératrice  régente  à  cause 
de  son  génie  de  l'intrigue.  De  concert  avec  Liu  Ta-fang, 
ils  firent  rappeler  Tchang  Tun  et  Liu  Houei-king,  tandis 
que  Fan  Tsou-yu  qui  leur  était  hostile  se  retira  éloigné  de 
la  Cour  comme  gouverneur  de  Tchen  Tcheou  ;  libres  d'agir, 
ils  firent  rétablir  l'état  de  choses  qui  régnait  sous  Chen 
Tsoung;  ils  poussèrent  l'audace  jusqu'à  demander  qu'on 
jetât  à  la  voirie  les  corps  de  Se-ma  Kouang  et  de  Liu 
Koung-tchu  ;  c'était  pousser  trop  loin  leur  désir  de  ven- 
geance :  l'empereur  s'opposa  à  leur  projet,  mais  ce  souve- 
rain faible  consentit  que  l'on  supprimât  les  honneurs 
posthumes  rendus  à  ces  illustres  serviteurs  de  sa  dynastie. 

Par  suite  d'une  intrigue  de  Cour  à  laquelle  fût  mêlé  le 
ministre  Tchang  Tun,  l'empereur  amoureux  d'une  fille 
du  palais,  Lieou  Tsieï-yu,  répudia  l'impératrice  Moung  Che, 
à  la  neuvième  lune  de  1096. 

La  faiblesse  du  gouvernement  chinois,  enhardissant  les 
Hia,  à  la  dixième  lune  de  1096,  leur  roi  Li  Kien-chun 
pénétra  avec  une  grande  armée  dans  le  pays  de  You  Tcheou 
et  s'empara  de  la  forteresse  de  Kin  ming  tchaï,  défendue, 

I.  Mailla,  VIII,  p.  313. 


120  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

avec  une  faible  garnison  par  le  brave  Tchang  Yu  qui  se  fit 
tuer  ;  la  place  dut  se  rendre  et  des  2800  hommes  composant 
la  garnison,  cinq  seulement  échappèrent;  après  ce  succès 
Li  Kien-chun  retourna  dans  son  pays.  Pour  arrêter  les 
trop  fréquentes  incursions  des  Hià,  Tchang  Tsiei,  com- 
mandant de  Wei  Tcheou,  fit  construire  en  1097,  sur  les 
bords  de  la  rivière  Hou  Lou,  la  ville  de  Ping  Hia  (terri- 
toire de  Tchen  Youen  bien  de  Ping  Leang  fou)  ;  les  Hia 
tentèrent  vainement  de  faire  opposition  à  la  construction 
de  la  nouvelle  forteresse  :  ils  se  firent  battre  et  le  travail 
fut  terminé. 

Continuant  à  chercher  la  destruction  de  l'œuvre  de  ses 
prédécesseurs,  encouragé  par  la  faiblesse  du  misérable  Tche 
Tsoung,  Tchang  Tun  fit  proscrire  les  familles  ainsi  que  les 
amis  des  anciens  ministres  des  Soung,  tels  que  Han  Wei, 
Fan  Tsou-yu,  Se-ma  Kouang,  Liu  Koung-tchu;  deux  des 
créatures  de  Tchang  Tun,  Siouei  Nang  et  Lin  Tseu  pous- 
sèrent leur  zèle  criminel  jusqu'à  réclamer  la  suppression 
de  la  grande  histoire  Tseu  tche  t'oung  kien,  rédigée  par  Se-ma 
Kouang  et  Fan  TSOU-37U,  mais,  indigné,  l'un  des  ministres, 
Tchen  Kouan,  ayant  fait  remarquer  que  la  préface  de  cet 
ouvrage  était  l'œuvre  de  l'empereur  Chen  Tsoung  lui- 
même,  on  renonça  à  ce  dessein  sacrilège.  Les  conspirateurs 
essayèrent  de  mettre  à  profit  une  découverte  fortuite  pour 
poursuivre  leur  œuvre  criminelle  : 

«  L'an  1098,  à  la  première  lune,  un  certain  Touan  Yi, 
originaire  de  Kien  Yang,  et  homme  du  peuple,  s'étant 
venu  fixer  dans  un  village  du  Ho  Nan,  appelé  Lieou  Yin- 
tsun,  trouva  dans  les  fondations  d'une  maison  qu'il  fit 
rebâtir  un  grand  cachet  antique,  sur  lequel  étaient  gravés 
ces  huit  caractères  :  Cheou  ming  yu  tien,  Ki  cheou  young 
tchang,  qui  veulent  dire  :  j'ai  reçu  le  trône  du  ciel,  ma  vie 
sera  heureuse  et  durera  toujours.  Cet  homme  vint  à  la  Ccur, 
et  l'offrit  à  l'empereur,  qui  le  donna  à  examiner  à  Ts'ai  King, 
ainsi  qu'à  plusieurs  autres  curieux  d'antiquités.  Ils  tom- 
bèrent tous  d'accord,  que  c'était  le  sceau  de  la  dynastie  de 
Ts'in  Che  Houang  Ti,  et  par  conséquent  un  bijou  précieux^.» 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  322. 


LES    SOUNG  121 

Tchang  Tun  et  le  ministre  Ts'ai  Pien,  loin  d'être  calmés 
par  leurs  échecs  répétés  pour  déconsidérer  leurs  devanciers 
osèrent, à  la  troisième  lune  de  1098,  demander  que  la  grande 
impératrice  régente,  à  laquelle  la  Chine  avait  dû  le  rétablis- 
sement de  l'ordre  et  Tche  ïsoung  son  trône,  fût  déchue  de 
tous  ses  honneurs  posthumes  et  qu'elle  fût  réduite  à  l'état 
de  peuple,  afin  de  rendre  sa  mémoire  odieuse  à  la  postérité. 
Justement  indignée,  l'impératrice,  mère  de  l'empereur, 
protesta  violemment  contre  le  placet  adressé  au  souverain 
qui  le  brûla;  nullement  découragés  par  cet  accueil,  les  deux 
misérables,  dès  le  lendemain,  présentaient  un  nouveau 
placet  qui  n'eut  pas  un  meilleur  sort  que  le  précédent  et 
qui  excita  la  colère  de  Tche  Tsoung;  ils  ne  recommen- 
cèrent plus. 

Cepend'ant  les  Hia,  toujours  inquiets  de  la  place  forte 
de  Ping  Hia,  avaient  formé  le  projet  de  l'enlever;  on  apprit 
leur  dessein  à  la  troisième  lune  de  1098,  mais  lorsqu'ils 
tentèrent  le  siège  de  la  ville,  ils  furent  surpris  par  Tchang 
Tsieï  qui  leur  tua  un  grand  nombre  de  soldats  et  captura 
deux  de  leurs  principaux  chefs,  Wei  Ming-amay  et  Meï  le  tou 
pou.  Les  Hia  demandèrent  du  secours  aux  Leao  qui  le 
refusèrent,  mais  promirent  d'intervenir  en  leur  faveur, 
s'ils  cessaient  leurs  incursions  en  Chine.  Ils  envoyèrent  en 
effet  une  ambassade  à  Tche  Tsoung  qui  déclara  qu'il  était 
désireux  de  vivre  en  paix  avec  ses  voisins,  et  que  si  les  Hia 
restaient  tranquilles,  ils  ne  seraient  pas  attaqués.  Rensei- 
gnés par  les  Leao  sur  les  intentions  de  l'empereur,  les  Hia 
lui  envoyèrent  deux  officiers  pour  présenter  leurs  excuses 
des  fautes  passées  et  demander  la  paix  qui  leur  fut  immé- 
diatement accordée;  en  conséquence  on  vit  renaître  le 
calme  sur  cette  frontière  de  la  Chine. 

D'autre  part,  les  T'ou  Fan  donnaient  aux  Chinois  des 
sujets  d'inquiétude  :  une  série  de  chefs  avaient,  depuis  le 
commencement  du  xi^  siècle,  remplacé  les  anciens  Tsan 
P'ou;  l'un  d'eux.  Ko  Sou  Lou,  résidait  en  1015  à  Tsoung 
ko  tcheng,  et  se  signalait  par  ses  incursions  en  Chine  ;  son 
fils  Toung  Tchen  lui  succéda  en  1065,  et  il  fut  lui-même 
remplacé  en  1086  par  son  fils  adoptif  Ho  li  ko  ;  Hia  Tcheng, 


122  HISTOIRE   GENERALE    DE    LA   CHINE     , 

fils  et  successeur  de  ce  dernier  (1095),  excita  la  haine  de  ses 
sujets  par  ses  cruautés,  et  l'un  de  ses  officiers,  Sin  meoukin 
tchen  entreprit  de  le  détrôner  en  faveur  de  son  oncle  Sou 
nan  tang  cheng,  mais  la  conspiration  ayant  été  découverte, 
le  tyran  fit  périr  le  prétendant  et  ses  partisans  :  «  il  n'y  eut 
que  Tsien  lo  ki  qui  échappa  par  la  fuite,  emmenant  avec 
lui  Tcho  tsa,  fils  de  Ki  pa  wen,  parent  éloigné  de  la  famille 
de  Hia  Tcheng;  il  alla  se  saisir  de  la  ville  de  Ki  kou  tch'eng. 
Le  roi  des  T'ou  Fan  l'y  poursuivit,  et  l'ayant  forcé,  il  fit 
mourir  Tcho  tsa  qui  était  tombé  entre  ses  mains  ;  Tsien  lo  ki 
fut  assez  heureux  pour  se  sauver;  il  se  retira  à  Ho  Tcheou 
auprès  de  Wang  Chan,  gouverneur  pour  l'empereur,  à  qui 
il  proposa  des  moyens  de  le  rendre  maître  du  pays  de  Tsing 
Tang  sans  beaucoup  de  peine.  Wang  Chan  en  écrivit  à  la 
Cour,  et  dès  qu'il  en  eut  reçu  la  réponse,  il  s'avança  à  la 
tête  de  ses  troupes  du  côté  de  la  ville  de  Mou  Tchuen,  qui 
se  donna  à  lui,  et  dans  laquelle  il  se  tint  lui-même  pour  voir 
si  le  roi  des  T'ou  Fan  ne  s'aviserait  point  de  venir  l'y  atta- 
quer; mais  ce  prince  n'était  pas  en  état  de  le  faire;  il  s'était 
rendu  si  odieux  à  ses  sujets  qu'ils  l'avaient  abandonné  pres- 
que tous;  il  vint  se  donner  lui-même  à  Wang  Chan,  à  qui 
il  offrit  le  pays  de  Tsing  Tang.  L'empereur  y  envoya  Hou 
Tsoung-houei  en  quafité  de  gouverneur,  et  Wang  Chan 
s'en  revint  1  »  (1099).  Deguignes,  Huns,  I,  nous  dit  que  Hia 
Tcheng  fut  obhgé  de  se  faire  lama,  que  plusieurs  de  ses 
sujets  se  disputèrent  l'empire,  et  qu'en  l'an  1125,  les  Tibé- 
tains se  soumirent  aux  empereurs  de  la  Chine  . 

En  vain  Sin  meou  kin  tchen,  profitant  de  l'absence  de 
Wang  Chan,  essaya-t-il  de  faire  reconnaître  Lou  Tsa,  fils  de 
Mou  Tcheng,  à  la  place  de  Hia  Tcheng;  à  diverses  reprises 
il  fut  battu  et  finalement  obligé  de  faire  sa  soumission  à 
Wang  Chan  auquel  l'empereur  donna  le  gouvernement  de 
Tsing  Tang  qui  fut  appelé  Chen  Tcheou;  Wang  Heou  fut 
nommé  gouverneur  de  Mou  Tchuen  dont  le  nom  fut  changé 
en  celui  Je  Houang  Tcheou  (1099). 

A  la  huitième  lune  de  cette  année  1099,  Lieou  Tsieï-yu 
eut  un  fils.  Cette  femme  «  était  d'une  condition  ordinaire; 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  325-6. 


LES    SOUNG  123 

mais  belle,  bien  faite,  elle  avait  su,  par  ses  charmes  et 
beaucoup  d'esprit,  captiver  l'empereur  qui  la  reçut  au 
nombre  de  ses  concubines;  peu  de  temps  après  que  sa  gros- 
sesse fut  déclarée,  il  lui  donna  le  titre  de  princesse,  et  en- 
suite il  la  mit  au  nombre  des  reines.  Comme  Tche  Tsoung 
venait  de  dégrader  Moung  Che,  le  ministre  Tchang  Tun, 
l'eunuque  Hao  Souei  et  Lieou  Yeou-touan  travaillèrent  de 
concert  à  la  faire  déclarer  impératrice  à  sa  place,  et  ils 
osèrent  en  solliciter  ce  monarque.  Tche  Tsoung,  qui  n'avait 
point  de  fils,  sachant  cette  reine  enceinte,  ne  voulait  se 
déterminer  que  dans  le  cas  où  elle  lui  en  donnerait  un,  et  il 
ne  répondit  pas  à  leur  placet;  mais  lorsqu'on  vint  lui  annon- 
cer qu'il  avait  enfin  ce  qu'il  désirait,  sur-le-champ,  il  la 
déclara  impératrice  »  ^   (1099)- 

Un  certain  Tseou  Hao,  que  Tche  Tsoung  avait  élevé  à 
une  haute  situation,  chercha  à  perdre  Tchang  Tun  et  blâma 
la  disgrâce  de  Moung  Che  et  l'élévation  de  Lieou  Tsieï-yu; 
Tchang  Tun  réussit  à  faire  disgracier  et  exiler  Tseou  Hao 
à  Sin  Tcheou.  Mais  Tchao  Mao,  le  fils  de  Lieou  Tsieï-yu, 
mourut  à  l'âge  de  deux  mois,  son  père  en  tomba  malade  de 
chagrin  et  mourut  à  la  première  lune  de  iioo,  dans  la  quin- 
zième année  de  son  règne  et  la  vingt-cinquième  de  son  âge. 
Ce  triste  prince  avait  réussi  à  détruire  le  grand  travail  de 
réorganisation  entrepris  et  accompli  par  l'impératrice- 
régente  qui  avait  réparé  l'œuvre  désastreuse  de  Chen 
Tsoung  et  de  son  ministre  Wang  Ngan-che. 

Comme  Tche  Tsoung  n'avait  pas  désigné  de  successeur, 
Hiang  Che,  l'impératrice-mère,  convoqua  les  ministres,  et 
malgré  Tchang  Tun  qui  voulait  faire  nommer  Tchao  Tseu, 
prince  de  Kien  et  frère  utérin  de  l'empereur  défunt,  elle 
fit  désigner  Tchao  Ki,  prince  de  Touan,  onzième  fils  de 
Chen  Tsoung,  qui  s'empressa  de  demander  à  cette  princesse 
ainsi  qu'aux  ministres  d'exercer  le  pouvoir. 

I.  Maill.\,  VIII,  pp.  326-7. 


CHAPITRE  IX 

Les  Soung  (suite) 

ON  put  croire  au  début  du  règne  de  Tchao  Ki 
(HouEi  Tsoung)  que  les  affaires  allaient  changer  de 
face  et  qu'une  ère  de  réforme  allait  s'ouvrir, 
grâce  à  l'intelligence  de  l'impératrice-mère  et  à  l'esprit 
d'initiative  du  ministre  Han  Tchoung-yen  :  celui-ci  en  effet 
adressa  à  l'impératrice  un  placet  «dans  lequel  il  la  priait  de 
quatre  choses  :  de  faire  connaître  à  l'empire  que  le  ministère 
actuel  était  plein  de  bonté  pour  les  malheureux;  d'ouvrir 
la  porte  aux  remontrances  que  des  fidèles  sujets  croiraient 
nécessaires  pour  la  gloire  et  l'avantage  de  l'État;  d'éloigner 
tous  les  soupçons  mal  fondés,  et  de  ne  condamner  les  accusés 
que  sur  de  "bonnes  preuves;  enfin,  d'exercer  les  troupes  et 
de  les  tenir  en  haleine,  pour  qu'elles  fussent  toujours  prêtes 
à  servir  avec  succès  i.  » 

A  la  suite  d'une  échpse  de  soleil,  qui  eut  lieu  le  premier 
jour  de  la  quatrième  lune,  on  demanda  aux  fonctionnaires 
des  plans  de  réforme;  Tsao  Yen  dénonça  l'administration 
néfaste  de  Tchang  Tun,  rappelant  les  bienfaits  de  celle 
de  Se-ma  Kouang.  Tsao  Yen  fut  récompensé  de  son  zèle, 
mais  l'empereur  suivit  les  conseils  de  Hang  Tchoung-yen  : 
Tseou  Hao  est  rappelé  ;  le  censeur  Ngan  Tun  est  cassé  pour 
avoir  fait  des  observations  à  ce  sujet  et  envoyé  à  Tan 
Tcheou  comme  gouverneur  ;  Houei  Tsoung  rend  également 
à  Moung  Che  le  rang  d'impératrice  ;  il  réhabilite  la  mémoire 
de  Se-ma  Kouang,  de  Liu  Koung-tchu  et  des  autres  officiers 
fîétris  par  Tchang  Tun  qui,  par  un  juste  retour,  est  dis- 
gracié avecTs'aï  Pien,  Ngan  Tun  et  leurs  créatures,  chassés 
de  leurs  emplois  et  envoyés  en  exil. 

I.  Mailla,  VIII,  p.  332. 


LES   SOUNG  125 

La  première  lune  de  iior  vit  la  mort  de  l'impératrice- 
mèrc  Hiang  Che  et  celle  du  roi  des  Leao,  Ye-liu  Houng-ki, 
âgé  de  70  ans,  qui  fut  remplacé  par  son  petit-fils  Ye-liu 
Yen-hi  ;  celui-ci,  pour  venger  la  mort  de  son  père  assassiné 
à  l'instigation  de  son  oncle  Ye-liu  Y-sin  qui  aspirait  au 
trône,  fit  jeter  au  vent  les  cendres  de  ce  dernier. 

Malheureusement  les  brillants  commencements  du  règne 
de  Houei  Tsoung  n'eurent  pas  la  suite  que  l'on  était  en 
droit  d'espérer;  sous  une  apparence  trompeuse  de  fermeté, 
le  prince  cachait  un  caractère  faible  et  son  ardeur  pour  la 
chose  publique  dissimulait  des  goûts  puérils.  Il  avait  la 
passion  des  objets  rares;  c'était  un  collectionneur,  et  les 
courtisans  connaissant  sa  faiblesse  s'ingéniaient  à  lui  donner 
satisfaction  pour  en  tirer  eux-mêmes  un  bénéfice.  L'eunuque 
T'oung  Kouan,  ami  dévoué  de  Ts'ai  King,  partisan  de 
Wang  Ngan-che  et  de  Tchang  Tun,  crut  possible,  et  l'évé- 
nement lui  donna  raison,  de  faire  rentrer  son  ami  en  grâce 
en  flattant  et  aidant  les  manies  impériales  ;  en  conséquence 
il  écrivit  à  Ts'ai  King,  réfugié  à  Hang  Tcheou,  pour  lui  re- 
commander d'envoyer  de  belles  peintures,  des  pierres 
curieuses,  etc.,  qu'il  présenta  si  habilement  à  Houei  Tsoung 
que  celui-ci  songea  à  récompenser  cet  ancien  ministre; 
l'empereur  envoya  même  à  la  première  lune  de  1102  à 
Sou-Tcheou  et  à  Hang  Tcheou,  T'oung  Kouan  pour  faire 
travailler  les  habiles  ouvriers  de  ces  villes  aux  bibelots 
qu'il  recherchait  pour  ses  collections. 

D'autre  part  Fan  Tche-hin  recommandait  à  unTao  Che  de 
ses  amis,  nommé  Siu  Tche-tchang,  qui  passait  pour  avoir 
le  secret  de  chasser  les  mauvais  esprits  et  était  bien  vu  au 
Palais  par  les  impératrices,  de  faire  continuellement  l'éloge 
de  Ts'ai  King  déjà  considéré  d'un  œil  sympathique  à  cause 
de  ses  envois  fréquents  d'objets  de  collection,  si  bien  que 
l'ancien  ministre,  nommé  gouverneur  de  Ting  Tcheou,  était 
peu  de  temps  après  promu  au  poste  de  Tai  Ming  fou.  La 
situation  intérieure  se  compliquait  de  la  mésintelligence 
qui  régnait  entre  les  deux  ministres  Han  Tchoung-yen  et 
Tsen  Pou;  ce  dernier,  acquis  à  Ts'ai  King,  aurait  voulu 
obtenir  pour  ce  dernier  la  place  de  son  collègue  qu'il  essaya 


126  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

de  faire  disgracier;  Teng  Siun-wou,  un  des  hauts  fonction- 
naires, adressa  à  l'empereur,  dans  le  même  but,  un  placet 
dans  lequel  il  déclarait  que  Han   Tchoung-yen  était  fils  de 
Han  K'i  et,  comme  son  père,  hostile  à  la  politique  de  Chen 
Tsoung;  il  était  donc  nécessaire  de  le  remplacer  par  Ts'ai 
King;  aucune  réponse  ne  fut  faite  par  l'empereur.  Il  est 
intéressant  de  noter  la  durée  de  l'influence  de  Wan  Ngan-che 
et  de  ses  idées,  ainsi  que  la  tradition  funeste  de  l'empereut 
Chen  Tsoung  perpétuée  par  les  plus  mauvais  éléments  du 
pays.  Le  placet  de  Teng  Siun-wou  n'ayant  pas  eu  l'effet 
désiré,  les  partisans  de  Wang  Ngan-che  crurent  que  Hang 
Tchoung-yen  était  la  cause  de  cet  insuccès  :  cet  excellent 
ministre  ayant  en  effet  fait  revenir  toutes  les  victimes  de 
Tchang  Tun,  on  l'accusa  d'employer  des  exilés,  ce  qui  était 
vrai,  mais  ce  qui  n'était  pas  moins  juste,  et  on  travailla 
tellement  Houei  Tsoung  que  le  faible  souverain  disgracia 
son  meilleur  serviteur  et  l'envoya  comme  gouverneur  à 
Taï  Ming  fou,  laissant  la  porte  ouverte  à  tous  les  intrigants. 
Ts'ai  King,  nommé  ministre  d'État,  s'empressa  de  casser 
Tsen  Pou  qui  fut  exilé  à  Jun  Tcheou  avec  le  titre  de  gou- 
verneur, de  rétabhr  les  lois  de  Chen  Tsoung,  et,  pour  briser 
toute  résistance,  de  faire  rentrer  dans  les  rangs  du  peuple 
six  cents  membres  des  familles  les   plus   considérées   de 
l'Empire;  avec  la  complici-té  de  l'eunuque Hao  Soueï,il  réus- 
sit même  à  faire  dégrader  à  nouveau  l'impératrice  Moung 
Che;  à  la  9^  lune  de  1103,  Ts'ai  King  fait  répandre  dans 
toute  la  province  une  inscription  infamante  pour  la  mé- 
moire de  Se-ma  Kouang,  qui  devait  être  gravée  sur  pierre 
et  être  exposée  à  la  porte  des  yamens;  rendu  de  plus  en 
plus  entreprenant  par  le  succès  de  ses  criminelles  entrepri- 
ses, le  ministre  eut  l'audace  de  faire  placer  Wang  Ngan-che 
dans  la  salle  de  Confucius,  immédiatement  après  Mencius 
(7e  lune,  1104);  plus  tard,  en    1113,  Mencius  dut  même 
céder  sa  place  à  la  droite  de  Confucius  à  Wang  Ngan-che, 
dont  la  statue  fut  d'ailleurs  jetée  hors  du  temple  en  1172. 
Le  frère  puîné  de  Ts'ai  King,  Ts'ai  Pien,  gendre  de  Wang 
Ngan-che,  ayant  refusé  au  ministre  tout  puissant  le  gou- 
vernement général  d'une  province  frontière  pour  l'eunuque 


LES   SOUXG  127 

T'oung  Koiian,  se  brouilla  avec  Ts'ai  King  qui  l'obligea  à 
demander  sa  retraite  et  lui  donna  le  gouvernement  de  Ho 
Nan  fou.  Une  éclipse  {1^^  lune  1106)  effraya  l'empereur  et 
suffit  à  modifier  sa  politique  :  sur  le  conseil  de  Lieou  kouei, 
les  exilés  sont  rappelés  et  les  marbres  qui  les  diffamaient 
sont  brisés;  puis  à  la  2^  lune,  Ts'ai  King,  disgracié,  était 
remplacé  par  Tchao  Ting-tchc,  ami  de  Lieou  Kouei. 

Le  premier  jour  de  la  7^  lune,  nouvelle  éclipse,  nouveau 
changement  de  politique  :  Tchang  Kiu-tchoung,  père  de 
la  reine  Tcheng  Feï,  persuada  à  la  girouette  impériale  que 
Ts'ai  King  n'avait  agi  que  dans  son  intérêt  à  lui  Houei 
Tsoung.  Le  crédule  empereur  croyant  alors  que  Lieou  Kouei 
avait  calomnié  Ts'ai  King  l'envoya  en  disgrâce  gouverner 
Po  Tcheou. 

«  Quelque  temps  après  (1106),  on  apprit  queWEiYEN- 
NAO,roi  ou  chef  de  Li  Toung,  royaume  des  Barbares  du  Midi, 
s'était  soumis  à  la  Chine,  et  avait  remis  le  pays  qu'il  gouver- 
nait entre  les  mains  des  officiers  chinois.  On  donna  ordre 
de  diviser  ce  pays  (King  Youen  Tcheou,  du  Kouang  Si), 
comme  il  l'était  auparavant,  sous  les  noms  de  Ti  Tcheou, 
de  Wen  Tcheou,  de  Lan  Tcheou  et  de  Pin  Tcheou,  et  d'y 
établir  des  officiers  1.  » 

Comme  on  devait  s'y  attendre,  l'empereur  fit  rentrer  dans 
le  ministère  Ts'ai  King  qui,  désireux  de  perdre  Lieou 
Kouei,  fit  commencer  une  instruction  contre  sa  famille  à 
Sou  Tcheou,  l'impliquant  dans  une  affaire  de  fausse  mon- 
naie; l'enquête  menée  par  Li  Hiao-cheou,  gouverneur  de 
K'ai  Foung  et  les  censeurs  Chin  ki  et  Siao  Fou,  ne  put 
<^tablir  la  culpabilité  de  gens  sans  aucun  doute  innocents, 
victimes  d'une  vengeance;  Ts'ai  King,  furieux  de  son  insuc- 
cès, fit  destituer  les  censeurs  et  exila  Tchang  Yen,  beau-frère 
de  Lieou  Kouei.  En  iio7,Faxg  Tchex  qui  avait  la  garde 
de  la  salle  des  ancêtres  de  la  famille  impériale,  écœuré  de 
ce  qui  se  passait,  adressa  un  mémoire  à  Houei  Tsoung,  qui 
le  communiqua  à  Ts'ai  King;  celui-ci  s'empressa  de  faire 
exiler  à  Lin  Ngan  le  censeur  inopportun.  A  la  3^  lune  de 
1109,  Tchang  Kang-houei, arrivé  aux  plus  hautes  fonctions 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  343. 


128  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

par  la  protection  de  Ts'ai  King  dont  il  n'approuvait  d'ail- 
leurs pas  la  conduite,  se  brouilla  avec  son  patron  et  mourut 
si  subitement  que  l'on  soupçonna  le  ministre  de  ne  pas  être 
étranger  à  cette  fin  rapide  d'un  adversaire;  le  crédit  de 
Ts'ai  King  en  fut  amoindri,  mais  on  ne  l'éloigna  pas  loin 
de  la  Cour.  Un  ministre  intègre,  Tchang  Chang-ying 
ne  fit  que  passer  au  pouvoir  (im),  l'esprit  léger  de  Houei 
Tsoung  ne  pouvant  s'accommoder  d'un  ministre  qui  ne 
l'amusait  pas. 

A  la  9®  lune  de  iiii,  l'eunuque  T'oung  Kouan,  qui  avait 
réussi  à  amener  une  partie  des  peuples  K'iang  à  se  donner 
à  l'empire,  dans  l'espérance  d'un  succès  semblable  auprès 
des  Leao  vivant  au  sud  de  la  Grande  Muraille,  proposa  à 
l'empereur  d'envoyer  à  leur  roi  un  ambassadeur  qui,  sous 
le  prétexte  de  le  féliciter  à  l'occasion  de  l'anniversaire  de 
sa  naissance,  devait  étudier  la  situation  du  pays  et  la  pos- 
sibilité de  le  rattacher  à  la  Chine;  Tcheng  Yun-tchoung 
lui  fut  adjoint  ^.  T'oung  Kouan  partit  donc  pour  le  pays  des 
Leao  et,  à  son  retour,  il  fut  rejoint  par  Ma  Tche,  apparenté 
aux  princes  K'i  tan,  qu'il  emmena  à  la  Cour,  car  celui-ci, 
ayant  à  se  plaindre  des  siens,  prétendait  avoir  la  possibilité 
de  faire  recouvrer  aux  Chinois  le  pays  de  Yen  :  ce  moyen 
était  de  faire  alliance  avec  les  Niu  Tchen,  qui  exécraient 
les  Leao,  et  d'établir  une  communication  avec  eux  par  Teng 
Tcheou  et  Lai  Tcheou;  ce  projet  plut  à  l'empereur  mais 
ne  fut  pas  approuvé  par  son  Conseil-. Houei  Tsoung  rappela 
Ts'ai  King  à  la  Cour,  sans  toutefois  le  faire  rentrer  dans  le 
Ministère;  cette  mesure  excita  néanmoins  un  mécontente- 
ment général  (1112).  A  cette  même  époque  (11 13),  les 
Tao  Che  reprirent  un  ascendant  considérable,  grâce  à  leurs 
pratiques  magiques,  et  ils  reçurent  l'autorisation  de  résider 
dans  les  villes  dont  ils  avaient  été  chassés  :  on  revenait  aux 
plus  mauvais  jours  de  l'histoire  de  l'Empire. 

J'ai  parlé^  des  sept  hordes  qui  composaient  les  Kin  ou  Niu 
Tchen  sous  les  T'ang.  Je  vais  extraire  du  T'onn-g  kien  kang 

1.  Mailla,  VIII,  p.  349. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  351. 

3.  Supra,  p.  8. 


LKS   SOUNG 


129 


mou  quelques  renseignements  sur  leur  histoire  ancienne  en 
vue  du  rôle  important  qu'ils  vont  jouer  désormais  dans  les 
événements  :  «  Au  commencement  de  la  dynastie  des  Souei, 
les  hordes  He  Chouei,  Mo  Ho  et  Sou  Mo  Mo  Ho  se  retirèrent 
dans  la  Corée,  à  l'insu  des  autres,  qui  ne  l'apprirent  qu'après 
leur  départ;  lorsque  Li  Tsi,  roi  de  la  Corée,  fut  battu,  la 
horde  Sou  Mo  alla  se  saisir  du  pays  de  Toung  Meou,  dont 
elle  forma  le  royaume  de  Pou  Haï,  et  la  horde  de  He  Chouei 
alla  s'étabhr  dans  le  pays  de  Sou  Chin,  qui  s'étendait  à  l'est 
jusqu'à  la  mer,  et  avait  la  Corée  au  midi. 

«  Au  commencement  du  règne  de  Hiouen  Tsoung,  hui- 
tième empereur  de  la  grande  dynastie  des  ï'ang,  les  He 
Chouei  envoyèrent  une  ambassade  à  ce  prince  pour  se  met- 
tre sous  la  protection  de  la  Chine.  Hiouen  Tsoung  donna  à 
leur  chef  le  titre  de  général  des  troupes,  et,  pour  marquer 
l'estime  qu'il  en  faisait,  il  voulut  qu'à  l'avenir  on  l'appelât 
Li  Hien-tcheng.  Le  nom  de  Li  était  celui  de  la  famille  impé- 
riale. Dans  la  suite,  le  royaume  de  Pou  Hai  devenu  beau- 
coup plus  puissant,  soumit  les  He  Chouei  et  rompit  avec 
l'empire;  et  lorsque  les  Tartares  Leao  détruisirent  le  roy- 
aume de  Pou  Hai,  les  He  Chouei  qui  étaient  au  sud,  se  sou- 
mirent à  eux  et  en  reçurent  le  nom  de  Nu  Tchen  civilisés, 
pour  les  distinguer  de  ceux  du  nord  qui  ne  voulurent  point 
suivre  leur  exemple  et  auxquels  on  donna  celui  de  Nu 
Tchen  sauvages.  Ces  derniers  se  rétirèrent  auprès  de  la 
rivière  Houng  Toung  kiang,  autrement  He  Loung  kiang  et 
des  «  grandes  montagnes  blanches  »,  appelées  en  tartare 
Colmin-Chan-tchien-alin,  et  en  chinois  Tch'ang  Pe  chan, 
qui  ont  plusieurs  centaines  de  li  de  long  sur  près  de  deux 
cents  de  haut.  Au  sommet  de  ces  montagnes,  on  voit  un 
lac  qui  a  plus  de  80  li  de  tour,  d'où  sortent,  du  côté  du  midi 
le  fleuve  Ya  lou  kiang,  et  du  côté  du  nord  le  Houng  Toung 
kiang,  dont  l'ancien  nom  était  Soumo  près  de  sa  source; 
c'est  dans  ce  pays  que  s'étabhrent  les  Soumo  Mo  Ho,  qui 
donnèrent  à  ce  fleuve  le  nom  de  Soung  wa  kiang,  pour  le 
distinguer  du  leur;  après  avoir  coulé  vers  le  nord  jusqu'à 
l'ancienne  ville  deHoueï  Ning  fondes  Kin,  ce  fleuve  tournant 
au  nord-ouest  jusqu'au  nord  de  la  ville  de  Ou-koue-teou- 


130  HISTOIRE    GENERALE    DE   LA    CHINE 

tch'cng,  descend  ensuite  du  côté  de  l'est  et  va  se  jetter  dans 
la  mer.  Le  Houng  Toung  Kiang  prend  le  nom  de  He  Loung 
Kiang  à  1500  li  au  nord  de  la  ville  de  K'ai  Youen. 

«  Sous  le  règne  de  Jen  Tsoung,  quatrième  empereur  des 
Soung,  les  Tartares  Leao  changèrent  le  nom  de  Nu  Tchen 
en  celui  de  Nu  Tche.  Alors  un  certain  Hanpou  des  Nu  Tche, 
de  la  horde  He  Chouei,  après  avoir  demeuré  longtemps  dans 
le  royaume  de  Corée,  et  âgé  de  plus  de  60  ans,  se  sépara 
de  Akounaï,  son  frère  aîné,  et  partit  avec  Pao  ho  li,  son 
cadet,  pour  le  pays  des  Nu  Tche  sauvages;  ils  s'établirent 
sur  les  bords  de  la  rivière  Kan  Chouei  qui  dépendait  de  la 
horde  de  Wan  Yen.  Après  qu'ils  y  eurent  fait  quelque 
séjour,  un  Tartare  de  la  horde  de  Wan  Yen  en  tua  un  d'une 
autre  horde;  ce  malheur  mit  une  si  grande  inimitié  entre 
ces  deux  hordes,  qu'elles  furent  longtemps  à  s'entr'égorger 
sans  qu'il  fût  possible  de  les  appaiser.  Wan  yen,  ennuyé 
de  cette  guerre  destructive,  proposa  à  Hanpou  de  les  mettre 
d'accord,  avec  promesse,  s'il  réussissait,  de  lui  donner  sa 
fille  et  de  le  faire  chef  de  horde.  Hanpou  s'entremit  avec 
chaleur  pour  les  réconcilier  ;  il  fit  entendre  à  la  horde  plai- 
gnante qu'il  n'était  pas  de  son  intérêt  de  se  faire  périr  pour 
un  seul  homme,  et  qu'ils  devaient  être  satisfaits  que  la 
horde  du  "meurtrier  payât  une  somme  convenue.  En  con- 
séquence, il  établit,  du  consentement  des  deux  partis,  qu'on 
serait  tenu  de  fournir"  à  la  famille  de  celui  qui  aurait  été 
tué,  un  homme,  dix  paires  de  chevaux,  dix  vaches,  dix 
bœufs  et  six  taels  d'argent  :  loi  qui  subsista  depuis  cette 
époque  chez  les  Tartares  Nu  Tche. 

«  Les  deux  hordes  ayant  fait  la  paix  à  ces  conditions, 
Wan  Yen,  pour  reconnaître  le  service  que  Hanpou  venait 
de  lui  rendre,  tint  parole,  et  lui  donna  en  mariage  sa  fille; 
il  en  eut  deux  enfants  mâles,  Ouon  et  Oua  lou,  et  une  fille 
qu'il  appela  Tchoussépan  ;  alors  Hanpou  fut  reconnu  pour 
être  de  la  horde  et  de  la  famille  de  Wan  yen  ;  c'est  lui  que 
les  Kin  regardent  comme  le  chef  de  leur  famille,  et  à  'qui 
ses  descendants  donnèrent,  quand  ils  prirent  le  titre  d'em- 
pereur, le  nom  de  Che  Tsou,  par  la  raison  qu'ils  le  recon- 
naissaient pour  le  premier  de  leurs  ancêtres.  Son  fils  Ou  on. 


LI£S    SOUNG  Ijr 

son  héritier,  eut  un  fils  appelé  Pa  hai  qui  lui  succéda;  à 
Pa  liai  succéda  Soueï  ko,  son  fils  ^.  » 

Ce  futSoucï  ko  qui, le  premierdeschefsHeChouei, renonça 
à  la  vie  nomade  et  se  fixa  à  Haï  kou  choueï  où  ses  sujets 
se  firent  construire  des  maisons  et  se  livrèrent  à  l'agricul- 
ture :  «  ils  appelèrent  cette  espèce  de  ville  Nacouli,  c'est- 
à-dire  en  leur  langue,  maison  oit  on  demeure  ^  ».  Le  fils  de 
Soueï  ko  et  son  successeur  Cm  lou  les  soumit  à  des  lois  ré- 
gulières, substituant  l'ordre  à  l'anarchie  et  au  bon  vouloir 
qui  avaient  régné  jusqu'alors  parmi  ces  hordes  tartares 
devenues  puissantes.  Les  Leao  essayèrent  de  les  attirer  dans 
leur  dépendance  en  donnant  un  titre  à  Chi  Lou  que  celui-ci 
accepta  contre  le  gré  de  certains  de  ses  sujets,  qu'il  mit  à 
la  raison;  peu  de  temps  après  il  mourut  à  Pa  se  tou,  laissant 
le  pouvoir  à  son  fils  Ou  kou  naï,  homme  habile  et  brave. 
«  Ces  Tartares  n'avaient  point  encore  d'écriture,  ils  ne  con- 
naissaient ni  les  mois,  ni  les  années,  et  ils  ne  savaient  leur 
âge  que  par  certains  événements  dont  la  réminiscence  leur 
servait  d'époque  ^.  »  En  l'an  1119  ils  inventèrent  des  carac- 
tères sur  le  modèle  de  ceux  des  K'i  Tan  *. 

«  Les  NuTche  n'avaient,  dans  les  commencemens,  aucun 
caractère  d'écriture,  et  jusques  là  ils  ne  connaissaient  point 
les  livres;  ils  étaient  obligés  de  se  servir  d'interprètes  soit 
pour  écrire  leurs  lettres,  soit  pour  avoir  le  sens  de  celles 
qu'ils  recevaient,  ce  qui  était  sujet  à  de  grands  inconvé- 
niens.  Akouta  consulta  les  seigneurs  de  sa  Cour,  et  voulut 
avoir  une  écriture  qui  fut  particulière  à  sa  nation.  Il  chargea 
Ouyé,  Mouhan  hou  et  Couchin  de  ce  soin;  et  comme  les  Kin 
avaient  beaucoup  de  Leao  et  de  Chinois  à  leur  service,  ils 
se  procurèrent  de  leurs  livres,  et  les  ayant  étudiés,  ils  for- 
mèrent de  nouveaux  caractères  d'après  ces  modèles. 

«  Moulian  hou  et  ses  collègues  firent  en  peu  de  mois  de 
grands  progrès.  Ils  se  servirent  d'abord  des  caractères 
chinois  appelés  Kiaï  Tseu  ou  Kiaï  chu,  et  suivant  la  forme 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  358-360.  —  Voir  supra,  p.,  61. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  361. 

3.  Mailla,  VIII,  p.  361. 

4.  Gaubil,  Mongous. 


132  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE     ' 

des  lettres  des  K'i  Tan,  ils  donnèrent  naissance  à  une  troi- 
sième sorte  d'écriture  dont  ils  se  servirent  et  qui  eut  d'abord 
cours  parmi  eux;  dans  la  suite  ils  en  admirent  une  plus 
courante  et  plus  petite  qui  devint  d'un  usage  ordinaire  ».  '• 

Le  nom  de  Nu  Tchen  ou  Nu  Tche,  Jou  Tchen  ou  JouTche, 
est  traduit  par  Tcho-r-tche,  Djourdji,  dans  le  vocabulaire 
persan  du  Collège  des  Interprètes  sous  les  Ming;  (de  diction- 
naire Ouighour  du  même  collège  traduit  le  même  nom  par 
Tchou-r-tche,  Djourdjog.  En  outre,  dans  un  vocabulaire 
de  mots  étrangers  que  contient  un  traité  de  l'art  militaire 
intitulé  Teng  t'an  pi  kieou,  publié  en  1598,  j'ai,  dit  Devéria, 
trouvé  le  nom  de  Jou  tchen  rendu  par  Tchou-r-tche,  signi- 
fiant Haï  Si,  à  l'ouest  de  la  mer.  La  langue  des  Jou  tchen 
devait  avoir  la  plus  grande  analogie  avec  le  mandchou. 
Le  grand  catalogue  analytique  Sse-k' on-tsuan  chou  Tsong 
mou  nous  apprend  en  effet  que,  lorsqu'en  1781,  on  s'occupa 
de  compulser  en  les  expliquant  les  mots  étrangers  qui  se 
trouvaient  dans  les  histoires  des  Kin,  des  Leao  et  des 
Youen,  on  se  servit  pour  les  premiers  de  la  langue  mand- 
choue, pour  les  seconds  du  dialecte  de  Solon,  province  la 
plus  occidentale  de  la  Mandchourie,  et  pour  les  troisièmes 
de  la  langue  mongole  ^  ». 

Oukounaï  se  distingua  lorsque  Pai  ]\Ien,  chef  de  la  horde 
Oukoue  pounié,  se  révolta  contre  les  Leao;  il  s'empara 
de  ce  chef  et  le  remit  aux  Leao  qui  voulurent  le  récompen- 
ser, mais  voulant  conserver  son  indépendance,  il  refusa 
toutes  les  marques  de  distinction  qu'on  lui  offrait.  Cet 
homme  remarquable  mourut,  âgé  de  cinquante-quatre  ans, 
laissant  neuf  fils,  He  Tche,  Helipou  choisi  comme  successeur 
par  son  père  comme  doué  de  plus  de  fermeté  que  son  frère 
aîné,  Hessun,  Polassou,  Yn  kou,  Hetchinpao,  ]\Iapou,  Ali 
homan  et  Mantou  hou  ^. 

HeHpou  écrasa  une  révolte  fomentée  par  son  oncle  Pa  He 
et  quelques  autres  chefs,  montrant  personnellement  la  plus 
grande  bravoure  ;  il  mourut  malheureusement  peu  de  temps 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  390-391. 

2.  Revue  de  l'Extrême-Orient,  I,  p.  175  n. 

3.  Mailla,  VIII,  p.  362. 


LES   SOUNG  133 

après  avoir  rendu  la  horde  des  NU  Tchc  sauvages;  il 
laissait  onze  fils  :  Ousouya,  Akouta,  Hantaï,  Otsimaï, 
Chéyé,  Ouasaï,  Ouatchc,  Oucounai,  Chémou,  Tchatchi  et 
Outa,  auxquels  toutefois  Helipou  préféra  comme  successeur 
son  frère  Polassou,  qui  avait  défait  le  rebelle  Peïnaï,  chef 
de  la  horde  Ouale;  ce  prince  étant  mort  en  1093,  à  la  8^  an- 
née de  Tche  Tsoung,  des  Soung,  fut  remplacé  par  son  frère 
Yinkou  ^ 

A  sou,  chef  de  la  horde  Hechi  lieï,  battu  par  Yin  kou 
se  réfugia  auprès  des  Leao  (iioi)  et  chercha  à  créer  des 
difficultés  à  son  adversaire,  mais  celui-ci  réussit,  non  seu- 
lement à  endormir  les  soupçons  des  Leao,  mais  encore  à 
gagner  leur  confiance  en  tuant  un  de  leurs  officiers  révoltés, 
Siao  Haï-li,  dans  une  bataille  dans  laquelle  se  distingua 
Akouta,  neveu  de  Yn  kou.  Ce  chef  mourut  a  la  io«  lune  de 
1103,  après  avoir  policé  son  peuple  Nu  Tche  par  des  lois 
sages,  ayant  comme  successeur  son  neveu  Ouyassou  qui, 
en  II 04,  défit  les  Coréens  par  ses  généraux  Che  Ti  Houan 
et  Peï  Lou.  A  la  mort  de  Ouyassou,  11^  lune  de  11 13,  Akouta 
son  frère,  se  déclara  son  successeur  et  prit  le  titre  de  Tou 
pou  ki  lieï,  qui  signifiait  dans  leur  langue,  Commandant- 
général  avec  une  autorité  absolue. 

Les  relations  étaient  assez  mauvaises  entre  Nu  Tche  et 
Leao;  ces  derniers  froissaient  leurs  voisins  par  leurs  dé- 
dains ;  ils  leur  enlevaient  leurs  éperviers  de  chasse,  et  ils  re- 
fusaient de  renvoyer  le  rebelle  A  sou.  Les  Leao  étaient 
beaucoup  moins  puissants  qu'ils  ne  se  l'imaginaient  et  au 
commencement  de  1114,  Akouta  se  décida  à  leur  faire 
la  guerre;  à  la  9^  lune,  il  campa  auprès  de  la  ville  de  Leao 
Houei  tch'eng  ;  à  la  frontière,  il  rencontre  le  gouverneur  de 
Pou  Haï,  Ye-liu  Sieï  che,  qui  est  tué,  s'empare  de  Ning 
kiang  tcheou,  puis  retourne  dans  son  pays.  A  la  onzième 
lune  de  1114,  le  roi  des  Leao  se  fait  battre  par  Akouta  sur 
les  bords  du  Houen  Toung  kiang;  le  vainqueur  poursuit 
ses  succès  en  11 15  et,  pressé  par  les  siens,  prend  le  titre 
d'empereur.  Le  roi  des  Leao  emploie  tour  à  tour  négociations 
et  menaces;  x\kouta,  toujours  victorieux,  se  rit  de  lui.  A  la 

I.  Mailla,  VIII,  p.  364. 


134  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHIXE  ' 

huitième  lune  de  1115,  le  roi  des  Leao  se  met  lui-même 
en  route  à  la  tête  de  100.000  hommes;  Akouta  s'avance 
contre  lui,  lui  inflige  une  terrible  défaite,  s'empare  de  la 
tente  du  roi,  de  son  trésor  et  de  ses  provisions. 

Pendant  ce  temps,  sans  s'inquiéter  des  événements 
graves  qui  se  déroulaient  en  Tartarie,  l'empereur  Houei 
Tsoung  continuait  à  passer  son  temps  dans  les  pratiques 
taoïstes;  sôus  la  pression  d'un  ancien  bonze  bouddhiste, 
passé  au  taoïsme,  sans  doute  plus  lucratif,  Lin  Ling-fou, 
le  souverain  fait  créer  des  écoles  publiques  où  l'on  pourra 
s'instruire  dans  la  doctrine  des  Tao  Che  ;  il  veut  encore  que 
le  Tao  Te  King  et  les  ouvrages  de  Tchouang  Tseu  et  de 
Li  Tseu  soient  regardés  comme  canoniques;  enfin  il  prend 
le  titre  de  Kiao  tchu  tao  kiun  Houang  Ti,  c'est-à-dire  Em- 
pereur, Maître  de  la  Loi  et  Prince  de  la  Doctrine,  titre  qui 
ne  lui  est  donné  d'ailleurs  que  par  les  taoïstes  ^  (1116). 

L'assassinat  de  Siao  Pa-sien,  gouverneur  de  Leao  Yang 
(Cour  orientale  des  Leao) ,  causé  par  ses  cruautés  envers  les 
gens  du  Pou  Haï  (11 16),  fut  suivi  de  la  révolte  d'un  officier 
de  cette  région,  Kao  Young-tchang,  qui,  à  la  tête  de  7  à  8000 
de  ses  compatriotes,  s'empara  de  Leao  Yang,  prit  le  titre 
de  prince  et  demanda  du  secours  au  chef  des  Kin;  celui-ci 
lui  demanda  de  renoncer  d'abord  au  titre  de  prince;  Kao 
refusa,  livra  bataille  aux  Kin  qui  avaient  franchi  le  Ho 
Chouei,  fut  battu,  pris  dans  sa  fuite  et  mis  à  mort.  Le  géné- 
ral kin  Oua  Lou  s'empara  de  Leao  Yang  et  de  huit  autres 
villes,  soumit  tous  les  Nu  Tche  civilisés,  sujets  des  Leao, 
et  fut  nommé  gouverneur  de  ses  conquêtes.  L'année  sui- 
vante (1117),  les  Kin  occupèrent  Pao  Tcheou,  possession 
des  Coréens  qui  se  plaignirent  à  la  Cour  des  Kin,  ne  furent 
pas  écoutés,  et,  trop  faibles,  n'osèrent  se  venger. 

Désespéré,  le  roi  des  Leao  envoya  contre  les  Kin  Ye-liu 
CHUN,  qui  proposa  la  paix  au  général  kin  Oualoukou,  mais 
elle  fut  refusée  par  Akouta,  parce  qu'on  ne  lui  avait  pas 
encore  renvoyé  le  rebelle  A  sou.  Aidé  de  Oua  lou,Oua  lou  kou, 
après  avoir  repoussé  une  attaque  de  nuit  de  Koyosé,  marcha 
contre  Ye-liu  Chun.le  défit,  s'empara  de  vive  force  de  Hien 

I.  Mailla,  VIII,  p.  382. 


LES   SOUNG  135 

Tcheou  et  annexa  les  régions  voisines  de  Kien  Tcheou, 
Yi  Tcheou,  Hao  Tcheou,  Houei  Tcheou,  Tcheng  Tcheou, 
Tchoucn  Tcheou  et  Houe  Tcheou  V  Le  roi  des  Leao  envoya 
Ye-hu  Xou-kou  pour  proposer  la  paix  à  Akouta,  qui  fit  des 
propositions  si  humiliantes  qu'elles  furent  repoussées. 

Les  Chinois  apprirent  par  l'un  des  leurs,  nommé  Kao  Yo-se 
ce  qui  se  passait  en  Tartarie;  ils  l'ignoraient  complètement; 
ce  Kaô  Yo-se,  revenu  par  mer  du  pays  des  Nu  Tche  à  Teng 
Tcheou,  en  instruisit  Wang  Se-  tchoung,  commandant  des 
troupes  de  cette  ville,  qui  prévint  la  Cour.  Houei  Tsoung 
remit  l'affaire  aux  mains  de  T'ai  King  et  de  T'oung  Kouan, 
qui  mandèrent  Wang  Se-tchoung  et  l'on  décida,  pour  avoir 
un  supplément  d'information,  d'envoyer  Kao  Yo-se  chez 
les  Nu  Tche  qui  ne  lui  permirent  pas  de  pénétrer  chez  eux 
(i  1 18) .  Un  haut  fonctionnaire,  Ma  Tcheng,  fut  plus  heureux  ; 
conduit  à  la  Cour  des  Kin,  il  leur  proposa  l'alliance  de  la 
Chine  et  annonça  l'arrivée  d'un  ambassadeur  chinois  qui 
fut  chaleureusement  reçu;  mais  le  chef  kin  ne  remit  sa 
réponse  que  trois  mois  plus  tard  à  Li  Chen-king,  de  Pou 
Hai,  chargé  d'accompagner  Ma  Tcheng.  Li  Chen-king  fut 
bien  traité  par  Houei  Tsoung  qui  lui  annonça  son  inten- 
tion d'attaquer  les  Leao.  On  ne  fut  pas  peu  surpris  d'ap- 
prendre peu  après  à  la  Cour  chinoise  qu'A  kou  ta,  froissé  par 
un  terme  de  la  lettre  de  l'empereur,  avait  fait  la  paix  avec 
les  Leao,  qui  le  reconnaissaient  comme  empereur.  En  1119, 
un  envoyé  du  roi  de  Corée  mettait  la  Chine  en  garde  contre 
l'ambition  des  Kin.  Le  roi  de  Tchampa,  Harivarmax  IV, 
entretenait  des  relations  amicales  avec  la  Cour  de  Chine, 
qui, à  plusieurs  reprises,  en  1116,  1127  etii29,  le  gratifia  de 
titres  honorifiques  2. 

A  kou  ta,  toujours  sensible  aux  formes  protocolaires,  ne 
tarda  pas  à  rompre  avec  les  Leao,  qui  désignaient  son 
royaume  sous  le  nom  de  Toung  Hai,  au  lieu  de  Grand 
Empire  des  Kin.  En  1120,  les  Soung,  désireux  de  reprendre 
le  pays  de  Yen,  envoyèrent  chez  les  Kin,  Tchao  Leang-se, 
pour  mettre  des  obstacles  à  la  paix  avec  les  Leao.  Akouta 

1.  Mailla.  VIII,  p.  3S6. 

2.  G.   Maspero,   p.   203. 


136  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

déterminé  à  continuer  la  lutte  contre  ces  derniers,  marcha 
sur  leur  capitale,  emmenant  avec  lui  Tchao  Leang-se  et 
l'envoyé  Siao  Sin-leï  pour  être  témoins  de  ses  exploits;  la 
ville  défendue  par  le  prince  Ye-liu  Ta-lou-ye  fut  prise 
d'assaut  (1120).  Avant  de  repartir,  Tchao  Leang-se  reven- 
diqua Si  Tsin  fou,  Cour  de  Yen,  tandis  que  Ta  Ting  fou, 
Cour  du  ^Milieu  des  Leao,  appartiendrait  aux  Kin.  A  kou  ta 
accepta  cette  proposition  et,  dans  une  lettre  adressée  à 
l'empereur,  il  fixa  lui-même  les  limites  des  deux  puissances  : 
«  Je  me  contente  du  pays  qui  est  depuis  Ping  Ti  et  Soung 
Lin  jusqu'à  Kou  Pe  K'eou;  les  troupes  chinoises  s'empare- 
ront du  pays  qui  est  au  midi;  de  part  et  d'autre  on  ne  doit 
pas  s'épargner  pour  attaquer  les  Leao  avec  la  plus  grande 
force,  autrement  nos  deux  empires  ne  resteront  pas  long- 
temps en  paix  ^  ». 

«  Le  roi  des  Leao  avait  quatre  fils,  Ye-liu  Siniliei,  l'aîné, 
prince  de  Tchao,  Ye-liu  Aoloua,  prince  de  Tsin,  Ye-liu 
Ting,  prince  de  Tsin,  et  enfin  Ye-liu  Ning,  prince  de  I^iu  ; 
Ao  loua,  fils  de  la  princesse  Wen  Fei,  avait  d'excellentes 
qualités  qui  donnaient  de  lui  les  plus  grandes  espé- 
rances 2  ». 

Cependant,  au  grand  scandale  de  sa  Cour  et  de  son  peuple, 
Ye-liu  Yen-hi  passait  son  temps  à  la  chasse,  malgré  les 
conseils  de  la  princesse  Wen  Fei  dont  il  se  sépara.  Ye-liu 
Yu-tou,  gendre  de  Wen  Fei,  se  réfugia  chez  les  Kin,  aux- 
quels il  fournit  des  renseignements,  grâce  auxquels  A  kou  ta 
s'empara  de  Ta  Ting  fou.  Cour  du  Milieu  des  Leao  et  de 
Tse  Tcheou.  Naturellement,  le  roi  des  Leao  était  à  la  chasse  ; 
il  est  pris  de  peur;  Siao  Foung-sien,  frère  aîné  de  la  prin- 
cesse Youen  Fei,  lui  fait  croire  que  Ye-liu  Yu-tou  agit  dans 
l'intérêt  d'Aoloua  et  le  souverain-  crédule  fait  étrangler  ce 
fils,  idole  des  soldats.  Les  Kin  poursuivent  leurs  succès;  le  roi 
des  Leao  s'aperçoit  tardivement  des  mauvais  conseils  de 
Siao  Foung-sien  qu'il  chasse  et  s'enfuit  à  la  montagne  Kia 
Chan  (1122);  Siao  Foung-sien,  en  fuite  de  son  côté,  est  mis 
à  mort  avec  ses  fils. 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  393-4. 

2.  M.\ILLA,  VIII,  p.  394. 


LES   SOUNG  137 

Pondant  ce  temps,  à  la  Cour  de  Yen,  Li  Tchouen  faisait 
proclamer,  malgré  sa  résistance,  Ye-liu  Chun  qui  charge 
de  la  guerre  Ye  liu  ïa-che,  descendant  d'A  Pao  Ki,  à  la 
huitième  génération,  aussi  habile  dans  le  maniement  des 
armes  que  versé  dans  les  lettres.  Yc  liu  Chun  vécut  peu  de 
temps;  il  mourut  quelques  mois  plus  tard  à  la  sixième  lune 
de  1122;  sa  femme,  la  princesse  Siao  Che  s'empara  de  la 
régence  contre  le  gré  de  I,i  Tchouen  qu'elle  fit  mettre  à  mort 
lorsque  ce  ministre  poussa  les  Chinois  à  reprendre  le  pays 
de  Yen. 

Les  Kin  marchèrent  sur  T'ai  Toung  fou,  Cour  occidentale 
des  Leao,  dont  ils  s'emparèrent;  ils  y  capturèrent  enfin  le 
fameux  A  sou  qu'A  kou  ta  se  contenta  de  faire  fustiger  ;  après 
quoi  il  fut  remis  en  liberté. 

La  Cour  des  Soung  prépara  une  armée  de  150.000  hommes 
qui  lut  placée  sous  le  commandement  de  T'oung  Kouan, 
qui  divisa  ses  troupes  en  deux  corps  dirigés  par  Tchoung 
Se-tao,  qui  prit  la  route  de  Pe  keou,  et  par  Sin  Hing- 
tsoung,  qui  prit  celle  de  Fan  Tsun,  mais  ils  furent  battus 
l'un  et  l'autre  par  Ye-liu  Ta-che  et  Siao  Wa  envoyés  contre 
eux  par  les  Leao  ;  les  vaincus  furent  rappelés  par  l'empereur. 
Redoutant  les  Kin,  après  la  défaite  des  Leao,  pour  soutenir 
ceux-ci, les  Hia  leur  envoyèrent  30.000  cavaliers  commandés 
par  Li  Leang-fou.  Rencontrés  par  les  généraux  kin,  Oua 
lou  et  Leou  Che,  dans  le  pays  de  Yi  Chouei,  ceux-ci  ayant 
appris  leur  destination,  les  chassèrent  jusqu'au  pays  de 
Ye  Kou  où  ils  périrent  dans  les  eaux  des  fleuves  débordés. 
A  la  7e  lune  de  1122,  une  nouvelle  armée  impériale  destinée 
à  s'emparer  de  Yen,  commandée  par  T'oung  Kouan  et  T  s'aï 
Yeou,  est  presque  entièrement  détruite  par  Siao  Wa. 

Le  roi  des  Leao  ayant  perdu  sa  Cour  occidentale  et  tout 
le  sud  du  désert  de  Cha  Mo,  se  retira  au  pays  de  Ta  Yu 
Lo;  poursuivi  par  les  Kin,  à  Che-nien-to,  avec  25.000 
hommes  de  troupes,  il  essaya  vainement  de  résister  à 
l'avant-garde  de  l'armée  kin  d'A  kou  ta,  composée  de 
4.000  hommes  commandés  par  Oua  Li  pou. 

Cependant  Yen  que  les  Chinois  s'étaient  chargés  d'en- 
lever était  encore  aux  mains  des  Leao  :  «  A  kou  ta  envoya 


138  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Li  Tsing  à  la  Cour  impériale  pour  se  plaindre  de  leur  lenteur  ; 
Houei  Tsoung  lui  dépêcha  Tchao  Leang-se,  qui  répondit 
à  ces  plaintes  et  demanda  en  même  temps  de  céder  encore 
aux  Chinois  les  départements  de  Ying  Tcheou,  de  Ping 
Tcheou  et  de  Louan  Tcheou.  Lorsque  l'empereur  avait  fait 
ses  conventions  avec  les  Kin,  il  avait  parlé  des  villes  que  le 
fondateur  de  la  dynastie  des  Tsin  postérieurs  avait  cédées 
aux  K'i  Tan,  et  non  de  ces  trois  derniers  départements  qui 
n'en  étaient  pas.  A  kou  ta  ne  voulut  point  entendre  à  cette 
nouvelle  proposition.  Pou  kia  nou,  chargé  de  traiter  avec 
l'envoyé  chinois,  reprocha  que  Houei  Tsoung  n'avait  pas 
attaqué  fortement  les  Leao  dans  le  pays  de  Yen,  comme 
il  l'avait  promis,  et  pour  cette  raison  on  ne  voulait  plus  lui 
céder  que  les  six  villes  de^i  Tcheou,  de  Kin  Tcheou,  de  Tan 
Tcheou,  de  Chouen  Tcheou,  de  Tcho  Tcheou  et  de  Yi  Tcheou. 
Tchao  Leang-se  se  récria  sur  la  mauvaise  foi  des  Kin,  et 
s'en  revint  sans  avoir  rien  conclu  »  1. 

T'oung  Kouan  organisa  une  nouvelle  armée,  et  les  Kin,  de 
leur  côté,  préparèrent  l'attaque  de  Yen,  malgré  les  dé- 
marches de  la  régente  Siao  Che,  qui  demandait  que  Ye- 
liu  Ting  fut  déclaré  roi  des  Leao,  en  se  reconnaissant  vassal 
d'A  kou  ta;  celui-ci  ne  voulut  rien  entendre.  Siao  Che  essaya 
vainement  de  barrer  la  route  à  Kia  yu  kouan.  Kao  Lou, 
gouverneur  de  Yen  King,  envoya  sa  soumission  au  roi  des 
Kin  qui  occupa  la  ville.  Siao  Che  se  sauva  avec  Siao  Wa  par 
Kou  pe  k'eou. 

Après  de  difficiles  négociations,  les  Kin  cédèrent  la  Cour 
de  Yen  à  la  Chine,  avec  six  départements,  «  mais  ils  ne  firent 
aucune  mention  des  villes  de  Ying  Tcheou,  de  Ping  Tcheou 
et  de  Louan  Tcheou,  ni  de  leurs  dépendances,  comme 
n'ayant  point  été  du  nombre  de  celles  que  le  fondateur  des 
Tsin  postérieurs  avait  cédées  aux  K'i  Tan;  et  indépen- 
damment de  cette  restriction,  ils  pillèrent  les  territoires 
qu'ils  cédaient  aux  Chinois,  et  en  enlevèrent  la  plupart  des 
femmes  et  des  enfants  qu'ils  conduisirent  dans  leur  pays  »  ^. 

Cette  affaire  terminée,  les  Kin  envoyèrent  Oua  Lou  et 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  404-5. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  408. 


LES    SOUNG  139 

Oua  Li  pou  vers  Kia  Yu  koiian,  où  ils  firent  prisonnier  Ye- 
liu  Ta-che;  plus  loin  à  Ying  Tcheou,  ils  capturèrent  les 
princes  Ye-liu  Ting  et  Ye-liu  Ning,  les  princesses,  10.000 
chariots  remplis  de  bagages  (i  123).  L'inïortuné  roi  des  Leao, 
errant  avec  quelques  troupes,  tenta  en  vain  de  résister; 
il  perd  son  fils  aîné,  Ye-liu  Siniliei  ;  il  traverse  le  Houang  Ho 
et,  contre  l'avis  de  Siao  Te-lieï,  il  accepte  l'hospitalité  de 
Li  Kien-choiien,  roi  des  Hia,  qu'il  crée  empereur.  Siao  Te-liei 
et  Ye-liu  Youen-tche  enlèvent  Ye-liu  Yo-li,  deuxième  fils 
du  roi  des  Leao,  s'enfuient  dans  le  nord-ouest  avec  lui  et 
proclament  empereur  ce  jeune  prince. 

Tchang  Kio,  gouverneur  de  Ping  Tcheou  pour  les  Kin, 
se  donne  à  l'empereur;  contre  l'avis  de  Tchao  Leang-se, 
et  malgré  son  traité  avec  les  Kin,  l'empereur  donne  à  Wang 
Ngan-tchoung  l'ordre  de  soutenir  Tchang  Kio.  Sur  ces 
entrefaites,  A  kou  ta  mourait  à  Pou  Tou  lo,  dans  la  8^  lune 
(1123)  dans  la  cinquante-sixième  année  de  son  âge;  on 
l'enterra  à  l'ouest  de  la  ville  de  Haï  kou  tch'eng.  Ou  k'i  mai, 
frère  du  roi,  fut  proclamé  son  successeur. 

Ayant  appris  larévolte  de  Tchang  Kio,  les  Kin  envoyèrent 
contre  lui  Chemou  avec  3.000  cavaliers,  mais  celui-ci  n'étant 
pas  en  force  se  retira.  Une  autre  expédition  fut  organisée 
sous  le  commandement  de  Oua  Li  pou  avec  Chemou  comme 
second  ;  Tchang  Kio  battu  se  réfugia  à  Yen  chan  fou,  près 
de  Wang  Ngan-tchoung  qui  essaya  inutilement  de  lui  sauver 
la  vie.  Les  vainqueurs  exigèrent  de  l'empereur  les  têtes  de 
leur  ennemi  et  de  ses  deux  fils,  et  Houei  Tsoung  eut  la  fai- 
blesse de  céder  à  leurs  exigences  (1123).  Ping  Tcheou, après 
un  siège  de  plus  de  six  mois,  est  pris  par  les  Kin  qui  mettent 
à  mort  son  défenseur  Tchang  Tun-kou. 

Le  roi  des  Leao,  Ye-liu  Yen-hi,  quitte  les  Hia,  repasse 
le  Houang  Ho,  se  réfugie  dans  la  horde  Hou  liu  pou,  puis 
dans  la  horde  Ou  ti  liei,  ouvre  à  nouveau  les  hostilités,  re- 
prend Wou  Tcheou,  mais  se  fait  battre  encore  par  les  Kin; 
il  accepte  l'hospitalité  que  lui  offre  Siao  Hou  lou,  chef  des 
Tang  Hiang;  après  un  voyage  des  plus  pénibles,  sans  res- 
sources, à  la  deuxième  lune  de  1125,  le  malheureux  Ye-  liu 
Yen-hi  qui  s'approchait  de  Y^ing  Tcheou,  capitale  des  Tang 


140  HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 

Hiang,  fut  fait  prisonnier  par  le  général  kin  Leou  Che,  qui 
le  poursuivait;  accablé  par  ses. revers,  l'infortuné  souverain 
tomba  malade  et  succomba  quelques  mois  plus  tard,  à  l'âge 
de  54  ans,  dans  la  vingt-quatrième  année  de  son  règne  (11 26). 
Il  fut  le  dernier  prince  de  la  dynastie  des  Leao  orientaux. 
Après  sa  mort,  son  vainqueur,  Ou  k'i  mai,  roi  de  Kin,  lui 
donna  le  titre  de  prince  de  Hai  Pin  1. 

Si  Ye-liu  Yen-hi  (T'ien  Tso,  1101-1125)  termine  l'histoire 
des  Leao  Orientaux,  Ye-liu  Ta-che,  descendant  d'A-pao-ki, 
commence  celle  des  Leao  Occidentaux  (Si  Leao),  Kara 
K'i  Tai,  qui  devait  comprendre  cinq  souverains,  jusqu'à 
Mo  TcHOu  (Ye-liu  Tche-lou-kou),  1168,  détrôné  par  son 
gendre  Koutchlouk,  chef  des  Naï  mans.  Ye-liu  Ta-che,  à 
la  tête  de  200  cavaliers,  était  en  effet  parti  vers  l'ouest; 
il  franchit  le  He  Chouei  et  ayant  reçu  des  renforts,  s'empare 
des  villes  de  la  Kachgarie,  dépossédant  les  Kara  Khanides 
(Ileks  ou  Al-i-Afrasyab)  dont  la  dynastie  avait  été  fondée 
en  920  par  Abd  el  Kerim  Satok  Kara  Khan.  Ye-liu  Ta-che 
(Te  Tsoung)  proclamé  Gour  Khan  (Khan  universel),  établit 
sa  capitale  à  Balasaghoun,  maître  d'un  empire  considé- 
rable qui  s'étendait  des  K'ouen  louen  à  la  Sibérie,  et  du 
Gobi  à  l'Oxus.  Nous  retrouverons  les  Kara  K'i  Tai  plus  tard. 

Les  Kin  victorieux  ne  cherchaient  qu'un  prétexte  pour 
déclarer  la  guerre  à  l'Empire  chinois.  Après  quelques  in- 
sultes et  quelques  négociations,  ils  demandèrent  nettement 
à  la  Chine  de  leur  céder  le  Ho  Toung  et  le  Ho  Pe,  et  que 
désormais  le  Houang  Ho  serve  de  limite  aux  deux  empires. 
Tandis  que  T'oung  Kouan  portait  cette  nouvelle  à  l'em- 
pereur, le  général  kin  Niyamoho  marchait  sur  T'ai  Youen, 
défendu  par  Tchang  Hiao-chun.  Grâce  au  traître  Kouo  Yo- 
se,  commandant  du  Ho  Pe,  qui  livra  Yen  Chan  fou  à  Oua  Li 
pou,  celui-ci  fit  aisément  la  conquête  de  cette  région. 

Houei  Tsoung  découragé  abdiqua  à  K'ai  Foung  (à  la 
première  lune  de  11 25),  céda  le  trône  au  prince  héritier  et 
quittant  le  palais  impérial,  se  retira  dans  un  autre  palais, 
avec  le  titre  de  Tao  Kiiin  T'ai  Chang  Houang  Ti.  On  peut 
dire  que  Houei  Tsoung  fut  l'artisan  de  sa  propre  ruine  ;  tour 

I.  Mailla,  VIII,  p.  419. 


LES   SOUNG  141 

à  tour  le  jouet  deTs'ai  King  qui  le  plongea  dans  les  super- 
stitions des  Tao  Che  et  de  l'eunuque  T'oung  Kouan,  il  «  avait 
perdu  l'empire  et  (plus  tard)  la  liberté  par  sa  faute  :  prince 
d'un  esprit  médiocre,  il  présuma  trop  de  sa  prudence  et  de 
ses  lumières;  peu  judicieux  et  clairvoyant,  il  éloigna  de  la 
Cour  les  personnes  qui  pouvaient  lui  donner  les  meilleurs 
conseils,  et  ne  donna  sa  confiance  qu'à  des  fourbes  et  à  des 
flatteurs  qui  le  firent  tomber  dans  le  précipice  1  ». 

L'histoire  de  la  Chine  se  répète  constamment  :  souverain 
faible,  adonné  au  plaisir  ou  affolé  par  les  superstitions, 
parfois  l'un  et  l'autre,  ministres  incapables  quand  ils  ne  sont 
pas  traîtres,  eunuques  tout  puissants;  aux  fondateurs  des 
dynasties,  souvent  des  hommes  remarquables  généralement 
par  leurs  qualités  guerrières  qui  semblent  avoir  épuisé 
la  force  de  leur  race  dans  la  lutte  pour  l'ascension  suprême, 
succèdent  des  princes  rapidement  efféminés  par  le  luxe, 
qui  n'ont  plus  que  les  défauts  des  ancêtres  dont  les  vertus 
avaient  fait  la  grandeur  de  leur  famille.  Telle  s'est  présentée 
cette  histoire  sous  les  anciennes  dynasties,  telle  nous  la 
verrons  se  reproduire  de  nos  jours  lorsque  la  dynastie 
mandchoue,  après  avoir  passé  sous  la  forte  direction  d'un 
K'ang  Hi  ou  d'un  K'ien  Loung  tombera  aux  faibles  mains 
d'un  Kia  K'ing  ou  d'un  Hien  Foung. 

I.  Mailla,  VIII,  p.  517. 


CHAPITRE  X 

Les  Soung  (suite). 

DÈS  son  avènement,  le  nouvel  empereur  s'empressa 
d'envoyer  Li  Ye  au  roi  des  Kin  pour  lui  offrir  son 
amitié;  à  King  Youen  fou,  Li  Ye  rencontra  Oua 
Li-pou qui,  lorsqu'il  eut  connu  l'objet  de  sa  mission,  se  prépa- 
rait à  retourner  sur  ses  pas,  lorsque  le  traître  Kouo  Yo-se,  con- 
naissant le  triste  état  des  affaires  de  la  Chine,  détermina  le 
général  Kin  à  poursuivre  sa  campagne  vers  Siang  Tcheou  et 
Siouen  Tcheou  (district  de  Tai  Ming,  TcheLi)  qui  furent  pris. 
Les  troupes  chinoises  qui  défendaient  le  Houang  Ho 
se  débandèrent  ;  les  Kin  traversèrent  le  fleuve  Jaune  sans 
difficulté  et  capturèrent  Houa  Tcheou  (1126). 

Dans  ce  danger  extrême,  l'emipereur  Houei  Tsoung,  sur 
le  conseil  de  son  fils,  quitta  K'ai  Foung  et  se  retira  au 
Kiang  Nan,  d'abord  à  Po  Tcheou,  puis  à  Tchen  Kiang. 
Li  Kang,  à  la  tête  des  troupes  de  K'ai  Foung,  repoussa 
l'attaque  des  Kin  qui  furent  obligés  de  se  retirer.  Néanmoins 
l'empereur  trop  faible  résolut  d'accorder  à  l'ennemi  ce  qu'il 
demanderait  et,  au  lieu  de  l'énergique  Li  Kang,  il  dépêcha 
le  pusillanime  Li  Tchu  à  Oua  Li-pou  pour  traiter  des  con- 
ditions de  la  paix.  Le  général  Kin  répondit  :  «  Si  votre 
maître  veut  avoir  la  paix  avec  nous,  il  faut  qu'il  nous 
donne  500.000  taëls  d'or,  50.000.000  de  taels  d'argent, 
10.000  bœufs  ou  chevaux,  et  un  million  de  pièces  de  soie; 
il  faut  encore  qu'il  ait  pour  notre  empereur  le  même  respect 
qu'un  frère  doit  avoir  pour  son  aîné,  et  qu'il  lui  donne  cette 
qualité;  les  Chinois  nous  renverront  tous  ceux  des  pays  de 
Yen  et  de  Yun,  qui  sont  dans  leurs  états,  et  ils  nous  céderont 
les  pays  de  Tchoung  Chan,  de  T'ai  Youen,  de  Ho  Kien; 
nous  exigeons  encore  que  votre  maître  nous  donne  un  de 
ses  ministres  et  un  des  princes  du  premier  ordre,  pour  nous 


LES   SOUNG  143 

conduire  au  delà  du  Houang  Ho;  s'il  accepte  la  paix  à  ces 
conditions,  aussitôt  je  m'en  retourne  »  ^ 

Malgré  les  efforts  de  Li  Kang,  Li  Pang-yen  et  quelques 
autres  firent  accepter  ces  honteuses  conditions  par  l'empe- 
reur qui  envoya  en  otages  Tchang  Pang-tch'ang  et  K'ang 
Wang,  neuvième  fils  de  Houei  Tsoung.  Entre-temps,  un 
officier,  nommé  Tchoung  Se-tao,  apprenant  le  danger  que 
courait  K'ai  Foung,  rassembla  des  troupes  et  s'avança 
au-devant  des  Kin  qui,  effrayés,  levèrent  leur  camp  pendant 
la  nuit.  Des  troupes  fraîches  arrivaient  continuellement 
au  secours  de  la  ville,  ce  qui  n'empêchait  pas  les  Kin,  con- 
naissant la  couardise  de  leur  adversaire,  d'augmenter  leurs 
prétentions.  Yao  Ping-tch'oung,  qui  avait  amené  des 
troupes  de  renfort,  attaqua  sans  ordre  et  se  fit  battre  par 
1  les  Kin.  Quoique  furieux  d'avoir  été  attaqué  pendant  que 
se  poursuivaient  les  négociations  de  paix,  Oua  Li-pou  com- 
prit qu'il  lui  serait  difficile  de  prendre  K'ai  Foung  de  vive 
force,  et  se  contentant  des  avantages  qu'il  avait  arrachés 
à  la  faiblesse  de  l'empereur,  il  se  retira  vers  le  nord  (1126). 

Pendant  ce  temps,  Niyamoho,  abandonnant  le  siège  de 
T'ai  Youen  trop  bien  défendu  par  Tchang  Hiao-chun, 
descendit  vers  le  midi  et  s'empara  du  Loung  Te  fou  (Lou 
Ngan  fou,  Chan  Si).  Irritation  contre  Li  Pang-yen,  auteur 
de  toute  cette  honte;  il  est  disgracié  et,  inconsidérément, 
K'in  Tsoung  révoque  les  clauses  du  traité  qu'il  avait  juré, 
les  Kin  poursuivant  la  guerre  malgré  leur  parole,  en  parti- 
culier ce  qui  concernait  T'ai  Youen,  Tchoung  Chan  et  Ho 
Kien.  Il  envoie  Tchoung  Se-tchang  pour  défendre  ces  deux 
dernières  villes  et  Yao  kou  au  secours  de  T'ai  Youen. 
Yao  kou  passe  le  Houang  Ho  et  reprend  Loung  Te-fou, 
tandis  que  Oua  Li-pou  accueilli  à  coups  de  flèches  du  côté 
de  Tchoung  Chan  et  de  Ho  Kien  regagne  la  Tartane. 

«  K'in  Tsoung  attribuant  le  mauvais  état  du  gouverne- 
ment aux  changements  que  Wang  Xgan-che  y  avait  intro- 
duits sous  le  règne  de  Chen  Tsoung,  les  abolit  entièrement 
et  ordonna  qu'on  s'en  tint  aux  anciens  règlements.  Il  voulut 
de  plus  qu'on  retirât  du  Miao  de  Confucius  le  portrait  de 

I.  Mailla,  VIII,  p.  432. 


144  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

ce  ministre,  et  défendit  tous  ses  livres  sous  de  grièves 
peines;  il  rétablit  la  réputation  de  ceux  qui  avaient  été 
dégradés  par  rapport  à  lui  i.  » 

Niya  moho  avait  laissé  des  troupes  devant  ï'ai  Youen 
pour  la  prendre  par  la  famine  ;  les  Chinois  qui  se  portaient 
au  secours  de  cette  ville  furent  complètement  écrasés.  Li 
Kang,  envoyé  à  son  tour  pour  délivrer  la  ville,  était  à  la  tête 
de  trois  corps  qui,  au  lieu  d'agir  ensemble,  arrivèrent  les 
uns  après  les  autres  et  se  firent  battre  successivement. 
La  Cour  essaya  de  gagner  les  envoyés  Leao,  Ye-liu  Yu-  tou 
et  Siao  Tchoung-koung  au  service  des  Kin  qui  se  trouvaient 
à  K'ai  Foung,  mais  ces  manœuvres  furent  dévoilées  à 
Wan-yen  Ou  k'i  mai  qui  fit  partir  contre  la  Chine  Niyamoho 
de  Yun  Tchoung  et  Oua  Li-pou  de  Pao  Tcheou. 

Niyamoho  s'empare  d'assaut  de  T'ai  Youen  (1126),/ 
franchit  par  ruse  le  Houang  Ho  et  rejoint  Oua  Li-pou  près 
de  K'ai  Foung.  Malgré  la  vigoureuse  défense  du  généra- 
lissime, K'ang  Wang,  et  de  ses  généraux,  l'empereur  se  rend 
au  camp  de  Niyamoho  et  demande  à  se  soumettre;  cette 
requête  est  envoyée  à  Ou  k'i  mai,  roi  des  Kin,  qui  déclare 
qu'il  dégrade  les  deux  empereurs  et  les  réduit  au  rang  du 
peuple  ;  que  les  Chinois  doivent  leur  choisir  un  successeur  ; 
faute  d'une  élection,  les  Kin  désignèrent  Tchang  Pang- 
tch'ang  comme  empereur  de  Ta  Tchou.  Les  vainqueurs  se 
partagèrent  les  prisonniers  et  le  butin  :  Oua  Li-pou  eut  pour 
lui  Houei  Tsoung,  sa  femme,  la  mère  et  la  femme  de  Kang 
Wang,  des  princes  et  des  princesses;  K'in Tsoung,  qui  devait 
mourir  en  exil  à  la  6^  lune  de  1156,  âgé  de  61  ans,  sa  femme, 
le  prince  héritier,  d'autres  princes  et  d'autres  princesses 
échurent  à  Niyamoho.  Tout  ce  troupeau  impérial,  avec  ba- 
gages et  trésor,  prit  le  chemin  de  la  Tartarie  (première 
lune  1127).  Ainsi  finit  misérablement  la  dynastie  des  Soung, 
connue  sous  le  nom  de  Pe  Soung,  Soung  septentrionaux. 
Seul  avait  échappé  au  désastre  K'ang  Wang,  absent  de  K'ai 
Foung  lors  de  la  reddition  de  la  ville. 

Loin  de  la  Cour  lorsque  les  Barbares  l'assiégèrent  pour 
la  seconde  fois,   K'ang  W'Ang,   neuvième  fils  de  Houei 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  439-440. 


LES   SOUNG  145 

Tsoiing,  échappa  seul  à  la  capture  de  la  famille  impériale 
par  les  Kin.  Tcliang  Pang-tch'ang,  proclamé  malgré  lui 
par  l'ennemi  empereur  de  Ta  Tchou,  agissant  avec  la  plus 
entière  loyauté,  rappela  l'impératrice  Moung  Che  et  avertit 
K'ang  Wang  à  Tsi  Tcheou,  qu'il  était  attendu  pour  rem- 
placer sur  le  trône  les  souverains  Soung  emmenés  en  cap- 
tivité; Tsoung  Tseu  et  Liu  Hao-wen  joignirent  leurs  in- 
stances aux  siennes;  K'ang  Wang  n'y  céda  que  sur  l'ordre 
de  l'impératrice. 

Ayant  quitté  Tsi  Tcheou,  K'ang  Wang  se  rendit  à  Ying 
Tien  fou  (Nan  King),  où  il  fut  rejoint  par  Tchang  Pang- 
tch'ang  et  un  grand  nombre  d'officiers  de  province;  le  pre- 
mier jour  de  la  cinquième  lune,  il  était  élu  empereur  et  il 
proclamait  une  amnistie  générale  dont  furent  exceptés 
Ts'ai  King,  T'oung  Kouan,  Tcliou  Mien  et  Li  Yen,  qui 
par  leurs  duperies  avaient  conduit  Houei  Tsoung  et  la 
dynastie  à  la  ruine.  Tchang  Pang-tch'ang  fut  récompensé 
de  sa  conduite  en  étant  créé  Prince  de  Toung  Xgan,  avec 
la  permission  de  ne  venir  au  palais  que  deux  fois  par 
mois. 

«  Lorsque  Niyamoho  regagna  la  Tartarie,  il  laissa  Yin 
Tchou-kou  avec  dix  mille  hommes  pour  la  garde  de  T'ai 
Youen  ;  il  envoya  Chao  ho  camper  à  Tcheng  Ting,  et  Leou 
Che  faire  le  siège  de  Ho  Tchoung;  il  fit  venir  Mongko 
pour  s'emparer  de  Tseu-siang  et  de  Po  haï;  Tadalouyé 
faisait  alors  le  siège  de  Ho  Kien;  le  nouvel  empereur  qui 
voulait  conserver  cette  dernière  ville,  chargea  ]\Ia  Tchoung 
et  Tchang  Houan  de  la  secourir.  Ces  deux  officiers  ras- 
semblèrent environ  10.000  hommes;  mais  en  dégarnissant 
quelques  places,  ils  donnèrent  moyen  à  Leou  Che  qui  com- 
mandait un  gros  corps  de  Tartares,  de  prendre  Ho 
Tchoung  fou,  Hiaï-Tcheou,  Kiang  Tcheou,  Tseu  Tcheou  et 
Chi  Tcheou. 

»  Q  uand  le  général  Oua  Li-pou  apprit  que  les  Chinois 
avaient  mis  Kao  Tsoung  sur  le  trône,  il  proposa  de  ren- 
voyer l'ancien  empereur  Houei  Tsoung,  et  de  faire  ensuite 
la  paix  avec  la  Chine;  mais  Niyamoho  qui  s'était  emparé 
de  toute  l'autorité,  et  qui  agissait  en  maître,  ne  voulut  point 


146  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

y  consentir.  L'opposition  de  ce  Tartare  et  la  mort  qui  enleva 
alors  Oua  Li-pou  firent  s'évanouir  ce  projet  1.  » 

Kao  Tsoung  prit  comme  ministre  Li  Kang,  qui  accepta 
ces  hautes  fonctions  malgré  lui  et  s'occupa  immédiatement 
de  la  réorganisation  de  l'armée  et  de  la  construction  de 
chariots  de  guerre  ;  il  est  intéressant  de  noter  en  quoi  con- 
sistaient ces  engins  : 

«  Les  provinces  orientales  et  occidentales  de  la  Cour 
furent  chargées  de  les  construire  sur  le  modèle  de  ceux  que 
Tchang  Hing-tchoung  avait  inventés  sous  l'empereur  Wou 
Ti,  de  la  dynastie  des  Tsin  postérieurs.  Ils  étaient  à  quatre 
roues,  et  avaient  sur  le  devant  deux  traversiers,  auxquels 
étaient  attelés  les  chevaux,  et  sur  lesquels  on  plaçait  les  arcs 
et  les  flèches;  quatre  hommes  placés  près  des  traversiers 
servaient  de  conducteurs.  Le  pourtour  du  char  était  garni 
dans  la  partie  supérieure  de  boucliers,  qui  mettaient  à 
couvert  la  tête  et  la  moitié  du  corps  des  soldats  ;  des  plaques 
de  fer  défendaient  les  pieds  et  le  reste  du  corps;  enfin  sur 
les  côtés  étaient  des  chaînes  de  fer  :  chacun  de  ces  chars 
pouvait  contenir  vingt-quatre  combattants,  qui  avaient 
assez  d'espace  pour  manœuvrer  sans  gêne;  les  uns  étaient 
armés  d'arcs  et  de  flèches,  les  autres  de  longues  piques 
ou  hallebardes  et  de  demi-lances.  Ces  chars  eu  formant  un 
rang  dans  un  combat,  soutenaient  à  merveille  la  cavalerie 
et  l'infanterie  ;  ils  avaient  encore  l'avantage  dans  un  cam- 
pement de  mettre  à  couvert  une  armée,  comme  si  elle  avait 
été  dans  une  place  fortifiée  «  ^. 

Kao  Tsoung  avertit  de  son  avènement  au  trône  son  père, 
Houei  Tsoung,  qui  s'en  montra  fort  heureux;  il  eut  aussi 
des  nouvelles  de  sa  femme  Hing  Che.  Li  Kang,  malgré  sa 
valeur,  desservi  par  Houang  Tsien-chen  et  Wang  Pe-yen, 
se  retira  après  soixante-dix-sept  jours  de  ministère.  Sur  le 
conseil  de  ces  deux  intrigants  et  malgré  l'avis  de  Tsoung 
Tseu,  qui  commandait  à  K'ai  Foung,  l'empereur  à  la 
10^  lune  de  1127  transféra  sa  Cour  de  YingTien  à  Yang 
Tcheou. 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  456-7. 

2.  Mailla,  VIII,  pp.  458-459. 


LES   SOUNG  147 

A  la  douzième  lune,  les  Kin  recommencèrent  la  guerre  : 
l'armée  principale  commandée  par  Niyamoho,  devait 
traverser  le  Houang  Ho  et  attaquer  le  Ho  Nan;  Olito,  fils 
d'A  kuu  ta,  s'empara  de  Ts'eu  Tcheou  et  de  Ts'ing  Tcheou, 
tandis  que  son  lieutenant  Wou  Tcnou  devait  conquérir  le 
Chan  Toung;  une  troisième  armée  devait  pénétrer  au 
Chen  Si  pour  attaquer  les  provinces  de  l'ouest.  Mais  le  but 
de  l'envahisseur  était  en  premier  lieu  K'ai  Foung,  défendu 
par  Tsoung  Tseu  qui  envoya  Licou  Yen  vers  Houa  Tcheou 
et  Lieou  Ta  vers  Tcheng  Tcheou,  faisant  bonne  garde  aux 
passages  du  Houang  Ho.  La  défense  paraissant  formidable, 
Wou  Tchou  et  Leou  Che  se  retirèrent  devant  les  Chinois; 
mais  ce  n'était  qu'une  feinte  de  la  part  de  ce  dernier  qui 
passa  le  fleuve  sur  la  glace  à  Han  Tcheng,  d'où  il  marcha 
sur  Toung  Tcheou  de  Si-ngan,  et  Houa  Tcheou  qu'il  prit 
(1127).  Niyamoho  (11 28)  fait  saisir  Teng  Tcheou  où  les 
Chinois  avaient  accumulé  des  grains  en  vue  d'un  prochain 
voyage  de  l'empereur;  il  s'empare  de  Siang  Yang,  Kiun 
Tcheou,  Fang  Tcheou,  Tang  Tcheou,  Ju  Tcheou,  Tchen 
Tcheou,  Ts'aï  Tcheou,  Tcheng  Tcheou  et  Ying  Tchang, 
dont  il  fit  transporter  tous  les  habitants  dans  la  province 
du  Ho  Pe  1. 

Wou  Tchou,  arrivé  par  Tcheng  Tcheou  prjs  de  K'aï 
Foung,  se  fait  battre  par  les  troupes  de  Tsoung  Tseu,  mais 
Niyamoho  répare  cet  échec  par  une  victoire  sur  les  généraux 
Yen  Tchoung-li  qui  est  tué,  Kouo  Siun-men  et  Li  King- 
leang.  Tsoung  Tseu  tente  de  contrebalancer  ce  désastre  en 
envoyant  Tchang  Houei  contre  les  Tartares  du  côté  de  Koua 
Tcheou,  mais  ce  chef  se  trouvant  en  présence  d'un  adver- 
saire, supérieur  en  nombre,  est  tué  après  une  lutte  acharnée  ; 
heureusement  que  Wang  Siouen  envoyé  par  Tsoung  Tseu 
avec  un  renfort  chasse  l'ennemi.  ^  Il  était  bien  regrettable 
pour  l'Empire,  que  Tsoung  Tseu  fût  le  seul  fonctionnaire 
aussi  zélé  et  aussi  capable  :  les  deux  ministres,  Houang 
Tsien-chan  et  Wang  Pe-yen  ne  songeaient  qu'à  leurs  propres 
intérêts;  ils  détournèrent  l'empereur  de  retourner  à  K'ai 

1.  Mailla,  VIII,  p.  462. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  464. 


148  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Foung,  ainsi  que  le  pressait  de  le  faire  le  dévoué  Tsoung 
Tseu,  qui,  âgé  de  70  ans,  désolé  de  se  voir  si  peu  écouté, 
mourut  de  chagrin  ;  son  successeur  Tou  Tchoung  compromit 
son  œuvre  en  mécontentant  tout  le  monde. 

A  la  huitième  lune  (1128),  les  deux  empereurs  prisonniers 
furent  conduits  à  Houei  Ning  fou  en  Tartarie,  où  ils  furent 
reçus  par  le  roi  Ouk'imai  qui  créa  Houei  Tsoung,  prince  du 
troisième  ordre  du  titre  de  Houen  Te-koung,et  K'in  Tsoung, 
prince  du  4e  ordre  du  titre  de  Tchoung  Kouen-heou,  et  il  fit 
déporter  au  nord-est  de  Yen  Chou  (Pe  King),  lés"  habitants 
de  la  ville  de  Han  Tcheou  qui  furent  chargés  de  cultiver 
la  terre. 

La  mort  de  Tsoung  Tseu  ayant  donné  aux  Kin  un  nou- 
veau courage,  ils  reprirent  leur  plan  de  conquête  de  la 
Chine.  La  petite  ville  de  Pou  Tcheou,  assiégée  par  Niyamoho 
et  Olito,  ne  succomba  qu'au  bout  de  trente-trois  jours 
lorsque  son  défenseur  Yang  Tsouei-tchoung  eut  péri  après 
avoir  causé  à  ses  ennemis  des  pertes  considérables  (1128). 
Leou  Che  et  Pou  Tcha  d'autre  part,  maître  d'une  partie 
du  Ho  Si,  s'emparèrent  de  Yen  Ngan  au  Chen  Si,  opération 
que  facilita  grandement  la  haine  réciproque  de  Wang 
Chou  et  de  Kiu  Touan  chargés  de  secourir  la  place. 

Dans  le  Ho  Pe,  le  général  Wou  Tchou  prend  K'ai  Te  fou 
et  Siang  Tcheou  (Tchang  Te,  dans  le  Ho  Nan);  au  Chan 
Toung,  le  général  Talan  assiège  Tsi  Nan  dont  le  gouverneur 
Lieou  Yu  qu'il  a  gagné  se  rend,  mais  n'est  pas  suivi  par 
la  garnison  et  le  peuple.  Après  la  capture  de  Pou  Tcheou, 
Olito  s'empare  de  Tai  Ming  longtemps  défendu  par  Kouo 
Young  qui,  refusant  de  passer  au  service  des  Kin,  est 
mis  à  mort.  Niyamoho  prend  Siu  Tcheou  (Pe  Siu  Tcheou, 
du  Kiang  Nan)  malgré  la  belle  défense  du  gouverneur  Wang 
Fou  et  de  son  fils  Wang  Yi  laissés  sans  secours  (1129); 
Wang  Fou  ayant  décliné  les  offres  du  vainqueur  fut  exécuté. 
Le  général  soung  Han  Che-tchoung  ayant  dégarni  le  Houaï 
Yang  pour  réunir  ses  troupes  à  celles  du  Chan  Toung  et 
essayer  de  recouvrer  Pou  Tcheou,  Niyamoho  profite  de  cette 
circonstance  favorable,  envoie  10.000  hommes  vers  Yang 
Tcheou,  marche  lui-même  contre  Han  Che-tchoung  qui 


LES    SOUNG  149 

se  sauve,  et  s'empare  de  Se  Tcheou  du  Kiang  Nan.  Lieou 
Kouang-che  envoyé  par  l'empereur  pour  défendre  le  Houai 
Ho,  se  retire  devant  Xiyamoho  qui  franchit  la  rivière  et 
occupe  ïchou  Tcheou  (Houai  Ngan  fou,  Kiang  Nan)  et 
T'ien  Tchang  (Kiang Xan).  Averti  par  l'eunuque  Houang 
Siun,  l'empereur  fuit  précipitamment  à  Koua  Tcheou  où 
il  s'embarque  sur  le  Kiang  pour  Tchen  Kiang.  Sur  le  con- 
seil de  Wang  Youen,  de  Tchen  Kiang,  il  décide  de  se  rendre 
à  Hang  Tcheou;  il  laisse  Lieou  Kouang  à  Tchen  Kiang, 
nomme  Liu  Yi-hao  gouverneur  de  Kiang  Houai  et  charge 
Yang  W'ei-tchoung  de  la  défense  de  Kiang  Ning.  Les  Tar- 
tares  incendièrent  Yang  Tcheou,  puis  se  retirèrent;   Liu 
Yi-hao  s'empressa  de  faire  passer  le  Kiang  à  Tchen  Yen, 
qui  rentra  dans  Yang  Tcheou  (i  129). Arrivé  à  Hang  Tcheou, 
l'empereur   s'empressa  de  se  débarrasser  de  ses  deux  mi- 
nistres qu'il  préposa,  Houang  Tsicn-chen  à  la  garde  du 
Kiang,  \Vang  Pe-yen  à  celle  de  Hang  Tcheou,  tandis  qu'il 
plaça  à  la  tête  de  son  conseil,  Wang  Youen  qui,  peu  de  temps 
après,  fut  assassiné  à  l'instigation  de  Miao  Fou,  par  Lieou 
Tcheng-yen,  chef  d'un  complot  contre  les  eunuques,  dont 
un  grand  nombre  furent  massacrés.   Kao  Tsoung  fut  obligé 
de  livrer  à  Miao  Fou  et  à  ses  complices  les  eunuques  Kang  Li 
et  Tseng  Tche  qui  furent  mis  à  mort  immédiatement.  Miao 
Fou  exigea  ensuite  que  Kao  Tsoung  remit  le  gouvernement 
à  l'impératrice  et  qu'il  envoyât  une  ambassade  aux  Kin 
pour  traiter  de  la  paix;  le  faible  monarque  accepta  tout; 
il  consentait  même  à  abdiquer  en  faveur  de  son  fils,  si  l'im- 
pératrice le  lui  demandait  par  écrit.  Miao  Fou  avait  eu  le 
tort  de  ne  pas  s'assurer  le  concours  des  provinces  :  Tchang 
Siun,  gouverneur  de  Pin  Kiang,  avec  l'aide  de  Liu  Yi-hao, 
gouverneur  de  Kiang  Ning,  de  Lieou  Kouang-che,  gouverneur 
de  Tchen  Kiang,  du  général  Han  Che-tchoung,  entrèrent  à 
Hang  Tcheou  et  rétablirent  l'empereur,  tandis  que  ]\liao  Fou 
et  Lieou  Tcheng-yen  se  retiraient.  Kao  Tsoung  partit  de 
Hang  Tcheou  pour  tenir  sa  Cour  à  Kiang  Ning  que,  par  son 
ordre,  on  nomma  désormais  Kien  K'ang;  quant  aux  rebelles 
Lieou  Tcheng-yen  et  Miao  Fou,  poursuivis  par  Han  Che- 
tchoung,  ils  furent  faits  prisonniers  et  le  second  fut  décapité. 


150  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

Fort  heureusement  les  Kin  avaient  ignoré  ces  troubles 
intérieurs  de  la  Chine  et  n'avaient  pu  en  profiter;  quand 
ils  les  apprirent,  il  était  trop  tard,  mais  sans  perdre  de 
temps  Ouk'imai  envoya  aux  pays  de  Yen,  de  Yun  et  de 
Ho  Sou,  trois  corps  d'armée  sous  le  commandement  de 
Wou  Tchou  qui  s'emparèrent  des  villes  de  Ts'eu  Tcheou 
Chen  Tcheou,  Mi  Tcheou  et  Hing  jen  fou. 

Après  des  démarches  humiliantes  près  de  ses  ennemis, 
Kao  Tsoung,  abandonnant  le  séjour  de  Kien  K'ang  comme 
peu  sûr,  retourna  à  Hang  Tcheou,  qu'il  avait  baptisé  Lin 
Ngan;Tou  Tchoungfut  chargé  delà  garde  de  Kien  K'ang, 
Hang  Che-tchoung  de  celle  de  Tchen  Kiang  et  Lieou 
Kouang-che  de  celle  de  T'aï  P'ing.  Cependant  Wou  Tchou 
s'avançait  avec  deux  corps  :  l'un  entrait  dans  le  Kiang 
Toung  par  Tchou  Tcheou  de  Nan  King  et  Ho  Tcheou  du 
Hou  Kouang,  l'autre  pénétrait  au  Kiang  Si  par  Ki  Tcheou 
et  Houang  Tcheou  du  Hou  Kouang,  tandis  que  l'empereur 
fuyait  devant  l'invasion  jusqu'à  Yue  Tcheou  (Chao  Hing 
fou,  Tche  Kiang). 

Les  Tartares  franchirent  le  Kiang  à  Houang  Tcheou  et 
parurent  devant  Kiang  Tcheou  (Kieou  Kiang)  sur  le  Grand 
"Fleuve  près  dulacP'o  yang,  d'où  Lieou  Kouang-che  s'enfuit 
à  Nan  Kang;  ils  poussèrent  jusqu'à  Houng  Tcheou  (Nan 
Tch'ang)  où  résidait  l'impératrice, qui  se  retira  au  sud  du 
Kiang  Si  à  Kien  Tcheou  (Kan  Tcheou)  ;  le  gouverne- 
ment et  la  garnison  suivirent  l'exemple;  enfin  à  Kien 
Tcheou  l'ennemi  fut  arrêté  par  le  général  Hou  Yeou  et 
obligé  de  retourner  à  Houng  Tcheou. 

L'autre  armée  kin  traversa  le  Kiang  à  Ma  kia,  prit 
T'ai  P'ing  Tcheou,  défit  les  troupes  du  gouverneur  du 
Kiang  Houai  qui  se  retira  à  Kien  K'ang.  Ce  gouverneur 
Tou  Tchoung,  gagné  par  les  promesses  de  Wou  Tchou  qui 
lui  promit  le  traitement  jadis  accordé  à  Tchang  Pang- 
tch'ang,  c'est-à-dire  de  lui  donner  le  gouvernement  de  la 
Chine,  rendit  Kien  K'ang;  envoyé  en  Tartarie,  le  transfuge 
fut  traité  par  Niyamoho  avec  le  mépris  qu'il  méritait. 

Epouvanté  de  l'occupation  de  Kien  K'ang,  l'empereur 
s'enfuit  à  Ming  Tcheou  (Ning  Po),  tandis  que  Wou  Tchou 


LKS    SOUNG  151 

parti  de  Kien  K'ang,  s'empare  de  Kouang  Te  fou  et  s'avance 
vers  Lin  Ngan  qu'évacue  avec  ses  troupes  le  commandant 
Kan  Yun-tche;  apprenant  que  Kao  Tsoung  est  à  Ming 
T cheou,  il  y  envoie  la  cavalerie  d'Alipolohou,  mais  prévenu 
à  temps,  l'empereur  prend  la  mer  pour  Ting  Hai  Hien. 
Alipolohou  traverse  le  Ts'ien  Tang,  arrive  à  Yue  Tcheou, 
qui  lui  ouvre  ses  portes,  franchit  le  Tsao  wou  kiang,  mais  à 
l'ouest  de  Ming  Tcheou,  au  pont  de  Kao  Kiao,  il  est  battu 
par  le  général  Tchang  Tsiun  et  obligé  de  rejoindre  l'armée 
de  Wou  Tchou  (1129).  Non  découragés,  les  Kin  reviennent 
attaquer  Ming  Tcheou  (1130),  mais,  après  avoir  perdu  la 
moitié  de  leur  armée  défaite  par  Tchang  Tsiun  et  Lieou 
Houng-tao,  ils  sont  obligés  d'incendier  leur  camp  et  de  se 
replier  à  Yu  Yao  pour  demander  des  secours  à  Wou  Tchou. 
Celui-ci  accourt  avec  Ahpolohou  et  des  troupes  fraîches  et 
devant  ces  forces  supérieures  Tchang  Tsiun  est  obligé  de 
se  retirer  à  T'ai  Tcheou,  tandis  que  Lieou  Houng-tao  est 
forcé  d'abandonner  aux  Kin,  Ming  Tcheou,  dont  les  habi- 
tants sans  défense  sont  impitoyablement  massacrés  par  le 
vainqueur.  Les  Kin  poursuivent  l'empereur  jusque  sur  la 
mer,  mais  les  joncjues  impériales,  commandées  par  Tchang 
Koung-yu  chassent  les  bateaux  ennemis  et  conduisent  le 
prince  en  sécurité  à  Wen  Tcheou.  Wou  Tchou,  désappointé, 
incendie  Lin  Ngan  et  remonte  vers  le  nord. 

Le  général  tartare  Leou  Che,  battu  par  Li  Yen-sien,  re- 
vient avec  des  forces  considérables  assiéger  au  Ho  Nan 
la  ville  de  Chen  Tcheou,  qu'il  ne  peut  prendre  que  par  la 
famine.  Par  la  jalousie  de  Ku  Touan,  qui  négUge  de  lui 
amener  comme  renforts  les  troupes  de  King  Youen, 
Li  Yen-sien  abandonné  à  son  sort,  désespéré,  se  précipite 
dans  le  Houang  Ho,  tandis  que  la  population  de  Chen 
Tcheou  est  passée  au  fil  de  l'épée  par  Leou  Che. 

Wou  Tchou  venant  de  Lin  Ngan  et  de  Siou  Tcheou  force 
le  général  Tcheou  Wang  à  se  réfugier  sur  le  lac  T'ai  Hou; 
le  chef  tartare  pénètre  dans  P'ing  Kiang  abandonné  par  son 
gouverneur  Tang  Toung-ye;  la  ville  est  mise  au  pillage  et 
50.000  habitants  sont  massacrés;  Tchang  Tcheou  tombe 
ensuite  et  Wou  Tchou  s'avance  vers  Tchen  Kiang,  mais 


152  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Han  Che-tchoung  lui  barre  heureusement  la  route  avec 
ses  grandes  jonques  de  mer,  qui  suivent  la  rive  nord  du 
Kiang,  tandis  que  les  barques  fluviales  de  son  adversaire 
longent  la  rive  sud  du  fleuve  et  sont  constamment  harcelées 
par  les  bâtiments  chinois  plus  puissants.  Wou  Tchou  essaie 
d'échapper  à  l'étreinte  qui  le  menace  en  passant  par  le  canal 
de  Ts'in  Houai,  rivière  près  de  Kien  K'ang,  mais  assailli 
inopinément  par  Yo  Fei,  le  général  kin  est  obhgé  de  rentrer 
dans  le  Kiang. "Des  renforts  qui  lui  sont  envoyées  de  Wei 
Tcheou  par  Talan  lui  permettent  de  tenter  une  fois  encore 
le  passage  du  Kiang  à  Houang  Tien-tang,  mais  il  est  de 
nouveau  repoussé  par  Han  Che-tchoung.  Wou  Tchou  était 
plongé  dans  les  plus  amères  réflexions,  lorsque  le  conseil  d'un 
nommé  ^^'ANG,  originaire  du  Fou  kien,  le  tira  d'embarras  : 
il  suffisait  d'attendre  un  jour  de  calme  et  de  passer  le  Kiang 
sur  de  petites  barques  à  rames,  tandis  que,  faute  de  vent, 
les  grandes  jonques  de  mer  chinoises  seraient  immobilistes; 
l'opération  réussit  parfaitement  et  Han  Che-tchoung  se 
retira  à  Tchen  Kiang;  bien  qu'il  n'eut  que  8.000  hommes, 
il  attaqua  pendant  quarante-huit  jours  à  Lou  ho  hien  les 
100.000  hommes  de  Wou  Tchou  et,  quoique  obUgé  de  battre 
en  retraite  devant  la  supériorité  du  nombre  des  adversaires, 
il  infligea  aux  Tartares  une  leçon  telle  qu'ils  ne  furent  plus 
tentés  de  passer  le  Kiang. 

Le  général  kin  demande  à  son  adversaire  à  quelles 
conditions,  il  le  laissera  passer;  celui-ci  répond  :  «Qu'on 
nous  renvoie  les  deux  empereurs  que  l'on  retient  injuste- 
ment, et  qu'on  nous  restitue  tout  le  pays  qu'on  nous  a  pris; 
à  ces  conditions  je  livre  le  passage  »  1. 

Ou  k'i  maï  nomma  à  la  9^  lune  de  1130  Lieou  Yu  empe- 
reur à  Ta  Ming-fou  (Tche  Li)  ;  le  nouvel  empire  qui  était 
placé  sous  la  dépendance  des  Kin  et  suivant  leur  calendrier, 
fut  nommé  Ts'i. 

Tchang  Tsiun  qui  commandait  au  Chen  Si  s'avança  dans 
le  Ho  Nan  pour  arrêter  Wou  Tchou  qui,  après  avoir  franchi 
le  Kiang,  marchait  vers  le  nord;  à  cette  nouvelle,  ce  dernier 
modifie  son  itinéraire  et  se  dirige  vers  le  Chen  Si  où  il  est 

I.  Mailla,  VIII,  p.  495. 


LES    SOUNG  153 

rejoint  par  le  général  Olito  et  ses  forces.  Tchang  Tsiun 
retourne  au  Chen  Si,  livre  bataille  aux  Kin,  près  de  Fou 
P'ing,  au  S.  E.  de  Yo  Tchcou,  dans  la  dépendance  de  Si-Ngan 
fou,  et,  après  une  lutte  acharnée,  est  obligé  de  se  retirer, 
mais  les  Tartares  n'osèrent  le  poursuivre  et  toutes  les  places 
étant  gardées,  ils  rentrèrent  dans  leur  pays.  L'empereur 
profita  de  ce  que  l'ennemi  avait  évacué  le  Kiang  Houai  et 
fe  Tchc  Kiang  pour  descendre  à  terre  et  s'installer  à  Yue 
Tcheou.  L'impuissance  du  gouvernement  suscitait  un  mé- 
contentement général;  une  révolte,  rapidement  écrasée 
par  les  généraux  Tchang  Tsiun  et  Ho  Fei,  éclata  au  Kiang 
Si  (1131). 

A  la  troisième  lune  (1131),  alors  que  Tchang  Tsiun  était 
dans  le  pays  de  Chou,  Wou  Tchou  pénétra  inopinément 
dans  le  Chen  Si,  et  «  se  rencht  maître  de  Koung  Tcheou,  de 
Tao  Tcheou,  de  Ho  Tcheou,  de  Lo  Tcheou,  de  Lan  Tcheou, 
de  Kouo  Tcheou,  de  Tsi  Che  Tcheou  et  de  Si  Ning  Tcheou, 
et  par  ces  conquêtes  les  Tartares  se  virent  en  possession  des 
deux  chemins  de  King  Youen  et  de  Hi  Ho  qui  leur  demeu- 
rèrent dans  la  suite;  ainsi  il  ne  resta  plus  à  l'empire  dans 
cette  province  que  les  départements  de  K'iai  Tcheou,  de 
Tcheng  Tcheou,  de  Min  Tcheou,  de  Foung  Tcheou  et  de 
Tao  Tcheou  qu'on  reprit,  de  Ho  chang  youen  de  la  dépen- 
dance de  Foung  Siang,  et  de  Fang  chan  youen  de  la  dépen- 
dance de  Soung  Tcheou  »  ^  Enhardi  par  ces  succès,  Wou 
Tchou  poussa  jusqu'au  pays  de  Chou,  mais  sur  sa  route 
il  rencontra  Wou  Kiai  envoyé  par  Tchang  Tsiun  qui  avait 
prévu  le  dessein  de  son  adversaire. 

Wou  Tchou  divisa  son  armée  en  deux  corps  :  l'un  com- 
mandé par  Molli  devait,  par  Wou  lo  tche  ho,  K'iai  Tcheou 
et  Tcheng  Tcheou,  se  rendre  au  quartier-général  de  Ho 
chang  youen,  mais  à  Wou  lo  tche  ho,  il  rencontra  les 
troupes  de  Wou  Kiai  qui  l'arrêtèrent  et  l'obligèrent  à  se 
retirer  au  sud-ouest  de  Han  Tchoung  fou;  repoussé  égale- 
ment à  Ts'ing  Tsien  kou  houan,  j\Iouli  fut  obligé  de  renoncer 
à  toute  attaque  et  à  se  retirer;  à  la  tête  de  l'autre  corps 
d'armée  de  100.000  hommes,  Wou  Tchou  jette  un  pont  sur 

I.  Mailla,  VIII,  p.  500. 


154  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

le  Houei  Ho  et  arriva  à  Ho  Chang  youen,  défendu  par 
Wou  Kiai  qu'il  ne  peut  forcer.  Wou  Tchou  essaie  de  se 
frayer  une  autre  route,  mais  talonné  par  Wou  Kiai,  il  est 
écrasé,  blessé  et  échappe  à  grand'  peine  au  désastre  de  ses 
troupes.  Ecœurés  de  leurs  insuccès  les  Kin  abandonnent 
le  Chen  Si  à  Lieou  Yu,  auquel  ils  avaient  donné  le  titre 
d'empereur. 

L'année  suivante  (1132),  profitant  de  la  retraite  des  Tar- 
tares,  par  l'intermédiaire  du  premier  ministre  Liu  Yi-hao, 
un  placet  fut  présenté  à  l'empereur  pour  l'engager  à  se 
rapprocher  du  centre  de  l'Empire  :  Kao  Tsoung  fit  droit  à 
la  requête,  et  au  commencement  de  l'année  1132,  il  quittait 
avec  sa  Cour  Yue  Tcheou,  dont  il  venait  de  changer  le  nom 
en  celui  de  Chao  Hing  fou,  pour  Lin  Ngan.  Le  prétendu 
empereur  de  la  nomination  des  Tartares,  Lieou  Yu,  suivit 
son  exemple  et  alla  s'installer  au  Ho  Nan  à  Pien  King  ou 
K'aï  Foung  où,  jouant  son  rôle  au  sérieux,  il  plaça  les  ta- 
blettes de  son  père  et  de  son  grand  père  promus  empereurs 
dans  la  salle  des  ancêtres  des  Soung.  ^ 

Prolîtant  d'une  période  de  tranquilUté,  Niyamoho  et  les 
autres  généraux  kin  pressèrent  Ou  k'imai  de  désigner  un 
prince  héritier  ou  Ngan  pan  pou  ki  liei,  proposant  «Hola, 
petit-neveu  de  son  prédécesseur,  fils  de  Ching  kou,  prince 
de  Foung.  Hola  n'était  point  du  goût  de  Ou  k'i  mai,  mais 
craignant  de  mécontenter  ses  généraux,  il  le  nomma  Ngan 
pan  pou  ki  liei,  et  déclara  en  même  temps  Poulouhou,  son 
fils,  Koe  lun  pou  ki  liei,  qui  était  une  des  premières  et  des  plus 
considérables  charges  parmi  les  Kin  »  ^. 

Les  victoires  de  Wou  Kiai  avaient  profondément  humilié 
les  Kin  qui,  pour  réparer  leur  défaite,  firent  un  grand  détour 
vers  Jao  Foung  kouan,  territoire  de  Si  Hiang  hien,  dans  la 
préfecture  de  Han  Tchoung,  Chen  Si  occidental,  dans  le  but 
d'envahir  le  Se  Tch'ouan  par  une  route  difficile  et  mal  dé- 
fendue, supposaient-ils,  par  Lieou  Tseu-yu.  Saliho,  descen- 
dant de  Ngan  ti,  troisième  roi  jou  tchen,  fut  placé  à  la  tête 
d'une  grande  armée  tartare  contre  laquelle  marcha  Wang 

1.  Mailla,  VIII,  p.  503. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  504. 


LKS    SOUNG  155 

Youen  qui  frit  défait  et  obligé  de  se  replier  sur  Jao  Foung 
kouan,  tandis  que  le  commandant  de  la  région  faisait  appel 
à  W'ou  Kiai,  qui  arriva  immédiatement,  mais  ne  put  em- 
pêcher, malgré  son  intrépidité,  les  Kin  de  forcer  la  passe  ; 
en  conséquence,  il  se  retira  pour  garder  Si  Hien  pendant 
que  Lieou  Tseu-yu  se  retirait  à  San  ts'iouen  hien  (1133).  Les 
Tartares  s'emparèrent  de  Hing  Youen  (Yang  Hien)  et 
s'avancèrent  vers  le  Se  Tch'ouan  où  Lieou  Tseu-yu  n'avait 
que  300  hommes  à  leur  opposer  !  Mais  Wou  Kiai  accourut 
le  rejoindre,  mit  les  Tartares  en  fuite  dans  une  série  d'heu- 
reux combats  et  seul  Saliho  avec  quelques  cavaliers  purent 
échapper  au  désastre.  Wou  Kiai,  prévoyant  de  la  part  des 
Kin  une  nouvelle  et  formidable  attaque,  abandonna  Ho 
chang  Youen  difficile  à  défendre  et  construisit,  plus  près  du 
Se  Tch'ouan,  une  autre  forteresse  qu'il  appela  Cha  kin  ping 
et  en  confia  la  garde  à  sonfiilsWou  Lin  (i  133).  Ses  prévisions 
se  réalisèrent  :  en  effet,  à  la  3®  lune  de  1134,  Wou  Tchou, 
Saliho  et  Lieou  Koue,  favori  de  Lieou  Yu,  qui  devait  ap- 
prendre aux  Tartares  la  manière  des  Chinois  de  combattre 
dans  les  montagnes,  avec  une  armée  de  cent  mille  hommes, 
s'emparèrent  de  Ho  Chang  youen  et  de  la  forteresse  de 
Hien  Jen  kouan  (forteresse  des  Immortels,  territoire  de 
Foung  Hien)  et  s'ouvrirent  un  chemin  à  travers  les  bois  du 
Tieï  Chan.  Wou  Lin  fut  attaqué  à  l'est  par  Wou  Tchou,  et 
à  l'ouest  par  Han  Tchang,  mais  Wou  Kiai  venu  à  la  res- 
cousse mit  les  Tartares  en  fuite. 

D'un  autre  côté,  le  célèbre  Yo  Fei,  originaire  de  T'ang 
yin  hien,  sous-préfecture  de  Tchang  Te  (Ho  Nan),  ayant 
rétabli  l'ordre  troublé  par  les  rebelles  dans  les  provinces  de 
Kiang  Si  et  de  Kiang  Nan,  se  prépara  à  reprendre  Siang 
Yang,  qui  s'était  déclaré  pour  Lieou  Yu.  Yo  Fei  ayant  passé 
le  Kiang,  prit  Ying  Tcheou  défendu  par  le  présomptueux 
King  Tchao  qui,  voyant  la  position  désespérée,  se  jeta  du 
haut  des  murailles  de  la  ville,  et  s'avança  vers  Siang  Yang 
qui  se  rendit,  lorsque  dans  une  bataille  rangée  sur  les  bords 
de  la  rivière  Siang  Kiang,  Li  Tcheng,  général  des  troupes 
de  Lieou  Yu  eût  été  écrasé;  une  nouvelle  victoire  à  Sin  Ye 
compléta  la  déroute  des  adversaires  de  Yo  Fei;  celui-ci   lit 


156  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

rentrer  sous  l'obéissance  de  l'empereur,  Soueï  Tcheou,  Tang 
Tcheou,  Teng  Tcheou,  Sin  Yang  Kiun  et  tout  le  pays  de 
Siang  hani.  Ou  k'i  mai,  qui  ne  désirait  pas  abandonner  Lieou 
Yu,  qui  lui  était  utile,  se  hâta  de  lui  fournir  50.000  hommes 
des  troupes  chinoises  du  Po  Hai,  commandées  par  Olito  et 
Talan,  avec  une  avant-garde  dirigée  par  W'ou  Tchou  ; 
l'armée  de  Lieou  Yu  avait  pour  chefs  Lieou  Lin,  son  fils, 
et  Lieou  Yi,  son  neveu.  La  cavalerie  alla  attaquer  Tchou 
Tcheou  (Houai  Ngan  fou),  tandis  que  l'infanterie  devait 
assiéger  Tcheng  Tcheou  ^. 

Ce  fut  au  général  Han  Che-tchoung  que  l'empereur  con^a 
le  soin  d'arrêter  l'invasion  des  Kin;  envoyé  à  Yang  Tcheou, 
il  divisa  son  armée  en  deux  corps  :  l'un  destiné  à  défendre 
Tcheng  Tcheou  contre  l'infanterie  des  Kin;  avec  le  second, 
composé  de  cavalerie,  il  alla  camper  à  Ta  Yi.  Puis,  il  fit  cou- 
rir le  bruit  qu'il  se  rendait  à  Ping  Kiang  :  les  Kin  tombèrent 
dans  le  panneau  :  «  Han  Che-tchoung  avait  détaché  de  son 
armée  vingt  pelotons  qu'il  avait  mis  en  embuscade  en  vingt 
endroits  différents,  avec  ordre  de  donner  sur  les  ennemis 
lorsqu'ils  entendraient  battre  ses  tambours.  Tabouyé,  un 
des  généraux  kin,  commandait  leurs  cuirassiers  qu'il 
avait  divisés  en  cinq  brigades.  C'était  l'élite  de  leur  armée, 
et  Hou  Che-tchoung  visait  principalement  à  les  enlever. 
Lorsque  ces  brigades  débouchèrent  près  du  lieu  où  la  cava- 
lerie impériale  était  en  embuscade,  Han  Che-tchoung  leva 
lui-même  un  étendard,  et  au  bruit  effroyable  de  ses  tambours 
les  Chinois  sortirent  tout  à  coup,  et  donnèrent  si  vivement 
sur  ces  cuirassiers,  qu'ils  y  mirent  du  désordre  ;  ensuite  Han 
Che-tchoung  fit  avancer  deux  corps  de  troupes,  les  uns  por- 
tant de  grands  crochets  pour  tirer  ces  cuirassiers  de  dessus 
leurs  chevaux,  et  les  autres  armés  de  longs  coutelas  destinés 
à  couper  les  pieds  des  chevaux.  Ces  instruments  meurtriers 
firent  une  terrible  destruction  d'hommes  et  de  chevaux  : 
Tabouyé  et  environ  deux  à  trois  cents  hommes  furent  faits 
prisonniers  »  ^. 

1.  Mailla,  VIII,  p.  511. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  512. 

3.  Mailla,  VIII,  p.  513. 


LES   SOUNG  157 

Le  général  Toiing  Min  envoyé  par  Han  Che-tchoung  rem- 
porta une  victoire  du  côté  de  Tien  Tchang  (Kiang  Nan)  à 
Ya  keou  kiao.  Hiaï  Youen  défendait  avec  peine  Tcheng 
Tcheou,  mais  l'arrivée  d'un  corps  de  cavalerie  commandé 
par  Tcheng  Min,  dépêché  par  Han  Che-tchoung,  la  présence 
de  ce  général  lui-même,  obligèrent  les  Tartares  à.  fuir  en 
traversant  à  la  nage  le  Houang  Ho  dans  lequel  ils  perdirent 
beaucoup  des  leurs  (1134).  KaoTsoung,  rendu  brave  subite- 
ment par  la  victoire  de  son  général^  refusa  désormais,  non 
seulement  de  reconnaître  Lieou  Yu  comme  empereur  des 
Ts'i,mais  encore  il  ordonna  qu'il  fut  mis  en  jugement, traité 
comme  rebelle,  privé  de  tout  honneur,  mis  au  rang  de 
peuple  1. 

Les  Tartares  ne  furent  pas  plus  heureux  à  Liu  Tcheou 
(Kiang  Nan)  dont  ils  désiraient  de  faire  le  siège.  Sur  la 
demande  de  secours  du  gouverneur  de  cette  place,  peu 
défendue,  Yo  Fei  lui  envoya  Niou  Kao  et  Siu  King  avec  des 
renforts  devant  lesquels  les  Tartares  prirent  la  fuite  pour- 
suivis par  le  premier  de  ces  généraux,  qui  en  tua  un  grand 
nombre. 

Après  les  désastres  de  cette  campagne,  tandis  que  les 
troupes  de  Lieou  Yu  se  retiraient,  Olito,  Wou  Tchou  et  Talan 
ne  songeaient  plus  qu'à  retourner  dans  leur  pays  où  le 
mauvais  état  de  santé  d'Ouk'i  mai  les  rappelait.  Ce  prince 
mourut  en  effet  à  la  première  lune  de  1135,  dans  la  treizième 
année  de  son  règne,  l'un  des  plus  importants  de  l'histoire 
des  Kin;  on  lui  donna  pour  successeur  Hola  ou  Holoma, 
qui  donna  le  titre  d'empereur  à  Chen  Koue,  prince  de 
Foung,  son  père,  et  celui  d'impératrice  à  Pou  Tcha,  sa 
mère;  «ensuite,  pour  conserver  dans  la  ligne  directe,  de  père 
en  fils,  l'empire  des  Tartares,  il  donna  à  tous  ses  ancêtres 
depuis  Han  pou  des  titres  honorifiques  suivant  la  coutume 
chinoise  »  ^. 

Lorsque  les  Tartares  marchèrent  vers  le  midi,  Wou  Lin, 
mettant  leur  éloignement  à  profit,  se  rendit  maître  de  Tsin 
Tcheou;  Saliho  tenta  de  reprendre  cette  ville,  mais  Wou 

1.  Mailla,  VIII,  p.  514. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  516. 


158  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

Kiai  qui  veillait,  plaça  Yang  Tcheng  en  embuscade,  qui  défit 
le  général  kin  et  l'obligea  à  la  retraite. 

A  la  quatrième  lune  de  l'année  1135,  mourut  en  capti- 
vité chez  les  Kin,  dans  la  ville  de  Wou  Koue-tch'eng  (Ning 
kou  t'a,  Kirin),  le  misérable  empereur  Houei  Tsoung,  âgé 
de  54  ans  ;  son  fils  Kao  Tsoung  resta  deux  ans  sans  avoir 
connaissance  de  la  mort  de  son  père. 

Si  les  Kin  étaient  un  danger  pour  les  Chinois,  à  leur  tour 
ils  étaient  menacés  au  nord  par  un  autre  groupe  tartare,  les 
Mong  kous  qui  devaient  un  jour  les  balayer  dans  leur 
marche  triomphante;  dès  1135,  le  roi  des  Kin,  Holoma,  en- 
voyait, pour  les  arrêter,  le  général  Hou  cha  kou  qui  se  fit 
battre  à  Hai  Ling.  Les  Kin  envoyèrent  contre  les  Mongols 
une  nouvelle  armée  plus  considérable. 

Lieou  Yu,  auquel  les  Kin  refusèrent  tout  secours,  se  crut 
néanmoins  a'ssez  fort  pour  attaquer  les  Chinois  avec  ses 
seules  forces;  il  «  assembla  jusqu'à  trois  cent  mille  hommes,' 
mais  la  plupart  sans  expérience  dans  la  guerre  ;  il  les  divisa 
en  trois  corps,  auxquels  il  fit  prendre  trois  routes  différentes. 
Lieou  Lin,  son  fils,  qui  commandait  un  de  ces  corpc,  prit  sa 
route  par  Cheou  tchun,  pour  aller  se  saisir  de  Ho  Fei,  ville 
dépendante  de  Lin  Tcheou.  Lieou  Yi,  son  neveu  prit  le 
chemin  de  l'est,  et  alla  par  la  montagne  Tse  king  chan,  dans 
l'intention  d'attaquer  Ting  Youen;  enfin  Koung  Yen-tan 
alla  par  Kouang  Tcheou  se  rendre  maître  de  la  ville  de 
Lou  Ngan  ^  ». 

Les  généraux  chinois  se  trouvaient  :  Tchang  Tsiun  à  Hiu 
Yi,  Yang  Yi-tchoung  à  Se  Tcheou,  Han  Che-tchoung  à 
Tchou  Tcheou,  Yo  Feï  à  Wou  Tcheou,  Lieou  Kouang-che 
à  Lin  Tcheou  ^.  Yang  Yi-tchoung  apprenant  la  marche  de 
Lieou  Yi  sur  Ting  Youen,  s'avança  au  devant  de  lui,  battit 
son  avant-garde  à  Yue  kia  fang,  le  poursuivit  alors  qu'il 
se  préparait  à  rejoindre  Lieou  Lin,  l'obligea  à  livrer  bataille 
à  Ngheou  tang,  et  renforcé  par  l'arrivée  de  Tchang  Tsiun, 
écrasa  son  armée  qui  périt  ou  rendit  les  armes  :  Lieou  Yi 
se  sauva  difficilement  avec  quelques  cavaliers.  A  la  nouvelle 

1.  Mailla,  VIII,  p.  519. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  519. 


LES   SOUNG  159 

de  cette  défaite,  Licou  Lin  qui  battait  en  retraite,  fut  pour- 
chassé et  quant  à  la  troisième  armée,  qui  faisait  le  siège  de 
Kouang  Tcheou,  elle  se  retira  sans  tarder.  Les  Kin  qui 
n'avaient  élevé  Lieou  Yu  que  dans  l'espoir  qu'il  serait  assez 
fort  pour  constituer  dans  le  Ho  Nan  vm  état-tampon  entre 
eux  et  les  Soung,  s'apercevant  de  sa  faiblesse  et  de  son 
incapacité,  songèrent  à  se  débarrasser  de  lui;  l'occasion 
s'offrit  bientôt. 

Niyamoho,  guerrier  de  valeur,  et  premier  ministre  des 
Kin,  ainsi  que  son  collègue  et  ami  Kao  King  soutenaient 
Lieou  Yu  ;  leur  rival  Pou  lou  hou,  déterminé  à  ruiner  leur 
influence,  réussit  à  faire  condamner  à  mort  Kao  King,  comme 
conspirateur  et  Niyamoho  fut  dégradé  ;  ne  voulant  pas  sur- 
vivre à  son  déshonneur,  celui-ci  s'empoisonna  (7^  lune  1137)  ; 
par  cette  mort  Wou  Tchou,  qui  détestait  Lieou  Yu,  se  trouva 
libre  d'agir  contre  lui.  Pour  précipiter  son  action,  le  général 
chinois  Yo  Fei,  feignant  d'être  d'accord  avec  Lieou  Yu, 
écrivit  à  ce  dernier  une  lettre  dans  laquelle  il  lui  proposait 
de  tuer  Wpu  Tchou  et  il  s'arrangea  de  manière  que  la  lettre 
tombât  entre  les  mains  du  général  tartare.  Sous  prétexte 
d'entamer  les  hostilités  contre  les  Chinois,  Talan  et  Wou 
Tchou  pénétrèrent  dans  K'ai  Foung,  et  ce  dernier,  porteur 
d'un  ordre  de  Hola,  destituant  Lieou  Yu,  s'empara  du  soi- 
disant  empereur  (ii^  lune  1137)  et  l'expédia  avec  sa  famille 
et  ses  richesses  en  Tartarie  où  il  mourut  à  la  9^  lune  de 
1146;  il  avait  reçu  le  titre  de  Chou  Wang  (roi  de  Se 
Tch'ouan). 

Han  Che-tchoung  et  Yo  Fei  étaient  d'avis  que  l'occasion 
était  bonne  de  reprendre  le  Ho  Nan,  mais  Wang  Louen, 
de  retour  de  la  Cour  du  Nord  où  il  avait  été  envoyé,  an- 
nonça que  les  Kin  avaient  décidé,  n'étant  pas  assez  puis- 
sants pour  les  défendre,  de  restituer  cette  province  et  même 
le  Chen  Si  et  de  renvoyer  les  corps  de  l'empereur  Houei 
Tsoung  et  de  l'impératrice,  ces  propositions  avaient  d'ail- 
leurs l'appui  de  Poulouhou,  des  négociations  furent  enta- 
mées en  conséquence;  elles  furent  pénibles  pour  l'orgueil 
des  Soung  ;  malgré  le  cérémonial  humiliant  exigé  par  Tchang 
Toung  kou,  l'agent  des  Kin,  et  la  rédaction  des  lettres 


l6o  HISTOIRE   GÉNÉRALE   DE   LA   CHINE 

patentes  constatant  la  restitution  des  provinces  qui 
s'adressait  au  peuple  de  Kiang  Nan  et  non  à  l'empereur, 
Kao  Tsoung  accepta  les  conditions  qui  lui  étaient  impo- 
sées sur  le  conseil  de  son  premier  ministre  Ts'in  Kouei. 

«  A  la  huitième  lune,  le  roi  des  Kin  détermina  les  diffé- 
rentes villes  où  il  pourrait  tenir  sa  Cour.  La  première  de 
toutes  fut  Houeï  Ning  fou,  dans  le  district  de  Haï  kou, 
ancien  pays  des  NutcJié sauvages,  c'est-à-dire  des  Kin;  cette 
ville  était  située  à  la  source  de  la  rivière  Antchou-hou  : 
il  voulut  qu'on  l'appelât  dorénavant  Chang  King  ou  la 
Première  Cour.  Il  donna  à  la  ville  de  Lin  Houang  fou,  la  pre- 
mière Cour  des  Leao,  le  nom  de  Cour  septentrionale  ou  Pe 
King;  la  ville  de  Leao  Yang  fut  appelée  la  Cour  orientale 
ou  Toung  King;  il  donna  encore  à  T'aï  Toung,  le  nom  de 
Cour  Occidentale  ou  Si  King  ;  à  Ta  Hing,  celui  de  Cour  du 
Midi  ou  Nan  King,  et  enfin  à  Ta  Ting  fou,  celui  de  Cour 
du  Milieu  ou  Tchoung  King  i.  » 

La  province  de  Ho  Nan  fut  remise  par  Wou  Tchou  à 
Wang  Louen  qui  fut  nommé  gouverneur  de  Pien  Leang, 
L'empereur  accorda  alors  une  amnistie  générg-le  (1139). 
Cette  même  année,  à  la  6^  lune,  mourait  Li  K'ien-chouen,  roi 
des  Hia,  remplacé  par  son  fils  Li  Jen-hiao.  Pou-lou-hou,  fils 
aîné  de  Ou- k'i- mai  conspira  contre  Hola  avec  Wou  lou  kouan, 
prince  de  Yen  et  ministre  d'Etat,  et  avec  le  général  Talan  ; 
les  deux  premiers  furent  mis  à  mort,  et  Talan  fut  rétrogradé, 
mais,  comme  on  apprit  peu  après  que  ce  général  complotait 
à  nouveau  avec  Hou  lan,  prince  de  Yi,  il  fut  exécuté  avec 
son  complice. 

Tout  en  rendant  Pien  Leang  aux  Soung,  les  Kin  avaient 
interdit  à  Wang  Louen  de  franchir  la  frontière  de  Tartarie  ; 
le  gouverneur  Soung,  froissé  d'une  défense  qui  semblait 
mettre  sa  bonne  foi  en  suspicion,  laissant  Moung  Yu  à  la 
garde  de  Pien  Leang,  se  rendit  à  la  Cour  des  Kin  pour  dis- 
siper tout  malentendu;  il  ne  pouvait  arriver  plus  mal  à 
propos  ;  on  venait  de  découvrir  le  complot  de  Pou  lou  hou  ; 
Wou  Tchou  persuada  à  Hola  que  Wang  Louen  était  l'un 
des  complices;  le  malheureux  Soung  fut  jeté  en  prison  à  Ho 
Kien,  après  qu'on  lui  eût  donné  l'ordre  d'écrire  à  son  maître 

I.  Mailla,  VIII,  p.  527. 


LES   SOUNG  l6l 

de  renvoyer  en  Tartarie  les  fonctionnaires  kin  du  Ho  Toung 
et  du  Ho  Pe. 

Hola  ne  tarda  pas  à  regretter  les  deux  provinces  qu'il  avait 
bénévolement  cédées  aux  Soung,  et  sur  le  conseil  de  Wou 
Tchou,  il  s'installa  à  Yen  King  pour  surveiller  la  campagne 
qu'il  allait  faire  entreprendre  pour  les  recouvrer.  Il  envoya 
Wou  Tchou  dans  le  Ho  Nan,  Saliho  dans  le  Chen  Si,  et 
Niéli  dans  le  Chan  Toung;  on  se  rendit  facilement  maître 
de  ces  provinces  dégarnies  de  troupes  :  Moung  Yu  passa 
même  au  service  des  Kin  ;  mais  ceux-ci  allaient  se  trouver 
en  face  d'ennemis  redoutables. 

Wou  Lin,  fils  du  brave  Wou  Kiai  dont  il  allait  égaler 
les  exploits,  envoyé  au  Chen  Si  bat  trois  fois  les  Kin  à  Fou 
Foung  et  leur  général  Saliho  s 'échappant  à  grand'peine, 
s'établit  sur  la  défensive  à  Foung  Siang.  Lieou  Ki  envoyé 
à  Pien  Leang  par  l'empereur  apprenant  en  arrivant  à  Chun 
Tchang  (Ying  Tcheou,  district  de  Foung  Yen  fou  du  Kiang 
Nan)  que  Wou  Tchou  prépare  le  siège  de  cette  place,  orga 
nise  la  résistance  et  force  les  Kin  à  se  retirer.  Avec  loo.ooo 
hommes,  Wou  Tchou  accourt  de  Pien  Leang  au  secours  de 
Chun  Tchang,  mais  il  est  complètement  défait  par  Lieou  Ki 
et  obligé  de  fuir  :  on  évaluait  ses  pertes  à  80.000  hommes  ; 
le  désastre  fut  si  grand  que  les  Kin  songèrent  à  transporter 
dans  le  nord  les  trésors  du  pays  de  Yen  et  à  abandonner 
le  Chan  Toung,  le  Ho  Nan  et  le  Chen  Si. 

Apprenant  que  les  Kin  avaient  repris  le  Ho  Nan,  le  gé- 
néral Yo  Fei,  après  leur  avoir  infligé  trois  défaites,  reprend 
Ts'ai  Tcheou,  Houai  Ning  fou,  Tcheng  Tcheou,  ainsi  que  la 
Cour  occidentale,  Nan  Tch'eng  kiun,Tch'ao  Tcheou,  les  huit 
bien  de  Yi  Yang  et  Jou  Tcheou  1.  Il  s'installa  ensuite  à  Yen 
Tch'eng  où  il  fut  attaqué  par  Wou  Tchou  à  la  tête  de  l'élite 
de  l'armée  tartare  dont  la  cavalerie  fut  massacrée.  Yo  Fei 
envoie  ensuite  son  fils  Yo  Yun  à  Ying  Tch'ang  où  il  devance 
Wou  Tchou  qui  est  encore  battu  et  perd  son  gendre  Hia- 
kinou.  Voulant  couper  la  ligne  de  retraite  des  Kin  dans  le 
Chan  Toung  et  le  Ho  Pe,  Yo  Fei  fait  passer  le  Houang  Ho  à 
Leang  Hing;  les  populations  et  même  des  généraux  kin 

I.  Mailla,  /.  c,  p.  534. 


102-  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

se  rendent  au  vainqueur.  Wou  Tchou  lui-même,  craignant 
de  voir  couper  sa  ligne  de  retraite,  se  préparait  à  abandonner 
Pien  Leang  et  à  rentrer  en  Tartarie  lorsqu'il  en  fut  dissuadé 
par  un  lettré. 

De  basses  intrigues  de  Cour  allaient  en  effet  ruiner  l'œuvre 
du  dévoué  et  brave  Yo  Fei.  Le  ministre  Ts'in  Kouei,  jaloux 
de  lui,  cacha  ses  victoires  à  l'empereur  et  lui  fit  donner 
l'ordre  d'assembler  ses  troupes  et  de  retourner  à  Wou 
Tcheou;  désespéré  d'être  condamné  à  abandonner  le  fruit 
de  ses  victoires,  Yo  Fei  envoie  sa  démission  ;  on  la  refuse  ; 
d'autre  part  les  généraux  ayant  été  rappelés,  la  province 
de  Ho  Nan  retombe  aux  mains  des  Kin  qui  la  colonise 
avec  des  Niu  Tchen  et  des  K'i  Tan. 

En  1141,  Wou  Tchou,  de  nouveau  maître  du  Ho  Nan, 
franchit  le  Houai  Ho  et  s'empare  de  Lin  Tcheou,  mais  il  y 
est  battu  par  Lieou  Ki  et  Yang  Che-tchoung  envoyés  par  la 
Cour  chinoise  et  il  est  obligé  de  repasser  le  fleuve  après  avoir 
perdu  plus  de  10.000  hommes.  Wou  Tchou  écrit  alors  au 
ministre  soung  Ts'in  Kouei  que  Yo  Fei  était  le  seul  obstacle 
à  la  paix,  qui  serait  signée  lorsque  ce  général  aurait  disparu. 

Un  tel  désir  allait  au  devant  des  souhaits  du  misérable 
ministre,  qui  répondit  que  l'obstacle  était  facile  à  supprimer 
et  commença  immédiatement  des  pourparlers  avec  l'enne- 
mi. Moins  facile  que  ne  le  croyait  Ts'in  Kouei  était  de  faire 
disparaître  le  serviteur  intègre  et  fidèle  qu'était  Yo  Fei. 
Ts'in  Kouei  suborna  de  faux  témoins  et  ordonna  à 
Yo  Fei  et  à  son  fils  de  se  rendre  à  la  prison  de  Ling  Nan 
(Kouang  Toung)  ;  sachant  leur  innocence,  le  général  et  son 
fils  Yo  Yun  n'hésitent  pas  à  obéir  à  cet  ordre.  Ts'in  Kouei 
ne  pouvant  gagner  le  juge  Ho  Tchou,  trop  honnête  poui 
tremper  dans  le  crime  qui  se  préparait,  charge  un  ennemi 
personnel  de  Yo  Fei,  le  censeur  Wan  Se-li,  de  poursui\Te  le 
procès  intenté  au  général  contre  lequel  on  ne  peut  trouver 
aucune  preuve  de  rébellion  et  que  défend  Han  Che-tchoung. 
Le  misérable  Ts'in  Kouei,  voyant  échouer  ses  criminelles 
manœuvres,  n'hésite  pas  à  faire  mettre  à  mort  dans  sa  prison 
Yo  Fei  et  à  faire  exécuter  en  public  son  fils  Yo  Yun  et  le 
vieux  général  Tchang  Hien,  son  prétendu  complice  :  ainsi 


LES   SOUN'G  163 

périt  à  39  ans  un  des  meilleurs  serviteurs  des  Soung,  victime 
de  la  jalousie  d'un  ministre  incapable,  couvert  par  la  pro- 
tection d'un  souverain  non  moins  incapable.  Les  biens  de 
Yo  Fei  furent  confisqués  et  sa  famille  fut  exilée  à  Ling  Nan 
(Kouang  toung). 

Plus  tard  la  mémoire  du  héros  fut  réhabilitée  ;  on  lui  bâtit 
un  temple  à  Ngo  (Wou  Tch'ang,  Hou  Pe),  et  en  12 11  il  fut 
canonisé  par  l'empereur  Ning  Tsoung  comme  roi  de  Ngo; 
sa  tombe  est  sur  les  bords  du  Si  Hou  au  bas  du  Si  Hia  ling, 
Hang  Tcheou. 

A  la  onzième  lune  de  1141,  Wei  Leang-chen  revint  de 
Tartarie  avec  Siao  y,  envoyé  du  roi  des  Kin,  proposer  de 
donner  le  Houai  Ho  comme  limites  aux  deux  empires  et  de 
partager  les  départements  de  Tang  Tcheou  et  de  Teng 
Tcheou;  en  outre,  les  Soung  fourniraient  annuellement 
250.000  pièces  de  soie  1.  Sur  le  conseil  de  Ts'in  Kouei,  qui 
fut  son  mauvais  génie,  l'empereur  accepta  ces  conditions: 
«  Par  ce  traité,  l'empire  des  Soung  fut  réduit  aux  deux  par- 
ties du  Xche  Kiang,  aux  deux  parties  du  Houai,  aux  Kiang 
Toung,  Kiang  Si,  Hou  Nan,  Hou  Pé,  au  pays  de  Chou,  au 
Fou  Kien,  au  Kouang  Toung,  au  Kouang  Si,  au  seul  fou  de 
Siang  Yang,  sur  le  chemin  du  sud-ouest,  et  aux  seuls  dépar- 
tements de  K'iai  Tcheou,  de  Tcheng  Tcheou,  de  Ho  Tcheou 
et  de  Foung  Tcheou,  de  la  province  du  Chen  Si  ;  il  comptait 
en  tout  185  villes  du  premier  ordre,  et  703  hien  ;  tout  le 
reste  fut  cédé  aux  Kin  ^  ». 

En  1142,  à  la  deuxième  hme,  Ho  Tchu  envoyé  en  Tar- 
tarie pour  le  règlement  des  affaires,  revint  avec  la  promesse 
que  les  Kin  renverraient  les  corps  de  Houei  Tsoung  et  des 
deux  impératrices  défuntes,  et  que  de  plus  on  rendrait 
l'impératrice  Wei  Che,  ce  qui  fut  exécuté  à  la  huitième  lune  ; 
cette  dernière  mourut  âgée  de  80  ans  à  la  9^  lune  de  1159: 

Lieou  Kou,  envoyé  du  souverain  Kin,  apporta  à  la 
4e  lune  (1142)  à  l'empereur  un  vêtement  à  la  chinoise  et 
des  lettres-patentes  par  lesquelles  Kao  Tsoung  était  con- 
stitué empereur  du  grand  empire  des  Soung;  les  Chinois 

1.  Mailla,  l.  c,  p.  541. 

2.  Mailla,  /.  c,  p.  543. 


164  HISTOIRE   GÉNÉRALE   DE   LA   CHINE 

recevaient  l'investiture  des  Barbares;  les  rôles  étaient  ren- 
versés. 

A  la  suite  de  la  mort  de  Talan,  son  fils  Cheng  houa  tou 
lang,  furieux,  passa  aux  Mongols  avec  lesquels  Wou  Tchou 
fut  obligé  de  faire  la  paix  «  en  leur  cédant  vingt-sept  places 
d'armes  au  nord  de  la  rivière  Si-p'ing-ho,  avec  promesse  de 
leur  donner  annuellement  un  certain  nombre  de  bœufs,  de 
moutons,  de  grains  ;  il  voulut  donner  à  leur  chef  la  dignité 
de  prince,  sous  le  titre  de  Moung  fou  kouei  wang;  mais 
ce  chef  la  refusa  et  se  qualifia  lui-même  empereur  du  grand 
Empire  des  Mongous,  à  qui  on  donna  le  nom  de  Tsou  Youen 
Houang  Ti  ;  ainsi  cette  nouvelle  nation  tartare  commença 
dès  lors  à  s'élever  aux  dépens  et  sur  les  débris  des  Kin  »  1. 

(1147)- 

Wou  Tchou  survécut  peu  de  temps  à  cet  échec;  il  était  le 
plus  solide  appui  des  Kin  dont  la  puissance  commença  à 
décliner  à  partir  de  sa  mort  (1148)  ^.  Ti  kou  naï,  fils  de  Wa 
Pen  et  de  sa  concubine  Ta  Che  et  petit-fils  d'A  kou  ta,  aspi- 
rant à  l'empire,  conspira  avec  Tang  kou  pien,  un  des  minis- 
tres; le  complot  fut  découvert.  Ti  kou  naï  en  fit  tomber  la 
responsabilité  sur  Pei  Man  Che,  femme  de  Hola,  qui,  s'aban- 
donnant  à  la  violence  naturelle  de  son  caractère,  tua  de  sa 
main  cette  princesse  innocente,  et  un  de  ses  propres  frères. 
(1149).  Le  tyran,  devenu  odieux,  ne  devait  pas  longtemps 
survivre  à  sa  victime.  Ti  kou  naï  qui  avait  réussi  à  endormir 
les  soupçons  du  roi,  pénétra  dans  le  palais  avec  Tang  kou 
pien  et  d'autres  conjurés  et  massacra  Hola  qui  tenta  vaine- 
ment de  se  défendre,  abandonné  de  tous.  Personne  ne  dis- 
putant le  trône  àTi  kou  naï,  l'assassin  fut  reconnu  empereur. 
"  Il  déclara  Hola  déchu  du  rang  des  empereurs,  et  ne  lui 
donna  que  le  titre  de  prince  de  Toung  hou  ;  ensuite  il  mit 
Wa  Pen,  son  père,  au  rang  des  empereurs  sous  le  titre  de 
Te  Tsoung  ^.  «  Il  donna  le  titre  d'impératrice  à  sa  mère  Ta 
Che  et  à  Tou  Chan  Che,  épouse  légitime  de  Wa  Pen,  qui 
n'approuvait  pas  le  meurtre  de  Hola. 

1.  Mailla,  VIII,  p.  545. 

2.  Ibid.,  p.  546. 

3.  Mailla,  VIII,  p.  548. 


LES   SOUNG  165 

Le  lâche  Kao  Tsoung  félicita  le  meurtrier  qui,  à  l'insti- 
gation de  Siao  Yu  et  à  l'aide  de  faux  prétextes,  continua 
la  série  de  ses  crimes  en  faisant  mettre  à  mort  plus  de  soi- 
xante-dix fils  et  petit-fils  d'Où  k'i  rfiai  et  au  moins  trente  des 
descendants  de  Niyamoho  ;  la  bravoure  de  Saliho  lui  portant 
ombrage,  il  le  fait  périr  avec  sa  famille  ainsi  que  Mouliyé, 
descendant  d'Où  k'i  mai,  appelé  par  les  Kin  King  Tsou 
(1150)  V  Ti  kou  naï  épargnait  la  vie  des  femmes,  mais  les 
faisait  entrer  dans  son  harem;  il  convoitait  la  femme  de 
Wou  Lou,  prince  de  Ko,  gouverneur  et  commandant  de 
Tsi  Nan  au  Chan  Toung;  véritable  Lucrèce,  elle  échappa 
au  déshonneur  en  se  poignardant  à  Leang  Hiang. 

A  la  3^  lune  de  1153,  le  roi  des  Kin  transféra  sa  Cour  de 
Houei  Ning  à  Yen  King;  «il  donna  à  cette  dernière  ville  le 
nom  de  Ta  Hing  fou,  et  voulut  qu'elle  fût  à  l'avenir  la  Cour 
du  Milieu  ou  la  seconde  Cour;  Leao  Yang  fou  et  T'aï  Toung 
fou,  qui  étaient  déjà  l'une  la  Cour  de  l'Est,  et  l'autre  la  Cour 
de  l'Ouest,  ne  furent  point  changées,  mais  celle  de  Ta  Ting 
fou  devint  la  Cour  septentrionale  ^  ». 

Siao  Yu  qui  redoutait  le  caractère  cruel  de  Ti  kou  naï, 
conspira  pour  mettre  à  sa  place  Yen  Hi,  prince  de  Yu,  des- 
cendant des  rois  Leao,  mais  le  complot  ayant  été  découvert, 
ils  furent  mis  à  mort  tous  les  deux.  Ti  kou  naï  continua  à 
se  plonger  dans  la  débauche,  ne  respectant  même  pas  ses 
propres  sœurs  (1154).  Quant  àTs'in  Kouei,  poursuivant  Yo 
Fei  de  sa  haine  au  delà  de  la  tombe,  il  fit  changer  le  nom  de 
Yo  Tcheou,  qui  rappelait  le  souvenir  de  ce  glorieux  général, 
en  celui  de  Houa  Yang  kiun;  ce  fut  son  dernier  exploit; 
tombé  gravement  malade  à  la  dixième  lune  (1155),  il  ne 
survécut  pas  à  sa  disgrâce,  ainsi  qu'à  celle  de  son  fils  Ts'in 
Hi;  tous  les  deux  furent  dépossédés  de  leurs  emplois  par 
commandement  de  l'empereur  et  Ts'in  Kouei  mourut  la 
nuit  même  qui  suivit  l'exécution  de  cet  ordre;  pendant 
dix-neuf  ans,  il  avait  exercé  les  fonctions  de  premier  mi- 
nistre, pendant  dix-neuf  ans,  il  avait  déshonoré  sa  charge; 
dès  qu'il  fut  mort,  les  censeurs  muets  jusqu'alors  rappe- 

1.  Mailla,  VIII,  p.  550. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  551. 


l66  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

lèrent  ses  crimes,  et  ses  créatures  et  ses  complices  furent 
châtiés. 

Ti  kou  naï  désireux  de  recommencer  la  guerre  contre  la 
Chine  et  voulant  faire  de  la  Cour  du  Midi  (Pien  Leang)  la 
base  de  ses  opérations,  chargea  Tchan  Ning,  en  le  nommant 
gouverneur  de  cette  ville,  de  préparer  le  palais  de  cette  ville 
et  de  réunir  les  troupes  pour  la  campagne.  Tout  était  prêt 
lorsqu'un  incendie  dévora  le  palais.  Ti  kou  naï  furieux  fit 
périr  le  malheureux  Tchan  Ning  sous  le  bâton. 

A  cette  époque  (1155)  Ti  kou  naï  fit  choix  du  Ta  Fang 
chan,  à  l'ouest  de  Fang  chan  bien,  dans  le  district  de  Pe 
King,  pour  la  sépulture  de  ses  prédécesseurs  A  kou  ta  et 
Ou  k'i  mai;  c'est  sous  son  règne  (1157)  que  pour  la  première 
fois  les  Kin  firent  fondre  des  monnaies;  ces  monnaies  au 
nont  de  Ti  kou  naï  furent  les  seules  ayant  cours  dans  ses 
États  1. 

Dévorés  d'ambition,  les  Kin  formèrent  le  projet  (1158)  de 
conquérir  en  deux  ou  trois  ans  l'empire  des  Soung;  après 
la  ruine  des  Chinois,  ils  s'empareraient  de  la  Corée  et  du  roy- 
aume des  Hia  ;  vastes  desseins  qui  ne  furent  pas  exécutés, 
grâce  à  la  puissance  nouvelle  qui  s'élevait  dans  le  nord  et 
qui  jéalisa  les  plans  grandioses  des  Kin  en  les  dévorant 
eux-mêmes  :  la  puissance  mongole.  Les  Chinois  prévenus  par 
Wang  Kang-tchoung,  nommé  gouverneur  du  Se  Tch'ouan, 
préparaient  d'ailleurs  la  résistance.  A  la  douzième  lune 
(1158)  Ti  kou  naï  donnait  l'ordre  de  reconstruire  le  palais 
incendié  de  Pien  Leang,  faisait  bâtir  un  grand  nombre  de 
barques  à  T'oung  Tcheou  près  de  Pe  king  et  dénombrer  la 
population  en  état  de  porter  les  armes  en  Tartarie.  Sun 
Tao  fou  envoyé  chez  les  Kin  pour  les  cérémonies  du  nouvel 
an  avertit  les  Soung  des  préparatifs  organisés  contre 
eux  ;  on  ne  l'écoute  pas  et  il  est  disgracié.  Dénoncé  par  un 
censeur,  T'ang  Se-  t'ouei,  dont  la  conduite  était  semblable  à 
celle  du  misérable  Ts'in  Kouei,  il  est  chassé  du  ministère 
(1160). 

Sous  prétexte  de  féliciter  l'empereur  à  l'occasion  de  l'an- 
niversaire de  sa  naissance,  Ti  kou  naï  envoie  à  la  Cour  des 

I.  Mailla,  VIII,  p.  556. 


LliS   SOUNG  167 

Soiing,  deux  de  ses  officiers  Kao  King-chan  et  Wang 
Ts'iouen  qui,  en  réalité,  étaient  chargés  de  lever  le  plan 
de  Lin  Ngan  et  de  demander  la  cession  des  pays  de  Houai 
(1161).  Malgré  une  révolte  des  Leao,  Ti  kou  naï  poussait  ses 
préparatifs  avec  ardeur;  il  réunissait  560.000  hommes  à 
Pien  Lcang,  réquisitionnait  chevaux,  mulets  et  céréales, 
créant  ainsi  le  plus  vif  mécontentement.  Un  homme  riche 
de  5ou  Tsien,  dans  le  district  de  Ngan  King,  Wei  Cheng, 
en  profita  pour  réunir  400  hommes  habitués  au  maniement 
des  armes;  puis  il  passa  le  Houai  Ho,  occupa  Lien  Chouei 
kiun  (Ngan  Toung  hien,  dans  le  district  de  Houai  Ngan  fou) . 
Kao  Wen-fou,  gouverneur  de  Hai  Tcheou,  district  de  Houai 
Ngan,  pour  les  Kin,  est  battu  ;  les  habitants  de  Hai  Tcheou 
ouvrent  leurs  portes  à  Wei  Cheng  qui  s'empare  de  la  cita- 
delle et  de  Kao  Wen-fou  ;  d'autres  villes  telles  que  Kiu  chan, 
Houai  jen.  Mou  Yang,  Toung  Hai,  etc.,  se  rendirent.  Yi 
Tcheou  surpris  fut  capturé  après  que  3.000  de  ses  défenseurs 
eurent  été  tués.  Wei  Cheng  défait  et  fait  prisonnier  Moung- 
tien  Chen  koue  envoyé  contre  lui  avec  10.000  hommes; 
ces  succès  enhardissent  les  populations  du  Chan  Toung  à 
secouer  le  joug  des  Kin  (1161). 

Avec  son  obstination  ordinaire,  Ti  kou  naï  ne  renonçait 
pas  à  ses  préparatifs  de  guerre  et,  à  ceux  qui  n'approuvaient 
pas  sa  conduite,  il  en  coûtait  la  vie,  telle  l'impératrice 
Toukan  Che  qu'il  n'hésita  pas  à  faire  étrangler  à  cause  de 
son  opposition  à  ses  plans.  A  la  troisième  lune  de  1161, 
Ti  kou  naï  ayant  réuni  600.000  hommes  les  divise  en  douze 
corps;  il  fait  jeter  plusieurs  ponts  sur  le  Houai  Ho  qu'il 
passe  à  Ts'ing  Ho  (district  de  Houai  Ngan).  D'autre  part, 
son  général  Tou  chan-hohi  s'avançait  vers  l'ouest,  s'em- 
parait de  Ta  san  kouan  et  marchait  sur  la  petite  ville  de 
Houang  nieou  pao.  Wang  Kang-tchoung,  qui  la  défendait, 
avertit  Wou  Lin,  commandant  à  la  frontière  du  Chen  Si, 
qui  s'avança  jusqu'à  Clia  kin  p'ing,  fît  construire  un  pont 
de  bateaux  à  Pao  ki,  et  grâce  à  des  renforts,  défît  l'armée 
ennemie,  puis  il  forma  trois  détachements  sous  les  ordres 
de  Lieou  Hai,  de  Poung  T'sing  et  de  Tsao-cheou,  qui  se 
rendirent  maîtres,  le  premier  de  Tsin  Tcheou,  le  second  de 


l68  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

Loung  Tcheou,  et  le  troisième  de  Tao  Tcheou  i.  Pendant 
ce  temps,  un  particulier,  Wang  Yeou-tche,  originaire  de 
Kao  P'ing,  dépendant  de  Toung  Tchang  fou  au  ChanToung, 
lève  des  troupes  et  enlève  Taï  Ming  fou  aux  Tartares  ^. 

Ce  fut  à  Lieou  Ki  que  la  Cour  impériale  confia  le  soin  de 
défendre  le  passage  du  Houai  Ho  ;  dès  son  arrivée  à  Ts'ing 
Ho  il  fit  couler  les  barques  ennemies,  chargées  de  riz.  Le 
récit  des  crimes  de  Ti  kou  naï  fait  par  un  officier,  Lou  Kin, 
venu  de  Pien  Leang  à  la  Cour  Orientale  ne  contribue  pas 
peu  à  exciter  l'irritation  parmi  les  troupes,  dont  une  grande 
partie  déserte.  Les  mécontents  décident  d'élire  empereur 
OuLO,  gouverneur  de  la  Cour  Orientale, fils  d'Olito,  et  petit- 
fils  d'A  kou  ta,  prince  habile  et  aimé.  Ce  prince,  proclamé 
empereur  des  Kin  à  la  dixième  lune  de  1161,  publie  un 
manifeste  pour  faire  connaître  les  crimes  de  Ti  kou  naï 
tandis  que  celui-ci,  peut-être  inconscient  de  la  situation, 
poursuivait  sa  marche. 

Malgré  l'ordre  que  lui  avait  donné  Lieou  Ki  d'arrêter 
les  progrès  du  souverain  kin,  Wang  Kiuen  abandonna 
Liu  Tcheou,  et  passa  à  Tchao  Kan  d'où  il  s'enfuit  sans 
combattre.  Craignant  pour  Yang  Tcheou,  Lieou  Ki  s'y 
rendit  après  avoir  quitté  Houai  Yu,  laissant  Liu  Tcheou 
tomber  aux  mains  de  Ti  kou  naï.  Dans  ces  circonstances 
difficiles,  on  conseilla  à  l'empereur  de  prendre  la  mer,  mais 
il  en  fut  détourné  par  le  ministre  Tchen  Kang-pe  qui,  au 
contraire,  lui  demandait  de  se  mettre  à  la  tête  de  ses  armées. 

Wang  yen  tcheng  kia,  envoyé  par  Ti  kou  naï  à  son  départ 
de  Pien  Lang  pour  faire  une  diversion  navale  du  côté  de 
Wou  Lin,  fut  attaqué  près  de  l'île  de  Tchen  kia  tao  par  Li 
Pao,  commandant  la  flotte  impériale  qui  incendia  la  flotte 
tartare,  tua  Wang  yen  tcheng  kia  avec  ses  principaux  offi- 
ciers et  fit  3:000  prisonniers. 

Lieou  Ki  arrivé  à  Yang  Tcheou,  après  avoir  fait  passer 
le  Kiang  aux  habitants  de  la  ville,  campa  à  Koua  Tcheou 
et  défit  les  Kin;  malheureusement,  ce  chef  capable  étant 
tombé  malade  fut  transporté  à  Tchen  Kiang  pour  se  rétablir 

1.  Mailla,  VIII,  p.  568. 

2.  Ibid. 


LES   SOUNG  169 

et  son  remplaçant  Ye  Yi-wen  n'avait  pas  ses  talents;  le 
nouveau  général  abandonna  le  pays  de  Houai,  laissant  l'en- 
nemi maître  du  pays.  Les  Kin  s'emparèrent  de  Koua  Tchcou 
et  s'établirent  sur  la  rive  nord  du  Kiang.  Après  un  échec  de 
ses  lieutenants  Lieou  Se  et  Li  Heng,  Ye  Yi-wen  se  retira  à 
Kien  K'ang. 

Ti  kou  naï  ordonna  alors  à  ses  troupes  de  passer  le  Kiang 
mais  ses  barques  furent  mises  en  fuite  par  Ye  Yi-wen  et  Yu 
Yun-wen.  Sur  ces  entrefaites  il  apprit  la  révolte  d'OuIo; 
il  hésitait  à  se  diriger  contre  le  rebelle  ou  à  traverser  le 
Kiang;  sur  le  conseil  de  Li  Toung,  il  s'arrêta  à  ce  dernier 
parti,  mais  toutes  les  tentatives  des  Kin  pour  franchir  le 
Grand  Fleuve  furent  victorieusement  arrêtées  par  Yu  Yun- 
wen,  qui  s'empara  de  l'île  de  Kin  Chan.  En  voulant  obliger 
ses  officiers  et  ses  soldats  à  forcer  le  passage  du  Kiang,  trop 
bien  défendu,  Ti  kou  naï  ne  réussit  qu'à  les  irriter.  Le  général 
Ye-liu  Youen-yi  et  d'autres  officiers  mécontents  massacrè- 
rent dans  sa  tente  le  tyTan  qu'on  acheva  en  l'étranglant. 
Digne  fin  de  ce  scélérat  (1161),  dont  l'armée  se  débanda 
immédiatement.  Les  chefs  firent  traiter  de  la  paix  à  Tchen 
Kiang,  puis  remontèrent  vers  le  nord  pour  reconnaître  le 
nouvel  empereur  (1162).  Ou-lo  fit  prévenir  Kao  Tsoung  de 
son  désir  de  voir  la  paix  rétabhe  entre  les  deux  empires;  il 
répondait  au  vœu  le  plus  cher  du  monarque  chinois,  qui 
chargea  Houang  Mai  des  négociations  qui  furent  retardées 
par  suite  de  l'intransigeance  des  Tartares  au  sujet  du 
cérémonial.  Kao  Tsoung  qui  aspirait  au  repos  et  qui  n'avait 
pas  de  fils  avait  adopté  Tchao  Wei,  prince  de  Kien,  fils 
de  Tchao  Tcheng,  prince  de  Siou,  et  petit-fils  de  l'empereur 
T'ai  Tsou  à  la  sixième  génération.  A  la  4^  lune  de  1162, 
l'empereur  abdiquait  en  faveur  du  prince  héritier  connu 
sous  le  nom  de  Hiao  Tsoung. 

«  Kao  Tsoung  était  un  prince  doux,  humain,  affable  et 
qui  aimait  véritablement  son  peuple  ;  mais  il  avait  peu  d'es- 
prit et  ne  donnait  pas  assez  d'attention  au  gouvernement, 
qu'il  abandonnait  à  ses  ministres.  Dans  le  commencement 
de  son  règne,  il  avait  pour  ministre  Li  Kang,  et  pour  général 
de  ses  troupes  Tsoung  Tche  :  si  ce  prince,  docile  à  leurs  con- 


170  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

seils,  n'avait  point  prête  l'oreille  à  des  envieux  de  leur 
mérite,  ennemis  de  l'État,  il  n'y  a  pas  lieu  de  douter  qu'il 
n'eût  chassé  les  Tartares  de  la  Chine  et  qu'il  ne  se  fût  acquis 
beaucoup  de  gloire;  mais  ayant  fixé  sa  résidence  dans  les 
provinces  du  sud,  d'où  il  ne  voulut  jamais  repasser  dans  le 
nord,  il  se  laissa  entièrement  gouverner  par  Wang  Pe-yen 
et  Houang  Tsien-chan  qu'il  avait  placés  dans  le  ministère, 
et  après  eux  par  Ts'in  Kouei  :  ces  perfides  serviteurs,  sans 
égard  pour  l'honneur  de  l'empire  ni  pour  la  gloire  de  leur 
maître,  l'ont  porté  aux  actions  les  plus  lâches  et  les  plus 
déshonorantes  et  ont  couvert  son  règne  d'opprobre  aux 
yeux  de  la  postéiité  1.  Il  mourut,  âgé  de  81  ans, à  la  lo^  lune 
de  1187. 

I.  Mailla,  VIII,  p.  579. 


CHAPITRE  XI 

Les  Soung  (suite). 

LE  nouveau  souverain  était  perplexe  sur  la  conduite  Hiao  Tsoung 
qu'il  devait  tenir  à  l'égard  des  Kin  et  les  avis  de  ses 
conseillers,  qu'il  consulta  dés  qu'il  fut  monté  sur 
le  trône,  ne  firent  qu'augmenter  son  indécision.  Il  eut  tou- 
tefois la  joie  d'apprendre  que  le  K'i  Tan  Ylawawa,  envoyé 
contre  ses  compatriotes  révoltés,  s'était  mis  à  leur  tête  et 
proclamé  roi  des  Leao.  Après  quelques  succès,  Ylawawa 
fut  battu  par  Mou  Yen,  puis  écrasé  par  Pou  san  tchou  yi, 
et  finalement  abandonné  par  un  grand  nombre  de  ses  par- 
tisans ;  le  rebelle  réunit  néanmoins  dix  à  douze  miUe  soldats 
et  se  prépara  à  passer  aux  Hia,  mais,  trahi  par  les  siens  et 
livré  à  Wa-nien  Se-king,  il  fut  mis  à  mort  (1162).  Ou  lo 
qui  désirait  assurer  la  paix  envoya  dans  le  sud  le  belliqueux 
Pou  san  tchou  yi  ;  celui-ci  n'en  menaça  pas  moins  les  Chi- 
nois, tandis  que  son  lieutenant  HechéUé  tchining  faisait 
occuper  Houng  Hien,  de  Foung  Yang  fou,  et  Ling  Pi,  bar- 
rières du  pays  de  Houai.  Tchang  Siun,  qui  commandait  une 
armée  dans  cette  région,  envoya  Li  Hiex-tchouxg  pour 
s'emparer  de  Ling  Pi  et  Chao  Houng-youen  pour  occuper 
Houng  Hien;  le  premier  passa  le  Houai  Ho  à  Hao  Leang, 
défit  Siao  Ki  et  ses  Tartares  et  reprit  Ling  Pi  (1163). 

Chao  Houng-youen  fut  arrêté  devant  Houng  Hien,  mais 
grâce  à  Li  Hicn-tchoung,  les  Tartares  qui  occupaient  la 
ville  ainsi  que  Siao  Ki  se  rendirent  à  ce  dernier,  à  la  grande 
jalousie  de  Chao  Houng-youen.  Li  Hien-tchoung  bat  en- 
suite les  Tartares  qui  l'attaquaient  près  de  Sou  Tcheou,  de 
Foung  Yang  fou,  et  il  s'empare  de  cette  ville,  tuant  ensuite 
plusieurs  milliers  de  ses  ennemis  dont  8,000  sont  faits  pri- 
sonniers. Héchéhé  tchining  tenta  vainement  de  reprendre 
cette  place  et  se  fit  battre.  Une  formidable  armée  kin  fut 


172  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

formée  sous  les  ordres  du  général  Possa;  Li  Hien-tchoung 
appela  Chao  Houng-youen  à  son  aide,  mais  celui-ci,  envieux 
des  succès  de  son  collègue,  ne  bougea  pas.  Li  Hien-tchoung 
repoussa  les  Tartares  dans  un  grand  nombre  de  rencontres 
et  les  obligea  à  lever  le  siège  de  la  ville,  malgré  l'abstention 
de  Chao  Houng-youen  qui  empêcha  toutefois  le  vainqueur 
de  reprendre  tout  le  Ho  Nan.  N'ayant  pas  les  forces  néces- 
saires, hors  d'état  de  supporter  les  rigueurs  d'un  second 
siège,  Li  Hien-tchoung  se  vit  même  obligé  d'abandonner 
la  partie  et  de  se  retirer  (1163). 

Malgré  ses  défaites  Héchélié  tchining,  connaissant  trop 
bien  la  faiblesse  du  monarque  Soung,  écrivit  aux  Chinois 
pour  réclamer  les  anciennes  limites  des  deux  Empires, 
l'envoi  du  tribut  annuel,  que  l'empereur  se  reconnut  sujet 
des  Kin,  et  qu'on  rendit. tous  ceux  du  pays  de  Tchoung 
Youen  qui  s'étaient  donnés  aux  Chinois;  «  il  promettait 
qu'à  ces  conditions  la  guerre  cesserait  aussitôt,  mais  en  cas 
de  refus,  il  menaçait  qu'elle  serait  éternelle  »  1.  L'empereur 
acceptait  de  payer  le  tribut  mais  refusait  de  céder  le  pays 
de  Houai  ;  il  envoya  sa  réponse  par  Lou  Tchoung  hien  qui 
avait  reçu  la  lettre  des  Tartares. 

Pou  San  tchou  yi,  qui  avait  occupé  Sou  Tcheou  après  le 
départ  de  Li  Hien-tchoung  et  reçu  fort  mal  le  faible  Lou 
Tchoung-hien  qui  se  laissa  terroriser,  imposa  les  quatre 
conditions  suivantes  :  «  L'empereur  aurait  pour  le  roi  des 
Kin  le  même  respect  et  la  même  déférence  qu'un  neveu  a 
pour  son  oncle  paternel;  on  rendrait  aux  Kin  les  départe- 
ments de  Tang  Tcheou,  de  Teng  Tcheou,  de  Haï  Tcheou  et 
de  Se  Tcheou  ;  chaque  année  on  leur  enverrait  la  même- 
somme  d'argent  et  le  même  nombre  de  pièces  de  soie  qu'ils 
recevaient  auparavant,  enfin  tous  ceux  de  leurs  sujets  qui 
s'étaient  retirés  sur  les  terres  de  l'empire,  soit  par  révolte 
ou  autrement,  leur  seraient  rendus  »  ^. 

L'irritation  fut  grande  à  la  cour  des  Soung  :  le  pusillanime 
Lou  Tchoung-hien  fut  envoyé  en  disgrâce  àTchen  Tcheou  et 
Wang  Tche-wang  fut  chargé  de  reprendre  les  négociations, 

1.  Mailla,  VIII,  p.  587. 

2.  Mailla,  VIII,  pp.  587-588. 


LES   SOUNG  173 

mais  avant  qu'il  n'eut  accompli  sa  mission,  il  fut  lui-même 
remplacé  par  Hou  Fang  qui,  ayant  défendu  avec  hardiesse 
les  intérêts  chinois,  fut  jeté  en  prison  par  Pou  san  tchou  yi, 
mais  celui-ci  fut  obligé  de  le  relâcher  sur  l'ordre  de  Ou 
lo  (1164). 

Cependant  il  y  avait  à  la  cour  Soung  un  parti  pacifiste 
disposé  à  faire  les  plus  larges  concessions  aux  Kin,  avec, 
àsatête,T'ANG  Se-t'ouei  qui  marchait  sur  les  traces  de  Ts'in 
Kouei;  le  principal  obstacle  à  l'accomplissement  de  ses 
desseins  était  le  vieux  Tchang  Siun  qui  avait  organisé  soli- 
dement la  défense  de  la  région  dont  il  était  gouverneur 
mais  qui  malheureusement  tomba  malade  et  mourut  à 
Kien  K'ang.  Débarrassé  de  ce  personnage  gênant,  T'ang 
Se-t'oucï proposa àl'empereur  d'envoyer  Wei  Ki  à  l'armée 
des  Kin  pour  négocier  de  la  paix  aux  conditions  suivantes  : 
«  Je  vous  envoie  offrir  la  paix  aux  Tartares,  ordonne  l'em- 
pereur, à  quatre  conditions,  dont  il  ne  faut  pas  vous  dépar- 
tir; la  première  regarde  le  cérémonial  que  je  veux  remettre 
sur  l'ancien  pied;  la  seconde,  qu'ils  retirent  leurs  troupes, 
et  que  de  part  et  d'autre  on  suspende  toute  hostilité;  la 
troisième  qu'on  diminue  les  sommes  d'argent  et  la  quan- 
tité des  soieries  qu'on  s'était  engagé  à  leur  fournir  annuelle- 
ment; et  la  quatrième,  qu'on  ne  me  pressera  plus  de  ren- 
voyer ceux  à  qui  j'ai  accordé  un  asile,  ne  pouvant  me  ré- 
soudre à  livrer  des  hommes  qui  se  sont  donnés  volontaire- 
ment à  moi;  tel  est  le  motif  pour  lequel  je  vous  envoie.  »  ^ 

T'ang  Se-t'oueï,  désappointé  de  la  ténacité  de  l'empereur, 
eut  l'infamie  d'envoyer  secrètement  Sun  Tsao  aux 
généraux  Kin  en  les  engageant  à  contraindre  par  la  force 
son  souverain  à  faire  la  paix;  les  Tartares  n'étaient  que 
trop  enclins  à  suivre  ce  conseil  :  ils  passent  par  Ts'ing  Ho 
et  s'avancent  vers  Tchou  Tcheou.  Wei  Cheng  qui  avait  été 
nommé  commandant  des  troupes  par  l'empereur  les  ren- 
contre à  Houai  yang;  malgré  des  prodiges  de  valeur,  infé- 
rieur en  nombre,  blessé,  il  est  battu  et  Tchou  Tcheou  tombe 
aux  mains  de  l'ennemi. 

On  devine  la  trahison  de  T'ang  Se-t'oue'i  qui  est  exilé  à 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  591-592. 


174  HISTOIRE   GENERALE    DE   LA   CHINE 

Young  Tcheou,  tandis  qu'on  instruit  son  procès;  le  misé- 
rable, effrayé  des  châtiments  qui  le  menacent,  tombe 
malade  et  meurt  (1164).  Pendant  ce  temps,  Wei  Ki  pour- 
suivait les  négociations  et  grâce  à  son  entêtement  et  à  son 
courage,  grâce  aussi  à  l'esprit  pacifique  de  Ou  Lo,  il 
obtient  un  traité  avantageux  (1165)  .  «  Il  fut  stipulé  que 
le  cérémonial  serait  remis  sur  l'ancien  pied,  avec  cette 
restriction,  que  l'empereur  aurait  pour  lui  (Ou  Lo)  la 
même  déférence  qu'un  neveu  a  pour  son  oncle,  et  qu'en  lui 
écrivant  il  ne  prendrait  pas  d'autre  nom;  qu'on  diminue- 
rait de  cent  mille  taels  l'argent  que  les  Soung  avaient 
coutume  de  donner  tous  les  ans;  qu'on  s'en  tiendrait, 
quant  aux  limites,  à  ce  qui  avait  été  déterminé  la  quator- 
zième année  de  son  prédécesseur;  enfin  qu'on  ne  renverrait 
point  les  transfuges  à  qui  on  laisserait  la  liberté  de  demeu- 
rer ou  de  s'en  retourner  sans  qu'on  pût  les  inquiéter  sur  le 
passé  ^.  » 

A  la  2^  lune  de  1166,  le  général  en  chef  des  Kin,  Pou  san 
tchou  yi,  mourut  laissant  de  grands  regrets  :  «  cet  officier 
était  l'âme  de  toutes  les  opérations  et  l'homme  le  plus 
intègre  :  doux  et  affable  à  l'égard  de  ses  inférieurs,  plein  de 
vénération  pour  le  vrai  mérite  et  d'estime  pour  les  lettrés, 
il  avait  subjugué  tous  les  cœurs;  sage  dans  les  conseils, 
intrépide  à  la  guerre,  également  propre  à  former  un  projet  et 
à  l'exécuter,  il  honora  autant  le  ministère  que  le  comman- 
dement des  armées  :  incapable  de  s'élever  au-dessus  de  son 
maître,  quoiqu'il  le  surpassât  en  vertus,  il  sut  ignorer  ses 
services  et  se  contenter  du  plaisir  de  s'être  bien  acquitté 
de  son  devoir  2.  »  Les  Soung  de  leur  côté  firent  une  grande 
perte  par  la  mort,  à  la  5^  lune  de  1167,  de  Wou  Lin,  frère  et 
successeur  de  _Wou  Kiai,  dans  le  commandement  des 
troupes  du  Se  Tch'ouan. 

Les  Hia,  tranquilles  pendant  cette  période  difficile,  furent 
troublés  par  les  intrigues  d'un  ministre-  ambitieux,  Jen 
TE  KIN,  qui  voulut  partager  le  pouvoir  avec  son  chef  Li  Jen- 
HiAo; celui-ci,  trop  faible,  y  consentit;  Jen  te  kin  persuada 

2.  Mailla,  VIII,  p.  594. 
I.  Mailla,  Vlll,  p.  595. 


LES   SOUNG  175 

ensuite  à  sa  victime  de  se  reconnaître  tributaire  des  Kin, 
mais  le  sage  Ou  Lo  refusa  d'accepter  cette  offre  ;  Jen  te 
kin  désappointé  se  tourna  vers  les  Chinois,  mais  Li  Jen- 
hiao,  averti,  le  fît  décapiter  (1170).  Hetchelie  tchining 
mourut  à  la  4^  lune  de  1172  . 

La  paix  régnait  enfin  dans  l'Asie  Orientale,  grâce  sur- 
tout à  l'équité  de  Ou  Lo  ;  elle  faillit  être  troublée  une  fois 
de  plus  par  un  vulgaire  ambitieux.  A  la  9^  lune  de  1175, 
ÏCHAO  Wei-tchoung,  gouverneur  de  la  partie  occidentale 
de  la  Corée,  se  révolta  contre  son  roi  et  voulut  se  donner 
aux  Kin  ;  Ou  Lo  refusa  d'écouter  son  émissaire  qu'il 
livra  au  roi  de  Corée  qui  fît  décapiter  Tchao  Wei-tchoung 
et,  à  la  i^e  lune  de  11 77,  adressa  ses  remerciements  au  sou- 
verain kin. 

Laissant  le  gouvernement  au  prince  héritier  qui  mourut 
pendant  son  absence.  Ou  lo,  roi  des  Kin,  désireux  de 
revoir  sa  patrie  Houei  Ning,  quitta  sa  résidence  de  Yen 
King,  à  la  3^  lune  de  1184  ;  quand  il  rentra  dans  sa  capitale, 
il  fit  élever  l'aîné  de  ses  petits-fils,  Madacou,  en  vue  de  le 
remplacer;  cinq  ans  plus  tard,  à  la  1^^  lune  de  1189,  Ou  Lo 
mourait,  âgé  de  67  ans  ,et  était  remplacé  en  effet  par  Mada- 
cou. 

La  même  année  (1189),  l'empereur  Hiao  Tsoung,  qui 
avait  perdu  ses  deux  fils  aînés,  abdiqua  à  la  2^  lune  en 
faveur  de  son  troisième  fils,  Tchao  Chux,  prince  de  Koung. 

«  La  Chine  a  eu  peu  d'empereurs  plus  infortunés  que  Kouang 
Kouang  Tsoung;  il  semblait  digne  d'un  trône,  auquel  il  Tsoung. 
n'avait  été  élevé  que  fort  tard;  on  espérait  qu'un  prince  de 
quarante  ans,  ayant  acquis  de  l'expérience,  serait  plus 
capable  de  soutenir  le  poids  de  la  couronne  ;  mais  l'enfance 
des  hommes  médiocres  se  prolonge  dans  l'âge  mûr,  ou 
plutôt  elle  dure  autant  que  la  vie.  Kouang  Tsoung,  d'un 
naturel  timide  et  d'un  esprit  borné,  fut  toujours  sous  la 
tutelle  de  Li  Che,  son  épouse,  à  qui  il  accorda  trop  tôt  le 
titre  d'impératrice.  L'aversion  invincible  qu'il  avait  pour 
le  travail,  cimenta  l'autorité  d'une  femme  impérieuse  et 
colère  :  enchaîné  à  un  joug  qu'il  n'avait  pas  la  force  de 
secouer,  il  se  laissa  si  fort  dominer  par  cette  princesse. 


176  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

qu'après  lui  avoir  attiré  la  réputation  de  mauvais  fils  et 
flétri  sa  gloire  de  mille  manières,  elle  lui  arracha  le  sceptre 
pour  le  mettre  entre  les  mains  du  prince  qu'elle  avait  eu  de 
lui  1.  » 

Le  règne  de  ce  prince  est  en  effet  signalé  par  les  troubles 
causés  par  l'impératrice  Li  Che  et  la  guerre  qui  sévit  entre 
les  lettrés;  en  vainLiEOuKouANG-TSOuadressa-t-il  à  l'em- 
pereur un  placet  pour  rétablir  la  paix  entre  eux,  Kouang 
Tsoung  resta  indifférent  à  cet  appel.  Il  se  montra  hostile 
aux  eunuques  qu'il  voulait  faire  mettre  à  mort,  mais  par 
leurs  intrigues,  ils  réussirent  à  faire  naître  des  doutes  dans 
l'esprit  du  monarque  indécis  qui  abandonna  son  projet. 
Il  tomba  bientôt  malade  et  remit  le  pouvoir  à  Li  Che  (1192). 
A  la  9e  lune  de  l'année  1194,  mourait  le  roi  des  Hia,  Li 
Jen-hiao,  qui  avait  régné  55  ans;  il  fut  remplacé  par  son 
fils  Li  Touen-Heou.  En  1194,  à  la  6^  lune,  l'empereur 
Hiao  Tsoung,  mourait  à  68  ans,  attristé  par  la  conduite  de 
son  fils.  Cette  même  année,  à  la  7^  lune,  par  les  intrigues  de 
TcHAO  Ju-Yu  et  de  Han  T'o-tcheou,  Tchao  Kou,  prince  de 
Kia,  fils  de  Li  Che,  fut  substitué  sur  le  trône  à  son  père,  le 
triste  Kouang  Tsoung.  Il  est  connu  sous  le  nom  de  Ning 
Tsoung. 

Le  début  de  ce  règne  est  marqué  par  la  rivalité  entre 
Tchab  Ju-yu,  partisan  du  célèbre  philosophe  Tchou  Hi,  et 
Han  T'o-tcheou  qui  ne  se  trouva  pas  suffisamment  récom- 
pensé des  services  qu'il  avait  rendus  en  préparant  l'avène- 
ment au  trône  de  Ning  Tsoung.  Tchou  Hi  avait  été  chargé 
d'expliquer  les  King  à  l'empereur  ;  au  bout  de  quarante-six 
jours  et  de  sept  séances  consacrées  au  commentaire  des 
Livres  classiques,  Han  T'o-tcheou  réussit  à  le  faire  remercier 
de  ses  services  sous  prétexte  de  son  grand  âge  et  de  la  fa- 
tigue qui  lui  était  occasionnée,  malgré  les  démarches  de 
Tchao  Ju-yu  et  de  plusieurs  mandarins,  amis  de  Tchou  Hi, 
qui  furent  révoqués.  Puis  Han  T'o-tcheou  parvint  à  faire 
exiler  à  Young  Tcheou,  Tchao  Ju-yu  qui  mourut  en  route 
(1195).  Les  discussions  entre  les  Lettrés  firent  rage;  nous 
en  reparlerons  lorsque  nous  traiterons  de  la  littérature  sous 

I.  Mailla,  VIII,  pp.  615-616. 


LES   SOUNG  177 

les  Soung  et  de  Tchou  Hi  qui  mourut  à  la  3^  lune  de  1200. 
Cette  même  année  1200,  moururent  également,  l'impéra- 
trice Li  Che,  le  premier  jour  de  la  6«  lune,  et  l'empereur 
Kouang  Tsoung,  à  la  8^  lune  ;  au  bout  de  cinq  ans  de  règne 
Ning  Tsoung  avait  rendu  visite  à  son  père.  Cependant 
Han  T'o-tcheou,  craignant  les  représailles  des  amis  de 
Tchou  Hi  et  de  Tchao  Ju-yu,  permit  à  leurs  amis  de  leur 
rendre  des  honneurs  et  se  montra  aussi  tolérant  qu'il  avait 
été  intransigeant  jusqu'alors  (1202). 

La  paix  qui  régnait  depuis  trente-huit  ans  entre  les  Kin 
et  les  Chinois,  avait  amené  un  grand  relâchement  dans  la 
discipHne  des  troupes  tartares  de  la  frontière;  un  grand 
mécontentement  existait  dans  le  pays  surchargé  d'impôts  : 
pour  calmer  les  esprits  on  envoya  à  la  frontière  de  nouvelles 
troupes  (1203)  ;  ces  mouvements  firent  croire  aux  Chinois 
que  les  Kin  avaient  en  vue  une  nouvelle  guerre,  aussi  Han 
T'o-tcheou  reçut-il  l'ordre  de  faire  les  préparatifs  néces- 
saires pour  éviter  toute  surprise.  De  leur  côté,  les  Kin 
inquiets  de  l'activité  des  Chinois  chargèrent  Poussan  koue 
de  réunir  des  troupes  à  Pien  Leang  (1205). 

En  1206,  la  guerre  préparée  par  Han  To-tcheou  éclata, 
mais  les  généraux  chinois  ne  furent  pas  heureux  dans 
leurs  premiers  efforts.  Les  Kin  s'étaient  tenus  sur  la  dé- 
fensive, mais  à  la  10^  lune,  Poussan  koue,  commandant 
dans  le  Ho  Nan,  «  partagea  ses  troupes  en  huit  corps 
d'armée.  A  la  tête  de  30,000  hommes,  il  alla  en  personne 
du  côté  de  Ying  Tcheou;  il  en  donna  25,000  à  Wan-yen 
Kouang,  qu'il  envoya  vers  le  pays  de  Tang  et  de  Teng; 
30,000  a  Hecheliei  tsegin,  qui  devait  entrer  par  Wouo  keou; 
20,000  à  Hecheliei  houcha  hou  pour  aller  se  saisir  de  Tsing 
Ho;  10,000  à  Wan-yen  Tchoung  pour  sortir  par  Tchen 
Tsang;  10,000  à  Poutcha  tchin,pour  aller  attaquer  Tcheng 
ki  ;  10,000  à  Wan-yen-Kang,  pour  se  rendre  maître  de  Lin 
Tan;  et  enfin  deux  petits  camps  volants  chacun  de  5,000 
hommes,  l'un  commandé  par  Chemei  tchoung,  l'autre  par 
Wan-yen-Lin,  devaient  entrer  par  Yen  Tchouen  et  par  La 
Youen,  et  battre  la  campagne  1.  » 

1.  Mailla,  VIII,  p.  654.  , 


1/8  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Hecheliei  houchahou  passa  le  Houai  Ho,  captura  Ts'icg 
Ho,  mit  le  siège  devant  Tchou  Tcheou  (Houai  Ngan  fou, 
Kiang  Nan),  dont  il  s'empara  peu  de  temps  après  et  se  rendit 
maître  de  tout  le  Houai  Si  (région  à  l'ouest  du  Houaij. 

Les  Chinois  envoyèrent  Kou  Teou  à  Tchen  Tcheou  et 
KiEOu  TsouNG  inspecter  les  troupes  du  Kiang  Houai.  Wan- 
yen-Kouang  s'empara  de  Kouang  Houa,  Tsao  Yang,  Siang 
Yang,  Sin  Yang  et  Souei  Tcheou  et  il  mit  le  siège  devant 
Te  Ngan  fou.  Poussan  koue  traversa  le  Houai  Ho  en  évitant 
Ho  Ju-li  et  Yao  Koung-tso  chargés  d'en  assurer  la  défense 
et  qui  s'empressèrent  de  prendre  la  fuite;  le  général  kin 
s'empara  ensuite  de  Ying  k'eou,  de  Ngan  Foung  kiun  et  de 
Ho  Kiang  hien,  fit  investir  Ho  Tcheou,  campa  près  de  la 
rivière  Wa  leang  ho  et  ravagea  le  pays  jusqu'aux  bords  du 
Kiang,  semant  la  terreur  parmi  les  populations  du  sud  du 
fleuve.  En  outre  le  général  Wol' Hi,  qui  commandait  dans 
le  pays  de  Chou,  ayant  demandé  aux  Kin  de  lui  conférer  le 
titre  de  prince  de  Chou  —  ce  qui  lui  est  accordé  —  passe  à 
leur  service  et  leur  livre  Ho  Tcheou  (1206). 

Le  ministre  chinois  chargea  Kieou  Tsoung  de  négocier 
la  paix  avec  Poussan  koue  ;  celui-ci  ne  se  montra  pas  intran- 
sigeant car  il  se  contenta  de  la  promesse  qu'on  rendrait  aux 
Kin  leurs  transfuges  et  qu'on  leur  remettrait  annuellement 
la  même  somme  d'argent  et  le  même  nombre  de  pièces  de 
soie  et  il  se  retira  de  Ho  Tcheou  ^  Malheureusement  Pous- 
san koue  mourut  à  la  2^  lune  de  1207  en  remettant  le  com- 
mandement à  Hecheliei  tsegin.  Les  Chinois  désireux  d'avoir 
la  confiimation  des  conditions  acceptées  par  Poussan  koue 
envoyèrent  Fan  Sin-yu  à  Hecheliei  tsegin  qui  le  reçut 
fort  mal  ;  l'envoyé  chinois  ne  se  laissa  pas  intimider  par  ce 
fougueux  soldat  et  on  l'expédia  à  Pien  Leang  à  Wan  yen 
Tsou  hao  qui  remplaçait  Poussan  koue  dans  le  commande- 
ment de  la  province  de  Ho  Nan;  ce  dernier  lui  fit  la  réponse 
suivante  par  écrit  : 

«  Si  vous  pouvez  vous  résoudre  à  vous  dire  nos  sujets, 
nous  consentons  que  le  milieu  du  pays  de  Houai  soit  la 
ligne  de  séparation  entre  les  deux  empires  ;  mais  si  vous  ne 

I.  Mailla,  yill,  p.  657. 


LES   SOUN'G  179 

voulez  prendre  que  la  qualité  de  fils,  nous  entendons  pous- 
ser nos  limites  jusqu'au  Kiang;  nous  demandons  de,  plus 
la  tête  du  perfide  sujet  qui  a  excité  cette  guerre,  et  que 
vous  augmentiez  les  tributs  annuels  de  50,000  taels  et  de 
50,000  pièces  de  soie,  indépendamment  de  dix  millions  de 
taels  (|ue  nous  exigeons  pour  les  frais  de  la  guerre^  .  n 

Han  T'o-tcheou,  furieux,  cassa  Fan  Sin-yu  et  l'envoya 
à  Lin  kiang  kiun,  mais  peu  de  temps  après,  sa  conduite 
ayant  été  dénoncée  par  un  fonctionnaire  du  ministère  des 
Rites  (Li  Pou),  Se  Mi-youen,  le  tout-puissant  ministre 
fut  arrêté  par  Hia  Tchen  et  on  lui  trancha  la  tête. 

A  la  3e  lune  de  1208,  Wang  Ngan  qui  avait  été  envo3'é 
en  Tartarie  pour  remplacer  Fan  Sin-vu  revint  à  la  Cour 
avec  de  meilleures  conditions  de  paix;  il  n'avait  pu  obtenir 
la  grâce  de  Han  T'o-tcheou  mais  les  Kin  «  consentaient  que 
l'argent  et  les  soieries  fussent  livrés  sur  l'ancien  pied,  et  que, 
pour  les  frais  de  la  guerre,  on  leur  cédât  quelques  places  dans 
le  pays  de  Houai,  et  trois  cent  mille  taels  en  argent  ^.  » 

Wang  Nan,  à  la  6^  lune,  retournait  cliez  les  Kin  avec  la 
tête  de  Han  T'o-tcheou  qui  fut  reçue  solennellement  par  le 
roi  Madakou;  ce  prince  renouvela  la  paix  aux  conditions 
convenues  ;  il  survécut  peu  à  cet  arrangement  ;  étant  tombé 
gravement  malade  et  n'ayant  pas  d'enfants  mâles,  il  dési- 
gna pour  son  successeur  Tchoung  Hei,  prince  de  Wei  et 
descendant  d'Où  k'i  mai,  à  la  y^  génération,  et  mourut  peu 
après  (1209). 

Trois  ans  auparavant,  à  la  7^  lune  de  1206,  Li  Xgan- 
ts'iouen,  fils  de  Li  Jen-3'eou,  prince  de  Yue,  de  la  famille 
royale  des  Hia,  détrôna  Li  Chun-yeou  et  se  mit  à  sa  place. 

Une  nouvelle  puissance  a  surgi  au  sud  du  Baïkal  :  celle 
des  Mongols,  galvanisés  et  unifiés  par  la  main  puissante  de 
Tchinguiz  Khan  :  les  Soung  à  Lin  ngan,  les  Kin  à  Yen 
King,  au  lieu  de  se  réunir  contre  le  commun  ennemi,  con- 
tinuent leurs  luttes  qui  les  li\Teront  à  leur  terrible  adver- 
saire; leur  histoire  n'est  plus  qu'un  incident  dans  l'épopée 
de  la  conquête  de  l'Asie  par  les  Mongols. 

1.  Mailla,  VIII,  pp.  658-659. 

2.  Mailla,  VIII,  p.  661. 


l80  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

On  ne  peut  s'empêcher  de  remarquer  la  monotonie  de 
cette  histoire  de  la  Chine  telle  que  nous  la  présente  le 
T'oung  kien  kang  mou.  Les  faits,  qu'il  s'agisse  de  luttes 
locales  ou  d'événements  décisifs,  sont  présentés  sur  un 
même  plan  avec  le  même  luxe  de  détails  et  la  même  surabon- 
dance de  discours.  Il  semblerait  que  pendant  toute  sa  durée 
l'empire  chinois  n'ait  connu  que  des  guerres  ;  le  déve- 
loppement de  sa  civilisation,  son  commerce,  son  industrie, 
son  histoire  administrative,  le  mérite  de  sa  littérature  sont 
à  peu  près  passés  sous  silence  et  à  lire  par  exemple  la  chro- 
nique de  la  dynastie  des  Soung  on  ne  se  douterait  pas  que 
c'est  une  des  périodes  les  plus  brillantes  de  la  poésie  chi- 
noise, l'âge  de  l'historien  Se-ma  Kouang  et  du  philosophe 
TcHOU  Hi,  dont  les  noms  sont  cités  mais  sans  que  l'on  ait 
fait  ressortir  l'importance  de  leur  œuvre. 

Se-ma  Kouang,  second  fils  de  Se-ma  Tch'e,  ministre  de 
l'empereur  Tchen  Tsoung,  naquit  vers  1018,  dans  l'arron- 
dissement de  Hia,  du  district  de  Chan,  dans  la  province  du 
Chen  Si.  Nous  avons  vu  le  rôle  considérable  qu'il  joua  dans 
les  affaires  publiques.  Comme  historien,  il  a  donné  le  grand 
ouvrage' Tsew  tche  t'oung  kien,  «  Miroir  universel  à  l'usage 
de  ceux  qui  gouvernent  »,  en  294  livres,  qui  comprend  la 
période  de  l'histoire  de  Chine  depuis  Wei  Lié  Wang  de 
la  dynastie  des  Tcheou  jusqu'à  la  fin  des  Cinq  Dynasties, 
Wou  Tai.  Trente  livres  de  tables  Tseu  tche  t'oung  kien  mou 
lou  complètent  l'ouvrage  qui  a  été  continué  par  divers 
auteurs;  il  a  été  pris  pour  base  du  T'oung  kien  kang  mou 
par  Tchou  Hi.  Se-ma  Kouang  mourut  en  1086,  à  l'âge  de 
68  ans. 

C'est  sous  le  règne  de  Kao  Tsoung  que  naquit  à  Yeou  K'i, 
dans  la  quatrième  année  (1130),  le  célèbre  philosophe 
Tchou  Hi,  le  grand  rénovateur  du  Confucianisme,  l'adver- 
saire résolu  des  Bouddhistes  et  des  Taoïstes.  Son  père  qu'il 
perdit  alors  qu'il  avait  quatorze  ans,  se  nommait  Tchou 
Soung,  et  était  originaire  de  Wou  Youen,  dans  la  préfec- 
ture de  Houei  Tcheou,  Ngan  Houei;  à  dix-neuf  ans,  il 
obtenait  le  grade  de  docteur  et  étudia  avec  Li  T'oung  (Li 
Yen-p'ing),  son  compatriote.  Il  mourut  en  1200,  la  6^  année 


LES   SOUNG  l8l 

du  règne  de  Ning  Tsoung,  après  avoir  été  préfet  de  Tch'ang 
Tcheou. 

Voici,  suivant  le  système  du  philosophe,  l'origine  du 
monde  : 

«  L'univers  et  chacune  de  ses  parties  sont  composés  de 
deux  principes  coéternels,  infinis,  distincts,  mais  insépa- 
rables. On  les  nomme  Li  et  K'i.  Li  est  le  principe  d'activité, 
de  mouvement,  d'ordre  dans  la  nature;  ...  K'i  est  la  masse 
gazeuse,  aériforme,  indispensable  à  son  coprincipe  Li,  qui 
sans  elle  ne  saurait  agir,  ni  même  exister,  car  il  manquerait 
de  point  d'appui...  Li  est  imperceptible  aux  sens,  K'i  peut 
avoir  une  forme  sensible;  Li  est  ilUmité,  K'i  est  compris 
dans  des  bornes  fixes,  lorsqu'il  se  condense  pour  former 
des  êtres  particuliers;  Li  est  le  fondement  de  l'unité,  K'i 
est  la  source  de  la  diversité  entre  les  êtres...  Le  point  de 
départ  de  l'évolution  du  monde  a  été  nommé  par  Tchang 
Tseu  le  Grand  Calme  (T'ai  hoiio).  Alors  les  éléments  subtils 
de  la  matière  universelle  sont  dans  un  parfait  repos;  mais 
bientôt,  sous  l'impulsion  du  principe  actif  Li,  le  Grand  Vide 
(T'ai  Hiu)  commence  la  série  périodique  de  ses  transfor- 
mations... Les  deux  principes,  formel  (Li)  et  matériel 
(K'i),  essentiellement  inséparables,  bien  que  distincts, 
constituent  par  leur  éternelle  union  la  Grande  Monade 
(T'ai  Yi),  être  infini,  intrinsèquement  doué  d'activité 
par  la  présence  intime  de  Li  qui  le  compénètre  et  en  fait 
comme  un  animal  immense,  capable  d'engendrer  toutes 
choses  en  lui-même  e^de  sa  propre  substance.  Avant  que  la 
monade  n'ait  produit  ses  actes  en  se  fractionnant  à  l'infini, 
on  l'appelle  aussi  Houen  t'ien  et  Houen  luen,  c'est-à-dire 
matière  encore  à  l'état  informe  de  chaos...  T'ai  Ki  est  un 
autre  nom  du  principe  d'activité  (Li),  considéré  mainte- 
nant par  rapport  à  la  formation  prochaine  des  êtres.  Il 
peut  se  définir  :  l'ensemble  des  énergies  de  la  masse  uni- 
verselle, la  cause  formelle  prochaine  du  monde  dans  cha- 
cune de  ses  parties...  La  phrase  Wou  ki  Eul  t'ai  ki  (de  Tcheou 
Lien-k'i)  ne  veut  pas  dire  (suivant  Tchou  Hi)  qu'en  dehors 
de  T'ai  Ki,  il  existe  un  être  éternel  qui  serait  (Wou)  le 
Néant  Absolu,  mais  que  dans  le  Non-Etre    (Wou)  relatif 


l82  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

qui  constitue  le  Grand  Vide,  réside  Li,  le  premier  principe 
éternel  informant  la  matière  universelle,  dont  les  atomes 
dispersés  sont  encore  imperceptibles  aux  sens...  ^  Nous  avons 
déjà  parlé  du  Yin  et  du  Yawg^etnous  y  renvoyons  le  lec- 
teur en  ajoutant  que  «  c'est  le  principe  Li  qui,  mettant 
la  matière  en  mouvement  produisit  Yang;  c'est  lui  qui, 
en  l'arrêtant,  produisit  Yin...  Le  Ciel  et  la  Terre  n'étaient 
dans  le  principe  que  K'i  ou  la  matière  universelle  compo- 
sée d'éléments  parfaits  et  imparfaits  (Yin  Yang).  Ce  K'i 
unique,  animé  d'un  mouvement  gyratoire,  tourne  comme 
une  meule.  Le  mouvement  devenant  rapide,  il  se  déposa 
une  grande  quantité  de  sédiment  grossier,  lequel,  enfermé 
sans  issue,  se  condensa  et  forma  la  terre  au  centre.  La 
partie  plus  pure  devint  le  ciel,  le  soleil,  la  lune  et  les  étoiles, 
qui  sans  cesse  tournent  au  dehors.  La  terre  resta  immobile 
au  centre;  elle  n'est  pas  au  bas  du  système...  Si  le  ciel 
s'arrêtait  un  seul  instant,  aussitôt  la  terre  tomberait.  Mais 
le  ciel  tourne  d'un  mouvement  rapide...  »  ^ 

On  remarquera  que  dans  Tchou  Hi,  «  il  n'est  jamais 
question  de  récompense  ou  de  châtiment  dans  une  autre 
vie.  Le  lettré  orthodoxe  rejette  l'idée  de  ciel  et  d'enfer 
comme  une  invention  des  Bouddhistes  ^  ».  «  L'homme, 
comme  tous  les  autres  êtres,  est  formé  d'une  portion  de  la 
matière  universelle  animée  par  le  principe  Li.  La  seule  dif- 
férence est  que  la  matière  qui  constitue  l'homme  est  plus 
pure  que  celle  des  êtres  inférieurs  ^.  » 
.  Suivant  la  septième  maxime  du  *Saint  Edit  de  K'ang 
Hi,  voici  l'opinion  de  Tchou  Hi  sur  le  Bouddhisme  et  le 
Taoïsme  :  «  La  secte  de  Fo  ne  considère  [rien  de  ce  qui 
existe]  entre  le  Ciel  et  la  Terre  et  les  quatre  points  de  l'hori- 
zon :  elle  ne  s'occupe  que  du  cœur.  La  doctrine  de  Lao 
[Taoïsme]  ne  traite  que  de  la  conservation  des  esprits 
animaux  ».  Par  cette  définition  précise  et  juste  de  Tchou  Hi, 

1.  Tchou  Hi,  trad.  par  Le  Gall,  pp.  29-33. 

2.  Voir  voL  I,  chap.  III. 

3.  Tchou  Hi,  trad.  par  Le  Gall,  p.  120. 

4.  Le  Gall,  /.  c,  p.  61. 

5.  Le  Gall,  /.  c,  p.  77. 


LES    SOUNG  183 

nous  voyons  ce  que  cherchaient  originellement  les  sectes 
de  Fo  et  de  Tao  ^  » 

Nous  citerons  le  poète  et  critique  Sou  Che  ou  Soit  Toung- 
p'o,  né  en  1036,  qui  devint  en  1091  Président  du  Li  Pou  ; 
en  1094,  il  fut  exilé  à  Houei  tcheou,  au  Kouang  Toung,  puis 
à  Haï  Nan:  rappelé  à  la  Cour  en  iioi,  il  mourut  peu  après 
dans  le  Kiang  Sou.  Chao  Young,  1011-1077,  né  à  Lo 
Yang,  commentateur  du  Yi  King,  dont  l'ouvrage  fut  publié 
par  son  fils  Pe  Wen  (1057-1134);  les  frères  Tch'eng,  dis- 
ciples de  Tcheou  Touen-yi  (1017-1073)  qui  étudièrent  les 
sources  des  auteurs  classiques.  Une  place  doit  être  réservée 
à  l'encyclopédiste  Ma  Touan-lin,  originaire  de  Lo  P'ing,  qui 
prenant  pour  base  le  T'oung  tien,  de  Tou  Yeou,  composa 
en  348  li\Tes  le  Wen  hien  t'oung  k'ao  qui  s'étend  depuis  le 
commencement  de  l'histoire  jusqu'au  début  du  xiii^  siècle; 
en  1586,  sous  le  titre  de-5ow  wen  hien  t'oung  k'ao,  Wang  K'i 
en  donna  en  254  livres  un  supplément  qui  le  continue 
depuis  les  Soung  jusqu'aux  Ming;  en  1747,  un  édit  impé- 
rial donna  l'ordre  de  reviser  et  de  compléter  l'ouvrage; 
un  nouveau  supplément,  K'in  ting  houang  tch'ao  Wen  hien 
t'oung  kao,  en  266  livres,  a  continué  cette  encyclopédie 
jusqu'au  xviii^  siècle. 

A  la  dynastie  des  Soung  remonte  l'ouvrage  écrit  par 
SouNG  TsEu,  vers  1247,  sur  la  jurisprudence  médicale, 
nommé  Si  youen  lu,  qui  sert  de  guide  aux  experts  médicaux 
dans  les  tribunaux. 

I.  Traduction  T.  Piry,  p.  123. 


184  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Dix-Neuvième  Dynastie  :  Les  Soung. 
Capitale  :  Pien  Leang  ou  K'aï  Foung  Fou. 

1.  960     T'ai    Tsou,    Tchao    K'ouang-yin, 

t  976,  10^  lune,  à  50  ans  960  Kien  Loung. 

963  K'ien  Te. 
968  K'ai  Pao. 

2.  976     T'ai  Tsoung,   Tchao  K'ouang-yi, 

î  997.  5®  lune,  à  59  ans  976  T'ai    P'ing-Hing 

Kouo. 
984  Young  Hi. 
988  Touan  Koung. 
990  Chouen  Houa. 
995  Tche  Tao. 

3.  998     Tchen    Tsoung,     Tchao     Youen- 

kan,  t  1022,  2®  lune,  à  55  ans  998  Hien  P'ing. 

1004  King  Te. 
1008  Ta     Tchoung-Siang 

Fou. 
1017  T'ien  Hi. 
1022  K'ien  Hing. 

4.  1023  Jen  Tsoung,  Tchao  T'ing,  f  1063, 

36  lune,  à  54  ans  1023  T'ien  Cheng. 

1032  Ming  Tao. 
1034  King  Yeou. 
1038  Pao  Youen. 

1040  K'ang  Ting. 

1041  K'ing  Li. 
1049  Houang  Yeou. 
1054  Tche  Ho. 

1056  Kia  Yeou. 

« 

5.  1064  Ying  Tsoung,  Tchao  Tsoung-che, 

t  1067,  le  lune,  à  36  ans   1064  Tche  P'ing 

6.  1068  Chen  Tsoung,  Tchao  Hiu,  f  1085, 

3«  lune, à  38  ans  1068  Hi  Ning. 

1078  Youen  Foung. 

7.  1086  Tche  Tsoung,  Tchao    Young, 

t  iioo,  le  lune,  à  25  ans    1086  Youen  Yeou. 

1094  Chao  Cheng. 
1098  Youen  Fou. 


LES   SOUNG  185 

8.  iioi   Houei  Tsoung,  Tchao  ki,  abdi- 

que en  II 25;  exilé  au  nord  en 
1127,  46  lune;  t  1135.  4"  lune, 

à  54  ans  iioi  KienTchoung-Tsing 

Kouo. 
1102  Ts'oung  Ning. 

1107  Ta  Kouan. 
un  Tcheng  Ho. 

1108  Tch'oung  Ho. 
1119  Siouen  Ho. 

9.  1126  K'in  Tsoung,  Tchao  Houn,  pris. 

en  1127,    4®    lune;    f   1156,  à. 

61  ans  ii26Tsing  K'ang. 

SouHG  méridionaux  (Nan  Soung). 

Capitale  :  Lin  Ngan  ou  Hang  Tcheou. 

10.  1127  Kao  Tsoung,  Tchao  keou,  abdi- 

que en  1162,  4e  lune;  t  1187, 
loe  lune,  à  81  ans  1127  Kien  Yen. 

113 1  Chao  Hing. 

11.  1163  Hiao  Tsoung,  Tchao  Wei,  abdi- 

que en  1189,  2C  lune  ;  t  ii94» 

6®  lune,  à  68  ans  1163-Loung  Hing. 

II 65  K'ien  Tao. 

II 74  Chouen  Hi. 

12.  1190  Kouang   Tsoung,    Tchao  Chun, 

abaique   en    1194,    7"=    lune  ; 

t  1200,  8e  lune,  à  54  ans  1190  Chao  Hi. 

13.  1195  Ning    Tsoung,     Tchao    Kou,    j 

1224,  2'-'  lune,  à  77  ans  1195  K'ing  Youen. 

1201  Kia  T'ai. 
1205  K'ai  Hi. 
1208  Kia  Ting. 

14.  1225  Li  Tsoung,  Tchao  Kouei-tcheng, 

t   1264,   10  lune,  à  60  ans       1225  Pao  K'ing. 

1228  Chao  Ting. 
1234  Touan  P'ing. 
1237  Kia  Hi. 
^     1241  Chouen  Yeou. 
1253  Pao  ,Yeou. 

1259  K'ai  K'ing. 

1260  King  Ting. 


i86 


HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 


15.  1265  Tou  Tsoung,  Tchao  Ki,  t  1274, 

7*^  lune,  à  35  ans  1265  Hien  Chouen. 

16.  1275   Koung  Ti,  Tchao  Hien,  détrôné 

et  prisonnier  1276;  f  1277  1275  Te  Yeou. 

17.  1276  Touan      Tsoung,      Tchao     Chi, 

t  1278,  4e  lune,  à  10  ans        1276  King  Yen. 

18.  1278  Ti  Ping,    Tchao  Ping,  noyé  en 

1279,  2^  lune,  à  9  ans  1278  Siang  Hing. 

Détruits  par  les  Youen. 


Dynastie  des  Leao  —  Tartares  K'i  tan. 

Capitale  :  Lin  Houang  (A  Lou  K'ou  eul  ts'in, 
Mongolie  orientale J  ;  transférée  par  A  pao  ki 
à  Yen  King  (Pe  King) . 

1.  907  T'ai  Tsou,  t  926,   7^  lune,    à  55 

ans;  se  proclame  empereur  en 
916  916  Chen  Ts'é. 

Ye-liu  A-pao-ki.  922  T'ien  Tsan. 

925  T'ien  Hien. 

2.  927  T'ai  Tsoung,    \  947,  4*=  lune,  à 

40  ans  925  T'ien  Hien. 

Ye-liu  Te-kouang 
Donne  en  937  le  nom  de  Leao  à 

la  dynastie  937  Houei  T'oung. 

946  Ta  T'oung. 

3     947  Che  Tsoung,  tué  en  951,  9"^  lune, 

à  34  ans  947  T'ien  Lou. 

Ye-liu   Youen 

•4.     951  Mou  Tsoung,    tué    en    969,    3<= 

lune,  à  39  ans  951  Ying  Li. 

Ye-liu  King 

5.  968  King  Tsoung,    f  982,  9^  lune,   à 

35  ans  968  Pao  Ning. 

Ye-liu  H'ien 

978  K'ien  Heng. 

6.  983  Cheng  Tsoung,  f  103 1,  6"^  lune,  à 

61  ans  983  T'oung  Ho. 

Ye-liu  Loung-siu 

1012  K'ai  T'ai. 
1020  T'ai  P'ing. 


LES   SOUNG  187 

7.  1031  HingTsoung,  f  1055,  8«  lune,  à 

40  ans  1031  King  Fou 

Ye-liu  Tsoung  tchen 

1032  Tch'oung  Hi. 

8.  1055  Tao  Tsoung,  f   iioi,  i«  lune,  à 

70  ans  1055  Ts'ing  Ning. 

Ye-liu  H'oung-ki 

1066  Hien  Young  ou 

Hien  Ning. 
1074  Ta  K'ang. 
1085  Ta  Ngan. 
1095  Cheou    Loung    ou 
Cheou  Tch'ang. 

9.  iioi  T'ien  Tcha  ou  T'ien  tsou  Ti      iioi  K'ien  T'oung. 

Ye-liu   Yen-hi 

Détrôné    en    1125,    8°    lune;    f 
1126,  à  54  ans. 

II 10  T'ien  K'ing. 

II 19  Pao  Ta. 
Subjugués  par  les  Kin  en  1 125. 

Dynastie  des  Leao  occidentaux  :  Si  Liao;Kara  K'i  Taï. 

10.  1125  Te  Tsoung,  t  1 143  1 125  Yen   K'ing. 

Ye-liu  Ta  che. 

1126  K'ang  Kouo. 

11.  1136  Kan  T'ien  Heou  1136  Hien  Ts'ing. 

Ta  Pou  Yen. 

12.  1142  Jen  Tsoung,   t   ii54  1142  Chao  Hing. 

Ye-liu  I-lie. 

13.  1154  Tch'engTienHeou,  tuéeen  1167  1154  Ts'oung  Fou. 

Ye-liu  Che. 

—  Houang  Te. 

—  Tch'oung  Te. 

14.  1168  Mou  Tchou,  détrône  en  1199  8^ 

lune,  par  son  gendre  Koutch- 
louk,  chet  des  Naï  mans; 
t  1201  1168  T'ien  Hi. 

Ye-liu  Tche-lou  kou. 


CHAPITRE  XII 

Les  Mongols  :  Origines.  —  Débuts  de  Tchinguiz  Khan. 

C'est  toujours  l'envahisseur  du  nord  qui  menace 
l'Empire  du  Milieu  :  Hioung  Nou,  Turk,  K'i  Tan, 
Kin,  enfin  Mongol,  plus  tard  Mandchou,  tous  com- 
pris sous  le  terme  général  de  Tartares,  tour  à  tour  ébran- 
leront le  trône  chinois,  quelques-uns  même  l'occuperont. 
Mais,  sous  le  joug  étranger,  le  Chinois  conserve  sa  forte 
individualité,  parvient  à  imposer  sa  loi  au  conquérant,  et 
parfois  même  réussit  à  l'absorber  :  rendu  à  la  liberté,  il 
semble  n'avoir  pas  changé  et  il  reprend  le  cours  normal  de 
son  existence,  exemple  d'une  continuité  dans  la  tradition, 
sans  pareille  dans  l'histoire  du  monde. 

RocKHiLL  écrit  que  la  mention  la  plus  ancienne  qu'il  ait 
trouvée  dans  des  ouvrages  orientaux  du  nom  Mongol, 
se  trouve  dans  les  Annales  chinoises  des  T'ang  postérieurs 
(923-934  ap.  J.-C.)  où  il  se  rencontre  sous  la  forme  Meng- 
kou;  dans  les  Annales  de  la  dynastie  des  Leao  (926-1125), 
il  a  la  forme  de  Meng  kou  H.  Toutefois,  il  apparaît  pour  la 
première  fois  dans  le  T'oung  kien  kang  mou,  à  la  6^  année 
Chao  Hing  de  Kao  Tsoung  des  Soung  (1136).  La  transcrip- 
tion Moal  de  Guillaume  de  Rubrouck  semble  dérivée  de  la 
forme  turki  Mogal  1. 

«  Les  Mongkou  ou  Mongous,  dans  l'origine  et  sous  la  dy- 
nastie des  T'ang,  ne  formaient  qu'une  horde  dont  le  nom 
était  Mongou  et  Monkos;  ces  barbares  féroces  qui  voyaient 
de  nuit  comme  de  j  our,  et  qui  se  battaient  avec  beaucoup 
de  bravoure,  avaient  des  cuirasses  faites  de  peau  de  poisson 
à  l'épreuve  de  la  flèche.  Sur  la  fin  de  cette  année  (1135), 
HoLOMA,  roi  des  Kin,  envoya  le  général  Houchacou  leur 

I.  Rubrouck,  p.  112  M. 


TCHINGUIZ    KHAN  189 

faire  la  guerre,  dans  l'intention  de  mettre  des  bornes  à  une 
puissance  dont  il  redoutait  les  effets  »  ^ 

«  La  forme  du  visage  de  ces  peuples  de  race  tatare  ,  assez  Mœurs  et 
semblable  à  celle  des  Chinois,  les  faisait  aisément  distinguer  Coutumes, 
des  autres  nations  de  la  terre.  Des  yeux  bruns,  placés  obli- 
quement vers  le  nez,  peu  ouverts  et  comprimes  par  des 
pommettes  saillantes,  de  grosses  joues,  un  nez  camus,  des 
lèvres  charnues,  le  visage  et  la  tête  ronds,  le  teint  olivâtre 
et  le  menton  peu  garni  de  barbe,  tels  étaient  leurs  traits 
caractéristiques,  et  tels  sont  encore  aujourd'hui  ceux  de 
leurs  descendants,  les  Mongols,  les  Kalmouks,  les  Bouriates. 
Ils  avaient  en  général  une  stature  moyenne,  avec  de  larges 
épaules  et  la  taille  mince  à  la  ceinture. 

»  Ils  se  rasaient  les  cheveux  au  sommet  de  la  tête,  en 
forme  de  fer  à  cheval;  ils  se  les  rasaient  également  par 
derrière;  et  de  ceux  qu'ils  laissaient  croître  dans  l'inter- 
valle, ils  faisaient  des  tresses  qui  leur  pendaient  derrière 
les  oreilles. 

»  Ils  se  couvraient  la  tête  de  bonnets  plats,  de  diverses 
couleurs,  dont  le  bord  était  un  peu  renflé,  excepté  dans  la 
partie  postérieure  d'où  il  tombait  un  pan  long  et  large  d'une 
palme.  Deux  cordonsfîxés  au  bord  de  cette  coiffure  se  nouaient 
sous  le  menton,  et  sur  ces  cordons  pendaient  deux  languettes 
qui  flottaient  au  gré  des  vents.  Leurs  tuniques  croisées  sur 
l'estomac  et  attachées  de  côté,  se  serraient  au  corps  avec 
une  ceinture.  Ils  portaient  en  hiver  deux  robes  fourrées, 
l'une  avec  le  poil  contre  la  peau,  et  l'autre  en  dehors.  Les 
femmes  avaient  des  coiffures  élevées;  mais  le  costume  des 
filles  était  si  semblable  à  celui  des  hommes,  qu'on  pouvait 
à  peine  les  en  distinguer. 

»  Ils  habitaient  des  huttes  construites  avec  des  claies  de 
la  hauteur  d'un  homme,  posées  en  cercle  et  supportant  des 
perches  dont  l'extrémité  était  fixée  dans  un  anneau  de  bois. 
On  couvrait  ce  mince  échafaudage  de  pièces  de  feutre  liées 
ensemble,  et  assujetties  par  des  cordes  de  crin  qui  entou- 
raient la  hutte.  La  portière,  également  en  feutre,  était 
toujours  placée  vers  le  midi.  Le  cercle  supérieur  restait 

I.  Mailla,  VIII,  p.  518. 


IQO  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

ouvert  pour  donner  passage  à  l'air  et  à  la  fumée  du  foyer, 
qui  occupait  le  centre  de  cette  étroite  habitation  où  se 
tenait  toute  une  famille. 

»  Leurs  troupeaux,  qui  consistaient  en  chameaux,  bœufs, 
moutons,  chèvres,  et  surtout  en  chevaux,  fournissaient  à 
leur  subsistance  et  composaient  toute  leur  richesse.  Leurmets 
favori  était  la  chair  de  cheval.  Pour  conserver  les  viandes, 
ils  les  faisaient  sécher  en  tranches  minces,  soit  à  l'air,  soit 
à  la  fumée  de  leurs  foyers;  ils  mangeaient  d'ailleurs  la  chair 
de  toutes  sortes  d'animaux,  même  de  ceux  qui  étaient 
morts  de  maladie,  et  ils  aimaient  à  s'enivrer  avec  le  lait 
de  jument  fermenté  et  distillé,  boisson  qui  s'appelle  couniiz. 

))  Leurs  troupeaux  fournissaient  d'ailleurs  à  presque  tous 
leurs  besoins.  Ils  se  vêtissaient  de  la  peau  de  ces  animaux 
domestiques  ;  de  leur  laine  et  de  leurs  crins,  ils  faisaient  des 
feutres  et  des  cordes  ;  de  leurs  tendons,  du  fil  à  coudre  ou 
des  cordes  d'arc;  de  leurs  os,  des  pointes  de  flèches;  leur 
fiente  desséchée  servait  de  combustible  dans  les  plaines 
sablonneuses  ;  du  cuir  des  bœufs  et  des  chevaux,  on  fabriquait 
des  outres;  et  les  cornes  de  Yartac,  espèce  de  bélier,  for- 
maient des  vases  pour  la  boisson. 

))  La  nourriture  de  leurs  troupeaux  obligeait  ces  peuples 
pasteurs  à  émigrer  sans  cesse.  Dès  que  le  district  où  ils  se 
trouvaient  était  épuisé  d'herbages,  on  défaisait  les  huttes, 
on  en  chargeait  le  dos  des  animaux,  qui  transportaient 
aussi  les  meubles,  les  ustensiles  de  ménage,  les  plus  jeunes 
enfants,  et  la  horde  allait  chercher  de  nouveaux  pâturages. 
Chaque  tribu  avait  sa  marque  particulière,  empreinte  sur 
le  poil  de  ses  bestiaux.  Chacune  avait  son  territoire  circon- 
scrit dans  de  certaines  hmites,  et  dont  elle  habitait  les 
diverses  parties,  suivant  les  saisons. 

»  Ils  épousaient  autant  de  femmes  qu'ils  voulaient  ou 
qu'ils  en  pouvaient  entretenir;  et  pour  obtenir  une  fille, 
on  donnait  à  ses  parents  un  nombre  convenu  de  pièces  de 
bétail.  Chaque  femme  avait  sa  hutte  et  son  ménage  séparé. 
Le  fils  devait  pourvoir  à  l'entretien  des  veuves  de  son  père  ; 
souvent  il  les  épousait,  hormis  celle  qui  lui  avait  donné  le 
jour.  Le  frère  était  également  tenu  de  prendre  soin  de  ses 


TCHINGUIZ    KHAN  I9I 

belles-sœurs  devenues  veuves.  Les  femmes,  très  actives, 
partageaient  avec  leurs  maris  le  soin  des  troupeaux,  fai- 
saient les  vêtements,  fabriquaient  les  feutres,  conduisaient 
les  chariots,  chargeaient  les  chameaux,  et  montaient  à 
cheval  aussi  hardiment  que  les  hommes.  Ceux-ci,  lorsqu'ils 
n'allaient  pas  à  la  chasse,  consumaient  la  plus  grande 
partie  de  leur  temps  dans  l'oisiveté,  et  on  leur  reprochait, 
en  général,  d'être  rusés,  fourbes,  rapaces,  malpropres  et 
adonnés  à  l'ivrognerie,  qui,  chez  eux,  ne  passait  pas  pour 
un  vice  ^  » 

«  Les  Mongols,  ignorant  l'art  de  l'écriture,  se  transmet-  Ecriture, 
talent  verbalement  les  noms  de  leurs  ancêtres,  et  les  faits 
historiques  de  leurs  tribus.  Suivant  ces  traditions,  deux 
mille  ans  avant  la  naissance  de  Tchinguiz  Khan,  les  Mon- 
gols avaient  été  vaincus  et  exterminés  par  les  autres  nations 
de  la  Tartarie.  Il  n'échappa  du  carnage  que  deux  hommes 
et  deux  femmes,  qui  se  réfugièrent  dans  un  pays  enfermé 
par  une  chaîne  de  montagnes,  appelées  Erguéné-Coun  ou 
rochers  escarpés.  Dans  cette  contrée,  dont  le  sol  était  fertile, 
la  postérité  des  deux  fugitifs  nommés  Tégouz  et  Kiyan 
(torrent)  se  multiplia  promptement  et  se  divisa  en  tribus. 
Trop  resserrée  dans  les  limites  formées  par  les  rochers  à  pic, 
cette  population  délibéra  sur  les  moyens  de  les  franchir.  Elle 
avait  coutume  d'extraire  du  minerai  de  fer  de  l'une  de  ces 
montagnes.  On  y  amassa  une  énorme  quantité  de  bois  et 
le  feu,  attisé  par  soixante-dix  soufflets,  ayant  fondu  la  mine 
ouvrit  un  passage  à  ce  peuple  nouveau.  La  mémoire  de  cet 
événement  était  célébrée  par  les  souverains  mongols,  des- 
cendants de  Tchinguiz  Khan;  dans  la  nuit  qui  précédait 
le  premier  jour  de  l'an,  des  forgerons  battaient  un  fer  chaud 
en  présence  de  la  Cour,  et  l'on  rendait  solennellement  des 
actions  de  grâces  aux  Dieux.  Telle  est  l'origine  du  peuple 
mongol,  nom  qui  signifie  simple  et  faible  ^.  » 

«  Ces  Mongous,... descendaient  d'un  certain Poudaxtchar  Ancêtres. 
(Boudantchar),  qu'ils  prétendaient  être  né  d'une  manière 
extraordinaire;  Alan  koua  (Aloung   Goa),   sa   mère  (fille 

1.  d'Ohsson,  Mongols,  I,  pp.  11-15. 

2.  C.  d'Ohsson,  Histoire  des  Mongols,  I,  pp.  21-22. 


192  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

de  K'ouTAi,  prince  de  la  tribu  des  T'ummed)),  ayant  été 
mariée  à  Toubon-merghen  (Douyan  byan,  Doun  boun 
bayan)  (huitième  descendant  de  Bourté  Tchina,  établi  au 
viii^  siècle  sur  l'Onon,  le  Keroulen  et  la  Toula)  elle  lui  donna 
deux  fils,  Pougouhadaki  et  Pouhoutsi  saltsi  (Belkeda 
et  Yekeda)  (Belguéteï  et  Begontei).  Après  la  mort  de  son 
mari,  elle  vit  en  songe,  pendant  la  nuit,  une  grande  clarté 
qui  pénétra  dans  sa  tente  ;  ce  rayon  de  lumière  se  changeant 
en  un  génie  de  couleur  d'or,  s'approcha  de  son  lit  :  la  peur 
la  réveilla,  elle  ne  vit  rien,  et  sentit  qu'elle  était  enceinte 
de  Poudantchar,  qu'elle  mit  au  monde  au  bout  de  neuf  moisi. 

Poudantchar,  grâce  aux  troupes  que  lui  donna  son  frère 
Pouhousi  saltsi,  fit  la  conquête  du  pays  de  Tonkili  holou; 
il  eut  pour  fils  et  successeur  Capitsi  coulop  patourou,  qui 
eut  pour  fils  et  successeur  Mahatoudan  (Makha  Toudan), 
qui  eut  sept  fils  de  son  épouse  Monalun  (Monoloun) 
Celle-ci  ayant  causé  la  mort  de  jeunes  gens  de  la  horde  de 
Yalay  (Djelaïres)  (chassés  de  leur  pays,  le  Keroulen,  parles 
Kin;  ils  arrachaient  des  racines  de  ginseng  sur  le  territoire 
de  Monalun),  les  membres  de  cette  horde  tuèrent  Monalun 
et  ses  fils  à  l'exception  de  l'aîné  Haitou  (Kaidou)  qui  échap- 
pa au  massacre  ;  son  oncle  Natsin  le  fit  reconnaître  comme 
chef  et  il  vainquit  les  Yalay  et  «  forma  un  camp  sur  les 
bords  de  la  rivière  Palhou  (la  rivière  noire,  Kara  Keul)  et 
ayant  établi  un  pont  sur  celle  de  Ouanan,  afin  d'être  maître 
de  l'un  et  de  l'autre  bord,  il  soumit  des  quatre  côtés  plu- 
sieurs hordes  et  plusieurs  familles  »  2  (Kaidou  eut  trois  fils). 

Haitou  eut  pour  successeur  son  fils  Païchongor  (Bai 
Sangcor),  qui  eut  pour  fils  Tombihaï,  (Tombagaï  Khan), 
qui  eut  neuf  fils,  dont  son  successeur  Cabulhan  (Kaboul 
Khan),  qui  eut  pour  fils  Pardai  (Bartan),  père  de  Yesou- 
gai. 
Yesougai.  Yesougai  Bahadour,  ^  troisième  des  quatre  fils  de  Bar- 
tan Bahadour,  défit  les  Tartares  en  1155,  dans  une  bataille 
dans  laquelle  périrent  leurs  deux  chefs  dont  l'un  se  nom- 

1.  Mailla,  IX,  p.  3. 

2.  Mailla, 'IX,  p.  8. 

3.  Yesougai  —  neuf;  Bahadour  =  brave  en  langue  turke. 


TCHINGUIZ    KHAN  I93 

mait  Temoudjin  O&A.  Au  retour  de  cette  campagne,  l'une 
de  ses  femmes  Ouloun  Eke  ^  de  la  tribu  mongole  des  Olco- 
nontes,  que,  suivant  Sanang  Se-tsen,  il  aurait  ravie  au 
chef  tartare  Yeke  TcHiLATOU.et  qu'elle  venaitd'épouser,  lui 
donna  un  fils  près  du  Deligoun  Bouldac,  montagne  près  de 
l'Onon.  Yesougai  en  souvenir  de  sa  victoire  donna  à  l'enfant 
le  nom  de  Temoudjin  {meilleur  fer).  Gaubil  '^  appelle  la 
princesse  mongole  Yûen  Lun  et  son  fils  Kiou  Wen  ;  on  re- 
marqua qu'en  naissant  il  avait  du  sang  caille  aux  mains; 
ce  sang  fut  considéré  comme  un  heureux  présage  et  Ye- 
sougai voulut  que  Kiou  Wen  portât  le  nom  de  Temoudjin. 
Suivant  Sanang  Setsen  et  Gaubil  cet  événement  eut  lieu 
en  1162,  date  qui  paraît  exacte;  suivant  Mailla  en  1161; 
enfin  suivant  Rachid  ed-Din  en  février  1155. 

Yesougai  exerçait  sa  puissance  dans  la  région  au  sud-est 
du  Baïkal,  baignée  par  l'Onon  et  le  Keroulen  (Onon  Kerule), 
dans  les  monts  Bourcan  Kaldoun,  aujourd'hui  Kentei,  d'où 
sortent  les  rivières  Onon,  qui  avec  r  Ingoda  forment  laChilka, 
Keroulen  qui  se  jette  dans  le  Dalaï  Nor,  et  Toula,  tribu- 
taire de  la  Selenga  par  l'Orkhon.  Ses  possessions  avaient 
pour  voisins  les  Merkitcs,  les  Kéraïtes  sur  les  bords  de 
l'Orkhon  et  de  la  Toula,  au  sud  des  Merkites,  et  les  Naï- 
mans,  bornés  au  nord  par  les  Kirghizes,  à  l'est  par  les 
Kéraïtes,  au  sud  par  les  Ouighours  et  à  l'ouest  par  les 
Kankalis.  Les  Naïmans  étaient  proches  de  l'empire  des 
Kara  K'i  Taï,  qui  occupait  les  deux  versants  des  T'ien  Chan 
et  s'étendait  au  sud  jusqu'au  Tibet.  Plus  à  l'ouest,  du 
nord  de  la  mer  d'Aral  à  la  mer  d'Oman,  de  la  Géorgie  et  de 
la  Caspienne  jusqu'aux  frontières  des  Kara  K'i  Tai,  du 
Tibet  et  des  Indes  était  situé  l'immense  empire  du  Khwa- 
rezm;  au  sud  des  tribus  mongoles  dans  l'Asie  orientale  se 
trouvaient  le  Tangout  qui  les  séparait  du  Tibet,  et  leurs 
suzerains,  les  Kin,  possesseurs  de  la  Chine  septentrionale 
(Tartarie,  Leao  Toung,  Chan  Toung,  Tche  Li,  Ho  Nan, 
Chan  Si,  partie  du  Chen  Si,  comprenant  les  territoires  dé- 
pendant de  Foung   Siang  fou  et  de  Si  Ngan  fou),  tandis 

1.  Ouloun  =  nuage;  Eke  =  mère. 

2.  Gentchiscan,  p.  2. 


194  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

que  les  Soung  refoulés  vers  le  midi  régnaient  à  Lin  Ngan 
(Hang  Tcheou). 

Plan  Carpin  nous  parle  des  Merkites  : 

«  Vers  l'Orient  il  y  a  un  païs  appelé  Mongal,  qui  avait 
autrefois  quatre  sortes  de  peuples;  l'un  dit  Jeka  Mongol, 
c'est-à-dire  les  grands  Mongales.  L'autre,  Su  Mongol,  ou 
Mongales  aquatiques,  qui  furent  aussi  appelez  Tartares, 
à  cause  d'un  fleuve  nommé  Tartar,  qui  passe  par  leur  terre. 
Le  troisième  s'appelle  Merkat,  et  le  dernier  Metrit.  Ces 
quatre  peuples  étaient  semblables  en  figure,  mœurs  et 
langue;  encore  qu'entr'eux  ils  fussent  distinguez  par 
Princes  ou  Chefs,  et  par  Provinces.  En  la  terre  de  Je'ka 
Mongol,  il  y  eut  un  certain  homme,  nommé  Cingis,  qui 
commença  à  surpasser  en  ses  courses  le  Seigneur;  il  apprit 
à  ceux  de  son  païs  à  dérober,  et  à  vivre  de  brigandage.  »  i 

Marco  Polo  les  place  au  delà  de  Kara  Koroum  : 

«  Et  quant  l'en  s'en  part  de  Caracoron  et  de  Altai,  là 
où  il  se  metent  les  cors  des  Tartars,  ensi  con  je  vos  ai  contés 
en  arieres,  il  ala  puis  por  une  contrée  ver  tramontane  que  est 
apellé  le  plain  de  Baigù,  et  dure  bien  quarante  j ornée. 
Les  jens  sunt  apellés  Mecri  et  sunt  sauvaje  jens.  11  vivent 
des  bestes,  et  les  plusors  sunt  cerf,  et  voz  di  qu'il  cha- 
vauchent  les  cerf.  Uzance  et  costumes  ont  come  Tartars, 
con  il  sunt  au  grant  Can.  Il  ne  ont  bief  ne  vin;  l'esté  ont 
venesion  et  chachaionz  de  bestes  et  d'ousiaus  assez;  mes 
l'en  yver  ne  i  demore  nulle  beste  ne  osiaus  por  le  grant 
froit.  »  2 

Guillaume  de  Rubrouck  prétend  que  Une  ou  Vut,  frère 
du  Prêtre  Jean,  «  habitoit  au  delà  des  montagnes  de  Cara 
Cathay;  il  y  avoit  entre  ces  deux  Cours  environ  trois  se- 
maines de  chemin.  Ce  Frère  était  Seigneur  d'une  habitation 
ou  logement,  nommé  Caracarum,  et  avait  sous  sa  domi- 
nation une  Nation  appelée  Krit-Merkit,  qui  étoit  de 
Nestoriens.  Mais  leur  Prince  aiant  abandonné  la  Foi 
de  Christ,  devint  Idolâtre,  tenant  près  de  soi  des  Prêtres 

1.  Bergeron,  coL  39.  Dans  le  texte  latin  donné  par  d'AvEZAC  on 
lit  :  Merkit  et  Mecrit. 

2.  Ed.  Soc.  de  Géog.,  p.  71. 


TCHINGUIZ    KHAX  I95 

des  Idoles,  qui   sont    tous  Sorciers  et  qui  invoquent  les 
Diables  ^  » 

Probablement  d'origine  turke,  mélangés  de  sang  mongol 
les  Merkites  nomades,  appelés  aussi  Oudouyoutes,  se  com- 
posaient des  quatre  tribus  Ohoz,  Modon,  Toudacalin  et 
Djioun,  toutes  soumises  au  bey  Toucta,  répandues  sur  la 
basse  Selenga  et  ses  affluents'^.  La  seconde  fille  de  Tchinguiz 
Khan  et  de  Bourta  Fotcliin,  Tchi  tchégan,  épousa  Tou- 
RALDji,  fils  de  KouTOUKA  BiGUi,  Toi  des  Oudouyoutes- 
Merkites  2. 

Les  Kéraïtes  ou  Kélié,  au  sud-est  du  Baïkal,  au  sud  des 
Merkites,  suivant  AboulFaradj,  furent  convertis  en  1007 
par  l'évêque  nestorien  de  Merv;  en  1195,  Temoudjin  reçut 
la  visite  du  roi  des  Kéraïtes  dont  la  nation  comprenait  les 
«  tribus  Tchirkir,  Toung  caïte,  Tou  maoute,  Sakiate,  Eliate 
et  Kéraïte,  auxquelles  ce  dernier  nom  était  devenu  com- 
mun depuis  leur  réunion  sous  le  sceptre  de  princes  issus  de 
la  tribu  kéraïte.  Leurs  moeurs,  leurs  usages,  leur  idiome  se 
rapprochaient  beaucoup  de  ceux  des  Mongols.  »  ^ 

De  ces  deux  peuples,  il  faut  rapprocher  la  tribu  des  On- 
gutes  au  service  des  Niu  Tchen  et  «  employée  à  la  garde 
d'une  partie  de  la  Grande  Muraille,  que  les  peuples  tatares 
appelaient  Ongou,  d'où  elle  tirait  son  nom  ^;  nous  en  par- 
lons plus  loin.  Peut-être  Ongou  s'apphquait-il  plutôt  au 
mont  Yin  Chan. 

Les  Cangitae  de  Plan  Carpin  et  les  Comans  appelés 
Cangle  de  Rubrouck  sont  les  Turks  Kankalis,  qui  vivaient 
à  l'est  du  Jaic  (Oural)  et  sont  nommés  par  les  historiens 
chinois  de  l'époque  mongole  K'ang  li  ou  Kanglin.  D'Avezac 
(P-  536)  identifie  les  Kéraïtes  avec  les  K'ilê  (ou  Tieh  le) 
des  anciennes  annales  chinoises  ;  le  nom  de  K'i  le  était  appli- 
qué au  m®  siècle  de  notre  ère,  à  toutes  les  tribus  turkes,  tels 
que  les  Ouighours,  les  Kirghizes,  les  Alains,  et  serait  celui 
des  Kao  tch'e  dont  descendaient  les  Cangles  de  Rubrouck  ^. 


Bergeron,  col.  36. 

d'Ohsson,  I,  p.  55.  —  5.,   p.  419. 

d'Ohsson,  I,  p.  48. 

d'Ohsson,  I,  p.  8. 

T'ang  chou,  liv.  217,  i,  cité  par  Rockhill,  p.  m. 


196  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Les  Naïmans  formaient  une  nombreuse  tribu  turke,  dont 
le  nom  en  mongol  veut  dire  le  nombre  «  huit  »,  c'est-à-dire 
les  «  Huit  Ouighours  »  ou  les  Naïmans-Ouighours,  qu'il 
ne  faut  pas  confondre  avec  «  les  Neuf  Ouighours  »  ou 
Toghuz  Ouighours  de  l'Orkhon  et  de  la  Toula,  dont  nous 
avons  parlé  précédemment. 

«  Ils  habitaient  les  contrées  où  coule  le  Haut  Irtich  et 
que  traverse  la  chaîne  du  grand  Altaï  ;  séparés  à  l'ouest, 
par  un  désert,  du  pays  des  Turks-Ouighours,  au  nord,  par 
le  petit  Altaï,  du  pays  des  Turks  Kirghizes  et  Kem-Kemd- 
joutes,  et  à  l'est  par  les  monts  Karakoroum,  du  territoire 
des  Kéraïtes,  qui  s'étendait  jusqu'aux  sources  de  l'Onon  et 
du  Keroulen  »  ^. 

Plan  Carpin  en  fait  des  païens,  et  Rubrouck  des  Chré- 
tiens, ainsi  que  le  Tarikh-i-Rashidi  qui  les  appelle  Tarsa  ^. 
En  turki,  Naîman  veut  dire  «  lumière  ». 

Les  descendants  de  Yesougai  portaient  le  surnom  de 
Bouftchoukin,  qui  veut  dire  auxyeiix  gris  ^;  à  la  mort  de  ce 
guerrier  qui  laissait  quatre  frères  et  une  sœur,  sa  succession 
passa  entre  les  mains  de  son  fils  Temoudjin  guidé  par  sa 
mère,  femme  énergique;  la  situation  était  peu  brillante 
pour  le  jeune  chef  que  la  plupart  des  tribus  mongoles 
abandonnèrent,  le  trouvant  trop  jeune,  pour  se  placer  sous 
la  conduite  de  Targoutai,  chef  des  Taïdjoutes,  arrière 
petit-fils  de  Kaidou  Khan.  En  vain  la  veuve  de  Yesougai 
les  attaqua-t-elle,  elle  ne  réussit  qu'à  en  faire  rentrer  un 
petit  nombre  sous  le  joug. 

Temoudjin  passa  par  de  dures  épreuves  :  saisi  par  les 
gens  de  Targoutai  et  mis  à  la  cangue,  il  s'enfuit  avec  peine 
grâce  à  l'appui  d'un  certain  Schebourgan  Schiré  qu'il  ré- 
compensa généreusement  plus  tard;  une  autre  fois,  il  fut 
grièvement  blessé  par  des  Taidjoutes  avec  leurs  flèches. 
D'un  caractère  indomptable,  Temoudjin,  grâce  au  coura- 
geux appui  de  sa  mère,  réunit  treize  mille  hommes  et  rem- 
porte sur  les  Taidjoutes,  au  nombre  de  trente  mille,  dans 

1.  d'Ohsson,  I.  pp.  6-7. 

2.  p.  290. 

3.  d'Ohsson,  I.  p.  39. 


TCHIiVGUIZ    KHAN  J97 

la  plaine  delà  Baldjouna,  affluent  de  l' Ingoda,  une  première 
victoire,  qu'il  souilla  par  un  acte  abominable  de  cruauté; 
Temoudjin  fit  jeter  ses  prisonniers  dans  quatre-vingts 
chaudières  d'eau  bouillante. 

D'autre  part,  un  chef  tartare,  Moutchin  Soultou 
(Mecoutchin  Secoul),  s'étant  révolté  en  1194  contre  l'em- 
pereur kin,  TcHANG  TsouNG  (Magadou,  suivant  d'Ohsson), 
celui-ci  envoya  contre  lui  son  ministre  Wex  Yen-siang, 
qui  ordonna  aux  chefs  mongols  Temoudjin  et  To  Li,  fils  de 
H0ULSAHOUS  PEÏLOU,  chef  de  la  horde  de  Ke  lie  (les  Ké- 
raïtes)  de  réunir  leurs  troupes  aux  siennes  sur  les  bords  de 
rOnon;  les  rebelles  furent  défaits,  leur  chef  fut  tué;  l'em- 
pereur satisfait  récompensa  ses  auxiliaires.  Temoudjin 
reçut  un  titre  militaire  chinois  et  To  Li  fut  créé  \\'axg 
Khan.  Ce  dernier  eut  bientôt  besoin  des  services  de  son 
voisin  et  lui  rendit  visite  en  1195;  Ysan  Koule,  frère  de 
ToLi,  mécontent,  s'était  réfugié  chez  les  Naïmans,  qui  atta- 
quèrent les  Kéraïtes;  To  Li  battu  futobhgé  de  se  réfugier 
chez  les  Ouighours.  Temoudjin  s'élança  à  son  secours  sur  les 
bords  de  la  Toula;  les  Bourkines  furent  battus,  puis  Wang 
Khan  acheva  seul  la  défaite  des  Merkites,  alUés  des  Naïmans 
(1198),  oubhant  de  donner  à  son  allié  sa  part  de  butin. 

De  nouveau  les  alliés  (1199)  se  réunirent  contre  les  Naï- 
mans, mais  la  défection  de  Wang  Khan  obligea  Temoudjin 
à  la  retraite.  Wang  Khan,  poursuivi  à  son  tour  par  les 
Naïmans,/  fit  appel  à  Temoudjin,  qui  envoya  des  troupes  à 
son  aide  et  reprit  le  butin  déjà  fait  par  l'ennemi.  Une  nou- 
velle défaite  des  Naïmans  par  le  frère  cadet  de  Temoudjin 
et  une  victoire  de  celui-ci  et  de  Wang  Khan  sur  les  Taï- 
djoutes  (1200)  alarmèrent  les  tribus  mongoles  restées  in- 
dépendantes; elles  formèrent  sur  les  bords  de  la  Toula 
une  ligue  contre  Temoudjin  et  élirent  comme  Khan  Uni- 
versel {Gour  Khan)  Tchamouca,  chef  de  la  tribu  des 
Kiyates  Bourkines  (1201),  mais  Temoudjin,  prévenu,  mit 
leur  chef  en  fuite.  Des  projets  de  mariage  manques  ame- 
nèrent entre  Wang  Khan  et  Temoudjin  une  certaine 
inimitié.  To  Li  avait  promis  en  mariage  une  de  ses  filles  à 
DjouTCHi,  fils  aîné  de  Temoudjin,  et  ce  dernier  promettait 


igS  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

une  de  ses  filles  au  fils  de  To  Li  ;  Tchamouca  réussit  à  les 
brouiller;  plus  sérieux  fut  le  traité  entre  Temoudjin  et 
Te  Yin,  seigneur  de  la  horde  de  Houng-kila;  ce  dernier 
qui  était  entré  contre  son  gré  dans  la  ligue  de  Tchamouca, 
avait  donné  sa  fille  en  mariage  à  Temoudjin;  il  se  joignit 
aux  Mongols  avec  les  hordes  Ouloutay,  Mangou,  Tchalar, 
Y  ki  lie  se  qui  descendaient  comme  la  sienne  des  cinq  fils 
de  La  tching  Patour,  sixième  aïeul  de  Te  Yin  ;  en  vertu 
d'un  traité  entre  Te  Yin  et  Temoudjin,  le  chef  de  la  famille 
mongole  devait  prendre  pour  première  femme  une  fille  de 
Te  Yin.  De  même  le  chef  de  la  famille  de  ce  dernier  devait 
toujours  prendre  pour  première  femme  une  fille  de  la  race 
de  Temoudjin  i.  Attaqué  par  les  Kéraïtes  (1203),  Temoud- 
jin fut  battu,  obligé  de  prendre  la  fuite  et  de  se  retirer  près 
de  la  Baldjouna;  ayant  réuni  de  nouvelles  troupes,  il  en- 
voya à  Wang  Khan  un  message  lui  rappelant  les  services 
qu'il  lui  avait  rendus  et  lui  offrant  de  mettre  fin  à  leurs 
différends.  D'autres  conseils  prévalurent.  Temoudjin  furieux 
ne  tarda  pas  à  prendre  sa  revanche,  surprit  et  mit  en  fuite, 
malgré  ses  troupes  plus  nombreuses,  Wang  Khan  entre  la 
Toula  et  le  Keroulen  dans  les  Tchetcher  Ondour. 

Marco  Polo  nous  décrit  la  bataille  entre  le  Prêtre  Jean 
et  Temoudjin  et  nous  raconte  leur  mort,  qui  est  d'ailleurs 
inexacte  : 

«  Et  après  ce  deus  jors  s'armarent  andeus  les  parties  et 
se  conbatirent  ensenble  duremant  et  fu  la  grangnor  ba- 
taille que  fust  jamès  veue.  Il  hi  oit  gran  maus  et  d'une 
part  et  d'autre;  mes  au  dereant  venqui  la  bataille  Cinchins 
Can,  et  fu  en  celle  bataille  hocislePrestre  Johan,  et  de  celui 
jor  avant  parde  sa  tere  que  Cinchin  Can  la  ala  conquistant 
tout  jor,  et  si  voz  di  que  Cinchin  Chan  puis  celle  bataille 
régna  six  anz,  et  ala  conquistant  maint  castiaus  et  mant 
provinces  ;  mes  à  chief  de  six  anz  ala  à  unchastiaus  qe  avoità 
non  Cangui,  et  iluec  fu  féru  d'une  sagite  en  genœilz  et  de 
celui  coux  morut,  dont  il  fu  grant  domajes,  por  ce  qu'il 
estoit  preudomes  et  sajes  »  ^. 

1.  Gaubil,  pp.  5-6. 

2.  Ed.  Soc.  de  Géog.,  p.  65. 


TCHIXGUIZ    KHAN  I99 

«  La  plupart  des  souverains  Naïmans  joignaient  à  leur 
titre  de  Khan,  soit  l'cpithète  de  Goutschlouc,  qui  veut  dire, 
en  turk,  puissant;  ou  celle  de  Bouyourouc,  qui  signifie  com- 
mandant; mais  Tai  Bouca  portait  le  titre  chinois  de  T'ai 
vang  ou  de  grand  roi  qu'il  avait  reçu  de  l'empereur  Kin, 
et  que  les  Mongols  prononçaient  Tayang  ^  )> 

Le  chef  des  Kéraïtes  en  réalité  fut  assassiné  chez  les 
Naïmans  et  son  fils  s'étant  réfugié  au  Tangouten  fut  chassé 
et  massacré  à  Koutcha,  près  Tourfan,  et  son  royaume  fut 
conquis  de  la  sorte  par  Temoudjin  (1203).  Les  Xaïmans  et 
leur  chef  Tayang  Khan  subirent  le  même  sort  (1204)  ;  celui-ci 
avait  tenté  de  s'alher  contre  Temoudjin  avec  Tchamouka, 
le  chef  des  Tartares  blancs,  qui  prévint  le  chef  mongol, 
lequel  attaqua  brusquement  les  Naïmans  et  tua  leur  prince. 
A  la  mort  de  Tayang,  son  chancelier,  un  ouighour  nommé 
Ta-t'oung-ho,  amené  à  la  Cour  de  Temoudjin,  avec  le  sceau 
royal  en  or,  apprit  aux  princes  de  sa  famille  les  caractères 
ouighours  que  les  Mongols  employèrent  jusqu'à  l'époque 
de  K'oublai.  Les  Merkites  furent  soumis;  maître  enfin  des 
hordes  tartares  qui  l'environnaient,  Temoudjin  envahit  le 
Tangout  ou  Hia  (1205)  que  les  Mongols  appelaient  Caschi 
ou  Coshi  transformation  de  Ho  Si  (à  l'occident  du  Fleuve), 
le  Chen  Si;  ce  n'était  qu'un  essai  préliminaire. 

Les  Si  Hia,  d'origine  tibétaine,  descendaient  des  Tang  Si  Hia 
Hiang  et  avaient  pour  ancêtre  To  pa  Sekoung  qui,en  882, 
aida  l'Empereur  à  vaincre  le  rebelle  Houang  Tch'ao  et 
reçut  en  récompense  le  titre  de  duc  du  royaume  de  Hia 
avec  le  nom  de  famille  de  Li.  Le  nom  de  leur  pays,  appelé 
Tangout  (pluriel  mongol  de  Tang)  par  Marco  Polo  et 
Rachid  ed-Din  était  déjà  connu  dès  734  dans  l'inscription 
turko-chinoise  de  Kocho-Tsaidam.  Rockhill  le  considère 
comme  l'équivalent  de  Si  Tsang,  Tibet.  (Joiirn.  R.  Asiat. 
Soc,  1891,  pp.  21,  1S9,  etc.;  et  N.  Elias,  p.  361  n.).  Le 
véritable  fondateur  de  la  dynastie  fut  Li  Youen-hao 
(1031-1048)  qui  conquit  sur  les  Turks  ouighours  en  1031  les 
villes  de  Kan  Tcheou  et  de  Sou  Tcheou,  se  déclara  indé- 
pendant en  1032  et  adopta  en  1036  une  écriture  spéciale, 

r.  d'Ohssox,  I,  p.  57. 


2  00  HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 

empruntée  aux  K'i  Tan,  dont  je  parlerai  tout  à  l'heure; 
sa  capitale  était  Hia  Tcheou,  maintenant  Ning  Hia  sur 
le  Fleuve  Jaune.  Au  milieu  du  xi®  siècle,  le  Tangout  était 
borné  au  sud  et  à  l'est  par  les  Soung,  au  nord-est  par  les 
K'i  Tan,  les  Tartares  au  nord,  les  Turks  Ouighours  à 
l'ouest  et  les  Tibétains  au  sud-ouest;  il  représentait  la 
province  de  Kan  Sou. 

La  langue  Si  Hia  appartenant  à  la  famille  linguistique 
tibeto-birmane  est  apparentée,  ainsi  que  l'a  montré  M.  B. 
Laufer  1,  aux  langues  lo-lo  et  mo-so.  Le  premier  spécimen 
de  cette  langue  qui  fut  connu  fut  celui  de  l'inscription 
hexaglotte  de  la  porte  de  Kiu-Young  Kouan,  gravée  en  1345 
comprenant  en  devanâgari,  tibétain,  mongol-phags-pa,  ouig- 
hour,  chinois  et  Si  Hia  que  l'on  prit  d'abord  pour  du  niutchen, 
une  dhârani  (c'est-à-dire  une  prière  en  langue  sanscrite) 
et,  dans  ces  différentes  langues,  un  résumé  du  sutra  d'où 
était  tirée  la  prière.  Un  autre  spécimen  fut  une  stèle  portant 
une  inscription  bilingue  en  chinois  et  en  Si  Hia,  érigée  par  un 
souverain  du  Tangout,  en  1094,  dans  le  Ta  Yun  se,  Temple  du 
Grand  Nuage,  à  Leang  Tcheou;  «  le  Ta  Yun  Se  fut  construit 
entre  les  années  357  et  361  de  notre  ère  par  un  certain 
TchangT'ien-si  dont  l'ancêtre,  TchangKouei,  gouverneur - 
chinois  de  Leang  Tcheou,  s'était  déclaré  indépendant  en 
l'an  301  et  avait  fondé  la  petite  dynastie  des  Leang.  Ce 
temple  était  d'abord  appelé  temple  Houang  ts'ang  ^  ».  Ce 
nom  fut  changé  en  690.  Les  Si  Hia  s'emparèrent  de  Touen 
Houang,  vers  1035;  il  est  à  noter  qu'aucun  manuscrit  Si 
Hia  ne  se  rencontre  parmi  les  documents  trouvés  par  Pelliot 
dans  cette  localité.  Dans  la  seconde  moitié  du  xi^  siècle  de 
notre  ère,  le  territoire  de  Leang  Tcheou  passa  entre  les 
mains  des  Si  Hia  dont  un  des  souverains  fît  ériger  l'inscrip- 
tion bilingue  en  chinois  et  en  Si  Hia  en  1094. 

Une  inscription  nous  apprend  entre  autres  choses  la  venue 
en  1383  d'un  religieux  japonais,  nommé Tche-m an,  qui  fit  une 
collecte  pour  réparer  le  temple  qui  fut  reconstruit  en  1563, 
une  grande  partie  en  ayant  été  détruite  par  un  tremblement 

1.  T'oung  Pao,  mars  1916. 

2.  Ed.  Chavannes,  Dix  Insc.  de  l'Asie  centrale. 


TCIIIXGLIZ    KIIAN  201 

de  terre  ^  An  moment  des  troubles  de  Pc  King,  en  1900, 
l'interprète  M.  (j.  Morrisse  trouva  trois  volumes  de  la 
traduction  en  langue  Si  Hia  du  sutra  Saddharma  pundarika 
sûtra  ou  Lotus  de  la  Bonne  Loi,  qu'il  étudia  dans  les  Mé- 
moires de  divers  savants,  publiés  par  l'Académie  des  Inscrip- 
tions 2.  Enfin  les  documents  apparurent  en  grande  abon- 
dance lors  des  mémorables  explorations  de  Kozlov  en  1908- 
1909,  et  de  Sir  Aurel  Stein,  un  peu  plus  récemment  à  Kara 
Khoto,  aujourd'hui  ville  ruinée,  qui  sous  les  Mongols  faisait 
partie  de  Yi  ai  tsai,  et  ne  serait  autre  chose  queHei  Chouei, 
riitzina  de  Marco  Polo;  nous  devons  ce  que  nous  connais- 
sons de  la  langue  Si  Hia  à  Wylie,  Devéria,  Chavanxes, 
BusHELL,  Morrisse,  Ivanov,  Pelliot  et  B.  Laufer. 
Marco  Polo  consacre  tout  un  chapitre  au  Tangout  : 
«  .La  provence  s'apelle  Tangut.  Il  sunt  tuit  ydres.  Bien 
est-il  voir  qu'il  hi  a  auques  cristienz  Nestorin:  et  encore  y  a 
Saracinz.  Les  ydres  ont  langajes  por  elz.  La  ville  est  entre 
grec  et  levant;  il  ne  sunt  jens  qui  vivent  de  merchandies, 
mes  vivent  dou  profit  des  blés  qu'il  recoient  de  la  tere. 
Il  ont  maintes  abaye  et  mant  moster,  lesquelz  sunt  tuit  plen 
de  ydres  de  mainte  faision,  asquelz  font  grant  sacrifïcie  et 
grant  honor  et  grant  irruccenor  (révérence).  Et  sachiés  que 
tout  les  homes  que  ont  enfanz,  font  norir  un  mouton  à  ho- 
nor de  le  ydres,  et  à  chief  de  l'an,  ou  en  la  feste  de  sa  indre, 
cil  que  ont  nodri  le  mouton  le  moinent  con  lez  enfanz 
devant  le  3'dres  et  li  font  grant  revestence  et  elz  et  lor 
enfanz;  et  quant  ont  ce  fait,  il  le  font  toit  cuire,  puis  le 
portent  devant  l'idre  con  grant  révérence,  et  iluec  le  laissent 
tant  qu'il  ont  dit  lor  ofice  et  lor  preier  qe  le  ydre  sauvent 
lor  filz,  et  dient  qe  le  ydre  menuient  la  sostance  de  la  cars. 
Puis  que  il  ont  ce  fait,  il  prenent  celle  cars  que  devant  le 
ydre  aroit  esté,  et  la  portent  à  lor  maison  ou  en  autre  leu 
qu'il  voilent,  et  mandent  por  lor  parens  et  le  menuent  cum 
grant  révérence  et  à  grant  feste;  et  quant  il  ont  manjés  la 
cars  et  il  reculient  les  oses  et  le  sauvent  en  arche  moût  sau- 
vemant  :  et  sachiés  que  tuit  les  ydules  dou  monde,  quant 

1.  Ed.  Chavannes,  /.  c,  p.  198. 

2.  i'«  série,  XI,  2^  partie,  1904. 


202  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

il  morurent,  les  autres  font  ardoir  les  cors.  Et  encore  voz 
di  que  quant  cesti  ydres  sunt  portés  de  lor  maison  au  leu 
o  il  doient  estre  ars  entre  voies  en  auquant  leus,  les  parens 
dou  mors  ont  fait  emi  la  voie  une  maison  de  fust  coverte 
de  dras  de  soie  et  de  dras  doré.  Et  quant  le  mort  est  porté 
devant  ceste  maison  si  aornés,  ils  s'arestent  et  les  homes 
gitent  devant  le  mors  vin  et  viandes  assez,  et  ce  font-il 
por  ce  que  il  dient  que  à  tiel  honor  sera-t-il  recevu  en  l'autre 
siècle  ;  et  quant  il  est  aportés  au  leu  où  il  doit  estre  ars,  ses 
parens  font  entaillier  homes  de  carte  de  papir  et  chevaus  et 
gamiaus  et  monete  grant  come  bizans,  et  toutes  cestes  couses 
funt  ardoir  avech  le  cors,  et  dient  que  en  le  autre  monde  le 
mors  aura  tant  esclaif  et  tantes  bestes  et  tantes  moutons  com 
il  font  ardoir  de  charte.  Et  encore  voz  di  que  quant  le  cors 
sunt  porté  à  ardoir,  tuit  les  stormenz  de  la  tere  vont  sonant 
aunte  (devant)  le  cors.  Et  encore  voz  di  d'oun autre chousse, 
que  quant  cesti  ydres  sunt  mors,  il  mandent  por  lor  astro- 
lique  et  dient  elz  la  nasion  dou  mort,  ce  est  quant  il  nasqui, 
de  quel  mois  et  quel  jorno  et  l'oire;  et  quant  les  astroilique 
le  a  entandu,  il  fait  sez  endevinaile  por  arz  di?-bolique,  et 
dit  puis  qu'il  a  fait  sez  ars,  le  jor  que  le  cors  se  doit  ardoir. 
E  voz  di  que  de  tielz  fait  demorer  que  ne  Tard  une  semaine, 
et  de  tielz  un  mois,  et  de  tielz  six  mois,  et  adonc  convient 
que  les  parens  dou  mort  les  tegnent  en  lor  maison  tant  con 
je  voz  ai  dit  :  car  il  ne  firoient  jamès  ardoir  jusque  atant  que 
les  endevinz  lor  dient  qu'il  soit  bien  ardoir.  Endementier 
que  le  cors  ne  s'arde  et  demore  en  lor  maison,  le  tenent  en 
tiel  mainere,  car  je  vos  di  qu'il  ont  une  cassie  de  table 
grosses  un  paumet,  bien  conjunte  ensenble,  tote  enpointe 
noblemant,  et  hi  metent  le  cors  dedens,  et  puis  le  covrent 
de  tielz  draz  et  si  ordre  et  con  canfara  et  con  autre 
espèces  que  le  cors  ne  poute  point  à  celz  de  la  maison.  Et 
encore  voz  di  que  les  parens  dou  mors,  ce  sunt  celz  de  la 
maison,  ongne  jor  tant  quant  le  cors  hi  demore,  li  font 
mètre  table  et  hi  metent  viande  da  mangier  et  da  boir  ausi 
con  c'il  fust  vif,  et  le  metent  devant  la  cascio  où  le  cors  est, 
et  le  laisent  tant  come  l'en  pensse  avoir  mengiers,  et  dient 
que  s'arme  menjue  de  cel  viande.  En  tel  mainer  le  tenent 


TCHINGUIZ    KHAN  2O3 

jusque  au  jor  que  il  se  vient  à  ardoir;  et  encore  voz  di  qu'il 
funt  un  autre  chouse,  que  plosors  foies  cesti  endevi  dient 
as  païens  des  mors  que  il  ne  est  buen  que  il  traient  por  la 
porte  de  la  maisson  le  cors  mors,  et  trovent  caison  ou  de 
stalle  ou  d'autre  choussc  que  soient  encontrée  à  celle  porte, 
et  adonc  les  parens  dou  mors  le  funt  traire  por  autre  porte 
et  maintes  foies  font  rompir  les  mur,  et  d'iluec  le  funt  trare, 
et  tuit  les  ydules  dou  monde  iront  por  la  mainere  que  je  voz 
ai  dit.  Or  voz  laison  de  ceste  matière,  et  voz  parleron 
d'autre  cité  que  sunt  ver  maistre  joste  le  chief  de  cest 
dezert.  »  ^ 

I.  Ed.  Soc.  de  Géog.,  pp.  54-5O. 


CHAPITRE  XIII 

Les    Mongols    :    Tchinguiz    Khan    (suite). 

Kouriitaï:  Ik  M  AiTRE  de  toutes  les  tribus  environnantes,  Temou- 
/ Yl  DjiN  réunit  tous  les  chefs  mongols  en  une  assem- 
blée générale  ou  kouriitaï  tenue  à  la  12^  lune  de 
1206,  près  des  sources  de  l'Onon;  les  troupes  étaient  divi- 
sées en  neuf  corps  et  on  planta  un  étendard  composé  de 
neuf  tougs  blancs  superposés;  sur  l'avis  du  devin  Gueuk- 
jou,  fils  de  MiGNELic,  chef  mongol  qui  avait  épousé 
OuLoux  Iga,  mère  de  Temoudjin,  on  proclama  ce  dernier 
Tchinguiz  Khan,  le  «  Puissant  »  Khan;  d'Ohsscn  dit  Kha- 
kan,  Gaubil,  Ko  han  ;  le  sorcier  ne  fut  pas  récompensé  de 
son  zèle,  car  Tchinguiz,  irrité  de  ses  impertinences,  le  fit 
tuer  par  son  fils  Djoutchi.  Tchinguiz  nomma  ministres  ses 
compagnons  Mou  ho  li  et  Portchou. 

La  même  année,  après  le  kouriitaï,  Tchinguiz  marcha 
contre  Bouyourouc  (Poulogou),  frère  de  Ta  Yang  Khan, 
et  son  successeur,  le  surprit  et  le  tua  près  de  l'Oulong  Tag, 
continuation  vers  l'ouest  du  Petit  Altaï,  au-dessus  du  lac 
Balkach  ;  la  famille  du  chef  naïman  fut  faite  prisonnière  et 
son  neveu  Koutchlouk  (Kutchoulu),  fils  de  Ta  Yang,  se 
réfugia  avec  le  roi  des  Merkites,  Toukta  (Toto)  dans  la 
région  de  l'Irtich;  en  1208,  Tchinguiz  alla  les  poursuivre 
jusque  dans  leur  retraite  et  Koutchlouc,  dont  Gaubil  fait 
le  fils  de  Poulogou,  se  retira  chez  les  K'i  Tan    du  Chen  Si. 

Dans  l'automne  de  1207,  Tchinguiz  fit  une  seconde 
incursion  dans  le  Tangout  qui  n'avait  pas  payé  le  tribut 
imposé  l'année  précédente  et  ravagea  le  territoire  envahi. 

D'année  en  année,  Tchinguiz  augmentait  sa  puissance; 
il  avait  demandé  aux  deux  peuples  Kirghizes  et  Kemdjoutes, 
habitant  les  premiers,  les  rives  du  Kem  (Enesei),  les  seconds 
le  Kemdjik,  gouvernés  chacun  par  un  roi  portant  le  titre 


I 


TCHIXf.UIZ    KHAN  2O5 

d'Iiial,  de  lui  rendre  hommage,  ce  que  s'empressèrent  de 
faire  ces  princes  (1207).  L'année  précédente,  les  Ouighours 
avaient  reconnu  son  joug  de  préférence  à  celui  des  Kara 
K'i  Tai  (1206).  A  l'automne  de  1208,  il  marcha  vers  l'Irtich 
contre  Koutchlouk  et  Toukta,  tua  ce  dernier  dans  la  bataille 
livrée  près  du  Djem  ou  Tan;  quant  au  premier,  il  s'enfuit  à 
Bich  Baliq  et  de  là  se  retira  à  la  cour  du  Turkcstan.  L'au- 
tomne de  1209  marque  la  troisième  invasion  du  Tangout; 
le  fils  du  roi  SiANG  TsouNG  .fut  défait  et  Tchinguiz  prit 
Ouiraca  ou  Erica,  la  forteresse  d'Imen,  mit  le  siège  devant 
la  capitale  Tchoung  Sing,  aujourd'hui  Xing  Hia,  mais  une 
inondation  du  Fleuve  Jaune  l'ayant  obligé  à  se  retirer,  il 
offrit  la  paix  au  roi  de  Tangout  dont  il  épousa  la  fille.  1 

De  retour  de  cette  campagne,  le  conquérant  reçoit  une 
ambassade  ouighoure  à  laquelle  il  répond  par  un  message 
au  roi  qui  vient  lui  rendre  visite  lui-môme  en  121 1.  Des 
mariages  resserrèrent  d'ailleurs  les  liens  de  Tchinguiz  avec 
ses  voisins  :  au  roi  des  Ouighours,  il  donna  sa  fille  Altoux- 
BiGUi;  la  main  de  princesses  de  la  famille  mongole  est 
accordée  à  deux  vassaux  du  Gourkhan  de  Kara  K'i-Tai, 
Arslan  Khan,  chef  des  Karlouk,  et  Siknak  Tekin, 
fils  et  successeur  d'OzAK,  prince  d'Al  Maliq,  assassiné  par 
ordre  de  Koutchlouk,  qui  épousa  une  fille  de  Djoutchi. 

Tchinguiz  se  trouvait  alors  à  la  tête  d'une  forte  armée; 
il  allait  pouvoir  entreprendre  l'œuvre  de  sa  vie,  la  conquête 
de  la  Chine  divisée  entre  les  Kin  au  nord  et  les  Soung  au 
sud;  il  était  vassal  des  premiers,  qui  venaient  de  lui  récla- 
mer le  tribut  et  dont  la  puissance  avait  été  fondée  aux 
dépens  des  Leao,  contre  lesquels  il  avait  d'ailleurs  des 
griefs.  Ta  Ngan  (Wei-chao  wang),  fils  de  Che  Tsoung, 
avait  succédé  en  120g  à  Tai  Ho  (Tchang  Tsoung).  Tching- 
uiz, qui  reçoit  les  services  de  différents  chefs  ouighours, 
préposa  Tchougoutchar  avec  2,000  hommes,  à  la  garde 
des  tribus  récemment  conquises,  et  au  mois  de  mars  1211 
quitta,  avec  ses  quatre  fils,  le  Keroulen  pour  envahir  le 
Chan  Si  et  le  Tche  Li,  y  compris  Siouan  Te  fou,  avec  sa 
cavalerie;  il  fut  secondé  par  le  chef  des  Ongutes,  Ala- 

I.  d'Ohsson,  I,  p.  106. 


206  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

KOUCH-TEKIN,  établi  au  nord  de  la  Grande  Muraille  ;  d'autre 
part,  les  K'i  Tan  et  les  princes  de  la  famille  des  Leao,  du 
Leao  Toung,  révoltés,  font  leur  soumission  à  Tchinguiz. 
L'empereur  Wei-Chao  wang,  victime  dans  sa  capitale,  Yen 
King,  est  assassiné  à  la  8^  lune  (12 13),  par  ordre  de  son 
général  en  chef  Houschacou  et  remplacé  par  son  neveu, 
TcHEN  Yeou  (Siouen  Tsoung). 

Cependant,  une  lutte  éclate  entre  le  Tangout  et  la  Chine 
(1213)  ;  Tchinguiz,  qui  avait,  lors  de  sa  dernière  campagne, 
engagé  dans  ses  troupes  beaucoup  d'officiers  chinois,  enva- 
hit une  seconde  fois  la  Chine,  dévaste  le  Chan  Si,  le  Tche  Li 
et  le  Chan  Toung  (1213).  La  paix  est  signée  après  l'investis- 
sement de  la  capitale  kin;  on  accorde  à  Tchinguiz  une 
fille  du  défunt  souverain,  cinq  cents  jeunes  garçons,  autant 
de  jeunes  filles,  3,000  chevaux,  de  la  soie  et  une  forte  somme 
d'argent  (1214),  mais  l'empereur  chinois  transfère  sa  capi- 
tale de  Yen  King,  dans  le  Tche  Li,  à  Pien  King  ou  Pien 
Leang,  la  Cour  méridionale,  Nan  King  (K'ai  Foung),  dans 
le  Ho  Nan;  à  la  suite  de  cette  retraite,  les  Mongols  com- 
mencèrent une  troisième  campagne,  s'emparèrent  de  Yen 
King  (1215),  dont  le  palais  fut  incendié  —  le  feu  dura  plus 
d'un  mois  —  et  un  grand  nombre  d'habitants  et  de  fonc- 
tionnaires furent  massacrés,  puis  ils  marchèrent  contre 
Pien  King. 

Tchinguiz,  rentré  en  Mongolie  (1216),  envoie  ses  généraux 
SouBOUTAi  et  TcHOUGOUTCHAR  coutrc  les  Merkites,  qui 
s'étaient  assemblés  dans  les  Altai  autour  du  frère  et  des 
trois  fils  de  Toukta,  leur  ancien  roi  ;  ils  sont  battus  près  du 
fleuve  Djem  et  massacrés  jusqu'au  dernier.  Une  révolte 
dans  le  Leao  Toung  fut  réprimée  par  le  général  Moucouli 
(Mou  ho  li),  qui  fut  récompensé  par  le  titre  de  Kouo  Wang; 
le  Tangout,  pour  la  quatrième  fois  (1218),  fut  envahi  et 
le  roi  Li  Tsoun-hien  se  réfugia  à  Leang  Tcheou,  dans  le 
Kan  Sou.  La  même  année,  la  Corée  se  soumettait  aux 
Mongols. 

Le  dernier  roi  de  Kara  K'i-Tai,MouTcHou(YE-Liu  Tche 
lou  kou),  deuxième  fils  du  roi  Jen  Tsoung  (Ye-liu  I-lie), 
avait  été  détrôné  par  KouxCHLOUk,   chef  des  Naïmans, 


TCHINGUIZ    KHAN  2O7 

allié  du  sultan  du  Khwarezm ,  réfugié  à  sa  cour  et  devenu 
son  gendre,  qui  usurpa  le  trône  (121 1).  Koutchlouc  ayant 
tué  OzAR,  Khan  d'Al  Maliq,  s'empara  de  Khotan  et  de 
Kachgar  dont  il  persécuta  les  habitants  musulmans  ;  à  son 
tour,  il  est  battu  par  le  général  mongol  Tchébé  qui  s'em- 
pare de  son  empire  et  proclame  la  liberté  des  cultes,  tandis 
que  Koutchlouk,  en  fuite,  est  rattrapé  et  a  la  tête  coupée 
(1218). 

La  conquête  du  Kara  K'i-Tai  rendait  les  possessions  de 
Tchinguiz  Khan  limitrophes  du  puissant  empire  de 
Khwarezm. 

Le  Khwarezm  ou  Kharezm,  ancienne  Margiane,  formait  Conquête  di 
un  vaste  empire  s'étendant  du  Jaxartes  au  golfe  Persique 
et  de  rindus  à  l' Azerbaïdjan,  s'appuyant  à  la  mer  d'Aral 
appelée  par  les  tribus  turkes  Kara  Tenghiz  (mer  Noire)  ou 
Eukuz  Souy  (l'eau  du  taureau).  Le  pays  proprement  dit 
forme  une  oasis  fertile  qui  s'étend  le  long  des  deux  rives 
du  Djihoun,  depuis  l'ancienne  ville  d'Amol  el  Mefazèh. 
jusqu'à  la  mer  d'Aral;  «  il  est  borné,  au  nord,  par  la  partie 
du  territoire  russe  qui  portait  autrefois  le  nom  de  Dechti 
Kiptchak,  et  qui  était  occupée  par  des  tribus  nomades  dont 
la  plus  puissante,  celle  des  Ghouzz,  a  joué,  au  moyen  âge,  un 
rôle  important  dans  l'histoire  de  l'Asie  centrale;  au  sud, 
il  confine  au  Khorasân;  à  l'est,  aux  déserts  du  Kizil  Koum 
(sable  rouge)  et  du  Batak  Koum  (sable  dans  lequel  on 
enfonce),  à  l'ouest  au  Kara  Koum  (sable  noir)  et  à  l'an- 
cienne province  du  Gourgan. 

«  Les  Orientaux  donnent,  pour  le  nom  du  Kharezm,  des 
étymologies  diverses  et  sans  valeur.  Selon  les  uns,  le  nom 
de  Khàh  rezm  (qui  recherche  les  combats),  caractérisait 
l'humeur  belliqueuse  des  habitants.  Selon  les  autres, 
Khar  (nourriture)  et  Rezm  (bois)  auraient  désigné  le 
poisson  pêche  dans  le  Djihoun  et  le  bois  qui  servait  à  le 
faire  cuire.  Ces  mots  auraient  été  prononcés  par  des  indi- 
gènes interrogés  sur  leur  manière  de  vi\Te,  et  ils  auraient, 
depuis  lors,  servi  à  désigner  cette  contrée.  Enfin,  Riza 
OouLY  Khan  (f  1871),  prétend  que  le  nom  de  Kharezm 
fut  donné  à  ce  pays  par  Ker  Kaous,  à  la  suite  du  com- 


208  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

bat  singulier  dans  lequel  il  tua  Chidéh  (Khar  Rezm,  com- 
bat facile). 

))  Il  est  plus  probable  que  Kharezm  dérive  des  expressions 
zendes  Oaïr,  Khar  (nourriture,  herbe)  et  Zem  (terre). 
Isthakhry  et  Ya  Kout  nous  disent,  en  effet,  que  le  sol  du 
Kharezm  et  les  sables  des  déserts  qui  l'environnent  ont 
quelque  ressemblance  avec  ceux  des  déserts  qui  bordent 
VÉgypte  au  sud-est,  et  qu'ils  produisent  en  abondance  la 
plante  épineuse  appelée  «  Ghada  «  par  les  Arabes  et  «  Khari 
choutour  »  par  les  Persans  (hedysarum  el  hagi)  ^.  » 

Le  Khwarezm  conquis  en  1042  sur  les  Ghaznévides,  par 
les  Turks  Seldjoukides,  fut  donné  par  ceux-ci  en  1096  à  un 
certain  Kutb  ed-Din  Mohammed,  avec  le  titre  de  Chah; 
son  successeur  (1127),  Itsiz,  se  rendit  complètement  indé- 
pendant. A  l'époque  de  Tchinguiz,  le  Chah  ou  Sultan  était 
Ala  ed-din  Mohammed  (1199-1220),  fils  de  Takach, 
qui  s'empara  de  Balkh  et  de  Herat,  se  rendit  maître  du 
Khorasân,  du  Mazenderân  et  de  Kirman  et  échappa  à  la 
dépendance  du  Kara  K'iTaï;  il  captura  ensuite  Samar- 
kande  où  de  Khwarezm  il  transféra  sa  capitale  ;  il  poursuivit 
ses  conquêtes  mais  il  échoua  dans  sa  marche  contre  Bagh- 
dad  (1217-1218).  Mohammed  partagea  ses  États  entre  ses 
quatre  fils  (1220)  :  l'aîné  Djelal  ed-Din  Mankobirti 
(Mangou  birfi  =  Dieudonné),  qui  tout  en  restant  près  de 
son  père,  reçut  les  principautés  de  Ghazna,  de  Bamiân, 
d'El  Ghour,  de  Bost,  de  Tekiâbâd,  de  Zemîn-Dâwer  et  de 
la  partie  Hmitrophe  de  l'Inde,  administrées  en  son  nom  par 
Kerber  Molk;  à  Rokn  ed-Din  Ghourchaïdji,  le  plus 
beau  et  le  mieux  doué,  fut  attribué  l'Irak;  Kirman,  Kîch 
et  le  Mekrân  furent  le  lot  de  GhyÂts  ed-Din  Pir  Chah  ; 
enfin,  suivant  l'avis  de  la  Tourkan  Khatoun,  mère  de 
Kutb  ed-Din  AzlÂgh-Chah,  Mohammed  déclara  ce  der- 
nier héritier  présomptif  en  lui  attribuant  le  Khwarezm,  le 
Khorasâh  et  le  Mazenderân  '-. 

En-Nesawi  (p.  7),  parle  ainsi  de  la  Chine  :  «  Parmi  les 
personnes,  dont  les  paroles  méritent  d'être  prises  en  consi- 

1.  C.  ScHEFER,  Ambassade  au  Kharezin,  1879,  pp.  iii-iv. 

2.  HouDAS,  En-Nesawi,  p.  44. 


ÏCHINGUIZ    KHAN  2O9 

dération,  plus  d'une  m'a  raconte  que  l'empire  de  la  Chine 
est  vaste  et  mesure  une  circonférence  de  six  mois  de  marche. 
On  assure  aussi  qu'il  est  entouré  par  une  muraille  unique 
n'offrant  d'interruptions  que  là  où  se  trouvent  des  mon- 
tagnes escarpées  et  de  larges  fleuves.  Depuis  les  temps  an- 
ciens cet  empire  est  divisé  en  six  parties;  chacune  d'elles, 
mesurant  un  mois  de  marche,  est  gouvernée  par  un  Khân 
(mot  qui  dans  la  langue  du  pays  signifie  prince),  qui  est  le 
délégué  du  Khan  suprême.  » 

Au  retour  d'un  voyage  dans  l'Irak,  Mohammed  reçut 
de  Tchinguiz  une  ambassade  composée  de  Mahmoud 
El-Kh\vakezmi,  Ali  Khodja  El-Bokhari  et  Yousouf 
Yenka  El-Otrari,  porteurs  de  présents,  chargés  de  nouer 
des  relations  amicales.  Il  résulta  de  cette  démarche  une 
trêve  rompue  peu  après  par  Ixal-Khax,  qui  fît  dis- 
paraître pour  les  dépouiller  quatre  négociants  venus 
du  pays  mongol  à  Otrar.  Toute  réparation  a5'ant  été 
refusée  à  Tchinguiz,  et  son  envoyé,  le  turk  Bagra  ayant 
été  tué,  le  Grand  Khan  décida  la  guerre  dans  un  kouril- 
taï  (1218). 

A  l'automne  de  1219  il  quitta  les  bords  de  l'Irtich, 
arriva  sans  difiicultés  au  bord  du  Jaxartes,  près  d'Otrar,  et 
se  prépara  à  envahir  la  Transoxiane.  Il  divisa  son  armée 
en  quatre  corps  :  «  il  laissa  le  premier  devant  Otrar,  sous 
les  ordres  de  ses  fils  Djagataï  et  Ogotaï;  le  second,  com- 
mandé par  Djoutchi,  son  fils  aîné,  prit  à  droite  pour  se  por- 
ter sur  Djend;  le  troisième  fut  dirigé  à  gauche  sur  Benaket 
et  tandis  que  ces  deux  divisions  s'emparaient  des  places 
situées  au  bord  du  Sihoun,  Tchinguiz  Khan  s'avança,  avec 
le  centre  de  son  armée,  sur  Bokhara,  pour  couper  Moham- 
med de  la  Transoxiane  et  l'empêcher  de  secourir  les  villes 
assiégées.  »  ^  En  même  temps,  Tchinguiz  Khan  profitant  de 
la  dispersion  des  troupes  khwarezmiennes,  marche  directe- 
ment sur  Otrar  dont  il  s'empare  de  vive  force;  la  place 
était  défendue  avec  20,000  hommes  par  Inal  Khan,  qui 
fut  pris  ;  conduit  devant  le  vainqueur,  celui-ci  ordonna  de  lui 
verser    de    l'argent    fondu    dans    les    oreilles    et  dans  les 

I.  d'Ohsson,  I,  p.  219. 


210  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

yeux  pour  le  punir  de  ses  crimes;  la  citadelle  d'Otrar,  dans 
laquelle  il  s'était  défendu  un  mois,  fut  rasée.  Tchinguiz 
réussit  à  créer  la  méfiance  du  sultan  contre  ses  émirs  et, 
en  promettant  de  lui  faire  l'abandon  du  Khwàrezm,  du 
Khorasân  et  des  contrées  limitrophes  au  delà  du  Djihoun, 
il  persuade  à  la  Tourkan  Khâtoun  d'évacuer  le  Khwàrezm 
qu'elle  laisse  sans  défense.  ^  (1219-1220).  Elle  devait  plus 
tard  être  faite  prisonnière  après  un  siège  de  quatre  mois 
à  liai,  dans  le  Mazenderân  par  le  général  Souboutaï,  fut 
conduite  à  KaraKoroumet  mourut  en  1233.  Djoutchi,  en 
route  pour  Djend,  s'empara  de  Signac  puis  de  Djend  qui 
fut  pillé  pendant  neuf  jours. 

A  son  tour  Tchinghuiz  parut  devant  Bokhara  (mars 
1220);  il  s'empara  de  la  citadelle  dans  laquelle  30,000 
hommes  auraient  été  égorgés  ;  on  fit  évacuer  la  ville  ;  tout 
fut  mis  au  pillage  et  ceux  qui,  malgré  les  ordres,  étaient 
restés  furent  massacrés.  Des  ruines  de  Bokhara,  le 
Grand  Khan  suivant  la  vallée  du  Sogd  marcha  sur 
Samarkande  que  le  sultan  avait  voulu,  trop  tard,  entourer 
de  remparts.  Après  quatre  jours  de  siège,  les  autorités 
ouvrirent  les  portes  de  la  ville  qui  fut  pillée  et  un 
grand  nombre  d'habitants  furent  massacrés.  «  On  compta 
la  population  restante,  et  l'on  en  tira  trente  mille  hommes 
d'arts  et  métiers,  que  Tchinguiz  Khan  distribua  en  présents 
à  ses  fils,  à  ses  femmes,  à  ses  officiers.  Un  égal  nombre  d'in- 
dividus fut  mis  en  réquisition  pour  les  travaux  mihtaires. 
Il  restait  environ  50,000  prisonniers;  il  leur  fut  permis, 
moyennant  une  rançon  de  200,000  pièces  d'or,  de  retour- 
ner dans  la  ville,  qui  reçut  des  commandants  mongols  ^.  » 

Dans  la  nuit  qui  suivit  la  reddition  de  la  ville,  un  général 
turk  Alb  Khan,  réussit  à  s'échapper  de  la  citadelle  et  à 
rejoindre  le  Sultan.  Les  troupes  mongoles  se  mirent  à  la 
poursuite  du  Sultan;  les  généraux  Tchebe  et  Souboutaï 
pénétrèrent  dans  le  Khorasân;  Tchebe  parut  devant 
Nichapour,  mais  Mohammed  s'était  réfugié  au  camp  de 
Rokn  ed-Din,  son  fils,  sous  les  murs  de  Kasvin;  ayant 

1.  En-Nesawi,  p.  65. 

2.  D'OhSSON,   I,   p.   2^Q. 


TClll.\(.l   1/    KHAN  211 

appris  le  sac  de  Kayi,  il  s'enfuit  au  Ohilan,  puis  au  Mazen- 
derân,  et  enfin,  toujours  poursuivi,  il  se  réfugia  dans  l'île 
d'Abeskoun,,  dans  la  mer  Caspienne;  mais  atteint  d'une 
pleurésie,  il  mourut  après  avoir  rédigé  lui-même  des  décrets 
qui  furent  tous  approuvés  par  Djelal  ed-Din,  plus  tard; 
le  malheureux  prince  fut  inhumé  dans  l'île  (1220). 

Avant  sa  mort,  Mohammed  avait  réuni  dans  l'île  ses 
trois  fils  Djelal  ed-Din,  Azlagh  Chah,  proclamé  héritier 
pour  complaire  à  la  Tour  kan  Khâtoun  et  Aq  Chah,  et  dési- 
gné le  premier  pour  son  successeur,  comme  le  seul  capable 
de  raffermir  son  empire.  Azlàgh  Chah  complota  de  se  saisir 
de  son  frère,  mais  Djelal  ed-Din  prévenu,  partit  avec  trois 
cents  cavaliers,  commandés  par  Damar  Malik,  traversa 
le  désert  qui  sépare  le  Khwarezm  du  Khorasân  et  gagna  la 
\ille  de  Nesa  (février  122 1).  Les  frères  ennemis  Azlâgh 
Cliâh  et  Aq  Chah  périrent  peu  après  dans  une  bataille 
contre  les  Mongols,  près  du  château  Kharendez,  à  Nesa. 
Cependant  Djelal  ed-Din  ayant  défait  les  Tartares  attei- 
gnit Nichapour.  Mais  l'armée  mongole  avançait  vers 
Ourghandj,  en  arabe  Djordjanieh,  la  principale  ville  du 
Khwarezm  appelée  par  d'Ohsson  Keurcandje,  sur  les  deux 
rives  de  l'ancien  cours  de  l'Oxus,  dans  le  pays  connu 
aujourd'hui  sous  le  nom  de  Khi  va  :  la  désunion  entre 
Djoutchi  et  Djagataï  retarda  pendant  un  siège  de  plusieurs 
mois  la  prise  de  cette  ville  qui  fut  signalée  par  une  série 
d'atrocités  :  les  artisans  ayant  été  expédiés  en  Tartarie 
par  Djoutchi,  le  reste  de  la  population  fut  massacré  à 
l'exception  des  femmes  et  des  enfants.  De  son  côté  Tchin- 
guiz  Khan  emporte  d'assaut  au  bout  de  dix  jours,  Termed 
sur  la  rive  nord  de  l'Oxus  et  détruit  tous  les  habitants,  puis 
il  soumet  le  Badakhchan.  Touloui  ravage  le  Khorasân, 
achevant  l'œuvTc  de  dévastation  de  Tchebe  et  de  Soubou- 
taï.  La  grande  et  belle  ville  de  Balkh  est  anéantie.  Le  com- 
mandant mongol  ayant  été  tué  à  Thous,  la  majeure  partie 
des  habitants  est  mise  à  mort  et  les  remparts  démolis. 
La  ville  de  Nesa  est  prise  et  mise  à  sac  par  Togatchar 
(Tildjar-Nouyen),  gendre  de  Tchinguiz  Khan,  qui  échoue 
et  est  tué  devant  Nichapour  (nov.  1220).  En  février  122 1, 


212  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Merv  est  pillée  et  sa  citadelle  et  ses  remparts  sont  rasés 
par  Touloui.  On  aura  une  idée  des  scènes  d'horreur  de 
cette  barbare  campagne  lorsque  les  historiens  comptent 
près  de  700,000  victimes  autour  de  Merv,  transformée  en 
désert.  Satisfait  de  son  œuvre,  Touloui  marche  sur  Nicha- 
pour  pour  venger  son  beau-frère  Togatchar  ;  il  refuse  toute 
capitulation,  force  la  ville  de  Sapor  dans  laquelle  il  pénètre 
avec  la  veuve  de  Togathar  qui  présida  à  la  vengeance  : 
<i  Le  carnage  dura  quatre  jours;  on  tua  jusqu'aux  chiens  et 
aux  chats.  Touloui  avait  entendu  dire  que  dans  le  sac  de 
Merv,  beaucoup  d'habitants  avaient  sauvé  leur  vie  en  se 
couchant  parmi  les  morts;  il  ordonna  que  l'on  coupât  la 
tête  à  toutes  les  victimes  de  sa  fureur.  On  en  construisit  des 
pyramides,  où  furent  séparément  entassées  les  têtes  des 
hommes,  celles  des  femmes,  celles  des  enfants.  La  destruc- 
tion de  la  ville  dura  quinze  jours;  elle  disparut;  on  sema 
de  l'orge  sur  son  emplacement.  Il  ne  resta  de  sa  population 
que  quatre  cents  artisans,  qui  furent  transportés  dans  le 
nord;  mais  quelques  malheureux  pouvaient  s'être  sous- 
traits au  carnage  en  se  cachant  sous  la  terre;  le  prince 
mongol  laissa  des  soldats  pour  égorger  les  habitants  qui, 
après  le  départ  de  l'armée,  sortiraient  de  leurs  retraites.  Il 
en  périt  un  grand  nombre  dans  les  caveaux  où  ils  s'étaient 
réfugiés.  »  ^ 

Dans  leur  conduite  les  Mongols  combinaient  le  pillage,  la 
cruauté,  la  destruction  sans  but;  tout  indique  la  barbarie, 
aucun  mobile  noble;  c'est  le  plaisir  de  tuer,  l'amour  du 
massacre.  Sans  raison,  on  les  voit  en  se  rendant  pour  sacca- 
ger Thous,  détruire  le  tombeau  du  fameux  khahfe  Haroun 
er-Raschid  et  celui  d'ALi  er-Razi,  descendant  d'ALi, 
vénéré  des  Chiites.  Hérat  était  la  seule  ville  importante  du 
Khorasân  qui  n'eut  pas  encore  été  conquise  par  les  Bar- 
bares qui  ravagèrent  le  Kouhistan  en  s'y  rendant.  Touloui 
s'attendait  à  la  reddition  de  la  ville,  mais  le  gouverneur 
se  défendit  énergiquement,  fut  tué  en  faisant  bravement 
son  devoir;  le  conquérant,  furieux,  occupa  la  ville  où  il 
ût  mettre  à  mort  12,000  partisans  de  Djelal  ed-Din,  installa 

1.  d'Ohsson,  I,  pp.  200-291. 


TCHINGUIZ    KHAN  213 

un  préfet  musulman,  et  rejoignit  son  père  devant  Tali- 
klian  qui  fut  détruit. 

En  I22I,  Tchinguiz  marchait  sur  (îliazna  où  voulait  se 
réfugier  le  Sultan;  la  comjuit,  passa  la  forteresse  de  Ker- 
douan,  franchit  l'Hindou  Kouch  et  vint  mettre  le  siège 
devant  la  forteresse  de  Bamian  où  fut  tué  un  fils  de  Dja- 
gataï.  Pendant  ce  temps  Djelal  ed-Din,  remportant  une 
victoire  sur  les  Mongols,  leur  échappait  et  arrivait  à  (ihazna 
où  il  réunit  60  à  70,000  soldats,  s'avança  vers  Perouan, 
non  loin  de  Bamian,  où  mille  ennemis  furent  surpris.  Sous 
le  commandement  de  Chi  ki  Koutolxou  accourait  une 
armée  mongole  de  30,000  hommes,  huit  jours  plus  tard  :  le 
champ  de  bataille  de  Perouan  leur  fut  fatal;  malheureu- 
sement éclata  une  querelle  dans  le  partage  du  butin  entre 
les  chefs  Emin  et  Agrac,  dans  laquelle  ce  dernier,  insulté, 
se  retira  avec  les  KhouUoudjes,  les  Turkmènes,  et  les 
troupes  gouriennes  d'ALAZAN  Melik.  Djelal  ed-Din, 
n'a3'ant  plus  autour  de  hii  que  les  Turks  et  les  Khwarez- 
miens,  devenu  trop  faible,  reprit  la  route  de  Ghazna  d'où 
il  se  retira  sur  le  Sind,  tandis  que  Tchinguiz  le  poursuivait 
en  toute  hâte  pour  venger  son  général. 

Tchinguiz  Khan  atteignit  son  grand  adversaire  sur  les 
rives  du  fleuve  alors  qu'il  se  préparait  à  le  traveiser  pour 
recevoir  les  secours  qu'il  avait  demandés;  sans  perdre  de 
temps  il  fondit  sur  lui,  et,  après  avoir  été  d'abord  repoussé, 
jeta  le  désarroi  parmi  les  troupes  de  Djelal  ed-Din  dont  il  tua 
une  grande  quantité.  Grâce  à  son  cheval,  l'indomptable 
sultan  réussit  à  la  grande  admiration  du  vainqueur  à  sauter 
dans  le  fleuve  et  à  le  franchir  à  la  nage,  mais  sa  famille 
tomba  entre  les  mains  du  terrible  Mongol  qui  fit  périr 
tous  les  enfants  mâles  (25  novembre  1221). 

Djelal  ed-Din,  n'ayant  plus  que  4,000  hommes,  se  retira 
vers  Delhi,  chassé  par  Bela  et  Tourtai  au  delà  du 
Sind  jusqu'à  Moultan  dont  ils  ne  purent  continuer  le  siège 
à  cause  de  la  chaleur,  puis  ils  repassèrent  le  fleuve.  Ogotai, 
fils  de  Tchinguiz,  est  chargé  de  détruire  Ghazna  ;  un  autre 
corps  d'armée  est  envoyé  sous  les  ordres  d'iLXCHiGA- 
TAI    pour   anéantir    Hérat,    précédemment    épargné,    qui 


214  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

s'était  révolté  après  la  victoire  de  Djelal  ed-Din  sur  Kou- 
toucou  :  toute  la  population  fut  passée  au  fil  de  l'épée 
(14  juin  1222),  après  un  siège  de  six  mois  et  dix-sept  jours. 
«  Pendant  une  semaine  entière  les  Mongols  ne  firent  que 
tuer,  piller,  brûler  et  démolir;  on  dit  qu'il  périt  dans  Herat 
un  miUion  et  six  cent  mille  individus.  »  ^ 

Meiv  fut  anéanti  une  fois  de  plus.  Enfin  après  avoir 
réduit  en  désert  des  pays  fertiles ,  avoir  anéanti  des  peuples 
prospères,  le  Barbare,  après  sa  longue  absence,  songe  au 
printemps  de  1223  à  retourner  en  Mongolie  par  l'Inde  et  le 
Tibet,  et  avant  de  quitter  le  théâtre  de  ses  crimes,  il  en 
ajoute  un  nouveau  en  faisant  massacrer  tous  ses  captifs; 
toutefois,  voyant  les  difficultés  du  voyage  qu'il  commen- 
çait d'entreprendre,  il  revint  à  Pechawar,  pour  revenir  par 
les  monts  de  Bamian,  Balkh  et  sa  route  d'invasion,  l'Oxus, 
Bokhara,  Samarkande;  il  continua  son  voyage  pendant 
l'été  et  l'hiver  de  1224  et  il  était  rentré  à  son  ordo  en 
fé\Tier  1225.  ^ 

Infatigable,  Tchinguiz  se  prépara  à  envaWr  le  Tangout 
pour  la  cinquième  fois.  Il  nous  faut  toutefois  poursuivre 
d'abord  la  campagne  des  généraux  Tchebe  et  Souboutaï 
vers  l'Occident. 

La  chute  de  l'empire  de  Khwarezm  et  la  disparition  de 
son  sultan  Mohammed  laissaient  libre  la  route  de  Perse  : 
les  généraux  mongols  Tchebe  et  Souboutaï,  saccagèrent 
Koum,  reçurent  la  soumission  d'Hamadan,  prirent  d'assaut 
Kazvin,  dont  ils  massacrèrent  la  population  et  conquirent 
r Azerbaïdjan,  d'où  ils  pénétrèrent  en  Géorgie,  avec  une 
armée  renforcée  de  Turkmènes  et  de  Kurdes.  Les  Géor- 
giens ayant  été  battus  en  février  1221,  les  Tartares  retour- 
nent en  Perse  et  reviennent  au  mois  d'octobre;  ils  s'em- 
parent de  Derbend,  traversent  le  Caucase  et  se  heqrtent 
aux  Alains,  Lezghiens,  Circassiens  et  Kiptchaks  ou  Po- 
lovtsi;  ces  derniers,  nomades,  Turks  d'origine  comme  les 
Mongols,  occupaient  toute  la  région  au  nord  de  la  mer  Noire 
et  du  Caucase  depuis  les  bouches  du  Danube  jusqu'à  celles 

1.  d'Ohsson,  I,  p.  313. 

2.  d'Ohsson,  I.  p.  323. 


TCHINGUIZ    KHAN  ^1.5 

du  Jaïc.  Ils  abandonnèrent  les  autres  peuples  du  nord  du 
Caucase  qui  lurent  défaits  par  les  Mongols;  dès  lors  un 
corps  de  1,000  Alains  fit  partie  de  la  garde  particulière 
du  Grand  Khan.  Les  Polovtsi  payèrent  cher  leur  lâcheté  :  à 
leur  tour,  ils  furent  obligés  de  fuir  devant  l'envahisseur 
et  se  réfugièrent  chez  les  Russes. 

La  Russie  était  loin  d'occuper  l'immense  territoire 
qu'elle  possède  aujourd'hui;  sa  frontière  était  très  au 
nord  de  la  nier  Caspienne,  à  la  partie  supérieure  de  la  Volga 
et  de  son  afïïuent  l'Oka.  L'histoire  de  ce  grand  pays  ne 
commence  guère  qu'au  ix^  siècle  de  notre  ère,  lorsque 
RrRiK  le  Varègue,  appelé  par  les  Slaves,  réunit  sous  son 
sceptre  leurs  différentes  tribus,  construisit  le  château  de 
Novgorod  et  d'un  corps  sans  cohésion,  fit  le  peuple  russe.  A 
l'époque  de  l'invasion  mongole,  un  grand  nombre  de  chefs 
se  partageaient  le  pays;  les  Polovtsi,  pour  se  bien  faire 
voir  d'eux,  embrassèrent  l'orthodoxie,  leur  persuadèrent 
qu'ils  étaient  également  menacés  par  les  Mongols  et  les 
supplièrent  de  les  aider  à  repousser  l'ennemi  commun.  Un 
conseil  fut  tenu  :  le  prince  de  GaHtch,  Mstislav,  qui  avait 
épousé  la  fille  d'un  Khan  Kiptchak,  son  gendre  Daniel, 
prince  de  Volhynie,  Mstislav  Romanovitch,  grand  prince 
à  Kiev,  Vladimir  de  Smolensk,  y  assistaient;  on  décida 
de  demander  à  Sousdal  l'appui  du  Grand-Duc  Georges; 
cependant  Russes  et  Polovtsi  (Comans  du  Kiptchak) 
réunis,  descendirent  avec  leurs  armées  vers  la  partie  basse 
du  Dnieper,  où  ils  rencontrèrent  les  ambassadeurs  mongols 
envoyés  au-devant  d'eux.  Ceux-ci  venaient  prévenir  les 
Russes  que  ce  n'était  pas  contre  eux  qu'ils  venaient 
combattre,  mais  bien  contre  les  Polovtsi;  non  seulement 
les  envoyés  tartares  ne  furent  pas  écoutés,  mais  ils  furent 
saisis  et  mis  à  mort,  et  l'armée  russe  continua  sa  marche 
jusqu'à  la  rivière  Kalka  qui  se  jette  dans  la  mer  d'Azov. 
Elle  fut  traversée  sans  obstacle,  mais^  au  delà,  les  Russes  se 
heurtèrent  aux  Mongols  et  dès  le  premier  choc,  les  Polovtsi, 
lâchant  pied,  se  retrouvèrent  dans  les  lignes  russes,  dans 
lesquelles  ils  jetèrent  le  désordre.  D'autre  part  les  chefs 
russes  avaient  négligé  de  combiner  une  action  commune 


2l6 


HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 


et  combattaient  séparément.  Le  désastre  était  inévitable; 
6  princes  et  70  boyards  furent  massacrés  (31  mai  1223).  Le 
prince  de  Kiev,  qui  assistait  à  la  bataille  sur  un  tertre 
dominant  les  rives  de  la  Kalka,  témoin  du  désastre,  foitifia 
immédiatement  sa  position  et,  après  trois  jours  d'une  lutte 
inégale,  accepta  la  capitulation  que  lui  offraient  les  Tar- 
tares.  Ceux-ci  trahirent  la  parole  donnée;  la  garde  du  prince 
fut  massacrée  et  Mstislav  Romanovitch  lui-même,  ainsi 
que  ses  deux  gendres  furent  étouffés  sous  des  planches. 
Les  troupes  envoyées  de  Vladimir  par  le  Grand-Duc  Georges 
arrivèrent  trop  tard. 

Les  barbares  vainqueurs  dévastèrent  le  pays  des  bords 
du  Dnieper  à  la  m.er  d'Azov,  pénétrèrent  dans  la  Cher- 
sonèse  taurique,  s'emparèrent  de  Soudac,  l'opulent  entre- 
pôt des  Génois,  remontèrent  vers  le  pays  des  Bulgares  entre 
la  haute  Volga  et  la  Kama  et  revinrent  enfin  en  Perse. 

D'un  autre  côté,  Tchinguiz  Khan,  en  rentrant  dans  son 
ordo,  eut  la  douleur  d'apprendre  la  mort  de  son  fils  aîné 
Djoutchi,  âgé  d'un  peu  plus  de  trente  ans.  «  Il  eut  de  ses 
femmes  et  concubines  près  de  quarante  enfants.  Sa  mère 
Bourta  le  portait  dans  son  sein,  lorsqu'elle  fut  enlevée 
de  son  habitation,  par  un  parti  de  Merkites,  en  l'absence 
de  Temoudjin.  Ong  Khan  la  fit  demander  au  roi  des  Mer- 
kites, et  la  renvoya  à  son  époux.  Elle  accoucha,  en  route, 
d'un  fils,  qui  reçut  le  nom  de  Djoutchi,  lequel  signifie  hôte, 
en  mongol.  Un  individu  que  Temoudjin  avait  chargé  de 
la  ramener,  enveloppa  l'enfant  avec  de  la  pâte  de  farine, 
et  l'emporta  à  cheval  dans  le  pan  de  sa  robe.  »  ^  Son  père 
l'avait  chargé  de  faire  la  conquête  de  la  contrée  au  nord  de 
la  mer  Noire  et  de  la  mer  Caspienne,  et  comme  il  n'avait 
pas  exécuté  cet  ordre  à  cause  de  l'état  de  sa  santé,  Tchin- 
guiz Khan,  croyant  à  sa  mauvaise  volonté,  se  préparait 
à  le  châtier  lorsqu'il  apprit  la  triste  nouvelle;  il  regretta 
vivement  son  fils. 

Pendant  que  se  développait  la  campagne  de  Perse,  le 
général  mongol  Mou  hou  li  (Moucouli)  envahissait  le  nord 
de  la  Chine  dont  il  faisait  la  conquête,  mais  il  ne  gardait 

I.  d'Oksson,  I,  pp.  354-355- 


TCIIINXiUIZ    KHAN  217 

que  Tchoung  ton  et  la  bordure  septentrionale  du  Tclie  Li 
et  du  Chan  Si.  L'empereur  Soung,  Xing  Tsoung,  qui 
régnait  à  Lin  Ngan  (Hang  Tcheou),  trouvant  l'occasion 
favorable  pour  secouer  le  joug  des  Kin  affaiblis,  refusa  de 
leur  payer  le  tribut;  l'empereur  Kin,  Siouen  Tsoung,  qui 
avait  d'abord  songé  à  fermer  les  yeux  sur  cet  acte  et  même 
à  proposer  aux  Soung  une  alliance  contre  les  Mongols,  en 
fut  détourné  par  son  ministre  Tchou-hou  Kao-ki  qui  réussit, 
au  contraire,  à  lui  faire  envoyer  une  armée  contre  les  Chi- 
nois (1217);  il  regretta  amèrement  d'avoir  écouté  ce  conseil 
lorsque  les  Soung  refusèrent  la  paix  qu'il  leur  offrait,  quand, 
la  même  année,  Mou  hou  li  revint  en  Chine.  Le  général 
mongol  prit  d'assaut  Soueï  Tch'eng  et  Li  Tcheou  (district 
de  Pao  Ting  fou),  puis  Tai  Ming  fou;  l'année  suivante 
(1218),  il  s'emparait  de  T'ai  Youen  fou  au  Chan  Si,  dont  le 
gouverneur,  ainsi  que  celui  de  P'ing  Yang  fou  se  donnèrent 
la  mort  ;  ceux  de  Fou  Tcheou  et  de  Lou  Tcheou  furent  tués 
en  combattant;  en  1219,  Mou  hou  H,  complétait  la  con- 
quête du  reste  du  Chan  Si. 

La  situation  des  Kin  était  d'autant  plus  grave  que  leur 
empire  était  déchiré  par  les  luttes  intérieures;  le  général 
Miao  tao  tchoun,  auquel  l'empereur  kin  avait  laissé  le  gou- 
vernement de  la  capitale  Tchoung  Tou,  fut  assassiné  (1218), 
par  ordre  de  son  second  Kia  Yui.  Tchang  yeou  marchait  sur 
Ting  Tcheou  pour  venger  son  ami  Miao  tao  tchoun,  lorsqu'il 
fut  fait  prisonnier  par  les  Mongols;  a3'ant  fait  sa  soumis- 
sion à  Tchinguiz,  on  lui  confia  le  commandement  des  troupes 
du  Ho  Pe,  la  région  au  nord  du  Fleuve  Jaune,  avec  la  charge 
de  conquérir  le  Tche  Li(i2i9).Au  cours  de  sa  campagne, 
il  captura  Kia  Yui  qu'il  fît  tuer,  battit  Wou  Chan,  comman- 
dant en  chef  des  troupes  du  Tche  Li  qui  l'assiégeait  dans 
Man  Tch'eng,  près  de  Pao  Ting,  et  s'empara  des  différentes 
villes  de  la  province. 

Le  général  K'i  tan  Lou  kou,  pressé  par  les  Mongols,  péné- 
tra en  1218  en  Corée  où  régnait  depuis  1214  le  roi  Tchin 
(Kang  jang),  successeur  de  Kang-jong;  malgré  leur  résis- 
tance les  Coréens,  n'étant  pas  en  force  suffisante,  les  K'i  tan 
ravagèrent  la  province  de  Houang  haï,  établirent  leur  quar- 


2l8  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

tier  général  à  P'3'eng-yang  (P'ing  Yang)  et  s'emparèrent 
de  Huuang  tjyou,  mais  les  Mongols  les  suivaient  et  reprirent 
la  ville  de  Kiang  Toung  (Kang  dong)  que  les  K'i  Tan  avaient 
capturée.  Avec  les  Mongols  marchait  une  armée  coréenne 
commandée  par  le  général  Kim  Tch'ui-ryo,  géant  dont  la 
taille  atteignait  les  genoux.  Avec  Kang  dong  dont  le 
défenseur  se  pendit  furent  faits  prisonniers  50,000  hommes. 
Mais  les  Mongols  imposèrent  leur  suzeraineté  à  la  Corée 
qui,  redoutant  une  invasion,  fit  construire  en  1222  près  du 
Ya  lou  une  muraille  s'étendant  de  Eui  tjyou  à  Hoa  yu. 
Une  autre  calamité  menaçait  ce  malheureux  pays;  en 
1223  commencèrent  les  incursions  des  pirates  japonais, 
par  un  débarquement  sur  la  côte  de  la  province  de  Kyeng 
.syang;  elles  devaient  durer  jusqu'à  la  fin  du  xiv®  siècle. 

Du  Chan  Si,  Mou  hou  li  passa  en  1220  dans  le  nord  du 
Tche  Li  et  occupa  Man  Tch'eng  d'où  il  détacha  son  lieute- 
nant Moungou  bouca  contre  Wou  chan  qui,  ayant  subi 
une  défaite,  livra  Tcheng  Ting  fou  et  les  autres  villes  de  son 
gouvernement;  toutefois  Mou  hou  li  l'adjoignit  au  général 
chinois  Che  T'ien-ni,  nommé  gouverneur  du  Ho  Pe  occi- 
dental. Lors  de  la  première  invasion  de  Mou  hou  h  en 
Chine,  le  père  de  Che  T'ien-ni  de  Young  Ts'ing,  s'apercevant 
que  les  Mongols  épargnaient  les  régions  qui  faisaient  leur 
soumission,  tandis  qu'ils  ravageaient  les  autres,  se  rendit 
à  la  tête  de  plusieurs  milliers  d'habitants  pour  se  soumettre 
en  1213  au  guerrier  mongol,  campé  près  de  Tcho  Tcheou; 
celui-ci,  reconnaissant,  voulut  en  faire  un  chef  de  10,000 
hommes,  titre  qu'il  déclina  et  qui  fut  alors  donné  à  son  fils. 

Tchou-hou  Kao-Ki,  ministre  kin,  aux  mauvais  conseilsdu- 
quel  son  maître  attribuait  ses  revers,  compléta  sa  dis- 
grâce en  faisant  assassiner  sa  femme,  crime  pour  lequel  il 
fut  mis  à  mort.  Il  fut  remplacé  par  le  général  Su  Ting  (1220). 

]Mou  hou  li  en  arrivant  à  Toung  P'ing,  dans  le  Chan 
Toung,  y  «  reçut  la  soumission  du  général  Yan  Che,  gou- 
verneur de  Tchang  Te  fou  et  de  sept  autres  districts  situés 
dans  le  midi  du  Pe  Tche-li,  la  partie  du  Ho  Nan  au  nord  du 
Fleuve  Jaune  et  la  province  de  Chan  Toung.  «1  II  s'empare 

I.  d'Ohsson,  I,  p.  363. 


TCHINMIZ    KHAN  2I9 

ensuite  de  la  capitale  de  cette  dernière  province,  Tsi  Nan, 
écrase  les  troupes  kin  de  Su  Ting  sur  la  rive  nord  du 
Fleuve  Jaune,  va  mettre  le  siège  devant  Toung  P'ing, 
au  Chan  Toung,  laisse  Yan  Che  faire  le  blocus  de  cette 
place,  et,  débordant  d'activité,  passe  à  Ming  Tcheou 
(Tche  Li)  et  répand  ses  troupes  au  nord  de  la  province. 
Toutefois  Toung  P'ing  ne  se  rendit  qu'en  juin  1221  après 
que,  faute  de  vivres,  son  gouverneur  Mougou  gan  l'eut 
évacuée. 

Mou  hou  li  traverse  la  Chine  septentrionale  dans  la 
direction  du  nord-ouest,  franchit  le  Fleuve  Jaune  en  no- 
vembre 1221,  à  Toun  Chen  Tcheou  (aujourd'hui  Tokhto- 
khoto)  et  inopinément  surgit  dans  le  Tangout;  il  opérait 
une  grande  manœuvre,  cherchant  à  tourner  les  Kin  en 
conquérant  la  partie  du  Chen  Si  qui  leur  appartenait  pour 
pénétrer  dans  le  sud  du  Ho  Nan  et  s'emparer  de  là  capitale 
méridionale.  Effrayé,  le  roi  de  Tangout  envoie  son  général 
TagaIc  complimenter  jusque  dans  le  pays  des  Ordos;  Mou 
hou  li  réclame  des  troupes;  sa  demande  est  accordée.  Il 
s'empare  de  Kia  Tcheou  et  de  deux  places  fortes  dans  le 
district  de  Souei  Te  Tcheou.  Il  est  rejoint  sous  les  murs  de 
Yen  Ngan  par  le  général  tangoute  Mi  pou  qui  lui  amène  les 
troupes  promises.  Le  commandant  de  la  place  pour  les  Kin, 
Khada  perd  7,000  hommes  sous  les  murs  de  la  ville  que 
Mou  hou  li  ne  peut  cependant  prendre;  il  se  contente  de 
la  faire  investir,  et,  marchant  vers  le  sud,  il  capture  Fou 
Tcheou  et  Fan  Tcheou.  En  1222,  Mou  hou  li,  ayant  con- 
quis presque  tout  le  Chen  Si,  confia  la  garde  de  la  capitale 
Tch'ang  Ngan,  au  général  Khounataï  Bouca. 

Mais  abandonnons  un  instant  le  grand  chef  mongol.  Au 
mois  d'août  1220,  la  Cour  de  Nan  King  avait  envoyé  à 
Tchinguiz  un  ambassadeur  nommé  Ouscouna  Tchoung- 
TOUAN,  porteur  d'une  lettre  par  laquelle  l'empereur  kin, 
pour  obtenir  la  paix  proposait  au  Khan  mongol  de  le  recon- 
naître comme  son  frère  aîné,  tout  en  conservant  le  titre 
impérial;  cette  proposition  fut  rejetée.  Une  deuxième  fois, 
à  l'automne  de  1222,  le  même  ambassadeur  était  renvoyé 
à  Tchinguiz  encore  en  Occident;  tout  ce  qu'on  lui  offrit 


2  20  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

fut  de  laisser  à  son  souverain  le  Ho  Nan  avec  le  titre  de  roi  ; 
il  déclina  cette  offre  i. 

En  février  1223,  Mou  hou  li  assiégeait  Foung  Siang  fou, 
dans  le  Chen  Si,  lorsqu'il  apprit  que  le  général  kin  Siao 
Chou  venait  de  surprendre  Ho  Tchoung  fou,  près  de  la  rive 
orientale  du  Fleuve  Jaune  dont  il  avait  tué  le  gouverneur 
CheT'ien-ying.  Mou  hou  li  s'empressa  d'abandonner  Fôung 
Siang  et  de  marcher  sur  Ho  Tchoung  que  les  Kin  évacuèrent 
après  l'avoir  incendié.  Mou  hou  li,  ayant  laissé  pour  com- 
mander la  ville  Che  T'ien-Tseu,  fils  de  Che  T'ien-ying,  s'était 
retiré,  lorsqu'il  tomba  subitement  malade  et  «  mourut  en 
avril  1223,  âgé  de  54  ans,  dans  le  canton  de  Wen  Hi,  du 
district  de  Se  Tcheou.  »  ^  Il  fut  remplacé  dans  le  comman- 
dement des  pays  conquis  du  nord  de  la  Chine  par  son  fils 

BOROU. 

L'empereur  kin  Siouen  Tsoung  mourut  à  la  12^  lune  de 
1223,  âgé  de  61  ans,  dans  la  onzième  année  de  son  règne, 
laissant  le  trône  à  son  fils  Ngai  Tsoung  qui  proposa  la  paix 
aux  Soung  et  cessa  les  hostilités.  L'empereur  Soung,  Ning 
Tsoung,  mourut  à  la  8^  lune  de  1224,  à  l'âge  avancé  de  yj  ans  ; 
il  fut  remplacé  par  son  fils  adoptif  Li  Tsoung  (Tchao  Kouo 
tcheng,  prince  de  Yi),  fils  de  Tchao  hi  lou,  prince  de  Jong. 

Ping  Yi-bin,  général  de  Li  Tsoung,  s'empara  d'une  grande 
partie  du  Chan  Toung;  le  général  Wou  Chan  s'étant  alUé  à 
lui,  tua  en  mars  1225  son  collègue  Che  T'ien-ni,  et  s'empara 
de  Tcheng  Ting  fou;  le  frère  de  Che  T'ien-ni,  Che  T'en-tseu, 
nommé  aussitôt  gouverneur  du  Ho  Pe  occidental  par  Borou, 
force  Wou  Chan  à  s'enfuir  dans  les  montagnes  de  l'ouest  et 
reprend  Tcheng  Ting  (avril  1225). 

Li  Tsiouen,  gouverneur  chinois  pour  les  Mongols  de 
Tchoung  chan  (Ting  Tcheou,  Tche  Li),  se  joint  à  Ping  Yi- 
bin  et  ils  attaquent  de  concert  Toung  P'ing,  défendu  par 
Yan  Che,  qui,  se  trouvant  trop  faible  pour  résister  à  ces 
deux  adversaires,  au  bout  de  quatre  mois,  passe  à  l'ennemi 
avec  ses  troupes;  tous  marchent  sur  Tcheng  Ting,  mais 
en  route  ils  rencontrent  près  des  monts  de  l'ouest  le  géné- 

1.  d'Ohsson,  /.  c,  pp.  366-367. 

2.  d'Ohsson,  /.  c,  p.  367. 


TCHINGUIZ    KHAN  221 

rai  mongol  Bi:lkil  ;  Yan  Che,  trahissant  ses  nouveaux 
alliés,  repasse  aux  Mongols  qui  attaquent  Ping  Yi-bin, 
assailli  également  par  derrière  par  Che  T'ien-tseu;  Ping 
Yl-bin  capturé  est  mis  à  mort.  I.i  To'iouen,  de  son  côté, 
maître  du  nord  du  Chan  Toung,  battu  à  diverses  reprises, 
s'enferme  dans  la  ville  de  Yi  Ton  (Ts'ing  Tcheou  fou)  où  il 
tient  pendant  un  an  contre  les  troupes  du  prince  Taisoin 
qui  l'assiègent,  mais  la  famine  l'oblige  à  se  rendre  en  juin 
1227.  Il  fut  généreusement  traité:  Taï  soun  lui  concéda  en 
fief  le  Chan  Toung  et  le  district  de  K'ouai  Nan  dans  le 
Kiang  Sou  moyennant  un  tribut  annuel. 

Cependant  Tchinguiz  Khan  quitta  son  camp  à  la  fin  de 
1225  pour  attaquer  le  Tangout  qui  avait  alors  pour  roi 
Hien  Tsoung  ;  il  avait  remplacé  son  père  Chen  Tsoung, 
qui  avait  abdiqué  à  la  I2<^  lune  de  1223,  ce  prince  ayant 
refusé  de  lui  donner  son  fils  en  otage  et  ayant  pris  à  son 
service  Schilgak  san  houa,  ennemi  des  Mongols.  Tchinguiz 
entra  au  Tangout  en  février  1226  avec  ses  fils  Ogotaï  et 
TouLoui,  laissant  derrière  lui  Djagataï  avec  un  corps  d'obser- 
vation; en  mars,  il  capture  Etsina  et  d'autres  villes,  plus 
tard  Kan  Tcheou  et  Sou  Tcheou;  en  automne,  il  passe  dans 
le  Leang  Tcheou,  mettant  tout  à  feu  et  à  sang;  Y'e-liu 
Tch'ou-ts'ai  réussit  à  empêcher  le  massacre  des  malheureux 
Chinois  en  représentant  qu'on  en  tirerait  un  bon  profit  en  les 
faisant  travailler;  il  fut  chargé  d'organiser  un  plan  de 
finances. 

Le  roi  des  Hia,  Hien  Tsoung  (Li  Te  \\'ang),  étant  mort 
de  chagrin  à  la  7^  lune  de  1226,  âgé  de  46  ans,  fut  remplacé 
par  son  frère  Li  Hien;  au  mois  de  décembre  Tchinguiz  in- 
vestit Ling  Tcheou,  sur  le  Fleuve  Jaune,  au  sud  de  la  capi- 
tale Ning  Hia;  une  armée  tangoute  sous  le  commandement 
de  Wei  min  est  envoyée  au  secours  de  la  place,  mais  elle 
est  défaite  par  Tchinguiz  qui  prend  et  saccage  Ling 
Tcheou;  en  février  1227,  le  conquérant  passe  le  Fleuve 
Jaune,  capture  Ki  Chi  Tcheou,  dévaste  Lin  Tao  fou, 
ruine  Tchao  Ho  Tcheou  et  Si  Ning. 

De  son  côté,  Ogotaï  s'était  avancé  vers  Nan  King.  En 
1227,  TcHAGAN  envahit  la  région  de  Foung  Siang  fou  et  de 


222  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

Ho  Tchoung  fou.  Deux  ambassadeurs  Kin  arrivèrent  à 
Lieou  P'an  avec  des  propositions  de  paix.  Les  IMongols 
nomment  Ye-liu  Hi  vesé,  roi  du  Leao  Toung.  Enfin  Tchin- 
guiz  met  le  siège  devant  Ning  Hia,  capitale  du  Tangout  :  le 
roi  Li  Hien  réduit  à  la  dernière  extrémité  offre  en  juillet 
sa  soumission  en  demandant  un  délai  d'un  mois  pour  rendre 
sa  capitale  ;  le  Khan  mongol  accepte  et  promet  de  le  regar- 
der comme  son  fils.  Tchinguiz  «  alla  poser  son  camp  dans 
le  district  de  Ts'ing  choueï  hien,  sur  le  bord  de  la  rivière  Si 
Kiang,  à  douze  lieues  environ  à  l'est  de  Tsin  Tcheou.  Il  y 
fut  atteint  d'une  maladie  grave.  «  i 

Se  sentant  mortellement  frappé,  le  Grand  Khan  appela 
ses  deux  fils  Ogotaï  et  TouLoui,  campés  non  loin  de  lui;  il 
désigna  le  premier  pour  son  successeur,  donna  des  ordres 
pour  marcher  jusqu'à  Nan  King  et,  infidèle  à  la  parole 
donnée,  pour  tuer  le  roi  de  Tangout  quand  il  sortirait  de 
Ning  Hia  et  de  châtier  la  population  de  cette  ville;  il  fut 
obéi,  et  avec  le  malheureux  Li  Hien,  massacré  à  la  6^  lune 
de  1227,  finit  la  dynastie  des  Hia  ou  du  Tangout.  Son  vain- 
queur mourut  au  bout  de  huit  jours  de  maladie,  le  12  de  la 
7^  lune  (18  août  1227).  Il  était  âgé  de  66  ans,  suivant  les 
Chinois,  de  72  ans  suivant  les  Persans  et  dans  la  22®  année 
de  son  règne.  Le  lieu  de  sa  mort  est  le  Lieou  P'an  chan, 
ligne  de  partage  des  eaux  entre  le  Ts'ing  chouei  ho  qui 
coule  vers  le  nord,  le  King  Ho  qui  va  vers  l'est  et  le  K'ou 
chouei  tch'ouan  qui  coule  vers  le  sud  et  se  jette  dans  la 
rivière  Wei;  le  heu  exact  de  la  mort  de  Tchinguiz  Khan 
est  appelé  dans  le  Youen  che  lei  pien  l'ordo  de  Ha  lao  t'ou 
tche  2.  Qu'un  homme  aussi  considérable  fut  mort  de  mala- 
die, d'une  manière  naturelle  comme  le  commun  de  ses 
sujets,  ne  pouvait  être  universellement  accepté  et  la  légende 
modifia,  ampUfia  le  récit  des  derniers  moments  du  Grand 
Khan.  Sanang  Setsen  raconte  que  la  belle  reine  du  Tangout, 
KouRBELjiN  GoA  Khatoun,  femme  de  l'infortuné  Li 
Hien,  que  Tchinguiz  Khan  avait  fait  entrer  dans  son  harem, 
blessa  grièvement  son  nouveau  seigneur  sur  les  bords  de 

1.  d'Ohsson,  I,  p.  378. 

2.  Chavannes,  Chancellerie  mongole,  p.  94. 


TCHINGUIZ    KHAN  22  3 

rOulan  Mourcn  (Rivière  rouge)  et  alla  ensuite  se  jeter  dans 
le  Karamourcn  (Hoiiang  Ho),  appelé  dorénavant  par  les 
Mongols,  Khatoun  Gol,  le  fleuve  de  la  Dame.  Plan  Carpin 
prétend  que  le  conquérant  fut  frappé  de  la  foudre,  fin 
digne  d'un  aussi  grand  criminel.  Le  lieu  de  sa  sépulture  est 
aussi  mystérieux  :  la  tradition  mongole  la  place  dans  la 
grande  boucle  du  Fleuve  Jaune,  dans  le  pays  des  Ordos, 
où  elle  est  désignée  sous  le  nom  de  Yeke  Edjen  Djoro  et  fut 
visitée  par  divers  voyageurs,  notamment  par  les  mission- 
naires belges  DE  Vos  et  Verlinden  et  le  français  C.  E. 
BoNiN.  On  place  également  sa  tombe  près  du  Keroulen; 
Rachid  cd-Din  l'enterre  à  Bourkan  Kaldoun  ou  Yeke 
Kueuk,  près  de  la  Selenga  ^  Mailla  nous  dit  simplement 
qu'il  fut  inhumé  dans  la  caverne  de  Kinien  -. 

Tchinguiz  Khan  fut  essentiellement  un  génie  destructeur 
et,  comme  Attila,  mais  avec  plus  de  durée,  il  assit  sa  puis- 
sance sur  les  ruines  des  peuples  vaincus.  Le  trait  caracté- 
ristique de  son  tempérament  fut  la  cruauté;  elle  a  accom- 
pagné tous  les  actes  de  sa  longue  carrière  de  conquérant, 
depuis  les  marmites  d'Otrar  jusqu'au  massacre  de  Xing 
Hia;  à  cette  cruauté  il  joignait  la  perfidie;  mais  tenace, 
volontaire,  tyrannique,  doué  du  génie  de  la  guerre,  d'une 
misérable  tribu  de  Mongols  errants  il  sut  tirer  un  peuple  ; 
tous  les  moyens  de  destruction,  massacre,  pillage,  incen- 
die, lui  étaient  bons,  et  il  faisait  appel  aux  méthodes  des 
ingénieurs  étrangers  qui  mettaient  ainsi  leur  science  au 
service  de  la  barbarie  ;  il  établit  dans  son  armée  une  disci- 
pline sévère,  réprima  le  vol  et  l'adultère,  blâma  l'usage 
immodéré  des  boissons  fortes,  ce  qui  n'empêcha  pas  ses 
successeurs  d'être  des  ivrognes;  il  était  parfaitement  indif- 
férent en  matière  de  religion  et  s'il  ne  favorisait  pas,  il  ne  per- 
sécutait pas  non  plus  aucun  culte.  Par  son  ordre  ses  règle- 
ments furent  réunis  en  langue  mongole,  écrite  en  caractères 
ouighours,  dans  un  recueil  nommé  Onlong  Yassa  ;  il  avait 
dans  son  harem  cinq  cents  femmes  ou  concubines  dont  cinq 
d'un    rang    supérieur  ;  la    première,   qui  portait  le    titre 

1.  YULE-CORDIER,   MufCO  Polo,   pp.   247-25I. 

2.  Mailla,  IX,  p.  128. 


224  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

chinois  de  Fou  Jen,  était  Bourta,  fille  du  noyan  Taïn,  chef 
de  la  tribu  de  Kounkarate,  qui  fut  la  mère  de  Djoutchi; 
Djagataï,  Ogotaï  et  Tou  Louiet  de  cinq  filles  mariées  à  des 
chefs  de  tribus. 

Il  semblerait,  en  lisant  l'histoire  de  Tchinguiz  Khan, 
que  la  main  toute  puissante  qui  dirige  les  destinées  de  la 
faible  humanité  croit  devoir  parfois  réduire  le  nombre  des 
habitants  de  la  terre  et  rappeler  aux  plus  orgueilleuses 
nations  qu'elles  sont  à  la  merci  des  fléaux  destructeurs 
qu'elle  lance  d'une  façon  imprévue  à  travers  le  monde,  tels 
Alaric,  Attila,  Tchinguiz,  Tamerlan,  d'autres  encore  à  une 
époque  plus  rapprochée  de  nous  et  que  nous  ne  nommons 
pas.  Ces  fléaux  sont  généralement  accompagnés  ou  suivis 
d'une  réaction  qui  contribue  à  l'évolution  de  l'humanité 
qui,  sur  le  point  de  retourner  à  la  barbarie,  se  ressaisit  et 
fait  un  nouveau  pas  dans  la  voie  du  progrès.  Il  est  certain 
que  les  Mongols,  malgré  les  ruines  qu'ils  ont  accumulées 
autour  d'eux  ont  été,  lorsque  leur  ardeur  combative  s'est 
ralentie,  l'un  des  principaux  facteurs  de  la  pénétration  de 
l'Europe  en  Chine;  pénétration  dont  les  résultats  paraissent 
de  courte  durée  si  l'on  ne  songe  aux  germes  de  civilisation 
restés  latents  qui  reparurent  quelques  siècles  après  leur 
disparition. 


TCHINGl'lZ    KHAN  225 

Si  Hia  ou  Tangout 
Capitale:  Hing  K'ing,  aujourd'hui  Ning  Hia,  au  Kan  Sou. 

Mort. 
T'o-pa  Se  Koung,  chef  en  882. 
Se  Kien,  son  frère. 
Li   Yi-tchang,    petit-lil.s   de   Se 

Koung. 
Li  Jen-fo  933 

Li  Yi-tchao,  son  fils  935 

Li  Yi-hing,  son  frère  968 

Li   Ke-joui,  son  fils  978 

Li   Ki-kiun,  son  fils  979 

Li   Ki-pang,    son    frère,    soumis 

aux  K'i  Tan, 982 
Li    Ki-ts'ien,    son   frère,  détrôné 

991. 
Li  Ki-pang,  restauré,  ou  Tchao 

Pao-tchoung,  ou  Tchao  Pao- 

kie  1003 

Li  Te-ming,   son  fils  1032 

1 .    1032  King  Tsoung,  Li  Youen-hao,  son 

fils  1048,  i^e  lune,  à  46  ans. 

1049  Yi  Tsoung,   Li  Leang-tsou,   son 

fils  1067,  11^  lune,  à  21  ans. 

1069  Houei  Tsoung,  P'ing  Tchang,  son 

fils  1086,  76  lune. 

1087  Tch'oung     Tsoung,     Li     K'ien- 

choiien,  T'ien  Yi,  son  fils  1139,  6®  lune. 

II 39  Jen  Tsoung,    Li  Jen-hiao,    son 

fils  1194,  9®  lune,  à  70  ans. 

1194  Houan  Tsoung,  Touen  Hou,  son 

fils,  détrôné  i^e  lune,  1206,  39  ans. 

Soumis 

7.  1206  Siaxiglsonn^,  Li  Ngan-is'iouen     1211   8^  lune,  à  42  ans. 

8.  121 1  Chen  Tsoung,  les  Arabes  le  nom- 

ment Chidascou,   abdique  en 

1223,  12^  lune,  mort  en         1226,  3^  lune,  à  64  ans. 

9.  1223  Hien  Tsoung,  Li  Te  Wangvaort     1226,  7^  lune,  à  46  ans. 

10.    1226  Li  Hien,  capturé  et  tué  par  les 

Mongols,  en  1227,  6^  lune. 


CHAPITRE  XIV 

Les  Mongols  :  Ogotaï. 

TCHiNGuiz  Khan  laissait  un  immense  empire  qui 
s'étendait  de  la  mer  Orientale  et  la  Corée  à  l'est 
jusqu'à  l'ouest  au  delà  des  montagnes  et  des  fleuves 
qui  séparent  l'Asie  de  l'Europe,  de  la  mer  Caspienne  et  de 
la  Mer  Noire,  jusqu'à  la  Bulgarie,  la  Serbie,  la  Hongrie 
et  la  Russie;  au  sud  ses  territoires  étaient  bornés  par  les 
débris  de  l'empire  des  Kin,le  Tibet  et  ce  qui  restait  de  l'em- 
pire Khwarezmien.  Le  partage  de  ces  immenses  territoires 
ne  fut  pas  marqué  comme  celui  de  l'héritage  d'Alexandre 
le  Grand  par  des  luttes  sanglantes.  Les  volontés  dernières 
du  conquérant  furent  respectées;  en  attendant  l'arrivée 
d'Ogotaï,  Tou  Loui,  le  confident  de  la  pensée  de  son  père, 
exerça  la  régence. 

L'empire  fut  divisé  entre  les  quatre  héritiers  de  Tchinguiz 
Khan  :  l'aîné,  Djoutchi,  étant  mort  avant  son  père,  fut 
remplacé  dans  la  succession  par  son  fils  Batou,  qui  occupa 
les  pays  qui  s'étendaient  à  l'ouest  de  la  Caspienne,  c'est-à- 
dire  le  Kiptchak,  ainsi  que  la  région  du  bas  Syr  Daria  au 
nord  de  la  mer  d'Aral  et  de  la  Caspienne,  les  vallées  de  la 
Volga  et  du  Don,  et  quelques  territoires  au  nord  de  la  mer 
Noire;  au  nord  il  montait  au  delà  de  Jaïc  (rivière  Oural) 
jusqu'à  la  Sibérie  occidentale;  le  second  fils,  Djagataï,  eut 
l'Asie  centrale,  c'est-à-dire  le  Mavara  en-Nahr,  ou  Transo- 
xiane,  entre  le  S}^-  Daria,  Si  houn  ou  Jaxartes,  et  l'Amou 
Daria,  Djihoun  ou  Oxus,  les  régions  à  l'ouest  del'Issikkoul 
et  de  l'Ala  Nor,  à  l'est  le  Ferghanah  actuel,  leBadakh- 
Chan,  au  sud  le  Khorasân  avec  Herat,  Ghazni  jusqu'au 
Mekhran;  sa  capitale  était  Al  Mahq. 

Ogotaï,  le  troisième  fils,  régnait  à  l'est  de  Djagataï,  avec 
Kara  Koroum,  sur  la  région  connue  depuis  comme  la  Dzoun- 


OGOTAÏ  227 

garie,  c'est-à-dire  le  domaine  essentiellement  mongol.  Tou 
Loui,  le  quatrième  fils  reçut,  pour  sa  part  les  territoires 
d'Extrême-Orient,  conquis  et  à  conquérir.  Les  129.000 
hommes  composant  l'armée  de  Tchinguiz  Khan  furent 
aussi  répartis  entre  ses  fils,  ses  frères,  sa  mère  et  ses  neveux. 
Au  printemps  de  1229,  les  chefs  mongols  réunis  en  kou- 
riltaï,  dans  le  pays  de  Koutieïwalali,à  l'est  de  KaraKoroum, 
sur  les  bords  du  Kéroulen,  après  trois  jours  de  fêtes,  grâce 
à  l'influence  du  ministre  Ye-liu  Tch'ou-ts'aÏ  et  au  désinté- 
ressement de  Tou  Loui,  dépositaire  des  dernières  volontés 
de  Tchinguiz  Khan  qu'il  fit  connaître,  Ogotaï  fut  solennel- 
lement élu  Grand  Khan  le  22^  jour  de  la  8^  lune.  Il  accepta 
le  pouvoir  suprême  après  quarante  jours  de  résistance. 
Tous  les  princes  firent  alors  les  prosternations  d'usage.  Les 
Mongols  conservèrent  d'abord  le  cérémonial  en  usage  dans 
leur  pays.  Mais  en  1277,  sous  le  règne  de  K'oubilaï,  on 
commença  à  adopter  le  cérémonial  chinois.  «  Il  fut  ordonné, 
cette  même  année,  nous  dit  Pauthier,  Marc  Pol,  p.  290^, 
qui  a  traduit  ce  Cérémonial,  à  deux  célèbres  lettrés  chinois  : 
LiEOU  KiEX-TCHOUNG  et  Hiu  HENG,de  rédiger  le  Cérémonial 
de  la  nouvelle  cour  mongole.  C'est  de  cette  époque  seule- 
ment que  l'empereur  K'oubilaï  fît  observer  à  sa  Cour  le 
Cérémonial  rédigé  par  ses  ordres,  et  qui  était  basé  sur 
l'ancien  cérémonial  chinois.  Le  frère  Odoric  de  Pordenone 
nous  l'a  décrit  au  xiv^  siècle.  C'est  le  Ko  t'eou,  qui  consiste 
à  se  frapper  neuf  fois  la  tête  en  trois  génuflexions. 
-  A  leur  tour  les  chefs  jurèrent  fidélité  au  Grand  Khan  et 
à  ses  descendants;  Ogotaï  distribua  généreusement  les 
trésors  accumulés  par  son  père  à  ses  frères,  ses  parents,  ses 
généraux  ;  les  troupes  ne  furent  pas  oubliées.  Puis  il  ordonna 
de  respecter  les  lois  [Yassas]  établies  par  Tchinguiz  et  il  ac- 
corda l'amnistie  de  tous  les  délits  commis  depuis  la  mort 
de  son  prédécesseur.  A  la  tête  de  l'administration  des  fi- 
nances, il  plaça  Ye  Liu  Tch'ou  ts'aï,  qui  joua  un  rôle  considé- 
rable sous  le  règne  d' Ogotaï.  Ce  ministre  avait  pour  surnom 
TsiN  K'ixg;  il  descendait,  à  la  huitième  génération,  de  T'ou 
Yo,  prince  K'i  Tan,  et  il  était  le  fils  d'un  ministre  kin.  «  Il 
naquit  le  20  delà  première  lune,  en  1190,  dans  le  pays  de 


228  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Yan.  Son  père  était  âgé  de  soixante  ans,  quand  un  fils  lui 
fut  donné;  et  comme  il  jugea,  d'après  certains  présages, 
que  ce  fils  rendrait  un  jour  d'importants  services  à  des 
princes  étrangers,  il  lui  fit  prendre  le  nom  de  Tch'ou  Ts'aï 
et  le  surnom  de  TsinK'ing,parune  double  allusion  à  un  pas- 
sage de  la  chronique  de  Tso  K'ieou-ming,  qui  rappelait  une 
circonstance  de  la  même  naturel»  Nommé  par  Tchinguiz, 
gouverneur  de  Yen  King  (Pe  King),  il  fut  un  conseiller 
écouté  du  Grand  Khan.  Chargé  de  l'établissement  des 
douanes  dans  les  régions  conquises  sur  les  Kin,  il  divisa 
le  Tche  Li,  le  Chan  Toung,  le  Chan  Si  et  le  Leao  Toung  en 
dix  départements  ayant  chacun  une  douane  dans  la  ville 
principale  ^. 

Les  expéditions  militaires  furent  reprises  :  Une  première 
armée  de  30.000  hommes,  sous  les  ordres  de  Tchormagoun, 
fut  envoyée  en  Perse  contre  Djelal  ed-Din,  qui  était  rentré 
de  l'Inde  pour  reprendre  possession  de  l'empire  de  son 
père;  une  seconde  armée  du  même  nombre  d'hommes  fut 
confiée  à  Gueuktai  et  Sou  nodai  pour  accomplir  dans  le 
Kiptchak  et  la  Bulgarie  l'œuvre  de  conquête  que  n'avait 
pas  réalisée  Djoutchi;  enfin  Ogotaï  avec  Tou  Loui  se  réser- 
vait d'achever  la  conquête  des  Kin. 

En  1229,  l'empereur  kin,  Ngai  Tsoung,  avait  envo^^é  en 
Mongolie  pour  se  concilier  les  bonnes  grâces  du  Grand  Khan 
un  ambassadeur  nommé  Agouta  (Ahoutai),  qui  ne  fut  pas 
leçu  par  Ogotaï  ne  voulant  pas  entrer  en  relations  avec  un 
prince  ayant  refusé  de  faire  sa  soumission  à  son  père.  D'ail- 
leurs la  mort  de  Tchinguiz  n'avait  pas  arrêté  dans  le  Chen 
Si,  les  opérations  des  Mongols  qui  s'étaient  avancés  jusqu'à 
la  frontière  des  Soung.  A  la  fin  de  1227,  ils  assiégeaient  Si 
Ho  Tcheou,  au  sud-est  de  Koung  Tch'ang  fou,  vaillamment 
défendu  par  Tchen  Yin  qui,  voyant  qu'il  lui  était  impos- 
sible de  continuer  la  résistance  jusqu'au  bout,  se  tua  avec 
toute  sa  famille. 

En  1228  une  armée  kin  composée  de  Ouighours,  de  Tan- 
goutes,  de   Chinois,  commandée  par  le  général  Ouanien 

1.  Rémusat,  Nouv.  Mél.  As.,  II,  p.  64. 

2.  Gaubil,  pp.  58-59. 


OGOTAÏ  2  29 

TcHENG  Ho  CHANG  infligea  à  Ta  Tch'ang  Youcn  à  un  corps 
mongol  de  8.000  liommes  une  défaite  qui  fut  leur  premier 
succùs  contre  leur  puissant  ennemi.  Le  vainqueur  fut  créé 
Meouke,  c'est-à-dire  chef  des  braves.  L'année  suivante 
(1229),  le  général  mongol  Tou  KOUL  kou  (Toholoho)  inves- 
tissait K'ing  Yang  fou;  la  Cour  de  Xan  King  (K'aï  Foung) 
envoyait  pour  la  deuxième  fois  au  Grand  Khan  un  ambas- 
sadeur, qui  ne  fut  pas  reçu.  Ogotaï,  pour  gagner  l'affection 
des  Chinois,  mit  à  la  tête  de  leurs  troupes  trois  de  leurs 
chefs,  qui  s'étaient  distingués  sous  Mou  hou  li  :  Che  T'iex- 
TSEU,  du  Tchc  Li,  Lieou  He-ma  et  Yen  Che,  du  Chan 
Toung. 

De  nouveau,  en  février  1230,  les  Mongols  sont  battus  à 
Ta  Tch'ang  youen  par  le  général  kin  Yka  Bouc  a  (Ylapoua), 
qui  les  force  à  lever  le  siège  de  K'ing  Yang  au  bout  de  deux 
mois  et  renvoie  avec  des  paroles  insultantes  Oniolo  (Oua- 
coulun),  expédié  au  Chen  Si  par  Tou  Loui  pendant  sa 
régence  et  qu'il  avait  jusqu'alors  retenu  prisonnier. 

Au  mois  d'août  Ogotaï  entre  en  Chine  avec  Tou  Loui;  dans 
le  Chan  Si,  il  s'empare  de  T'ien  Tcheng  pou  au  nord-est 
de  Ta  T'oung  fou,  passe  le  Houang  Ho,  pénètre  au  sud  du 
Chen  Si,  détruit  les  forts  sur  la  route  et  investit  Foung 
Siang  fou,  dont  il  charge  le  général  Antchar  de  poursuivre 
le  siège.  Les  Kin  regrettaient  amèrement  le  traitement 
dont  Oniolo  avait  été  la  victime  ;  ils  tentèrent  de  réparer 
leur  faute  en  envoyant  Foung  Yen-teng  au  camp  mongol 
avec  des  propositions  de  paix  :  Ogotaï  voulut,  aussi  bien  par 
les  menaces  que  par  la  persuasion,  convaincre  l'agent  kin 
de  se  rendre  à  Foung  Siang  pour  conseiller  à  la  ville  de 
capituler.  Foung  Yen-teng  resta  inébranlable  et  pour  le 
punir  de  son  obstination,  ou  plutôt  de  sa  hdélité,  on  lui 
coupa  la  barbe  et  il  fut  expédié  à  Foung  Tcheou  comme 
prisonnier. 

Ngai  Tsoung  inquiet  de  la  situation  de  Foung  Siang, 
pressait  ses  généraux  Ouanien  Khada  et  Yra  Bouca  d'aller 
au  secours  de  cette  ville ,  ils  déclinèrent  d'abord  de  se  me- 
surer avec  des  forces  supérieures  aux  leurs,  puis  ils  s'avan- 
cèrent et  livrèrent  bataille  aux  Mongols  sur  la  rivière  Houei  : 


230  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

la  victoire  restait  indécise,  lorsque  le  soir  les  généraux  kin 
se  retirèrent,  abandonnant  à  son  sort  Foung  Siang,  qui 
continua  de  se  défendre  vigoureusement.  Antchar  trans- 
forma le  siège  en  blocus,  alla  prendre  quelques  villes  du 
Chen  Si,  puis  jugeant  le  moment  favorable  revint  prendre 
Foung  Siang  épuisée  qui  se  rendit  malgré  la  belle  défense 
du  général  Tsiang  tchun  (mai  1232). 

Désormais  maître  du  Chen  Si,  Ogotaï  avait  passé  les 
grandes  chaleurs  de  l'été  au  nord  de  la  Grande  Muraille; 
il  songeait  à  compléter  l'anéantissement  des  Kin,  en  s' em- 
parant du  Ho  Nan,  qu'ils  occupaient  encore  ;  mais  cette 
province  protégée  par  le  Houang  Ho  et  par  la  place  forte 
de  T'oung  Kouan,  au  confluent  de  ce  fleuve  et  du  Wei  Ho, 
ainsi  que  par  les  montagnes,  offrait  de  grandes  difficultés  à 
un  envahisseur  venu  du  Nord.  Un  officier  kin,  Li  Tchang- 
GO  (Li  Tchang-kouo),  passé  au  service  mongol  après  la  prise 
de  Foung  Siang,  tira  le  Grand  Khan  d'embarras  ;  il  suggéra 
à  Tou  Loui  de  tourner  la  difficulté  en  menant  la  campagne 
par  le  sud  au  Ueu  du  nord  du  Ho  Nan,  et  dans  ce  but 
de  marcher  de  Foung  Siang  à  Han  Tchoung  au  Chen  Si, 
de  s'emparer  de  cette  ville  importante,  puis  de  se  diriger 
sur  Teng  Tcheou  au  sud  du  Ho  Nan  ;  il  se  trouva  que  ce 
plan  était  conforme  aux  vues  de  Tchinguiz  et  fut  im- 
médiatement approuvé  par  Ogotaï  :  K'ai  Foung  (Nan  King) 
fut  le  lieu  désigné  pour  la  jonction  des  armées  du  sud  et 
du  nord  au  mois  de  février  de  l'année  suivante.  Comme 
il  était  nécessaire  d'obtenir  des  Soung  l'autorisation  de 
passer  à  traveis  leur  territoiie  on  leur  dépêcha  Sou  pou 
han,  mais  ce  dernier  arrivé  à  Tsing  ye  youen  dans  le  Se 
Tch'ouan,  fut  assassiné  par  ordre  de  Tchang  siouen,  gouver- 
neur de  Mien  Tcheou.  Les  Mongols  ne  tirèrent  pas  immé- 
diatement vengeance  de  cet  attentat,  mais  ils  en  gardèrent 
le  souvenir,  et  ce  fut  l'un  des  prétextes  qu'ils  invoquèrent 
pour  attaquer  les  Soung. 

Tou  Loui  partit  de  Pao  Ki  au  sud-ouest  de  Foung  Siang 
où  il  avait  réuni  vingt  ou  trente  mille  cavaliers  ;  il  prend 
la  forteresse  Ta  San  Kouan,  détruit  Foung  Tcheou  (Foung 
Hien),  traverse  les  monts  Houa  qui  séparent  le  bassin  delà  Wei 


1 


OGOTAÏ  231 

de  celui  du  Han,  frontière  des  empires  Kin  et  Soung.  Tou 
Loui  pénètie  donc  dans  le  teriitoire  Soung,  saccage  Yang 
Tchcou  (Yang  Hien),  assiège  et  pi  end  Han  Tchoung 
(sept.)  dont  il  fait  égorger  la  population  tandis  qu'un  corps 
de  troupes  tourne  vers  l'ouest  par  Mien  Tcheou,  franchit 
les  monts  Youeï  Pie,  traverse  le  fleuve  Kia  Ling  sur  des 
radeaux  construits  avec  les  épaves  de  maisons  détruites,  ra- 
vage le  district  de  Pao  Ning  fou  et,  après  avoir  pris  140  villes 
ou  forts,  rejoint  le  corps  principal;  au  mois  de  novembre, 
toute  la  partie  septentrionale  du  Se  Tchouan  était  soumise 
aux  Mongols. 

En  décembre,  Tou  Loui  s'empare  de  la  forteresse  de 
Jao  Fcung  et  établit  son  camp  sur  les  bords  du  fleuve  Han. 
Epouvante  dans  le  Ho  Nan  :  on  songe  à  réunir  toutes  les 
céréales  à  Pien  King  ou  Pien  Leang,  résidence  méridionale, 
Nan  King,  aujourd'hui  K'ai  Foung,  afin  d'affamci  l'enne- 
mi qui  seiait  ainsi  obligé  de  se  retiier  du  désert  s'étendant 
devant  lui;  l'empereur  s'opposa  à'  ce  projet.  Un  corps 
d'armée  fut  assemblé  à  Siang  Tcheou  (Tchang  Te)  ;  un 
autre  à  Teng  Tcheou  où  arrivèrent  en  janvier  1232,  les 
troupes  d'Ouanien  Khada  et  d'Yra  Bouca,  bientôt  rejoints 
par  les  généraux  Yang  Wo-yan,  Ouanien  Tcheng  ho  chang 
et  Wou  Chan;  ce  dernier  gouverneur  de  Wei  Houei  fou,  au 
nord  du  Fleuve  Jaune,  avait  vu  cette  ville  enlevée  par  le 
général  Che  T'ien-tseu  et  s'était  retiré  au  sud  du  Ho.  L'ar- 
mée kin  était  campée  à  Chouen  Yang,  dans  le  fou  de  Nan 
Yang,  et  ses  chefs  agitaient  la  question  de  savoir  s'ils  pas- 
seraient le  fleuve  Han,  lorsqu'ils  apprirent  que  Tou  Loui 
l'avait  franchi  le  31  jan\'ier  1232  et  s'avançait  vers  eux. 
Toufefois,  les  Mongols,  en  nombre  inférieur,  furent  obligés 
de  se  retirer,  mais  sans  être  poursuivis. 

Ogotaï  de  son  côté,  après  un  siège  de  trente-cinq  jours, 
prenait  d'assaut  Ho  Tchoung  (Pou  Tcheou),  au  sud  du 
Chan  Si,  près  du  Fleuve  Jaune,  dont  il  tua  le  gouverneur 
Ts'ao  Ho  ;  le  commandant  Ban  Tseu  réussit  à  gagner  avec 
3.000  hommes  Pien  King,  mais  calomnié  auprès  de  l'em- 
pereur par  les  eunuques,  il  fut  exécuté  dans  cette  capitale. 

A  la  première  lune  de  1232,  Ogotaï,  venant  du  Chan  Si, 


232  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

traversait  le  Fleuve  Jaune  à  Bai  Po  (Pe  Pou)  près  de  Ho 
Tsing  Hien,  campa  à  TchengTcheou,  et  ordonna  à  TouLoui 
de  venir  le  rejoindre.  Quoique  les  Kin  eussent  inondé  le 
pays,  Tou  Loui  qui  avait  pénétré  au  Ho  Nan  surprit  leur 
armée  qui,  dans  sa  retraite,  reçut  l'ordre  de  marcher  au 
secours  de  Pien  King. 

Les  Kin  campés  au  pied  des  monts  San  Foung,  près  de 
Kioun  Tcheou  (Ho  Nan),  cernés  par  les  troupes  d'Ogotaï 
et  de  Tou  Loui  essayèrent  de  se  faire  jour  au  travers  de  leurs 
ennemis.  Plusieurs  généraux  périrent;  Ouanien  Khada 
(Ouanien  hota)  est  tué  dans  Kioun  Tcheou  où  il  s'était 
réfugié  et  qu'avait  assiégé  Tou  Loui.  Le  général  Ouanien 
Tcheng  ho  chang,  caché  dans  la  ville,  se  rend  à  Tou  Loui, 
mais  refuse  de  faire  sa  soumission;  on  lui  coupe  les  pieds 
pour  le  forcer  à  se  mettre  à  genoux  et  on  lui  fend  la  bouche 
jusqu'aux  oreilles  pour  l'empêcher  de  parler.  Yra  Bouca 
pris  dans  sa  fuite  est  mis  à  mort. 

Quelques  jours  plus  tard,  Ogotaï  rejoignait  son  frère. 

L'empereur  kin  rappelle  à  la  capitale  les  chefs  qui  dé- 
fendaient la  partie  occidentale  du  Ho  Nan  :  Touktan 
OuDENG,  commandant  à  Wen  Siang,  sur  le  Fleuve  Jaune, 
Bakhata  Khéyoui,  gouverneur  de  la  forteresse  de  T'oung 
Kouan,  le  général  Ouanien  Tchounsi,  chargé  des  districts 
de  Tsin  Tcheou  et  de  Lan  Tcheou  dans  la  partie  occidentale 
du  Chen  Si,  réunirent  leurs  forces  et  s'avancèrent  avec 
1 10.000  fantassins  et  5.000  chevaux  vers  Chen  Tcheou,  au 
sud  du  Houang  Ho,  à  quelque  distance  de  Wen  Siang. 
Mais  les  Mongols  enlevèrent  les  grains  et  les  vivres  des  villes 
de  T'oung  Tcheou,  Houa  Tcheou  et  Wen  Siang,  tandis 
qu'un  officier  nommé  Si  Ping  leur  livra  T'oung  Kouan, 
protégé  seulement  par  une  faible  garnison.  Les  Mongols 
marchèrent  sur  Chen  Tcheou  ;  les  troupes  kin  qui  n'offraient 
aucune  résistance,  se  retirèrent  suivies  de  la  foule  lamen- 
table de  la  population  dans  les  montagnes  de  T'ie  Ling, 
dans  le  district  de  Ho  Nan  Fou,  où  la  mortalité  fut  énorme  ; 
les  traînards  étaient  massacrés  par  l'ennemi;  Ouanien 
Tchounsi  qui  se  rendit  fut  décapité  ;  Oudeng  et  Kheyoui 
capturés  furent  mis  à  mort. 


OGOTAÏ  2  33 

Après  la  prise  de  Kioun  Tclieou,  les  Mongols  s'étaient 
emparés  de  quatorze  villes  du  Ho  Nan,  mais  n'avaient  pu 
se  rendre  maîtres  ni  de  Koue  Te  fou,  ni  de  K'ai  Foung. 
Ogotaï  établit  alors  son  camp  à  Tcheng  Tcheou,  à  quatorze 
lieues  à  l'ouest  de  la  capitale  contre  laquelle  il  envoya  la 
fameux  général  Souboutaï. 

K'ai  Foung  était  alors  une  ville  carrée  de  120  li  de  circuit 
et  n'avait  pour  la  défendre  que  40.000  soldats  1.  A  peine  la 
ville  était-elle  investie  que  le  Grand  Khan  fit  demander  la 
soumission  de  l'empereur  kin,  réclamant  «  l'académicien 
TcHAO  PiNG-WEN,  un  descendant  de  Confucius,  nomm,é 
KouNG  YouEN-TSOU,  et  plusieurs  autres  savants,  de  lui 
donner  en  otages  vingt-sept  familles  des  plus  distinguées, 
de  lui  remettre  les  familles  de  ceux  qui  s'étaient  soumis  aux 
Mongols,  ainsi  que  la  veuve  et  les  enfants  du  général  Yra 
Bouca,  de  lui  envoyer  enfin  des  filles  habiles  dans  l'art  de 
broder,  et  des  hommes  exercés  à  la  chasse  de  l'épervier  »  2. 

L'empereur  kin  accéda  à  toutes  ces  demandes,  mais  cette 
soumission  n'empêcha  pas  le  farouche  Souboutaï  de  continuer 
le  siège.  La  ville  était  énergiqucment  défendue  par  Kiang 
Tchen.  Les  Mongols  employaient  toutes  sortes  de  machines 
pour  forcer  la  place  :  des  sortes  de  catapultes  nommées  pao 
pour  lancer  des  pierres,  des  marmites  de  fer  renfermant 
une  poudre  qui  s'enflammait  et  faisait  explosion,  appelées 
Tchen  T'ien  li,  des  mines  pour  faire  crouler  les  remparts. 
Le  P.  Gaubil,  p.  70,  nous  donne  les  renseignements  suivants 
sur  le  siège  :  «  Les  Kin  jettaient  des  boulets  faits  de  toute 
sorte  de  pierres.  Le$  Mongous  n'en  avaient  pas  de  cette 
forme;  mais  ils  faisaient  briser  des  meules  en  plusieurs 
quartiers,  et  par  le  moyen  de  plusieurs  Pao  ils  lançaient  jour 
et  nuit  des  pierres.  Ils  renversèrent  les  tours  des  angles  et 
les  créneaux,  ils  rompaient  même  les  plus  grosses  pièces  de 
bois  des  maisons  voisines.  Les  assiégés  les  enduisaient  de 
fumier  de  cheval  et  de  paille  de  bled,  recouvraient  le  tout 
de  feutre  et  autres  matières  molles  qui  amortissaient  les 
coups  de  pierre. Les  Mongous  se  servirent  alors  des  Pao  à  feu. 

1.  G.\UBIL,  p.   65. 

2.  d'Ohssox,  II,  p.  34 


234  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Le  feu  se  communiquait  avec  tant  de  vitesse  qu'on  avait 
grande  peine  à  l'éteindre.  Les  Chinois  disaient  que  l'em- 
pereur Che  Tsoung  (954  ap.  J.-C.)  de  la  dynastie  des 
Tcheou  avait  fait  bâtir  les  murailles  de  la  ville.  Il  les  fit 
enduire  d'une  terre  qu'il  fit  apporter  du  pays  de  Houlao. 
Tout  cela  faisait  un  corps  dur  comme  le  fer,  que  les  boulets 
n'entamaient  point.  Les  Mongous  firent  des  murailles 
autour  de  celles  qu'ils  assiégeaient,  le  circuit  était  de  150  li. 
Ils  firent  de  larges  fossés,  des  tours,  des  crénaux,  et  de 
30  en  30  pas  ils  mirent  des  corps  de  garde  ». 

Après  seize  jours  d'attaques  infructueuses  où  les  pertes 
furent  énormes  des  deux  côtés,  Souboutaï  se  retira  entre 
le  Fleuve  Jaune  et  la  rivière  Lo.  Un  mois  après,  une  épidémie, 
qui  dura  cinquante  jours  et  causa  un  nombre  incalculable 
de  morts,  éclata  dans  la  ville.  Les  négociations  continuaient, 
mais  un  envoyé  mongol,  Tang  Tsing,  et  trente  personnes 
qui  l'accompagnaient  ayant  été  tués  à  Pien  King  dans  l'hô- 
tellerie où  ils  venaient  de  descendre,  les  négociations  furent 
rompues  et  Souboutaï  reprit  les  hostilités  avec  une  énergie 
nouvelle.  Les  Mongols  avaient  d'ailleurs  un  autre  grief. 
Les  Kin  avaient  accueilli  un  général  mongol  du  Chan  Toung 
passé  à  leur  service.  Gaubil  raconte  ainsi  les  événements  :  1 

'(  Deux  fâcheux  accidents  firent  recommencer  la  guerre  qui 
acheva  de  perdre  la  dynastie  des  Kin.  Un  seigneur  Mongou, 
appelé  KquGO  Ngan-young  avait  pris  sur  les  Kin  la  ville  de 
Sou  Tcheou  dans  le  Kiang  Nan,  avec  quelques  autres  villes, 
et  prétendait  en  être  gouverneur.  Atchoulou,  l'un  des  gé- 
néraux Mongous,  en  fut  indigné  et  ^envoya  des  troupes 
pour  prendre  possession  de  ces  villes.  Ngan  -young  s'y 
opposa,  et  tua  même  l'ofhcier  envoyé  par  Atchoulou, 
ensuite  il  se  déclara  pour  les  Kin  et  se  joignit  à  plusieurs 
officiers,  qui  commandaient  dans  le  Chan  Toung,  pour  faire 
la  guerre  aux  Mongous.  L'empereur  des  Kin,  trompé  par 
de  fausses  espérances,  prit  Ngan-3/oung  à  son  service,  et  lui 
donna  le  titre  de  Prince.  L'empereur  Ogotaï  envovait  un 
officier  suivi  de  trente  personnes  sans  doute  pour  traiter 
de  la  paix.  Les  officiers  des  Kin  tuèrent  cet  envoyé  et  ces 

I.  Gaubil,  pp.  72-3. 


I 

4 


OGOTAÏ  2  35 

trente  personnes.  L'tmpcreur  des  Kin  n'en  fit  aucune  justice. 
Soubôutaï  avertit  l'empereur  son  maître  de  ces  attentats, 
et  ne  doutant  pas  qu'il  ne  reçut  de  nouveaux  ordres  pour 
continuer  la  guerre,  il  fit  pour  cela  tous  les  préparatifs 
nécessaires. 

»  L'empereur  Ogotaï  apprit  presque  en  même  temps  que 
les  Coréens  avaient  massacré  les  officiers  mongous.  Ce 
prince  envoya  une  armée  pour  les  punir,  et  donna  ordre  à 
Soubôutaï  de  continuer  la  guerre  dans  le  Ho  Nan.  Le  même 
ordre  fut  donné  à  Che  T'ien-tseu  et  aux  autres  généraux  ». 

Toutes  les  troupes  kin  furent  appelées  au  secours  de  la 
capitale  menacée  :  Wou  Chan,  réfugié  à  Nan  Yang  fou, 
après  le  désastre  de  San  Foung,  (Juanien  Celé,  gouverneur 
de  Teng  Tcheou,  Ouanien  Khoucakhou,  gouverneur  de 
Koung  Tch'ang  fou  (Chen  Si)  se  mirent  en  route  avec  leurs 
troupes,  mais  ayant  rencontré  les  Mongols,  ils  se  déban- 
dèrent tandis  que  le  général  Tchiga  Katsika,  envoyé 
de  Pien  King  au  devant  d'eux,  apprenant  leur  retraite, 
rentra  dans  la  capitale.  Le  dernier  espoir  des  Kin  s'en- 
volait. 

L'empereur  ayant  remis  la  défense  de  la  ville  à  Saxiabou, 
laissant  les  impératrices  et  la  famille  impériale,  par  une 
pluie  torrentielle, avec  sept  cavaliers  seulement,  prit  la  route 
de  l'est  pour  tenter  un  effort  désespéré  au  nord  du  Fleuve 
Jaune  dans  l'espérance  de  créer  une  diversion.  Le  jour 
même  de  son  départ  était  arrivé  de  Koung  Tch'ang  fou,  le 
général  Khoucakhou  qui  apprit  à  l'infortuné  monarque 
que  toute  la  région  à  l'ouest  de  la  capitale  était  dé\'astée  ; 
en  février  1233,  Ngai  Tsoung  passa  le  fleuve  mais  ses  troupes, 
arrêtées  par  le  mauvais  temps  sur  la  rive  méridionale,  furent 
écrasées  par  deux  corps  mongols,  dépêchés  par  Soubôutaï. 

Un  nouveau  désastre  allait  frapper  les  Kin  :  Bakssan 
avait  été  chargé  par  Ngai  Tsoung  de  s'emparer  de  Wei 
Tcheou,  mais  le  général  Che  T'ien-tseu  avec  les  troupes  du 
Tche  Li  et  du  Chan  Toung  arriva  au  secours  de  la  place, 
écrasa  Bakssan  près  du  couvent  de  Pe  Koung  mio.  L'em- 
pereur prévenu  de  ce  nouveau  revers  et  accompagné  du 
général  Khorko  et  d'une  demi-douzaine  d'officiers,  repassa 


236  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

le  Houang  Ho  et  se  rendit  à  Koue  Te  fou,  tandis  que  ses 
troupes  apprenant  sa  fuite  se  dispersaient. 

Informé  du  départ  de  l'empereur  kin,  Souboutaï  investit 
Pien  King  une  seconde  fois;  le  blocus  est  resserré.  Pour 
comble  de  malheur,  la  révolution  éclate  dans  la  ville  :  Ts'ouei 
Li,  commandant  la  partie  occidentale  de  la  capitale,  s'em- 
pare du  pouvoir;  il  fait  tuer  le  gouverneur  Ouanien  Sania- 
bou  et  d'autres  hauts  dignitaires,  fait  reconnaître  comme 
régent  le  prince  Ouanien  Tsoung-ko  alors  à,  l'armée  du 
Nord  qui  rentre  à  Pien  King.  Ts'ouei  Li  se  déclara  premier 
ministre,  nomme  un  de  ses  frères  gouverneur  de  la  ville, 
un  autre  commandant  du  Palais  impérial,  qu'il  occupe,  fait 
sa  soumission  à  Souboutaï,  relègue  le  régent  et  les  membres 
de  la  famille  impériale  dans  divers  palais,  s'empare  des 
femmes  et  des  filles  des  seigneurs  qui  avaient  quitté  la  ville, 
réquisitionne  l'or  et  l'argent,  fait  périr  un  grand  nombre 
d'habitants   pour   avoir   caché   leurs   richesses.    En   outre 
il  presse  l'empereur  de  se  rendre  et  fait  conduire  à  Ts'ing 
Tch'eng,  à  la  porte  de  Pien  King  où  se  trouvait  Souboutaï, 
après  les  avoir  dépouillés,  les  impératrices,  les  princes,  ainsi 
qu'un    descendant    de  Confucius,   Koung  Youen-tso,  des 
lettrés  et  une  foule  d'autres  personnages.  L'impito^/able 
Souboutaï  fit  massacrer  les  princes,  tandis  que  les  princesses 
furent  conduites  àKaraKoroum.Le  chef  mongol  entra  alors 
à  Pien  King,  reçu  à  la  porte  par  Ts'oueï  Li  qui  le  mena  au 
Palais,  pendant  que  les  soldats  mongols  pillaient  la  rési- 
dence du  traître  et  enlevaient  ses  femmes.  Souboutaï  avertit 
Ogotaï  de  la  chute  de  la  capitale  des  Soung  et  lui  demanda 
l'autorisation  de  livrer  la  ville  au  pillage,  suivant  la  tradi- 
tion de  Tchinguiz  Khan  qui  faisait  saccager  toute  place 
qui  ne  se  rendait  pas  à  la  première  sommation.  Grâce  aux 
conseils  du  sage  Ye-liu  Tch'ou-ts'ai,  qui  fit  ressortir  l'intérêt 
de  conserver  la  population  d'une  ville  qui  renfermait  nombre 
d'artistes  et  d'habiles  artisans,  Ogotaï  s'opposa  à  la  cruelle 
mesure  proposée  par  son  lieutenant,  mais  il  autorisa  le 
massacre  des  membres  de  la  famille   impériale,  portant  le 
nom  de  Ouanien.  Il  restait,  paraît-il,  à  Pien  King,  1.400.000 
familles. 


OGOTAÏ  237 

L'empereur  kin  en  arrivant  à  Koue  Te  fou  fit  mettre  à 
mort  1ê  malheureux  Bakssan  à  cause  de  ses  revers.  Un 
autre  général,  Koutcha  Kouan  nou,  après  avoir  fait  tuer  le 
premier  irjnistre  Li  Tsi,  le  gouverneur  de  la  ville  et  environ 
trois  cents  mandarins,  s'empare  du  pouvoir.  Kouan  nou 
réussit  à  faire  lever  le  siège  de  P'o  Tcheou  au  général  mongol 
dont  il  incendia  le  camp.  En  rentrant  à  Koue  Te  fou,  il  s'em- 
para des  rênes  du  gouvernement,  ne  laissant  aucun  pouvoir 
à  l'empereur  qui  le  fait  assassiner  et  transfère  sa  capitale 
à  Tsai  Tcheou  au  sud  du  Ho  Nan,  pour  être  à  proximité 
de  l'armée  de  70.000  hommes,  commandée  parWou  Chan. 
Toutefois  ce  dernier  ne  tarda  pas  à  être  attaqué  par  l'em- 
pereur Soung  Li  Tsoung  auquel  l'année  précédente,  Ogotaï 
avait  envové  une  ambassade  pour  lui  proposer  une  alliance 
contre  les  Kin  :  Li  Tsoung  avait  accepté  cette  offre  à  la 
condition  que  le  Ho  Nan  lui  serait  donné  après  la  chute 
des  Ivin  (janvier  1233).  Le  général  Meng  Koung  qui  com- 
mandait l'armée  Soung,  bat  Wou  Chan  près  des  monts 
Ma  teng,  s'empare  de  neuf  forts  dans  les  montagnes,  de  la 
ville  frontière  de  Teng  Tcheou  et  rentre  à  Siang  Yang  fou 
dans  le  Hou  Kouang. 

Ngai  Tsoung  arrivé  à  Tsai  Tcheou,  mit  à  la  tête  des 
affaires  Ouanien  Houchahou  qui  réorganisa  une  armé,e 
tandis  que  l'empereur  se  livrait  aux  plaisirs.  Le  général 
TATCHARquivenaitde  prendre  Lo  Yang  vaillamment  défen- 
du par  TsiANG  Chen,  se  présenta  devant  Tsai  Tcheou  où 
il  fut  rejoint  par  20.000  Chinois,  commandés  par  Meng 
Koung  et  Kiang  Hai;  le  blocus  fut  immédiatement  établi. 
Au  bout  de  deux  mois,  la  famine  se  mit  dans  la  place  où 
l'on  était  réduit  à  se  nourrir  de  chair  humaine.  Un  assaut 
donné  par  les  Mongols  les  rendit  maîtres  d'une  partie  de  la 
ville  défendue  par  un  second  rempart  intérieur.  En  vain 
l'empereur  essaya-t-il  de  quitter  Tsai  Tcheou.  Au  mois  de 
février,  la  détresse  était  à  son  comble;  l'empereur  remit  le 
pouvoir  au  prince  Ouanien  Tcheng-Un,  frère  de  Bakssan  ; 
Meng  Koung  pénètre  avec  Kiang  Hai  et  Tatchar  par  la  porte 
de  l'ouest.  Ngaï  Tsoung  se  pend  et  son  corps  est  brûlé 
suivant  ses  ordres  ;  Houcha  hou  qui  a  vigoureusement  com- 


238  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

battu  à  la  tête  d'une  poignée  de  braves,  se  noie.  Tche^ig  Lin 
réfugié  dans  la  citadelle  est  massacré  par  ses  soldats.  A 
l'exception  de  Koung  Tch'ang  fou  dans  le  Chen  ?i,  toutes 
les  villes  dépendant  des  Kin  se  rendent  aux  Mongols. 

Ainsi  finit  la  dynastie  des  Kin  qui  avait  duré  418  ans  et 
compté  dix  princes;  sa  chute  fut  l'objet  de  grandes  réjouis- 
sances de  la  part  des  Soung  qui,  en  aidant  au  triomphe  des 
Mongols,  préparaient  eux-mêmes  leur  propre  ruine. 

Après  cette  victorieuse  campagne  (mai  1232),  Ogotaï  et 
Tou  Loui  partirent  du  Ho  Nan,  à  la  4^  lune,  et  rentrèrent  en 
Mongohe  par  Tcheng  Tirig  fou  et  Yen  King  (Pe  King), 
passant  la  Grande  Muraille  à  Kou  Pe  K'eou.  Le  Grand  Khan 
tomba  gravement  malade  ;  le  dévouement  de  son  frère  Tou 
Loui  ne  contribua  pas  peu  à  sa  guérison  ;  après  le  rétablisse- 
ment d'Ogotaï,  les  deux  frères  se  rendirent  aux  sources  de 
rOnon  où  Tou  Loui  mourut  prématurément,  âgé  de  qua- 
rante ans  à  la  neuvième  lune  de  1232.  Le  T'oung  kien  kang 
mou  place  la  mort  de  ce  chef  à  la  lo^  lune  de  1232.  Fils  pré- 
féré de  Tchinguiz  Khan,  qu'il  n'avait  jamais  quitté,  il  avait 
témoigné  la  plus  grande  affection  à  son  frère  Ogotaï,  qu'il 
n'avait  pas  peu  aidé  à  faire  monter  sur  le  trône.  Re- 
marquable par  sa  modestie,  son  respect  fiUal,  il  s'était 
montré  grand  capitaine  dans  sa  marche  contre  les  Kin  de 
Foung  Siang  au  Chen  Si,  au  Ho  Nan,  en  passant  par  Han 
Tchoung.  Gaubil  nous  dit  qu'il  épousa  la  princesse  Solou- 
houtieyni  (Sarkutna),  fille  de  A  kia  pou,  chef  de  horde,  et 
frère  de  Toli  (Oungkhan) ,  prince  des  Kéraïtes,  qui  lui  donna 
onze  enfants  mâles  :  Mengko  (Mangou),  Tchourko,  Hou- 
toutou,  Houpilaï  (K'oublai),  un  cinquième  dont  on  ne  con- 
naît pas  le  nom,  Hiuliehou  (Houlagou),  Alipouko,  Potcho, 
Moko,  Souitouko  et  Suepietay;  d'Ohsson  appelle  cette 
princesse  Siourkoucténi,  fille  de  Dja  gam  pou,  frère  d'Oung 
Khan,  et  lui  donne  quatre  enfants  :  Mangou,  K'oublai, 
Houlagou  et  Arik  Bougha;  il  attribue  six  fils  à  ses  autres 
femmes  et  ses  concubines.  Dja  gam  pou  avait  trois  autres 
filles  :  Abica,  l'une  des  femmes  de  Tchinguiz  Khan,  une 
autre  mariée  à  Djoutchi  et  la  dernière  mariée  au  roi  des 


OGOTAÏ  239 

OngoUes.  Ton  Li  ou  Tou  Loui  signifie  miroir  en  mongol. 
A  partir  de  sa  mort  on  désigna  un  miroir  par  le  mot  turk 
queuzugti. 

Dès  soi\ retour  de  Chine,  le  Grand  Khan  tint  en  1234  une 
assemblée  générale  à  Talan-tépé  en  Mongolie  ;  en  1235,  il  con- 
voqua un  kouriltaî  dans  sa  nouvelle  ville  de  Kara  Koroum, 
dont  il  est  uti^e  de  dire  quelques  mots. 

La  ville  de  Kara  Koroum  occupait  l'emplacement  actuel  j'^ara 
du  monastère  d'Erdeni  Tchao  ou  Erdeni  Tso,  entre  la  rivière 
Orkhon  et  le  Koktchin  (vieux)  Orkhon  ;  on  fait  remonter  sa 
fondation  par  BouKOU  Khan  des  Ouighours  au  viii^  siècle; 
ce  fut  la  résidence  de  Pikia  Kakhan  des  Ouighours  sous 
les  T'ang,  de  Togrul  Wang  Khan,  le  Prêtre  Jean  de  Marco  Polo. 
Tchinguiz  Khan  en  fit  en  1206  sa  capitale  que  les  Chinois 
appelèrent  Hala  Holin,  transcription  de  Kara  Koroum,  le 
«  camp  noir  »,  ou  simplement  Ho  lin  dont  le  nom  fut  modifié 
en  celui  de  Ho  Ning  après  la  mort  de  K'oublaï.  Au  prin- 
temps de  1235,  Ogotaï  fit  élever  un  rempart  de  cinq  Hs  de 
circuit  autour  de  Ho  Lin,  qu'il  appela  Ordou  Bahq  (Ville 
Royale),  et  construire  par  d'habiles  artisans  amenés  de 
Chine,  un  vaste  palais  appelé  Wang  an  dans  l'intérieur  de 
la  ville  dont  il  fit  sa  résidence  et  qu'il  inaugura  en  1236 
par  un  grand  banquet,  dont  il  fit  les  honneurs  à  Ye  liu 
Tch'ou-ts'ai.  Plan  Carpin  est  le  premier  voyageur  européen 
qui  ait  mentionné  cette  ville  et  il  nous  apprend  qu'elle  était 
située  à  une  demi-journée  de  la  Sira  Ordo  où  il  s'était  rendu. 
Guillaume  de  Rubrouck  nous  a  laissé  la  description  de 
Kara  Koroum  qu'il  a  visitée. 

«  Pour  ce  qui  est  de  la  ville  de  Caracarum,  Votre  Majesté 
saura,  qu'excepté  le  Palais  du  Cham,  elle  ne  vaut  pas  la 
ville  de  Saint-Denis  en  France,  dont  le  Monastère  est  dix 
fois  plus  considérable  que  tout  le  palais  même  de  ]\Iangu. 
Il  y  a  deux  grandes  rues,  l'une  dite  des  Sarasins,  où  se 
tiennent  les  marchez  et  la  foire:  plusieurs  marchands  étran- 
gers y  vont  traffiquer  à  cause  de  la  Cour,  qui  y  est  souvent, 
&  du  grand  nombre  d'Ambassadeurs  qui  y  arrivent  de 
toutes  parts.  L'autre  rue  s'apelle  de  Cathayens,  où  se 
tiennent  tous  les  artisans.  Outre  ces  deux  rues  il  y  a  d'autres 


240  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

grands  lieux  ou  Palais,  où  est  la  demeure  des  Sécreta-'res  du 
Prince.  Là  sont  douze  temples  d'Idolâtres  de  diverses 
Nations,  et  deux  Mosquées  de  Sarasins,  où  ils  fort  profes- 
sion de  la  secte  de  Mahomet,  puis  une  Église  de  Chrétiens  au 
bout  de  la  ville,  qui  est  ceinte  de  murailles  faite?  de  terre,  où 
il  y  a  quatre  portes.  A  celle  d'Orient  l'on  vend  le  millet, 
et  autres  sortes  de  grains,  dont  il  y  en  a  peu.  A  la  porte 
d'Occident  se  vendent  les  Brebis  et  les  Chèvres.  A  celle  du 
Midi  les  Boeufs  et  les  Chariots,  et  à  celle  du  Nord  les 
Chevaux.  ».  ^ 

Au  kouriltaï  tenu  à  Kara  Koroum,  en  1235,  il  avait  été 
décidé  d'une  part,  qu'on  attaquerait  l'empire  des  Soung, 
d'une  autre,  que  l'on  réduirait  la  Corée,  tandis  que  Batou,  le 
deuxième  fils  de  Djoutchi  était  placé  à  la  tête  de  l'armée 
chargée  de  conduire  les  opérations  en  Euiope,  et  qu'un 
corps  de  troupes  était  envoyé  sous  les  ordres  du  général 
Hou  Katou,  sur  la  frontière  de  Perse  et  de  Cachemire.  La 
Perse  avait  été  conquise  par  Tcharmaghan  et  Djelal  ed-Din 
avait  péri  en  1231  :  l'Iran  était  donc  gouverné  alors  par  des 
fonctionnaires  mongols.  Enfin  Ye  liu  Tch'ou-ts'aï  fut  chargé 
de  l'administration  générale  des  possessions  mongoles  en 
Chine. 

«  En  mars  1236,  furent  créées  en  Chine,  pour  la  première 
fois  sous  la  domination  mongole,  des  assignations  munies 
du  sceau  du  trésor,  appelées  Kiao  tchao.  Sur  la  proposition 
de  Ye  liu  Tch'ou-ts'aï,  il  en  fut  émis  pour  la  somme  de  dix 
mille  petits  lingots,  ou  cinquante  mille  onces  d'argent.  «  - 
Le  ministre  demanda  que  la  perception  de  l'impôt  en  Chine, 
qui  se  faisait  par  feu  et  par  famille  et  non  par  individu 
mâle,  fut  opérée  dans  les  fiefs  par  des  employés  spéciaux 
qui  en  remettraientlemontant  aux  titulaires  qui  ne  devaient 
demander  rien  de  plus  aux  contribuables. 

Grâce  à  Ye  liu  Tch'ou-ts'ai,  les  Mongols  avaient  recruté 
d'habiles  artisans;  il  voulut  doter  son  pays  d'employés 
capables  et  institua  des  concours  entre  les  lettrés  captifs  des 
Mongols;  en  outre  il  créa  (1236)  deux  grands  collèges,  l'un 

1.  Bergeron,  Rubruquis,  col.  loO. 

2.  d'Ohsson,  II,  p.  67. 


OGOTAÏ  241 

à  Yen  King,  l'autre  à  P'ing  Yang,  au  Chan  Si,  où  les  fils  des 
Grands  purent  étudier  l'histoire,  la  géographie,  l'arithmé- 
tique et  l'astronomie. 

D'après  V Histoire  des  Yoiien  du  P.  Hyacinthe  ]:îiTCiiOL- 
RIN,  d'Ohsson  ^  nous  donne  la  liste  suivante  des  apanages 
qui  furent  accordés  aux  princes  et  aux  princesses  du  sang, 
dans  les  provinces  conquises  en  Chine.  «  Dans  le  Pe  Tche-li, 
la  province  de  Ta  Ming  fou,  au  prince  Kouyouk,  fils  de 
l'empereur  ;  celle  de  Sing  Tcheou  (Chouen  Te  fou),  à  Borotai  ; 
celle  de  Ho  Kien  fou,  à  Khoulgué;  celle  de  Kouang  Ning  fou 
(Tch'ang  Li  Hien),  à  Bourgout.  Dans  le  Chan  Si,  la  pro- 
vince de  P'ing  Yang  fou,  à  Ordou  Batou;  celle  de  T'ai 
Youen  fou,  à  Djagataï.  Dans  le  Se  Tch'ouan,  la  province  de 
Tcheng  Ting  f ou  à  l'impératrice  douairière;  Ping  Tcheou 
(Ping  hun)  et  Louan  Tcheou,  à  Utchugen  Noyan.  Dans 
le  Chan  Toung,  une  partie  de  la  province  de  Yi-Tou  fou 
(Ts'ing  Tcheou)  et  de  celle  de  Tsi  Nan  fou,  à  Y  K'o;  Bin 
Tcheou  et  Laï  Tcheou,  à  Adjitaï.  Le  prince  Koutan,  Tché 
kou,  gendre  d'Ogotaï,  la  princesse  Alikha,  la  princesse 
Gatchin,  les  -princes  Tchalakhou,  Djagataï  Tan  kin, 
Mongou,  Khantcha,  et  les  noyans  Angui,  Tsing  et  Khoss- 
kissou,  reçurent  des  terres  dans  la  province  de  Toung  P'ing 
fou  du  Chan  Toung.  « 

Le  gouvernement  du  Turkestan  qui  s'étendait  jusqu'au 
Djihoun  fut  confié  à  Masou'd  Bey  fils  de  Mahmoud 
Yelouadj  ;  celui  des  régions  à  l'ouest  du  Djihoun  jusqu'à 
Diarbekir  et  Roum,  fut  donné  au  général  Keurgueuz. 

La  presqu'île  coréenne,  qui  forme  une  pointe  menaçante 
entre  la  mer  du  Japon  et  la  mer  Jaune  vers  l'archipel 
japonais  dont  elle  n'est  séparée  que  par  le  détroit  de  Tsou- 
shima,  a  été  le  champ  de  bataille  naturel  où  se  rencon- 
traient Chinois  et  Japonais,  qui  s'y  disputaient  la  prépon- 
dérance; c'est  par  elle  aussi  que  la  civilisation  chinoise  et 
que  la  religion  bouddhiste  ont  pénétré  dans  l'Empire  du 
Soleil  Levant;  on  conçoit  l'importance  qu'elle  offre  dans 
l'histoire  des  relations  de  la  Chine  avec  le  Japon. 

La  situation  de  la  Corée  était  précaire  entre  les  Mongols 

I.  d'Ohsson,  II,  p.  70. 


242  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

et  les  Japonais.  Cet  infortuné  pays  ne  fut  pas  plus  heu- 
reux avec  les  Mongols  dont  il  s'était  rendu  vassal  en  121 8 
qu'avec  les  "Japonais;  un  ambassadeur  mongol  en  1225  fut 
dépouillé  par  un  brigand  coréen  des  présents  dont  il  était 
porteur  ;  des  bandes  de  Yu  Jen  déguisés  avec  des  vêtements 
mongols  opéraient  à  la  frontière.  En  1231,  le  général  mongol 
Sa  li  tai  (Sal  Ye-t'ap),  franchit  le  Ya  lou,  s'empara  de 
Ham  Sin,  près  de  Eui  tjyou  et  prit  d'assaut  Tch'ul  ju.  Le 
roi  de  Corée  envoya  contre  les  Mongols  les  généraux  Pak 
Sô  ot  KiM  Kyông-sol  1.  Les  Mongols,  après  une  vive  résis- 
tance de  la  forteresse  de  Ku  ju,  essuyèrent  un  échec  à 
Anpuk,  mais,  renforcés  par  des  Yu  Jen,  ils  balayèrent  le 
pays  jusqu'à  P'yeng-ju  dont  ils  s'emparèrent.  Le  roi  coréen 
demanda  la  paix  à  Sa  li  tai;  les  négociations  échouèrent  et 
les  Mongols  pénétrèrent  plus  au  sud  dans  la  province  de 
Tch'young  tch'yeng,  tandis  que  le  premier  ministre  coréen 
cherchait  vainement  un  refuge  dans  l'île  de  Kang  Houa, 
et  que  Sa  li  tai,  remonté  vers  le  nord,  attaquait  à  nouveau 
Ku  ju  qui  lui  résista.  En  1232,  le  roi  de  Corée  fit  la  paix; 
Ku-ju  capitula  malgré  son  gouverneur  Pak  Sô;  un  résident 
mongol  fut  installé  à  Song  do  et  des  gouverneurs  mongols 
furent  établis  dans  les  principaux  centres  du  pays.  ^  Le  roi 
de  Corée  transféra  alors  son  gouvernement  dans  l'île  de 
Kang  Houa;  les  Mongols  envahirent  immédiatement  le 
nord  du  pays;  ils  perdirent  Sa  li  taï.  Au  printemps  de 
1233,  le  Grand  Khan  dépêcha  un  envoyé  chargé  de  formu- 
ler les  quatre  griefs  suivants  : 

I.  Aucun  envoyé  coréen  n'était  venu  lui  rendre  hom- 
mage; 2.  des  bandits  avaient  tué  un  envoyé  mongol;  3.  le 
roi  avait  fui  de  sa  capitale  ;  4  le  roi  avait  donné  des  chiffres 
faux  dans  le  recensement  de  la  Corée.  Des  insurrections 
éclatèrent  dans  les  provinces  de  Kyeng  syang  et  de  P'yeng 
yang,  cette  dernière  dirigée  par  Pil  Hyùn-bo;  le  général 
Tchông  Yi,  ayant  été  tué  par  les  rebelles,  de  nouvelles 
troupes  impériales  envoyées  contre  la  ville  s'emparèrent 
du  chef  de  l'insurrection   et  le  coupèrent  en  morceaux, 

1.  Cf.  History  of  Korea,  Korca  Review,  nov.  igoi,  p.  528. 

2.  Ibid.,  déc.  1901,  pp.  561  et  suiv. 


OGOTAÏ  2  43 

mais  s(jn  second  Hong  Pok-wùn  passa  aux  Mongols.  Au 
commencement  de  1235,  les  Mongols  commencèrent  1  occu- 
pation systématique  du  nord  de  la  Corée,  s'établirent  d'une 
manière  permanente  dans  les  provinces  de  P'yeng  an  et 
Houang  haï  et  descendirent  jusfju'à  Han  Yang,  le  Séoul 
actuel,  tandis  que  le  roi  restait  confiné  à  Kang  Houa. 
Après  avoir  ravagé  le  pays,  les  Mongols  rentrèrent  chez  eux 
ordonnant  vainement  au  roi  de  venir  leur  rendre  hommage 
à  Pe  King,  puis  ils  lui  demandèrent  de  quitter  son  île  et  de 
retourner  à  Song  do  ;  il  se  décida  enfin  à  envoyer  à  la  Cour 
mongole  un  de  ses  parents  Sux  cju'il  faisait  passer  pour  son 
fils.  La  mort  d'Ogotaï  apporta  la  paix  à  la  malheureuse  Corée. 

On  se  rappellera  que  les  ^Mongols  avaient  promis  de  céder 
aux  Soung  après  la  défaite  des  Kin,  toute  la  province  de  Ho 
Nan;  ils  ne  tinrent  qu'une  partie  de  leurs  promesses, 
n'abandonnant  aux  Chinois  que  la  partie  de  cette  province 
située  au  sud  des  villes  de  Tch'eng  Tcheou  et  de  Ts'ai  Tcheou 
(Jou  Ning  fou),  le  reste  du  Ho  Nan  formant  un  gouverne- 
ment confié  au  général  Lior  For.  Les  Soung,  qui  désiraient 
comme  frontière  septentrionale,  le  Fleuve  Jaune  et  le  sud 
du  Chen  Si,  irrités  de  cette  mauvaise  foi,  repoussant  les 
conseils  de  prudence,  écoutant  les  avis  des  princes  Tchao 
Fan  et  Tchao  Koue,  envoyèrent  le  général  Ts'iouen 
Tseu-tsai,  gouverneur  de  Lou  Tcheou,  avecdix  mille  hommes 
contre  Pien  King,  qu'il  occupa  sans  difficulté,  le  traître 
Tsoui  Li  ayant  été  assassiné  (juillet  1234)  dès  qu'on  apprit 
la  venue  de  l'armée  Soung;  celle-ci,  renforcée  par  Tchao 
Koue,  à  la  tête  de  50,000  hommes,  occupait  Lo  Yang. 

Les  Mongols  entrèrent  immédiatement  en  campagne, 
battirent  les  Chinois  sur  les  bords  de  la  rivière  Lo  et  re- 
prirent Lo  Yang  et  Pien  King,  que  les  Soung  furent  obfi- 
gés  d'évacuer,  faute  de  vivres.  Ogotai  ayant  reproché  aux 
Chinois  d'avoir  manqué  à  leurs  serments,  l'empereur  Li 
Tsoung  envoya  en  Mongolie  Tcheng  Fei  chargé  de  calmer  la 
colère  du  Grand  Khan;  il  était  trop  tard  :  une  nouvelle 
guerre  avait  été  décidée  dans  un  kouriltaï  et  trois  armées 
avaient  été  constituées  sous  le  commandement  de  Kou 
Tan,  second  fils  d'Ogotaï,  et   du  général  Tagaï  qui  de- 


244  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

valent  envahir  le  Se  Tch'ouan,  du  prince  Kou  Tchou, 
troisième  fils  et  préféré  d'Ogotaï  et  des  généraux  Temoutaï 
et  Tchang  Jou,  qui  se  dirigèrent  vers  le  Hou  Kouang,  enfin 
du  prince  Khoubouca  et  du  général  Tchagan  qui  avaient 
le  Kiang  Nan  comme  objectif  de  leurs  attaques  '. 

Kou  Tan  ayant  traversé  le  Chen  Si  et  reçu  la  soumission 
de  la  dernière  villekin,  restéeindépendante,  Koung  Tch'ang 
fou,  pénétraparFoung  Tcheou,  dansle  fou  de  Han  Tchoung, 
prit  Mien  Tcheou  et  assiégea  Tsing  ye  youen,  d'où  il  fut 
repoussé  par  Tsao  You-v^un,  gouverneur  de  Li  Tcheou,  mais 
lorsque  toutes  les  forces  mongoles  eurent  été  réunies,  les 
Mongols  forcèrent  les  défilés  qui  séparent  le  Chen  Si  du  Se 
Tch'ouan,  écrasèrent  les  Soung  à  Yang  P  ing,  au  nord-ouest 
de  Han  Tchoung,  tuèrent  leur  chef  Tsao  You-wun,  et, 
ayant  pénétré  dans  le  Se  Tch'ouan,  s'emparèrent  de  la  pro- 
vince, y  compiis  Tch'eng  Tou  dont  une  grande  partie  delà 
population  fut  massacrée,  dévastant  toute  la  partie  occi- 
dentale du  Se  Tch'ouan  d'où  Kou  Tan  rentra  au  Chen  Si,  au 
commencement  de  l'année  suivante  (1237).  Tagaï  revenait, 
s'emparait  et  saccageait  Tch'eng  Tou  pour  la  seconde  fois; 
il  voulut  ensuite  pénétrer  au  Hou  Kouang  par  Kouei 
Tcheou,  sur  la  rive  nord  du  Kiang,  mais  il  fut  chassé  par  le 
général  Meng  Koung. 

La  seconde  armée,  commandée  par  Kou  Tchou,  campée 
à  T'ang  Tcheou,  dans  le  Ho-Nan,  envahit  le  Hou  Kouang, 
en  1236.  Siang  Yang  fut  livré  au  prince  mongol  qui  s'em- 
para également  de  Tsao  Yang  et  de  Te  Ngan,  mais  mourut 
au  cours  de  la  campagne;  £on  second  Temoutaï  fut  battu 
par  le  général  Meng  Koung  devant  King  Tcheou;  le  général 
mongol  Tchagan  de  son  côté,  se  faisait  écraser  par  Kiou 
Yo  devant  Tcheh  Tcheou,  au  Kiang  Nan,  et  à  nouveau, 
en  1238,  devant  Liou  Tcheou  fou,  dans  la  même  province, 
dont  il  avait  entrepris  le  siège. 

Le  prince  Khou  bouca  avec  la  troisième  armée,  à  la  fin  de 
1237,  occupait  les  villes  de  Kouang  Tcheou,  Ki  Tcheou  et 
Soueï  Tcheou,  abandonnées  par  leurs  gouverneurs.  Il 
s'avançait  au  bord  du  Kiang   d'où  il    était    repoussé  par 

I.    d'Ohsson,  II,  p.  79. 


OGOTAÏ  245 

Meng  Koiing,  et  tentait  vainement  l'année. suivante  de 
prendre  Ngan  Foung. 

En  1239,  Meng  Koung  vainquait  trois  lois  les  Mongols, 
reprenait  Sin  Yang  kiun,  Kouang  Houa  kiun,  Siang  Yang, 
et  sur  la  rive  méridionale  du  Han,  FanTch'eng;  en  février 
1240,  le  général  mongol  Tchang  Jou  recommença  des  in- 
cursions, tandis  qu'Ogotaï  envoyait  pour  la  cinquième  lois 
aux  Soung  un  ambassadeur,  Wang  Tsie,  qui  mourut  au  cours 
de  sa  mission,  après  que  ses  propositions  de  paix  avaient 
été  déclinées  :  la  mort  d'Ogotaï  en  1241  allait  faire  trêve 
pendant  quelque  temps  à  la  lutte  entre  les   deux  empires. 

Ogotaï  qui  se  livrait  avec  excès  à  la  boisson,  tomba  gra- 
vement malade  en  mars  1241,  à  la  suite  d'une  partie  de 
chasse;  il  se  rétablit,  mais  au  mois  de  décembre  1241,  après 
une  nuit  d'orgie,  près  du  mont  Eutegou-Koulan  (Outié 
Kouhoulan),  il  fut  trouvé  mort,  peut-être  empoisonné,  le 
matin  dans  son  lit  (11  déc);  il  avait  cinquante-six  ans;  il 
en  avait  régné  treize  ;  il  fut  enseveli  dans  la  vallée  de  Kinien. 
La  nouvelle  de  sa  mort  arrêta  l'invasion  mongole  en  Europe. 

Ogotaï  était  doux  pour  un  Mongol,  prodigue  à  l'excès; 

«  Ogotai  avait  d'excellentes  qualités;  il  était  libéral, 
avait  de  la  grandeur  d'âme  et  beaucoup  de  courage;  il 
écoutait  volontiers  les  avis  qu'on  lui  donnait,  et  son  ministre 
profita  de  l'attachement  qu'il  lui  marquait  pour  lui  inspi- 
rer le  goût  des  lettres,  l'amour  du  bon  ordre  et  la  science 
-du  gouvernement.  Il  était  rempli  de  droiture  et  incapable 
de  tromper  personne;  toutes  ces  bonnes  qualités  étaient 
couronnées  par  un  grand  éloignement  pour  le  faste.  »  ^ 

Ogotaï  avait  plusieurs  femmes  dont  la  première  était 
TouRAKiNA,  de  la  tribu  Oulouse-Merkite  et  une  soixantaine 
de  concubines.  De  Tourakina  il  eut  Kouyouk,  Kou  Tan, 
Kou  Tchou,  Karadjar  et  Kachi;  de  ses  concubines,  il  eut 
deux  autres  fils,  Kadan  Ogoul  et  Melik.  A  la  mort  d'Ogotaï, 
on  songea  à  le  remplacer  par  le  dernier  fils  survivant  de 
Tchinguiz  Khan  qui  résidait  l'été  à  Al  Maliq,  l'hiver  à 
Merouzik  ila;  l'administrateur  auquel  il  avait  délégué  le 
soin   de  gouverner,    Mas'oud  bey    venait   de    réprimer  à 

I.    Mailla,  IX,  p.  235. 


246  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Bokhara,  les  troubles  causés  par  un  imposteur.  Djagataï, 
qui  survécut  peu  de  temps  à  son  frère  Ogotaï,  s'entendit 
cependant  avec  les  princes  mongols,  pour  faire  conférer 
la  régence  à  Touroukina. 

Toutefois,  avant  de  poursuivre  l'histoire  de  la  dynastie 
mongole,  racontons  la  campagne  d'Europe  qui  mit  la 
Chrétienté  à  deux  doigts  de  sa  perte. 

A  l'assemblée  des  tribus  (kouriltaï),  en  1235,  ^e  Grand 
Khan  décida  d'entreprendre  une  campagne  à  l'ouest  de  la 
Volga;  Batou  fut  nommé  commandant  en  chef  avec  d'au- 
tres princes-mongols  sous  ses  ordres,  mais  on  eut  soin  de  lui 
adjoindre,  le  rappelant  de  Chine,  le  vainqueur  de  Kalka, 
S0UBOUTAI  Bahadour.  Après  un  hiver  de  préparatifs, 
au  printemps  de  1236,  les  chefs  se  rendaient  à  la  frontière 
des  Bulgares.  La  capitale,  Bolghar,  située  à  quelque  dis- 
tance de  la  Volga,  au-dessous  de  Kazan,  déjà  prise  en  1223 
par.  Souboutaï,  dut  se  rendre  une  fois  encore  au  chef  mon- 
gol qui  la  saccagea  complètement. 

Après  avoir  obtenu  la  soumission  de  la  Bulgarie  (1236), 
au  printemps  de  1237,  l^s  Mongols  détruisaient  une  partie 
du  Kiptchak,  en  soumettaient  une  autre,  tandis  que  le 
reste  de  la  population  s'enfuyait  à  l'étranger,  y  portant  la 
terreur  du  nom  tartare. 

En  1238,  la  Cour  de  France  recevait  une  ambassade  en- 
voyée solennellement  par  les  princes  musulmans  dé  l'Asie 
Mineure  pour  implorer  l'appui  des  puissances  occidentales 
contre  «  une  certaine  race  d'hommes  monstrueux  et  cruels 
qui  était  descendue  des  montagnes  du  Nord  ;  elle  avait  en- 
vahi, dit  le  moine  anglais  Matthieu  Paris,  une  vaste  et 
riche  étendue  de  terres  en  Orient;  elle  avait  dépeuplé 
la  grande  Hongrie  et  avait  envoyé  partout  des  lettres  com- 
minatoires et  des  ambassades  terribles.  Leur  chef  se  disait 
l'envoyé  du  Très-Haut  pour  dompter  les  nations  rebelles. 
Ces  barbares  ont  de  grosses  têtes  tout  à  fait  disproportion- 
nées pour  leurs  corps  :  ils  se  nourrissent  de  chair  crue  et 
même  de  chair  humaine.  Ce  sont  d'incomparables  lanceurs 
de  flèches;  ils  traversent  les  fleuves,  quels  qu'ils  soient,  sur 
des  barques  de  cuir  qu'ils  portent  avec  eux  ;  ils  sont  robustes 


OGOTAÏ  247 

et  de  grande  taille,  impics  et  inexorables,  leur  langue  ne  se 
rapproche  d'aucune  de  celles  que  nous  connaissons.  Ils  sont 
fort  riches  en  bestiaux,  en  grands  troupeaux  et  en  montures  ; 
ils  ont  des  chevaux  très  rapides  qui  peuvent  en  un  seul  \out 
parcourir  l'espace  de  trois  journées  de  marche  ;  ils  sont  bien 
armes  par  devant  et  sans  armure  par  derrière  pour  que  la 
fuite  leur  soit  interdite.  Leur  chef,  qui  est  très  féroce, 
s'appelle  Caan.  Ils  habitent  les  contrées  du  septentrion  et 
viennent  soit  des  montagnes  Caspiennes,  soit  des  mon- 
tagnes voisines;  on  les  appelle  Tartares,  du  nom  du  fleuve 
Tar.  Trop  nombreux  pour  le  malheur  des  hommes,  ils 
semblent  sortir  de  terre  en  bouillonnant  :  déjà  ils  avaient 
fait  des  incursions  à  plusieurs  reprises,  mais  cette  année 
ils  se  répandirent  avec  plus  de  fureur  qu'à  l'ordinaire.  Aussi 
ceux  qui  habitent  la  Gothie  et  la  Frise,  redoutant  les  inva- 
sions de  ces  barbares,  ne  vinrent  point  en  Angleterre  selon 
leur  coutume,  à  l'époque  de  la  pêche  du  hareng,  denrée 
dont  ils  chargeaient  ordinairement  leurs  vaisseaux  à 
Yarmouth.  Il  s'ensuivit  que  cette  année-là,  le  hareng  se 
donna  pour  rien  en  Angleterre,  à  cause  de  son  abondance, 
en  sorte  que  dans  les  contrées  même  éloignées  de  la  mer, 
on  en  vendait  pour  une  seule  pièce  d'argent,  jusqu'à  40 
et  50  à  la  fois  et  des  plus  frais.  L'ambassadeur  sarrasin, 
homme  puissant  et  d'illustre  naissance,  s'était  donc  rendu 
auprès  du  roi  de  France,  avec  mission,  de  la  part  de  tous  les 
princes  orientaux,  d'annoncer  ce  qui  se  passait  et  de  de- 
mander secours  aux  Occidentaux,  afin  d'être  plus  en  état 
de  repousser  la  fureur  des  Tartares.  Cet  ambassadeur 
chargea  aussi  un  des  Sarrasins  qui  l'avaient  accompagné, 
d'aller  trouver  le  roi  d'Angleterre,  de  lui  raconter  ce  qui  se 
passait,  et  de  lui  dire  que  si  les  Sarrasins  ne  parvenaient 
point  à  arrêter  l'invasion  de  ces  barbares,  ceux-ci  n'au- 
raient plus  qu'à  dévaster  les  pays  d'Occident  ». 

Maîtres  de  tous  les  pays  au  nord  de  la  mer  Caspienne  et 
du  Caucase,  en  décembre  1237,  ^^^  Mongols  s'avancent 
sur  la  frontière  du  grand-duché  de  Vladimir.  Les  Russes 
n'avaient  profité  en  aucune  manière  de  la  terrible  leçon 
de  1223  et  n'avaient  fait  aucun  préparatif  de  défense;  ils 


248  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

ne  purent  donc  opposer  qu'une  résistance  illusoire  aux  enva- 
hisseurs, bientôt  sous  les  murs  de  Razan,  Colomna  et  Sousdal 
qui  sont  détruites;  ceux-ci  mettent  le  siège  devant  Vla- 
dimir qu'ils  prennent  d'assaut  le  8  février  1238.  Les  Bar- 
bares massacrent  les  membres  de  la  famille  du  Grand-Duc 
ainsi  que  l'évêque  réfugié  dans  la  cathédrale  incendiée.  La 
ville  elle-même  est  pillée  et  brûlée.  Rostov,  Yaroslav, 
Youriev,  Tver,  etc.,  sont  saccagées;  le  Grand-Duc  Georges 
est  vaincu  et  tué  sur  les  bords  de  la  Sitti,  affluent  de  la 
Mologa.  Novgorod  échappe  par  miracle  à  la  destruction  et 
les  Mongols,  gorgés  de  dépouilles,  redescendent  vers  le 
Caucase,  où  ils  achèvent  la  soumission  de  ses  peuples.  Ils 
remontent  de  nouveau  en  Russie,  marchent  sur  Kiev,  qui 
est  prise  et  en  grande  partie  détruite  (1240)  ;  ils  dévastent  la 
GaHcie  dont  le  prince  se  réfugie  en  Hongrie.  La  Pologne, 
déchirée  par  les  guerres  civiles,  était  une  proie  facile;  les 
Barbares  y  entrent  par  Lublin.  Le  trône  de  Cracovie  était 
occupé  par  Boleslas  IV,  souverain  nominal  dont  le  pouvoir 
ne  s'exerçait  guère  que  sur  sa  capitale  et  Sandomir. 

Ayant  ravagé  la  province  de  Lublin,  les  Mongols,  après 
une  nouvelle  incursion  en  Galicie,  reviennent  en  Pologne, 
et  s'avancent  à  quelques  kilomètres  de  Cracovie;  au  prin- 
temps de  1241,  ils  font  quelques  prisonniers  et  se  retirent, 
mais,  poursuivis  par  Vladimir,  palatin  de  Cracovie,  ils 
sont  surpris  pi  es  de  Polonietz;  les  Polonais  sont  mis  en 
fuite,  toutefois  les  prisonniers  sont  délivrés  et  les  Mongols 
continuent  à  se  retirer  en  Galicie.  Une  troisième  fois  les 
Mongols  rentrent  en  Pologne,  dévastant  tout  sur  leur  pas- 
sage; le  18  mars  1241,  ils  sont  attaqués  par  la  noblesse  de 
Sandomir  et  de  Cracovie,  près  de  Szydlow;  les  Polonais  sont 
vaincus  et  le  roi  Boleslas  se  réfugie  en  Moravie.  Cracovie 
abandonnée  est  brûlée  par  les  Mongols,  qui  entrent  en  Silé- 
sie  pai  Ratibor,  se  portent  sur  Breslau  incendié  par  ses 
habitants.  A  l'ouest  de  cette  ville,  près  de  Lifeguitz,  à  Wahl- 
statt,  ils  se  heurtent  aux  forces  réunies  par  Henri  le  Pieux, 
duc  de  Silésie  :  30,000  hommes,  Allemands,  Chevaliers 
Teutoniques,  Polonais,  Silésiens,  etc.,  les  Chrétiens  sont 
écrasés  et  les  Barbares  coupent  une  oreille  à  chaque  mort, 


OGOTAÏ  249 

dont  ils  remplissent  neuf  grands  sacs.  Le  duc  Henri  est 
tué  et  sa  tête  coupée  est  portée  au  bout  d'une  lance  devant 
la  citadelle  de  Liegnitz,  dont  la  ville  avait  été  brûlée  par 
ses  défenseurs  (9  avril  1241). 

Cependant  les  hordes  sauvages  hurlant  des  cris  de  mort 
et  poussant  des  blasphèmes  au  milieu  des  cris  d'angoisse 
et  de  douleur  des  agonisants  poursuivent  leur  œuvre  de 
carnage,  dans  leur  sinistre  chevauchée,  marquant  d'une 
trace  sanglante  leur  route  jalonnée  des  cadavres  pantelants 
de  vieillards,  de  femmes  et  d'enfants,  éclairée  par  la  lueur 
des  villes  et  des  villages  en  flammes;  le  galop  de  leurs 
chevaux  annonçait  l'écrasement  de  la  civilisation  et  son- 
nait le  glas  de  la  Chrétienté;  la  Moravie  est  mise  à  feu  et 
à  sang  jusqu'aux  frontières  de  Bohême  et  d'Autriche.  Le 
roi  de  Bohême,  Wen'CESlas,  confie  la  défense  d'Olmùtz  à 
Yaroslav  de  Sternberg,  commandant  12,000  hommes. 
Une  sortie  heureuse  oblige  les  Mongols  à  lever  le  siège  et  ils 
vont  rejoindre  leur  armée  principale,  commandéje  par 
Bàtou,  en  Hongrie. 

La  Hongrie  était  alors  gouvernée  par  Bêla  IV,  fils 
d'ANDRÉ;  les  possessions  de  ce  royaume  s'étendaient  jusqu'à 
l'Adriatique.  Batou,  avant  d'attaquer  le  souverain  magyar, 
lui  écrivit  une  lettre  demandant  sa  soumission;  n'ayant 
reçu  aucune  réponse,  le  chef  tartare  pénètre  en  Hongrie 
par  la  porte  de  Russie;  une  autre  force  mongole  venant 
de  Moravie  franchit  les  portes  de  Hongrie,  enfin  Souboutai 
lui-même  avance  de  la  Moldavie  avec  une  troisième  armée. 
Batou  marche  sur  Pest,  dont  il  fait  ravager  les  environs,  il 
rencontre  les  forces  de  Bêla  à  Mohi,  sur  les  bords  de  la  Sayo  ; 
les  Magyars  sont  mis  en  déroute  et  leur  souverain  s'enfuit. 
Pest  est  pris  d'assaut  et  brûlé,  tous  ses  habitants  sont  égor- 
gés; les  Mongols  passent  en  un  tourbillon  de  feu  et  de  fer  à 
Varadin,  à  Perg,  etc.;  dans  l'hiver  de  1241,  ils  attaquent 
Gran  (Strigonie)  dont  ils  brûlent  les  faubourgs,  mais  ne 
peuvent  prendre  la  citadelle. 

En  quittant  Strigonie,  ils  s'avancèrent  au  mois  d'août 
en  Autriche,  jusqu'à  Neustatt,  près  de  Vienne,  mais  ils 
n'osèrent  affronter  les  armées  réunies  par  le  roi  de  Bohême, 


250  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

le  duc  d'Autriche,  le  patriarche  d'Aquilée  et  autres  puis 
sants  seigneurs;  ils  se  dirigèrent  vers  l'Adriatique,  sacca- 
geant Cattaro  et  les  autres  villes  maritimes  de  la  Dalmatie, 
sauf  Raguse. 

L'Europe  occidentale  lut  saisie  d'effroi. 

«  Au  moment  donc  où  ce  formidable  fléau  de  la  fureur 
du  Seigneur  menaçait  les  peuples,  la  reine  Blanche,  mère 
du  roi  de  France,  dame  vénérable  et  chérie  de  Dieu,  s'écria, 
suivant  Matthieu  Paris,  en  recevant  ces  terribles  nouvelles  : 
«  Roi  Louis,  mon  fils,  où  êtes-vous?  »  Celui-ci  approchant 
lui  dit  :«  Qu'y  a-t-il,  ma  mère?  »  Alors,  celle-ci,  poussant  de 
profonds  soupirs  et  laissant  échapper  un  torrent  de  larmes, 
lui  dit  en  considérant  ce  péril,  toute  femme  qu'elle  était, 
avec  plus  de  fermeté  que  les  femmes  n'en  ont  d'ordinaire  : 
«  Que  faut-il  faire,  mon  très  cher  fils,  dans  un  événement  si 
lugubre,  dont  le  bruit  épouvantable  s'est  répandu  jusque 
chez  nous?  Nous  tous  aujourd'hui,  ainsi  que  la  très  sainte 
et  sacrée  Église,  sommes  menacés  d'une  destruction  géné- 
rale, par  l'invasion  de  ces  Tartares  qui  viennent  vers  nous.  « 
A  ces  mots,  le  roi  répondit  d'une  voix  triste,  mais  non  sans 
une  inspiration  divine  :  «  Que  les  consolations  célestes  nous 
soutiennent,  ô  ma  mère  !  Car  si  cette  nation  vient  sur  nous, 
ou  nous  ferons  rentrer  ces  Tartares,  comme  on  les  appelle, 
dans  leurs  demeures  tartaréennes  d'où  ils  sont  sortis,  ou 
bien  ils  nous  feront  tous  monter  au  Ciel.  «  Comme  s'il  eût 
dit  :  ((  Ou  nous  les  repousserons,  ou,  s'il  nous  arrive  d'être 
vaincus,  nous  nous  en  irons  vers  Dieu,  nous  comme  des 
confesseurs  du  Christ,  ou  comme  des  martyrs.  »  Et  cette 
parole  remarquable  et  louable  ranima  et  encouragea  non 
seulement  la  noblesse  de  France,  mais  encore  les  habitants 
des  provinces  adjacentes.  « 

On  avait  le  souvenir  en  France  de  ces  grandes  invasions 
qui  avaient  foulé  le  sol  de  la  Gaule;  on  rappelait  dans  un 
lointain  passé  ces  Teutons  et  ces  Cimbres  écrasés  par  Ma- 
rius  à  Aix  et  à  Verceil;  on  se  rappelait  surtout  cette  grande 
ruée  de  Barbares  au  v^  siècle  :  Vandales,  Goths,  Suèves, 
Hérules,  dont  quelques  tribus  arrêtées  sur  notre  sol,  dans 
leur  marche  vers  le  sud,  tels  les  Burgond'es  et  les  Francs,  ont 


OGOTAÏ  251 

contribué  à  former  notre  nationalité;  on  avait  surtout  pré- 
sents à  l'esprit  les  lluns,  venus  du  nord  de  la  Chine,  qui 
par  une  marche  séculaire  avaient  par  étapes  gagné  l'Eu- 
rope, et  étaient  venus  se  faire  anéantir  dans  les  plaines 
champenoises  par  les  Romains,  les  Visigoths,  les  Burgondes 
et  les  Francs,  unis  dans  une  alliance  commune  pour  sauver 
la  civilisation  contre  le  flot  sauvage.  On  avait  aussi  gardé 
la  mémoire  plus  récente  de  cette  autre  invasion,  celle-ci 
arabe,  venue  du  sud,  qui,  après  avoir  dévasté  les  bords  de 
la  Méditerranée,  s'était  avancée  au  cœur  de  la  France,  suc- 
combant enfin  contre  le  formidable  effort  du  grand  Charles 
Martel.  Dans  la  longue  suite  des  siècles,  les  peuples  redi- 
ront les  noms  exécrés  de  ces  illustres  bandits  dont  ils  mau- 
dissent la  mémoire  :  Attila,  Tamerlan,  Tchinguiz  Khan, 
d'autres  encore,  dont  le  nom  est  sur  toutes  les  lèvres.  Mais 
Paris  était  plein  de  confiance.  Assurément,  on  ordonna  des 
prières    publiques,  on  invoqua  la  protection  divine,  et  le 
peuple  avait  mis  sa  foi  dans  son  roi,  car  si  Louis  IX  était 
un  grand  Saint,  il  était  aussi  un  brave  guerrier;  il  l'avait 
montré  à  Taillebourg  et  devait  le  prouver  encore  sur  la 
terre  brûlante  d'Afrique  qui  reçut  son  dernier  soupir.  Il 
était  d'ailleurs  le  petit-lils  de  Philippe- Auguste,  de  ce  roi 
illustre  qui  a  donné  à  notre  pays  la  notion  de  la  patrie  dans 
cette  triomphante  journée  de  Bouvines,  inscrite  le  27  juil- 
let 1214  dans  les  fastes  de  l'histoire  glorieuse  de  la  France. 
Toutefois  c'était  l'Allemagne  qui  avait  le  plus  à  redouter 
l'invasion.  L'empereur  Frédéric  II  était  en  lutte  avec  le 
pape  Grégoire  IX  et  ils  s'accusaient  mutuellement  d'avoir 
attiré  le   fléau  sur  la  Chrétienté.  Frédéric  II  demanda  des 
secours  aux  autres  princes  et  écrivit  au  roi  d'Angleterre 
une  longue  lettre  qui  nous  fait  un  terrible  portrait  des 
Tartares  et  nous  montre  la  transformation  qu'ils  ont  déjà 
subie  au  contact  de  la  civilisation  : 

«  Ce  sont  des  hommes  d'une  petite  et  courte  stature 
quant  à  la  longueur  du  corps,  mais  robustes,  larges,  bien 
membres,  nerveux,  vaillants  et  intrépides,  toujours  prêts 
à  se  précipiter  dans  tous  les  dangers  sur  un  signe  de  leur 
chef.  Ils  ont  la  face  large,  les  yeux  de  travers,  et  poussent 


252  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

des  cris  horribles,  qui  expriment  bien  la  férocité  de  leurs 
cœurs  ;  ils  sont  vêtus  de  peaux  non  tannées,  et  sont  défendus 
par  des  cuirs  de  bœufs,  d'ânes,  ou  de  chevaux,  cousus  à  des 
lames  de  fer  :  ce  sont  les  armures  dont  il  se  sont  servis 
jusqu'à  présent.  Mais,  ce  que  nous  ne  pouvons  dire  sans 
soupirer,  ils  se  sont  déjà  revêtus  d'armures  plus  convenables 
et  plus  élégantes  avec  les  dépouilles  des  Chrétiens,  afin  que 
nous  soyons  plus  honteusement  et  plus  douloureusement 
massacrés  avec  nos  propres  armes  :  c'est  la  colère  de  Dieu 
qui  le  veut.  De  plus,  ils  sont  montés  sur  de  meilleurs  che- 
vaux, ils  se  nourrissent  d'aliments  moins  gtossiers,  ils  sont 
couverts  d'habillements  moins  sauvages.  » 

Mais  l'empereur  ne  se  contenta  pas  d'écrire  des  lettres  : 
il  se  prépara  à  repousser  l'agresseur,  qui  renonça  à  envahir 
l'Allemagne;  la  France  était  sauvée.  Il  nous  reste  de  cette 
époque  un  intéressant  souvenir  :  c'est  une  requête  de  l'Uni- 
versité de  Paris  au  Souverain  Pontife  pour  qu'il  y  fût  créé 
un  enseignement  du  grec,  de  l'arabe  et  du  tartare. 

Le  Pape  Innocent  IV,  de  son  côté,  ouvrit  à  Lyon  un 
concile  en  1245,  qui  avait,  entre  autres  objets,  celui  de 
protéger  la  Chrétienté  :  ce  fut  le  point  de  départ  des  mis- 
sions célèbres  confiées  par  le  Pape  à  Jean  du  Plan  de-Carpin 
et  autres  moines,  ou  envoyées  par  Saint  Louis,  au  Grand 
Khan,  ou  aux  autres  princes  mongols,  pour  obtenir  leurs 
bonnes  grâces,  dont  nous  parlerons  plus  tard. 

Les  Tartares  ne  revinrent  qu'en  1259  envahir  la  Pologne 
et  incendier  une  fois  encore  Cracovie.  Nouvelle  alerte  en 
1265;  puis  ils  ne  repassèrent  qu'en  1285  en  Hongrie  et 
dévastèrent  Pest. 


CHAPITRE  X\' 

Les  Mongols  :  Tourakina.  —  Kouyouk. 

OGOTAï  qui  avait  d'abord  désigne  comme  son    succès-   Tourakina. 
seur  son  troisième  fils  Koutchou    (Goutchou),  après 
la  mort  de  celui-ci  dans  le  Hou  Kouang    en  1236, 
choisit  pour  héritier  son  fils  aîné  Chiramox  (Chelie-men); 
malgré  l'opposition  de  Ye-liu  Tch'ou  ts'ai,  qui  voulait  que 
les  volontés  du  Grand  Khan  fussent  respectées,  l'impératrice 
Tourakina  (Toliekona)   qui  désirait  assurer  le  trône  à 
son  fils  Kouyouk,  réussit,  en  profitant  de  l'absence  des  prin- 
cipaux chefs,   à  se   faire  proclamer  régente  à  Ho  Lin  par 
Djagataï  et  les  autres  princes  mongols,  comme  nous  l'avons 
dit.  Cette  princesse  ambitieuse  et  énergique  avait  été  la 
femme  d'un  chef  de  la  tribu  Oulouse-Merkite,  Taïr  Ous- 
SOUN  ;  faite  prisonnière  avec  son  mari,  elle  avait  été  donnée 
par  Tchinguiz  à  son  fils  Ogotaï.  Comme  il  fallait  beaucoup 
de  temps  —  en  fait  il  fallut  plusieurs  années  —  pour  réunir 
les  électeurs  du  Grand  Khan,  Tourakina  put  donc  exercer 
le  pouvoir  le  temps  nécessaire  pour  préparer  l'accession  de 
son  fils  au  pouvoir  suprême.  Elle  commença  par  destituer 
le  chancelier,   un   kéraïte    chrétien,    nommé  Tchin   Kaï. 
Ye-liu  Tch'ou-ts'ai  fut  disgracié  pour  s'être  opposé  aux  me- 
sures financières  d'un  nouveau  conseiller  de  l'impératrice, 
le  musulman  Ngaotoula  homan,  qui  menaçait  de  pressurer 
le  peuple,  sans  doute  en  réalité  à  cause  de  l'opposition  qu'il 
faisait  à  l'élévation  de  Kouyouk;  il  fut  remplacé  dans  la 
charge  de  Vice-Chancelier  par  son  fils  Ye-liu  Tchou.  Le 
grand  ministre,  qui  n'avait  que  cinquante-cinq  ans,  mourut 
à  Kara  Koroum  à  la  3^  lune  de  1243  ^ 

«  Yeliu  Tch'ou  ts'ai  se  distingua  par  un  rare  désintéresse- 
ment. D'un  génie  très  étendu,  il  pouvait  sans  blesser  la 

2.  Gaubil,  p.  102;  Mailla,  IX,  p.  240;  d'Ohssox,  dit  en  juin  1244. 


254  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

justice,  et  sans  faire  tort  à  personne,  amasser  des  trésors 
immenses  et  enrichir  sa  famille  ;  mais  tous  ses  soins  et  tous 
ses  travaux  n'avaient  pour  but  que  l'avantage  et  la  gloire 
de  ses  maîtres.  Sage  et  mesuré  dans  ses  démarches,  il  en 
faisait  peu  dont  il  eut  heu  de  se  repentir.  Ferme  et  constant 
dans  ses  entreprises,  jamais  ni  la  flatterie,  ni  le  désir  de 
plaire  n'eurent  de  pouvoir  sur  son  esprit,  et  aussi  ardent 
qu'éclairé,  il  n'eut  d'autre  but  que  le  bonheur  des  peuples, 
et  il  ne  se  désistait  point  qu'il  n'eut  obtenu  ce  qu'il  solHcitait 
en  leur  faveur.  Fidèle  aux  intérêts  des  princes  qu'il  servait, 
il  eut  l'avantage  de  leur  dicter  des  loix  qui  les  tirèrent  de  la 
barbarie  où  ils  étaient  plongés.  On  peut  encore  dire  que 
peu  d'hommes  ont  rendu  autant  de  services  aux  Chinois 
et  sauvé  la  vie  à  tant  de  monde  que  lui,  et  même  aux 
Mongous,  en  leur  inspirant  des  sentiments  d'humanité  en- 
tièrement opposés  à  la  férocité  naturelle  qu'ils  avaient  ap- 
portée des  déserts  de  la  Tartarie  »  ^. 

En  1244,  eut  lieu  une  invasion  mongole  du  Bengale  par 
le  Catha}^  et  le  Tibet,  sous  le  règne  de  Ala  ed-Din  Mu- 
SAUD,  roi  de  Delhi;  elle  fut  repoussée.  Cette  expédition 
Suivit  probablement  la  même  route  que  celle  qui  avait  été 
prise  en  1205-6  par  Mohammed  Bakhtiyar  Khildji,  gou- 
verneur du  Bengale  qui  pénétra  dans  le  Kamrup  (Assam), 
mais  fut  obligé  de  battre  en  retraite  2. 

Un  oncle  d'Ogotaï,  Temougou  Utchinguen  songea  un 
instant  à  s'emparer  du  trône,  mais  il  renonça  bientôt  à  son 
projet. 

L'assemblée  générale  des  chefs  mongols  ne  put  avoir 
heu  près  du  lac  Gueuca  à  Dalan  daba,  qu'au  printemps  de 
1246,  à  cause  du  retard  intentionnel  de  Batou,  hostile  à 
la  régente  et  à  son  fils.  Chiramon,  cédant  à  la  pression  de 
la  Régente,  abandonna  ses  droits  en  faveur  de  Kouyouk  qui, 
après  un  semblant  de  résistance  fut  élu  Grand  Khan  en 
août  1246. 

Nous  avons  des  renseignements  sur  l'élection  de  Kouyouk, 
qu'il  appelle  Cuyné,  parle  cordelier  Jean  du  Plan  de  Carpin, 

1.  Ma!ll.\,  IX,  p.  241. 

2.  Cathay  and  the  Way  thitker,   I  pp.  78-79;  IV,  p.  152. 


TOURAKINA-KOUYOUK  255 

envoyé  du  Pape  Innocent  IV,  dont  nous  parlerons  plus  en 
détail  dans  la  suite  du  récit  et  qui  assista  à  l'élection  du 
Grand  Khan;  cinq  ou  six  jours  après  être  arrivés  à  la  Cour, 
Carpin  et  ses  compagnons,  auxquels  avait  été  donnée  une 
tente,  furent  conduits;'»  Tourakina,  à  l'endroit  où  se  tenait 
l'assemblée  générale  : 

((  Nous  trouvâmes  là  une  tente  de  pourpre  blanc  si  grande, 
qu'à  notre  avis,  elle  était  capable  de  tenir  pltis  de  deux 
mille  personnes.  Et  autour  on  avait  fait  élever  un  échafaud 
ou  une  palissade  de  bois,  remplie  de  diverses  figures  et  pein- 
tures. Etant  donc  là  avec  les  Tartares,  qui  nous  condui- 
saient, nous  vîmes  une  grande  assemblée  de  Ducs  et  Princes, 
qui  y  étaient  venus  de  tous  cotez,  avec  leurs  gens,  et  chacun 
était  à  cheval  aux  environs  par  les  campagnes  et  collines. 
Le  premier  jour  ils  se  vêtirent  tous  de  pourpre  blanc,  au 
second  de  rouge,  et  ce  fut  alors  que  Cujné  vint  en  cette 
tente;  le  troisième  jour,  ils  s'habillèrent  de  pourpre  violet, 
et  le  quatrième  de  très  fine  écarlate  ou  cramoisi.  En  cette 
palissade  proche  de  la  tente  il  y  avait  deux  grandes  portes, 
par  l'une  desquelles  devait  entrer  l'Empereur  seulement, 
il  n'y  avait  point  de  gardes,  encore  qu'elle  demeurât  totite 
ouverte,  d'autant  que  personne  entrant  ou  sortant  n'osait 
passer  par  là;  mais  on  entrait  par  l'autre,  où  il  y  avait  des 
gardes  portant  épées,  arcs  et  flèches.  De  sorte  que  si  quel- 
qu'un s'approchait  de  la  tente  au  delà  des  bornes  qui  avaient 
été  posées,  si  on  le  pouvait  attraper,  il  était  battu,  sinon 
on  le  tirait  à  coups  de  flèches.  Il  y  avait  là  plusieurs  Sei- 
gneurs, qui  aux  harnais  de  leurs  chevaux  portaient  à  notre 
jugement  plus  de  vingt  marcs  d'argent.  Ainsi  les  Chefs  et 
Ducs  étaient  au-dessous  de  la  tente,  où  ils  parlaient  ensem- 
ble, et  traitaient  de  l'élection  de  l'empereur.  Tout  le  reste 
du  peuple  était  au  dehors  de  la  palissade,  attendant  ce  qui 
serait  résolu  »  1. 

Carpin  note  la  grande  quantité  de  lait  de  jument  (koti- 
mis,  qu'il  appelle  Cosmos)  ;  il  remarque  la  présence  de 
Yaroslav,  duc  de  Sousdal  en  Russie,  deux  fîls  du  roi  de 
Géorgie,  un  envoyé  du  Khalife  de  Baghdad,  etc.  La  Cour 

I.  Bergero.x,  col.  10-12. 


256  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

était  appelée  Sira  Ordou.  Les  voyageurs  nous  content  que  : 

«  Au  partir  de  là,  nous  allâmes  tous  à  cheval  à  3  ou 
4  lieues  de  là,  en  un  autre  lieu  où,  en  une  belle  plaine  le  long 
d'un  ruisseau  courant  entre  des  montagnes,  il  y  avait  une 
autre  tente  préparée,  qu'ils  appelaient  la  Horde  dorée.  Car 
c'est  là  que  Cuyné  devait  être  établi  sur  son  trône,  au  jour 
de  l'Assomption  ;  mais  à  cause  de  la  grande  gresle  et  neige, 
qui  tomba  ce  jour- là,  la  cérémonie  fut  différée.  Cette  tente 
était  fort  riche,  et  appuiée  sur  des  colonnes  couvertes  de 
lames  d'or,  attachées  avec  des  doux  d'or.  Le  haut  était 
couvert  et  tapissé  d'écarlate  par  dedans  ;  mais  par  le  dehors 
d'autres  étoffes  »  1. 

Enfin  le  couronnement  eut  lieu  : 

«Ce  fut  dont  l'an  1246,  que  de  Cuyné,  dit  Gogcham, 
c'est-à-dire  Roi  ou  Empereur,  se  fit  ainsi.  Tous  les  Seigneurs 
et  Barons  assemblez  en  ce  lieu-là,  mirent  un  siège  doré  au 
milieu  d'eux,  sur  lequel  ils  le  firent  seoir,  disant  :  «  Nous 
voulons  ,  vous  prions,  et  commandons  que  vous  aiez  puis- 
sance et  domination  sur  nous  tous  »  ;  et  lui  leur  répondit  : 
((  Si  vous  voulez  que  je  sois  votre  Roi,  n'êtes- vous  pas  ré- 
solu et  disposez  un  chacun  de  vous  à  faire  tout  ce  que 
je  vous  commanderai,  de  venir  quand  je  vous  appellerai, 
et  manderai,  d'aller  où  je  vous  voudrai  envoier,  et  de  mettre 
à  mort  tous  ceux  que  je  vous  dirai?  »  Ils  répondireiit  tous 
qu'  oui.  «  Donc,  leur  dit-il,  d'orénavant  ma  simple  parole 
me  servira  de  glaive  »  :  à  quoi  ils  consentirent  tous. 

»  Cela  fait,  ils  posèrent  un  feutre  en  terre,  sur  lequel  ils  le 
firent  asseoir,  lui  disant  :  «  Regarde  en  haut,  et  reconnais 
Dieu,  et  considère  en  bas  le  siège  de  feutre  où  tu  es  assis; 
si  tu  gouvernes  bien  ton  Etat,  si  tues  libéral  et  bienfaisant, 
si  tu  fais  régner  la  Justice,  si  tu  honores  tes  Princes  et  Ba- 
rons, chacun  selon  sa  dignité  et  son  rang,  tu  dominera  en 
toute  magnificence  et  splendeur,  toute  la  terre  sera  soumise 
à  ta  Puissance,  et  Dieu  te  donnera  tout  ce  que  ton  cœur 
désirera;  mais  si  tu  fais  le  contraire  de  tout  cela,  tu  sera 
misérable,  vil  et  contemptible,  et  si  pauvre,  que  tu  n'aura 
pas  même  en  ta  puissance  le  feutre  sur  lequel  tu  es  assis.  » 

I.  Bergeron,  col.  13-14. 


TOURAKINA-KOUYOUK  257 

Après  cela,  ces  Barons  firent  asseoir  la  femme  de  Gog  sur 
le  même  feutre  auprès  de  lui,  puis  les  élevèrent  tous  deux 
en  l'air,  et  les  proclamèrent  hautement,  et  à  grands  cris, 
Empereur  et  Impératrice  de  tous  les  Tartares.  En  suitte 
de  cela,  ils  firent  aporter  devant  l'Empereur  nouveau  un 
nombre  infini  d'or  et  d'argent,  de  pierreries,  et  autres 
richesses  que  Chagadacan  avait  laissées  après  sa  mort, 
et  lui  donnèrent  plein  pouvoir  et  seigneurie  sur  tout  cela. 
Mais  lui  aussitôt  en  fit,  comme  il  lui  plût,  divers  prcsens  à 
tous  les  Princes  et  Seigneurs  qui  étaient  là,  et  le  reste  il  le  fit 
garder  pour  soi.  Puis  ils  se  mirent  à  boire,  selon  leur  coutume, 
et  continuèrent  ainsi  jusqu'au  soir.  Après  on  aporta  force 
viande  cuite  sans  sel  en  des  chariots,  et  tout  cela  fut  distri- 
bué par  les  officiers  à  un  chacun  son  morceau.  Au-dessous 
de  la  tente  du  Cham  on  fit  donner  de  la  chair  et  du  potage 
avec  du  sel;  et  cela  dura  tout  le  tems  de  la  fête  1.  » 

Tourakina  mourut  deux  mois  après  l'élection  de  son  fils 
sur  lequel  elle  exerça  une  grande  influence  jusqu'à  la  fin; 
on  l'accuse,  non  sans  raison,  d'avoir  fait  empoisonner 
Yaroslav  de  Sousdal  pour  faciliter  la  conquête  de  ses 
possessions. 

KouYOUK  avait  des  qualités  personnelles  qui  auraient  Kouyouk. 
pu  en  faire  un  véritable  chef  de  gouvernement,  mais  un 
médiocre  état  de  santé,  qui  s'aggrava  par  l'abus  des  boissons 
fortes  et  des  femmes,  le  conduisit  fatalement  à  la  tubercu- 
lose; il  ne  put  d'ailleurs  commencer  à  donner  sa  mesure 
qu'après  la  mort  de  sa  mère  Tourakina,  qui  le  domina 
jusqu'à  la  fin.  Il  eut  la  sagesse  d'annuler  tous  les  privilèges 
accordés  trop  facilement  à  leurs  créatures  par  les  princes 
au  cours  de  la  longue  régence  qui  suivit  la  mort  d'Ogotaï; 
seuls  la  princesse  Siourkoucteni  et  ses  fils  étaient  à  l'abri 
de  tout  reproche  et  le  Khan  les  en  félicita  ;  il  eut  aussi  le  soin 
de  confirmer  les  ordonnances  de  ses  deux  prédécesseurs, 
Tchinguiz  Khan  et  Ogotaï  ^,  et  il  reprit  leur  œuvre  de  con- 
quêtes. Il  continua  la  guerre  contre  les  Soung  et  il  eut  la 
chance  que  leur  meilleur  général,  Meng  Koung,  originaire 

1.  Bergeron,  col.  15-1Ô. 

2.  d'Ohsson. 


258  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

de  Tsouo  Yang,  dans  le  district  de  Siang  Yang,  Hou 
Kouang,  mourut  à  la  9^  lune.  A  la  tête  de  l'armée  qui  devait 
opérer  dans  la  Chine  Méridionale,  il  plaça  les  généraux 
Souboutaï  et  Tchagan. 

L'avènement  de  Kouyouk  marqua  aussi  la  reprise  des 
hostilités  contre  la  Corée  qui  ne  s'attendait  pas  à  une  nou- 
velle agression;  devant  l'invasion  du  nord  par  une 
poignée  de  Mongols,  la  population  s'enfuit  dans  l'île  Wi-do, 
sur  la  côte  de  P'3'eng-an,  s'y  livra  à  l'agriculture  et  con- 
struisit une  grande  digue  dans  la  mer  qui  lui  permit  de 
recouvrer  une  grande  surface  de  terre  cultivable,  mais  elle 
souffrit  beaucoup  du  manque  d'eau.  ^ 

D'autre  part,  au  mois  d'août  1247,  une  armée  fut  envoyée 
en  Perse  sous  le  commandement  d'iLxcHiGATAï,  qui  fut  mis 
à  la  tête  des  régions  de  Mosoul,  Diarbekir,  Alep  et  des 
royaumes  de  Géorgie  et  de  Roum;  cette  armée  devait 
servir  d'avant-garde.  Arghoun  conservait  le  gouvernement 
de  la  Perse  et  Mas'oud  celui  du  Turkestan  et  de  la  Transo- 
xiane.  En  outre  Tchin  Kaï  était  nommé  à  nouveau  au  poste 
de  Grand  Chancelier. 

Nous  devons  signaler  particulièrement  que  c'est  sous 
Kouyouk  que  commencent  ces  ambassades  de  princes  chré- 
tiens et  de  la  Papauté,  telles  que  celles  du  Connétable  d'Ar- 
ménie, Sempad,  et  des  envoyés  d'Innocent  IV,  Plan  Carpin 
et  autres  moines,  ambassades  auxquelles  nous  consacrons 
un  chapitre  spécial. 

Mais  tous  les  projets  allaient  à  nouveau  être  suspendus 
par  la  mort  rapide  du  Grand  Khan  :  Au  printemps  de  1248, 
Kouyouk  était  retourné  à  sa  résidence  sur  les  bords  de 
rimil,  qui  se  déverse  dans  l'Ala  Koul,  dans  le  pays  de 
Houng  siang  yeul,  d'autres  disent  Hoeïmisiéyangkieul  ^  et 
Honsiangir  ^,  à  sept  journées  de  Bich  Baliq,  quand  il  mourut 
à  la  36  lune  (avril),  âgé  de  43  ans,  usé  par  la  boisson  et 
l'incontinence,  accablé  de  rhumatismes.  Sa  veuve,  Oghoul 
Gamich  (Ouaouli  haimiche),  fille  dubey  Koutouka,  chef 

1.  Hist.  of  Korea,  Korea  Review,  déc.  1901,  p.  568. 

2.  Gaubil,  p.  106. 

3.  Mailla,  IX,  p.  246. 


TOURAKINA-KOUYOUK  259 

des  Oïrats,  exerça  la  régence,  Kouyouk,  nous  dit  Plan 
Carpin  ^,  «  était  d'une  stature  moyenne  ;  fort  sage,  avisé, 
sérieux  et  plein  de  gravité  en  son  air  et  ses  manières.  Per- 
sonne ne  le  voyait  guère  rire,  ou  faire  autre  action  de  gaieté, 
ainsi  que  nous  disaient  les  Chrétiens,  qui  demeuraient  d'or- 
dinaire en  sa  Cour.  Les  Chrétiens  de  sa  suite  et  ses  domesti- 
ques nous  assuraient  qu'il  avait  volonté  de  se  faire  Chrétien». 

1.  Bergeron,  col.  i8. 


CHAPITRE  XVI 

Les  Mongols  :  Mangkou. 

;kou.  A  u  moment  de  la  mort  de  Kouyouk,  le  fils  aîné  de 
Z\  Djoutchi,  Batou,  était  en  route  pour  rendre  hom- 
mage au  Grand  Khan,  pour  lequel  il  n'avait  aucune 
sympathie.  Lorsque  Batou  apprit  la  mort  de  Kouyouk, 
il  était  parvenu  aux  monts  Alaktak,  à  sept  lieues  de  Kaya- 
lik;  malgré  l'opposition  des  princes  et  des  chefs  mongols, 
en  particulier  d'Iltchigataï,  qui  auraient  désiré  que  l'assem- 
blée fut  tenue  dans  la  Mongolie  proprement  dite,  Batou 
décida  de  convoquer  les  chefs  sur  place;  les  opposants  se 
firent  néanmoins  représenter  avec  pleins  pouvoirs  par  le 
gouverneur  de  Kara  Koroum,  Temour  noyan.  Ils  furent  bat- 
tus :  grâce  à  la  pression  de  Batou,  hostile  aux  descendants 
d'Ogotaï  et  à  l'influence  de  la  princesse  Siourkoucteni, 
veuve  de  Tou  Loui,  Mangkou,  fils  aîné  de  cette  dernière, 
fut  élu  Grand  Khan,  sur  la  proposition  du  général  Man- 
GOUSAR,  après  un  grand  éloge  du  général  OuRlANG  katai. 

Hethoum  (Hist.  Orient.,  38,  30)  raconte  que  Mangkou, 
toute  sa  famille  et  un  certain  nombre  de  grands  personnages 
avaient  été  baptisés  par  un  évêque  arménien  de  la  suite  du 
roi  Hethoum  lors  de  sa  visite  à  la  Cour  mongole  en  1253  ; 
rien  ne  vient  à  l'appui  de  cette  assertion. 

Les  prétendants  étaient  Chiramon  (Che  lie  men),  fils 
aîné  de  Koutchou,  troisième  fils  d'Ogotaï,  le  candidat  de 
la  régente  Oghoul  Gamich,  déjà  écarté  par  Kou3'ouk,  et  le 
fils  de  ce  dernier,  le  prince  KhodjaOgoul;  les  piirces  de  la 
famille  d'Ogotaï,  jeunes,  sans  expérience  et  sans  influence, 
étaient  hors  d'état  d'entrer  er  lutte  avec  ceux  de  la  descen- 
dance de  Tou  Loui,  et  en  particulier  avec  les  quatre  fils  de 
Siourkoucteni:  Mangkou,  K'oublaï,  Houlagou  et  Arik  Bou- 
cha (Alipouca),  qui  tous  s'étaient  distingués  dans  la  guerre, 


MANGKOU  261 

tandis  que  leur  mère,  prudente  et  habile,  se  faisait  aimer 
et  respecter  de  tous  les  chefs,  y  compris  Batou,  par  son 
excellente  administration.  Siourkoucteni,  qui  était  chré- 
tienne, avait  un  grand  esprit  de  tolérance  et  témoigna  de 
la  plus  vive  bienveillance  pour  les  Musulmans  pour  lesquels 
elle  fit  bâtir  un  collège  à  Bokhara  ;  elle  survéi:ut  peu  à  l'élé- 
vation de  son  fils,  car  elle  mourut  en  février  1252;  elle 
habitait  avec  son  quatrième  fils,  Arik  Bougha,  un  district 
situé  près  des  monts  Altaï  et  elle  fut  inhumée  auprès  de 
son  époux  et  de  Tchinguiz  Khan  1.  Mangkou  lui  avait 
conféré  le  titre  d'impératrice  tandis  qu'il  proclamait  son 
père  Tûu  Loui,  empereur  (Houang  Ti),  avec  l'appellation 
de  JouEi  TsouxG. 

Le  trône  fut  tout  d'abord  offert  à  Batou  qui  refusa  et 
désigna  Mangkou  qui  accepta  après  une  faible  résistance  aisé- 
ment surmontée  par  son  frère  Mogaï  Oghoul.  On  décida  en 
outre  que  l'élection  solennelle  du  Grand  Khan  aurait  lieu 
au  berceau  du  fondateur  de  la  dynastie,  aux  sources  de 
l'Onon  et  du  Kéroulen  où  se  réuniraient  tous  les  chefs,  et 
qu'entre-temps,  la  régence  serait  exercée  par  Oghoul  Gamich 
de  concert  avec  ses  fils  Khodja  Oghoul  et  Nagou  qui  pro- 
testèrent contre  la  nomination  de  Mang  kou.  Aussi  pour 
prévenir  tout  acte  d'hostilité  de  leur  part  ou  de  celle  de 
leurs  partisans,  Batcu  prit  la  précaution  de  faire  conduire 
au  Kéroulen  par  ses  frères  Barcai  et  Toka  Timour  avec  leurs 
troupes  le  nouveau  Grand  Khan,  qui  fut  installé  définitive- 
ment le  i^-r  juillet  1 251,  en  l'absence  des  princes  des  familles 
d'Ogotaï  et  de  Djagataï,  qui  refusèrent  de  se  rendre  au 
konriltaï;  Mang  kou  avait  alors  quarante-trois  ans.  Un 
complot  contre  lui  et  ses  partisans  organisé  pai  Chiramon, 
Nagou  et  Koutoukou  fut  déjoué  par  Mangousar  :  soixante-dix 
officiers  furent  exécutés  et  parmi  eux  deux  fils  d'Iltchigataï, 
qui  commandait  en  Perse;  ce  dernier  arrêté  dans  le  Kho- 
rasân  fut  mis  à  mort  par  ordre  de  Batou. 

Guillaume  de  Rubrouck  raconte  comment  fut  découverte 
la  conspiration  : 

«  Or  Ken  (Kouyouk)  avait  un  frère  nommé  Sirémon,  qui 

I.  d'Ohsson,  /.  c,  p.  267. 


202  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

par  le  conseil  de  sa  Femme  et  de  ses  Vassaux,  s'en  alla  avec 
grand  train  vers  Mangu,  comme  pour  lui  rendre  hommage, 
mais  en  dessein  toutefois  de  le  mettre  à  mort  et  d'exter- 
miner et  détruire  toute  sa  Cour. 

«  Comme  il  approchait  delà  Cour  de  Mangu,  et  qu'il  n'en 
était  plus  qu'à  une  ou  deux  journées,  il  avint  qu'un  de  ses 
Chariots  se  rompit  par  le  chemin,  et  pendant  que  le  Charron 
s'amusait  à  le  refaire,  un  des  serviteurs  de  Mangu  arriva, 
qui  lui  aidant  à  raccommoder  son  chariot  s'informa  adroi- 
tement de  lui  du  sujet  du  voyage  de  son  Maître,  et  sut  entre- 
tenir cet  Homme  si  finement  que  l'autre  lui  lévéla  tout 
ce  que  son  maître  Sirémon  avait  proposé  de  faire  à  Mangu  ; 
sur  quoi  ce  serviteur,  sans  faire  semblant  de  rien,  prit  un 
bon  Cheval,  et  se  détournant  du  chemin,  s'en  alla  en  dili- 
gence droit  à  Mangu,  auquel  il  fît  raport  de  tout  ce  qu'il 
avait  entendu.  Mangu  aussitôt  fit  assembler  les  siens,  puis 
environner  la  Cour  de  gens  de  guene,  afin  que  personne 
n'y  peut  entrer  ou  en  sortir  sans  son  su  et  sa  permission  : 
il  en  envoia  d'autres  au  devant  de  Sirémon,  qui  s'en  saisi- 
rent, lors  qu'il  ne  pensait  pas  que  son  dessein  eût  été  dé- 
couvert, et  il  fut  amené  devant  Mangu  avec  tous  les^siens; 
et  aussitôt  que  Mangu  lui  eût  parlé  de  cette  affaire,  il  con- 
fessa tout,  et  en  même  tems  lui  et  son  fils  aîné  Ken  Cham 
furent  mis  à  moit,  avec  trois  cens  de  leurs  Gentils-Hommes. 
On  envoia  quérir  les  Femmes,  qui  furent  battues  pour  leur 
leur  faire  confesser  le  crime;  ce  qu'aiant  fait,  elles  furent 
aussi  condamnées  à  mort,  et  exécutées.  Son  dernier  fils 
Chen,  qui  ne  pouvait  êtie  coupable  de  cette  conjuration, 
à  cause  de  sa  jeunesse,  eut  la  vie  sauve.  On  lui  laissa  le  Pa- 
lais de  son  Père,  avec  tous  ses  biens  ;  et  à  notre  retour  nous 
passâmes  par  là,  et  nos  Guides  ne  pouvaient,  allant  ou  reve- 
nant, s'empêcher  d'y  passer,  d'autant  que  la  Maîtresse  des 
Nations  était  là  en  deuil  et  tristesse,  et  n'y  avait  personne 
pour  la  consoler  i.  » 

Le  muletier  Kischk,  qui  avait  découvert  le  complot,  fut 
récompensé  par  une  somme  d'argent  considérable  et  les 
privilèges  d'un  Terkhan,  officier  d'un  rang  supérieur. 

I.  Bergeron,  col.  64. 


MANGKOU  263 

Plus  tard,  s'étant  rendu  à  Kara  Koroum,  en  août  1252, 
Mangkou  instruisit  le  procès  des  chefs  de  la  conspiration  : 
l'impératrice  Oglioul  Cramicli  et  la  mère  de  Chiramon 
furent  noyées;  leurs  deux  principaux  conseillers  Kadac  et 
Tchin  Kaï  furent  exécutés.  Tchin  Kaï,  qui  était  keraïte  et 
chrétien,  jouait  un  rôle  important  dans  le  gouvernement 
et  «  nul  édit  ne  put  être  promulgué  dans  la  Chine  du  Nord 
sans  que  Tchin  Kaï  l'eût  accompagné  d'une  ligne  en  éciiture 
ouighoure;  c'est  là  l'explication  d'une  mention  jusqu'ici 
embarrassante  qui  concerne  un  édit  d'Ogotaï  rendu  en  1235  ». 
Ce  fut  lui  qui  servit  d'intermédiaire  entre  Plan  Carpin  qui 
l'appelle  «  protonotaire  »  et  Kouyouk.  Sa  faveur  remontait 
à  Tchinguiz  Khan  qui  le  chargea  d'accompagner  en  122 1- 
1224  le  taoïste  K'ieou  Tch'ou-ki,  envoyé  par  le  conquérant 
de  la  Chine  orientale  dans  le  bassin  de  l'Oxus.  Tchin  Kaï 
laissait  trois  fils  :  Yao-sou-mou  (Joseph) ,  Po-kou-seu  (Bac- 
chus)  et  K'ouoU-ki-seu  (Georges)  i.  Kadac  était  également 
chrétien.  Mangkou  fît  grâce  aux  trois  princes.  Khodja  Oghoul 
fut  relégué  à  SouUgaï  à  l'ouest  de  Kara  Koroum,  Nagou 
et  Chiramon  furent  envoyés  à  l'armée;  cependant  quelque 
temps  après,  ce  dernier  fut  noyé  par  ordre  du  Khan;  les  des- 
cendants d'Ogotaï  furent  privés  de  leurs  troupes  et  leurs 
partisans  traqués  dans  tout  l'empire  furent  mis  à  mort. 

Mangkou  procéda  également  à  la  nomination  des  grands 
fonctionnaires  de  l'Etat  :  le  noyan  Mangousar  fut  nommé 
Grand  Juge;  un  chrétien  nestorien,  Bolgaï,  fut  placé  à  la 
tête  de  la  Chancellerie  du  département  des  Finances  et  des 
Affaires  intérieures;  au  prince  CouiïcouR,  fils  de  Djoutchi 
Cassar,  échut  le  gouvernement  de  Kara  Koroum  avec  Aldar 
comme  adjoint;  K'oublai,  frère  du  Grand  Khan,  fut  Heute- 
nant  général  dans  les  pays  au  sud  du  Grand  Désert;  à 
Tchagan,  fut  confié  le  commandement  des  troupes  sur  la 
frontière  du  Houai,  le  fleuve  qui  séparait  au  sud-est  l'em- 
pire mongol  de  l'empire  Soung;  à  Dandar,  celui  des  troupes 
dans  le  Se  Tch'ouan  et  Khortaï,  dans  le  Tibet.  Tandis  que 
K'ai  Youen  était  placé  à  la  tête  du  clergé  bouddhiste, 
Taoca-U-tcheng  l'était  à  la  tête  des  Taoïstes  ;  «  mais  ce  fut 

I.  Pelliot,  T'oung  pao,  déc.  1914,  p.  628. 


204  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

le  lama  tibétain  Namo,  qu'il  [Mangkoiij  créa  chef  de  la 
religion  de  Buddha  dans  tout  l'Empire,  en  lui  donnant 
le  titre  de  Ho  chi,  ou  d'Instituteur  du  Monarque  ^n. 

D'autre  part,  Mahmoud  Yelvadje  était  nommé  ad- 
ministrateur général  des  possessions  mongoles  en  Chine,  et 
son  fils  Mas'oud,  des  pays  situés  entre  l'Irtich  et  le  Djihoun; 
le  gouvernement  de  la  Perse  était  confirmé  à  Arghoun,  dont 
la  juridiction  s'étendait  sur  rAzerbaïdjan,  le  Diarbekir, 
Mosoul,  Alep  et  les  royaumes  de  Géorgie,  de  Roum  et  de 
Petite  Arménie  ^. 

Arghoun  ayant  représenté  le  mauvais  état  des  finances  de 
la  Perse,  on  décida  d'y  introduire  le  mode  d'imposition 
établi  par  Mahmoud  Yelvadje  dans  la  Transoxiane,  c  qui 
était  une  capitation  proportionnée  aux  facultés  des  contri- 
buables, laquelle,  payée  une  fois  par  an,  les  libérait  de  toute 
autre  taxe.  Cette  proposition  a^-ant  été  approuvée,  le  ma- 
ximum de  l'impôt  personnel  en  Perse  fut  fixé  à  sept  dinars, 
et  le  minimum  à  un  dinar;  tandis  que,  dans  la  Chine  et 
dans  la  Transoxiane,  les  plus  pauvres  étaient  taxés  à  une 
pièce  d'or  et  les  plus  riches  à  quinze.  Il  fut  oi donné  que 
le  produit  de  cet  impôt  serait  appHqué  aux  frais  d'entretien 
des  milices,  des  postes  aux  chevaux,  des  envoyés  de  l'em- 
pereur; et  défense  fut  faite  de  rien  exiger  des  sujets,  sous 
aucun  autre  titre  ^  ». 

Mangkou  confirma  les  ordonnances  deTchinguiz  et  d'Ogo- 
taï,  défendit  d'exiger  l'arriéré  des  contributions  ;  les  princes 
dorénavant  ne  devaient  plus  donner  d'ordres  dans  les  pro- 
vinces sans  s'être  entendus  avec  les  préfets;  enfin  le  Grand 
Khan  fit  payer  les  dettes  de  son  prédécesseur  Kouyouk. 

Débarrassé  de  ses  ennemis,  Mangkou  congédia  les  mem- 
bres du  kouriltaï  en  comblant  de  présents  les  princes  et  les 
chefs;  en  particulier  il  chargea  Berka  et  Toka  Timour  de 
porter  de  magnifiques  cadeaux  à  leur  frère  Batou.  Nous 
savons  que  Djagataï  mort  la  même  année,  1241,  que  son 
frère  Ogotaï,  avait  eu  pour  successeur  dans  l'Asie  centrale 

1.  d'Ohsson,  /.  c,  p.  261. 

2.  d'Ohsson,  /.  c. 

3.  d'Ohsson,  /.  c,  pp.  263-264. 


MANGKOU  265 

Kara  Houlagou,  fils  de  Moutakan,  son  lils  aîné,  sa  veuve 
Ebouskoun,  ce  prince  étant  mineur,  exerçant  la  régence  à 
Al  Maliq  et  dans  la  Transoxiane  ou  Mavara-n-Nahr,  tandis 
que  le  T'ien  Chan  Pe  Lou  avait  été  donné  par  Djagataï 
à  la  maison  de  Doughlat.  En  1247,  Kouyouk  avait  attaqué 
Al  Maliq,  dépossédé  Ebouskoun  et  installé  Isa  (ou  Yasou) 
Mang  kou,  deuxième  fils  de  Djagataï  à  sa  place;  Isa  Mang- 
kou,  livré  à  la  débauche,  avait  abandonné  le  gouvernement 
aux  mains  du  musulman  Khwaja  Baha  ed-Din.  Le  Grand 
Khan  Mang  kou  en  1252,  s'empressa  de  rendre  ses  états  à 
Kara  Houlagou,  et  le  renvoya  à  Al  Maliq  avec  l'ordre  de 
mettre  à  mort  Isa  Mangkou.  Kara  Houlagou  mourut  au 
cours  de  son  voyage,  mais  sa  veuve,  la  Khatoun  Organa 
exécuta  la  sentence  impériale  et  conserva  le  pouvoir  jus- 
qu'en 1261  après  la  mort  de  Mangkou. 

Nous  entendons  parler  à  nouveau  des  Ouighours,  bien 
déchus  de  leur  ancienne  puissance  :  vassal  des  Kara  K'i  Tai, 
leur  chef  Bardjouc  (Ba-rh-dju)  avait  fait  sa  soumission  en 
1209  à  Tchinguiz  Khan  et  reçu  du  Conquérant  le  titre  à'Idi- 
qiiout  :  plus  tard  le  chef  ouighour  aida  le  Grand  Khan 
dans  ses  préparatifs  de  guerre  contre  le  nord  de  la  Chine 
et  dans  sa  lutte  contre  les  quatre  fils  de  T'o  T'o,  chef 
des  Merkites;  il  obtint  en  récompense  la  main  d'une  fille 
de  Tchinguiz  Khan  Ye-li  An-dun  (Altche  Altun,  Altoum 
Bigui  ou  Bighi),  mais  cette  princesse  mourut  ainsi  que 
son  père  avant  le  mariage.  Ogotaï  accorda  à  Bardjouc  une 
autre  princesse,  Aladji  Bighi,  mais  Bardjouc  étant,  à  son 
tour,  mort  avant  le  mariage,  elle  fut  donnée  au  fils  et  succes- 
seur de  son  fiancé,  Kishmain,  remplacé  plus  tard  par  son 
frère  Salendi  ;  celui-ci,  ardent  bouddhiste,  accusé,  peut-être 
injustement,  d'avoir  formé  un  complot  pour  massacrer  tous 
les  musulmans  de  Bich  BaUq  et  du  pays  des  Ouighours, 
fut  traduit  par  l.e  Grand  Khan  devant  une  cour  de  justice 
présidée  par  le  terrible  Mangousar,  reconnu  coupable  et  dé- 
capité par  son  propre  frère  Okendje,  qui  obtint  sa  succes- 
sion. Il  semble  bien  que  cette  conspiration  ait  été  inventée 
de  toutes  pièces  par  Mangkou  ou  ses  ministres  pour  sup- 
primer un  certain  nombre  des  fonctionnaires  d'Ogotaï. 


266  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Le  frère  de  Mangkou,  K'oublaï,  chargé  de  l'administration 
et  de  la  défense  de  la  partie  de  l'empire  chinois  devenue 
mongole,  s'appliquait,  depuis  1251,  avec  l'aide  du  lettré 
Yao  Chou,  son  ancien  précepteur,  originaire  de  Young 
P'ing  fou  dans  le  Tche  Li,  à  réparer  les  maux  que  la  guerre 
y  avait  causés.  Ce  fut  sous  l'inspiration  de  Yao  Chou  que 
K'oublaï  eut  la  prudence  de  se  contenter  de  la  direction 
des  affaires  militaires,  laissant  à  des  fonctionnaires  spé- 
ciaux le  soin  des  affaires  civiles.  Les  hostiUtés  contre  la 
Chine  avaient  été  suspendues  à  la  mort  du  célèbre  général 
Soung,  Meng  Koung,  et  avec  le  siège  de  Se  Tcheou,  au  Kiang 
Nan,  en  1247,  P^-^"  ^^  général  Tchang  Jeou. 

Grâce  à  une  Commission  spéciale  établie  à  Pien  King 
(K'ai  Foung),  K'oublaï,  commençant  son  œuvre  répara- 
trice, donnait  aux  laboureurs  des  graines  et  des  outils  et  ks 
soldats  furent  chargés  de  cultiver  les  terres  dans  le  Ho  Nan 
et  les  parties  du  Hou  Kouang  et  du  Kiang  Nan,  Hmitrophes 
des  deux  empires.  En  1252,  Mang  kou  lui  donna  en  apanage 
le  Ho  Nan  et  Koung  Tch'ang  fou  dans  le  Chen  Si,  et  le 
chargea  de  conduire  une  expédition  dans  le  Yun  Nan. 

Au  Yun  Nan,  nous  avons  vu,  que  Tcheng  Mai-se  ^  après 
l'assassinat  du  dernier  prince,  avait  usurpé  le  trône  de 
Nan  Tchao  en  903;  il  mourut  en  926  et  eut  plusieurs  suc- 
cesseurs jusqu'à  ce  qu'en  938,  Touan  Se-ying,  descendant 
du  général  Touan,  adversaire  de  P'i  lo  ko,  s'empara  du 
pouvoir  et  fonda  la  dynastie  de  Touan,  qui  fut  fortifiée  par 
une  déclaration  de  Soung  T'ai  Tsou  qui,  à  propos  d'un  plan 
d'occupation  du  Yun  Nan  présenté  par  Wang  Ts'iouen- 
PiN,  envoyé  au  Se  Tch'ouan  pour  étouffer  une  rébellion, 
répondit  :  «  Pour  éviter  à  l'avenir  toute  contestation  avec 
les  princes  sauvages  et  pour  mettre  fin  à  des  guerres  sans 
issue,  je  décide  que  tout  le  territoire  situé  en  dehors  du 
Ta  tou  ho  (Préf.  de  Kia  Ting,  Se  Tch'oua^)  sera  gouverné 
par  les  princes  du  Sud  2».  L^n  des  ministres,  Yang  Yi-tcheng, 
usurpa  le  trône  en  1082,  mais  fut  tué;  le  dernier  roi  de  la 
dynastie  des  Touan,  Touan  Tchen-ming,  impopulaire  à 

1.  T.  I,  p.  517. 

2.  Rocher,  T'oung  Pao,  X,  pp.  136-137. 


MANGKOU  267 

cause  de  sa  mauvaise  administration,  abdiqua  après  treize 
années  de  règne  —  quatorze  générations  de  Touan  avaient 
régné  158  ans  —  en  faveur  de  Kao  Ching-t'aï  (1094), 
né  à  Ta  Li,  qui  donna  à  sa  dynastie  le  nom  de  Ta  Tchoung- 
kouo.  Son  descendant  Touax  Tsiang-hing  régnait,  lors- 
qu'en  1245,  les  troupes  mongoles  de  K'oublaï  envahirent 
le  Yun  Nan  pour  la  première  fois;  aidé  des  Mo-sos  de  Li 
Kiang,  il  essaya  vainement  de  lutter.  Son  fils  et  successeur, 
Touan  Hing-tche  reçut  trois  parlementaires  de  K'oublaï 
(1252),  qui  avait  franchi  le  Lin  t'ao  kiang,  dans  le  Chen  Si; 
ces  envoyés  ayant  été  mis  à  mort,  le  général  Kao  T'ai- 
tsiang  fut  mis  à  la  tête  de  l'armée  pour  résister  à  l'enva- 
hisseur; grâce  à  une  ruse,  K'oublaï  mit  en  fuite  les  troupes 
de  Nan  Tchao,  Kao  T'ai-tsiang  se  réfugia  à  l'entrée  de  la 
vallée  au  nord  de  Ta  Li,  dans  la  forteresse  de  Chang  Kouan, 
qui  fut  prise  par  les  Mongols;  le  roi  s'enfuit  à  Yun  Nan  fou 
tandis  que  Kao  défendait  sans  succès  Ta  Li  qui  tomba 
également  à  la  douzième  lune  aux  mains  du  conquérant 
victorieux,  qui  fit  exécuter  son  brave  adversaire  qui  refusait 
de  se  soumettre  ;  la  population  fut  épargnée  sur  la  demande 
de  Yao  Chou.  En  1253,  K'oublaï  marcha  sur  Yun  Nan  : 
Touan  Hing-tche  se  soumit  humblement  ;  laissé  en  Uberté 
il  reçut  le  titre  de  Mo  ho  Lo  ts'o  (Maha  Radja)  et  on  lui 
adjoignit  Lieou  Che-tchoung  pour  administrer  la  nou- 
velle possession  mongole  1.  La  conquête  du  royaume  de 
Ta  Li  amena  la  soumission  des  T'ou  Fan.  Touang  Hing- 
tche,  devenu  vassal  du  Grand  Khan,  mourut  (1260)  en 
route  alors  qu'il  se  rendait  à  Pe  King  pour  saluer  son  vain- 
queur devenu  empereur.  Il  eut  pour  successeur  son  frère 
cadet  Touan  Che  (Sin  ts'iu  Je)  qui  gouverna  Ta  Li,  formant 
une  commanderie,  de  1262  a  1282;  le  reste  du  Yun  Nan  fut 
organisé  en  commanderies  et  en  préfectures.  Me  Leang, 
vassal  du  roi  de  Ta  Li,  descendant  à  la  23^  génération  de 
Ye  kou  tcha,  chef  des  Mo-sos,  qui  vivait  sous  les  T'ang 
(618-626),  fit  également  sa  soumission  aux  Mongols  en  1253. 
D'un  autre  côté,  un  autre  prince  mongol,  Yegou,  fut 
chargé  de  soumettre  la  Corée,  mais  il  ne  tarda  pas  à  être 

I.  Rocher,  T'oung  Pao,  X,  p.  149. 


268  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

remplacé  dans  son  commandement  par  Tcha  la  tou,  parce 
qu'au  lieu  d'accomplir  la  mission  qui  lui  était  confiée,  il  avait 
attaqué  son  ennemi  personnel,  le  général  Talar.  Le  prin- 
cipal grief  qu'avaient  les  Mongols  contre  les  Coréens,  c'était 
que  leur  roi,  retiré  dans  l'île  de  Kang  Houa  par  mesure  de 
prudence,  refusait  de  retourner  à  Song  do;  un  envoyé 
mongol  fit  de  grandes  menaces  et  la  gueixe  éclata  en  effet 
en  1253.  Les  Mongols  traversèrent  le  Ya  lou,  accompagnés 
d'un  renégat  coréen  Hong  Pok-wun  et  commencèrent  la 
conquête  du  pa3-s;  en  1254,  Tcha  la  tou  (Tcha  Ra-da), 
ayant  été  envoyé  comme  gouverneur-général,  massacra  la 
population,  emmenant  en  captivité  ceux  qui  avaient  échap- 
pé à  la  mort  ;  ce  bourreau  fut  rappelé  en  1255  par  Mangkou. 
Quand  le  vieux  roi  Ko  Jang  mouiait  en  1259,  tout  le  nord 
du  pays  était  aux  mains  de  deux  traîtres  passés  à  l'ennemi, 
et  les  Mongols  s'installaient  à  P'ing  Yang.  Le  prince  héri- 
tier, envoyé  en  mission  en  Chine,  gardé  à  vue,  ne  put 
s'échapper  qu'à  la  mort  de  Mang  kou;  il  se  rendit  près  de 
K'oublaï,  retourna  avec  ce  prince  à  Pe  King  où  il  apprit 
la  mort  de  son  père.  K'oublaï,  en  en  faisant  son  vassal,  le  ren- 
voya avec  honneur  dans  son  pavs,  accompagné  des  deux 
généraux  mongols  Sok  Yi-ka  et  Kang  Houa-siang;  les 
troupes  et  les  fonctionnaires  mongols  furent  rappelés. 

En  janvier  1253  une  amnistie  générale  fut  proclamée  et 
dans  un  kouriltaï  fut  décidé  l'envoi  en  Perse  d'une  armée 
à  la  tête  de  laquelle  fut  placé  Houlagou.  Cette  campagne 
avait  un  double  but  :  conquérir  le  khalifat  de  Baghdad  ; 
anéantir  la  puissance  du  Vieux  de  la  Montagne,  chef  des 
IsmaéHens. 

L'avant-garde  mongole,  forte  de  12.000  hommes,  partit 
en  juillet  1252,  sous  le  commandement  de  Kitibuka.  Hou- 
lagou lui-même  laissant  Mangkou  à  Kara  Koroum  le  2  mai 
1253  pour  préparer  la  campagne,  se  mit  en  route  le  19 
octobre  ;  après  avoir  visité  à  Al  Maliq  la  princesse  Organa, 
ainsi  que  Mas'oud,  gouverneur  du  Turkestan  et  de  la 
Transoxiane,  il  passa  l'été  de  1254  ^.u  Turkestan  et  arriva 
à  Samarkandc  en  septembre  1255.  A  Kach  (Chahr  Sabz), 
au  sud  de  Samarkande,  il  se  rencontra  avec  Arghoun,  gou- 


i 


MANGKOU 


269 


verneiir-géncrai  de  la  Perse  orientale  et  convoqua  tous  les 
chefs  de  l'Asie  occidentale  pour  prendre  part  à  l'expédition 
contre  les  Mulahida,  les  «  égarés  »  ou  Ismaéliens,  branche 
des  Chiites  ou  sectateurs  d'Ali. 

La  secte  des  Ismaéliens  qu'on  a  appelée  aussi  des  Assas- 
sins à  cause  de  leur  coutume  de  prendre  du  hachîch,  soit 
sous  forme  de  liqueur,  soit  sous  forme  de  pâte,  extraite  de 
la  feuille  du  chanvre,  remontait  à  Hasax  ibn  Sabah,  qui 
s'empara  en  1090  de  la  forteresse  d'Alamout,  appartenant 
au  sultan  Seldjoukide  de  Perse,  Melik  Chah.  Silvestre  de 
Sacy  explique  ainsi  l'origine  du  nom  de  Vieux  de  la  Mon- 
tagne, donné  au  chef  de  la  secte  par  les  Chroniqueurs  du 
Moyen  Age  :  «  La  position  d'Alamout  (la  principale  forte- 
resse), située  au  milieu  d'un  pays  de  montagnes,  fit  appeler 
le  prince  qui  y  régnait  :  Scheikh-aldjebal,  c'est-à-dire  le 
scheikh  ou  «  prince  des  montagnes  »;  et  l'équivoque  du  mot 
scheikh,  qui  signifie  également  vieillard  et  prince,  a  donné 
lieu  aux  historiens  des  Croisades  et  à  Marc  Pol  de  le  nom- 
mer :  «  le  Vieux  de  la  Montagne  ».  Alamout  avait  été  cons- 
truit en  860  par  un  prince  de  Dilem,  au  nord-est  de  Kazvin, 
dans  les  monts  Elbours.  Lors  de  la  campagne  de  Houlagou 
régnait  le  huitième  prince  d'Alamout  Rokn  ed-Din  Kour- 
CHAH  II,  qui  avait  succédé  à  son  père,  Ala  ed-Din  Moham- 
med III  KouRCHAH  I,  mentionné  par  Marco  Polo,  assas- 
siné en  1255.  L'envoyé  de  Mangkou  à  Houlagou  en  1259, 
Tch'ang  Te  dit  :  «  Ce  royaume  (de  Mou  nai  hi,  des  Ismaé- 
liens) a  360  forteresses  dans  les  montagnes,  qui  ont  toutes 
été  conquises  ^  ». 

Le  2  janvier  1256,  Houlagou  traversait  l'Amou-Daria, 
s'avançait  jusqu'à  Tous,  et  demandait  à  Rokn  ed-Din  de 
détruire  ses  places  fortes.  Au  commencement  d'octobre,  le 
prince  mongol  arriva  à  Demavend  dans  les  monts  Elbours, 
passa  à  Rai,  entra  dans  le  pays  de  Rudbar  et  assiégea 
Meimundiz  où  était  renfermé  Rokn  ed-Din  qui  se  rendit 
le  19  novembre  1256  et  donna  à  ses  forteresses  l'ordre  de 
capituler,  ordre  qui  fut  exécuté  sauf  pour  Alamout  et  Lem- 
basser.  Alamout  fut  obligé  de  capituler  le  20  décembre  1256 

I.    BRETSCHNEIDER,.Vt'rf.    KcS.,  I,  p.  I33. 


2/0  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE' 


et  Lembasser  fut  pris  en  janvier  1257;  toutes  les  forteresses 
ismaéliennes  furent  rasées.  Rokn  ed-Din  conduit  à  la  cour 
mongole  ne  fut  pas  reçu  en  audience  par  Mangkou  qui 
donna  l'ordre  de  le  renvoyer  en  Perse;  au  cours  de  ce  voyage 
de  retour,  le  Vieux  de  la  Montagne  fut  assassiné  dans  les 
montagnes  Tungat;  au  reste,  les  Mongols  massacraient 
tous  leurs  prisonniers  Ismaéliens. 

Après  un  peu  de  repos  à  Kazvin,  Houlagou  se  rendit  à 
Hamadan  pour  préparer  l'expédition  contre  le  Khalife 
Mosta  Ç'im. 

Les  Abbassides,  qui  renversèrent  les  Omeyyades,  trans- 
férèrent le  siège  du  Khalifat  de  Syrie  en  Mésopotamie,  f on- 
dant  Baghdad,  sur  le  Tigre,  quelques  milles  au-dessus  de 
Ctesiphon,  l'ancienne  capitale  des  Sassanides.  La  nouvelle 
ville  créée  par  le  second  khalife  el  Mansour,  successeur  de 
Saffah,  sur  la  rive  droite  du  fleuve  en  762,  était  ronde  et 
connue  sous  le  nom  de  Medinat-el-Mansour;  elle  s'étendit 
progressivement  sur  les  deux  rives  du  fleuve  et  elle  devint 
le  centre  de  l'empire  de  l'Islam  en  Orient.  L'envoyé  chinois 
Tch'ang  Te  (1259)  nous  dit  que  la  ville  occidentale  n'avait 
pas  de  murs,  mais  que  la  partie  orientale,  séparée  par  le 
Tigre,  était  fortifiée  et  que  les  murs  étaient  construits 
de  grandes  briques.  La  dynastie  des  Abbassides,  illustrée 
par  Haroun  er-Rachid,  avait  pour  khalife  depuis  1242 
Abou  Ahmed  Abdalla  VII  el  Mosta'çim  Billah 
C'est  à  ce  prince  que,  le  21  septembre  1257,  Houlagou  en- 
voyait une  sommation  de  raser  le  mur  extérieur  de  Baghdad 
et  de  venir  se  présenter  devant  lui;  naturellement  le  khalife 
répondit  à  cet  ordre  avec  dédain.  Baidjou,  qui  était  à 
Roum,  reçut  des  instructions  pour  marcher  sur  Baghdad; 
ses  troupes  formant  l'aile  droite  de  l'armée  mongole,  tra- 
versèrent le  Tigre  à  Mosoul  et  arrivèrent  à  l'ouest  de  la 
ville  où  elles  furent  rejointes  par  d'autres  chefs;  l'aile 
gauche  commandée  par  Kitubuka  et  Kudussun  envahit 
le  Louristan;  Houlagou,  venant  d'Hamadan,  était  au  centre 
et  le  18  janvier  1258,  il  campait  à  l'est  de  la  ville.  Le  siège 
fut  poussé  avec  vigueur.  Le  10  février,  le  khalife  se  rendait 
avec  ses  trois  fils;  la  ville  ayant  capitulé  fut  pillée  pendant 


MANGKOU  271 

quarante  jours  °t  une  grande  partie  de  la  population  lut 
massacrée  sans  ptié.  Le  malheureux  Khalife  et  son  fils 
aîné  furent  exécutés  le  21  à  l'endroit  appelé  Vakaf,  ou 
Wakf  suivant  Rachid  ed-Din  qui  place  cet  événement  au 
soir  du  mercredi,  14  Sifar  656  (20  février  1258)  ;  cinq  eu- 
nuques furent  également  mis  à  mort  avec  Mosta'çim; 
d'autres  écrivains  disent  que  le  dernier  Abbasside  enveloppé 
dans  un  tapis  fut  foulé  aux  pieds  par  des  chevaux.  Al-Fahri 
place  la  date  de  la  mort  du  khahfe  et  de  ses  deux  fils  aînés 
au  4  Safar  656  Marco  Polo  raconte  ainsi  la  prise  de 
Baghdad  : 

«  Baudac  avoit  plus  cent  mille  chevaliers  senz  les  homes 
à  pié;  et  quant  il  oit  prise,  il  trove  au  calif  une  tor  toute 
plene  d'or  et  d'argent  et  d'autre  tesor,  si  que  jamès  non  fu 
veue  tant  à  une  fois  en  un  leu.  Quant  il  veoit  cest  grant 
tezor,  il  n'a  grant  merveie  e  mande  por  le  calif  et  fait  venir 
davant  lui,  puis  li  dit  :  Calif,  fait-il,  por  coi  avois-tu  amassé 
tant  tesor,  que  douis-tu  fair?  or  ne  sa  vois-tu  que  je  estoie 
ton  ncmi  et  que  tes  venoit  soure  con  si  grant  host  por  toi 
déserter?  Quant  tu  ce  sa  voie,  por  coi  ne  preis-tu  ton  tesor 
et  l'aust  donés  à  chevaliers  et  à  soldaer  por  toi  défendre  et  ta 
cité?  Le  calif  ne  li  responde  ren,  por  ce  qu'il  ne  sa  voit  qe 
deust  dir.  Et  adonc  Alau  li  dist  :  Calife,  puis  qe  je  voi  qe  tu 
ame  tant  le  tesor,  et  je  le  te  voi  doner  à  mangere  le  tien 
meesme.  Adonc  fist  prendre  le  Calif  et  fe  lo  mètre  en  la  tor 
dou  tesor,  et  comnande  que  nulle  couse  li  soit  doné  à  man- 
ger ne  à  hoir.  Et  puis  li  dit  :  Calif,  or  menue  (mange)  de 
tesor  tant  con  tu  voudras  puis  qu'il  te  plaît  tant,  car  jamès 
ne  menueras  autre  cose  ke  de  cest  tesor;  après  ce  l'a  elaisé 
en  la  tor  là  o  il  mourut  à  chief  de  quatre  jors.  ^  « 

Le  20  février,  Houlagou  avait  quitté  Baghdad  pour  re- 
tourner à  Hamadan  le  17  avril;  plus  tard,  il  s'installa  à 
Tabriz.  Avec  lui  commence  la  d\'nastie  des  Ilkhans  mongols 
de  l'Iran  dont  le  dernier  souverain  effectif  fut  Abou  Saïd 
Bahadour,  mort  en  1335,  dont  les  successeurs  jusqu'à 
Adil  Anuchirwan  (1344-1353)  étaient  sous  la  sujétion  des 
cinq  dynasties  qui  s'étaient    fondées   à    ses    dépens  :  les 

I.   Texte  Soc.  Géographie,  pp.  21-22. 


272  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHII)P£ 

/ 

Ilkhaniens  Djelaïrides,  à  Baghdad,  puis  chassés  en  1^32 
dans  le  Khouzistan;  lesBenou  Kourt  dans  le  Khorasân  et  à 
Herat,  détrônés  par  Timour  en  1383;  les  Modhaffériens, 
dans  l'Irak,  dans  le  Fars  et  dans  le  Kirman,  chassés  par 
Timour  en  1392  ;  les  Serbedariens,  dafis  le  Khorasân,  chassés 
également  par  Timour  en  1381;  enfin  les  Djubaniens  dans 
l'Azerbaïdjan  vaincus  en  1355  pai"  les  Mongols  du  Kiptchak. 
Nous  aurons  l'occasion  de  revenir  sur  les  Ilkhans  de  l'Iran 
et  leurs  relations  avec  les  princes  chrétiens. 

Mangkou  envoya  également  un  corps  d'observation  sur 
les  frontières  de  l'Inde;  en  décembre  1241,  les  Mongols 
s'étaient  emparés  de  Lahore,  et  une  révolution  avait  éclaté 
à  Delhi,  dont  l'histoire  à  cette  époque  est  très  troublée.  Au 
miheu  du  xi©  siècle,  les  princes  hindous  battus  par  Mah- 
moud de  Ghazni  (998-1038),  avaient  de  nouveau  fait  reculer 
les  musulmans  qui  ne  gardaient  plus  que  la  ville  de  Lahore; 
mais  ceux-ci  se  relevèrent  bientôt  et  en  1051  le  Pendjab 
tombait  entre  leurs  mains  :  le  chef  Ghaznévide  Mas'oud 
(1099-1144)  établit  sa  capitale  d'une  manière  définitive  à 
Lahore.  Cependant  la  dynastie  des  Ghaznévides  tombait  en 
décadence  :  en  1152,  les  Afghans  de  Ghor  la  renversaient  et 
leur  chef  Muiz  ed-Din  (Chanab  ed-Din)  s'empara  du  Pend- 
jab (1186),  mais  lors  de  sa  première  expédition  contre 
Delhi,  il  fut  écrasé  par  les  Hindous  à  Thaneswar  (1191). 
Muiz  ed-Din  ne  tarda  pas  à  prendre  se  revanche  :  il 
défit  et  tua  Phritvi  Raja  qui  régnait  à  la  fois  sur  Delhi  et 
Ajmere  (1193);  puis  il  s'empara  en  1194  de  Kanauj  où 
régnaient  les  Rahtors  Radjput  qui  émigrèrent  vers  l'Indus 
et  créèrent  les  principautés  de  Radjputana.  Muiz  ed-Din, 
sous  le  nom  de  Mohammed  I^'  ou  de  Ghor  est  considéré 
comme  le  premier  empereur  musulman  de  Delhi;  il  mou- 
rut en  1206,  après  avoir  conquis  le  Bengale  en  1203. 
Son  lieutenant  Kutb  ed-Din  Aibek,  ancien  esclave 
turk,  le  véritable  vainqueur  de  Delhi,  créa  une  nouvelle 
dynastie;  il  mourut  en  1210;  sa  dynastie  qui  dura  jus- 
qu'en 1290  est  connue  sous  le  nom  de  dynastie  des 
«  Rois  esclaves,  n  II  eut  pour  successeur  Aram,  lequel  fut 
remplacé    par   Altamich   (1211-1236),  le  plus    grand   des 


MANGKOU  273 

princes  de  cette  dynastie;  sa  fille  la  princesse  Raziva  lui 
succéda. 

«  L'an  1256,  Mangkou,  ;V  la  6^  lune,  donna  de  grands  repas 
aux  Princes  et  aux  Grands,  il  reçut  les  hommages  de  plu- 
sieurs Princes  du  Yun  Xan  et  pays  voisins,  aussi  bien  que 
ceux  des  Sotan  (sultans)  Occidentaux.  Ho  Lin  lui  paraissait 
un  lieu  trop  incommode  pour  le  lieu  des  assemblées  géné- 
rales, et  pour  tenir  sa  Cour.  Il  ordonna  de  choisir  un  lieu  en 
Tartarie  qui  serait  désormais  la  capitale  de  ses  États.  Ce 
soin  fut  donné  à  un  bonze  chinois  appelé  Lieou  Ping- 
tchoung.  Ce*  bonze  était  plein  d'esprit,  habile  dans  les 
mathématiques,  dans  l'histoire,  et  dans  presque  toutes  les 
parties  de  la  littérature.  Ping-tchoung  choisit  un  lieu  appelé 
Loung  Kang  à  l'est  de  la  ville  de  Houan  Tcheou.  On  y  bâtit 
une  grande  ville,  un  palais  pour  l'empereur,  des  temples,  des 
palais  pour  les  seigneurs,  et  des  tribunaux.  On  l'investit 
de  hautes  et  épaisses  murailles.  Aux  environs  on  choisit 
des  endroits  pour  la  chasse,  pour  la  pêche,  et  pour  tout  Ce 
qui  pouvait  servir  à  la  commodité  de  la  ville.  On  l'appela 
K'ai  P'ing  fou  (depuis  Chang  Tou),  et  dans  peu  de  temps 
elle  lut  remplie  d'un  nombre  infini  de  Chinois  et  de  Tar- 
tares.  HoLin  ne  laissa  pas  d'être  toujours  considérable,  et 
d'avoir  une  jurisdiction  d'une  grande  étendue  1  ». 

A  la  fin  de  1257,  les  Mongols  tournèrent  leurs  armes  Ngan  Nan. 
contre  le  Ngan  Nan  où  depuis  1225  régnait  TrÀx  Thai- 
TÔXG  (TcHEN  Tche-koung),  premier  roi  de  la  quatrième 
dynastie,  celle  des  Tràn  ;  il  avait  épousé  Chiêu  hoang, 
dernière  souveraine  de  la  troisième  dynastie,  les  L'Y  qui 
régnaient  depuis  loio.  Le  successeur  de  K'oublaï  au  Yun 
Nan,  le  général  mongol  Ouriangkatai,  fils  du  célèbre  Sou- 
boutaï,  mort  à  y^  ans  sur  les  bords  du  Don,  pénétra  dans 
le  Tong  King  à  la  suite  de  ses  campagnes  contre  les  indi- 
gènes du  Yun  Nan.  Il  battit  l'armée  annamite  et  s'empara 
de  Hanoï  qu'il  livra  au  pillage  pour  venger  les  mauvais 
traitements  infligés  à  ses  parlementaires.  Les  Annamites 
racontent  tout  autrement  cette  campagne  :  «  Les  troupes 
des    Nguyên    (Youen),    qui    les    (Soung)    poursuivaient, 

I.  Gaubil,  p.  115. 


2/4  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

arrivent  à  leur  tour  à  la  frontière  du  royaume,  mais,  au  lieu 
de  respecter  cette  limite,  ils  la  franchissent  et  violent  le  ter- 
ritoire d'Annam.  Trân  Thai-tông  marche  contre  eux  à  la 
tête  de  ses  troupes,  il  arrive  sur  le  fleuve  Lô-giang  et  s'y 
établit. 

»  Ngât-hu'o'ng-hiêp-ngao,  le  général  de  l'armée  mon- 
gole qui  campait  aux  cataractes  de  Binh-lê,  lui  envoie  trois 
ambassades  successives  pour  l'engager  à  faire  sa  soumission 
au  nouveau  maître  du  Céleste  Empire.  Trân  Thai-t'ông 
retient  les  envoyés  prisonniers. 

))  Alors  le  Mongol  marche  en  avant  et  les  Annamites 
reculent  d'abord.  Trân  Thai-tông  bat  en  retraite  sur  l'avis 
de  son  général  Le  phu  trân  pour  ne  pas  tout  risquer  dans 
une  première  rencontre  et  reporte  son  camp  en  arrière, 
sur  le  fleuve  Thien-mô. 

))  Alors,  le  roi  indécis  sur  ce  qu'il  devait  résoudre,  con- 
sulte d'abord  le  Thay-uy  (grand  mandarin  militaire), 
Nhu't-cao,  qui  lui  conseille  de  s'allier  aux  Tông  (Soung);  il 
demande  ensuite  l'avis  de  Trân  Thù-dô,  son  oncle,  qui  lui 
répond  :  «  Tant  que  ma  tête  sera  sur  mes  épaules.  Votre 
Majesté  n'aura  pas  à  s'inquiéter  ». 

»  Sur  ces  entrefaites,  les  troupes  royales  furent  renforcées 
par  le  corps  d'armée  du  prince  présomptif.  Le  roi  reprit 
l'offensive,  et  cette  fois  il  fut  victorieux.  Les  Mongols 
battus  se  retirèrent  en  Chine. 

»  Les  Annamites  appellent  cette  expédition  Guerre  de 
Buddha  (signe  de  douceur),  et  il  paraît,  au  dire  des  annales, 
que  les  intentions  des  nouveaux  souverains  du  Céleste 
Empire  étaient  seulement  d'effrayer  la  nation  annamite 
et  non  de  lui  faire  une  guerre  sérieuse  ^  )). 

En  réalité,  Ouriangkataï  se  retira  à  cause  des  grandes 
chaleurs,  et  ce  qui  prouve  son  succès,  c'est  que  Trân  Thai- 
tông  céda  aux  injonctions  d'une  nouvelle  ambassade  mon- 
gole; il  envoya  à  la  Cour  de  Mangkou  Le  phu  trân  qui 
reconnut  la  suzeraineté  du  Grand  Khan  et  accepta  le 
paiement  d'un  tribut  tous  les  trois  ans.  Trân  Thai-tông 
abdiqua  d'ailleurs  peu  après  (1258)    en  faveur  de  son  fils 

I.  Tru'  o'ng  Vinh-ky,  Hist.  annamite,  I,  pp.  79-80. 


MAXGKOU  275 

Trân  Thanh-tông.  En  rentrant  en  Chine,  Ouriangkataï 
s'empara  de  Kouei  Lin,  capitale  du  Kouang  Si,  sur  les 
troupes  Soung,  et  au  commencement  de  1254  entama  le 
siège  de  Tchang  Cha. 

On  avait  réussi  à  exciter  la  méfiance  de  Mangkou  à 
l'égard  de  son  frère  K'oublaï  qui  s'était  rendu  populaire 
parmi  ses  soldats;  le  Grand  Khan  le  rappela  en  1257  ^^ 
chargea  le  sous-gouverneur  de  Kara  Koroum,  Alemdar  ou 
Alentar,  de  remplacer  son  frère  dans  le  gouvernement  du 
Ho  Nan  et  du  Chen  Si.  Alemdar  établit  à  Koung  Tch'ang 
une  commission  chargée  de  l'examen  des  comptes  et  fit 
mettre  à  mort  tous  les  intendants  de  K'oublaï,  sauf  deux. 
Sur  le  conseil  du  sage  Yao  Chou,  K'oublaï  se  rendit  à 
Kara  Koroum;  dès  que  Mangkou  eut  aperçu  son  frère,  il 
l'embrassa,  pleura,  rappela  Alemdar,  et  il  ne  fut  plus 
question  de  disgrâce. 

Dans  un  kouriltaï  tenu  en  septembre,  Daougaï  Gourgan, 
gendre  de  Tchinguiz  Khan,  manifesta  son  étonnement 
que  les  Soung  fussent  laissés  paisibles  possesseurs  de  la 
Chine  méridionale;  il  y  avait  un  prétexte  excellent  pour 
entrer  en  guerre  avec  eux  :  en  1241,  la  régente  Tourakina 
leur  avait  envoyé  en  ambassade  You  li  massa,  chargé  de 
négocier  la  paix;  l'ambassadeur,  avec  soixante-dix  per- 
sonnes de  sa  suite  fut  emprisonné  dans  une  forteresse  du 
Hou  Kouang  où  il  mourut;  quelques-uns  des  prisonniers 
furent  relâchés  en  1254.  Les  Mongols  assiégèrent  Ho 
Tcheou  mais  furent  battus  par  le  gouverneur  Wang  Kien; 
néanmoins  les  Soung  relâchèrent  les  compagnons  de  You  li 
massa  encore  gardés  en  captivité. 

Mangkou  se  mit  en  route  pour  la  Chine  en  octobre  1257, 
laissant  le  gouvernement  de  Kara  Koroum  à  son  frère 
Arik  Bougha  (AH  Pouka)  avec  Alemdar  comme  lieutenant. 
En  mars,  le  Grand  Khan  traverse  le  Houang  Ho,  pénètre 
au  Chen  Si,  campe  près  du  mont  Lieou  P'an  où  mourut 
Tchinguiz  Khan  ;  au  mois  d'août,  il  pénètre  au  Se  Tch'ouan, 
à  la  tête  de  40,000  hommes,  formant  trois  divisions  :  la 
première,  commandée  par  Mangkou  lui-même,  prit  la 
route  de  San  Kouan,  par  Lou  Tcheou;  la  deuxième,  dirigée 


2/6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

par  son  frère  Mou  Ko,  marcha  par  Sian  Tcheou  sur  Mi 
Tsang  kouan,  tandis  que  la  troisième,  avec  Bourtchak, 
se  dirigeait  sur  Mien  Tcheou,  par  Youï  Kouan.  Deux  autres 
armées  devaient  opérer  dans  le  Hou  Kouang  et  le  Kiang 
Nan  :  l'une,  sous  Tchang  Jeou,  mais  commandée  par  K'ou 
blaï  devait  assiéger  Wou  Tch'ang  (Ngo)  au  Hou  Pe  où  il 
devait  être  rejoint  par  Ouriangkataï,  revenu  du  Tong 
King,  par  Nan  Ning,  Kouei  Lin  et  le  Hou  Nan,  et  marcher 
ensuite  sur  Hang  Tcheou,  capitale  des  Soung;  l'autre  con- 
duite par  Togatchar  devait  attaquer  King  Chan  dans  le 
Kiang  Nan. 

Le  général  mongol  Nieou  Lien  (Neou  le),  à  la  tête  de 
l'avant-garde  de  Mangkou,  dégage  Tch'eng  Tou,  défendu 
par  le  Mongol  Atahou  (Adakou),  assiégé  par  les  Soung, 
mais  quand  il  se  retire,  la  ville  est  capturée  par  Pou  Ko- 
tche,  Gouverneur-général  du  Se  Tch'ouan  et  Adakou  périt. 
Nieou  Lien  reprit  Tch'eng  Tou.  Mangkou  traversa  le  Kia 
Ling  et  le  Pe  Chouei,  et  s'empara  de  la  forteresse  de  K'ou 
Tchou  yai,  au  nord-ouest  de  Pao  Ning  fou,  défendue  par 
Yang  Li  qui  est  tué;  plus  tard,  le  Grand  Khan  s'empare  de 
Leang  Tcheou  (Pao  Ning)  ;  Ya  Tcheou  est  pris  d'assaut  et 
en  janvier  1259,  Wang  Kien,  gouverneur  de  Ho  Tcheou  est 
sommé  de  se  rendre;  il  refuse;  Mangkou  arrive  pour  le  siège 
de  cette  ville  fortement  établie  au  confluent  du  Kia  Ling  et 
du  Fecu.  Les  assauts  des  Mongols  restent  infructueux;  la 
dyssenterie  gagne  leur  armée;  Mangkou,  malade,  trans- 
forme le  siège  de  la  place  en  blocus,  marche  sur  Tch'oung 
K'ing,  mais  il  meurt  près  du  mont  Tiao  Youï,  à  l'est  de  Ho 
Tcheou.  Gaubil  ^  fait  périr  Mangkou  dans  un  assaut  malheu- 
reux de  Ho  Tcheou  ;  «  Vang  Kien  ne  put  être  forcé,  un  grand 
orage  survint  et  fit  tomber  les  échelles,  c'est  alors  qu'il  y 
eut  un  grand  carnage,  et  une  infinité  de  Mongous  périrent. 
Pour  comble  de  malheur  on  aperçut  le  corps  de  l'Empereur 
percé  de  plusieurs  coups.  »  C'était  la  7^  lune  de  1259; 
Mangkou  était  dans  sa  52®  année;  il  avait  régné  huit  ans. 

«  Naturellement  sérieux,  il  (Mangkou)  parlait  peu.  Il 
n'aimait  point  les  festins  et  avait  de   l'aversion   pour   la 

I.  Mongous,  p.  121. 


MANC.KOU  277 

dL-bauchc.  Ennemi  du  luxe,  il  ne  permettait  point  aux 
reines,  ses  femmes,  des  dépenses  excessives  et  superflues.  II 
s'attacha  à  faire  revivre  les  sages  règlemens  établis  sous 
Ogotaï  Khan,  et  fut  très  rigide  à  les  faire  observer  par  ses 
ofïiciers.  Il  aimait  la  chasse  dont  il  faisait  sa  principale 
occupation,  et  avait  coutume  de  dire  qu'il  préférait  les 
usages  de  ses  ancêtres  à  la  mollesse  et  au  faste  des  princes 
étrangers.  On  peut  lui  reprocher  cependant  d'avoir  marqué 
trop  d'attachement  pour  les  prétendus  devins  et  les  diseurs 
de  bonne  fortune  dont  sa  Cour  était  toujours  pleine  :  il 
n'entreprenait  rien  qu'il  ne  les  eût  consultés,  et  il  ne  se 
passait  aucun  jour  qu'il  ne  les  interrogeât  sur  ce  qui  devait 
arriver  1  ».* 

Les  chefs  de  l'armée  se  retirèrent  dans  le  Chen  Si,  empor- 
tant avec  eux  le  corps  du  Grand  Khan  qui  fut  inhumé  à 
Bourkan  Kaldoun,  près  de  Tchinguiz  et  de  Tou  Loui; 
Mangkou  laissait  quatrefils  :  Baltou,  Orenguiass,  Chiregui 
et  AssouTAi  qui  accompagna  le  corps  de  son  père  en 
Mongohe.  Suivant  Rubrouck,  il  avait  huit  frères,  trois 
mu  côté  de  sa  mère,  et  cinq  de  celui  de  son  père.  Sa  femme 
principale,  Koutouktai  Khatoun,  comme  tous  les  princes 
pongols,  se  livrait  parfois  à  l'ivrognerie  D'autre  part, 
Batou  était  mort  à  48  ans,  en  1256,  près  de  la  Volga;  son 
fils  Sart^ch  assistait  au  kouriltaï  de  1256,  lorsqu'il 
apprit  la  mort  de  son  père;  il  retourna  immédiatement  mais 
mourut  en  route  (1256);  son  fils  Oulagtchi  le  remplaça, 
avec  la  princesse  Boraktchin,  première  des  femmes  de 
Batou,  comme  régente.  Oulagtchi  étant  mort  jeune  (1256), 
eut  pour  successeur  Barkaï,  fils  de  Djou  Tchi  (1256-1266), 
comme  Khan  de  la  Horde  bleue  (Kok  Orda),  Kiptchak 
occidental. 

Un  des  phénomènes  les  plus  intéressants  de  leur  histoire 
est  le  changement  qui  s'opère  dans  la  manière  de  vivre  des 
Mongols.  A  partir  de  Mangkou  commence  et  sous  K'oublaï 
s'achève  la  transformation  des  tribus  nomades  en  un  peuple 
stable;  au  lieu  de  yourtes  éparses  et  faciles  à  déménager 
sur  des  espaces  considérables,  des  villes  entourées  de  mu- 

I.  Mailla,  IX,  p.  275. 


2/8  HISTOIRE   GÉNÉRALE   DE   LA   CHINE 

railles  s'élèvent  avec  des  palais  impériaux.  Accompagnant 
la  civilisation,  naissent  l'adoucissement  des  mœurs  et  le 
désir  d'avoir  avec  les  pays  étrangers  des  rapports  autres 
que  ceux  de  la  guerre  et  de  la  conquête;  des  ambassades 
s'échangent  avec  l'Europe  et  si  les  terribles  hécatombes  de 
Tchinguiz  Khan  et  de  ses  généraux  ont  frappé  d'horreur 
les  Occidentaux  et  ont  fait  abhorrer  le  nom  mongol,  au 
contraire,  sous  Mangkou  et  surtout  sous  K'oublaï  nous 
voyons  s'établir  des  relations  pacifiques  et  l'on  peut  dire 
que  jamais,  entre  la  Chine  et  l'Europe,  il  n'y  eut  plus  de 
cordiaux  rapports  que  depuis  le  miheu  du  xiii®  siècle 
jusqu'au  milieu  du  siècle  suivant.  Et  ce  ne  sont  pas  seule- 
ment les  Mongols  de  Chine  qui  opèrent  ce  phénomène 
mais  aussi  les  Ilkhans  de  l'Iran  dont  nous  parlons  plus 
loin  dans  le  chapitre  consacré  au  Christianisme. 


CHAPITRE  XVII 

Les  Mongols  :  K'oublaï. 

A  la  mort  de  Mangkou,  le  prince  qui,  par  ses  talents 
et  sa  popularité,  semblait  désigné  pour  lui  succéder, 
était  son  Irère  K'oublaï,  né  à  la  8^  lune  de  1216.  Char- 
gé par  le  Grand  Khan  de  la  campagne  du  Kiang  Nan, 
K'oublaï  pendant  l'hiver  de  1258  était  parti  de  Loung 
Kang,  plus  tard  Chang  Tou,  et  à  la  7®  lune  de  1259,  ^^  cam- 
pa au  sud  de  la  rivière  Jou  dans  le  Ho  Nan.  Passé  dans  le 
Hou  Kouang,  il  monta  sur  la  colhne  Hiang  Lou,  près  de 
Han  Yang,  et  reconnut  les  bords  du  Kiang  et  les  environs 
de  ce  grand  cours  d'eau.  Il  sut  habilement  traverser  le 
fleuve  et  vint  mettre,  en  face  de  Han  Yang,  le  siège  de- 
vant l'importante  cité  de  Wou  Tch'ang,  tandis  que  des 
détachements  mongols  paraissaient  devant  plusieurs  villes 
du  Kiang  Si.  Les  Soung,  effrayés,  envoyèrent  à  Han  Yang, 
Kia  Se-tao,  lettré,  mais  dépourvu  de  talents  militaires,  nom- 
mé à  la  place  du  faible  ministre,  Ting  Ta-ts'iouen,  avec  la 
lourde  mission  de  secourir  Wou  Tch'ang.  Au  lieu  de  com- 
battre, Kia  Se-tao  offrit  la  paix  à  son  adversaire  :  Mangkou 
venait  de  mourir;  K'oublaï  venait  d'apprendre  que  les  gou- 
verneurs de  HoHn,  Alemdar,  son  ennemi,  et  de  Yen  Tou 
(Pe  King),  Douredji,  étaient  favorables  à  la  candidature 
de  son  frère  Arik  Bougha,  et  travaillaient  en  sa  faveur.  Sur 
le  conseil  de  Hao  King,  K'oublaï  résolut  de  se  rendre  à  Yen 
King  et  de  s'y  faire  proclamer  empereur.  En  conséquence 
il  consentit  à  traiter  avec  Kia  Se-tao  qui  «  promit  de  payer 
tous  les  ans  20  van  d'argent  (un  million),  et  autant  en  soie, 
et  cela  en  tribut  et  en  reconnaissance  de  la  souveraineté  des 
Mongous  sur  les  Soung.  On  convint  des  limites  des  deux 
empires  ^  ». 

K'oublaï,  laissant  le  commandement  de  ses  troupes  à 

I.  Gaubil,  p.  125. 


28o  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Tchang  Kié  et  à  Yen  Wang,  repassa  le  Kiang  ainsi  que 
Ouriangkataï  (Ou  leang  ho  tai),  qui  leva  le  siège  de  Tchang 
Cha  dans  le  Hou  Kouang.  Kia  Se-tao  commit  la  taute 
grave  de  laire  massacrer  par  Hia  Koué  les  troupes  mongoles 
qui  s'étaient  attardées  sur  la  rive  méridionale  du  fleuve, 
fournissant  ainsi  pour  plus  tard  un  excellent  prétexte  pour 
une  nouvelle  attaque  des  Tartares;  il  eût  soin  de  présenter 
à  la  Cour  Soung  comme  une  victoire  ce  qui  n'était  en  réalité 
qu'un  guet-apens. 

A  la  12^  lune,  K'oublaï  campa  en  vue  de  Yen  King;  son 
frère  Mo  Ko  et  d'autres  chefs  le  proclamèrent  empereur 
à  la  36  lune  de  1260  à  K'ai  P'ing  (Chang  Tou).  Douredji, 
fait  prisonnier,  dévoila  toutes  les  intrigues  d'Arik  Bouglia  à 
Ho  Lin,  d'accord  avec  Alemdar;  ce  prince  tâcha  de  gagner 
les.  hordes  du  nord;  il  avait  pour  lui  les  fils  de  Mangkou, 
Houen  Tou-hai,  gouverneur  de  Lieou  P'an,  et  Milihotche 
gouverneur  du  Se  Tch'ouan;  ses  partisans  s'emparèrent 
de  Foung  Siang,  au  Chen  Si,  tandis  qu'ils  agissaient  à  Si 
Ngan  fou  en  sa  faveur  auprès  des  commandants  Lieou  Tai- 
p'ing  et  Hou  Lou-taï,  d'ailleurs  exécrés  de  la  population. 
Arik  Bougha  se  fait  proclamer  empereur  à  Ho  Lin  dès  qu'il 
apprend  la  nomination  de  K'oublaï  à  K'ai  P'ing.  Mais  le 
commissaire  de  Iv'oublaï,  le  ouighour  Lien  Hi-hien,  arrive 
à  Si  Ngan  et  fait  mettre  à  mort  les  rebelles.  Houen  Tou-haï 
s'empresse  de  passer  le  Houang  Ho,  prend  Kan  Tcheou,  et 
rejoint  Alemdar.  Ces  rebelles  sont  attaqués  à  l'est  de  Kan 
Tcheou  par  le  prince  HATAN,fils  d'Ogotaï,  qui  les  tuC;  fait 
de  leurs  troupes  un  massacre  épouvantable,  et  amène  par  sa 
victoire  la  soumission  du  Chen  Si  et  du  Se  Tch'ouan  (1260). 

Iv'oublaï  s'avança  sur  Kara  Koroum;  son  frère  Arik 
Bougha  (Irtukbuka),  trop  faible  pour  lui  résister,  exprima 
son  repentir  et  annonça  sa  prochaine  arrivée  pour  ré- 
gler la  succession  de  leur  frère;  ce  n'était  qu'un  prétexte 
pour  gagner  du  temps;  ayant  reconstitué  son  armée, 
Arik  Bougha  attaqua  les  troupes  de  son  frère,  commandées 
par  Yessoungka,  qui  subit  une  défaite,  mais  le  Grand  Khan 
lui-même  ayant  réuni  des  forces  suffisantes  lui  infligea 
un  échec  à  la  fin  de  1261  à  la  limite  du  Gobi,  au  lieu  nommé 


/€^ 


k'oublaï  28 1 

Altchia  Koungoiir,  près  des  collines  Khoudja-Bouldac  et 
(lu  lac  Simoutou  Nor;  K'oublaï  trop  généreux  refusa  de 
faire  poursuivre  le  vaincu  qu'il  considérait  comme  un 
étourdi.  Il  devait  se  repentir  de  sa  bonté  car  Arik  Bougha, 
au  lieu  d'être  reconnaissant  de  cette  magnanimité,  livra 
une  seconde  bataille  dans  le  désert,  à  Alt,  dans  le  canton 
de  Sengan  Bagoul,  près  des  hauteurs  de  Silguik;  la  lutte 
resta  indécise  et  chaque  armée  se  retira  de  son  côté;  il  n'y 
eut  pas  d'action  en  1262,  mais  l'allié  d'Arik  Bougha,  Algou, 
hls  de  Baïdar,  chef  du  pays  de  Djagataï,  se  rendit  à  Bich 
Baliq  où  gouvernait  la  princesse  Organa,  veuve  de  Kara 
Houlagou,  maîtresse  de  la  région  s'étendant  d'Al  Mahq 
au  Ujihoun;  il  se  déclare  en  faveur  de  K'oublaï  et  fait 
arrêter  trois  commissaires  d'Arik  Bougha,  qui  marche  contre 
lui  ;  pendant  ce  temps  le  Grand  Khan  occupe  Kara  Koroum. 
L'avant-garde  d'Arik  Bougha  est  battue  par  Algou  et  son 
chef  Kara  Bougha  tué.  Algou,  se  croyant  en  sûreté,  licencie 
son  armée,  mais  xAsoutaï,  profitant  de  sa  faiblesse,  s'empare 
d'Al  Maliq  :  Algou  se  retire  à  Khotan,  Kachgar,  puis  Samar- 
kande,  tandis  qu' Arik  Bougha  s'installe  sur  les  rives  de  l'Ili  ; 
mais  ce  prince  s'aliène  par  ses  cruautés  l'affection  de  ses 
troupes  qui  l'abandonnent;  Algou  épouse  Organa  et  re- 
pousse une  attaque  de  Kaidou,  petit-fils  d'Ogotaï  et  fils 
de  Kachin,  appuyé  par  le  successeur  de  Batou.  Arik  Bougha, 
laissé  à  lui-même  est  obligé  de  se  rendre  à  K'oublaï  avec 
Asoutaï;  le  Grand  Khan  eut  la  générosité  de  remettre  à  un 
tribunal  composé  de  Houlagou,  Barka  et  Algou,  le  soin  de 
décider  de  leur  sort  :  on  se  montra  indulgent;  les  deux 
princes  eurent  la  vie  sauve,  mais  Arik  Bougha  mourut  un 
mois  après;  à  la  mort  d' Algou,  K'oublaï  mit  à  sa  place 
Mubarak  Cha,  le  fils  qu'il  avait  eu  d'Organa  (1266),  auquel 
il  associa  Borak  ou  Barak,  petit-fils  de  Djagataï  et  fils  de 
Yisoun  Toua,  qui  ne  tarda  pas  à  détrôner  son  collègue  et 
s'allia  à  Kaidou,  ennemi  de  K'oublaï.  D'autres  change- 
ments importants  avaient  eu  lieu  parmi  les  chefs  mongols  : 
Houlagou,  mort  en  1265,  fut  remplacé  en  Perse  par  son  fils 
Abaka;  le  frère  de  Batou,  Barka,  eut  pour  successeur 
Mangkou  Timour,  fils  de  Tutukan  et  petit-fils  de  Batou. 


282  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Après  la  soumission  d'Arik  Bougha,  Kaidou  s'était  retiré 
dans  son  territoire  des  bords  de  l'Imil;  il  se  créa  des  amitiés, 
occupa  tout  l'ancien  domaine  de  Kouyouk  et  d'Ogotai, 
retarda  sa  venue  au  kouriltaï,  puis  se  trouvant  prêt  à  la 
lutte  commença  les  hostilités  (1268). 

A  l'époque  lointaine  à  laquelle  l'empereur  HouangTi  sui- 
vant la  légende  gouvernait  l'Empire  chinois,  ou  du  moins  une 
petite  partie  de  cet  Empire  sur  les  rives  du  Fleuve  Jaune, 
c'est-à-dire  plus  de  2,000  ans  avant  J.-C,  la  ville  de  Ki 
s'élevait  à  peu  près  à  l'emplacement  actuel  du  Pe  King 
actuel;  en  1121,  elle  fut  donnée  en  apanage  à  un  descen- 
dant de  Houang  Ti,  par  l'empereur  Wou  Wang,  fondateur 
de  la  dynastie  des  Tcheou,  et  pendant  la  période  s'étendant 
de  721  à  481  avant  J.-C,  connue  sous  le  nom  de  Tch'ouen 
Ts'ieou,  elle  fut  la  capitale  du  royaume  de  Yen,  détruit  à  la 
fin  du  iii^  siècle  avant  notre  ère  par  le  célèbre  empereur 
Ts'in  Che  Houang  Ti.  Elle  fut  relevée  de  ses  cendres  par  les 
princes  de  la  d\niastie  de  Han,  sous  son  ancien  nom  de  Ki, 
changé  plus  tard  en  celui  de  Yen,  puis  en  celui  de  Yeou 
Tcheou;  elle  devint  même  la  capitale  d'un  petit  royaume 
tartare  au  iv^  siècle  de  notre  ère.  Elle  s'étendait  au  sud- 
ouest  du  Pe  King  de  nos  jours  sur  une  petite  étendue  de  la 
ville  tartare  et  la  plus  grande  partie  de  la  ville  chinoise. 

Sous  la  dynastie  des  T'ang  (618-907),  Yeou  Tcheou  fut 
le  siège  d'un  gouvernement  militaire.  Les  Leao  ou  K'i  Tan 
détruisirent  Yeou  Tcheou  en  936;  ils  reconstruisirent  à  sa 
place  une  nouvelle  capitale,  dont  ils  firent  leur  Cour  du 
sud  (Nan  King),  tandis  que  leur  Cour  du  nord  (Pe  King)  se 
tenait  à  Leao  Yang;  en  1013,  le  Nan  King  des  Leao  appelé 
aussi  Si  Tsin  fou  et  Yeou  Tou  fou,  devint  Yen  King  qui, 
sous  le  nom  de  Yen  Chan  fou,  fut  occupé  par  les  empereurs 
chinois  Soung.  Au  siècle  suivant,  les  Kin  dépossédèrent 
les  Leao  et  expulsèrent  les  Soung  du  nord  de  la  Chine  (1125)  ; 
de  Yen  King  qu'ils  agrandirent,  ils  firent  une  de  leurs  capi- 
tales (1151)  qu'ils  désignèrent  comme  leur  résidence  cen- 
trale Tchoung  Tou,  appelée  aussi  Ta  Hing  fou  ;  cette  capi- 
tale des  Kin  avait  treize  portes,  tandis  que  celle  des  Leao 
n'en  avait  que  huit,  deux  sur  chacun  des  quatre  côtés;  la 


K  ourtLAï  283 

capitale  des  Kin  était  au  sud-ouest  de  la  ville  tartare  ac- 
tuelle et  à  l'ouest  de  la  ville  cliinoise  d'aujourd'hui  et  son 
angle  nord-est  devait  correspondre  à  peu  près  à  Chouen 
Tche  men.  Ta  Hing  fou  était  divisée  en  deux  districts:  Ta 
Hing  bien  et  Wang  P'ing  bien  ;  elle  survécut  à  la  chute  des 
Kin  dont  les  remparts  existaient  encore  à  l'époque  mongole  ; 
la  ville  Kin  était  alors  désignée  5o\is  le  nom  de  Nan 
Tch'eng,  tandis  que  la  ville  mongole  formait  la  ville  nord. 

En  1215,  Yen  King,  était  pris  par  Tchinghuiz  Khan;  la 
capitale  de=  Mongols,  Kara  Koroum,  était  située  dans  la 
région  de  l'Orkhon,  par  conséquent  trop  éloignée  lorsque 
la  Chine  fut  conquise  par  leurs  armes,  aussi  en  1255,  Mang- 
kou  Khan  donna-t-il  l'ordre  à  son  frère  K'oublaï  de  s'éta- 
blir dans  la  région  de  Dolon  Nor,  au  nord  de  Pe  King; 
K'oublaï,  dès  l'année  suivante  (1256)  y  créa  une  nouvelle 
capitale  qui  fut  appelée  K'ai  P'ing  fou;  K'oublaï,  devenu 
empereur,  lui  donna,  en  1264,  1^  surnom  honorifique  de 
Chang  Ton  (résidence  supérieure)  ^,  en  même  temps  qu'il 
s'installait  à  Yen  King,  capitale  des  Kin  ;  en  1267,  il 
entreprit  la  construction  au  nord-est  de  Yen  King,  d'une 
nouvelle  ville,  emplacement  du  Pe  King  actuel,  connue  sous 
le  nom  de  Khan  Baliq,  ville  du  Khan,  que  les  voyageurs 
occidentaux  appelèrent  Cambalech,  Cambalu,  etc.,  au 
Moyen-Age.  En  1271,  elle  fut  nommée  Ta  Tou  ou  T'ai  Tou 
(Grande  Cour),  pour  la  distinguer  de  Chang  Tou  dans  laquelle, 
nous  dit  Marco  Polo,  K'oublaï  fit  faire  «  un  grandisme 
palais  de  marbre  et  des  pierres,  »  où  il  demeurait  en  décem- 
bre, janvier  et  février.  L'illustre  voyageur  vénitien  a 
célébré  les  beautés  de  Khan  Baliq,  ainsi  que  le  franciscain 
Odoric  de  Pordenone  qui  nous  en  a  laissé  une  description 
au  commencement  du  xiv«  siècle;  la  voici  dans  la  vieille 
traduction  française  du  frère  Jean  Le  Long,  d'Ypres, 
moine  de  Saint-Bertin  en  Saint-Omer  : 

«  Cette  noble  cité  est  moult  ancienne  et  fut  jadis  con- 
quise par  les  Tartres;  et  a  demi  lieue  de  ceste  cité  ont  ilz 
fait  une  autre  cité  qui  a  nom  Cayto  (Ta  Tou).  Ceste  a  xii 
portes.  Entre  chascune  deux  portes  a  deux  grandes  milles 

I.  Voir  Supra,  p.  273. 


284  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

d'espace  si  que  ces  deux  citez  ont  bien  xii  milles  de  tour. 
Ceste  Cayto  est  très  bien  habitée.  Le  Grant  Caan  y  tenoit 
lors  son  siège  et  demouroit  en  son  palais  qui  est  si  grant 
que  les  murs  ont  bien  iiii  milles  de  tour,  si  que  dedens  ces 
murs  a  pluseurs  palais  enclos.  Dedens  ce  pourpris  est  une 
raontaigne,  et  sur  ce  mont  le  maistre  palais  est  ;  et  est  le 
mont  très  plantez  à  très  beaulx  arbres  et  pour  ce,  est-il 
appelles  le  Mont  Vert.  A  un  lez  du  mont  a  un  grant  lac 
et  un  grant  estanc  et  au  travers  de  ce  vivier  a  un  très  bel 
j)ont.  En  cest  estanc  a  grant  plante  d'oiseaux  sauvages, 
oiseaux  de  rivière  si  que  quant  le  Grant  Caan  veult  aller 
chacier  ou  vouler,  il  ne  lui  fault  point  yssir  de  sa  maison. 
Car  il  treuve  tout  en  son  pourpris.  Aussi  tout  environ  des 
murs  a  très  beaux  vergiers  plains  de  bestes  sauvages.  Le 
Grant  Caan  va  souvent  chacier  quant  il  lui  plait.  » 

A  la  3e  lune  de  1263,  K'oublaï  a  fit  élever  à  Yen  King  un 
T'ai  Miao  ^u  grande  salle  destinée  aux  cérémonies,  qu'il 
ordonna  pour  honorer  ses  ancêtres,  et  se  conformant  à  la 
coutume  chinoise,  il  donna  à  chacun  d'eux  des  titres  d'hon- 
neur, en  commençant  par  Yesoukai;  il  donna  à  celui-ci  le 
titre  de  Liei  Tso.u;  à  Tchinguiz  Khan,  celui  de  T'ai  Tsou  ;  à 
Ogotai,  celui  de  T'ai  Tsoung;  et  comme  Kouyouk,  fils  de 
Ogotai,  ne  posséda  pas  le  trône  légitimement,  il  ne  fut  placé 
dans  cette  salle  qu'après  Tou  Loui,  sous  le  titre  de  Ting 
Tsoung;  il  donna  à  Tou  Loui  celui  de  Jouei  Tsoimg,  et  celui 
de  Hien  Tsoung  à  Mangkou.  Il  ordonna  aux  bonzes  de 
réciter  pendant  sept  jours  et  sept  nuits  les  prières  de  leur 
Fo,  cérémonie  qui,  depuis,  s'observa  chaque  année.  Ce 
T'ai  Miao  était  partagé  en  autant  de  salles  qu'il  y  avait  de 
princes  dont  on  honorait  la  mémoire,  et  chaque  prince 
avait  son  nom  inscrit  sur  une  tablette  ^  ». 

La  guerre  contre  Kaidou  n'empêcha  pas  K'oublaï  de 
recommencer  la  grande  entreprise  des  Mongols,  c'est-à-dire 
la  conquête  du  pays  des  Soung.  Les  Mongols  avaient  un 
sérieux  grief  contre  les  Chinois  :  en  1260,  l'envoyé  du  Grand 
Khan,  Hao  King,  chargé  de  se  rendre  à  la  capitale  Soung, 

I.  Mailla,  IX,  p.  301. 


k'oublaï  285 

Lin  Ngan,  pour  notifier  à  l'empereur  l'avènement  du  nou- 
veau chef  mongol  et  s'assurer  de  l'exécution  du  traité 
conclu  devant  Wou  Tcheou,  fut  arrêté  dès  son  arrivée  en 
territoire  chinois,  par  ordre  du  ministre  Kia  Se-tao  désireux 
de  cacher  la  faute  qu'il  avait  commise.  K'oublaï  fut  obligé 
d'ajourner  le  châtiment  que  méritait  cet  acte  de  traîtrise 
d'abord  par  la  lutte  contre  Arik  Bougha,  puis  par  la  révolte 
au  Chan  Toung  (février  1262),  de  LiTan,  soutenu  en  dessous 
main  par  les  Soung,  révolte  qui  se  termina  par  la  capture 
de  Tsi  Nan,  après  quatre  mois  de  siège  par  le  prince  Apitche 
et  le  général  Che  T'ien-tseu,  et  la  mort  du  rebelle. 

L'empereur  Li  Tsoung  était  mort  âgé  de  62  ans,  à  la 
lo^  lune  de  1264  et  fut  remplacé  en  1265  par  Tchao  Ki 
son  neveu,  fils  de  Tchao  Yu-jou,  prince  de  Joung,  sous  le 
nom  de  Tou Tsoung.  «Li  Tsoung  fut  à  peu  près  du  carac- 
tère de  Jen  Tsoung,  avec  cette  différence  que  dans  le  nom- 
bre des  ministres  qui  rendaient  le  règne  de  ce  dernier 
malheureux,  on  en  compte  cependant  quelques-uns  qui  ne 
furent  pas  sans  mérite,  au  Ueu  que  Li  Tsoung  n'en  eut 
aucun,  et  que  Kia  Se-tao  lui  seul  fit  plus  de  mal  aux  Soung 
que  le?  armes  des  Mongous  1.  »  Deux  ans  plus  tard  (1267), 
grâce  aux  renseignements  fournis  par  un  transfuge,  le  général 
Soung  Lieou  Tcheng,  ancien  gouverneur  de  Lou  Tchecu, 
au  Se  Tch'ouan,  le  Grand  Khan  put  établir  un  plan  de 
campagne  contre  la  Chine.  Avant  d'aborder  l'attaque  du 
Kiang,  il  fut  décidé  de  commencer  par  le  siège  de  Siang  Yang 
sur  la  rive  septentrionale  du  Han,  jadis  occupé  ainsi  que 
Fan  Tch'eng  sur  l'autre  rive  par  les  Mongols,  sous  Ogotaï. 
Kia  Se-tao  essaya  de  gagner  Lieou  Tcheng  en  le  faisant 
créer  prince  de  Yen,  mais  son  envoyé  fut  décapité. 

Le  siège  de  Siang  Yang  est  resté  fameux  dans  l'histoire 
de  Chine  pour  sa  durée  et  pour  le^  engins  qui  v  furent  em- 
ployés. Il  fut  commencé  en  octobre  1268  par  ATCHOu,fils 
d'Ouriangkataï,  et  le  général  Lieou  Tcheng,  à  la  tête  de 
70,000  hommes;  le  célèbre  Che  T'ien-tseu,  nommé  généra- 
lissime des  troupes  opérant  contre  les  Soung,  fit  entourer 
la  ville  d'un  rempart  qui  devait  l'isoler  complètement,* 

I.  Mailla,  IX,  p.  302. 


286  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

mais  comme  elle  était  située  sur  le  bord  du  fleuve  et  pou- 
vait se  ravitailler  par  le  Han,  ce  ne  fut  qu'au  bout  d'une 
année  de  blocus  que  les  Mongols  se  décidèrent  à  investir  éga- 
lement Fan  Tch'eng  et  à  barrer  le  fleuve  avec  des  chaînes 
et  des  bateaux.  Kia  Se-tao  avait  jusqu'alors  réussi  à  cacher 
à  l'empereur  les  événements  qui  se  déroulaient  dans  le 
Hou  Kouang,  mais  Tou  Tsoung  en  ayant  été  averti  envoya 
Fan  Wen-hou  au  secours  de  Siang  Yang  avec  100,000 
hommes  ;  A  tchou,  prévenu,  s'avança  contre  le  général 
chinois  dont  il  tailla  l'armée  en  pièces.  En  1271,  les 
troupes  mongoles  fatiguées,  reçurent  des  renforts  qui  per- 
mirent de  capturer  la  plupart  des  vaisseaux  chinois;  le 
siège  traînait  en  longueur;  la  place  vigoureusement  défen- 
due par  Liu  Wen-houang  était  abondamment  pour\nae  de 
vivres,  mais  le  sel,  la  paille  et  la  soie  faisaient  défaut  ;  Li 
Ting-tche,  gouverneur  de  Ngan  Lo,  sur  le  Han,  entreprit 
de  ravitailler  la  place  par  eau;  il  y  réussit,  mais  au  retour 
de  l'expédition,  l'un  de  ses  chefs  Tchang  Koue,  fait  pri- 
sonnier, fut  tué  par  ordre  d'A  tchou  et  son  corps  envoyé  à 
Siang  Yang,  tandis  que  l'autre,  Tchang  Chun,  avait  péri  à 
l'aller,  percé  de  quatre  coups  de  lance  et  de  six  flèches.  Les 
Mongols  se  décidèrent  à  faire  appel  à  des  ingénieurs  étran- 
gers pour  réduire  la  ville  trop  bien  défendue.  Gaubil  1  nous 
dit  que  :  «  Parmi  les  ofhciers  généraux  qui  commandaient 
au  siège  de  Siang  Yang,  était  un  seigneur  Igour,  appelé 
Aliyaya.  Il  avait  une  grande  connaissance  des  pays  occi- 
dentaux et  sçavait  la  manière  dont  on  y  faisait  la  guerre. 
Ahyaya  était  personnellement  connu  de  l'empereur  Hou- 
pilay.  En  1271,  il  proposa  à  l'empereur  de  faire  venir 
d'Occident  plusieurs  de  ces  machinistes  qui  sça valent  par 
le  moyen  d'un  ki  lancer  des  pierres  de  150  hvres.  Ces  pierres 
faisaient  des  trous  de  7  à  8  pieds  dans  les  plus  épaisses 
murailles.  Aliyaya  assura  l'empereur  que  s'il  pouvait  avoir 
de  ces  machinistes,  il  promettait  de  prendre  bientôt  Siang 
Yang  et  Fan  Tch'eng.  L'empereur  goûta  la  proposition 
d' Aliyaya,  et  ordonna  de  faire  venir  deux  de  ces  machinistes. 
L'un  s'appelait  Alaouating  (Ala  ed-Din),  natif  de  Moufali, 

I.   P.  155- 


r 


k'oublaï  287 

l'autre  était  son  disciple  appelé  Ysemain  (Ismaclj,  natif  de 
Houli  ou  Hiulie.  Ils  firent  épreuve  de  leur  art  à  Tatou, 
devant  l'empereur,  et  sur  la  fin  de  1272  ils  furent  envoyés  à 
l'armée  ».  Le  récit  de  Marco  Polo  diffère  sensiblement  de 
celui  des  auteurs  chinois  et  musulmans;  il  aurait  été  pré- 
sent au  siège  de  Siang  Yang  avec  son  oncle  et  son  père  et  ce 
furent  deux  ingénieurs  de  leur  compagnie,  un  Allemand  et 
un  Chrétien  nestorien,  qui  auraient  eu  le  mérite  d'employer 
les  catapultes  ;  voici  le  récit  du  Vénitien  : 

«  Or  sachiés  que  quant  les  host  dou  gran  Kaan  fui 
demorés  à  le  scie  (siège)  de  cest  cité  trois  anz  et  il  ne  la 
pooient  avoir,  il  en  avoient  grant  ire.  Et  adonc  meser 
Nicolau  et  meser  Mafeu  et  meser  Marc  distrent  :  Nos  vos 
troveron  voie  por  coi  la  ville  se  rendra  maintensant  ;  et  celz 
de  l'ost  distrent  qe  ce  volent-il  voluntier.  Et  toutes  cestes 
paroles  furent  devant  le  grant  Kan,  car  les  mesajes  de 
celz  de-l'ost  estoient  venus  por  dir  au  grant  sire  comant  il 
ne  poient  avoir  la  cité  por  ascie,  et  qe  la  viande  avoient 
por  tel  pars,  qu'il  ne  la  poient  tenir.  Le  grant  sire  dist  : 
Il  convient  que  il  se  face  en  tel  mainere  qe  cel  cité  soit 
prise.  Adonc  distrent  les  deus  frères  et  lor  filz  meser  Marc  : 
Grant  sire,  nos  avon  aveke  nos  en  nostre  mesnie  homes  qe 
firont  tielz  mangan  qe  giteront  si  grant  pieres  qe  celés  de 
la  cité  ne  poront  sofrir,  mes  se  renieront  maintenant 
puis  qe  le  mangan,  ce  est  trébuche,  aure  laiens  gitée.  Le 
grant  sire  dit  à  meser  Nicolau  et  à  son  frère  et  à  son  filz  qe 
ce  voloit-il  moût  voluntier,  et  dist  qe  il  feissent  fere  cel 
mangan  au  plus  tosto  qu'il  poront.  Adonc  mesere  Nicolao  e 
sez  frères  e  son  filz  qe  avoient  en  lor  masnée  un  Alamamz 
et  un  Cristien  Nestorin  qe  bon  mestre  estoient  de  ce  faire, 
lor  distrent  qe  il  feissent  deus  mangan  ou  trois  qe  gitassent 
pieres  de  trois  cens  livres.  E  cesti  deus  en  firent  trois  biaus 
mangan.  Et  quant  il  furent  fait,  le  grant  sire  les  fait  aporter 
dusqe  à  sez  host  qe  à  l'asie  de  la  cité  de  Saianfu  estoient, 
e  que  ne  la  poient  avoir.  Et  quant  les  trabuc  furent  venus 
à  l'ost,  il  lest  font  drizer,  et  as  Tartarz  senbloie  la  grein- 
gnor  mervoille  dou  monde.  E  que  voz  en  diroie?  Quant  les 
trabuc  furent  drecés  et  tandu,  adonc  jete-le  un  une  piere 


288  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

dcdenz  la  ville.  La  picres  feri  es  maisonz  e  ronpi  et  gaste 
toutes  couses,  e  fist  grant  remor  et  grent  temoute.  Et  quant 
les  homes  de  la  cité  virent  ceste  maie  aventure  qe  jamès  ne 
l'avoicnt  veue,  il  en  furent  si  estais  et  si  espuentés,  qe  il  ne 
se  vent  qe  il  deusent  dir  ne  fer.  Il  furent  à  consoil  ensemble, 
e  ne  sevent  prendre  consoil  comant  il  de  ceste  treubuc 
poisent  escanper.  Il  distrent  qu'il  sunt  touit  mors  se  il  ne  se 
rendent,  et  adonc  pristrent  consoil  qu'il  se  renderont  en 
toites  mainieres,  et  atant  mandent  au  seingnor  de  l'oste 
qu'il  se  volent  rendre  en  la  maineres  qe  a  voient  faiti  les 
autres  cités  de  la  provence,  et  qu'il  \'oloient  estre  sout  la 
seingnoirie  dou  grant  Kan;  et  le  sire  de  l'ost  dit  qe  ce 
voloit-il  bien.  Et  adonc  les  recevi,  et  celé  de  la  cité  se  ren- 
derent,  e  cel  avent  por  la  bonté  de  mesere  Nicolao  e  meser 
Mafeo  e  mesere  Marc,  e  ce  ne  foi  pas  peitete  cousse  :  car 
sachiés  qe  ceste  cité  e  sa  provence  est  bien  une  des  meior 
qe  aie  le  grant  Kan,  car  il  en  a  grant  rende  e  grant  profit. 
Or  vos  ai  contés  de  ceste  cité  comant  ille  se  rendi  por  les 
trébuche  qe  fist  faire  meser  Nicolau  et  meser  Mafeu  et 
meser  Marc,  or  noz  en  lairon  de  ceste  matière  et  nos 
conteron  d'une  cité  qe  est  apellé  Singui  ^  ». 

Comme  on  le  voit  il  est  difficile  de  concilier  le  récit  de 
Marco  Polo  avec  celui  des  autres  historiens.  La  ville  ûe 
Fan  Tch'eng,  malgré  une  défense  énergique,  fut  prise  en 
février  1273  ;  les  Soung  envoyèrent  une  nouvelle  armée  sous 
les  ordres  de  Kao  Ta,  ennemi  de  Liu  Wen-houang;  ce  der- 
nier, sollicité  par  les  Mongols  rendit  la  ville  ,  et  le  Grand 
Khan  le  nomma  commandant  des  troupes  de  la  région 
de  Siang  Yang. 

L'empereur  Soung,  Tou  Tsoung  étant  mort,  âgé  de  35  ans, 
à  la  7«  lune  de  1274,  fut  remplacé  non  par  son  lils  aîné 
TcHAO  Che,  comme  le  désiraient  les  Grands,  mais,  par  son 
second  fils,  Tchao  Hien  (Koung  Tsoung)  qui  n'ayant  que 
quatre  ans  permettrait  à  l'ambitieux  Kia  Se-tao  de  con- 
server le  pouvoir  avec  l'impératrice  Sieï  Che,  veuve  du  père 
de  Tou  Tsoung  comme  régente.  Les  chefs  mongols,  rendus 
encore  plus  audacieux  par  la  prise  de  Siang  Yang  et  la 

I.   Texte  de  la  Soc.  de  Géographie,  pp.  161-163. 


k'oublaï  28g 

mort  du  souverain  Soung,  poussèrent  le  Grand  Khan,  enclin 
à  cesser  la  guerre  contre  les  Chinois  pour  se  consacrer  à  la 
lutte  dans  le  nord  contre  Kaïdou,  à  continuer  les  hosti- 
lités avec  vigueur. 

K'oublaï  lança  un  manifeste  pour  justifier  sa  conduite  à 
l'égard  des  Soung  et  désigna  pour  commander  l'armée  du 
Hou  Kouang,  le  général  Che  T'ien-che  qui  tomba  malade 
en  route  et  mourut  en  1275,  à  TchengTing,  laissant  le  com- 
mandement en  chef  à  Bayan,  fils  de  Gueukdjou,  de  la  tribu 
des  Barincs,  venu  de  Perse  quelques  années  aupara\'ant 
avec  une  ambassade  d' Abaka,  retenu  à  la  Cour  par  K'oublaï, 
qui  le  nomma  en  1265  ministre  d'État  et  adjoint  de  Han 
toun.  Bayan  avait  sous  lui  A  Tchou,  Ali  haiya  et  Liu 
Wen-houang.  L'armée  qui  devait  opérer  au  Kiang  Xan 
avait  à  sa  tête  les  généraux  Polohoan,  Atahaï,  Lieou 
Tcheng,  Ta  Tchou  et  Toung  Wen-p'ing;  les  deux  armées 
constituaient  une  force  de  200,000  hommes. 

Bayan  avec  A  Tchou  se  porta  sur  le  Han  par  la  route  de 
SiangYang;  une  nombreuse  flottille  dirigée  par  Liu  Wen- 
houang  descendit  le  fleuve  jusqu'à  Ngan  lo  fou,  bien  défendu, 
que  les  Mongols  tournèrent,  puis  jusqu'à  son  confluent 
avec  le  Kiang,  défendu  par  le  général  Hia  Koue,  mais 
celui-ci,  A  Tchou  ayant  réussi  à  franchir  le  Grand  Fleuve, 
s'éloigna.  Bayan,  suivant  son  lieutenant,  traverse  le  Kiang 
avec  son  armée;  l'importante  ville  de  Wou  Tcheou  est 
livrée  par  ses  commandants  Tchang  Yen-jen  et  Tcheng 
Poung-fei  qui  passent  aux  Mongols  avec  leurs  troupes. 

Grande  alarme  des  Soung  !  Kia  Se-tao  est  obligé  de 
prendre  le  commandement  des  armées,  mais  la  débâcle 
continue  :  Tchen  Yi  livre  aux  Mongols  la  ville  de  Houang 
Tcheou  suivie  dans  la  défection  par  Ki  Tcheou,  puis  par 
Kieou  Kiang,  Ngan  King,  Te  Ngan  et  Lou  Ngan.  Kia  Se- 
tao  qui  a  pénétré  dans  le  Kiang  avec  une  flottille  considé- 
rable, s'établit  près  de  Wou  Hou,  mais  au  lieu  de  combattre, 
fait  des  propositions  de  paix  à  Bayan  ;  le  chef  mongol  l'in- 
vite à  venir  le  trouver;  Kia  Se-tao  s'abstient.  Cependant, 
après  une  défaite  qui  livre  aux  Tartares  Tchen  Kiang, 
Ning  Kouo,   T'ai  P'ing,   Ho  Tcheou,  etc.,   Kia  Se-tao  se 


290  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

retire  à  Yang  Tcheou  ;  le  gouverneur  de  Nan  King  et  la  ville 
passent  aux  mains  des  Mongols;  rien  ne  pourra  plus  conjurer 
le  désastre  qui  menace  la  dynastie  des  Soung,  conduite 
à  la  ruine  par  ses  princes  et  ses  ministres  incapables. 

Malgré  les  chaleurs,  Bayan  poursuit  avec  vigueur  sa  cam- 
pagne, donnant  ainsi  un  exemple  de  la  continuité  dans 
l'action  peu  ordinaire  chez  les  guerriers  mongols.  Kouang 
Te  (Kiang  Nan),Tch'ang  Tcheou  et  P'ing  Kiang  fou  sont 
livrés  par  leurs  gouverneurs,  mais  grâce  à  un  édit  de  l'im- 
pératrice-régente,  les  Chinois  sortent  un  instant  de  leur 
apathie  :  Tchang  Che-kie  reprend  Kouang  Te  et  Yao 
Tcheou  dans  le  Kiang  Si,  mais  échoue  contre  P'ing  Kiang  et 
Tch'ang  Tcheou.  Sur  la  demande  du  Grand  Khan,  son 
ambassadeur  Hao  King,  retenu  prisonnier  par  les  Soung, 
est  remis  en  liberté  avec  ses  compagnons,  mais  il  meurt 
en  route  à  Yan  King.  K'oublaï  se  décide  à  envoyer  à  la 
Cour  des  Soung  avec  des  propositions  de  paix  Lien  Hi-kien 
qui  passe  par  Kien  K'ang  ou  Nan  King,  quartier-général 
de  Bayan  ;  arrivé  près  de  Sou  Tcheou,  il  est  attaqué  par  les 
Chinois,  blessé  et  conduit  à  Lin  Ngan  où  il  meurt  ;  la  Cour 
fait  protester  à  Nan  King  de  son  innocence,  rejetant  le 
crime  sur  des  subalternes;  l'officier  Tchang  Yin,  envoj^é 
par  Bayan  à  Lin  Ngan  est  assassiné  en  route.  Le  général 
mongol,  indigné  de  tant  de  perfidie,  veut  poursuivre  la 
guerre  à  outrance,  mais  K'oublaï,  pressé  par  Kaidou,  le 
rappelle  pour  le  mettre  à  la  tête  de  ses  armées  du  nord. 

Kao  Che-kie,  gouverneur  de  Yo  Tcheou,  dans  le  Hou 
Kouang,  forme  le  projet  d'attaquer  Wou  Tcheou  et  occupe 
la  passe  de  King  Kiang,  mais  A  li  hai  ya,  commandant  la 
ville  menacée,  s'avance  avec  sa  flottille,  pénètre  dans  le  lac 
Toung  T'ing  où  s'était  retiré  son  agresseur  qui  est  fait  pri- 
sonnier et  décapité.  Yo  Tcheou  se  rend;  A  li  hai  ya  attaque 
également  Kiang  Ling,  dont  le  gouverneur  Kao  Ta,  mécon- 
tent des  Soung,  se  rend. 

Tsan  Wan-cheou,  qui  commandait  les  troupes  chinoises 
dans  le  Se-Tch'ouan  méridional,  est  investi  dans  Kia  Ting 
et  forcé  de  se  rendre  par  le  gouverneur  mongol  Wang  liang 
tchin;  toutefois  la  pacification  de  cette  province  ne  fut 


K  OUBLAl 


2()I 


terminée  qu'au  commencement  de  1278.  Pendant  ce  temps, 
la  Cour  des  Soung  au  lieu  de  préparer  la  défense,  s'épuisait 
en  vains  efforts  pour  sauver  Kia  Sc-tao;  malgré  toutes  les 
tentatives  faites  en  sa  faveur,  l'incapable  ministre  fut 
disgracié  en  1274  et  relégué  à  Kien  Ning  dans  le  Fou  Kien; 
pendant  le  voyage,  il  fut  assassiné  par  Tcheng  Hou-tchen, 
le  fonctionnaire  chargé  de  l'accompagner,  dont  le  père 
avait  été  lui-même  exilé  par  Kia  Se-tao;  le  meurtrier  fut 
puni  de  mort.  D'autre  part.ATchou  infligeait  une  grande 
défaite  à  Tchang  Che-kie  sur  le  Kiang. 

Comme  nous  l'avons  vu,  Bayan  avait  été  appelé  à  Chang 
Tou  par  K'oublaï  :  il  n'eut  pas  de  peine  à  lui  démontrer 
la  nécessité  de  poursuivre  les  opérations  victorieuses  contre 
les  Soung  au  lieu  de  les  interrompre;  il  fut  récompensé 
de  son  zèle  et  son  avis  fut  écouté.  A  Tchou  vit  aussi  recon- 
naître ses  services.  Un  plan  de  campagne  fut  élaboré  :  à 
Bayan  devait  revenir  l'honneur  de  l'attaque  et  de  l'inves- 
tissement de  la  capitale  Soung,  Lin  Ngan  ;  A  Tchou  poursui- 
vrait la  guerre  dans  le  Houai  Nan  ;  A  li  hai  ya  achèverait  la 
conquête  du  Hou  Kouang  méridional;  Soung  tou  kai,  fils 
du  général  Tatchar,  Liu  Se-koue  et  Li  Hing  avaient  le 
Kiang  Si  pour  objectif. 

Bayan,  après  avoir  visité  le  camp  d'A  Tchou  devant 
Yang  Tcheou,  défendu  par  Li  Ting-tche,  passa  le  Kiang  à 
Man  Teou  et  divisa  ses  troupes  en  trois  corps  pour  marcher 
sur  Lin  Ngan;  le  premier,  commandé  par  Argan  et  Ngao- 
loutche  se  dirigea  de  Kien  K'ang,  par  Kouang  Te  et  Se 
Ngan,  sur  la  forteresse  de  Tou  Soung,  près  de  Hang  Tcheou, 
qui  fut  emportée  d'assaut;  la  seconde  armée,  sous  Toung 
Wen-p'ing  et  Siang  Wei  longea  la  mer  par  la  route  de  Kiang 
Yin,  de  Kan  Pou  et  de  HouaTing;  enfin  la  troisième  armée 
menée  par  Bayan  et  Atahai,  avec  Liu  Wen-houan  à  l'avant- 
garde  prit  la  route  deTch'ang  Tcheou; les  troupes  envoyées 
par  les  Soung  furent  battues,  la  ville  fut  prise  après  une 
vigoureuse  résistance,  et  les  habitants  furent  massacrés. 
Marco  Polo  nous  raconte  1  la  prise  de  cette  ville  qu'il  ap- 
pelle Cingiggui  : 

I.  Page  166. 


292  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

«  Et  si  VOS  dirai  une  mauvese  chouse,  qe  celz  de  celz  cité 
firent  e  cornant  il  l'acatent  chieremant.  Il  loi  voir  qe  quant 
la  provence  dou  Mangi  se  pris  par  les  homes  don  grant  Can, 
et  qe  Baian  en  estoit  chief,  il  avint  que  ceste  Baian  envoie 
une  partie  de  sez  jens  qe  Alani  estoient  qe  estoient  cristienz 
à  ceste  cité  por  prandre.  Or  avint  qe  cesti  Alani  la  pristrent 
et  entrèrent  dedens  la  cité  et  hi  treuvent  si  buen  vin  qc  il  en 
beuent  tant  qu'il  furent  tuit  evriés,  si  qe  se  dormirent  en 
tel  mainere  qe  hi  ne  sentoient  ne  bien  ne  maus.  Et  quant 
les  homes  de  la  cité  virent  qe  celz  qe  l'a  voient  pris  estoient 
tiel  atornés  qe  il  senbloient  homes  mors,  il  ne  font  delea- 
ment,  mes  tout  maintenant  en  celle  nuit  les  occirent  tuit, 
qe  ja  un  seul  n'en  escanpe.  Et  quant  Baian  le  sire  de  la 
grant  host  soit  qe  celz  de  ceste  cité  avoient  ocis  ses  homes 
si  desloiaument,  il  hi  mande  de  sez  jens  asez  e  la  pristrent  à 
force,  et  si  vos  di  toit  voiremant  qe  puis  qu'il  l'ont  prise, 
qu'il  li  ocistrent  à  le  spée,  e  en  tiel  mainere  con  vos  avés  oï 
furent  tant  homes  mors  à  ceste  cité.  » 

M.  Pelliot  remarque  que  «  ce  n'est  pas  à  Tch'ang  Tcheou, 
qu'il  faut  placer  cet  épisode  du  massacre  des  Alains,  mais  un 
peu  au  nord  du  fleuve,  à  Tchen  Tch'ao.-  Le  général  des 
Soung  qui  défendait  la  ville,  Houng  Fou,  fit  semblant  de  se 
soumettre,  puis  grisa  les  Alains  pendant  la  nuit  et  les  mas- 
sacra. Nous  avons  les  noms  de  plusieurs  des  chefs  qui  pé- 
rirent dans  ce  guet-apens.  Tchen  Tch'ao  déchut  alors  de  son 
rang  de  préfecture  et  les  revenus  de  la  ville  furent  donnés 
en  apanage  aux  familles  d'Alains  dont  les  chefs  étaient 
tombés  victimes  de  Houng  Fou.  L'analogie  phonétique  de 
Tch'ang  Tcheou  et  de  Tchen  Tch'ao  rend  sans  doute 
compte  de  la  confusion  commise  par  Marco  Polo  ^  ». 

L'impératrice  envoie  un  émissaire  à  Bayan  qui  ne 
l'écoute  pas.  Le  général  mongol  s'empare  de  Sou  Tcheou 
(P'ing  Kiang)  où  il  reçoit  de  nouvelles  propositions  de  con- 
ciliation qui  sont  rejetées  :  l'empereur  serait  appelé  neveu 
ou  petit  neveu  de  K'oublaï.  En  janvier  1276,  à  l'insu  du 
ministre  Tchen  Yi-tchoung,  l'impératrice  demande  à  Bayan 
la  paix,  l'empereur  acceptant  de  se  qualifier  sujet  du  Grand 

I.    T'oung Pao,  déc.  1914,  pp.  641-642. 


k'ourlaï  293 

Khan  et  de  payer  un  tribut  annuel  de  250.000  onces  d'ar- 
gent et  de  remettre  un  nombre  égal  de  pièces  de  soieries. 

Bayan,  maître  de  Kia  Hing,  s'approche  de  Lin  Ngan; 
devant  ce  pressant  danger,  pour  assurer  l'avenir  de  la  dy- 
nastie en  cas  d'une  catastrophe,  l'impératrice  envoie  dans 
le  Fou  Kien  les  frères  de  l'empereur,  Ki  Wang  dont  le  nom 
est  chaYigé  en  celui  de  Yi  Wang,  à  Fou  Tcheou,  et  Sin  Wang 
qui  prend  le  nom  de  Koung  Wang.à  Siouen  Tcheou.  Lorsque 
Bayan  parut  devant  Lin  Ngan,  en  signe  de  sa  soumission, 
l'impératrice  lui  fait  remettre  le  sceau  de  l'Empire  qui  est 
immédiatement   envoyé  à  K'oublaï  à  Chang  Tou;  Tchen 
Yi-tchoung  opposé  à  cette  mesure  se  retire  à  Wen  Tcheou  ; 
Tchang  Che-kie  passe  à  Ting  Haï  et  refuse  de  se  rendre  aux 
Mongols.    L'impératrice    nomme    premier    ministre    Wen 
Tien-siang  et  l'envoie  avec  Wou  Kien  en  mission  au  camp 
de  Bayan;  les  Chinois  demandent  au  général  mongol  de 
ramener  ses  troupes  à  P'ing  Kiang,  ou  au  moins  à  Kia  Hing, 
et  de  traiter  ensuite  de  la  paix.  Bayan  renvoie  Wou  Kien  et 
retient  Wen  Tien-siang  ;  il  est  le  maître  de  la  situation  et  il 
n'a  aucune  intention  de  négocier  avec  un  adversaire  complè- 
tement désemparé  :  il  nomme  à  Lin  Ngan  un   conseil  de 
gouvernement  composé  de  Chinois  et  de  Mongols  présidé 
par  Man  hou   taï  et  Fan  W'en-chou  ;  il  fait  occuper  par  ses 
soldats  les  points  principaux  de  la  ville  et,  à  la  3®  lune  de 
1276,  il  s'y  rend  solennellement  de  Houa  Tcheou;  il  ne  reste 
que  quelques  heures  dans  la  capitale  et  en  repart  le  lende- 
main sans  avoir  vu  l'empereur  et  l'impératrice,  qui  restent 
sous  la  surveillance  de  deux  fonctionnaires  chinois.  Peu 
après,  en  mai,  le  général  Atahaï  invite  l'empereur  et  sa 
mère  à  se  préparer  à   se   rendre  à  la  Cour  de  K'oublaï, 
tandis  que  la  régente,  grand'mère  de  l'empereur,  malade, 
est  laissée  à  Lin  Ngan  jusqu'au  rétablissement  de  sa  santé. 

Bayan  fît  porter  à  Khan  Baliq  les  richesses  de  Lin  Ngan, 
et  c'est  de  lui  que  date  la  Bibliothèque  impériale,  accrue 
plus  tard  des  documents  des  Youen,  des  Ming,  des  Ts'ing; 
la  bibliothèque  fut  épargnée,  lors  de  l'incendie  d'une  partie 
du  palais,  à  l'époque  de  la  révolte  de  Li  Tseu-tch'eng. 

Mais  quelques  généraux  restés  fidèles  à  leur  souverain 


291  HISTOIRE   GÉNÉRALE  DE  LA  CHINE 

au  milieu  du  désarrcn  universel,  tentent  un  eflort  suprême 
de  résistance.  Tant  d'humiliations  stimule  leur  patriotisme. 
Li  TiNG  TCHE  et  KiangTsai,  commandant  de  Yang  Tcheou 
essaient  la  nuit  de  déli\Tei  les  captifs  passant  à  Koua 
Tcheou,  mais  ils  sont  repoussés  ;  à  Tchen  Tcheou,  nouvelle 
tentative,  nouvel  insuccès.  L'empereur  arrivé  à  la  5®  lune  à 
Chang  Tou  tut  bien  traité  mais  réduit  au  rang  deKoun^ 
avec  le  titre  de  Hlvo  (Hiao  Koimg);  quant  aux  deux  impé- 
ratrices, elles  turent  dépouillées  de  leurs  titres;  les  richesse? 
de  Lin  Xgan  lurent  transportées  par  eau  jusqu'à  Tien 
Tsin  et  de  là  à  Ta  Tou. 

La  campagne  de  Ba  van  contre  Lin  Xgan  n'empêchait  pas 
A  li  hai  va  de  poursui\Te  la  lutte  dans  le  sud  du  Hou  Kouang 
et  de  s'emparer  de  Tan  Tcheou  (Tch'ang  Cha)  dont  le 
gouverneur  Li  For  et  la  plupart  des  autres  fonctionnaire? 
se  suicidèrent  ou  s'entre-tuèrent  pour  échapper  an  jouî: 
étranger  ;  les  autres  viHes  de  la  r^on  se  rendfirent  au  vain- 
queur; d'un  autre  côté  les  généraux  SoungTou  kai  et  Li 
Hing  capturaient  Fou  Tcheou  au  Kiang  Si  dont  onze  villes 
firent  leur  soumission.  Au  moment  de  retoumiar  dans  ie 
nord,  Bayan  reconmianda  aux  généraux  Argan  et  Toung 
W'en-p'ing  qui  restaient  à  Lin  Ngan  à  la  tête  des  troupe^ 
mongoles  de  surveiller  les  agissements  des  princes  soung 
réfugiés  au  Fou  Kien  qui  ra^emblaient  des  troupes  pour 
envahir  le  Kiang  Si  Yi  Wang,  fils  aîné  de  Tou  Tsoung,  fii: 
proclamé  à  Wen  Tcheou  par  le  ministre  Tchen  Yi-tchoung 
le  général  Tchang  Che-kîe  et  les  fonctionnaires,  Gouvemeii: 
général  de  l'Emptire,  avec  son  frère  Komig  Wang,  comme 
associé.  Houang  Wan-tan,  commandant  les  troupes  mon- 
goles destinées  à  faire  la  conquête  du  Fou  Kien,  ayant  éie 
battu  et  chassé  de  la  province,  les  deux  princes  se  rendirent 
dans  la  capitale.  Fou  Tcheou.  où  Yi  Wang  âgé  de  neuf  ans 
seulement  fut  élu  empereur  à  la  5*  lune  (juin  1276)  ;  il  porte 
le  titre  de  TorAX  Tsoung.  Wen  T'ien-siang,  qui  avait  réos?. 
à  échapper  aux  Mongols  fut  mis  à  la  tête  des  forces  Soong 
di\'isées  en  quatre  armées  qui  devaient  opérer  dans  le  Kian^ 
Si,  le  Kiang  Toung,  le  Tche  Toung  et  le  Houai  ;  ce  fut  le  gé- 
néral mongol  Sontou  qui  fut  chargé  de  conduire  la  guerre 


K  OUBLAÏ  293 

Désobéissant  aux  ordres  de  l'impératrice,  le  brave  Li 
Ting-tche  continuait  à  défendre  Yang  Tcheou  contre 
A  Tchou,  malgré  la  terrible  famine  qui  sévissait  dans  la 
ville;  apprenant  l'élection  de  Yi  Wang  à  l'Empire, Li  Ting- 
tche  laisse  Tchou  Houan  pout  continuer  la  défense,  et 
avec  Kiang  Tsai  et  7.000  hommes,  se  dirige  vers  T'ai 
Tcheou  pour  rejoindre  le  prince  par  mer  à  Fou  Tcheou. 
Mais  le  misérable  Tchou  Houan  s'empresse  de  livrer  aux 
Mongols  la  place  qui  lui  était  confiée.  Li  Ting-tche  pour- 
suivi, se  jette  dans  T'ai  Tcheou  où  il  est  assiégé,  mais 
trahi  par  deux  officiers  qui  ouvrent  à  l'ennemi  les  portes 
de  la  ville,  il  se  précipite  dans  un  étang  dont  il  est  retiré 
vivant;  il  refuse  comme  Kiang  Tsai  d'accepter  du  service 
chez  les  Mongols,  et  les  deux  héros  conduits  à  Yang  Tcheou 
y  sont  mis  à  mort  impitoyablement. 

Plus  au  sud,  les  généraux  tartares  Argan  et  Toung  Wen- 
ping  s'avancent  dans  le  Tche  Kiang ,  batte  nt  les  troupes  Soung 
près  de  Tchou  Tcheou  et  s'emparent  de  la  forteresse  de  Cha 
Wou,  au  Fou  Kien.  Tchen  Yi-  toung  et  Tchang  Che-kie, 
devant  ce  pressant  péril,  font  embarquer  l'empereur,  son 
frère  et  sa  Cour  pour  Ts'iouen  Tcheou;  le  gouverneur  dont 
les  entreprises  commerciales  auraient  été  gênées,  s'oppose 
à  leur  débarquement,  les  force  à  s'éloigner  et  rend  sa  ville 
aux  Mongols;  son  exemple  est  suivi  par  Hing  Houa. 

Les  soldats  de  A  li  hai  va  avaient  franchi  la  passe  de  Mei 
Ling,  qui  fait  communiquer  le  bassin  du  Si  Kiang  avec 
le  Kiang  Si  et  mirent  le  siège  devant  Kouei  Lin,  capitale  de 
la  province  de  Kouang  Si,  située  sur  la  rive  occidentale  du 
Kouei  Kiang;  cette  ville  était  vigoureusement  défendue 
par  Ma  Ki  ;  Ali  hai  ya  avant  détourné  le  cours  du  fleuve, 
les  fossés  de  la  place  furent  mis  à  sec;  la  ville  fut  emportée 
d'assaut,  Ma  Ki  fut  tué  dans  le  corps  à  corps  dans  les  rues, 
les  habitants  furent  massacrés;  ce  succès  amena  la  reddition 
des  autres  villes  du  Kouang  Si. 

L'empereur TouanTsoung  étant  arrivé  en  décembre  1276 
à  Houei  Tcheou  dans  le  Kouang  Toung,  expédia  au  général 
Sou  Tou  une  lettre  adressée  à  K'oublaï  pour  lui  offrir  sa 
soumission  ;  Sou  Tou  envoya  cette  lettre  à  la  Cour  par  son 


2.^6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

fils  accompagné  du  porteur  l'officier  soung,  mais  on  ignore 
quelle  suite  fut  donnée  à  l'affaire;  néanmoins  les  opérations 
militaires  furent  poursuivies  dans  le  Kouang  Toung,  qui  fut 
entièrement  soumis. 

K'oublaï  ayant  rappelé 'du  midi  de  la  Chine  une  partie 
de  ses  troupes,  les  Soung  reprirent  courage  et  s'emparèrent 
de  quelques  villes  du  Fou  Kien,  du  Kouang  Toung,  du 
Hou  Kouang  et  du  Kiang  Si.  Tchang  Tche-kié  avait  mis 
le  siège  devant  Ts'iouenTcheou,  mais  il  fut  obligé  de  le  lever 
par  Sou  Tou  qui,  peu  confiant  dans  la  bonne  foi  chinoise,  fit 
massacrer  les  gens  de  Hing  Houa  et  de  Tch'ang  Tcheou  au 
Fou  Kien.  Les  Soung  avaient  dans  le  Kiang  Si  deux  armées 
commandées  par  Wen  Tien-siang  et  par  Tseou  Foung,  mais 
le  général  au  service  mongol  Li  Heng  ravitaille,  à  la  8^  lune, 
Kan  Tcheou  que  le  premier  se  préparait  à  attaquer, 
manœuvre  de  manière  à  empêcher  la  jonction  des  deux 
chefs  chinois,  force  à  la  retraite  Wen  Tien-siang,  dont  il  cap- 
ture la  femme  et  les  deux  fils  qui  sont  envoyés  à  Ta  Tou. 

Devant  ce  renouveau  de  l'activité  des  Soung,  K'oublaï 
renvoie  des  troupes  dans  le  midi  :  les  unes,  commandées 
par  Ta  Tchou,  Li  Heng  et  Liu  Se-koue,  devaient  franchir 
le  Ta  yin  hng,  tandis  que  la  flotte  avec  Mankoutai,  Soutou, 
Pou  Cheou-king  et  Liou  Chen  attaquerait  les  bateaux  des 
Soung.  Sou  Tou  et  Ta  Tchou  devaient  opérer  leur  jonction 
à  Foung  Tchang  (province  de  Canton).  Soutou  mit  à  la 
voile  pour  Hing  Houa  dont  il  s'empara  ainsi  que  de 
Ts'iouen  Tcheou,  mais  il  échoua  devant  Tchao  Tcheou;  il 
se  rembarqua  alors  pour  se  rendre  à  Houei  Tcheou,  et 
rejoignit  Liu  Se-koue  ;  les  deux  généraux  se  présentèrent 
devant  Canton  qui  se  rendit  et  ils  se  réunirent  ensuite  à 
Ta  Tchou  (décembre). 

Ta  Tchou  renvoya  Sou  Tou  assiéger  Tchao  Tcheou, 
défendu  par  Ma  Fa  qui  fut  malheureusement  tué  dans 
une  sortie;  les  Mongols  pénétrèrent  dans  la  ville  à  la  suite 
des  fuyards  (1278). 

L'infortuné  Touan  Tsoung,  errant  à  l'aventure  avec  sa 
flotte,  mourut  dans  la  petite  île  déserte  de  Kang  Tch'ouan 
en  mai  (4^  lune)  1278  ;  il  n'avait  que  dix  ans.  La  plupart  de 


k'oublaï  297 

ses  partisans  découragés  songeaient  à  faire  leur  soumission 
aux  Mongols,  mais  Liou  SiEor-i-or  les  détourna  de  ce  j)rojet 
et  fit  proclamer  empereur  Kouang  Wang,  dont  le  nom 
de  règne  est  Ti  Ping.  Tchen  Yi-  tchoung  était  alors  au 
Tchen  Tch'ing,  chargé  d'une  mission  d'où  il  ne  revint  pas, 
Liou  Sou-fou  et  TchangChe-kie  furent  les  ministres  de  l'em- 
pereur sans  empire. 

Mais  la  catastrophe  était  proche  :  la  flotte  chinoise  por- 
tant, disait-on,  500.000  hommes  !  représentait  tout  ce  qui 
subsistait  de  la  puissance  impériale  ;  elle  était  réfugiée  dans  la 
golfe  de  Canton,  dans  le  détroit  formé  par  le  Yai  Chan  et  le 
Ki  che  chan,  au  sud  de  Sien  Houei  hien.  Sur  le  sommet  de 
l'île,  le  dévoué  Tchang  Che-kié  fit  construire  un  palais  en 
bois  pour  loger  l'empereur  et  l'impératrice,  sa  mère,  et  des 
baraquements  pour  les  soldats;  ils  étaient  ravitaillés  par 
les  villes  du  littoral.  Les  Mongols,  dont  les  efforts  étaient 
dispersés  sur  une  trop  grande  étendue  de  pays,  ne  pouvaient 
garder  toutes  les  places  dont  ils  s'emparaient  et  ils  perdi- 
rent même  Canton  que  reprit  W'en  Tien-siang  en  avril  1278. 
Aussi  Tchang  Houng-fan,  fils  de  Tchang  Jeou,  fut-il  chargé 
par  K'oublaï  d'achever  la  conquête  complète  du  Kouang 
Toung  et  d'anéantir  les  forces  de  Ti  Ping.  Tchang  Houng- 
fan  ayant  réuni  20.000  hommes  à  Yang  Tcheou,  se  rendit 
par  mer  au  Kouang  Toung;  après  sa  défaite,  Wen  Tien- 
siang  avait  réuni  les  débris  de  son  armée  à  Tchao  Yang,  où 
rejoint  par  les  généraux  Tseou  Foung  et  Lieou  Tseu-hiun, 
il  avait  concentré  des  forces  qui,  quoique  considérables, 
ne  lui  semblèrent  pas  suffisantes  pour  arrêter  Tchang 
Houng-fan,  et  il  se  retira  vers  Hai  Foung;  mais  poursuivi 
dans  sa  retraite,  ses  troupes  se  débandèrent;  les  trois  géné- 
raux chinois  furent  capturés.  Lieou  Tseu-hiun  se  tua,  Tseou 
Foung  fut  brûlé  vif  et  Wen  Tien-siang,  après  avoir  essayé 
de  s'empoisonner,  fut  conduit  à  Ta  Tou.  Tchang  Houng-fan 
ayant  embarqué  son  armée  sur  sa  flotte  restée  près  de  Tchao 
Yang,  parut  tout  à  coup  devant  Yai  Chan  (31  janvier 
1279);  ^1  essaya  en  vain  de  détruire  la  flotte  chinoise  avec 
des  brûlots;  de  son  côté  Tchang  Che-Kié  ne  fut  pas  plus 
heureux  dans  une  attaque  contre  son  redoutable  adversaire 


29S  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

qui,  ayant  reçu  des  renforts  amenés  par  Li  Heng,  chargea 
ce  dernier  de  préparer  l'offensive  au  nord  de  la  place,  tandis 
que  lui  opérerait  au  sud;  sentant  l'imminence  du  danger, 
profitant  du  brouillard,  Tchang  Che-kié  et  Sou  Lieou-yi 
prirent  le  large  avec  seize  grands  navires  (3  avril),  mais 
le  vaisseau  qui  portait  l'empereur,  commandé  par  Lou  Siou- 
fou,  étant  d'un  trop  fort  tonnage,  ne  put  les  suivre;  il  n'y 
avait  plus  de  chance  de  salut  :  Liou  jette  à  la  mer  sa  femme 
et  ses  enfants,  puis  se  précipite  dans  les  flots  avec  l'empereur 
dont  on  reconnut  le  cadavre  sur  lequel  on  trouva  le  sceau 
de  l'Empire;  huit  cents  navires  chinois  lurent  pris  par  les 
Mongols. 

Tchang  Che-kié,  ayant  appris  la  mort  de  l'empereur, 
rejoignit  le  vaisseau  ^ur  lequel  fuyait  l'impératrice-mère  à 
laquelle  il  demanda  de  désigner  un  autre  prince  de  la  maison 
de  Tchao  pour  continuer  la  dynastie,  mais  cette  princesse 
désespérée  se  jeta  à  la  mer  avec  ses  suivantes;  Tchang 
Che-kié,  après  l'avoir  fait  inhumer  sur  le  rivage,  gagna  le 
Tong  King  et  avec  les  secours  qu'il  y  trouva,  toujours 
indomptable,  voulut  retourner  à  Canton  pour  y  installer 
un  nouvel  empereur,  mais  il  fît  naufrage  et  périt  en  route. 
Quant  à  Sou  Lieou-yi,  il  fut  tué  par  ses  propres  soldats. 
K'oublaï  restait  maître  de  la  Chine  dont  l'unité  était  réa- 
lisée une  fois  de  plus.  Les  Soung  avaient  régné  pendant  une 
période  de  320  années. 


CHAPITRE  XVIII 

Les  Mongols  :  K'oublaï  (suite). 

CETTE  ambition  effrénée  qui  poussait  K'oublaï  à  Le  Japon, 
chercher  à  étabhr  une  domination  universelle, 
l'entraîna  à  une  lutte  malheureuse  contre  l'archipel 
voisin  du  Japon.  Marco  Polo  appelle  cet  empire  Jipangon 
et  Zipangou,  transcription  du  chinois  Je  peun  koico,  Em- 
pire du  Soleil  Levant,  en  japonais  Nippon,  Nihon;  la  célèbre 
famille  de  Hojo  exerçait  alors  sous  le  titre  de  «  régents  >; 
le  pouvoir  à  la  Cour  de  Kamakura  au  nom  du  tenno  (em- 
pereur) à  Kyoto  et  du  Shogoun  à  Kamakura.  Kameyama 
Tenno  était  monté  sur  le  trône  en  1260;  Kore-yasu  était 
shogoun  depuis  1266  ;  leur  autorité  nominale,  était  toute 
entière  entre  les  mains  du  shikken  Hojo  Tokimune,  qui 
avait  remplacé  Hojo  Tokiyori  en  1261  ;  c'est  à  lui  que  re- 
vient la  gloire  d'avoir  repoussé  l'invasion  mongole. 

Les  Annales  des  Empereurs  du  Japon  1  nous  apprennent 
qu'en  1268,  «  un  ambassadeur  des  Moko  (Moung  kou)  arriva 
par  mer  à  Taï  saï  fou.  Il  était  porteur  d'une  lettre  qui  fut 
envoyée  d'abord  dans  le  Kouanto,  et  de  là  à  Miyako.  Comme 
cette  lettre  était  conçue  en  termes  grossiers,  on  n'y  fit  point 
de  réponse.  »  Toutefois,  la  Corée  fut  la  cause  indirecte  de  la 
guerre  entre  la  Chine  et  le  Japon,  dont  les  corsaires  pillaient 
les  côtes  de  la  péninsule  voisine;  ces  écumeurs  de  mer  dé- 
barquèrent même  en  1264  au  sud  du  pays,  mais  ils  furent 
chassés  par  le  général  An  Houng. 

En  1265,  un  Coréen  nommé  Tcho  I,  suggéra  au  Grand 
Khan  ce  que  celui-ci  n'était  que  trop  enclin  de  faire  : 
exiger  du  Japon  une  reconnaissance  de  vasselage  vis- 
à-vis    de    la     Chine.    K'oublaï    en    conséquence    désigna 

I.   Publiées  en  1834  par  Titsingh,  p.  25S. 


300  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

Heli  (Heuk  Chuk)  et  Yin  Houng  (Eun  Houng)  pour 
se  rendre  dans  l'Empire  du  Soleil  Levant  par  la  voie  de 
la  Corée  où  ils  prendraient  Son  Kun-bi  et  Kim  Ch'an 
pour  les  accompagner.  Un  ouragan  empêcha  la  mission 
d'arriver  à  destination  et  les  envoyés  mongols  revinrent 
à  Pe  King.  K'oublaï,  irrité,  renvoya  Heuk  Chuk  avec  ordre 
au  roi  de  Corée  de  le  faire  accompagner  au  Japon  ;  la  mission 
du  Grand  Khan  y  fut  reçue  avec  peu  de  considération  et 
revint  au  bout  de  cinq  mois  ^. 

Tout  en  préparant  une  invasion,  K'oublaï  envoya  en 
1270  Cho  Young-p'il  et  Houng  Ta-gu  avec  le  Coréen 
Yang  Yun-so  demander  à  nouveau  la  soumission  du  Japon 
qui  consentit  à  lui  envoyer  une  ambassade.  Enfin  en  1274, 
les  Mongols  avaient  réuni  sur  la  côte  sud-est  de  Corée, 
250.000  Tartares  sous  les  ordres  des  généraux  Wo  Tun 
(Hol  Ton),  Houng  Tch'a-k'ieou  (Houng  Ta-gu)  et  LiEOU 
Fou-t'ing  (Yu  Pok-hyong)  et  15.000  Coréens,  commandés 
par  Kim  Pang-gyvng,  qui  devaient  être  transportés  sur 
900  bateaux.  Arrivées  à  Iki  shima,  ces  forces  engagèrent 
un  combat  naval  dans  lequel  périt  Lieou  Fou-t'ing,  percé 
d'une  flèche,  puis  elles  débarquèrent  au  nord  de  Kiu  Shiu 
à  l'entrée  du  détroit  de  Shimonoseki.  Mais  les  Japonais  et 
un  typhon  aidant,  l'envahisseur  fut  repoussé,  perdant 
13.000  hommes;  le  reste  regagna  la  Corée  ^. 

En  1275,  nouvelle  ambassade  mongole  envoyée  à  Kama- 
kura  avec  Tchou  Che-toung  à  sa  tête,  accompagné  d'un 
Coréen;  les  Japonais  le  mettent  à  mort  et  sa  tête  est  ex- 
posée ^.  En  1281,  les  Mongols  préparent  une  grande  expé- 
dition à  la  tête  de  laquelle  sont  placés  A  la  han.  Fan  Bun- 
Ko  (Fan  Wen-hu),  Kinto  (Hinto)  et  Kosakio  (Houng 
Tch'a-k'ieou)  ;  cent  mille  hommes  sont  réunis.  A  la  han 
étant  tombé  malade  au  début  est  remplacé  par  A  ta  hai. 
L'armée  mongole  embarquée  à  Lin  Ngan  et  à  Ts'iouen 
Tcheou  se  rendit  en  Corée,  puis  débarqua  à  Firando  (P'ing 
Hu)  et  de  là   passa  à   Goriosan  (Ouloungchan).  Entourés 

1.  Korea  Review,  voL  2,  n°  i. 

2.  Korea  Review,  l.  c,  Titsingh,  p.  259. 

3.  ÏITSINGH,  p.  259. 


K  OUBI.Al  301 

et  écrasés  par  les  Japonais,  30.000  Mongols  lurent  massacrés 
et  70.000  Coréens  et  Chinois  furent  réduits  en  esclavage. 
On  peut  lire  dans  Marco  Polo  le  récit  de  ce  désastre.  Malgré 
ses  insuccès  constants,  le  Grand  Khan,  en  1283,  prépara 
une  nouvelle  expédition,  qui  devait  être  dirigée  par  A  ta  hai 
contre  le  Japon,  mais  il  fut  obligé  d'y  renoncer  devant  le 
mécontentement  général. 

LeTchampavenaitde terminer  une  lutte  d'un  siècle  contre 
les  Khmcrs  qui  avaient  maintenant  à  se  défendre  contre 
le  Siam,  mais  il  allait  se  trouver  d'une  manière  inattendue 
en  présence  d'un  nouvel  ennemi,  les  Mongols.  Sur  ce  pays, 
séparé  des  provinces  méridionales  de  la  Chine  par  l'Annam, 
régnait  Jaya  Sinhavarman  qui,  en  1277,  P^it  le  nom  d' In- 
dra varman  VI  ;  il  est  désigné  par  Marco  Polo  sous  le  nom 
d'AccAMBALE  ;  princc  pacifique,  il  avait  de  bonne  heure 
renoué  de  bonnes  relations  avec  ses  voisins  du  Dai  Viêt 
(An-nam).  Dès  1278,  le  général  mongol  Sagatou  (Sou  Tou), 
après  la  prise  de  Canton,  avertissait  K'oublaï  qu'Indra- 
varman  était  disposé  à  reconnaître  la  suzeraineté  du  Grand 
Khan;  en  conséquence  K'oublaï  conféra  au  roi  de  Tchampa 
le  titre  de  Kiun  wang  (prince  du  second  ordre)  et  reçut 
bien  ses  ambassadeurs.  En  1280,  une  ambassade  compre- 
nant Sagatou  lut  envoyée  au  Tchampa  pour  inviter  le  roi 
;'i  venir  en  personne  à  la  Cour  mongole.  Le  roi  de  Tchampa, 
peu  désireux  d'entreprendre  un  lointain  voyage,  se  con- 
tenta d'envoyer  plusieurs  ambassades  qui  ne  suffirent  pas 
à  satisfaire  la  vanité  enfantine  mais  tenace  de  l'Empereur. 
K'oublaï  chargea  Sagatou,  accompagné  de  Lieou  Cheng,  de 
se  rendre  au  Tchampa  qu'ils  devaient  diviser  en  circons- 
criptions; c'était  en  réalité  la  main  mise  sur  le  royaume; 
devant  le  mécontentement  des  habitants,  les  commissaires 
chinois  durent  se  retirer.  Irrité,  K'oublaï  leva  une  armée 
de  5.000  hommes  qui,  sous  le  commandement  de  Sagatou 
(12  juillet  1282),  s'embarqua  à  Canton  et  débarqua  au 
Tchampa  :  l'armée  tchamc  occupait  la  forteresse  de  Mou 
Tcheng  fortement  défendue  et  protégée  par  l'armée  du 
prince  Harijit,  fils  d'Indravarman.  Après  une  tentative  de 
concihation,    Sagatou    attaqua    les    Tchames    (i^'"    mois, 


30-  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

15®  jour  1283);  le  général  mongol  pénétra  dans  la  citadelle; 
Indravarman  prit  la  fuite,  et  cherchant  à  gagner  du  temps, 
se  réfugia  dans  les  montagnes  où  il  restait  inaccessible; 
malgré  des  renforts,  les  victoires  mongoles  restaient  stériles  1. 

K'oublaï  voulant  en  finir  se  décida  à  envoyer  une  armée 
par  terre,  qui  devait  traverser  le  Dai  Viet;  la  question 
tchame  allait  donc  se  doubler  d'une  question  annamite. 

La  lutte  contre  les  Soung  dans  les  provinces  limitrophes 
de  l'Empire  devait  attirer  l'attention  du  Grand  Khan  sur 
le  royaume  voisin  de  Ngan  Nan  où  se  réfugiaient  d'ailleurs 
un  certain  nombre  de  vaincus.  L'empereur  de  Ngan  Nan 
(An  nam)  était  Tran  Th'anh-tông  (Khoan),  deuxième  sou- 
verain de  la  quatrième  dynastie  qui  régnait  sur  ce  pays,  celle 
des  Trân  ;  il  avait  abdiqué  en  1274  en  faveur  de  son  fils  Tran 
Nho'n-tông.  K'oublaï  somma  ce  prince  de  se  rendre  à  sa 
Cour  pour  se  reconnaître  son  vassal;  l'empereur  d'An  nam 
se  contenta  d'envoyer  une  ambassade  à  la  capitale  mongole. 
Furieux,  K'oublaï  déclara  «  Trân  Nho'n-tông,  déchu  de 
la  dignité  royale,  et  désigna  pour  le  remplacer  le  chef  de 
l'ambassade  annamite,  Tran-di-aï,  propre  parent  du  roi 
qu'il  renvoie  en  Annam  escorté  d'un  ambassadeur  militaire 
spécial  et  de  1000  soldats  pour  l'installer  sur  le  trône.  Tou- 
tefois Trân  Nho'n-tông  résista  au  délégué  impérial  et  refusa 
de  se  rendre  aux  volontés  de  celui  qui  l'envoyait,  il  était 
sur  le  trône,  il  ne  voulut  pas  en  descendre  ^w. 

En  1280,  le  général  Sou  Tou  (Sagatou)  (Toa  do)  pénétra 
au  Ngan  Nan,  à  la  6^  lune,  et  s'avança  sans  résistance 
jusqu'à TchenTchen  qu'il  ruina.  Tran, Nho'n-tông  lui  coupa 
la  retraite  et  Sou  Tou  ne  s'échappa  qu'après  avoir  perdu 
une  grande  partie  de  ses  troupes  décimées  par  la  chaleur  et 
les  armes.  A  la  suite  du  rapport  de  Sou  Tou,  en  1284, 
K'oublai  désigna  son  fils  T'o  Houan,  appelé  par  les  Anna- 
mites Thoac  hoang,  pour  commander,  avec  Li  Heng  sous 
ses  ordres,  la  principale  armée  d'invasion,  tandis  que  Sou 
Tou  et  Omanhi  dirigeaient  un  autre  corps.  Le  26  de  la  dou- 
zième lune  de  1285,  l'armée  impériale  passait  la  frontière, 

1.  Georges  Maspero,  Champa,  pp.  234  seq. 

2.  Tru'o'ng-vinh-ky,  I,  pp.  84-85. 


K  OUBLAl  303 

venant  de  Yun  Xan  fou  au  Fou  liang  kiang  ou  Ho  ti  ho 
(haut  fleuve  Rouge)  et  demanda  pour  se  rendre  au  Tchampa 
le  libre  passage  qui  lui  fut  refusé.  C'étaient  les  chaleurs  de 
l'été,  les  Mongols  accoutumés  à  des  climats  plus  froids, 
furent  obhgés  de  se  retirer  au  Yun  Nan;  ils  sont  pour- 
suivis dans  leur  retraite  par  les  Annamites,  commandés 
par  Ouoc  tuân,  et  Li  Heng  est  tué  d'une  flèche  empoi- 
sonnée. L'armée  de  Sou  Tou  qui  opérait  séparément  est 
coupée  à  Tay  Kiêt  et  son  chef  est  décapité,  tandis  qu'un 
grand  nombre  de  prisonniers  restent  aux  mains  des  An- 
namites. 

K'oublaï  eut  à  cette  époque  la  douleur  de  perdre  son  fils 
TcHENG  KIN  (Yu  TsouNG,  prince  de  Yen)  qui  mourut  à  la 
12^  lune  1285,  à  l'âge  de  43  ans,  laissant  des  regrets  uni- 
versels. «  Il  fut  un  modèle  de  vertu  et  de  bonnes  mœurs. 
Yao  Chou  et  Teoumé  qui  avaient  cultivé  ses  talents,  lui 
avaient  associé  de  jeunes  seigneurs  chinois  et  mongous 
pleins  d'esprit  avec  lesquels  il  se  rendit  très  habile  dans 
toutes  les  sciences,  dans  Khistoire,  la  géographie  et  les 
mathématiques,  dans  l'art  militaire  et  principalement  dans 
celui  du  gouvernement.  Honnête  et  grave  avec  les  Grands, 
il  ne  leur  parlait  jamais  que  comme  à  des  sages  dont  il  at- 
tendait des  instructions.  Affable  et  doux  envers  le  peuple, 
il  était  toujours  prêt  à  le  soulager  dans  ses  besoins  et  il  ne 
s'occupait  qu'à  le  rendre  heureux;  aussi  etait-il  l'ennemi  de 
ces  ministres  lâchement  complaisans  à  qui  rien  ne  coûte 
pour  se  maintenir  dans  la  faveur  de  leur  maître  ^  » 

«  Cependant,  nous  dit  un  historien  annamite,  l'empereur 
de  la  Chine,  furieux  des  désastres  éprouvés  par  ses  troupes, 
rappelle  le  corps  expéditionnaire  du  Japon,  reforme  de 
nouvelles  armées  pour  les  jeter  de  nouveau  sur  l'Annam, 
dont  il  ordonne  à  ses  généraux  de  s'emparer  pour  y  placer 
le  roi  qu'il  avait  désigné,  le  traître  Trân-ich-tac.  Mais  la 
Cour  réussit  à  dissuader  l'empereur,  en  lui  faisant  craindre 
la  rencontre  d'une  nouvelle  mauvaise  fortune  dans  laquelle 
il  risquait  d'user  tout  le  prestige  dont  il  avait  besoin  dans 
la  conquête  de  l'Empire.  Cette  expédition  fut  donc  ajournée 

I.  Mailla,  IX,  pp.  424-425. 


304  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

et  Trân-ich-tac  reçut  500  mâu  de  rizières  pour  pourvoir  à 
son  entretien  1.  » 

En  1287,  T'o  Houan  pénètre  au  Ngan  Nan  ;  victorieux 
dans  dix-sept  rencontres,  il  pille  Tchen  Tchen,  puis  rentre 
au  Yun  Nan  ;  l'année  suivante,  à  la  troisième  lune,  T'o  Houan 
rentre  dans  le  Ngan  Nan;  le  roi  l'amuse  par  de  feintes  négo- 
ciations; la  maladie  se  met  dans  l'armée  mongole  qui,  lors- 
qu'elle est  affaiblie,  est  attaquée  par  300.000  Annamites, 
commandés  par  Khanh-du',  tandis  que  Quôc  tuan  détruit 
la  flotte  tartare.  T'o  Houan,  échappé  à  la  débâcle,  s'enfuit 
et  est  destitué  par  son  père.  Le  roi  de  Ngan  Nan  rentré 
dans  sa  capitale,  se'montra  modeste  dans  son  triomphe;  il 
envoya  au  Grand  Khan  une  statue  d'or  en  tribut,  lui  rendit 
ses  généraux  prisonniers  et  lui  exprima  ses  regrets  d'avoir 
été  obligé  de  résister  aux  armées  impériales.  Toujours 
obstiné,  K'oublaï  envoya  en  1292  une  nouvelle  ambassade 
à  Tran  Nho'n-tông  pour  lui  ordonner  de  venir  lui  rendre 
hommage  à  sa  Cour;  le  souverain  annamite  se  contenta 
d'envoyer  un  ambassadeur,  Nguyên  dai  phap,  avec  des 
présents.  Nouvelle  ambassade  mongole  menaçant  le  Ngan 
Nan  de  la  guerre,  si  le  roi  ne  se  rend  pas  à  Pe  King  ;  nouvelle 
ambassade  annamite,  nouveaux  présents;  fureur  du  Grand 
Khan  que  la  mort  seule  empêcha  de  mettre  ses  menaces  à 
exécution  quoiqu'il  fut  détourné  de  ses  projets  belliqueux 
par  de  sages  conseillers. 
Le  Mien.  En  1271,  K'oublaï  donna  l' Ordre  aux  préfets  de  Ta  Liet 
de  Yun  Nan  fou  d'exiger  du  roi  de  Mien  (Birmanie),  Nara- 
SIHAPATI,  qui  régnait  à  Pagan  sur  la  Haute  et  la  Basse 
Birmanie,  l'Arakan,  le  Tenasserim  et  les  États  shans 
jusqu'à  Zimmé,  la  reconnaissance  de  sa  vassalité  à  l'égard 
de  la  Chine;  dans  ce  but  K'i-t'ai-t'o-yin  fut  envoyé  en 
ambassade,  mais  il  ne  fut  pas  reçu  par  le  roi  qui  le  fit 
accompagner  jusqu'à  Pe  King  par  un  envoyé  nommé  Kai 
NO  ou  K'iE  PO  ^. 

A  la  2^  lune  de  1273,  le  Grand  Khan  envoya  au  Mien 
une  ambassade  composée  de  K'i-t'ai-t'o-yin  et   de  Kan- 


X.  Tru'o'ng-vinh-ky,  I,  p.  89. 

2.    VïSDELOU,    p.    76.    —    E.    HUBER,    p.    665. 


K  OUULAÏ  305 

MA-LA-CHE-Li,  LiEOU  YouEX  et  Pou  YuN-cHE,  portcurs 
d'une  lettre  dans  laquelle,  après  avoir  rappelé  qu'il  avait 
reçu  lui-même  K'ie  ro,  qui  lui  avait  appris  que  le  roi  de 
Mien  désirait  se  mettre  sous  sa  protection,  K'oublaï  écrit  : 
«  Si  vous  êtes  vraiment  décidé  de  remplir  les  devoirs  de  ceux 
qui  servent  au  plus  puissant,  (envoyez)  ou  quelqu'un  de 
vos  frères,  ou  de  vos  ministres  les  plus  éclairés,  pour  faire 
voir  à  tout  le  monde  que  pour  mon  empire  il  n'y  a  rien 
d'étranger,  et  contracter  ainsi  avec  vous  une  alliance 
perpétuelle.  Ce  sera  pour  vous  une  action  bien  éclatante 
et  même  très  avantageuse.  Car,  si  l'on  vient  aux  armes, 
qui  est-ce  qui  y  gagnera?  Réfléchissez  bien,  ô  roi,  à  ce  que 
je  viens  de  vous  dire  ^  ». 

Au  second  mois  de  l'année  1275,  le  gouverneur  de  Kien 
Ning,  Ho  T'ien-tsio,  communiquait  des  renseignements 
sur  les  trois  routes  pour  pénétrer  en  Birmanie,  fournis  par 
A-Kouo,  chef  de  la  tribu  des  Zardandan  (Kin  Che,  les 
Dents  d'or)  ;  ces  trois  routes  par  T'ien  pou  ma,  P'iao  tien 
et  le  pays  d'A-kouo,  conduisaient  à  la  «  Ville  de  la  Tête 
du  Fleuve  »  (Kaung  Sin,  Koung  Tchang).  A-kouo  ou  A  ho 
ajoutait  que  son  parent,  A-t'i-fan,  gouverneur  de  quatre 
ou  cinq  villes  de  Mien,  était  désireux  de  faire  sa  soumission 
à  la  Chine  2.  L'empereur,  néanmoins,  suspendit  les  opéra- 
tions, mais  au  troisième  mois  de  1277,  les  Birmans,  furieux 
de  l'att  tude  de  A-kouo,  l'attaquèrent  et  s'établirent  entre 
T'eng  Yue  et  Young  Tch'ang;  ordre  fut  donné  à  Hou  Tou, 
commandant  mihtaire  de  Ta  Li,  à  Six  Siu-tje,  gouverneur 
de  cette  ville  et  à  T'o-lo-t'o-hai  de  s'établir  à  Nan  t'ien 
(Mong  ti)  et  de  châtier  les  tribus  rebelles.  A-kouo  réclamait 
du  secours  : 

«  Hou  Tou  marcha  jour  et  nuit  avec  ses  troupes,  et  vint 
au  secours  de  A  ho.  Il  rencontra  les  Miennais  près  d'un 
fleuve,  et  fondit  sur  eux  avec  la  rapidité  de  la  foudre. 
L'armée  miennaise  était  composée  de  quarante  ou  cin- 
quante mille  hommes  d'infanterie  environ,  et  de  dix  mille 
hommes  de  cavalerie  :  elle  conduisait  avec  elle  huit  cents 

1.  ViSDELOU,  pp.  76-77.  E.  HUBER,  p.  665. 

2.  ViSDELOU,  p.  77.  E.  HUBER,  pp.  665-666. 


306  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

éléphants.  Au  contraire  Hou  Tou  n'avait  que  sept  cents 
hommes  de  cavalerie.  Les  Miennais  postèrent  sur  le  front 
tous  les  éléphants  :  la  cavalerie  venait  ensuite;  et  l'infan- 
terie formait  l'arrière-garde.  Les  éléphants  étaient  armés, 
et  portaient  sur  le  dos  des  tours,  aux  deux  côtés  desquelles 
étaient  dix  tubes  très  grands  de  bambou,  pleins  de  dards 
que  ceux  qui  étaient  assis  dedans  lançaient  contre  les 
ennemis.  Hou  Tou  harangua  ainsi  ses  soldats  :  «  L'armée 
ennemie  est  forte  de  plusieurs  milliers  d'hommes,  et  nous 
ne  sommes  qu'en  très  petit  nombre.  Il  faut  donc  attaquer 
les  premiers  l'aile  des  ennemis  postée  au  nord  du  fleuve.  » 
Ainsi  Hou  Tou  lui-même  s'avança  avec  un  détachement 
d'environ  deux  cents  quatre-vingt-un  hommes,  Sin  Siu-tje  se 
dirigea  vers  le  courant  du  fleuve,  avec  deux  cent  trente- 
trois  hommes,  et  T'o-lo-t'o-hai  campa  au  pied  de  la  mon- 
tagne qu'il  laissait  derrière  lui.  Le  combat  dura  longtemps; 
et  les  Miennais  furent  enfin  dispersés  et  mis  en  fuite.  Les 
Mogolo-Chinois  battirent  aux  épaules  les  fuyards  pendant 
a  course  de  trois  rivages.  Sin  Siu-tje  s'était  déjà  avancé 
jusqu'à  leurs  retranchements,  mais  il  fut  contraint  de 
rétrograder  parce  que  les  chevaux  s'enfonçaient  et  tom- 
baient à  chaque  instant  dans  la  bourbe  qui  y  était  très 
gluante.  Il  s'en  retournait  donc  à  son  camp,  lorsque  tout 
à  coup  l'ennemi  parut  en  plein  midi,  du  côté  du  sud,  fort  de 
plus  de  dix  mille  hommes,  venant  attaquer  par  derrière 
aux  épaules  l'armée  impériale.  Sin  Siu-tje  en  fit  tout  de 
suite  avertir  Hou  Tou  par  des  courriers. 

»  Hou  Tou  partage  de  nouveau  ses  troupes  en  trois 
escadrons,  s'avance  jusqu'au  parapet  du  fleuve  et  donne 
la  bataille  à  l'ennemi.  Il  le  met  en  déroute  pour  la  seconde 
fois.  Il  le  poursuit  jusqu'à  ses  retranchements,  lui  em- 
porte dix-sept  pavillons,  et  il  ne  cesse  de  lui  donner  la 
chasse  jusqu'à  Cha-xau,  du  côté  du  nord.  Il  vient  même 
aux  mains  avec  les  Miennais,  plusieurs  fois,  pendant  la 
course  de  trente  et  plus  rivages.  Le  massacre  de  l'infanterie 
et  de  la  cavalerie  miennaise^  aussi  bien  que  des  éléphants, 
qui  se  détruisaient  mutuellement  a  été  si  grand  que  trois 
fosses  très  larges  et  très  profondes  ont  à  peine  sufh  pour  les 


k'oublaï  307 

enterrer.  La  nuit  approchait  :  Hou  Tou  avait  été  blessé.  Il 
fit  donc  sonner  la  retraite. 

»  Le  jour  après  il  chassa  et  poursuivit  l'ennemi  ius(|u'à 
Kang-ngo;  mais  ne  pouvant  pas  le  rejoindre,  il  retourna  à 
son  camp.  On  fit  un  très  grand  nombre  de  prisonniers,  et 
le  butin  fut  aussi  très  considérable  :  en  sorte  que  l'on  échan- 
geait une  seule  jument  contre  un  petit  bonnet,  ou  une  paire 
de  bottes,  ou  un  méchant  habit  de  feutre.  Les  Miennais, 
qui  échappèrent  au  carnage,  furent  ensuite  massacrés, 
taillés  en  pièces  par  les  troupes  de  A-ho  et  de  A-chang  qui 
leur  avaient  fermé  la  route  :  de  façon  qu'un  très  petit 
nombre  à  peine  put  se  sauver  et  porter  dans  sa  patrie  la 
nouvelle  de  leur  défaite.  Plusieurs  soldats  de  l'empereur 
ont  été  blessés,  à  la  vérité,  sur  le  champ  de  bataille,  mais 
aucun  d'eux  n'a  été  tué,  à  l'exception  d'un  seul  qui,  ne 
ménageant  pas  avec  assez  de  précaution  un  éléphant  qu'il 
avait  pris  à  l'ennemi,  fut  écrasé  par  le  même  animal  !>. 

Marco  Polo  raconte  cette  bataille  de  1277,  désignée  sous 
le  nom  de  Nga-çaung-khyam  par  les  chroniques  birmanes  et 
comment  des  éléphants,blessés  par  les  flèches, se  retournèrent 
dans  les  rangs  des  Birmans,  y  semant  le  désordre  et  la  pa- 
nique, mais  il  paraît  se  tromper  en  plaçant  Nâçr  ed-Din  à  la 
tête  des  troupes  mongoles. 

En  effet,  parmi  les  généraux  qui  contribuèrent  le  plus  à 
la  conquête  du  Yun  Nan  par  les  Mongols,  se  trouvait  ce 
chef  musulman. 

«  Et  quant,  nous  dit  Marco  Polo  ^,  les  sire  des  ost  des 
Tartarz  soit  certainemant  qe  cest  roi  li  venoit  soure  à  si 
grant  jens,  il  hi  a  bien  doutée,  por  ce  qe  il  ne  avoit  qe  douze 
mille  homes  à  chevaus,  mes  san  faille  il  estoit  moût  vai- 
lanz  homes  de  son  cors  et  buen  chevaitanz,  et  avoit  à  non 
Nescradix.  Il  ordre  et  amoneste  sez  jens  moût  bien.  Il 
porcace  tant  con  il  plus  poit  de  défendre  le  pais  et  ses  jens.  » 

Naçr  ed-Di\  était  fils  aîné  du  Seyyid  Edjell,  né  en  121 1, 
qui  joua  un  rôle  considérable  à  l'époque  mongole  et  dont 
voici  les  principaux  faits  de  sa  carrière  :    Chams  ed-Din' 

1.  ViSDELOU,    pp.    78-80. 

2.  Ed.  Soc.  Géog.,  p.  139. 


308  HISTOIRK    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

s'appelait  aussi  Omar;  il  descendait  de  Mahomet;  lorsque 
Tchinguiz  Khan  faisait  la  guerre  dans  l'ouest,  Chams  ed- 
Din  «  à  la  tête  de  mille  cavaliers,  se  porta  à  sa  rencontre  et 
se  soumit  à  lui,  en  lui  faisant  hommage  de  panthères  à 
rayures  et  de  faucons  blancs.  L'empereur  le  fit  entrer  dans 
sa  garde  d'élite  pour  marcher  à  l'attaque  avec  l'expédition. 
Il  l'appela  Seyyid  Edjell  et  ne  le  désignait  pas  par  son  nom 
personnel».  Seyyid  Edjell  était,  comme  on  dirait  en  Chine, 
«  de  race  noble.  »  C'est  cette  double  appellation  de  Seyyid 
Edjell  Chams  ed-Din  qui  a  été  rendue  par  les  Chinois  par 
Sai-tien  tch'e  Chan-se  Ting.  D'Ohsson  le  fait  naître  à 
Bokhara,  mais  M.  Vissière  n'a  rencontré  ce  fait  nulle  part 
dans  les  notices  officielles  chino'ses.  De  Guignes  le  quali- 
fie d'arabe.  Le  Seyyid  Edjell  occupa  sous  les  Khans  Ogotaï 
et  Mangkou  diverses  fonctions  importantes;  lorsque  ce 
dernier  prince  attaqua  le  pa^'S  de  Chou  (Se  Tch'ouan),  le 
Seyyid  Edjell  eut  la  direction  des  subsistances  militaires 
et  les  approvisionnements  ne  manquèrent  pas  ;  mais  ce  fut 
sous  K'oublaï  que  sa  faveur  atteint  son  apogée  :  en  1274,  il 
devint  gouverneur  (hing  cheng  et  p'ing  tchang  icheng  che) 
du  Yun  Nan  et  il  occupa  ce  poste  jusqu'à  sa  mort,  en  127g, 
à  l'âge  de  soixante-neuf  ans,  laissant  cinq  fils  et  dix-neuf 
petits-fils;  il  avait  été  nommé  prince  de  Hien  Yang,  sous- 
préfecture  voisine  de  Si  Ngan  fou  et  Tchen-nan  Tsiang- 
kiun  (Maréchal  Pacificateur  du  Sud)  et  ministre  gouverneur. 
Au  cours  de  son  administration,  le  Sevyid  Edjell  fit  entre- 
prendre de  grands  travaux  hydrauliques  pour  arrêter  les 
inondations  et  rendre  des  terrains  à  la  culture,  se  signala 
par  des  réformés,  par  celle-ci  entre  autres  :  substituer  à 
l'incinération  des  cadavres  leur  ensevelissement  dans  des 
cercueils. 

Naçr  ed-Din.  lui-même  gouverneur  de  Yun  Nan,  mou- 
rut en  1292,  ayant  eu  douze  fils.  Quelques  mois  après  la 
bataille  de  Young  Tch'ang,  il  fut  chargé  de  terminer  la 
campagne  de  Birmanie  : 

«  Le  dixième  mois  (de  l'année  1277),  le  gouvernement 
provincial  du  Yun  Nan  chargea  Nâçir  ed-Din,  gouverneur 
de  district  et  général  en  chef,  de  porter  la  guerre  en  Bir- 


K  OURLAI  309 

manie  avec  une  armée  forte  de  3,800  liommes,  comp)osée 
de  Mongols,  de  'rs'oiian,  de  P'o  et  de  Mossos.  Il  arriva  à  la 
«  Ville  de  la  ïéte  du  fleuve  »  (Kaung  sin,  =ur  l'Irawadi)  et 
détruisit  de  fond  en  comble  les  retranchements  qu'avait 
élevés  le  chef  birman  Si-ngan.  Il  obtint  la  reddition  de  plus 
de  300  postes  fortitîés,  etc.  »  Les  chaleurs  forcèrent  à  la  lin 
notre  armée  à  rentrer  en  Chine  ^  ». 

En  i2(Si,  le  talaing  Wareru  tua  le  gouverneur  de  Mar- 
taban,  Alimma,  et  reconstitua  le  royaume  de  Pégou,  qui 
dura  jusqu'en  1540;  en  1298,  il  rechercha  l'appui  de  la 
Chine. 

En  1283  (11^'  mois),  une  troisième  fois,  une  armée  impé- 
riale avec,  à  sa  tête,  le  prince  Siang-wou-t'a-eul  (Sing 
taur),  réunie  à  Tchoung  King  (Yun  Nan  fou)  lecommence 
la  guerre  et  arrive  à  Nan  tien  :  le  général  T'ai  Pou  passe  par 
le  Lo  pi  tien,  vallée  de  l'affluent  de  droite  du  haut  Chveli, 
occupée  par  la  petite  principauté  t'ai  de  Mông  hum;  tandis 
(juc  le  général  Ye  han  ti  kin  suit  le  fleuve  A-si  (Nam  Ti), 
pénètre  d^ns  le  fleuve  A-ho  (Ta-ping)  et  descend  jusqu'à 
Kaung  sin;  Siang-wou-t'a  eul  lui-même  entre  en  Birmanie 
par  le  P'iao  tien  et  rejoint  T'ai  Pou;  il  s'empare  ensuite  de 
Kaung  sin  et,  après  la  soumission  de  Tagaung  (janvier- 
février  1284),  il  charge  le  général  Yuan  Che-ngan  d'organi- 
ser le  pays  conquis;  le  roi  Narasihapati  avait  fui  de  Pagan. 

En  1285,  le  roi  de  Birmanie  demande  la  paix  par  un  cer- 
tain A-pi-li-siang,  envoyé  à  Tagaung  (T'ai  Koung).  K'iè-h, 
gouverneur  de  Tchen  si  et  de  Ping  mien  est  envoyé  en 
ambassade. 

Le  roi  des  Birmans,  Narasihapati,  fut  empoisonné  à 
Si-H-k'ié-t'a-la  (Sirikhettara,  Prome),  par  son  fils  Pou-sou- 
sou-KOU-Li,  qui  se  révolta.  Malgré  l'opposition  du  Grand 
Khan,  le  prince  du  Yun  Nan,  Yesen-Timour  (Ye-sien- 
ti-moul-eul),  envahit  la  Birmanie  une  quatrième  fois 
(1287),  prit  Pagan  (P'ou  kan)  et  imposa  un  tribut  annuel 
au  pays.  En  1297,  le  roi  de  Birmanie  envoya  son  fils  Sim- 
hapati  à  la  Cour  mongole  où  il  fut  reconnu  héritier  du 
trône  birman  pour  lequel  son  père,  le  roi  Kyozwa,  fils  de 

I.  E.  HuBER,  ;.  c,  p.  668.  —  Cf.  ViSDELOU,  /.  c,  pp.  79-80. 


310  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   C?TINE 

Narasihapati  (Ti-lii-pu  VVanna-o  Ti-ya),  reçut  l'investi- 
ture; celui-ci,  dernier  souverain  de  Pagan,  fut  massacré 
par  O  SAN  KO  YE  (Asamkhaya),  gouverneur  thai  de  M3nn- 
saing  en  1300;  une  cinquième  et  dernière  expédition  chi- 
noise eut  lieu;  l'armée  mongole  assiégea  Myin  saing  dans 
l'hiver  de  1300-1301;  Asamkhaya  fit  lever  le  siège  en  cor- 
rompant l'état-major  mongol.  Zonit,  fils  de  Kyozwa  et 
son  fils  Zo  mounit  exercèrent  un  pouvoir  nominal  à  Pagan, 
Asamkhaya  ayant  le  pouvoir  effectif.  ^ 

Kaïdou.  K'oublaï,  malgré  son  amoar  immodéré  de  domination  et 
de  conquête,  était  obligé  de  mettre  une  borne  à  ses  projets 
guerriers,  ayant  à  lutter  contre  un  ennemi  redoutable  dans 
sa  propre  famille.  Kaïdou  (Haï  tou),  fils  de  Kachin  et 
petit-fils  d'Ogotaï,  n'avait  jamais  voulu  reconnaître  le 
transfert  du  pouvoir  suprême  chez  les  Mongols  à  la  famille 
de  Tou  Loui,  et  pendant  toute  sa  vie  K'oublaï  fut  tenu  en 
alerte  par  ce  cousin  brave  et  puissant;  les  possessions  de 
Kaïdou  s'étendaient  sur  le  Turkestan  oriental  et  la  partie 
méridionale  de  la  Sibérie  centrale;  exerçant  en  outre  sa 
grande  influence  sur  les  Khans  de  Djagataï,  il  était  donc 
particulièrement  redoutable  au  Grand  Khan  dont  l'empire 
n'était  séparé  de  ses  territoires  que  par  une  frontière  pas- 
sant entre  Karachahr  et  Hami. 

En  1266,  Kaïdou  et  son  cousin  Yesudar,  avec  une  armée  de 
60,000  cavaliers  défirent  les  troupes  mongoles  commandées 
par  Chi  baï  et  Chi  ban  dans  une  bataille  que  raconte  Marco 
Polo.  Plus  tard,  en  1269,  Kaïdou,  avec  une  armée  comman- 
dée par  Borak,  attaqua  dans  le  Khorasan,  Abaga,  ou  plu- 
tôt son  fils  Arghoun,  mais  il  fut  repoussé;  Borak,  chassé 
de  son  pays,  se  réfugia  près  d'Arghoun  et  mourut  à  Bokhara 
en  1270,  débarrassant  ainsi  Kaïdou  d'un  rival  dangereux. 
En  1275,  K'oublaï  préposa  Numughan  avec  le  général 
Ngan  Toung  au  commandement  de  la  frontière  de  l'est; 
cette  même  année  Kaïdou  et  Dua   (Toua)   Khan,  fils  de 

I.  Voir  E.  HuBER,  La  fin  de  la  dynastie  de  Pagan,  Bul.  Ecole  Ext. 
Orient,  oct.-àéc.  1899,  pp.  633-680. —  Visdelou,  Revue  de  V Ext. -Orient, 
II,  pp.  72-88. 


K  orr^LAï  311 

Borak,  envahirent  le  pays  des  Ouighours  avec  cent  mille 
hommes  et  assiégèrent  le  roi  Ytouhou,  qui  se  défendit  vigou- 
reusement et,  secouru  à  temps,  obligea  ses  ennemis  à  se 
retirer. 

Deux  ans  plus  tard  (1277),  Kaïdou  et  Shireghi  (Siliki), 
fils  de  Mangkou  Khan,  livrèrent  bataille  aux  troupes  du 
Grand  Khan  près  d'AlMaliq, firent  prisonniers  Numlghan 
et  Ngan  Toung  et  marchèrent  vers  Kara  Koroum  ;  ils  furent 
arrêtés  sur  leur  route  victorieuse  par  Bayan,  venu  de  Mon- 
golie avecLi  Ting  et  Toutou  ha,  qui  les  battit  dans  plusieurs 
rencontres;  Sihki  passa  l'Orkhon,  fut  défait  et  pris  par  Li 
Ting  qui  le  mit  à  mort.  Marco  Polo  nous  raconte  aussi  les 
exploits  de  la  fille  de  Kaïdou,  Aijaruc  (Al  Yaruk),  «  la  lune 
brillante  ». 

Tant  que  dura  le  règne  de  K'oublaï,  Kaïdou  ne  désarma 
pas;  il  ne  fit  sa  soumission  avec  Doua  Khan  de  Djagataï 
qu'au  successeur  de  K'oublaï,  Timour.  Kaïdou  mourut  fort 
âgé,  en  1301,  après  avoir  subi  une  grande  défaite  en  août 
1301  entre  Kara  Koroum  et  la  rivière  Tamir  ;  on  prétend 
qu'il  avait  pris  part  à  41  batailles  rangées  ;  il  laissa  qua- 
torze fils  dont  l'aîné  Chapar  (Shabar)  lui  succéda;  ce  dernier 
ne  tarda  pas  à  se  quereller  avec  Doua,  mais  le  Grand  Khan 
Timour  l'obhgea  à  se  soumettre  à  ce  dernier,  qui  mourut 
en  1306. 

A  la  guerre  contre  Kaïdou,  venaient  s'ajouter  les  diffi-  Nayan. 
cultes  d'une  lutte  contre  Nayan,  descendant  de  Utche- 
GiN  (Belgutai,  Pilgutai),  demi-frère  de  Tchinguiz 
Khan,  poussé  à  la  révolte  par  Kaïdou  (1287)  ;  Nayan,  qui 
était  chrétien  et  portait  la  croix  sur  sa  bannière,  occupait 
un  vaste  territoire  mal  défini,  près  du  fleuve  Amour,  peut- 
être  au  confluent  de  la  Chilka  et  de  l'Argoun,  peut-être 
entre  l'Onon  et  le  Keroulen,  comprenant  quatre  provinces 
que  Marco  Polo  nomme  Ciorcia,  2anH,  Barscol  et  Sichin- 
tingui  (Mandchourie,  Corée  (Kaoli).  Abalahou?  et  Kien 
Tcheou);  la  rébellion  de  Na^-an  fut  étouffée  en  1288,  près 
de  la  rivière  Leao,  avec  l'aide  de  la  Corée,  par  les  Mongols 
commandés  par  Li  Ting,  Yusi  Timour,  Tou  tou  ha  et  l'em- 
pereur lui-même  ;  ce  prince,  fait  prisonnier,  fut  mis  à  mort 


312  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

par  ordre  de  K'oublaï;    ces  événements  sont  contés  par 
Marco  Polo  :  v^ 

«  Il  (Nayan)  fu  envelopé  en  un  tapis,  et  illuec  fu  tant 
moine  sa  à  là  si  estroitemant  qu'il  se  morut,  et  por  ce  le  fist 
morir  en  tel  mainere,  que  il  ne  vuelen  que  le  sanc  dou 
leingnajes  de  l'enperer  soit  espandu  sor  la  terre,  ne  que  le 
soleil  ne  l'air  le  voie  i  ». 

En  1285,  "  Yang  Ting-pié  était  allé,  par  ordre  de  l'em- 
pereur, visiter  les  isles  et  les  ro3^aumes  situés  au  midi  de  la 
Chine;  il  devait  s'informer  secrètement  de  leurs  forces,  de 
leurs  richesses  et  tâcher  de  les  engager  à  se  reconnaître 
tributaires.  Yang  Ting-pié  réussit  au  delà  de  ses  espérances; 
à  la  neuvième  lune  de  cette  année,  les  vaisseaux  de  dix 
royaumes  différents  abordèrent  à  Ts'iouen  Tcheou  du  Fou 
Kien  et  apportèrent  leurs  tributs,  savoir  :  les  royaumes 
de  Mapar,  de  Sumenna,  de  Sengkili,  de  NanvouU,  de  Malan- 
tan,  de  Navang,  de  Tinghor,  de  Laïlaï,  de  Kilanitaï  et  de 
Soumoutou  ou  Sumatra  ^  ». 

Ce  besoin  impérieux  d'expansion  avait  conduit  la  poli- 
tique des  Mongols,  si  on  peut  appeler  politique  un  amour 
effréné  de  la  guerre  de  conquêtes,  sans  accompagnement 
d'un  idéal  quelconque  de  progrès  dans  la  civilisation  ou 
d'amélioration  dans  le  bien-être  des  peuples.  A  force  de 
s'étendre,  la  puissance  des  Mongols  s'était  détendue  et,  par- 
tant, était  devenue  faible,  à  la  merci,  soit  à  l'extérieur 
d'un  voisin  entreprenant,  soit  à  l'intérieur  de  l'audace  de 
mécontents  que  fait  surgir  l'autocratie  poussée  à  l'excès. 
Loin  d'acquérir  de  nouvelles  forces  en  annexant  de  nou- 
veaux territoires  ou  en  exigeant  des  marques  de  vassalité 
de  princes  dont  l'éloignement  ne  lui  permettait  pas  d'ap- 
puyer par  la  force  ses  exigences,  K'oublaï  semait  dans  son 
empire  des  germes  de  faiblesse  dont  l'action  ne  pouvait 
qu'augmenter  au  fur  et  à  mesure  de  l'accroissement  du 
champ  dans  lequel  ils  étaient  répandus.  A  des  époques  de 
l'histoire  on  a  vu  des  conquérants  aspirer  à  la  domination 

1.  Ed.  Soc.  Géog.,  p.  85. 

2.  Mailla,  IX,  p.  429. 


K  (JLbLAl 


313 


du  monde  et  accomplir  une  œuvre  d'autant  plus  fragile 
qu'elle  avait  été  rapide  et  colossale  dans  la  conception  et 
dans  l'exécution.  Jusqu'à  présent,  ces  entreprises  témé- 
raires quelque  bien  conçues  qu'elles  aient  apparu,  quelle  que 
fût  la  force  mise  à  leur  service,  ces  entreprises  se  sont 
écroulées  soit  sous  les  coups  d'adversaires  d'abord  dédai- 
gnés, devenus  redoutables  par  la  suite,  soit  simplement 
sous  l'action  du  temps,  qui  n'épargne  rien,  surtout  l'œuvre 
hâtive  des  ambitieux  sans  scrupules.  ^  J 

Dans  son  désir  de  domination  universelle,  qui  devait  lui  Java, 
causer  tant  de  déboires,  K'oublaï  envoya  des  agents  à 
Java  pour  qu'on  y  reconnaisse  sa  suzeraineté.  Le  roi  de 
Tumapel,  dans  la  partie  orientale  de  cette  île,  fit  tatouer 
le  visage  de  Meng  K'i,  l'ambassadeur  du  Grand  Khan,  et  le 
traita  ignominieusement.  En  conséquence,  à  la  seconde  lune 
de  1292,  K'oublaï  ordonna  au  gouverneur  du  Fou  Kien,  de 
charger  Che  pi,  Ike  Mese  (Yi-k'o-mou-sou,  Ye  hei  mi 
che)  et  Kao  Hing  de  conduire  directement  une  armée  à 
Java;  les  troupes  mongoles,  embarquées  à  Ts'iouen  Tcheou, 
passèrent  pas  Billiton  et  débarquèrent  à  Touban,  d'où  elles 
gagnèrent  l'embouchure  de  la  rivière  de  Sourabaya  sans 
opposition.  Entre-temps,  le  roi  de  Tumapel  avait  été  tué 
par  son  voisin  Adji  Katang,  roi  des  Kalang,  qui  régnait 
à  Daha  (Kediri)  ;  le  vainqueur,  qui  désirait  résister  aux 
Mongols  fut  facilement  battu,  grâce  à  l'aide  fournie  aux 
Mongols  par  Raden  Widjaya,  gendre  du  roi  de  Tumapel; 
la  bataille  fut  livrée  le  8  du  3^  mois  sous  les  murs  de  Madja- 
pahit  ;  le  ig  du  même  mois,  la  capitale  Daha  fut  prise.  Raden 
Widjaya  n'ayant  plus  besoin  des  Mongols  se  tourna  contre 
eux.  La  difficulté  de  faire  la  guerre  dans  ces  pays  lointains 
empêcha  les  Mongols  de  recommencer  les  hostihtés  et,  après 
un  séjour  de  quatre  mois  dans  l'île,  ils  se  rembarquèrent 
ayant  perdu  3,000  hommes  1. 

Au  quatrième  mois  de  1293,  un  ambassadeur  alla  notifier 
au  royaume  de  Sien  les  ordres  impériaux  ;  au  septième  mois 
de  l'année  suivante,  «  un  ordre  impérial  enjoignit  au  roi 

I.  W.  p.  Groeneveldt.  —  Notes  on  the  Malay  Archipelago,  pp.  20  seq. 
China  Review,   IV,  pp.  246-254. 


314  HISTOIRE   GENERALE    DE    LA    CHINE 

de  Sien,  Kan-mou-ting,  de  venir  à  la  Cour;  ou,  s'il 
avait  une  excuse,  de  faire  venir  comme  otages  son -fils, 
son  frère  et  des  envoyés  »,  prétention  qui  amena  la  guerre 
avec  Java;  en  1295,  supplique  du  Sien  en  lettres  d'or;  en 
1299,  «  les  ro3^aumes  des  barbares  Sien,  des  Mo-la-yeou  et 
du  Lo  Hou  vinrent  chacun  apporter  en  tribut  des  produits 
du  pays  ».  Les  relations  continuent  les  années  suivantes.  Le 
Sien  répond  au  Sukhotaï,  au  nord  du  Lo  Hou  à  Lopburi,  sur 
la  basse  Menam,  au  sud  de  Xieng  mai'^.  Au  milieu  du  siècle 
suivant,  en  1350,  fut  fondée,  un  peu  au  sud  de  Lopburi, 
Ayudhya,  qui  remplaça  Sukhotaï  comme  capitale  du  Siam. 
Notons  en  passant  que  l'écriture  siamoise  a  été  créée  de 
toutes  pièces  en  1284. 

Ce  besoin  de  conquêtes,  qui  avait  caractérisé  le  premier 
des  Khans  mongols,  a  été  non  moins  ardent  chez  son 
cinquième  successeur.  Sur  les  grand'  routes,  on  voit  cons- 
tamment ses  émissaires  allant  réclamer  dans  tous  les  pays, 
dont  le  nom  parvient  jusqu'à  lui,  une  reconnaissance  de 
la  suzeraineté  de  la  Chine  et  lorsque  la  persuasion,  puis  l'in- 
timidation, ne  réussissent  pas  à  lui  faire  obtenir  la  satis- 
faction désirée,  il  a  recours  à  la  guerre,  qui  ne  lui  est  pas 
toujours  favorable  et,  parfois,  comme  au  Japon,  lui  cause 
de  cruels  déboires.  Cette  puérile  ambition  est  le  côté  faible 
du  caractère  d'un  souverain  qui  a  donné  des  preuves  cer- 
taines de  ses  talents  d'administrateur.  Consolider  l'édifice 
précaire  de  la  domination  mongole  en  Chine  était  une  besogne 
assez  ardue  pour  un  souverain  quelque  actif  qu'il  fût,  sans 
y  ajouter  encore  sans  nécessité  la  tâche  d'assimiler  de  nou- 
veaux territoires  réfractaires  à  toute  idée  d'annexion. 
Ahmed.  Une  mésaventure  avec  un  de  ses  ministres  ne  contribua 
pas  peu  à  éloigner  des  musulmans  K'oublaï,  déjà  porté  pour 
le  bouddhisme.  Ahmed,  originaire  de  Fenakiet  (depuis 
Chah  Rukhia),  près  du  Jaxartes,  avait  été  placé  près  du 
Grand  Khan  par  la  khatoun  Djamoui;  après  la  mort  du 
Seyyid  Edjell,  K'oublaï  lui  confia  l'administration  des 
finances;  il  profita  de  sa  haute  position  pour  pressurer  le 

I.  M.  Pelliot  a  donné   divers   extraits   du     Youen   Che    sur  le   Sien, 
pp.  230  seq.  de  ses  Deux  Itinéraires  en  Chine.  —  Voir  infra,  p.  347. 


K  OUHLAÏ  315 

peuple,  faire  périr  ses  adversaires,  faisant  donner  les  meil- 
leurs emplois  à  ses  fils,  en  un  mot  exerçant  une  véritable 
tyrannie  pendant  douze  ans  ;  le  prince  Tchcn  kin  connaissait 
les  crimes  du  ministre  sur  lesquels  l'empereur  fermait  obsti- 
nément les  yeux.  La  haine  contre  Ahmed  était  générale  et, 
en  1282,  profitant  de  l'absence  de  K'oublaï  et  de  Tchen 
Kin,  un  fonctionnaire  chinois  des  finances,  nommé  Wang 
Tchu,  l'assassina.  Lorsque  le  Grand  Khan,  d'abord  irrité 
du  meurtre  de  son  ministre,  apprit  sa  conduite,  il  entra 
dans  une  terrible  fureur,  fit  déterrer  son  corps,  qui  fut 
exposé  au  public  puis  livré  aux  chiens,  tandis  que  les  biens 
d'Ahmed,  confisqués,  servaient  à  dédommager  ses  victimes. 
On  lui  donna  comme  successeur  aux  finances  le  frère  du 
chef  des  Lamas,  un  ouighour  nommé  Saxga,  qui  fut  mis  à 
mort  peu  de  temps  après  pour  ses  malversations.  Sanga 
fut  remplacé  par  Oldjai  ^.  On  verra  l'histoire  de  la  disgrâce 
d'Ahmed  dans  Marco  Polo. 

«  Les  isles  Lieou  K'ieou,  situées  à  l'est  de  la  province  de  Lieou  K'ieo 
Fou  Kien,  n'avaient  eu  jusque-là  aucune  communication 
avec  la  Chine  et  elles  n'étaient  point  connues  du  temps  des 
Han  ni  des  T'ang.  A  la  g^  lune  (1291),  on  en  parla  à  l'empe- 
reur, qui  envo^-a  à  leur  découverte  et  voulut  les  soumettre 
à  son  empire;  mais  cette  expédition  manqua  :  Tchi  teou, 
un  des  officiers  du  Fou  Kien,  qui  connaissait  ces  îles  par  une 
longue  expérience  et  s'était  chargé  d'y  conduire  la  flotte, 
mourut  en  route;  on  soupçonna  même  qu'il  avait  été  tué 
par  un  des  généraux.  La  flotte,  privée  de  son  guide,  rentra 
dans  les  ports  de  la  Chine  2.  » 

Toutefois,  d'après  une  histoire  manuscrite  conservée 
dans  la  capitale  de  cet  archipel,  il  paraîtrait  que,  dès  le 
vii^  siècle,  l'empereur  Yang  Ti  des  Souei,  n'avant  pu  obte- 
nir des  insulaires  la  reconnaissance  de  sa  suzeraineté, 
envoya  pour  les  attaquer  le  général  Tchen  Ling,  qui  leur 
fit  un  millier  de  prisonniers  ^. 

1.  d'Ohsson,  II,  pp.  467-474. 

2.  Mailla,  IX,  p.  449. 

3.  Cf.  Charles  S.  Leavenworth,  Journ.  China  Br.  R.As.  Soc,  XXXVI, 
1905,  p.  105. 


CHAPITRE  XIX 


IMort  de 
K'oublaï. 


Les  Mongols  :   K'oublaï  (fin). 

K'oublaï  tomba  malade  dès  le  premier  jour  de  la 
i^e  lune  de  1294  et  mourut  quatre  jours  plus  tard, 
âgé  de  80  ans,  dans  sa  résidence  de  Ta  Tou.  «  Il  est 
de  belle  grandesse,  nous  dit  Marco  Polo  1,  ni  petit  ni  grant, 
mes  est  de  mezaine  grandesse.  Il  est  carnu  de  bielle  mai- 
nere;  il  est  trop  bien  taliés  de  toutes  menbres;  il  a  son 
vis  blance  et  vermoille  comme  rose  ;  les  iaus  noirs  et  biaus, 
les  nés  bien  fait  et  bien  séant.  » 

K'oublai  eut  un  grand  nombre  d'enfants. 
«  Et  encore  sachiés  qe  le  grant  Kaan  a  de  sez  quatre 
femes  vingt  deuxfilzmasles.  LeseingnorsavoitànonCinchin 
por  le  amor  dou  buen  Cinchin  Kan,  et  cestui  devoit  estre 
grant  Kaan  et  seingnor  de  tout  l'enpere.  Or  avint  qu'il  se 
morust,  mes  il  en  remest  un  fil  que  a  à  non  Temur,  et  cestui 
Temur  doit  estre  grant  Kaan  et  seingnor,  et  ce  est  rason 
por  ce  qu'il  fu  fil  dou  greingnor  fil  do  grant  Kaan,  et  si  voz 
di  que  cest  Temur  est  sajes  et  prodonmes,  et  maintes  foies 
a  ja  moût  bien  prouvés  en  bataille.  Et  sachiés  qe  le  grant 
Kan  a  encore  bien  vingt  cinq  autres  filz  de  ses  amies,  que 
sunt  bones  et  vailanz  d'armes,  et  chascun  est  grant  baron. 
Et  encore  voz  di  que  des  filz  qu'il  a  des  sez  quatre  femes,  en 
sunt  sept  rois  des  grandismes  provences  et  roiames,  et  tuit 
mantinant  bien  lor  reingne,  car  il  sunt  sajes  et  prodonmes, 
et  ce  est  bien  raison,  car  je  voz  di  qe  lor  père  le  gran  Kan  est 
le  plus  sajes  homes  et  les  plus  proven  de  toutes  chouses,  et 
le  meior  regeor  des  jens  et  d'enpere,  et  home  de  -greingnor 
vailance  qe  unques  fust  en  toutes  les  generasionz  des  Tar- 
tarz  -  ». 

1.  Ed.  Soc.  Géog.,  p.  88. 

2.  L.  c,  p.  89. 


Courriers. 


K  OUBLAÏ  317 

Parmi  ses  fils  les  plus  connus  furent  le  troisième,  Tchen 
KiN,  qui  mourut  en  1285;  en  1284,  il  avait  été  fait  prince 
de  Yun  Nan  Tchaglian-Djang;  Numougan,  en  1266,  prince 
de  Pe  P'ing  (Pe  King)  ;  Houkadji,  chargé  en  1267,  de  Ta  Li, 
Tchaghan-Djang,  Zardandan,  etc;  Mangalaï  fut,  en  1272, 
fait  prince  de  Ngan  Si  avec  une  partie  de  Chen  Si,  en  apa- 
nage; T'ou  Kan,  prince  de  Tchen  Nan,  envoyé  en  1284, 
contre  le  Tchampa;  Ai-ya-tchi;  Yesex  Timour,  prince 
de  Yun  Nan;  Géoukdjou,  prince  de  Ning  Youen. 

Nous  allons  maintenant  étudier  l'administration  mon- 
gole sous  K'oublaï;  Marco  Polo  nous  donne  de  précieuses 
indications  sur  les  routes  qui  partent  de  la  capitale,  Khan 
Baliq. 

«  Or  sachiés  por  vérité  qe  de  ceste  vile  de  Canbalu  se  j,'^*^"^^' 
partent  moutes  voies  lesquel  vont  por  maintes  provences, 
ce  est  à  dire  qe  le  une  vait  à  tel  provinces,  et  ceste  à  tel,  et 
toutes  les  voies  sunt  devises  là  où  elle  vont,  et  ce  est  moût 
sçue  chouse.  Et  sachiés  qe  quant  l'en  s'en  part  de  Canbalu 
por  toutes  les  voies  qe  voz  ai  contés,  et  il  est  aies  vingt  cinq 
miles,  adonc  le  mesajes  dou  grant  sire  qe  ceste  vingt  cinq 
miles  ont  aies,  il  trovent  une  poste  que  s'apelent  janb  en 
lor  langue,  et  en  nostre  langaje  vaut  à  dir  poste  de  chevaus, 
et  de  chascune  poste  treuvent  les  mesajes  un  moût  grant 
paleis  et  biaus,  là  où  les  mesajes  dou  grant  sire  herbergient, 
et  cest  crbergies  ont  moût  riches  lit,  fornis  des  riches  dras 
de  soie,  et  ont  toutes  les  couses  qe  as  autres  mesajes  con- 
vient, et  se  un  rois  hi  venist,  si  seroit  bien  herbergiés  ;  et 
encore  voz  di  que  à  ceste  poste  treuvent  les  mesajes  bien 
quatre  cens  chevaus  que  le  grant  sire  a  stabli,  qe  toutes  foies 
hi  demorent  et  soient  aparoillés  por  sez  mesajes  quant  il  les 
envoie  en  aucune  part.  Et  encore  sachiés  que  en  toutes 
vingt  deus  miles  ou  ongnes  trente  sunt  ceste  poste  que 
je  voz  ai  dit,  ce  est  en  toutes  les  principaus  voie  que  vunt 
à  les  provences  qe  je  voz  ai  contés  desoure.  Et  chascune 
de  ceste  poste  treuvent  les  mesajes  da  trois  cens  chevaus  à 
quatre  cens,  tuit  aparoillés  à  lor  comandemant  ;  et  encore 
hi  treuvent  si  biaus  palais  con  je  voz  ai  contés  là  où  les 
mesajes   herberjent  si  richemant  con  je  voz  ai  devisé  de- 


3l8  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

soure.  Et  en  ceste  mainere  vait  por  toutes  les  provences  et 
reingnes  dou  grant  sire.  Et  quant  les  mesajes  vont  por  des- 
viables leus  que  ne  i  trouve  ne  maison  ne  herberges,  si  hi  a 
iait  faire  le  grant  sire  poste  en  chascun  leu  des  viable  et 
palais  et  toutes  les  chouses  corne  ont  les  autres  postes,  et 
des  chevaus  et  de  arnois,  mes  ce  sunt  plus  grant  j  ornée  : 
car  il  sunt  faites  les  postes  à  trente  cinc  miles,  et  tiel  hi  a 
à  plus  de  quarante,  et  en  ceste  mainere  qe  vos  avés  hoï  vunt 
por  toutes  pars  les  mesajes  dou  grant  sire,  et  hont  herber- 
gies,  et  chevaus  aparoilés  à  ogne   journée,  et  ce  est  bien 
la  greingnor  autesse  et  la  grandese  greingor  qe  aie  ne  haûst 
onques  nul  enperaors,  ne  nulz  rois,  ne  nul  autre  homes 
teroine.    Car  sachiés  tout  voiremant  que  plus  de  deus  cent 
mille  chevaus  demorent  à  cestes  postes  propemant  por  les 
sez  mesejes,    et  encore  voz  di  que  les  paleis  sunt  plus  de 
dix  mille  qe  sunt  ensi  forni  de  riches  arnois  con  je  voz  ai 
contés,  et  ce  est  chouse  si  merveilose  et  de  si  grant  vailance, 
qe  à  poine  se  poroit  bien  conter  ne  scrivre.  Et  encore  voz 
conterai  una  cause  qe  je  avoit  dementique,  qe  fait  à  nostre 
materie  qe  je  vos  ai  ore  contés.  Il  est  voir  qe  entre  le  une 
poste  et  l'autre  sunt  ordrée  ogne  trois  mile  ha  un  chasaus, 
qe  hi  poit  avoir  entor  quarante  maison  esquelz  demorent 
homes  à  pies  qe  encore  font  ceste  mesajarie  dou  grant  sire, 
et  voz  dirai  cornant;  il  portent  une  grant  centure    toute 
pleine  environ  desonaille,  por  ce  qe  quant  il  vont  qeil  soient 
oï  de  bien  longe,  et  cesti  vont  toutes  foies  au  grant  gallon, 
et  ne  vont  for  que  trois  moilles;  et  les  autres  qe  est  à  chief 
des  les  trois  miles  qe  bien  de  longe  le  oient  venir,  demore 
tout  aparoillés,  et  tant  tost  qu'il  est  celui  venu  il  prant  la 
chouse  qu'il  aporte,  et  prant  une  carte  petite  qe  li  done  l'es- 
crivain,  et  se  met  corant,  et  vait  jusque  à  le  trois  autre  miles 
et  fait  ausi  come  avoit  fait  le  autre.  Et  si  voz  di  qe  en  ceste 
mainere  ha  le  grant  sire  de  cesti  homes  à  pié  noveles  des 
dix  jornée  en  un  jorno  et  en  une  noit.  Car  sachiés  qu'il  vont 
cesti  homes  à  pies  en  un  jor  et  en  une  noit  dix  jornée,  et  en 
deus  jors  et  deus  noit  aportent  noveles  de  vingt  jornée,  et 
ausi  auroit  noveles  en  dix  jors  et  en  dix  nuit  de  cent  jornée 
Et  si  voz  di  qe  cesti  tielz  homes  aportent  au  seingnors  plu 


K  (MJHLAl 


319 


I 


sors  loies  fruit  de  dix  jornée  en  un  jor.  Et  les  grant  sire  à 
ceste  tielz  homes  ne  prant  nul  treu,  mes  fait  lor  doner  dou 
sien  et  des  chevaus  qe  je  vos  ai  dit,  qe  sunt  tant  por  les 
postes  por  les  mesajes  porter.  Voz  di  tout  voiremant  qe  le 
sire  grant  les  ensi  establi,  car  il  dit  qui  est  près  à  la  tel  poste 
la  tiel  cité,  et  il  fait  veoir  quantch  evalz  puet  tenoir  por  les 
mesajes,  et  l'enli  dit  cent,  et  il  li  est  comandé  qe  il  mètrent 
à  la  tel  poste  cent  chevaus,  puis  fait  veoir  toutes  les  autres 
viles  et  chastiaus  quant  chevaus  puent  tenir  et  celz  qu'il 
puent  tenir,  et  elz  comande  qu'il  tienent  à  la  poste.  Et  en 
tel  maineres  sunt  ordenée  toutes  les  postes,  si  qe  rien 
ne  i  met  le  grant  sire,  for  tant  seulemant  qe  les  postes  des 
leu  desvoiables  fait-il  fornir  de  sez  chevaus  propcs.  Et  si 
voz  di  qe  quant  il  est  beinzonz  qe  mesajes  de  chevaus  aille 
tostainemant  por  conter  au  grant  sire  d'aucune  tere  qe 
soit  revellés,  ou  d'aucun  baron,  ou  des  chouses  qe  soient 
beizognables  au  seingnor,  il  chevauchent  bien  deus  cent 
miles  en  un  jor,  ou  voir  deus  cent  cinquante,  et  voz  mos- 
trerai  raison  comant.  Quant  les  mesajes  vuelent  aller  si 
tostainement  et  tantes  miles  en  un  jor  con  je  voz  ai  contés, 
il  a  la  table  dou  gerfaus,  en  senificance  qe  il  vuelt  aler  tos- 
tainement. Se  il  sunt  deus,  il  se  muent  dou  leu  où  il  sunt 
SOI  deus  blaens  chevaus  fors  et  corant,  il  se  bindent  tout  lor 
ventre,  et  lien  lor  chief,  et  se  metent  le  grant  cors  tant  con 
il  plus  puent,  et  corent  tant  qu'il  sunt  venus  à  l'autre  poste 
de  vingt  cinq  miles,  et  adonc  treuvent  autre  deus  chevaus 
aparoilés,  frès  et  repousés,  et  corant.  Il  montent  tant  tosto 
qu'il  ne  se  repousent  ne  pou  ne  grant;  et  quant  il  sunt 
montés,  il  se  metent  maintinant  tant  com  il  puent  dou 
cheval  traire,  et  ne  restent  de  corer  tant  qu'il  sunt  venus 
à  l'autre  poste,  et  iluec  treuvent  les  autres  chevaus  apa- 
roillés,  et  il  montent  ausi  crament  et  se  metent  (à)  la  voie. 
Et  ensi  font  dusqe  au  soir  :  et  en  ceste  mainere  qe  je 
voz  ai  contés  vont  cesti  tiel  mesajes  bien  250  miles  per 
aporter  novelles  au  grant  sire,  et  encore  quant  il  beizogne 
vont-il  bien  trois  cens,  et  cesti  tielz  mesajes  sunt  moût 
préziés  1  ». 

I.  Marco  Polo,  Ed.  Soc.  de  Géog.,  pp.  111-113. 


320  HISTOIRE    GÉNÉRALE    Dit    LA   CHINE 

Le  frère  Odoric  complète  les  renseignements  du  voya- 
geur vénitien  : 

«  Quant  aucune  nouvellette  advient  en  ce  royaume,  tan- 
tost  messagiers  viennent  bâtant  à  corce  d'esperon  Si  la 
besongne  est  trop  hastive,  ilz  viennent  sur  dromadaires  et 
quant  ilz  viennent  près  de  aucuns  de  ces  hostelz  ilz  sonnent 
un  cor  et  ly  hostes  de  cel  hostel  recognoist  bien  celle  en- 
seigne ;  si  appareille  un  autre  cheval  et  autre  messagier  ;  li 
premiers  descent  et  baille  ses  lettres  au  second;  cilz  monte 
et  les  porte  avant  jusques  à  un  autre  hostel  et  par  ainsy  a 
ly  roys  en  un  jour  nouvelles  de  trois  journées  loings.  Les 
coureurs  à  pié  ont  une  autre  manière.  Hz  demeurent  en 
ces  hostelz  attendant  pour  porter  nouvelles  quant  elles 
viennent;  ces  maisons  ou  ces  coureurs  demeurent  ont  nom 
Chiribo  et  sont  à  III  milles  près  l'une  de  l'autre;  quand 
ilz  cuerent  ilz  ont  une  ceinture  pleine  de  sonnettes  et  quant 
ilz  approchent  à  une  maison  ils  sonnent  ces  sonnettes;  à  ce 
son  s'appareillie  un  autre  pour  porter  ces  lettres  à  une  autre 
maison  et  ainsi  avant,  si  que  on  ne  peut  riens  faire  en  cel 
empire  que  ly  roys  ne  sache  bien  tost  i.  » 

Le  même  voyageur  nous  décrit  les  fêtes  du  Grand  Khan  : 
Fêtes  ((  L'empereur  fait  quatre  grans  testes  en  l'an  :  le  jour  de 

la  nativité  de  l'empereur,  le  jour  de  sa  circoncision,  et  les 
deux  autres  pour  son  ydole.  A  ces  testes  s'assemblent  tous 
les  barons  et  les  menestrelz  et  ceulx  de  son  hgnage  et  tous 
se  mettent  en  ordennance  comme  dessus  est  dit  et  espéciaul- 
ment  aux  festes  de  sa  nativité  et  circoncision  dont  viennent 
ces  barons  devant  l'empereur  séant  en  son  siège  comme  dit 
est.  Ces  barons  sont  en  leur  ordene  vestu  de  diverses  cou- 
leurs :  les  premiers  sont  vestus  de  vert,  les  second  de  san- 
guine, le  tiers  de  gaune.  Hz  ont  sur  leurs  chiefs  couronnes 
d'or,  et  en  leurs  mains  tables  de  dens  de  oliphant  et  tiennent 
souveraine  sillence.  Après  eulz  sont  les  menestrelz  à  tout 
leurs  instrumens  et  en  un  anglet  du  palais  sont  les  astrono- 
miens  qui  gardent  l'eure  quant  il  sera  temps  de  commen- 
cier;  et  quant  il  est  temps,  ceulz  astronomiens  crient  en 
hault  :  «Tous  devez  inclinera  l'empereur  à  grant  honneur.» 

I.  Odoric,  éd.  Cordier,  pp.  374-375. 


du  Khan. 


I 


K  OUBLAÏ  321 

A  cez  mos  tous  hurtent  par  trois  fois  leur  teste  à  terre  puis 
crie  uns  autres  :  «  Levez- vous  »;  et  tous  se  lièvent.  Oultre 
une  autre  pièce  cilz  recrie  :  «  Mettez  voz  dois  en  voz  oreilles  », 
et  assez  tost  ilz  les  ressachent.  Oultre  une  pièce  ilz  dient  : 
Buratate  jarinam.  Telles  afflictions  et  sacrefiement  font  ilz  à 
leur  empereur.  Les  officiers  gardent  soingneusement  que 
riens  ne  faille  à  ces  barons  et  à  ces  menestrelz  e  se  aucune 
chose  y  failloit  les  officiers  en  seroient  griefment  pugni. 
Quant  l'eure  est  venue,  touz  ces  menestrelz  commencent  à 
jouer  de  leurs  instrumens  et  font  si  grant  noise  que  c'est 
grant  hyde.  Après  vient  une  vois  qui  dit,  tous  se  taisent  et 
tantost  tous  ceulz  de  son  lignage  sont  appareillie  sur  blancs 
chevaulx.  Puis  vient  une  autre  voix  et  dit,  tel  du  sang  royal 
appareilliez  tant  de  centaines  de  blancs  chevaulz  à  son 
seigneur  et  telz  tant  et  aussi  de  tous  les  autres  par  ordre. 
Si  que  il  semble  estre  impossible  de  assembler  tant  de 
chevaulz  blancs  ensemble.  Après  ceulz  du  sang  royal  les 
autres  barons  donnent  grans  dons  à  leur  seigneur  selon  leur 
estât.  Après  les  barons  viennent  ceulz  des  abbaies  portans 
leurs  présens,  et  puis  donnent  la  beneiçon  à  l'empereur. 
Ce  fait  viennent  aucuns  menestrelz  avec  aucunes  chanter- 
resses  chantant  devant  l'empereur  pour  lui  solacier.  Puis 
fait-on  venir  lions  privez  qu'ilz  facent  révérence  à  l'empe- 
reur. Puis  y  a  enchanteurs  qui  font  par  leur  art  venir  hanaps 
d'or  tous  pleins  de  bon  vin  et  en  boivent  touz  ceulz  qui  en 
veulent  boire.  Pluseurs  autres  choses  font  ilz  pour  leur  sei- 
gneur que  nulz  ne  les  ozeroit  croire  qui  ne  les  eus  veues. 
Mais  je  le  vy  tout  à  mes  yeulz  et  pour  ce  les  puis  je  bien 
dire.  De  si  grans  despens  que  cilz  sires  fait  nulz  ne  se  doit 
esmerveillier.  Car  pour  monnoie  ne  despent  on  riens  en  tout 
son  royaume,  fors  une  manière  de  brievez  qui  la  vault  en 
tout  son  pais  monnoie  »  1. 

Par  Marco  Polo,  nous  avons  le  récit  des  grandes  chasses 
du  Khan  : 

«Orsachiés  de  voir  qe  endementiers  qe  le  grant  sire  demore  Chasses  du 
en  la  cité  dou  Catai  ces  trois  mois,  ce  sunt  décembre  et   Grand  Khan 
jever  et  fevrer,  il  ha  establi  qe  soixante  jornée  environ  là 

I.  Odoric,  pp.  37S-380. 


322  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

OÙ  il  est,  toutes  jens  doient  chacer  et  oiseler,  et  est  establi 
et  ordréé  ce  qe  chascun  seingnor  de  jens  et  de  terres,  qe 
toutes  grant  bestes  corne  sunt  sengler  sauvajes  et  cerf  et 
daines  et  cavriolz  et  horses  et  autres  bestes  li  soient  aportés, 
ce  est  à  dire  la  greignor  partie  de  celles  grant  bestes.  Et  en 
tel  mainere  chachoient  toutes  les  jens  qe  je  voz  ai  dit.  Et 
celles  bestes  qu'il  vuelent  mander  au  grant  sire,  il  font 
traire  toutes  l'enterailles  dedent  le  ventre,  puis  le  mantient 
sus  les  carrethes  et  l'envoient  au  seingnors,  et  ce  font  celz  de 
trente  jornée,  et  ce  sunt  grandisme  quantité,  et  celz  que 
sunt  loin  soixante  jornée,  no  li  envoient  la  charz,  por  ce  qe 
trop  est  longue  voie;  mes  il  les  envoient  toutes  les  cuires 
afaités  et  concés  (préparés),  par  ce  que  le  seingnor  en  fait 
faire  toutes  sez  beizognes  de  fait  d'armes  et  des  hostes.  Or 
voz  ai  devises  dou  fait  de  la  cace,  et  adonc  voz  deviseron 
de  feres  bestes  qe  le  grant  sire  tient  ^  ». 

De  même,  nous  lisons  dans  Odoric  : 

«Quant  le  Caan  va  chacier.'..  il  aune  forestà  XX  journées 
de  Camelech  laquelle  forest  a  bien  VIII  journées  de  tour, 
et  si  a  si  grant  quantité  de  bestes  sauvages  que  c'est  mer- 
veilles. A  celle  forest  va  le  Caan  a  III  ans  ou  à  quatre,  et 
puis  met  on  tout  entour  ces  bois  grant  plente  de  chiens  et 
d'oiseaulx  et  puis  on  trait  en  celle  forest  de  touz  costéz  bien 
dru  et  chacent  devant  eulz  toutes  ces  bestes  sauvages 
jusques  à  une  plaine  qui  est  en  mi  la  forest.  Lors  y  a  si  grant 
cry  des  bestes  et  des  oiseaulx  et  du  abbay  des  chyens  que 
nulz  n'y  peut  l'autre  entendre.  Quant  ces  bestes  sont  ainsi 
assemblées  le  Caan  va  sur  II  olyphans  et  trait  V  saiettes 
enmi  ces  bestes.  Après  le  roy,  traist  chascuns  baron  la 
sienne  saiette  enseignie  de  son  enseigne  pour  les  saiettes 
recoignoistre  -  ». 

Marco  Polo  nous  décrit  également  les  animaux  employés 
à  la  chasse  : 

"  Enchore  sachiés  qe  le  grant  sire  a  bien  leopars  asez  qe 
tuit  sunt  bon  da  chacer  et  da  prendre  bestes.  Il  a  encore 
bien    grant  quantité  de  leus  cerver  que  tuit  sunt  afaités 

1.  Marco  Polo,  Ed.  Soc.  de  Géog.,  pp.  gy-ioo. 

2.  Odoric,  éd.  Cordicr,  pp.  376-377. 


k'oublaï  323 

à  beste  prandre,  et  moût  sunt  bien  à  chacher.  Il  ha  plosors 
lyons  grandismes,  greingnors  asez  qe  celz  de  Babilonic. 
Il  sunt  de  moût  biaus  poil  et  de  moût  biaus  coleor,  car 
il  sunt  tout  verges  (rayés)  por  lonc  noir  et  vermoil,  et  blance. 
Il  sunt  afaités  à  prandre  sengler  sauvajes  et  les  buef  sau- 
vajes  et  orses  et  asnes  sauvajes  et  cerf  et  cavriolz  et  autres 
bestes.  Et  si  vos  di  qu'il  est  moût  bielle  chouse  à  regarder 
les  Icres  bestes  qe  les  lions,  qu'il  les  portent  sus  la  charethe 
en  une  cuble  (cage),  et  ho  lui  a  un  chien  petit.  Il  a  encore 
grant  moutitude  aiglies  qe  sunt 'afaités  à  prendre  leus  et 
voupesetdain  et  chavrion,  et  en  prennent  assez,  mes  celles 
que  sunt  afaités  à  prendre  leus,  sunt  moût  grandissmes  et  de 
grant  poisance  :  car  sachiés  qu'il  ne  est  si  grant  leus  qe 
escanpe  devant  celle  aigle  qu'il  ne  soit  pris.  Or  voz  ai  devisé 
de  ce  que  voz  avez  oï,  or  voz  vueil  deviser  comant  le  grant 
sire  fait  tenir  grandissime  quantité  des  buens  chiens  1  ». 

Le  Grand  Khan  entretenait  une  garde  de  12.000  barons,  Quesitai. 
que  Marco  Polo  appelle  Quecitain,  qui  veut  dire  les  che- 
valiers fidèles  du  Seigneur;  ces  gens  de  grande  bravoure 
recevaient  chacun  treize  robes  de  couleurs  différentes  et  riche- 
ment ornées  de  perles  et  de  pierres  précieuses,  une  belle  cein-  • 
ture  d'or,  des  chaussures  agrémentées  de  fils  d'argent;  ces 
12.000  barons  étaient  commandés  par  4  capitaines  ayant 
chacun  3000  hommes  sous  ses  ordres;  chaque  corps  de 
3.000  hommes  est  de  garde  pendant  trois  jours  et  trois 
nuits  au  palais,  où  ils  prennent  leurs  repas.  Ce  nom  de 
Quecitain  ou  Quesitam  (K'ie  sie  tan),  dont  Yule  fait  Keshi- 
kan,  est  évidemment  Kechikten,  terme  général  mongol 
pour  désigner  la  garde  du  corps  du  Khan  ;  il  est  dérivé  de 
Kechik  (K'ie  Sie),  signifiant  une  garde  faisant  son  service 
à  tour  de  rôle;  les  Kechikten  étaient  divisés  en  garde  de 
jour,  appelée  Turgaut,  et  en  garde  de  nuit,  Kebt-ul;  ces  der- 
niers étaient  de  purs  Mongols;  les  premiers  étaient  composés 
de  fils  de  princes  vassaux  et  de  gouverneurs  de  province  et 
d'otages.  Cette  garde  datait  du  règne  de  Tchinguiz  Khan. 
Les  kechik  sont  mentionnés  dans  divers  édits  impériaux  2. 

1.  Marco  Polo,  Ed.  Soc.  de  Géog.,  pp.  loo-ioi. 

2.  YuLE-CoRDiER,  Marco  Polo,  I,  pp.    379-381.   —    Ed.   Chavannes, 
Chancellerie  mongole,  I,  pp.  75  et  n. 


324  HISTOIRE    GÉNÉRALE   DE   LA   CHINE 

«  L'empire  de  ce  seigneur  est  devisé  en  XII  parties  des- 
quelles chascun  seigneur  a  nom  Stngoy\  dit  Odorici.  Marco 
Polo  nous  avait  déjà  parlé  de  ces  douze  hauts  fonctionnaires 
et  de  leur  rôle  : 

«  Or  sachiés  voiremant  qe  le  grant  sire  a  esleu  doze  gran- 
disme  baronz,  esquelz  hi  a  comen  qu'il  soient  sor  tûtes  les 
chouses  bezognables  qe  abesognent  en  trente  quatre  pro- 
vences,  et  vos  dirai  lor  mainiere  et  lor  establiment.  Je  voz  di 
tout  primeremant  qe  cesti  doze  baronz  demorent  en  un 
palais  dedens  la  ville  de  Canbalu,  qe  est  moût  grant  et  biaus, 
e  hi  a  plosors  sales  et  maisonz,  et  chascune  provence  un  jugie 
et  maint  escriven  qe  demorent  en  cest  palais,  zascun  en  sa 
maison  por  soi.  Et  cest  jugie  et  cest  escrivan  i  font  toutes 
les  chouses-  qe  abezogne  à  la  provence  à  cui  il  sunt  député, 
et  ce  font  por  la  volunté  e  por  le  commandamant  des  doze 
baronz  qe  je  voz  ai  dit.  Et  si  sachiés  tout  voiremant  qe 
cesti  doze  baronz  ont  si  grant  seingnorie  con  je  vos  dirai,  car 
il  eslisent  les  seingnors  de  toutes  celés  provences  qe  je  voz 
ai  dit  desoure.  Et  quant  il  les  ont  esleu  tielz  con  lor  senble 
qe  il  soient  buen  et  sofisable,  il  le  font  savoir  au  grant  sire, 
et  le  grant  sire  le  conferme  et  li  fait  doner  table  d'or  tel  corne 
à  sa  seingnorie  convenable.  Et  encore  sunt  cesti  baronz 
poi  porveoir  où  convienent  que  les  hostes  ailent,  et  les  en- 
voient là  o  il  lor  senble,  e  celé  quantité  qe  il  vuelent  ;  mes 
toutes  foies  est  è,  la  seue  dou  grant  sire,  et  ensi  con  je  vos 
ai  dites  de  cel  deus  chouses  font-il  de  toutes  les  autres 
chouses  qe  sunt  besognables  as  tous  les  provences  qe  je  voz 
ai  contés.  Et  cesti  sunt  appelés  scieng  que  vaut  à  dire  le 
cort  greingnor  qe  ne  a  et  sor  elz  qe  le  grant  sire.  Le  palais  où 
el  demorent  est  ausi  apellés  scien,  et  ce  est  bien  la  greingnor 
seingneurie  que  soit  en  toute  la  cort  dou  grant  sire  :  car 
il  ont  bien  le  pooir  de  fair  grant  bien  à  cui  il  vuelent.  Les 
provences  ne  voz  conterai  ore  por  lor  nom,  por  ce  qe  je  le 
voz  conterai  en  nostre  livre  apertenant,  et  laiseron  de  ce 
et  voz  conteron  conmant  les  gran  sire  mande  sez  mesajes, 
et  comant  il  ont  les  chevaus  aparoilés  por  aler  ^.  » 

1.  P.  373.  » 

2.  Ed.  Soc.  Géog.,  p.  iio. 


K  OUBLAÏ  325 

11  semblerait  que  chacun  de  ces  hauts  fonctionnaires  fût 
chargé  d'une  des  douze  provinces  de  l'Enipire  :  Tcheng 
Toung,  Leao  Yang,  Tchoung  ch(ju,  Chcn  Si,  Ling  Pe  (Ka- 
ra  Koroum),  Kan  Sou,  Se  Tch'ouan,  Ho  Nan  Kiang  Pe, 
Kiang  Tche,  Kiang  Si,  Hou  Kouang,  Yun  Nan.  Kachid 
ed-Din  nous  dit  :  «  Dans  tout  l'empire  du  Kaân  sont  douze 
sing;  cependant  celui  de  Khanbaliq  est  le  seul  qui  ait  des 
Djinsang  ^  ».  Rachid  ed-Din  écrit  également  :  »  Les  grands 
princes  qui,  chez  eux,  ont  le  rang  de  vizirs,  y  portent  le 
titre  de  Djingsang...  D'après  la  règle,  un  grand  divan  se  com- 
pose de  quatre  Djingsang  ou  grands  princes,  et  de  quatre 
kabdjân  des  nations  des  Tadjiks,  Khataïs,  Ighours  et  des 
Arkâonn.  Ceux-ci  sont  des  inspecteurs  du  divan  ^  ». 

Suivant  Pauthier  ^,  les  douze  «  barons  »  jouaient  un  tout 
autre  rôle  : 

«  Le  ((  cabinet  ou  conseil  des  ministres  »  était  formé 
comme  il  suit  : 

»  i^  Un  «ministre  de  la  droite»  Yeou  Tch'eng  sian g,  et  un 
ministre  de  la  gauche  Tso  Tch'eng  siang,  du  premier  degré, 
du  premier  rang,  avec  sceau  d'argent.  Ils  avaient  dans  leurs 
attributions  la  nomination  de  tous  les  principaux  fonction- 
naires publics  de  l'Empire  en  exercice,  et  divisés  en  six 
catégories  {thoûng  loû  kouâii  sou  pè  ssê  kiu  ling).  Si  l'un  des 
fonctionnaires  en  exercice,  placé  sous  leurs  ordres,  venait 
à  manquer,  alors  c'était  l'affaire  des  commandants  des 
grands  gouvernements  (thoûng  sing)  de  pourvoir  provi- 
soirement à  son  remplacement,  pour  ne  laisser  en  souffrance 
aucun  des  ressorts  du  gouvernement  de  l'Empire... 

)i  Le  nombre  de  ces  premiers  ministres  varia  beaucoup. 
En  1260,  à  l'avènement  de  K'oublaï,  il  n'y  en  eut  qu'un 
et  il  se  lîommait  Ma-mou-te  (Mahmoud).  C'était  un  maho- 
métan.  De  1261  à  1265,  il  y  en  eut  deux,  et  en  1265  et  1266, 
il  y  en  eut  quatre... 

)t  20  Quatre  u  ministres  spéciaux  traitant  les  affaires  ad- 
ministratives >'  p'ing  tchang  tcheng  sse,  de   premier  rang, 

1.  /.  Asiatique,  XI,  1883,  p.  447. 

2.  J.  As..  XI,  18S3,  pp.  352-353. 

3.  Marc  Pol,  p.  329  n. 


326  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

second  degré.  Ils  assistaient  les  deux  ministres  précédents 
{Tch'eng  siang)  dans  le  maniement  du  pouvoir.  Tout  ce 
qui  concernait  l'armée  et  les  autres  affaires  importantes  de 
l'Etat  était  de  leur  ressort. 

»  En  1265,  le  fameux  A-ah-me-te  (A'hmed)  fut  élevé  à 
ce  poste  par  K'oublai  Khaân.  Il  l'occupa  jusqu'en  1282, 
année  dans  laquelle  il  fut  élevé  à  celui  de  Tch'eng  Siang,  et 
tué  dans  une  conspiration  de  palais; 

»  3°  Quatre  «,  ministres  assesseurs  »,  deux  de  droite,  yeou 
tch'eng,  et  deux  de  gauche,  tso  tch'eng,  du  premier  degré  du 
second  rang.  Ils  avaient  pour  fonctions  d'aider  les  ministres 
dans  tout  ce  qui  concernait  l'administration.  C'étaient 
comme  des  «sous-secrétaires  d'État; 

»  40  Deux  «  conseillers  rapporteurs  sur  les  affaires  admi- 
nistratives :  is'an  tche  tcheng  ssê,  du  second  degré  du 
second  rang.  Ils  avaient  pour  fonctions  d'aider  les  ministres 
en  prenant  connaissance  des  grandes  affaires  de  l'adminis- 
tration et  d'en  donner  leur  avis  aux  ministres  assesseurs. 

»  Voilà,  les  Douze  barons,  formant  le  Cabinet  de  K'oublaï 
Khaân,  dont  parle  Marc  Pol,  et  pas  d'autres;  le  président 
de  ce  Cabinet,  soit  qu'il  fût  pris,  comme  sous  Ogotai,  au 
sein  même  du  Cabinet,  soit  que,  comme  sous  K'oublai,  ce 
fût  l'héritier  présomptif  qui  le  présidât,  n'en  faisait  pas 
partie.  Les  membres  de  ce  Cabinet  sont  compris,  dans  les 
Annales  mongoles,  sous  la  dénomination  de  Tsai  Siang; 
et  ils  sont  assimilés,  dans  les  «  Tableaux  historiques  des 
offices  publics  sous  toutes  les  dynasties  chinoises  «  publiés 
par  ordre  impérial,  la  quarante-cinquième  année  K'ien 
Loung  (1780)  au  Nei  ko,  ou  «  Cabinet  des  Ministres  d'Etat 
de  la  dynastie  mandchoue.  » 

Pauthier  a  résume  ainsi,  d'après  le  Youen  Che,  les  détails 
de  l'organisation  du  gouvernement  mongol  1  : 

«  Sous  T'ai  Tsou  (Tchinguiz  Khan),  le  gouvernement 
était  purement  militaire,  sous  l'autorité  de  chefs  subordon- 
nés les  uns  aux  autres,  qui  commandaient  à  un  nombre 
déterminé  de  familles.  Ses  successeurs  jusqu'à  K'oubilaï, 
presque  uniquement  occupés  à  faire  des  conquêtes,  sui- 

I.  Marco  Polo,  p.  328n. 


it'OUBLAÏ  327 

virent  ce  régime;  leur  premier  ministre  était  choisi  dans 
leur  parenté  la  plus  proche.  T'aïTsoung(Ogotaï), cependant, 
commença  à  établir  dans  ses  possessions  une  organisation 
civile.  Il  étabUt  d'abord  dix  loû  (circuits)  au  gouvernement 
desquels  il  promut  des  fonctionnaires  instruits.  Ce  furent, 
en  général,  des  employés  de  la  dynastie  des  Kin... 

»  A  l'avènement  de  Che  Tsou  (K'oublai)...  cet  empereur 
chargea  (en  1260),  le  célèbre  lettré  et  astronome  chinois 
Hiu  Heng,  avec  Lieou  Kien-tchoung,  de  choisir,  dans  les 
statuts  administratifs  anciens  et  modernes,  ce  qui  convenait 
le  mieux  au  nouvel  ordre  de  choses,  et  d'en  former  un  sys- 
tème de  gouvernement  pour  la  Cour  et  les  provirces  de 
l'empire  (neî,  'aï).  Les  fonctionnaires  chargés  de  l'adminis- 
tration générale  de  l'empire  furent  nommés  tchoung  chou 
cheng,  '(  secrétaires  d'État  pour  toutes  les  provinces  de 
l'empire  v;  ceux  qui  furent  chargés  du  contrôle  des  affaires 
militaires  furent  nommés  tchoii  mi  yoiien,  «  membres  du 
bureau  des  affaires  secrètes  privées  »;  les  intendants  des 
promotions  et  des  destitutions  furent  nommés  yu  ssé  t'ai, 
«  membres  du  tribunal  des  censeurs  de  l'empire  1.    ■ 

»  En  second  ordre  et  au-dessous  de  ces  fonctionnaires 
venaient  pour  l'intérieur  de  la  Cour  (neî)  :  la  '<  chambre  des 
officiers  attachés  à  la  cour  (ssé)  »;  «  l'intendance  du  palais  » 
(kiàn)  ;  celle  de  «  la  garde  impériale  >>  (wei)  ;  la  «  Trésore- 
rie »  (fou).  Pour  l'extérieur  ('ai)  la  «  direction  des  provin- 
ces »  (hing  cheng)  ;  la  «  direction  des  finances  »  (hing  t' ai)  ; 
la  «  direction  de  la  tranquillité  publique»  (sinuen  wei  ssé)  ; 
le  <(  bureau  des  enquêtes  ->  (lien  fang  ssé).  L'administration 
pastorale  (civile)  du  peuple  était  divisée  en  loit  (circon- 
scription administrative  immédiatement  au-dessous  des 
«  gouvernements  »  cheng),  en  fou,  «  départements  »,  en 
tcheou,  «  arrondissements  »,  et  en  hien,  «  cantons  ou  dis- 
tricts ».  Les  fonctions  des  mandarins  préposés  à  ces  admi- 
nistrations, dont  ils  portaient  le  nom,,  étaient  f)erma- 
nentes;  chaque  siège  avait  son  rang  permanent,  et  les  émo- 
luments étaient  aussi  les  mêmes.  Les  fonctionnaires  supé- 
rieurs étaient  mongols,  et  les  seconds  chinois,  ou  des 
hommes  du  sud  (devenus  depuis  Chinois).  Dès  lors,  cette 


328  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

forme  de  gouvernement  fut  suivie  pendant  tout  le  règne  de 
la  dynastie... 

))  On  avait  créé  aussi,  à  l'imitation  des  anciennes  Dynas- 
ties chinoises,  trois  grandes  charges  (San  Koiing,  «  les  trois 
Ducs  )))  ;  ceux  qui  en  seraient  revêtus  devaient  s'appeler  : 
le  «  grand  précepteur  de  l'empire  »  (taî  ssé)  ;  le  «  grand 
rapporteiir  »  (taî  tchouan),  et  le  «  grand  conservateur» 
(taî  pao)... 

»  Il  y  avait  encore  :  le  «  grand  directeur  des  troupes  » 
(ta  ssé  t'ou)  ;  le  «  directeur  en  second  »  (ssé  fou)  ;  le  '<  grand 
chef  de  la  police  »  (taî  weî    =  le  «  grand  tranquilliseur  »), 

»  Après  ces  grandes  charges  en  venait  une  autre,  qui 
était  en  réalité,  la  première  du  gouvernement  central  actif  : 
celle  de  «  président  du  Cabinet  ou  de  la  Secrétairerie  d'État  », 
en  chinois  Tchoung  chou  ling.  Il  avait  un  sceau,  d'argent. 
Il  recevait  les  instructions  de  l'empereur,  et  les  transmet- 
tait (tien  ling)  aux  ministres,  qu'il  présidait.  Deux  «  ins- 
pecteurs des  sceaux  »  (kian  yin)  étaient  attachés  à  son 
office.  Sous  Ogotaï,  c'était  un  des  ministres  qui  le  remplis- 
sait. Che  Tsou  (K'oublai)  en  chargea  sor  héritiei  présomp- 
tif (Houang  Tai  tseu),  l'année  1273...  » 

Un  Edit  fut  en  1335  «  adressé  aux  fonctionnaires  des 
administrations  ayant  les  titres  àeHing-tchoung-chou-cheng, 
hing-yn-che-t'ai,  hingsiuan  tchengvuan,  aux  fonctionnaires 
du  siuan-wei-sseu  et  du  lien-fan g-sseu,  aux  officiers  de  l'ar- 
mée, aux  hommes  de  l'armée,  aux  fonctionnaires  ta-lou-lioua- 
tch'e  (darougha)  des  villes,  aux  courriers  officiels  qui  vont 
et  viennent,  aux  gens  du  peuple,  à  la  foule  des  ho-ckang 
(religieux  bouddhistes  1  ». 

'(  Les  hing  tchoung  chou  cheng,  au  nombre  de  dix, 
jouaient  dans  les  provinces  le  rôle  du  tchoung  chou  cheng  à 
la  capitale;  ces  administrations  comportaient  chacune  i 
tch'eng  siang,  2  p'ing  tchang,  i  yeou  tch'eng,  1  tso  tch'eng, 
2  ts'an  tche  tçheng  che  et  plusieurs  autres  fonctionnaires 
secondaires  ^  ». 

»  L'administration  du  hing  siuan  tcheng  yuan  avait  été 

1.  Chavannes,  Chancellerie  trtongole,  p.  85. 

2.  L.  c,  p.  85  11. 


k'oublaï  _>29 

instituée  à  Hang  Tcheou  en  1334;  elle  était  comme  le 
double  du  siuan  tcheng  yuan  dont  le  siège  était  à  Pc  King 
et,  comme  lui,  elle  s'occupait  des  affaires  concernant  les 
religieux  bouddhistes  et  le  Tibet  ^  ». 

«  Les  siuan  wei  sseu  étaient  des  administrations  provin- 
ciales, dont  le  nombre  varia  pendart  la  durée  de  la  dynastie 
Youen.  Chacune  d'elles  compcrtait  3  siua)i  wei  che  2.  » 

Les  darougha  étaient  les  fonctionnaires  ayant  un  sceau. 
[C'est  en  1223  que  Tchinguiz  plaça  pour  la  première  fois 
les  darou^lia  dans  les  villes  conquises  ^]. 

»  Le  titre  de  Tsien-hou  (mille  familles)  s'applique  ordi- 
nairement à  un  commandement  de  mille  hommes  (Minga- 
tan)  ;  celui  qui  commande  mille  hommes,  dit  l'Histoire  des 
Moussais,  est  un  Tsien  hou.  D'après  cette  explication,  le 
grade  de  Tsien  hou  répondrait  à  celui  de  chiliarque;  sous 
le  nom  de  Tsien-hou  so,  on  désignait  le  siège  d'une  adminis- 
tration compo'^ée  de  plusieurs  fonctionnaires  et,  vraisem- 
blablement aussi,  le  territoire  de  leur  juridiction  : 

»  Il  y  avait  trois  classes  de  Tsien-hou  so  : 

»  1°  Le  Tsien-hou-so  de  première  classe  administrait 
pHis  de  sept  cents  hommes  d'armes;  son  personnel  se  com- 
posait d'un  Daroughas  (gouverneur),  d'un  Tsien-hou 
(chiliarque)  et  d'un  sous-chiUarque  ;  les  deux  premiers 
portaient  comme  insigne  une  tablette  d'or  (p'ai  tseu)  de 
quatrième  classe;  le  troisième,  une  tablette  d'ordre  de 
cinquième  classe; 

»  2°  Un  Tsien-hou  so  de  deuxième  classe  administrait 
plus  de  cinq  cents  hommes  d'armes;  son  personnel  était 
composé  comme  celui  de  première  classe,  avec  cette  seule 
différence  que  les  tablettes  d'or  étaient  toutes  trois  de  cin- 
quième clasf  e  ; 

»  30  Un  Tsier-hou-so  de  troisièiTie  classe  administrait  au 
moins  trois  cents  hommes  d'armes,  son  personnel  était 
semblable  à  celui  des  deux  classes  précédentes;  le  Daroughas 
et  le  Tsien  hou  avaient  chacun  pour  insigne  une  tablette 

1.  L.  c,  p.  74». 

2.  L.  c,  p.  85  n. 

3.  L.  c.  p.  35». 


330  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

d'or  de  cinquième  classe,  mais  celle  du  sous-chiliarque  était 
d'argent  et  de  sixième  classe 

»  Au-dessous  des  Tsien-hou,  il  y  avait  deux  classes  de 
Po-hou-so  : 

»  Un  Po-hou-so  de  première  classe  comprenait  deux 
Po-hou  (centurions),  dont  l'un  Mongol  et  l'autre  Chinois; 
ils  avaient  pour  insignes  des  tablettes  d'argent  de  sixième 
classe.  Un  Po-hou-so  de  deuxième  classe  ne  comportait 
qu'un  centurion,  dont  la  tablette  d'argent  était  de  septième 
classe. 

»  Ces  Tsien-hou-so  et  Po-hou-so  relevaient  des  Wan- 
hon-so,  ou  commanderies  de  dix  mille  hommes,  qui  se 
répartissaient  également  en  trois  classes,  et  dont  les  chefs 
étaient  munis  de  tablettes  d'or  de  troisième  classe.  Les 
tablettes  des  Wan-hou  portaient  l'image  d'un  tigre  pro- 
sterné, et  étaient  ornées  d'une,  deux  ou  trois  perles,  selon 
la  classe  du  grade. 

»  L'histoire  des  Mongols  Youen  Che  nous  décrit  deux 
autres  sortes  de  Tsien-hou-so  :  le  Hing-kiun  Tsien-hou-so, 
le  Tsien-hou-so  de  corps  d'armée  mobile,  et  le  Toun-tien 
Tsien-hou-so,  c'est-à-dire  les  Tsien-hou-sr  des  colonies 
agricoles  militaires. 

»  Le  Hing-kiun  Tsien-hou-so  comprenait  :  un  Daroughas 
de  cinquième  ordre,  un  sous-Daroughas,  un  chiliarque,  un 
sous-chiliarque,  deux  Tan-ya  (chef  de  police),  d'un  grade 
intermédiaire  entre  celui  de  sous-chiliarque  et  celui  de  cen- 
turion; de  vingt  centurions  et  d'un  archiviste  (TcheChe). 

»  Le  personnel  des  Tsien-hou-so  des  colonies  militaires 
comprenait  un  Daroughas  de  cinquième  classe,  un  chi- 
liarque, un  Tan-ya,  vingt  centurions,  deux  instituteurs, 
dont  l'un  pour  les  lettres  mongoles  et  l'autre  pour  les 
études  chinoises  ^  ». 

Marco  Polo  nous  fournit  les  renseignements  suivants  sur 
le  même  sujet  : 

«  Je  voz  di  qe  à  celz  qe  bien  se  provent,  celui  qui  estoit 
seingnor  de  cent  homes,  le  fait  scingnor  de  mille  e  li  fait 
grant  donemant  de  vaicelement  d'argent  et  de  table  de 

I.  G.  Devéria,  Notes  d'épigraphie,  1S97,  pp.  15-17. 


K  OUBLAÏ  331 

comandemant  de  scingnoric,  car  celui  qe  a  seingiicrie  de 
cent  table  d'arjent,  relui  qe  a  seingnoric  de  mille  table  d'or, 
o  voir  d'arjent  endoré,  celui  qe  a  seingorie  de  dix  mille  a 
table  d'or  à  teste  de  lion:  e  vos  dirai  le  posse  (poids)  de  ceste 
table  :  celz  que  ont  seingnorie  de  cent  et  de  mille  poisent 
saies  cent  vingt,  et  celle  a  teste  de  lion  poisse  saie  deux 
cent  vingt;  et  en  toutes  cestes  tables  est  escrit  un  c.  man- 
demant,  et  dient  por  la  force  dou  grant  Dieu  et  dou  la 
grant  grâce  que  adonc  a  nostre  enpercr,  le  nom  dou  chan 
soit  boneoit  (béni)  ;  et  tuit  celz  qe  ne  lo  hobieront  soient 
mort  et  destruit.  Et  encore  vcz  di  qe  tuit  celz  qe  ont  cestes 
tables  ont  encore  brevilejes  con  escriture  de  tout  ce  qe  il 
doient  faire  en  lor  seingnorie.  Or  voz  avonz  contés  cesti 
fait,  or  nos  conteron  encore  de  ce  mesme.  Car  je  voz  di  qe 
celui  qe  a  grant  seingnorie  de  cent  mille,  ou  qu'il  soit  sein- 
gnor  d'une  grant  host  jeneraus,  cesti  ont  une  table  d'or 
que  poise  saie  quatre  cent,  et  hi  a  escrit  letres  que  dient 
ensi  con  je  voz  ai  dit  desoure,  e  desout  à  la  table  est  por- 
traré  le  lion,  e  desoure  hi  est  himaginës  le  soleil  e  la  lune.  Et 
encore  ont  brevelejes  de  grant  comandemans  et  de  grant 
fait.  Et  cesti  qe  ont  ceste  noble  table,  si  ont  por  comande- 
mant qe  toutes  foies  qu'il  chevauce,  doie  porter  sor  son 
chief  un  paile  en  seingnifîcance  de  grande  seingnorie.  Et 
toutes  les  foies  qe  il  siet,  doie  seoir  en  charere  d'arjent.  Et 
encore  a  cesti  tielz  le  grant  sire  doné  une  table  de  gerfaus, 
et  ceste  table  done-t-il  à  les  très  grant  baronz  poroie  qe  il 
aient  pleine  bailie  (autorité)  come  il  meisme,  car  quant  il 
vuelt  mander  et  messajes  et  autres  homes,  si  puet  prandre 
les  chevaus  d'un  rois  se  il  vuelt,  et  por  ce  voz  ai  dit  des  che- 
vaus  des  rois,  por  coi  voz  sachiés  qu'il  puet  prandre  de 
tous  autres  homes  1  ». 

Les  p'ai  tseu  ou  tablettes  de  commandement  sont  men-   P'ai  tseu. 
tionnées  pour  la  première  fois  par  Rubrouck  :  «  Mangkou 
donna  aussi  à  ce  Moal  ses  Tablettes  d'or,  qui  est  une  plaque 
d'or,  large  comme  la  main  et   longue  d'une  demi-coudée, 
où  son  ordre  était  gravé.  Celui  qui  porte  cela  peut  demander 

.  Marco  Polo,  Ed.  Soc.  Géog.,  p.  S  . 


332  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

et  commander  tout  ce  c|ui  lui  plaît,  et  tout  est  exécuté 
sans  délai  ^.  » 

Le  p'ai  tseu  étaient  de  différentes  classes  et  de  substances 
diverses,  suivant  le  fonctionnaire  ou  la  mission. 
Monnaie.  Avant  même  d'avoir  conquis  la  Chine,  les  Mongols,  dès 
1236,  mirent  en  circulation  du  papier-monnaie;  en  1260, 
la  première  année  de  son  règne,  K'oublaï  fit  une  émission 
qui  fut  renouvelée  en  1287;  la  première  émission  de  K'oublaï 
comprenait  des  billets  de  dix  (10,  20,  30,  50  tsien  ou  sa- 
pèques),  de  cent  (100,  200  et  500  tsien)  et  de  mille  (1000  et 
2000  tsien)  ;  il  y  eut  encore  une  émission  en  1309;  d'ailleurs 
les  Ming,  au  début,  suivirent  l'exemple  des  Mongols. 
Marco  Polo  nous  décrit  ainsi  cette  monnaie  : 
«  Or  sachiés  qu'il  (le  Grand  Khan)  fait  faire  une  tel 
monoie  cum  je  voz  (dirai).  Il  fait  prendre  escorces  d'arbres, 
ce  est  des  morieres  que  les  vermes  que  font  la  soie  menuient 
lor  frondes,  et  les  bouces  soutil  qui  est  entre  l'escorces  et 
les  fust  de  l'albre,  et  de  celés  sotil  buces  fait  fer  chartre 
come  celle  de  papir  et  sunt  toutes  noires;  et  quant  cestes 
chartre  sunt  faites,  il  le  fait  trinchier  en  tel  mainer,  car  il 
en  fait  une  petite  que  vaut  une  merule  (moitié)  de  tornesel 
petit,  et  l'autre  est  de  un  tornesel  encor  petit;  et  l'autre  est 
d'un  mi  gros  d'arjent,  et  l'autre  d'un  gros  d'arjent  que 
vaut  un  gros  d'arjent  de  Venese,  et  l'autre  est  de  deus  gros, 
et  l'autre  de  cinq  gros,  et  l'autre  de  dix  gros,  et  l'autre  d'un 
bezant,  et  l'autre  de  trois  et  ensi  vait  jusqu'en  dix  bezant, 
et  toutes  cestes  châtre  sunt  scellés  dou  scel  dou  grant  sire, 
et  en  fait  faire  si  grant  quantité  que  tuit  le  trezor  dou 
monde  en  paieroit.  Et  quant  cestes  chartre  sunt  fait  en  la 
mainiere  qe  je  voz  ai  contés,  il  en  fait  faire  tous  les  paie- 
mant,  et  les  fait  despendre  por  toutes  les  provences  et 
règnes  et  teres  là  ou  il  a  seingnorie,  et  nulz  ne  l'ose  refuser 
à  poine  de  pardre  sa  vie.  Et  si  voz  di  que  toutes  les  jens  et 
regionz  d'omes  que  sunt  sout  sa  seingnorie,  prennent 
voluntier  cestes  chartre  en  paiement,  par  ce  que  là  ouques 
il  vont,  en  font  tout  lor  paiemant  et  de  merchandies,  et  de 
perles  et  de  pieres  presiouses,  et  d'or  et  d'arjent,  toutes 

I.  Bergeron,  col.  77. 


K  OUBLAÏ  333 

chouses  en  puent  achater,  et  font  le  paiement  de  le  cartre 
ke  je  voz  ai  dit,  et  si  voz  di  qe  la  cartre  qe  se  met  por  dix 
bezant  ne  poisse  pas  un.  Et  si  voz  di  qe  plusors  foies  l'an 
vienent  les  merchaant  à  plusors  ensenbles  con  perles  et  con 
pieres  presieuses  et  com  or  et  com  arjent,  et  com  autres 
couses.  Ce  sunt  dras  d'ors  et  de  soie,  et  cesti  mercant  toutes 
de  cestes  chouses  présent  au  grand  Kaan  sire.  Et  le  grant 
sire  fait  apeller  doze  sajes  homes  qe  sor  ce  les  chouses  sunt 
e.xleu  et  que  moût  sunt  sajes  en  ce  fare;  il  lor  commande 
qu'il  regardent  celés  chouses  qe  les  merchaant  ont  ap(jrtés, 
et  qu'il  le  faicent  paier  de  ce  qe  lor  senble  que  vailent.  Et 
celz  doze  sajes  homes  regardent  celés  chouses,  et  ce  qe  lor 
semble  qu'ele  vailent  les  font  paier  de  celés  charte  qe  je  voz 
ai  contés;  et  les  merchaant  le  prenent  moût  voluntieres 
por  ce  qe  il  le  metent  puis  en  toutes  les  chouses  qu'il 
achatent  por  toutes  les  teres  do  grant  sire.  Et  si  voz  di 
sanz  nulle  faile  qe  plosors  foies  l'an  les  merchaant  aportent 
tantes  chouses  que  bien  vaillent  quatre  zent  miles  bizant, 
et  le  grant  sire  les  fait  toutes  paier  de  celés  châtre.  Et  encore 
voz  di  que  plusors  foies  l'an  vait  commandcmant  por  le 
vile  que  tuit  celz  qe  ont  pieres  et  perles  et  or  et  argent,  le 
doient  porter  à  la  secque  dou  grant  sire,  et  il  le  font  et  hi 
naportent  ensi  grant  habundance  qe  ce  est  sanz  nombre, 
et  tuit  sunt  paies  de  charte,  et  en  ceste  mainere  a  le  grant 
sire  tout  l'or  et  l'arjent  et  les  perles  et  les  pieres  presieuses 
de  toutes  sez  teres.  Et  encore  voz  di  une  autre  cousse  qe 
bien  fait  à  dire  :  car  quant  l'en  a  tenue  ceste  carte  tant 
qu'eles  en  ronpent  et  qe  se  gastent,  et  iUe  porte  à  la  secque, 
et  il  sunt  cangié  as  noves  et  fresches,  si  voiremant  -qu'il 
en  lase  trois  por  cent,  et  encore  voz  dirai  une  bielle  raison 
qe  bien  fait  à  conter  en  notre  livre,  car  se  une  home  vuelt 
achater  or  ou  arjent  por  fare  son  vaicelament  ou  sez  cen- 
tures  et  sez  autres  evres,  il  s'en  vait  à  la  secque  dou  grant 
sire  et  porte  de  celles  charte  et  les  donc  por  paiemant  de 
l'or  et  de  l'arjent  qu'il  achate  dou  seingnor  de  la  secque  ^  ». 
Les  souverains  mongols  montrèrent  une  grande  impar- 
tialité ou  mieux  une  parfaite  indifférence  à  l'égard  de  la 

I.   Ed.  de  la  Soc.  de  Géog.,  p.  108-109. 


334  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

religion  de  leurs  sujets,  mais  ils  témoignèrent  en  même  temps 
d'un  grand  plaisir  à  assister  à  des  discussions  entre  tenants 
de  cultes  rivaux  ou  hostiles,  particulièrement  entre  taoïstes 
et  bouddhistes.  Dès  l'époque  de  Tchinguiz,  nous  voyons 
le  khan  qui  invita  le  moine  Taoïste  K'ieou  Tch'ou-ki,  en 
religion  Tch'ang  Tch'ouen,  né  en  1148,  à  Si  Hia,  dans  le 
fou  de  Teng  Tcheou,  dans  la  province  de  Chan  Toung,àle 
venir  trouver  en  1220  à  son  campement  dans  le  pays  des 
Naimans  sur  les  bords  de  l'Irtich  ;  le  conquérant  avait 
continué  le  cours  de  ses  guerres  et  Tch'ang  Tch'ouen  ne 
put  le  rejoindre  qu'au  delà  de  l'Oxus,  près  de  l'Hindou 
Kouch,  en  mai  1222;  après  un  séjour  à  Samarkande,  il 
retourna  auprès  de  Tchinguiz,  au  sud  de  l'Oxus,  en  sep- 
tembre 1222  et  l'accompagna  dans  ses  voyages  jusqu'au 
II  avril  1223,  époque  à  laquelle  le  moine  retourna  en  Chine 
par  Siouen  Houa  Fou,  où  il  arriva  en  août  1223  ;  il  atteignit 
à  Pe  King  en  janvier  1224.  Au  moment  de  se  séparer  du 
moine,  le  Khan  lui  remit  un  édit  par  lequel  les  disciples 
des  religieux  sont  affranchis  des  réquisitions  et  des  taxes; 
cet  édit  fut  mis  en  vigueur  par  l'envoyé  impérial  A-li-sien, 
qui  avait  accompagné  Tch'ang  Tch'ouen  dans  ses  pérégri- 
nations. Tch'ang,  Tch'ouen  profitant  de  la  faveur  dont  il 
était  l'objet,  essaya  de  soumettre  à  sa  loi  les  piètres  et  les 
nonnes  bouddhistes,  mais  il  mourut  de  la  dysenterie  le 
9^  jour  du  7^  mois  de  1227,  la  même  année  que  son  pro- 
tecteur, Tchinguiz  ^. 

La  mort  de  K'ieou  Tch'ou-ki  n'interrompit  pas  les  hosti- 
lités entre  bouddhistes  et  taoïstes,  qui,  parfois,  remplaçaient 
par  Lao  Tseulastatue  du  Buddha  ;  en  1235, un  temple  taoïste 
fut  construit  à  KaraKoroum;eni25i,un  ancien  compagnon 
de  K'ieou,  Li  Tche-tch'ang,  qui  écrivit,  en  1228,  ^a  relation 
du  v^oyage  de  son  Maître,  fut  nommé  chef  de  la  religion 
taoïste  ;  mais  en  même  temps,  pour  établir  l'égalité,  Mangkou 
nommait  Haï  Yun  chef  du  Bouddhisme.  «  L'année  sui- 
vante (1252),  l'empereur  honorait  du  nom  de  Maître  du 
Royaume  un    religieux   bouddhiste    des    pays    d'occident, 

I.  E.  Bretschneider,  Med.  Res.,  I,  pp.  35-108.  —  Chavannes, 
Chancellerie  mongole,  I,  pp.  12  et  seq.;  II,  pp.  4  seq. 


K  OUBLAÏ  335 

appelé  Na-mo  et  le  chargeait  de  l'administration  générale 
du  Bouddhisme  dans  l'Empire  ^  ». 

Guillaume  de  Rubrouck  nous  raconte  que  la  veille  de 
la  Pentecôte,  le  30  mai  1254,  il  prit  part  à  Kara  Koroum,  à 
une  discussion  entre  Nestoriens,  Musulmans  et  BouddJiistes 
devant  trois  arbitres,  choisis  par  Mangkou,  l'un  chrétien, 
le  second  musulman  el  le  troisième  bouddhiste;  ce  furent 
les  bouddliistes  qui  furent  battus.  «  Cette  conférence  ainsi 
achevée,  les  Nestoriens  et  Sarasins  chantoient  ensemble 
à  haute  voix,  mais  les  Tuiniens  (bouddhistes)  ne  disoient 
rien  du  tout.  Après  cela  ils  burent  tous  largement  ^  ».  Le 
lendemain  Mangkou  déclarait  à  Rubrouck  :  «  Nous  autres, 
Mongols,  nous  croyons  qu'il  n'y  a  qu'un  Dieu,  par  lequel 
nous  vivons  et  mourons,  et  vers  lequel  nos  cœurs  sont  entiè- 
rement ^p^rtés  ^  ». 

En  1255,  il  y  eut  une  nouvelle  discussion  à  Kara  Koroum 
entre  le  bouddhiste  Fou-YU,  abbé  du  temple  Chao  Lin,  au 
nord  de  Chang  Tou,  et  le  taoïste  Li  Tche-tch'ang,  dans 
laquelle  ce  dernier  fut  complètement  défait;  le  vainqueur 
profita  de  son  succès  pour  se  plaindre  à  l'empereur  de  la  con- 
duite des  taoïstes  à  l'égard  des  Bouddhistes  :  destruction  de 
statues  de  Buddha  et  de  Kouan  Yin  ;  accaparement  de  plus 
de  500  temples  ou  propriétés  appartenant  aux  bouddhistes  ; 
dans  une  autre  requête  du  8^  mois  de  1255,  Fou  yu  atta- 
quait la  doctrine  même  des  Taoïstes  :  Mangkou  proclama 
un  édit  ordonnant  la  punition  des  coupables  (29^  jour, 
96  mois  1255)  et  37  propriétés  furent  rendues  aux  boud- 
dhistes. 

En  1256,  à  une  réunion  de  notables  Bouddhistes,  à  la 
Sira  Ordo  au  sud  de  Kara  Koroum,  Mangkou  reconnut  la 
supériorité  du  Bouddhisme  en  ces  termes  :  «  Maintenant, 
les  sien  cheng  [moines  taoïstes]  disent  que  la  doctrine  taoïste 
est  la  plus  élevée  ;  les  sieou  ts'ai  [lettrés]  disent  que  la  doc- 
trine des  lettrés  est  la  première;  les  tie  sie  [tersa,  les  Chré- 
tiens] servent  Mi-che-ho  [Messie]  et  disent  qu'ils  obtiennent 

1.  Chavannes,  Chancellerie  mongole,  p.  20. 

2.  Bergeron,  col.  118. 

3.  Bergeron,  col.  119. 


336  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

la  vie  céleste  ;  les  ta-cJie-uuDi  [mollahs  musulmans]  invoquent 
l'espace  et  remercient  le  Ciel  des  dons  qu'il  leur  fait.  Si  on 
examine  avec  soin  leurs  principes,  toutes  (ces  religions)  ne 
sauraient  être  égalées  au  Bouddhisme.  »  L'empereur  alors 
éleva  la  main  et  dit  en  se  servant  d'une  comparaison  :  «  C'est 
comme  les  cinq  doigts  qui  sortent  tous  de  la  paume  de  la 
main;  la  doctrine  bouddhique  est  semblable  à  la  paume, 
les  autres  religions  sont  semblables  aux  doigts  1  ». 

Deux  ans  plus  tard  (1258),  Mangkou,  dégoûté  de  ces  con- 
troverses, remit  à  son  frère  K'oublaï  le  soin  de  les  juger  à 
Chang  Tou  où  il  résidait  ;  les  Taoïstes  furent  encore  battus 
dans  une  discussion  sur  le  Hqua  Hou  king  qui  donnait  la 
tradition  suivant  laquelle  Lao  Tseu  se  serait  rendu  à 
Khotan  où  il  aurait  converti  au  bouddhisme  les  Hou, 
peuples  de  l'Asie  centrale.  K'oublaï  rendit  un  édit  en  consé- 
quence  2. 

«  Le  grand  pontife  du  Taoïsme,  Tchang  Tsoung-yen, 
s'empressa  d'obéir  aux  ordres  de  K'oublaï;  il  fit  apporter 
à  Yen  King  (Pe  King)  une  masse  de  livres  et  de  gravures 
avec  les  planches  servant  à  les  imprimer  et  on  les  brûla 
solennellement  au  sud-ouest  de  la  salle  principale  du  temple 
Ming  Tchoung  ^  ». 

D'autres  édits  furent  promulgués  en  1261  et  1280,  et  des 
livres  taoïstes  furent  détruits,  en  particulier  en  1281,  sur 
un  placet  de  Tchang  yi.  «  En  1284,  neuf  lettrés,  membres 
du  Han  Lin  Youen,  reçurent  de  l'Empereur  l'ordre  de  com- 
mémorer le  triomphe  des  Bouddhistes  en  gravant  sur  pierre 
un  récit  complet  des  luttes  qui  avaient  duré  de  1258  à  1281 
pour  aboutir  à  la  défaite  des  Taoïstes  »  ■*  et  à  la  victoire  déci- 
sive du  bouddhisme. 

Il  es't  utile  de  noter  que  Mangkou  décerna  pour  la  pre- 
mière fois  à  la  secte  le  nom  de  (secte  du)  Tao  véritable  et 
grand  dont  le  cinquième  dépositaire,  depuis  Lieou  Te- 
jen,  était  alors  Li  Hi-tch'eng,  auquel  l'empereur  conféra 

1.  Chavannes,  l.  c,  pp.  28-29. 

2.  Chavannes,  /.  c,  pp.  29  seq. 

3.  Chavannes,  /.  c,  p.  33. 

4.  Chavannes,  /.  c,  pp.  49-50. 


K  OUBLAÏ  337 

le  titre  de  "  Homme  véritable  auguste  et  profond  ".  La 
cinquième  année  tche  youen  (1268),  Che  Tsou  (K'oublaï), 
ordonna  qu'un  disciple  de  Li  Hi-tch'eng,  nommé  Souen  Te- 
fou,  aurait  la  direction  générale  de  la  secte  dans  toutes  les 
provinces  1. 

Les  édits  impériaux  dispensaient  les  hochang,  les  ye  li 
ko  wen  et  les  sien  cheng  de  toute  taxe;  mais,  en  revanche, 
ces  ministres  du  culte  devaient  invoquer  le  ciel  et  demander 
pour  l'Empereur  la  longévité. 

«  A  la  12^  lune  [1260],  Houpilai-han  honora  un  jeune  Pasepa. 
Lama,  appelle  Pasepa,  de  la  dignité  de  Maître  de  la  Doc- 
trine dans  ses  Etats.  Ce  jeune  homme  était  de  Saskia,  dans 
le  royaume  des  T'ou  Fan  ou  Tibet,  et  de  l'ancienne  et 
illustre  famille  des  Tsou  kouan,  qui  depuis  dix  siècles  avait 
donné  des  ministres  aux  rois  du  Tibet  et  à  d'autres  princes 
occidentaux.  Pasepa,  d'un  esprit  vif  et  pénétrant,  sortit 
de  son  pays  dès  l'âge  de  quinze  ans,  pour  venir  offrir  ses 
services  à  Houpilai-han,  lorsqu'il  n'était  encore  que  prince 
particulier;  Houpilai-han  prit  tant  d'inclination  pour  ce 
jeune  seigneur,  qu'étant  ensuite  monté  sur  le  trône,  il  lui 
donna  un  sceau  et  le  fît  chef  de  tous  les  Lama  de  ses  Etats, 
quoiqu'il  n'eût  alors  que  vingt-deux  ans  ^  «. 

«  Jusqu'au  règne  de  Houpilai-Haji,  les  Mongous  n'avaient 
point  eu  de  lettres  ni  de  caractères  qui  leur  fussent  propres. 
Un  des  premiers  soins  de  ce  prince  fut  d'en  faire  composer 
de  particuliers  adaptés  à  la  langue  des  Mongous,  et  il  char- 
gea de  ce  projet  le  Lairia  Pasepa.  L'ordre  qu'il  fit  publier 
était  conçu  en  ces  termes  :  «  Le  nord  est  le  berceau  des 
Mongous.  Notre  langue  a  emprunté  jusqu'à  présent  les 
caractères  chinois  ou  les  lettres  du  royaume  de  Oueour. 
Les  Leao,  les  Kin  et,  en  général,  tous  les  royaumes  même  les 
plus  éloignés  de  nous,  se  glorifient  d'avoir  des  caractères 
qui  leur  sont  propres.  Le  degré  de  puissance  où  la  nation 
des  Mongous  et  son  gouvernement  sont  arrivés  exige  qu'elle 
ait  des  lettres  assorties  au  génie  de  sa  langue.  Nous  avons 
donné  nos  ordres  en  conséquence,  et  avons  chargé  de  l'exé- 

1.  Chavannes,  /.  c,  p.  120,  d'après  le  Youeti  Che. 

2.  Mailla,  IX,  p.  2S7. 


338  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

cution  d'un  projet  qui  honorera  la  nation  et  notre  règne  le 
Lama  Pasépa,  maître  et  précepteur  de  l'empire.  »  [1269]. 

«  Ce  lama  répondit  par  son  zèle  au  dessein  de  l'Empereur; 
il  forma  plus  de  mille  mots  qu'il  composa  de  quarante-une 
lettres  matrices,  dont  les  différentes  combinaisons  de  deux, 
de  trois,  de  quatre,  de  cinq  ensemble  produisaient  différens 
sons  et  rendaient  exactement  les  expressions  de  la  langue 
des  Mongous.  Pasepa  présenta  son  travail  dans  la  même 
année  à  Houpilai  Han,  qui  l'examina  avec  attention  et 
qu'il  fit  rendre  public  après  l'avoir  approuvé,  avec  ordre  à 
tous  les  Mongous  d'apprendre  et  de  se  rendre  familiers 
les  nouveaux  caractères.  L'empereur  donna  pour  récom- 
pense au  lama  un  titre  de  prince,  sous  le  nom  de  Ta  pao 
fao  Wang,  qui  ne  pouvait  convenir  qu'à  un  homme  de  la 
profession  de  Lama,  et  il  lui  donna  un  sceau  qui  répondait 
à  cette  dignité  1  ». 

Le  Lama  mourut  à  la  4^  lune  de  l'année  1279.  L'éditeur 
de  l'ouvrage  du  P.  de  Mailla  nous  dit  :  «  Il  eut  de  grands 
titres  de  son  vivant  ;  on  lui  en  donna  encore  de  plus  grands 
lorsqu'il  fut  mort  :  on  l'appella  Hoiiang  T'ien  tcJte  hia,  qui 
n'a  que  le  Ciel  au-dessus  de  lui;  Yi  Jen  tche  chang,  qui  est 
au-dessus  des  hommes;  Suen  wen  fou  tche,  le  chef  des 
lettres  ;  Ta  cheng  tche  te,  le  sage  de  la  plus  éminente  vertu  ; 
Tsin  hoiiai  tchen  tche,  le  plus  éclairé  et  le  plus  pénétrant  ; 
Ta  pao  fao  wang,  le  roi  qui  maintient  la  règle  précieuse; 
Ta  Yoiien  Ti  se,  le  maître  de  l'empereur;  SiT'ioi  Fo  tseu, 
le  fils  du  Fo  de  Si  T'ien  ^.  » 

«  Le  Kouo  Tseu  Kieii,  ou  Collège  impérial,  a  été  de  tout 
temps  considéré  comme  un  étabhssement  important  pour 
former  des  hommes  utiles  à  l'État.  Dès  le  règne  des  premiers 
Hia,  il  y  en  avait  un  dans  la  ville  impériale,  et  on  l'appelait 
Hiao  ;  les  Chang,  qui  succédèrent  aux  Hia,  lui  donnèrent 
le  nom  de  Siu,  et  les  Tcheou  celui  de  Siang.  Ogotaï,  à  la 
solHcitation  du  ministre  Ye-liu  Tch'ou-t'saï,  en  avait  établi 
un,  dont  K'oublaï  Khan,  au  commencement  de  son  règne, 
donna  la  direction  au  célèbre  Hiu  Heng;  il  n'y  avait  alors 

1.  Mailla,  IX,  pp.  311-312. 

2.  Mailla,  IX,  p.  403  n. 


I 


K  OUBLAÏ  339 

que  dix  à  douze  enfans  des  grands  attachés  à  ce  collège. 
"Après  Hiu  Heng,  ce  collège  tomba,  et  bientôt  on  n'y  vit 
plus  ni  disciples  ni  maîtres  :  on  négligea  d'y  faire  les  répa- 
rations nécessaires,  et  il  fut  abandonné  à  de  simples  parti- 
culiers, qui  en  firent  leur  demeure.  Ye-liu  Yeou-chang,  in- 
specteur titulaire  de  ce  collège,  sollicita  son  rétablissement; 
mais  comme  la  Cour  était  surchargée  d'affaires  qui  ne  lui 
permettaient  pas  de  s'occuper  d'un  objet  dont  l'utilité, 
quoique  réelle,  n'est  pas  toujours  sentie,  les  sollicitations 
de  Ye-liu  Yeou-chang  furent  longtemps  infructueuses.  Il 
ne  se  rebuta  point  et  sa  persévérance  fut  enfin  couronnée  : 
on  rétablit  le  Kouo  Tseu  Kien,  et  le  nombre  des  étudians 
y  fut  d'abord  fort  considérable.  Il  obtint  encore  qu'on 
fonderait  dans  chaque  ville  du  premier  ordre,  du  second  et 
du  troisième,  un  collège  sous  la  direction  de  deux  manda- 
rins de  lettres,  et  que  tous  les  collèges  d'une  province  cor- 
respondraient à  un  chef-lieu,  dirigé  par  deux  mandarins 
connus  par  leur  capacité  et  la  pureté  de  leurs  mœurs  ^  ». 

Le  collège  préfectoral  de  Tch'ang  Ngan  était  l'établisse-      Collège  de 
ment  le  plus  important  après  le  Kouo  Tseu  Kien  et  il  ren-  Tch'ang  Ngai 
fermait  la  série  de  stèles  sur  lesquelles  on  grava  en  l'an  837 
le  texte  de  douze  ouvrages  canoniques,  stèles  conservées 
aujourd'hui  au  Pei  Lin  (la  forêt  des  stèles)  à  Si  Ngan  ^. 

En  1279,  K'oublaï  fit  construire  à  l'angle  sud-est  de  observatoire. 
Khan  Baliq,  sur  la  muraille,  un  observatoire  dont  il  sub- 
siste encore  aujourd'hui  deux  admirables  instruments  de 
bronze  portés  par  des  dragons  auxquels  le  temps  a  donné 
une  riche  patine,  qui  furent  fondus  sous  la  direction  du 
célèbre  astronome  Ko  Cheou-king,  né  en  1231.  Sous  l'em- 
pereur K'ang  Hi,  le  jésuite  flamand  Ferdinand  Verbiest 
fit  fabriquer,  en  1673,  six  nouveaux  instruments  dont  un 
grand  globe  céleste  qui  furent  installés  sur  la  muraille  à  la 
place  des  instruments  mongols  descendus  dans  le  jardin  et 
devenus  des  objets  de  curiosité;  d'autres  instruments 
furent  construits  en  1715  et  en  1744.  A  la  fin  du  xviii<^  siècle, 
l'empereur  Kia  K'ing,  la  deuxième  année  de  son  règne,  fit 

1.  Mailla,  IX,  pp.  430-431. 

2.  Cf.  Chavannes,  Chancellerie  mongoL,  p.  37. 


340 


HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 


reconstruire  ou  reparer  l'Observatoire.  Lors  de  la  prise  de  Pe 
King  par  les  Alliés  en  1900,  les  Allemands  s'emparèrent  de 
quelques-uns  de  ces  instruments,  dont  l'un  de  Ko  Cheou- 
king;  ils  font  aujourd'hui  l'ornement  d'une  des  terrasses  de 
Potsdam. 

«  A  cette  époque  [1289],  on  ouvrit,  à  la  sollicitation  de 
Han  Tchoung-houei,  gouverneur  de  Cheou  Tchang 
bien,  un  nouveau  canal  pour  le  transport  des  denrées  et 
des  marchandises  à  la  Cour.  Il  commençait  au  sud-ouest 
de  la  montagne  Ngan  Chan,  dans  le  territoire  de  Siu  tch'eng 
hien,  et  se  rendait  par  le  nord-ouest  de  Cheou  Tchang  bien 
jusqu'à  Toung  Tchang  fou;  de  là,  passant  au  nord  de  Lin 
Ts'ing,  il  conduisait  les  eaux  du  \Wen  choueï  dans  la  rivière 
Yu  Ho.  Ce  canal,  appelé  Houei  t'oung,  avait  250  li  de  lon- 
gueur. On  avait  pratiqué  dans  cet  espace  trente  et  une 
écluses  pour  ramasser  les  eaux  dans  les  temps  de  sécheresse^)). 

«  Houpilai-Han  doit  être  considéré  comme  un  des  plus 
grands  princes  qui  aient  existé  et  dont  les  succès  aient  été 
plus  constants.  Il  les  dut  au  talent  qu'il  avait  de  connaître 
ses  officiers  et  de  les  commander.  Il  porta  ses  armes  dans 
les  contrées  les  plus  éloignées,  et  rendit  son  nom  si  formi- 
dable que  plusieurs  peuples  vinrent  d'eux-mêmes  se  sou- 
mettre à  son  empire;  aussi  n'y  en  a-t-il  jamais  eu  d'une  si 
vaste  étendue.  Il  cultivait  les  lettres,  protégeait  ceux  qui 
en  faisaient  profession,  et  recevait  même  avec  reconnais- 
sance les  conseils  qu'ils  lui  donnaient;  cependant  il  ne  plaça 
jamais  aucun  Chinois  dans  le  ministère,  et  il  n'eut  pour 
ministres  d'État  que  des  étrangers  qu'il  sçut  choisir  avec 
discernement,  si  l'on  excepte  ceux  qu'il  chargea  des  finances. 
Il  aimait  véritablement  ses  peuples,  et  s'ils  ne  furent  pas 
toujours  heureux  sous  son  règne,  c'est  qu'on  avait  soin  de 
lui  cacher  ce  qu'ils  souffraient.  Il  n'y  avait  point  alors  de 
censeurs  publics  dont  le  devoir  est  d'avertir  le  souverain 
de  ce  qui  se  passe,  et  personne  n'osait  parler  dans  la  crainte 
du  ressentiment  des  ministres,  dépositaires  de  l'autorité 
impériale  et  auteurs  des  concussions  qu'on  exerçait  sur  le 
peuple.  Plusieurs  Chinois,  gens  de  lettres  et  très  habiles 

I.  Mailla,  IX,  pp.  439-440.  —  Cf.  Gandak,  Canal  Impérial,  pp. 2  1-22. 


K  OUBLAÏ  341 

qui  vivaient  à  la  cour  de  Houpilai-Han,  pouvaient  rendre 
à  ce  prince  les  plus  grands  services  dans  le  gouvernement 
de  ses  États  s'ils  en  eussent  été  chargés,  mais  on  ne  leur 
confia  que  des  emplois  subalternes  et  ils  ne  furent  pas  à 
portée  de  faire  connaître  les  malversations  des  sangsues 
publiques  :  Houpilai-Han  était  humain,  il  les  aurait  écou- 
tés. Ce  prince,  à  la  vue  de  quelque  pronostic  fâcheux  ou 
lorsqu'il  y  avait  disette,  remettait  les  tributs  et  faisait 
distribuer  des  grains  à  ceux  qui  en  manquaient.  Il  se  plai- 
gnait souvent  de  ce  qu'on  ne  manquait  pas  de  l'avertir 
lorsqu'il  restait  des  tributs  à  payer  ou  des  corvées  à  com- 
mander, mais  qu'on  lui  taisait  les  besoins  du  -peuple. 
Lorsqu'il  entreprit  l'expédition  dans  le  ro3iaume  de  Koua- 
oua,  la  plupart  des  soldats  ne  s'embarquèrent  que  malgré 
eux;  cinq  mille,  entre  autres,  se  mutinèrent  et  refusèrent 
de  partir.  Les  officiers,  outrés  de  leur  désobéissance,  écri- 
virent en  cour  et  demandèrent  qu'on  les  punît.  Houpilai- 
Han  en  fut  fâché,  mais  pour  ne  pas  les  perdre,  il  répondit 
à  ces  officiers  qu'il  avait  exempté  ces  cinq  mille  hommes 
d'aller  à  Koua  oua  et  qu'il  ne  fallait  pas  les  inquiéter  ^  ». 

Après  la  mort  du  cinquième  Grand  Khan  commence  Décadence 
en  Chine  la  décadence  de  la  puissance  mongole,  qui  sera  des  Mongols 
plus  rapide  encore  dans  les  autres  parties  de  leur  vaste 
empire.  En  moins  d'un  demi-siècle,  nous  verrons  annihiler 
le  fruit  des  conquêtes  de  Tchinguiz  Khan  et  de  ses  succes- 
seurs et  se  relâcher  l'administration  solidement  établie 
par  K'oublaï,  qui,  n'étant  plus  dirigée  par  sa  forte  main,  ne 
dure  seulement  que  par  l'impulsion  acquise  et  par  la  rou- 
tine des  bureaux.  Le  Mongol  chinoise  a  perdu  les  vertus 
qui  lui  étaient  propres  sans  gagner  celles  de  celui  qu'il  a 
vaincu,  et  il  ne  tardera  pas  à  n'offrir,  à  ceux  qui  devinent 
sa  faiblesse  et  l'attaquent,  qu'une  cible  trop  accessible  à 
tous  les  coups  de  la  fortune  adverse. 

I.  Mailla,  IX,  pp.  439-461. 


CHAPITRE  XX 

Les  Mongols  (suite). 

APRÈS  la  mort  de  K'oublaï,  un  kouriltaî  fut  tenu  à 
Chang  Tou,  à  la  4^  lune  de  1294;  le  fils  du  Grand 
Khan  Tchen  Kin,  dont  la  fin  prématurée  avait  causé 
tant  de  douleur  à  son  père,  avait  laissé  trois  fils,  Canmala, 
Talamapola,  (Tarmapala),  mort  de  bonne  heure,  et  Timour  ; 
c'est  ce  dernier  qui  avait  été  désigné  pour  son  héritier 
par  K'oublaï;  grâce  à  l'appui  du  général  Bayan,  ce  choix 
fut  ratifié  par  l'assemblée  et  Canmala  se  soumit  immédia- 
tement à  sa  décision;  ce  pi'ince,  nommé  Gouverneur  géné- 
ral de  la  Mongolie,  avec  résidence  à  Kara  Koroum,  ne  vécut 
que  peu  d'années  ;  il  mourut  à  la  i^^  i^^e  de  1302  ;  les  beaux- 
frères  de  Timour,  Gueukjou  et  Keurgueuz,  reçurent  le 
commandement  des  troupes  opérant  contre  Kaïdou  et 
Doua;  son  cousin,  Ananda,  fils  de  Mangala,  troisième  fils 
de  K'oublaï,  wang  ou  prince  de  Ngan  Si,  qui  comprenait 
King  Tchao  ou^^Si  Ngan  fou,  fut  maintenu  dans  ce  peste. 
Bayan  survécut  peu  à  son  ancien  maître  K'oublaï,  car  il 
mourut  en  janvier  1295,  âgé  de  cinquante-neuf  ans. 

Timour,  qui  s'était  corrigé  des  habitudes  d'ivrognerie  de 
sa  jeunesse,  se  montra  un  excellent  prince;  il  fit  la  paix 
avec  le  Ngan  Nan,  ouvrit  les  communications  avec  l'Inde 
et  termina  les  affaires  de  Mien.  Il  fut  moins  heureux  en 
entreprenant  une  campagne  contre  le  lointain  royaume 
laotien  de  Xieng  Mai  ou  Muong  Yong.  habité  par  lesPa-pe 
Si-fu  ou  Bât-bâ  T'uc-phu,  qui  se  nomment  eux-mêmes 
Thaï  niai  ou  grand  Thaï.  «  L'an  1300,  un  des  généraux 
des  troupes  représenta  que  le  royaume  de  Papesifou  ne 
voulait  pas  recevoir  le  calendrier  de  l'empire,  et  priait 
l'Empereur  de  lui  permettre  d'aller  avec  des  troupes  forcer 
ce  royaume  à  suivre  la  forme  d'année  chinoise  et  à  comp- 


LES   MONGOLS  343 

ter  les  lunes,  comme  les  sujets  de  l'Empereur.  Un  des 
ministres,  appelle  Wen  Tseu,  regarda  cette  afiaire  comme 
sérieuse  et  persuada  à  l'empereur,  à  la  12®  lune  de  l'an  1300, 
d'attaquer  le  royaume  de  Papesifou.  Alahasun  s'opposa 
à  cette  résolution,  et  soutint  que  les  peuples  qu'on  voulait 
attaquer  étaient  des  barbares,  qu'on  pouvait  instruire 
si  on  voulait,  mais  à  qui  il  serait  inutile  et  dangereux  de 
faire  la  guerre.  L'empereur  ne  dit  rien  au  ministre  Alahasun, 
mais,  contre  sa  coutume,  il  s'emporta  contre  un  autre  man- 
darin qui  voulut  faire  des  représentations.  20,000  hommes 
furent  commandés  pour  attaquer  Papesifou.  Lieou  Chen 
qui,  le  premier,  conseilla  cette  guerre,  fut  nommé  général 
de  l'armée  1  ». 

Ce  fut  un  désastre  :  la  faim  décima  les  troupes  harcelées 
par  les  tribus  de  la  frontière  qui  se  livrèrent  au  pillage;  on 
fut  obligé  d'appeler  des  troupes  du  Hou  Kouang,  du  Chen 
si,  du  Se  Tch'ouan  et  du  Yun  Nan;  cette  guerre  malheu- 
reuse ne  fut  terminée  qu'en  1303;  Lieou  Chen,  qui  en  était 
la  cause  eut  la  tête  tranchée. 

Timour  termina  également  la  lutte  contre  Kaïdou  et 
Doua,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit;  ce  prince  mourut  à  la 
i'"^  lune  de  1307,  âgé  de  42  ans,  sans  avoir  désigné  d'héritier 
et  ne  laissant  aucune  postérité  :  son  fils  unique  Te  Cheou, 
après  avoir  été  déclaré  prince  héritier  à  la  6^  lune  de  1305, 
était  mort  la  même  année  à  la  12®  lune. 

La  veuve  de  Timour,  Bouloughan,  que  Gaubil  appelle 
Pe  yaou,  exerça  la  régence.  Voulant  écarter  du  trône  les 
fils  de  Tarmapala,  fils  de  Tchen  kin,  Kaïchax  et  Ayour 
balibatra,  dont  elle  avait  fait  exiler  la  mère  à  Houai  king 
fou,  dans  le  Ho  Nan,  où  vivait  cette  princesse  avec  son 
second  fils,  Bouloughan,  soutenue  par  le  ministre  Agoutai, 
était  favorable  à  la  candidature  d'Ananda,  qu'elle  fit 
prévenir  secrètement  de  l'état  de  santé  de  Timour.  Ananda, 
roi  du  Ngan  Si,  était  fils  de  Mangala,  mort  en  1280; 
à  la  mort  de  Tchen  kin  {1285),  il  porta  le  titre  de 
prince  impérial-héritier  jusqu'en  1293,  date  où  le  troi- 
sième fils  de  Tchen  kin,  Timour,  fut  désigné  officiellement 

I.  Gaubil,  pp.  227-228. 


344  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

comme  successeur  du  Grand  Khan  i.  Kaïchan  s'était  dis- 
tingué dans  les  guerres  contre  Kaïdou  et  commandait 
l'armée  de  la  frontière  nord-ouest.  Sur  le  conseil  deLi  Meng, 
le  parti  favorable  aux  fils  de  Tarmapala  avertit  de  ce  qui  se 
passait  Batra,  qui  accourut  à  Ta  Tou  avec  sa  mère. 

En  attendant  l'arrivée  de  Kaïchan  qui  était  dans  l'Altaï, 
ses  partisans  et  à  leur  tête  le  ministre  Alahasun  firent 
arrêter  Agoutaï  et  le  prince  Melik  Timour,  fils  d'Arik 
Bougha,  et  les  autres  complices  d'Ananda,  qui  fut  gardé 
prisonnier  au  palais  avec  Bouloughan.  Batra,  fort  popu- 
laire, refusa  de  se  laisser  proclamer  empereur.  Son  frère, 
Kaïchan,  partit  de  KaraKoroum,  où  il  déclina  de  se  laisser 
élire  à  l'empire, avec  30,000  hommes  qu'il  conduisit  à  Chang 
Toù,  où  eut  lieu  son  élection  dans  un  kouriltaï  tenu  dans  la 
5®  lune;  il  prit  le  titre  de  Kuluk  Khan,  et  quoiqu'il  eût  des 
fils,  reconnaissant  de  l'attitude  généreuse  de  son  frère 
Batra,  il  le  désigna  pour  son  successeur. 

Arrivé  à  Ta  Tou,  Kaïchan  fit  mettre  à  mort  Ananda, 
Melik  Timour,  Bouloughan  et  leurs  partisans. 

Il  donna  à  son  père  le  titre  d'empereur  et  à  sa  mère  celui 
d'impératrice. 

«  A  la  ..7®  lune,  ce  prince  décerna  de  nouveaux  honneurs 
à  Confucius  et  voulut  qu'on  ajoutât  à  ses  titres  les  deux 
caractères  Ta-tcheng  pour  marquer  l'excellence  de  sa  doc- 
trine... A  la  8^  lune,  Polo-Timour  présenta  à  l'empereur 
la  traduction  qu'il  avait  faite  en  langue  Mongou  du  livre 
de  Confucius  sur  l'obéissance  filiale,  intitulé  Hiao  King.  Ce 
prince  en  recommanda  la  lecture  dans  un  écrit  public,  et 
ordonna  qu'il  fût  gravé  sur  des  planches  et  qu'on  en  tirât 
un  grand  nombre  d'exemplaires  pour  être  distribués  à  tous 
ses  sujets  ^  ».  Son  ministre,  Alahasun  mourut  à  Ho  Lin,  en 
1308. 

Ce  prince  ne  régna  que  peu  de  temps;  dans  sa  jeu- 
nesse il  s'était  adonné  à  la  plus  basse  ivrognerie,  mais  il 
s'était  amendé  avec  l'âge;  Rubrouck  nous  dit  d'ailleurs 
que  ce  n'est  pas  un  vice  ni  un  déshonneur  entre  les  Tartares 

1.  Chavannes,  Chancellerie  chinoise,  p.  51  n. 

2.  Mailla,  IX,  pp.  494-496. 


LES    MONGOLS 


345 


que  de  s'enivrer  ^  Bon  soldat,  quoique  doux  de  caractère, 
juste,  il  était,  comme  son  Irère,  fervent  bouddhiste;  il  ren- 
dit, en  1309,  un  édit  rédigé  en  mongol  et  écrit  en  caractères 
de  Phag's-pa  lama,  concernant  les  religieux  taoïstes.  Il 
mourut  à  la  i^^  lune  de  131 1,  âgé  de  31  ans.  Il  est  intéres- 
sant de  noter  que  sous  son  règne  parut  un  édit  qui  défendait 
de  donner  désormais  des  chevaux  de  poste  aux  marchands 
occidentaux  ^. 

Batra,  frère  de  Kaichan,  fut  proclamé  empereur.   Ins-  Aïyuiipata, 
truit,  appliqué  aux  affaires,  il  rétablit  les  examens  pour  les  ^""y^"**^"- 

,  ^^    ^  ,  .  t^  Jen  Isoung. 

Lettres  et  se  montra  fort  hostile  aux  eunuques,  la  plaie  des 
cours  d'Extrême-Orient;  il  ordonna  de  ne  leur  confier 
aucune  fonction  publique  (1314)  et,  inconséquent  avec  lui- 
même,  il  éleva  l'un  d'eux  à  un  haut  degré  du  mandarinat. 
Il- chargea  (1316),  pour  l'éloigner  de  la  Cour,  le  fils  aîné  de 
Kaïchan,  Counchala  (Ho  chi  la),  du  gouvernement  du 
Yun  Nan  ;  mais,  en  passant  au  Chen  Si,  ce  prince  se  révolta 
et  s'empara  même  de  T'oungKouan;  peu  de  temps  après, 
il  était  obligé  de  fuir. 

Dans  l'Asie  centrale,  Isan  Bougha,  frère  aîné  et  suc- 
cesseur de  Kabak,  attaqua  le  Grand  Khan,  mais  se  fit 
battre. 

Batra,  comme  son  frère,  se  montra  favorable  aux  boud- 
dhistes et  aux  taoïstes;  on  a  de  lui  un  édit  de"  1314,  rédigé 
en  langue  mongole  et  en  langue  chinoise,  par  lequel  les 
religieux  bouddhistes  (ho  chang),  nestoriens  (ye-li-k'o-wen) 
et  taoïstes  (sien  cheng)  continueront  comme  par  le  passé 
à  jouir  du  privilège  :  «  aucune  sorte  de  réquisition  ne  serait 
imposée  à  (ces  religieux),  mais  qu'ils  invoqueraient  le  Ciel 
et  prieraient  pour  la  longévité  (de  l'Empereur)  ».  Batra 
mourut,  âgé  de  36  ans,  à  la  i'"^  lune  (février)  de  1320,  lais- 
sant le  trône  à  son  fils  Choutepala,  qu'il  avait  reconnu 
comme  héritier  à  la  12®  lune  de  1316. 

C'est  sous  le  règne  de  Batra  que  mourut,  en  1316,  le 
célèbre  astronome  Ko  Cheou-king. 

A  la  veille  de  sa  mort,  Batra  avait  fait  condamner  à 


1.  Bergeron,  col.  85. 

2.  Gaubil,  p.  241. 


346  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA    CHINE 

mort  son  premier  ministre  Temouder  (Tiemoutiel  ou 
Tiemoutier),  coupable  de  nombreuses  injustices  et  d'abus 
de  pouvoir.  Favori  de  l'impératrice,  la  mort  de  l'Empereur 
sauva  la  vie  du  coupable,  qui  fut  rétabli  dans  sa  situation, 
Choutepala  le  tolérant  par  égard  pour  sa  mère,  tout  en 
accordant  sa  confiance  à  Baïdjou.  Temouder  se  vengea 
de  ses  ennemis  en  en  faisant  périr  plusieurs;  il  fit  reléguer  à 
K'ioung  Tcheou  (île  de  Hai  Nan),  le  prince  Tou  Timour, 
second  fils  de  Kaïchan  (Wou  Tsoung).  Mais  heureusement 
il  survécut  peu  de  temps  à  son  retour  en  faveur  et  il  mou- 
rut en  1322,  à  la  8®  lune;  immédiatement  de  nouvelles  accu- 
sations surgirent  contre  le  ministre,  dont  l'empereur  .^fit 
dégrader  la  mémoire,  détruire  le  tombeau  et  confisquer 
les  biens,  à  la  6®  lune  de  1323. 

Tie  che  (Tekche),  inspecteur  général,  fils  adoptif  de 
Temouder,  voulant  venger  celui-ci,  organisa  un  complot 
pour  placer  sur  le  trône  Yesoun  Timour,  fils  de  Canmala, 
qui  avertit  l'Empereur  de  ce  qui  se  tramait  contre  lui, 
malheureusement  trop  tard.  Choutepala  en  route  de  Chang 
Tou  pour  Ta  Tou,  s'était  arrêté  à  Nan  Po;  après  avoir 
massacré  Baïdjou  dans  sa  tente,  les  conjurés  pénétrèrent 
à  la  8®  lune  chez  l'Empereur,  qu'ils  tuèrent  dans  son  lit;  il 
n'avait  que  21  ans  (1323);  il  ne  laissait  pas  d'enfant  de  sa 
femme  Soukopala,  fille  de  Yilihaya,  fille  de  l'empereur 
Tch'eng  Tsoung. 

Choutepala,  bouddhiste  zélé,  fit  des  présents  magni- 
fiques au  lama  son  maître,  qui  retournait  au  Tibet;  il  fit 
construire  un  splendide  temple  de  Fo  dans  les  montagnes 
à  l'ouest  de  Pe  King;  à  la  4^  lune  de  1321,  Choutepala  avait 
fait  détruire  le  temple  que  les  Ouighours  (Houei  Hou)  avaient 
à  Chang  Tou,  et  dans  le  cours  de  cette  année  il  défendit  aux 
Ouighours  d'acheter  des  Mongoux  de  jeunes  garçons  et 
filles  pour  les  donner  ou  revendre  esclaves  aux  Chinois  1. 

Yesoun  Timour,  fils  aîné  de  Canmala  (Kamala),  mort 
en  1302,  qui  avait  le  commandement  général  après  son 
père  des  quatre  grands  ordos,  se  fit  proclamer  empereur 
à  la  96  lune,  4*^  jour,  de  1323,  sur  les  bords  du    Keroulen 

I.  Gaubil,  p.  253  n. 


LES   MONGOLS  347 

(Loung  kiu)  où  le  sceau  et  les  insignes  impériaux  lui  avaient 
été  apportés  par  Antai  Boucha  (Gantipouhoa)  et  Yksien 
TiMOUR.Il  promulgaimmédiate'ment  une  proclamationd'am- 
nistie.  Pour  éviter  d'être  soupçonné  d'avoir  trempé  dans  le 
complot  qui  avait  coûté  la  vie  à  Choutepala,  adoré  de  ses 
peuples,  le  nouvel  empereur  fit  mettre  à  mort  les  assassins 
de  ce  prince  et  de  Baïdjou  :  Yesien  Timour,  Tekche,  Souan, 
fils  de Temouder,  et  leurs  familles;  Antai  Bougha  fut  relé- 
gué à  Haï  Nan  (1323). 

Yesoun  Timour  entra  à  Ta  Tou,  à  la  ii«  lune  (décembre 
1323),  et  désigna  pour  son  successeur,  en  1324,  son  fils 
AsouKHPA.  Malgré  un  rapport  dirigé  contre  eux  par  Tchaxg 
KoUEi,  les  Lamas  continuèrent  à  avoir  une  influence  pré- 
dominante à  la  cour.  Après  un  règne  misérable,  Yesoun 
Timour  mourut  à  Chang  Tou,  au  mois  d'août  1328  (7®  lune) 
dans  la  36®  année  de  son  âge. 

On  signale,  en  1282  et  1323,  des  ambassades  du  Sien,  où 
régnait  en  1294,  le  roi  Kan-mou-ting.  Le  Sien,  en  cam- 
bodgien Syam,  était  la  région  de  la  Haute  Ménam,  Sukho- 
taï,  dont  le  troisième  roi  fut  Rama  Khàmhèng  (1283- 
1292)  et  le  cinquième  Lidaiya,  qui  monta  sur  le  trône  en 
1340;  la  partie  basse  de  la  Me  Nam,  où  devait  s'élever 
Ayudhya,  était  nommée  en  chinois  Lo  Hou,  en  cambod- 
gien Lvo  ;  en  1349,  l'État  <^^  ^^  Hou  s'empara  de  celui  du 
Sien,  formant  l'État  de  Sien  Lo,  sans  qu'il  y  eût  fusion 
complète  entre  les  deux  régions,  car  Sukhodaya  conserva 
des  rois.  Ayudhya,  la  capitale,  fut  fondée  en  1348,  suivant 
les  Annales  birmanes,  en  1350,  suivant  les  Annales  sia- 
moises. En  1477,  les  envoyés  du  Sien  Lo  apportent  le  tri- 
but à  la  Chine  ^ 

Le  nouveau  règne  commençait  au  milieu  des  intrigues 
des  factions.  Asoukepa  ou  Radchapika,  appelé  Tien 
Chun  par  les  Chinois,  l'aîné  des  quatre  fils  de  Yesoun 
Timour,  avait  été  déclaré  héritier  ;  l'impératrice  Papou- 
HAN,  sa  mère,  le  fit  proclamer  empereur  à  Chang  Tou,  tan- 
dis que  le  gouverneur  de  Ta  Tou,  Yang  Timour,  fils  de 
TcHOHANGOUR,  voulait  mettre  sur  le  trône  un  fils  de  Kai- 

I.   Voir  supra,  p.    314. 


348 


HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 


chan,  auquel  sa  famille  devait  sa  fortune,  Tob  Timour 
(Tou  Timour),  alors  à  Nan  King;  Yang  Timour  lit  arrêter 
WouPETOULA,  envoyé  par  l'impératrice,  pour  s'emparer  des 
sceaux  et  fit  occuper  Kiu  Young  Kouan  par  son  frère 
Satoun  et  Kou  Pe  K'eou  par  son  fils  Tang  ki  tche. 

Tou  Timour,  qui  avait  été  exilé  au  Hou  Kouang,  sous  le 
règne  précédent,  arriva  à  Ta  Tou  à  la  8^  lune,  fit  mettre  à 
mort  Woupetoula  et  envoya  en  exil  les  personnages  em- 
prisonnés par  Yang  Timour,  mais  il  refusa  le  trône,  qui 
revenait,  suivant  lui  à  son  frère  aîné  Hochila  (Couchala)  ;  il 
ne  céda  à  la  pression  de  Yang  Timour  que  pour  éviter  un 
interrègne  et  avec  l'intention  de  remettre  le  pouvoir  à 
son  frère  dès  son  arrivée. 

Yang  Timour  défit  les  partisans  d'xA^soukepa  à  Kiu- 
Young  Kouan  et  à  T'ou-ng  Tcheou,  tandis  que  son  oncle 
paternel,  Bougha  Timour,  attaquait  et  prenait  Chang  Tou; 
Asoukepa  périt  d'une  manière  ignorée,  ses  partisans  furent 
mis  à  mort  et  l'impératrice  fut  exilée  à  Toung  Ngan  tcheou 
dans  le  Tche  Li.  Hochila,  qui  se  trouvait  au  nord  du  Cha 
Mo,  arriva  près  de  Kara  Koroum  en  février  1329  et  se  fit 
proclamer  empereur.  A  la  3^  lune,  Tou  Timour  chargea 
Yang  Timour  de  lui  porter  le  sceau  de  l'empire.  Hochila, 
reconnaissant,  désigna  son  frère  pour  son  successeur.  Tou 
Timour  se  rendit  à  la  8^  lune  au-devant  de  son  frère  qui, 
quelques  jours  après  son  arrivée  à  Chang  Tou,  fut  trouvé 
mort  dans  sa  tente;  il  avait  30  ans. 

Huit  jours  plus  tard,  Tou  Timour  était  proclamé  empe- 
reur pour  la  seconde  fois, 
b  Timour.       Le  règne  de  Tob  Timour  (Tou  Timour)  a  été  signalé  par 
idjagatou.   la  révolte  du  prince  Tou  Kien,  gouverneur  du  Yun  Nan, 
sn  Tsoung   ^^.  ^^  (j^^lara  roi  de  cette  province,  à  la  8^  lune  de  1330.  Le 
rebelle  fut  battu  par  le  prince  Alatenacheli,  fils  du  prince 
de  Toula. 

Quoique  Tob  Timour  fût  un  fervent  bouddhiste,  des 
lamas  trempèrent  dans  une  conjuration,  organisée  par  des 
Ouighours  et  des  Mongols,  pour  mettre  sur  le  trône  Yuelou 
Timour,  fils  d'Ananda;  le  complot  fut  découvert  et  ses 
instigateurs  furent  mis  à  mort. 


LES   MONGOLS  349 

Tob  ïimour  abandonna  la  direction  des  affaires  à  Yang 
Timour;  il  mourut  d'ailleurs  peu  de  temps  après  à  Chang 
Tou  en  septembre  1332,  à  l'âge  de  29  ans;  à  la  12®  lune  de 
1330,  il  avait  déclaré  héritier  son  fils  Alatenatala,  mais 
ce  prince  mourut  à  la  1^^  lune  de  1331;  avant  de  mourir, 
Tob  Timour  ordonna  de  proclamer  empereur  un  des  fils  de 
son  frère  Ming  Tsoung. 

Yang  Timour  proposa  à  l'impératrice  Poutachali  de  Kintchenpai 
proclamer  empereur  Koukou  Dara,  surnommé  Yang  Nmg Tsoung 
TEKOUS  (Yen  tiékous),  fils  de  Tob  Timour,  mais  cette  prin- 
cesse, qui  avec  l'aide  de  l'eunuque  Paï  Tchou  avait  lait 
périr  l'impératrice  Papoucha,  veuve  de  Hochila,  qui  l'avait 
épousée  après  la  mort  de  la  princesse  Maïlati  et  fait  reléguer 
ToGHAX  Timour,  le  fils  de  cette  dernière  et  de  l'empereur, 
dans  une  île  de  Corée,  d'où  il  avait  été  envoyé  à  Tsing 
Kiang  (Kouei  Lin),  dans  le  Kouang  Si,  était  désireuse  de 
respecter  les  volontés  de  Tob  Timour;  elle  fit  donc  pro- 
clamer empereur  le  deuxième  fils  de  Hochila,  Rintchenpal 
(Ilientchepan,  Yi  lien  tchen  pan),  âgé  de  sept  ans  et  elle 
prit  la  régence  avec  Sati  comme  premier  ministre;  le 
nouveau  souverain,  qui  était  d'une  santé  délicate,  mourut 
au  mois  de  décembre  suivant  (3^  lune  1332). 

Y'ang  Timour  essaya  de  nouveau  de  faire  élire  Yang 
tekous,  mais  l'impératrice,  fidèle  à  la  promesse  faite  par 
Tob  Timour,  de  réserver  le  trône  aux  fils  de  Hochila,  fit 
revenir,  du  Kouang  Si,  Toghan  Timour,  fils  de  ce  prince,  âgé 
de  treize  ans.  Y'ang  Timour,  à  la  tête  des  seigneurs  de  la 
Cour,  se  rendit  à  Leang  Hiang,  au  sud  de  Ta  Tou,  au-devant 
du  nouvel  Empereur,  qui,  par  timidité  sans  doute,  le  reçut 
fraîchement,  rnais  il  répara  la  mauvaise  impression  causée 
par  cet  accueil  en  épousant  Pe  Y'aou,  fille  du  puissant 
ministre  qu'il  fit  déclarer  impératrice  à  la  8^  lune.  Yang 
Timour,  épuisé  par  son  incontinence,  mourut  en  avril 
(13^  lune)  de  1333;  il  avait  épousé  la  veuve  de  Yisoun 
Timour. 

Toghan  Timour  se  rendit  avec  la  cour  à  Chang  Tou,  où 
l'impératrice  le  fit  proclamer  empereur,  à  la  6^  lune;  il  fut 
convenu  que  Y'ang  tekous  serait  son  successeur. 


CHAPITRE  XXI 

Les  Mongols  (suite). 

LE  nouvel  empereur,  âgé  de  treize  ans,  était  faible, 
timide,  inconstant;  il  ne  tarda  pas  à  se  livrer  aux 
plaisirs  et  à  abandonner  les  soins  du  gouvernement 
à  ses  ministres.  Sur  le  cgnseil  du  prince  Alou  hoan  Timor, 
favori  de  Ho  chi  la,  il  choisit  comme  ministres  et  généra- 
lissimes le  merkite  Bayan  (Peyen),  homme  débauché  et 
cruel,  et  Satun,  frère  aîné  de  Yang  Timour;  ce  dernier,  créé 
prince  de  Joung,  mourut  en  1335  et  fut  remplacé  dans  le 
ministère  par  Tang  ki  che,  son  neveu,  fils  aîné  de  Yang 
Timour  et  frère  de  l'impératrice  Pe  Yaou. 

Le  fougueux  Tang  ki  che,  jaloux  de  Bayan,  créé  prince 
de  Tsin,  qui  avait  la  toute  puissance,  ourdit  contre  son 
collègue  et  rival  une  conspiration  dans  laquelle  entrèrent 
son  frère  Targai,  son  oncle  paternel  Talientali;  des  troupes 
dévouées  furent  cachées  dans  le  palais  de  Chang  Tou  ;  le  but 
du  complot  était  de  placer  sur  le  trône  Houang  Ho  Timour, 
fils  de  Chireki  et  petit-fils  de  Mangkou.  Averti  de  ce  qui  se 
tramait,  Bayan  fît  arrêter  Tang  ki  che  et  son  frère;  le  pre- 
mier fut  tué  les  armes  à  la  main;  Targai,  réfugié  chez  sa 
sœur  l'impératrice,  fut  massacré  sous  ses  yeux  à  coups  de 
sabre;  Pe  yaou  elle-même  fut  mise  à  mort  par  Bayan,  sur 
le  consentement  de  l'empereur;  Talientali  se  défendit  et  se 
réfugia  chez  Houang  Ho  Timour,  où  il  fut  pris  et  tué;  le 
prince  lui-même  se  suicida.  A  près  ces  sanglantes  exécutions, 
Chouen  Ti  quitta  Chang  Tou  et  retourna  à  Ta  Tou. 

Cependant  de  nombreux  signes  de  mécontentement  se 
manifestaient  dans  tout  l'empire;  la  faiblesse  des  Khans 
mongols  se  trahissait  de  plus  en  plus.  En  1337,  un  homme 
du  peuple,  Tchou  Kouang-K'ing,  avec  Che  Kouan-chan  et 
Tchoung  Ta-ming,  se  révoltent  dans  le  Kouang  Toung, 


LES   MONGOLS  351 

tandis  que,  dans  le  Ho  Nan,  Pang  Hou,  s'empare  de  Koue 
Te  et  incendie  Tchcn  Tcheou;  l'année  suivante,  un  simple 
particulier  de  Nan  chcng  bien  s'empare  de  Tchang  Tcheou, 
au  Fou  Kien;  il  est  tue,  de  même  que  Fan  Ming,  de  Ki  Hien, 
au  Ho  Nan,  en  1339;  en  1341,  dans  le  Hou  Kouang,  deux 
habitants  de  Tao  Tcheou,  Tsiang  Ping  et  Ho  Jen-fou,  ne 
sont  battus  que  lorsqu'ils  ont  réussi  à  s'emparer  de  Kiang 
Tcheou  et  de  Houa  Tcheou;  dans  le  Chan  Toung,  on  ne 
réussit  pas  à  maîtriser  complètement  la  rébellion.  Dans 
l'espérance  de  les  priver  de  tout  moyen  d'action,  on  enlève 
armes  et  chevaux  aux  Chinois  en  même  temps  qu'il  leur  est 
interdit  d'apprendre  la  langue  mongole. 

Bayan,  qui  de  gouverneur  du  Ho  Nan,  était  arrivé  à  sa 
haute  situation  grâce  à  Tob  Timour,  crut  pouvoir  donner 
libre  carrière  à  son  ambition  et  à  sa  cruauté,  sans  se  soucier 
de  la  haine  qu'il  excitait  dans  le  peuple  aussi  bien  que  dans 
son  entourage;  il  eut  l'audace  de  faire  tuer,  à  la  11^  lune  de 
1339,  Tche  tche  tou,  arrière-petit-fils  de  Mangkou,  par  son 
quatrième  fils  Yu  loung  ta  che.  Dénoncé  à  l'Empereur  par 
son  propre  neveu  Toktagha  (Toto),  officier  dans  les  gardes, 
Bayan  lut  exilé  dans  le  sud  de  la  Chine  et  mourut  en  route 
à  Loung  Hing-yi,  près  de  Nan  Tch'ang,  capitale  du  Kiang 
Si;  il  fut  remplacé  comme  premier  ministre  par  son  frère 
puîné  Matchartai,  père  de  Toktagha  (1340). 

Rappelant  les  intrigues  de  cour  à  la  mort  de  Kaï  Chan, 
Chouen  Ti  relégua  la  veuve  de  Tob  Timour,  l'impératrice 
Poutacheli,  à  Toung  Ngan  tcheou,  où  elle  mourut  ;  son  fils 
Yang  tekous,  jusqu'alors  considéré  comme  prince  héritier, 
est  expédié  en  Corée  avec  le  fonctionnaire  Yue  kou  sar, 
qui  le  tue  en  route;  enfin  la  tablette  de  Tob  Timour  (Wen 
Tsoung)  est  enlevée  de  la  salle  des  ancêtres  de  la  famille 
impériale  à  Chang  Tou.  Matchartai,  qui  désapprouvait  ces 
mesures,  donne  sa  démission  et  il  est  remplacé  par  son  fils 
Toktagha  et  par  Timour  Bougha  (1340). 

Quatre  ans  plus  tard  (1344),  Toktagha  prend  sa  retraite 
et  reçoit  le  titre  de  Tcheng  Wang;  sur  son  conseil,  on  lui 
donne  pour  successeur  Aloutou,  descendant  à  la  quatrième 
génération  de  Bourdji  (Po  eul  tchou),  l'un  des  quatre  braves 


352  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

de  Tchinguiz  Khan.  Aloutou  fit  exiler  Matchartai,  qui  mou- 
rut à  Kan  Tcheou,  et  Toktagha.  Dès  1347,  Aloutou  était 
remplacé  par  Pier  kié  Bougha,  fils  du  ministre  Agoutaï,  mis 
à  mort  par  ordre  de  Kaï  Chan.  Peu  de  temps  après,  il  eut 
pour  successeur  Tourtchi,  dont  le  collègue,  le  sage  et  in- 
tègre Tai  Ping,  fit  rappeler  Toktagha,  qui  rentra  en  grâce; 
celui-ci,  ignorant  le  service  que  lui  avait  rendu  Tai  Ping,  fit 
renvoyer  ce  ministre,  qui  se  retira  à  Si  Ngan  (1349). 

Chouen  Ti  envoya  une  ambassade  avec  des  présents  à  la 
cour  de  Delhi,  où  un  ancien  esclave  turk,  Ghiyas  ed-din, 
avait  fondé  la  dynastie  de  Tughlak  (1320-1414);  il  fut 
assassiné  par  son  fils  Mohammed  (1324),  qui  régna  jusqu'en 
1351.  Mohammed  Tughlak,  voulant  rendre  la  politesse, 
organisa  une  ambassade  en  Chine  dont  il  confia  la  direction 
au  célèbre  voyageur  maghrébin  Ibn  Batouta  de  Tanger 
(printemps  de  1342),  que  le  mauvais  état  de  la  mer  empê- 
cha de  remplir  sa  mission.  Le  sultan  Mohammed  Tugh- 
lak avait,  en  1337,  organisé  une  grande  expédition,  qui, 
après  s'être  emparée  delà  ville  de  Djidiah,  essuya  un  désas- 
tre dans  les  Himalayas.  Firishta  prétend  que  cette  expédi- 
tion était  dirigée  contre  la  Chine. 

L'indifférence  de  l'empereur  plongé  dans  les  plaisirs,  la 
faiblesse  de  son  gouvernement,  le  relâchement  dans  l'admi- 
nistration provinciale  allaient  amener  de  nouveaux  trou- 
bles précurseurs  et  préparateurs  de  la  catastrophe  finale. 
Les  désordres  allaient  croissant  et  se  multipliant.  Un  nom- 
mé Han  Chan-toung,  originaire  de  Louan  Tch'eng,  dans  le 
district  de  Tcheng  Ting  (Tche  Li),  avait  été  déporté  au  Chan 
Toung.  Son  grand-père  et  son  père  «  avaient  été  exilés  dans 
le  pays  de  Young  P'ing,  vers  les  limites  du  Leao  Toung, 
pour  avoir  pratiqué  les  prétendus  secrets  magiques  de  la 
secte  des  Pei  Lien  kiao,  afin  d'exciter  des  troubles;  Han 
Chan-toung  profita  de  la  fermentation  où  étaient  les  esprits: 
il  fit  courir  le  bruit  dans  toutes  les  provinces  que  le  Foè 
Mile  était  descendu  sur  la  terre  pour  délivrer  les  peuples 
de  l'oppression  des  Mongous,  et  il  fit  soulever  beaucoup  de 
monde  dans  le  Chan  Toung,  le  Ho  Nan  et  le  Kiang  Houai  ^  ». 

I.  Mailla,  IX,  p.  592. 


I.KS    MONGOLS  353 

Les  partisans  du  rebelle  prétendaient  qu'il  descendait  de 
l'empereur  Soung  Houei  Tsoung  à  la  huitième  génération; 
SCS  fidèles  lui  prêtèrent  serment  en  sacrifiant  un  cheval 
blanc  et  un  bœuf  noir  et  ils  adoptèrent  un  bonnet  rouge 
comme  signe  distinctif.  La  rébellion  fut  d'ailleurs  de  courte 
durée  :  Han  Chan-toung  fut  battu  et  fait  prisonnier,  mais 
sa  femme  Yang  Che  et  son  fils  Han  Lin-eul  s'enfuirent  au 
pays  de  Wou  Ngan. 

Le  principal  chef  des  rebelles,  Lieou  Fou-t'oung,  n'en  con- 
tinua pas  moins  la  lutte;  à  la  5«'  lune,  il  entra  en  campagne 
avec  une  armée  de  100,000  hommes,  à  Foung  Yang  fou 
(Kiang  Nan),  prit  plusieurs  villes  de  cette  province,  passa 
dans  le  Ho  Nan  et  se  fortifia  à  Nan  Yang  et  à  Juning;  un 
autre  chef,  Siu  Cheou-houei,  se  proclame  empereur  à  la 
56  lune  de  1351  à  Ki  Chouei,  Hou  Kouang,  et  donne  le 
nom  de  T'ien  Wen  à  sa  dynastie.  Les  fonctionnaires  mon- 
gols évacuent  le  bassin  du  Kiang. 

A  la  8^  lune  de  1352,  on  envoie  contre  les  rebelles  du  Ho 
Nan,  Yesien  Timour,  frère  de  Toktagha,  qui  exile  à  Cha- 
Tcheou,  Tchao  Wcn-pou,  prince  de  Ying  kouo,  de  la  famille 
des  Soung.  D'autre  part,  Siu  Cheou-houei  s'emparait  de 
Han  Yang,  de  Wou  Tch'ang  et  de  Kieou  Kiang;  il  battait 
Fan  Tche-king  et  s'emparait  de  Hang  Tcheou  à  la  7^  lune 
de  1352, mais  le  général  Toung  Pou-siao  franchissait  le  Kiang 
et  après  une  terrible  bataille  et  un  grand  carnage  dans  lequel 
il  y  eut  40,000  soldats  tués,  il  reprenait  la  capitale  du  Tche 
Kiang  (août  1352).  Yesien  Timour  se  faisait  battre  par  Lieou 
Fou-t'oung  et  se  retirait  dans  K'aï  Foung,  abandonnant 
lâchement  la  campagne  aux  insurgés.  Cependant  Toktagha, 
voulant  réparer  les  fautes  de  son  frère,  prenait  le  commande- 
ment des  troupes  du  Ho  Nan  et  battait  les  rebelles  près  de 
Pe  Siu  tcheou,  à  la  9e  lune  de  1352;  malheureusement  Sing 
Kl,  originaire  de  Ning  Hia,  à  la  tête  des  troupes  du  Kiang 
Si,  qui  avait  pris  Kieou  Kiang  et  Hou  Keou,  prend  contact 
près  de  cette  dernière  ville  avec  Tchao  Pou-cheng,  général 
de  Siu  Cheou-houei,  et  perd  la  bataille  et  la  vie  (ii^  lune). 

Pendant  ce  temps  le  pirate  Fang  Kouo-tchen  inter- 
ceptait les  navires  à  destination  du  Tche  Li  et,  à  la  3^  lune 


354  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

de  1352,  faisait  tuer  par  trahison  le  général  Tai  Bougha 
envoyé  contre  lui.  On  dépêcha  pour  négocier  avec  lui  Tieli 
Timour,  qui  lui  accorda  ainsi  qu'à  ses  deux  frères  les  man- 
darinats de  Houei  Tcheou,  Kouang  Te  et  Sin  Tcheou,  dans 
le  Tche  Kiang,  mais  le  pirate  refusa  ces  titres,  et,  préférant 
sa  liberté,  reprit  la  mer. 

En  1354,  un  autre  rebelle,  Tchang  Che-tch'eng,  parut 
dans  le  Kiang  Nan  et  défit  le  général  Tache  Timour,  mais 
il  fut  battu  à  son  tour  par  Toktagha,  qui  reprit  les  villes 
tombées  entre  les  mains  de  l'ennemi. 

La  Cour  donnait  alors  le  spectacle  de  basses  intrigues  : 
deux  turks  kankalis,  Hama  et  son  frère  Sué  Sué,  travail- 
laient à  perdre  Toktagha  qui  avait  fait  nommer  le  premier 
Ministre.  Ils  étaient  soutenus  par  l'impératrice  Ki,  prin- 
cesse coréenne,  favorite  de  l'empereur  sur  lequel  elle  exer- 
çait un  grand  ascendant,  et  mère  du  prince  héritier;  elle 
servait  les  vices  de  Chouen  Ti  trop  enclin  à  la  débauche, 
en  introduisant  au  palais  des  jeunes  gens  corrompus  et  des 
lamas  tibétains.  En  janvier  1355,  Toktagha,  accusé  d'avoir 
employé  à  son  usage  personnel  les  fonds  mis  à  sa  dispo- 
sition pour  l'armée,  est  dépouillé  de  ses  titres,  envoyé  en 
exil  au  Houai  Ngan,  puis  à  Etsina,  enfin  au  Yun  Nan,  et 
obhgé  de  remettre  le  commandement  de  ses  troupes  à 
Yuekoutchar  et  à  Yue  Yue.  Hama  devenu  premier  ministre 
nomme  Sué  Sué  chef  des  censeurs  et  fait  tuer  Toktagha 
dans  son  exil  au  Yun  Nan.  Ce  ministre  âgé  de  42  ans  était 
merkite  d'origine;  les  Chinois  l'appellent  Toto.  Il  «  joignait 
à  une  taille  haute,  mais  bien  prise,  un  air  grand  et  majes- 
tueux, et  une  force  extraordinaire;  naturellement  doux, 
modeste  et  affable,  jamais  il  ne  se  prévalut  de  son  mérite; 
avec  ces  qualités,  il  remplit  les  postes  les  plus  relevés  : 
désintéressé  et  ennemi  des  plaisirs  qui  trainent  à  leur  suite 
la  débauche,  il  se  plaisait  avec  les  sages  et  les  personnes 
instruites,  qu'il  respectait  et  protégeait.  Il  montra  une 
fidélité  à  toute  épreuve  envers  son  souverain,  et  sa  disgrâce 
est  un  reproche  éternel  qui  couvre  d'opprobre  les  Grands 
de  la  Cour  de  Chouen  Ti  1.  » 

I.  Mailla,  IX,  p.  615. 


LES   MONGOLS  355 

Siu  Cheoii-houei  qui  s'était  proclamé  empereur,  maître 
de  Wou  Tcli'ang,  envoie  son  général  Ni  Wen-tsiun  contre 
Mien  Yang;  l'expédition  est  couronnée  de  succès:  Ni  Wen- 
tsiun  défait  et  tue  Pouan  mou,  fils  du  Prince  de  Wei  Chouen 
qui  commandait  dans  le  pays:  en  1356,  il  prend  Siang 
Yang  et  conquiert  tout  le  pays  de  Tchoung  Hing,  après 
avoir  battu  le  général  mongol  Tourtchipan,  qui  est  tué. 
Des  renforts  sont  envoyés  an  Chan  Si,  au  Ho  Nan,  au  Chan 
Toung. 

En  mars,  le  chef  des  Bonnets  rouges  du  Ho  Nan,  Lieou 
Fou-t'oung,  proclame  empereur  des  Soung,  Han  Lin-eul, 
fils  de  Han  Chan-toung,  qui  prend  le  surnom  de  Ming 
Wang  et  s'installe  à  Pc  Tcheou,  dans  le  Ho  Nan.  Le  gâchis 
augmente.  Le  général  Tache  Bahadour  envoyé  contre  le 
prétendant  est  battu  près  de  Hiu  Tcheou  par  Lieou  Fou- 
t'oung  et  forcé  de  fuir  vers  Tchoung  meou,  mais  le  vain- 
queur est  à  son  tour  battu  deux  fois  par  Lieouhala  Bougha 
et  obHgé  de  fuir  après  sa  seconde  défaite  à  Tai  kang  avec 
son  Empereur  vers  Ngan.  Lieouhala  Bougha  s'établit  à 
K'ai  Foung  et  reçoit  le  commandement  en  chef  des  troupes 
enlevées  à  Tache  Bahadour. 

L'incapacité  et  la  faiblesse  d'esprit  de  l'empereur, 
agrâvées  par  ses  perpétuelles  débauches,  apparaissaient  trop 
clairement.  Le  premier  ministre  Hama  qui  n'avait  pas  peu 
contribué  à  l'état  de  déchéance  dans  lequel  était  tombé 
le  misérable  Chouen  Ti, songea  à  le  remplacer  parle  prince 
AiYEOU  Chelitala,  qui  s'était  tenu  soigneusement  à  l'écart 
des  débauches  de  la  Cour.  Hama  fit  part  de  son  projet  à  son 
père  Toulon,  mais  sa  sœur,  épouse  de  Toulon  Timour, 
compagnon  ordinaire  de  Chouen  Ti  dans  ses  orgies,  surprit 
leur  conversation,  en  fit  part  à  son  mari,  qui  s'empressa  de 
la  communiquer  à  l'empereur.  Les  deux  frères  Hama  et 
Sué  Sué  furent  condamnés  à  être  exilés  :  le  premier  à  Houei 
Tcheou,  le  second  à  Tchao  Tcheou,  mais  ils  furent  étranglés 
avant  leur  départ  (1356). 

Quelque  temps  auparavant  (1355)  nous  voyons  surgir 
de  la  masse  des  mécontents  répandus  dans  tout  l'empire, 
celui  qui  amènera  l'effondrement  définitif  de    la  puissance 


356  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    lA    CHINE 

mongole  en  Chine  et  qui,  sur  ses  ruines,  édifiera  une  nouvelle 
dynastie,  nationale,  purement  chinoise,  celle  des  Ming  : 
le  bonze  (hochang)  Tchou  Youen-tchang,  —  second  fils, 
né  en  1327,  à  Foung  Yang  hien,  alors  Hao  Tcheou,  d'un 
pauvre  laboureur,  Che  Tchen,  des  environs  de  Se  Tcheou, 
dans  la  préfecture  de  Foung  Yang,  au  Kiang  Nan,  né  à 
Nan  King  et  appartenant  à  une  famille  de  Kiu  Young, 
sous-préfecture  près  de  cette  ville,  —  qui  sera  connu  dans 
l'histoire  comme  l'empereur  HoUNG  Wou.  Il  avait  échangé 
sa  robe  de  moine  pour  la  casaque  du  soldat  et  s'était  enrôlé 
dans  les  troupes  du  commandant  de  Hao  Tcheou,  Ko  Tseu- 
HiNG,  qui,  reconnaissant  ses  mérites,  n'avait  pas  tardé  à  en 
faire  un  officier.  Plus  tard  Tchou  Youen-tchang  forma  un 
corps  de  troupes  indépendant  avec  lequel  il  s'empara  de 
Ho  Yen  qu'il  préserva  du  pillage;  cet  acte  de  clémence 
amena  beaucoup  de  recrues  sous  ses  drapeaux,  et  il  lui  fut 
possible  d'étendre  ses  opérations  jusqu'au  Kiang.  Faute  de 
bateaux  il  se  trouvait  arrêté  sur  les  bords  du  Grand  Fleuve, 
lorsque,  attiré  par  sa  grande  réputation,  Yu  Toung-hai  lui 
amena  de  Tsao  Hou  plus  de  mille  barques  à  l'aide  des- 
quelles, Tchou  Youen-tchang  put  traverser  le  Kiang  et  s'em- 
parer de  T'ai  P'ing,  sur  la  rive  droite  du  fleuve  ;  fidèle  à  sa 
politique,  il  interdit  le  pillage  de  cette  ville  et  il  fut  accueilli 
en  libérateur  par  les  habitants  avec,  à  leur  tête,  le  vieux 
lettré  Tao  Ngan  qui  stimula  son  ardeur. 

Depuis  sa  défaiteparToktagha,TchangChe-tch'eng,  traité 
en  quantité  négligeable  par  les  Mongols,  en  profite  pour  re- 
prendre Yang  Tcheou;  à  la  2^  lune  de  1356,  il  passe  le  Kiang 
et  soumet  Tch'ang  Tcheou,  Soung  Kiang  et  Hou  Tcheou 
(Tche  Kiang),  et  il  entre  sans  combat  dans  Hang  Tcheou, 
lâchement  abandonné  par  Tache  Timour,  mais  après  un 
combat  victorieux,  cette  ville  est  reprise  par  Kia  Hing  1. 

De  T'ai  P'ing,  où  il  avait  su  se  concilier  tous  les  cœurs 
par  sa  clémence,  Tchou  Youen-tchang  gagna  le  Kiang  ;  ses 
avant-gardes  repoussèrent  à  Kiang  ning  tch'en  les  premiers 
postes  mongols  et  investirent  Tsi  K'ing  lou  (Nan  King), 
défendu  par    Fou   Cheou,  qui    fut  malheurseusement  tué 

I.  Mailla,  IX,  p.  619. 


Lr,S    MONGOLS  337 

dans  une  sortie  et  ses  troupes  lâchèrent  pied.  Les  vainqueurs 
entrèrent  dans  Tsi  K'ing,  dont  Tchou  Youen-tchang 
changea  le  nom  en  celui  de  Ying  t'ien  fou,  qui  n'est  autre 
que  la  ville  de  Kiang  Ning  ou  Nan  King  ^  (1356).  Tchou 
Youen-tchang  expédia  des  troupes  à  Kouang  Te  et  à  Yang 
Tclicou,  et  sa  réputation  de  clémence  l'ayant  précédé,  elles 
furent  partout  accueillies  avec  joie.  Les  habitants  de  Tchen 
Kiang  chassèrent  TchangChe-tch'eng  et  reçurent  les  troupes 
de  Tchou  Youen-tchang,  qui  furent  chargées  du  siège  de 
Tch'ang  Tcheou;  Tchang  Che-tch'eng  envoya  son  frère 
Tchang  Che-te  au  secours  de  cette  place,  mais  celui-ci  fut 
battu  et  fait  prisonnier  par  le  général  Su  Ta,  qui  se  rendit 
maître  de  Tch'ang  Tcheou  après  une  sérieuse  résistance. 

Dans  le  nord,  les  partisans  de  Han  Lin-eul  se  condui- 
saient en  véritables  brigands  et  dévastaient  le  Ho  Nan  et 
le  Chen  Si  ;  ils  furent  surpris  et  taillés  en  pièces  par  le  com- 
mandant du  Ho  Nan,  Tchahan  Timour,  qui  défît  également 
Pepousin,  lieutenant  de  Lieou  Fou-t'oung  et  l'obligea  de 
fuir  dans  le  pays  de  Chou.  Dans  le  Chan  Toung,  Tache  Ba- 
hadour  et  Talima  CheH  sont  moins  heureux.  Les  rebelles, 
enhardis,  mettent  le  siège  devant  Tsi  Nan,  mais  ils  sont 
écrasés  par  Toung  Touan-siao,  venu  du  Ho  Nan,  qui  est 
nommé  généralissime  des  troupes  du  Chan  Toung,  mais  à 
cause  de  son  grand  âge,  on  le  transfère  au  poste  de  Tchang 
Lou  et  de  Ho  Kien.  A  peine  est-il  parti,  que  le  commandant 
des  rebelles  Ma  Koue  enlève  Tsi  Nan,  attaque  Toung  Touan- 
siao  lui-même,  qui  est  tué  après  une  vive  résistance;  Ma 
Koue  occupe  Ho  Kien,  prend  Ki  Tcheou  et  pousse  ses  in- 
cursions jusqu'à  Ta  Tou  (Pe  King),  mais  il  est  repoussé  par 
Lieou  Kara  I3ougha.  D'autre  part,  Lieou  Fou-t'oung  occu- 
pait K'ai  Foung  et  faisait  venir  son  empereur  de  Ngan 
Foung. 

D'un  autre  côté,  Siu  Cheou-houei  s'était  emparé  de  pres- 
que tout  le  Hou  Kouang  et  d'une  partie  du  Kiang  Si, 
grâce  aux  talents  de  son  général  Tch'en  Yeou-lang,  fils  d'un 
pêcheur  de  Mien  Yang,  qui  supplanta  et  tua  Ni  Wen-tsiun 
qui  avait  tenté  d'assassiner  Siu  Cheou-houei  dont  il  était 

I.  Mailla,  IX,  p.  619. 


35^^  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

jaloux.  Tch'en  Yeou-lang  descendit  le  Kiang  et  attaqua 
Ngan  King  défendu  par  Yu  Kiué  ;  Tch'en  Yeou-lang  défit 
d'abord  le  général  Hou  Pe-yen,  qui  défendait  le  fleuve  et 
pénétra  dans  Ngan  King  à  sa  suite.  Yu  Kiué  blessé  se  sui- 
cida, sa  femme  et  ses  enfants  se  jetèrent  dans  un  puits  et  la 
plupart  des  habitants  périrent  dans  les  flammes  ou  se 
tuèrent  (1358). 

Dans  le  Ho  Nan,  Lieou  Fou-t'oung,  maître  de  K'ai 
Foung,  expédia  un  corps  d'armée  dans  le  Clian  Si  qui,  après 
de  grands  succès,  fut  chassé  par  Tchahan  Timour;  un  autre 
corps  commandé  par  Kouan  Sien-seng,  fit  un  grand  détour, 
pénétra  dans  le  Leao  Toung  dont  il  pilla  la  capitale  Leao 
Yang,  s'avança  jusqu'aux  limites  de  la  Corée,  puis  il  revint 
sur  ses  pas,  s'empara  de  la  ville  impériale  de  Chang  Tou 
dont  il  brûla  le  fameux  palais  construit  par  K'oublai  Khan. 

Tandis  que  ses  rivaux  se  livraient  à  des  raids  qui  ressem- 
blaient singulièrement  à  des  entreprises  de  brigands  ne 
pouvant  donner  que  des  résultats  immédiats,  sans  avenir, 
Tchou  Youen-tchang  agissait  avec  méthode,  consolidant 
ses  gains  au  fur  et  à  mesure  de  ses  attaques,  continuant  sa 
poHtique  de  clémence  dans  les  territoires  conquis,  qui  lui 
attirait,  plus  encore  que  les  armes, la  soumission  des  peuples, 
sentant  d'ailleurs  se  réveiller  en  eux  leur  haine  assoupie 
contre  l'envahisseur  mongol.  Tchou  Youen-tchang  chargea 
le  général  Hou  Ta-haï  d'assiéger  Wou  Tcheou  (Wou  Youen 
hien,  dans  le  Kiang  Nan),  défendu  avec  tant  d'opiniâtreté 
par  les  Mongols,  que  le  futur  empereur  fut  obligé  de  conduire 
lui-même  l'attaque  contre  cette  ville,  dont  le  nom  fut 
changé  en  celui  de  Ning  Yuei  fou,  lorsqu'elle  eût  été  cap- 
turée. Tchou  Youen-tchang  prépara  ensuite  la  conquête  du 
Tche  Toung  (partie  orientale  du  Tche  Kiang)  en  recom- 
mandant à  ses  soldats  d'éviter  les  massacres  et  les  pillages. 

Le  triomphe  éventuel  de  Tchou  Youen-tchang  semblait 
si  assuré  que  le  pirate  Fan  Kouo-tch'eng  lui  offrit  de  s'aUier 
avec  lui,  et  dès  que  ses  troupes  y  feraient  leur  apparition 
de  lui  remettre  Wen  Tcheou,  Tai  Tcheou  et  King  Youen; 
Fan  Kouan,  fils  de  Fan  Kouo-tch'eng,  était  envoyé  en  garan- 
tie de  cet  arrangement.  Tchou  Youen-tchang  reçut  ce  jeune 


LES   MONGOLS  359 

homme  avec  bonté,  et  fidèle  à  sa  politique  généreuse,  il  le 
renvoya  comblé  d'iionneurs  et  de  présents  à  son  père. 
Après  la  conquête  de  Wou  Tcheou,  les  troupes  de  Tchou 
se  rendirent  maîtresses  de  Yen  Tcheou  et  de  Tchou  Tcheou, 
du  Tchc  Kiang,  qui  n'offrirent  aucune  résistance.  Tchou 
installa  à  Kien  K'ang  un  tribunal  d'empire  (1359). 

Les  autres  chefs  rebelles  étaient  en  lutte  les  uns  avec  les 
autres;  l'ambition,  la  jalousie  les  poussaient  à  s'entre-dé- 
chirer  au  grand  profit  de  l'ennemi  commun,  le  Mongol. 
Le  général  Soung,  Tchao  Kiun-young,  assassine  son  collègue 
Ma  Koue,  dont  l'ami  Siu  Ki-tsou  arrive  de  Leao  Yang  à 
Yi  Tou  et  tue  le  meurtrier.  La  zizanie  était  encore  plus 
grande  dans  le  parti  de  Siu  Cheou-houei.  Tch'en  Yeou-lang 
envoya  Wang  Foung  -koue  assiéger  Sin  Tcheou  (Kouang 
Sin,  dans  la  partie  orientale  du  Kiang  Si),  défendu  par 
Tachinnou,  fils  du  prince  de  Tchen  nan,  aidé  de  Hai  lou  ting 
et  de  Peyen  pou  houa  tikin  (Bayan  Bougha)  qui  périrent 
les  armes  à  la  main  lorsque  l'ennemi  eut  pénétré  dans  la 
ville  par  un  souterrain.  Siu  Cheou-houei  ayant  voulu  trans- 
férer sa  Cour  à  Loung  Hing  (Nan  Tch'ang)  contre  le  gré 
de  Tch'en  Yeou-leang,  celui-ci  le  fit  prisonnier  à  Kieou 
Kiang  (Kiang  Tcheou),  lui  laissant  toutefois  le  titre  d'em- 
pereur, sans  le  pouvoir,  et  prenant  pour  lui-même  le  titre 
de  prince  de  Han.  Quelque  temps  après,  Tch'en  Yeou-leang 
s'étant  emparé  de  T'ai  P'ing,  fit  assommer  Siu  Cheou- 
houei  à  coups  de  barre  de  fer,  se  fit  proclamer  empereur, 
donnant  à  sa  dynastie  le  titre  de  Han,  et  retourna  à  Kiang 

Tcheou  (1359)- 

La  rébelHon  organisée  au  nom  des  Soung  causait,  à  cause 
de  la  popularité  de  l'ancienne  dynastie  chinoise,  de  l'an- 
xiété aux  Mongols,  aussi  leur  général  Tchahan  Timour, 
désireux  d'anéantir  les  rebelles  qui  se  réclamaient  de  ce 
nom  aimé  de  la  nation,  entreprit-il  de  s'emparer  de  leur  capi- 
tale, K'aï  Foung;  il  y  réussit  malgré  une  vive  résistance, 
mais  Lieou  Fou-t'oung  parvint  à  s'enfuir  avec  Han  Lin-eul 
qu'il  conduisit  à  Ngan  Foung  (1359). 

Le  ministre  T'ai  P'ing,  que  la  mort,  au  commencement 
de  1360,  de  Nieou  ti  hai,  descendant  de  Portchi,  privait 


360  HISTOIRE    GÉNFKALE    DE    I.A    CHINE 

d'un  de  ses  plus  fermes  soutiens,  victime  des  intrigues  du 
prince  héritier,  se  retira  à  la  2®  lune,  le  pouvoir  passant  aux 
mains  incapables  de  l'eunuque  Papouhoua  et  de  Chose  kien, 
qui  ne  songeaient  qu'à  s'enrichir. 

D'ailleurs  les  Mongols  étaient  en  proie  à  des  luttes  intes- 
tines. Tchahan  Timour  trouvait  dans  le  Chan  Si  un  rival 
dans  Polo  Timour  ;  Alouhouei  Timour,  descendant  d'Ogo- 
taï,  créait  des  troubles  en  Tartarie,  mais  il  fut  livré  à  T'ai 
P'ing  et  remis  par  celui-ci  au  gouvernement  impérial,  qui 
le  fit  mettre  à  mort. 

Tchou  Youen-tchang  engage  la  guerre  contre  l'assassin 
de  Siu  Cheou-houei,  Tch'en  Yeou-leang,  qui  est  battu,  près 
de  Kieou  Kiang  et  obligé  de  fuir  avec  sa  famille  à  Wou 
Tch'ang;  le  vainqueur  conquiert  Kieou  Kiang  et  Loung 
Hing  dont  il  change  le  nom  en  Houng  Tou,  et  il  reçoit  la 
soumission  des  gouverneurs  de  Kien  Tchang,  de  Jao 
Tcheou,  de  Youen  Tcheou,  au  Kiang  Si,  ainsi  que  de  ceux 
de  Ning  Tcheou  et  de  Ki  Ngan  (1362). 

Tchahan  Timour,  qui  avait  fait  rentrer  le  Ho  Nan  sous 
la  dépendance  des  Mongols,  se  prépara  à  reprendre  le 
Chan  Toung;  il  passa  le  Houang  Ho  à  Moung  Tsin,  reprit 
Kouan  Tcheou  et  Toung  Tchang  au  Chan  Toung  et  pour- 
suivit la  campagne,  aidé  par  son  fils  Koukou  Timour.  Après 
trois  mois  de  siège  (1361)  Tchahan  Timour  s'emparait  de 
Tsi  Nan  et  investissait  Yi  Tou,  la  seule  place  qui  restât  aux 
rebelles  au  Chan  Toung,  mais  il  est  traitreusement  assassiné 
par  Wang  Se-tch'eng  et  Tien  Foung  qui  se  prétendaient  ses 
amis  et  avaient  fait  leur  soumission  (1362).  K'ouk'ou  Timour, 
ayant  succédé  à  son  père,  poussa  avec  vigueur  le  siège  de 
Yi  Tou  dont  il  s'empara  et  il  fit  exécuter  les  deux  traîtres. 
Cette  même  année  (1362),  à  la  troisième  lune,  un  officier  j adis 
envoyé  parSiu  Cheou-houei  au  Se  Tch'ouan,Ming  Yu-tcheng 
se  révolta  au  Yun  Nan  et  entreprit  de  venger  son  ancien 
maître;  ayant  capturé  Koue  Kouan,  il  prit  le  titre  de  prince 
de  Loung  Chou  ;  ses  troupes  s'emparèrent  de  Loung  Tcheou, 
mais  il  fut  battu  par  le  commandant  des  troupes  du  Chen 
Si,  le  général  Tcheli  Timour,  passa  au  Se  Tch'ouan  dont 
il  prit  la  capitale  et  se  proclama  empereur  de  Hia  (1362). 


ii:s  Moxf.oi.s  361 

En  1362,  rempereur,  poussé  par  l'impératrice,  voulut 
imposer  à  la  Corée  pour  remplacer  le  roi  qui  lui  déplaisait, 
le  prince  Tok  heung  Hye,  mais  les  Coréens  qui  connais- 
saient la  faiblesse  des  Mongols,  se  préparèrent  à  résister; 
en  1364,  une  armée  mongole  de  10.000  hommes  franchit 
le  Ya  Lou  et  assiégea  ICui  tjyou;  les  Coréens  furent  mis  en 
déroute,  mais  ils  prenaient  leur  revanche  peu  après  et  le 
général  Yi  obligeait  ce  qui  restait  de  l'armée  mongole  à 
repasser  le  fleuve. 

Au  commencement  de  1363,  les  rebelles TchangChe-tch'eng 
et  Liu  Tchen  réussirent  à  prendre  Ngan  Foung  et  firent 
mourir  Lieou  Fou-t'oung.  Outré  de  ce  crime,  Tchou  Youen- 
tchang  marche  contre  les  assassins,  défait  Liu  Tchen  et 
remet  le  commandement  de  ses  troupes  au  général  Su  ta 
pour  faire  le  siège  de  HiuTcheou;  les  Mongols  profitent  de 
ces  luttes  entre  les  Chinois  pour  reprendre  Ngan  Foung. 

Ayant  perdu  le  Kiang  Si,  Tch'en  Yeou-leang  va  mettre 
le  siège  devant  Nan  Tch'ang,  capitale  de  cette  province; 
Tchou  Youen-tchang  prévenu  à  Kien  K'ang  équipe  une 
flotte  considérable  qu'il  embosse  à  Hou  K'eou  à  l'entrée  du 
lac  P'o  Yang.  Tch'en  Yeou-leang  se  rend  au  devant  de  son 
adversaire  qu'il  rencontre  à  la  montagne  Kang  Lang,  à 
l'ouest  de  Jao  Tcheou  ;  après  une  bataille  de  plusieurs  jours, 
Tch'en  Yeou-leang  est  tué  d'une  flèche  à  l'œil  et  son  fils 
Tch'en  Chan-eul  est  fait  prisonnier.  Le  général  Tchang 
Ting-pien  fuit  à  Wou  Tch'ang  avec  le  corps  de  Tch'en 
Yeou-leang,  dont  il  fait  reconnaître  le  second  fils  Tch'en 
Li  comme  empereur,  mais  les  troupes  de  Tchou  Youen- 
tchang  s'emparent  de  la  ville  et  le  nouveau  souverain  est 
contraint  de  se  rendre  (1363). 

On  peut  dire  que  l'empire  était  en  pleine  dissolution; 
de  tous  côtés  surgissaient  des  rebelles  qui  entamaient  toutes 
les  frontières,  ébranlaient  la  confiance  des  habitants  dans 
la  force  du  conquérant  et  rendaient  douteuse  leur  fidélité, 
tandis  que  les  Mongols  eux-mêmes  par  leurs  divisions 
intestines,  les  querelles  personnelles,  l'incapacité  et  la  fai- 
blesse de  leur  empereur,  aidaient  leurs  ennemis  dans  l'œuvre 
d'anéantissement  de  leur  propre  puissance.  Endormi  dans 


362  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

une  trompeuse  sécurité,  amolli  par  son  séjour  à  la  Cour, 
oublieux  de  la  rude  vie  des  camps,  le  Grand  Khan  n'était 
même  plus  une  pâle  image  de  Tchinguiz  Khan  ou  de 
K'oublaï  Khan.  Après  l'assassinat  de  Tchahan  Timour, 
son  ennemi  Polo  Timour  chercha  à  s'emparer  du  pays  de 
Tsin  ki,  mais  il  fut  défait  à  Che  Ling  kouan  par  K'ouk'ou 
Timour  et  oblige  de  mettre  un  frein  à  ses  projets  ambitieux. 

Le  prince  héritier  intriguait  de  son  côté,  Cho  se  kien 
intriguait  d'un  autre  et  ChouenTi,  abruti,  résistait  molle- 
ment à  l'un  et  à  l'autre.  On  voulut  disgracier  Toukien  Ti- 
mour, ami  de  Polo  Timour;  il  fut  cassé  de  son  commande- 
ment qu'il  refusa  de  quitter;  K'ouk'ou  Timour  fut  chargé 
de  le  réduire,  mais  Toukien  Timour,  incité  par  Polo  Timour, 
s'empare  de  Kiu  Young  kouan  et  bat  les  troupes  comman- 
dées par  Ye  Sou  et  Poulanhi,  envoyées  contre  lui;  le  prince 
héritier  fuit  en  Tartarie  par  Kou  Pe  K'eou.  Toukien  Timour 
se  fait  Uvrer  les  traîtres  Cho  se  kien  et  Papoukoua  et  rétablit 
Polo  Timour  dans  sa  charge  de  général. 

Le  prince  héritier  rappelé  à  la  Cour  par  l'empereur  veut 
attaquer  Polo  Timour,  mais  il  est  abandonné  de  ses  soldats. 
Polo  Timour  entre  dans  Pe  King  et  explique  sa  conduite  à 
l'empereur  qui  le  nomme  généralissime  et  premier  ministre. 
Tout  est  incohérence  dans  la  conduite  du  misérable  souve- 
rain. Polo  Timour,  peu  reconnaissant  d'ailleurs,  fait  mourir 
Tolo  Timour,  compagnon  de  débauche  de  Chouen  Ti,  et 
nettoie  le  palais  des  lamas  et  d'un  grand  nombre  d'eu- 
nuques. Le  prince  héritier  réunit  à  T'ai  Youen  une  armée 
pour  combattre  Polo  Timour,  qui  est  défait  par  Ye  Sou; 
mais  d'un  autre  côté  Toukien  Timour  prend  Chang  Tou 
et  bat  les  troupes  du  prince  héritier.  Toutefois  Polo  Timour 
s'était  rendu  odieux  à  tout  le  monde  et  il  est  massacré  alors 
qu'il  se  rendait  au  Palais.  Peu  de  temps  après,  Toukien 
Timour  abandonné  par  ses  officiers  est  mis  à  mort;  le 
prince  héritier  rentre  alors  à  la  Cour  avec  K'ou  K'ou  Timour. 

A  la  troisième  lune  de  1366,  mourait  Ming  Yu-tcheng,  qui 
avait  pris  le  titre  d'empereur  des  Hia  à  Tch'eng  Tou  (1362)  ; 
son  fils  Ming  Tcheng,  âgé  de  dix  ans,  lui  succéda; la  mère  du 
nouveau  souverain,  Poung  Che,  fut  chargée  de  l'administra- 


i.i;s  MON(;oLs  363 

tion.  Le  mois  suivant  (4«  lune,  1366),  Tchou  Youcn-tchang, 
maître  du  Hou  Kouang  et  du  Kiang  Si,  envahit  le  Houai 
Nan  où  les  villes  de  Kao  Yeou,  Hao  Tcheou  (Foung  Yang), 
Se  Tcheou,  Pe  Siu  Tclieou  et  Ying  Tcheou  lui  ouvrent  leurs 
portes. Restant  à  Kien  K'ang,  Tchou  Youen-tchang  prépare 
l'administration  de  si-s  conquêtes  en  suivant  scrupuleuse- 
ment les  anciennes  traditions  chinoises  et  les  exemples 
laissés  par  les  grands  empereurs,  tandis  qu'il  abandonne  à 
ses  généraux  le  soin  de  continuer  la  campagne.  C'est  main- 
tenant la  conquête  du  Tclu-  Kiang  et  la  lutte  contre  Tchang 
Ghe-tch'eng  et  Fan  Koue-tchen  infidèle  à  Tchou  Youen- 
tchang,  alhé  au  nord  avec  Koukou  Timour  et  au  midi  avec 
Tchen  Yeou-ting,  maître  d'une  partie  du  Fou  Kien,  qui  sont 
le  but  poursuivi.  A  la  septième  lune,  Tchou  Youen-tchang 
plaçait  à  la  tête  d'une  armée  de  250.000  hommes  Su  Ta  et 
Tch'ang  Yu-tch'ouen,  chargés  d'opérer  contre  le  premier 
qui  était  maître  d'une  partie  du  Tche  Kiang  et  du  Kiang 
Nan.  Après  une  défaite  à  Tsao  Lin,  Tchang  Che-tch'eng  est 
fait  prisonnier  et  conduit  à  Kien  K'ang  où  il  se  pend  au 
pont  de  bambou,  Tchou  k'iao,  et  tout  son  territoire  est  con- 
quis (1367);  Tang  Ho  s'empare  de  Wen  Tcheou,  T'ai 
Tcheou  et  King  Youen,  c'est-à-dire  la  région  maritime, 
mais  Fang  Koue-tchen  réussit  à  fuir  par  mer  au  Fou  Kien, 
puis  dans  une  île  ;  il  se  décide  enfin  à  se  rendre  avec  les  siens 
à  Tang  Ho,  qui  l'envoie  à  Kien  K'ang. 

Malgré  ses  victoires,  Tchou  Youen-tchang  ne  veut  pas 
encore  prendre  le  titre  d'empereur  et  se  contente  de  celui  de 
Prince  de  Wou  (Wou  Kouo  Koung,  7^  lune  1356).  Pendant 
ce  tempsle  prince  héritier  se  brouillait  avec  K'ouk'ouTimour 
que  fempereur  envoie  en  disgrâce  à  Ju  Tcheou,  tandis  que 
son  frère  Toyn  Timour  est  relégué  au  Ho  Nan. 

Le  Prince  de  Wou  prépare  la  conquête  des  provinces 
méridionales  de  Fou  Kien,  de  Kouang  Toung  et  de  Kouang 
Si.  Hou  TiNX-CHOUEi  avec  les  troupes  de  Ngan  ki  et  de  Ning 
koue  est  chargé  de  s'emparer  des  deux  premières  provinces; 
Yang  King  avec  les  troupes  de  King  Tcheou  et  de  Siang 
Tcheou  doit  opérer  au  Kouang  Si.  Ces  opérations  s'accom- 
phssent  sans  difficultés  :  les  populations  de  ces  régions. 


364  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

impatientes  du  joug  étranger,  se  rendent  avec  empresse- 
ment aux  chefs  chinois  qui  se  présentent  devant  leurs  villes. 
Tout  le  Kouang  Toung  et  le  Kouang  Si  étaient  soumis  à  la 
7e  lune  (1368). 

Su  Ta  et  Tch'ang  Yu-tch'ouen  ayant  conquis  le  pays  de 
Houai,  franchissent  le  Houang  Ho,  pénètrent  au  Chan 
Toung,  s'emparent  de  Yi  Tcheou  et  les  autres  villes  Yi  Tou 
(Ts'ingTcheou),  Lai  Tcheou,  etc., se  rendent  lesunes  après  les 
autres  sans  combat.  Au  commencement  de  1368,  Hou  Ting 
chouei  prend  d'assaut  Yen  P'ing  fou,  tandis  que,  sans  com- 
battre, les  gouverneurs  de  Hing  Houa,  Ts'iouen  Tcheou, 
Tchang  Tcheou  et  Chao  Wou,  font  leur  soumission  ;  Tchen 
Yeou-ting  est  fait  prisonnier.  Laissant  Toung  Tchang  au 
Chan  Toung  pour  assurer  le  calme.  Hou  Ting-chouei  passe 
au  Ho  Nan  où  les  villes  ouvrent  leurs  portes  sans  combat, 
sauf  T'oung  kouan  qui  tombe  entre  les  mains  de  Su  Ta, 
lorsque  celui-ci  a  défait  Li  Se-chi,  défenseur  de  la  ville. 
Chouen  Ti,  effrayé  de  ces  succès  foudroyants,  rappelle 
K'ouk'ou  Timour,  alors  à  Tsin  Ning,  mais  ce  général,  au 
lieu  de  protéger  la  Cour  contre  Su  Ta,  concentre  une  grande 
armée  aux  environs  de  T'ai  Youen. 

Le  moment  décisif  est  arrivé;  rien  ne  s'oppose  plus 
à  l'exécution  définitive  du  plan  de  Tchou  Youen- tchang  ; 
à  la  7e  lune  (1368),  le  prince  de  Wou,  à  la  tête  d'une  grande 
armée,  quitte  Kien  K'ang  pour  remonter  vers  le  nord; 
il  passe  le  Houang  Ho  à  Ping  lun;  chemin  faisant,  il  s'em- 
pare de  Wei  Tcheou,  Siang  Tcheou,  Tchang  Te,  Kouang 
P'ing,  Chouen  Te;  c'est  une  marche  triomphale.  Il  arrive 
enfin  à  T'oung  Tcheou, dont  il  se  rend  maître,  malgré  la 
vigoureuse  défense  de  Pouyen  Timour  qui  se  fait  tuer. 
L'empereur  Chouen  Ti  abandonna  en  toute  hâte  Ta  Tou 
et  s'enfuit  à  Chang  Tou  avec  sa  famille. 

Le  20  de  la  8^  lune,  le  prince  de  Wou  arrivait  à  la  porte 
Tsi  Jen  Men,  qui  fut  prise  le  lendemain;  Timour  Bougha, 
prince  de  Houai,  le  ministre  King  Tsoung,  et  quelques 
autres  hauts  fonctionnaires,  se  firent  tuer  en  défendant 
bravement  la  capitale.  A  la  nouvelle  de  la  chute  de  Yen 
King,  Chouen  Ti,  se  sentant  menacé,  quitta  Chang  Tcu  et  se 


Li:s    MONGOLS  365 

réfugia,  à  Vlng  Tchang  fou,  en  Tartarie,  où  il  devait  mourir 
à  la  4e  lune  de  1370,  âgé  de  52  ans. 

Depuis  1206,  date  de  l'avènement  de  Tchinguiz  Khan, 
les  Mongols  avaient  régné  162  ans  et  leur  dynastie  compte 
quatorze  empereurs,  dont  les  dix  derniers  furent  seuls  em- 
pereurs de  Chine. 

Le  Prince  de  Wou  étant  entré  à  Yen  King,  pénétra  dans 
le  palais  ;  cédant  à  la  pression  du  ministre  Li  Chan-tch'ang, 
il  se  fit  proclamer  empereur  à  la  1^^  lune  de  1368  et 
il  déclara  prince  héritier,  son  fîls  aine,  Piao,  par  Ma,  fille 
adoptive  de  Kouo  Tseu-hing,  épousée  par  Houng  Wou, 
qui  la  déclara  impératrice.  Il  donna  à  sa  dynastie  le  nom 
de  MiNG  et  aux  années  de  son  règne  (nien  hao)  la  désigna- 
tion de  HouNG  Wou  (1368).  A  la  8^  lune,  un  décret  cons- 
tituait Ying  T'ien,  comme  capitale  du  Sud,  Nan  King. 

Après  avoir  créé  en  peu  d'années  un  des  plus  vastes 
Empires  que  le  monde  ait  jamais  connus,  les  Mongols,  dont 
la  puissance  s'étendait  de  la  mer  de  Chine  jusque  dans  la 
Russie  d'Europe,  le  laissèrent  s'effondrer  avec  une  rapidité 
qui  n'a  d'égale  que  celle  de  sa  formation.  L'immensité  même 
de  cet  Empire  fut  la  cause  principale  de  sa  faiblesse.  La  ré- 
partition des  conquêtes  mongoles  entre  les  quatre  héritiers  < 
de  Tchinguiz  Khan  amena  un  premier  amoindrissement 
de  force  que  ne  put  compenser  une  unité  fictive  sous  un 
Grand  Khan  dont  l'autorité  ne  fut  plus  que  nominale  lors- 
qu'il cessa  d'avoir  le  pouvoir  matériel  de  l'imposer.  Quand 
la  Chine,  qui  était  devenue  leur  principal  point  d'appui,  les 
eut  rejetés  après  les  avoir  efïéminés  et  absorbés,  une  fois 
encore  les  Mongols  se  ressaisirent  sous  le  cruel  Timour  Lenk, 
digne  émule  de  Tchinguiz,  mais  ce  fut  le  dernier  spasme  de 
leur  résistance  :  ils  se  survécurent  dans  la  dynastie  du  Grand 
Mogol,  fondée  par  Baber  au  commencement  du  xvi®  siècle 
dans  le  nord-ouest  de  l'Inde,  qui  dura  jusqu'à  la  grande 
rébellion  de  1858  et  dans  les  khanats  tartares  de  Russie 
absorbés  par  Ivax  IV  en  1552  et  en  1554.  Cantonnés  dans 
leurs  plaines  du  nord  de  la  Chine,  de  guerriers  ils  se  trans- 
formèrent en  pasteurs;  ils  devinrent  conducteurs  de  trou- 
peaux de  bétail  au  lieu  de  guider  à  la  victoire  les  hordes  hu- 


366  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

maines,  échangeant  leur  ardeur  militaire  pour  les  vertus  pai- 
sibles de  l'agriculteur.  ^ 

/ 

Vingtième  Dynastie  :  Youen 

Capitale  :  Kara  Koroum,  Chang  Tou  et  Ta  Tou 

(Khan  Baliq,  Pe  King). 

1.  Tchinguiz  Khan  (Tch'eng  ki  seu),   T'ai 

Tsou,  1206 —  t  1227,  7e  lune,  66  ans. 

2.  Ogotai  (Yiie  K'ouo  t'ai),  T'ai  Tsoung, 

1229  —  t  1241,  ne  lune,  56  ans. 

3.  Kouyouk,  Ting  Tsoung,  1246 — f  1248, 

3e  lune,  43  ans. 

4.  Mang   kou   (Meng  ko),   Hien    Tsoung, 

1251    —   t  1259,  7e  lune,  52  ans. 

5.  K'oublaï  (Setsen,  Sie  tch'an)  Che  Tsou, 

1260   —  t   1294,  I®  lune,  80  ans.  1260  Tchoung  T'oung. 

On  compte  son  avènement  en  Chine 

à  partir  de  1280.  1264  Tche  Youen. 

6.  Timour    (Oeldjaitou  Khan,  Wan   Tchcn 

tou).     Tch'eng    Tsoung    —    f    1307, 

ne  lune,  42  ans.  1295  Youen  Tcheng. 

1297  Ta  Té. 

7.  Haichan  (Kuluk,  K'iiilu)  Wou  Tsoung, 

1308  — t  131 1,  le  lune,  31  ans.  1308  Tche  Ta. 

8.  Aïyu  lipata  (Bouyantou,  P'ou  yen  tou), 

J en  Tsoung,  1312,  —  j  1320,  i©  lune, 

36  ans.  1312  Houang  K'ing. 

13 14  Yen  Yeou. 

9.  Choutépala    (Gueguen,   Kokien),   Ying 

Tsoung,    1321    —   t    1323,    8e  lune, 

21  ans.  1321  Tche  Tche 

10.  Yesoun  Timour,  T'ai  Ting  Ti,  1324   — 

t  1328,  7e  lune.  1324  T'ai  Ting. 

1328  Tche  Houo. 

1 1 .  Hochila  (Koukou  tou.  Hou  tou  tou)  Ming 

Tsoung,  1329  — ^  t  8e  lune,  30  ans.     1329  T'ien  Li. 

12.  Tou  Timour  {Djidjagaioii,  Tcha  ya  tou) 

Wen  Tsoung,  1330  — f  1332,  8e  lune, 

29  ans.  1330  Tche  Chouan. 


LHS    MONGOLS  .^Ôj 

13.  l\in  ichey^n  (Rtntchcn  pal,  Yilien  Ichen 

pan),  Nmg   Tsoung,    1332  —  t    n® 
lune,  7  an> 

14.  T'o  Houan  Tiinour  (Togfian    Tinioitr), 

Clioueu  Ti  ou  Houei    Tsoung,    1333, 
fuit  en  1368,  7'  lune;  t  1370,  4®  lune. 

1333  Youen  T'oung. 

1335  (Heou)  Tche 

Youen. 

1341  Tche  Tcheng. 


Dynastie  des  Kin.  —  Tartares  Niu  tchen. 

Capitale  à  Hoi: El  Ning  (K'aï  youen  hien,  Leao  Toung), 
puis  Ta  Hien  (Pe  Kingj  eji  1152. 

1.  1115     T'ai  Tsou,  Akonta,  t  1123,  8^  lune,  à  56  ans. 

II 15  Cheou  Kouo. 
II 18  T'ien  Fou. 

2.  1123  T'ai  Tsoung,  Ou  k'i  mai,  f  1135,  i^  lune,  à  61  ans. 

1123  T'ien  Houei. 

3.  1135  Hi  Tsoung,  Ho  lo  ma,  compte  les  années  de  son  règne 

de  l'avènement  de  son  prédécesseur;  tué  en 
1149,  i2«  lune,  à  31  ans. 

II 23  T'ien  Houei. 

1138  T'ien  K'iuen. 

1141  Houang  T'oung. 

4.  II 49  Hai  Ling  Wang,  tué  en  1161,   ii^  lune, 

à  40  ans.  1149  T'ien  Te. 

1153  Tchen  Youen. 
1156  Tcheng  Loung. 

5.  1161   Che  Tsoung,  Oî* /o,  t  1 189.  I®  lune,  à  67  ans. 

1161  Ta  Ting.  ^ 

6.  1190  Tchang  Tsoung,  Madakoti,  t  1208,  ii^lune,  à  41  ans. 

iigo  Ming  Tch'ang. 
1196  Tch'eng  Ngan. 
1201   T'ai  Ho. 

7.  1209  Wei  Chao  Wang,  tué  en  12 13,  8«  lune. 

1209  Ta  Ngan. 

1212  Ts'oung  K'ing. 

12 13  Tche  Ning. 


368  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

8.  1213  Siouen  Tsoung,  f  1223,  12^  lune,  à  61  ans. 

12 13  Tchen  Yeou. 
1217  Hing  Ting. 
1222  Youen  Kouang. 

9.  1224  Ngai  Tsoung,  se  suicide  en  1234,  i^Jlune,  à  37  ans. 

/224  Tcheng  Ta. 

1232  T'ien  Hing. 

1233  K'ai  Hing. 

10.    1234  ^lou  Ti,  tué,  le  lune.  1234  Chen  Tch'ang. 


CHAPITRE  XXII 

Les  Mongols  :  Missionnaires   et    Voyageurs    étrangers. 

ON  peut  dire  que  c'est  sous  la  dynastie  mongole  que 
la  Chine  a  été  \éritablement  révélée  à  l'Europe. 
Les  premiers  souverains  Mongols  barbares,  après 
avoir  terrorisé  toute  l'Asie  et  une  grande  partie  de  l'Europe, 
se  sont  mués  sous  leurs  derniers  Grands  Khan  en  des 
princes,  accessibles,  sans  les  adopter,  aux  idées  occidentales, 
et  les  voyageurs  européens,  libres  de  se  rendre  dans  l'Ex- 
trême-Orient, nous  en  ont  rapporté  les  premières  notions 
exactes  que  nous  en  ayons  possédé. 

Le  grand  mouvement  de  missions  à  travers  l'Asie  à  l'épo- 
que mongole  date  du  Concile  réuni  à  Lyon  à  la  Saint- Jean 
de  1245  par  le  pape  Innocent  IV,  alors  dans  le  feu  de  sa 
querelle  avec  l'empereur  Frédéric  II,  contre  lequel  il  avait 
renouvelé  l'excommunication  le  i^^  mars  par  toute  la 
France.  Outre  cent  quarante  prélats,  assistaient  au  Concile 
Raymond,  comte  de  Toulouse,  et  l'empereur  latin  de  Con- 
stantinople,  Baudouin  II,  qui,  couronné  en  1239,  luttait 
depuis  lors  contre  les  Grecs,  sans  succès,  faute  d'argent,  et 
venait  solliciter  des  secours;  Frédéric  II  était  représenté 
par  des  ambassadeurs.  Dans  la  première  séance  solennelle, 
le  mercredi  28  juin  1245,  le  pape  accusa  Frédéric  d'hérésie 
et  de  sacrilège,  d'entretenir  des  concubines  infidèles,  de  faire 
commerce  d'amitié  avec  le  Soudan  d'Egypte,  d'avoir  fait 
construire  une  ville  nouvelle  qu'il  avait  peuplée  de  Musul- 
mans i;  les  griefs  ne  lui  manquaient  pas;  le  17  juillet, 
Innocent  IV  prononçait  contre  Frédéric,  parjure  et  félon, 
une  sentence  dedé  position,  approuvée  par  S.\int  Louis,  qui 
continua  d'ailleurs  ses  relations  avec  l'empereur.  Frédéric, 
alors  à  Turin,  entra  dans  une  terrible  colère  à  la  nouvelle 

I.  Fleury,  Hist.  eccl.,  XVII. 


370  HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 

de  sa  déposition,  mais  nous  n'avons  pas  à  entrer  ici  dans 
le  détail  de  cette  grande  guerre  entre  l'Empire  et  la  Pa- 
pauté. 

L'invasion  de  l'Europe  ^  par  les  Mongols  causait  à  Rome, 
aussi  bien  que  dans  tous  les  pays  Chrétiens,  la  plus  vive 
anxiété.  Les  intérêts  politiques  et  spirituels  de  l'Eglise  ré- 
clamaient beaucoup  de  diplomatie  et  surtout  de  zèle. 
Innocent  IV  s'adressa  pour  accomplir  son  œuvre  de  propa- 
gande aux  deux  grands  ordres  mendiants  qui  se  partageaient 
la  Chrétienté  et  qui,  malgré  leur  origine  relativement  ré- 
cente, répandaient  déjà  au  loin  la  gloire  du  nom  chrétien. 

Au  xïi^  siècle,  l'Église  passait  par  une  crise  redoutable; 
toujours  puissante,  mais  menacée  par  l'hérésie  et  le  schisme, 
déconsidérée  par  un  clergé  corrompu,  elle  était  mûre  pour 
une  réforme.  Abailard  ^  discutait  avec  Saint  Bernard; 
son  disciple,  Arnaud  de  Brescia,  brûlé  à  Rome  en  1155, 

1.  Brevis  nota.  Oremus...  «  quod  multiplex  erat  dolor  suus,  quia 
quinque  dolores  circumdederant  eum.  Primus  erat  de  difformitate 
praelatorum  &  subditorum.  Secundus  erat  de  insolentia  Saracenorum. 
Tertius  de  schismate  Graecorum.  Quartus  de  saevitia  Tartarorum. 
Quintus  de  persecutione  Friderici  imperatoiis  ». 

«  Rediens  ad  primum  articulum...  Postea  de  insolentia  Saraceno- 
rum, referens  rumores  de  iis  quae  tune  acciderant  ultra  mare,  quando 
Jérusalem  occupaverant,  &  everterant  sepulcrum  Domini,  et  cetera  sacra 
loca  de  partibus  illis,  &  Christianos  interfecerantinfinitos  &  quaecumque 
ibi  per  eos  fuerant  perpetrata. . .  Quarto  de  saevitia  Tartarorum,  quo- 
modo  terram  Christianorum  intraverant,  &  Hungariam  occupaverant, 
non    parcentes,     quin     omnes    interficerent,     sexui    vel  aetati...  » 

Instilutioyies  factae  in  Concilio  generali  apud  Lugdunum.  XVI.  De 
Tariaris. 

«  Sane  Tartarorum  gens  impia,  Christianum  populum  subjugare 
sibi,  vel  potius  perimere,  appetens,  collectis  jamdudum  suarum  viribus 
nationum,  Poloniam,  Rusciam,  Hungariam,  aliasque  Christianorum 
regiones  ingressa,  sic  in  eas  depopulatrix  insaevit,  ut  gladio  ejus  nec 
aetati  parcente  nec  sexui,  sed  in  omnes  indifferenter  crudelitate  horri- 
bili  debacchante,  inaudito  ipsas  exterminio  evastarit,  ac  aliorum 
régna  continuato  progressu,  illa  sibi,  eodem  in  vagina  otiari  gladio 
nescicnte,  incessabili  persecutione  substernit;  ut  subsequcnter  in  ro- 
bore  fortiores  exercitus  Christianos  invadens,  suam  plenius  in  ipso 
possit  saevitiam  exercere,  sicque  orbato,  quod  absit,  fidelibus  orbe, 
fides  exorbitet,  dum  sublatos  sibi  gemuerit  ipsius  gentis  feritate  cul- 
tores...  >>  (Mansi.) 

2.  Né  en  1079  à  Palais,  bourg  à  quelques  lieues  de  Nantes;  t  2  avril 
1142. 


LKS   MONGOLS  37 1 

voulait  ramener  l'Eglise  à  sa  forme  primitive  et  réclamait 
la  suppression  des  biens  temporels  du  clergé  ;  le  Lyonnais 
Pierre  Valdo  '  professait  que  tout  laïque,  homme  de  bien, 
avait  le  même  droit  que  les  prêtres  d'enseigner  et  d'ad- 
ministrer les  sacrements;  la  vieille  hérésie  des  Manichéens 
ressuscitait  dans  Us  Albigeois  dirigés  par  R.w^iond  Yl, 
comte  de  Toulouse. 

Deux  hommes  surgirent  au  moment  opportun  pour  en- 
diguer le  flot  qui  ébranlait  les  assises  de  l'Eglise  ;  l'un,  sorti 
du  peuple,  François  d'Assise;  l'autre,  noble  d'origine, 
Dominique  de  Guzman. 

François,  né  à  Assise,  dans  l'Ombrie,  en  1182,  créa  l'ordre 
des  Frères  Mineurs,  appelés  d'abord  les  pauvres  Pénitents 
d'Assise,  dont  larègle  fut  approuvéeàRomepar  Innocent  III 
en  août  1209,  disent  les  uns,  mais  plus  probablement 
en  1210.  Le  Concile  de  Latran,  tenu  du  11  novembre,  jour 
de  Saint  Martin,  au  39  novembre  1215,  jour  de  Saint  André, 
ayant  décidé  que  pour  éviter  les  inconvénients  qui  résul- 
taient de  la  multiplicité  des  ordres  monastiques,  il  n'en 
serait  pas  créé  de  nouveaux,  et  que  quiconque  voudrait 
entrer  en  religion  embrasserait  un  de  ceux  qui  avaient  été 
approuvés  ^,  Innocent  III,  a^'ant  fait  connaître  qu'il  avait 
approuvé  le  nouvel  ordre,  on  chercha  à  faire  choisir  par 
François  une  des  règles  déjà  adoptées  par  l'Eglise,  par 
exemple  celle  de  Saint  Benoît;  François,  moins  faible  que 
Dominique,  refusa  toute  concession,  et  garda  sa  règle, 
qui  fut  approuvée  définitivement  par  Honorius  III,  le 
29  novembre  1223.  On  sait  que  ce  grand  Saint,  épuisé  par 
ses  austérités,  mourut  dans  sa  quarante-cinquième  année, 
le  3  octobre  1226. 

r.  Chef  des  hérétiques  Vaudois,  né  à  Vaux,  sur  les  bords  du  Rhône. 

2.  XIII.  De  novis  religionibus  prohibitis.  Ne  nimia  religionum  diver- 
sitas  gravera  in  ecclesia  Dei  confusionem  inducat,  firmiter  prohibemus, 
ne  quis  de  cetero  novam  religionem  inveniat  :  sed  quicumque  voluerit 
ad  religionem  converti,  unam  de  approbatis  assumât.  SimiUter  qui 
voluerit  religiosam  domum  fundare  de  novo,  regulam  &  institutionem 
accipiat  de  religionibus  approbatis.  »  (J.  D.  Mansi,  Sac.  Conciliorum... 
Collectio.  t.  XXII,  col.  1002.) 


Saint 
François. 


yj2  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Dominique,  né  en  1170,  à  Calaruega  ouCalagora,  dans  la 
\'ieille-Castille,  de  Félix  de  Guzman  et  Juana  de  Aza,  entre- 
prit de  consolider  l'Église  par  la  prédication  et  créa  l'Ordre 
des  Frères  Prêcheurs,  qui  reçut  l'approbation  provisoire 
d'Innocent  III,  mais  à  la  suite  de  la  décision  du  Concile  de 
Latran  où  il  avait  été  amené  par  Foulques  de  Marseille, 
évêque  de  Toulouse,  Dominique,  sur  le  conseil  du  Pape, 
tourna  la  difficulté  en  embrassant  la  règle  de  Saint  Augustin 
et  en  y  ajoutant  quelques  pratiques  plus  austères  d'après 
les  statuts  des  Prémontrés,  sans  exiger  encore  le  vœu  de 
pauvreté;  enfin  Honorius  III  approuva  le  nouvel  ordre  sous 
le  nom  de  Frères  Prêcheurs  par  deux  bulles  du  26  décembre 
1216,  lors  du  second  voyage  de  Dominique  à  Rome.  C'est 
dans  la  Ville  éternelle  que  se  rencontrèrent  les  fondateurs 
des  deux  nouveaux  ordres,  le  Franciscain,  plus  grand  que 
le  Dominicain,  parce  que  plus  humble.  Dominique  mourut 
à  Bologne  le  26  août  1221. 

Le  bruit  courait  dans  la  Chrétienté  qu'un  potentat  de 
l'Asie  Centrale  désigné  sous  le  nom  de  Prêtre  Jean  était 
chrétien.  Il  semblait  tout- désigné  pour  ser\4r  d'intermé- 
diaire entre  les  Chrétiens  d'Occident  et  ceux  d'Extrême- 
Orient. 

La  légende  du  Prêtre  Jean  est  née  au  xii^  siècle  au 
moment  des  Croisades.  Les  guerriers  occidentaux  recueilli- 
rent avec  empressement  le  bruit  qu'un  souverain  chrétien, 
mais  nestorien,  s'était  rendu  maître  de  l'Asie  Centrale  et 
qu'il  se  portait  au  secours  de  ses  coreligionnaires  contre  les 
musulmans.  Otto  de  Freising  est  le  premier  auteur  qui 
nous  marque  l'existence  de  ce  prince  asiatique,  dans  une 
lettre  de  1145  adressée  de  Syrie,  par  l'évêque  de  Gabala 
au  pape  Eugène  III.  «  Quelques  années  auparavant,  dit 
l'évêque,  un  prince  appelé  Jean,  qui  habitait,  derrière 
l'Arménie  et  la  Perse,  à  l'extrémité  de  l'Orient,  professant, 
ainsi  que  son  peuple,  le  nestorianisme  et  réunissant  en  ses 
mains  l'empire  et  le  sacerdoce,  était  venu  porter  la  guerre 
dans  la  Médie  et  la  Perse,    s'était  emparé  d'Ecbatane  et 


Li;S   MONGOLS  yj  \ 

avait  tailk'  en  pièces  les  armées  ennemies  -i.  En  réalité  dans 
cette  lettre,  il  s'agissait  du  fondateur  de  la  dynastie  des  Kara 
K'i  Taï.  Jacques  de  Vitry,  mort  en  1243,  Albéric  des 
Trois  Fontaines  (1232-1252),  qui  sous  la  date  de  1165 
rapporte  que  des  lettres  de  ce  souverain  arrivèrent  au  Pape 
et  aux  empereurs  d'Orient  et  d'Occident,  Vincent  de 
Beauvais,  Sempad  l'Arménien,  Ricold  de  Monte  Croce, 
mentionnent  le  Prêtre  Jean.  Marco  Polo  parle  longuement 
de  ce  personnage  résidant  au  Tendue  qu'il  appelle  Georges 
et  de  ses  relations  avec  Tchinguiz  Khan  ;  il  nous  raconte  la 
bataille  dans  laquelle  le  Prêtre  Jean  perdit  la  vie  :  «  Et  après 
ce  deus  jors  s'armarent  andeus  les  parties  et  se  conbatirent 
ensenble  duremant  et  fu  la  grangnor  bataille  que  fust  jamès 
veue.  Il  hi  oit  gran  maus  et  d'une  part  et  d'autre;  mes  au 
dereant  venqui  la  bataille  Cinchins  Can,  et  fu  en  celle  ba- 
taille liocis  le  Prestre  Johan,  et  de  celui  jor  avant  parde  sa 
tere  que  Cinchin  Can  la  ala  conquistant  tout  jor,  et  si  voz 
di  que  Cinchin  Chan  puis  celle  bataille  régna  six  anz,  étala 
conquistant  maint  castiaus  et  mant  provinces  »  1.  Odoric 
nous  dit  qu'entre  «  lui  et  le  grant  Caan  de  Cathay  a  telles 
convenances  et  aliances  que  Prestre  Jehan  a  tousdis  à 
femme  la  fille  du  grant  Caan  et  ainsi  leurs  prédécesseurs 
a  tous]  ours  mais  2.  » 

Après  Marco  Polo  et  Odoric,  —  nous  abandonnons 
complètement  la  relation,  apocryphe,  disons  le  mot,  de 
Mandeville,  et  les  fables  de  Jean  de  Hesse,  —  dès  le 
xiv^  siècle,  un  nouveau  Prêtre  Jean  surgit  en  Afrique  ;  nous 
nous  trouvons  en  présence  de  deux  mythes,  l'un  asiatique, 
l'autre  africain,  dont  les  héros  résident  dans  des  pays  aussi 
éloignés  l'un  de  l'autre  que  le  Tendue  et  l'Abyssinie.  Le 
mythe  africain  ne  tardera  pas  à  faire  oublier  l'autre  et  les 
cartographes  placeront  le  Prêtre  Jean  dans  les  pays  gou- 
vernés par  le  Négus.  Sir  H.  Yule  parait  croire  que  le  titre  de 
Prêtre  Jean  a  appartenu  d'abord  à  un  prince  abyssin  ;  il  lui 
paraît  presque  certain  que  la  lettre  du  Pape  Alexandre  III 
conservée  par  R.  Hoveden,  et  écrite  en  1177  au  Magnific-us 

1.  Ed.  Soc.  de  Géog.,  p.  65.  (Voir  p.  198.) 

2.  Ed.  CORDIER,  p.  434. 


374  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

Rex  Indomm,  Sacerdotum  sanctissivius,  était  destinée  au 
Roi  d'Abyssinie  i. 

Prêtre  Jean,  devenu  personnage  légendaire,  ne  tarda  pas 
à  servir  de  prétexte  à  des  auteurs  facétieux  ou  satiriques. 
Au  xv^  et  au  xvi^  siècle  circula  une  lettre  datée  de  l'an 
cinq  cens  et  sept  de  notre  Nativité  dans  laquelle  étaient 
relatées  les  merveilles  que  l'on  rencontre  dans  les  Etats 
du  Prêtre  Jean,  le  tout  assaisonné  d'allusions  politiques 
et  religieuses. 

Les  vo\rageurs  occidentaux  qui  nous  ont  parlé  du  Prêtre 
Jean  ont  furieusement  embrouillé  la  question.  Rubrouck 
nous  dit  qu'il  était  le  chef  des  Naïmans  et  qu'il  avait  pour 
frère  Unc,  prince  des  Merkites  et  des  Kéraïtes,  qui  lui  suc- 
céda : 

«  Du  tems  que  les  François  prirent  la  ville  d'Antioche, 
il  y  avoit  pour  Monarque  en  ces  parties  septentrionales, 
un  Prince  nommé  Con  Cham,  ou  Ken  Cham,  Ken  étoit 
son  nom  propre,  et  Cham  un  titre  de  dignité,  qui  signifie  le 
même  que  Devin,  car  ils  apellent  tous  les  Devins  Cham; 
de  la  leurs  Princes  ont  pris  ce  nom,  parce  que  leur  charge 
est  de  gouverner  les  peuples  par  le  m.oien  des  augures  : 
de  sorte  qu'on  lit  aux  Histoires  d'Antioche,  que  les  Turks 
envoièrent  demander  secours  à  Con-Cham  contre  les  Francs, 
d'autant  que  les  Turks  sont  eux  mêmes  venus  de  ces  Païs-là. 
Ce  Ken  Cham  étoit  aussi  apellé  Cara-Cathay,  c'est-à-dire 
Noir  Cathay;  Cara  signifie  noir,  et  Cathay  est  un  nom  de 
Païs,  pour  le  distinguer  d'un  autre  Cathay,  qui  est  vers 
l'Orient  ,1e  long  de  la  mer,  dont  je  parlerai  aussi  ci-après. 
Ce  Cathay  là  est  au  dedans  de  certaines  montagnes  par  où 
j'ai  passé;  avec  une  grande  campagne,  où  étoit  autrefois 
un  Grand  Prêtre  Nestorien,  qui  étoit  Seigneur  d'un  Peuple 
nommé  Nayman,  tous  Chrétiens  Nestoriens.  Ce  Ken  Cham 
étant  mort,  ce  Prêtre  Nestorien,  s'éleva  et  se  fit  Roi,  tous 
les  Nestoriens  l'appelloient  le  Roi  Prestre-Jean,  et  disoient 
de  lui  des  choses  merveilleuses,  mais  beaucoup  plus  qu'il  n'y 
avoit  en  effet  :  Car  c'est  la  coutume  des  Nestoriens  venant 
de  ces  Païs-là  de  faire  un  grand  bruit  de  peu  de  chose,  ainsi 

I.  Marco  Polo,  I,  p.  231. 


I.KS    MONGOLS  375 

qu'ils  ont  fait  courir  par  tout  que  Sartach  ctoit  Chrétien, 
aussi  bien  que  Mangu  Cham,  et  Ken  Cham,  à  cause  seule- 
ment qu'ils  font  plus  d'honneur  aux  Chrétiens  qu'à  tous  les 
autres  ;  toutefc^is  il  est  très-certain  qu'ils  ne  sont  pas  Chré- 
tiens. 

»  Ce  Prestre  Jean  étoit  fort  renommé  par  tout,  quoique, 
quand  je  passai  par  son  Pais,  personne  ne  sa  voit  qui  il  étoit, 
sinon  quelque  peu  de  Nestoriens.  En  ces  pacages  habitoit 
Ken  Cham,  en  la  Cour  duquel  Frère  André  a  été  et  j'y  ai 
passé  aussi  à  mon  retour.  Ce  Prestre-Jean  avoit  un  Frère 
fort  puissant,  Prêtre  comme  lui,  nommé  Une,  ou  Vut,  qui 
habitoit  au  delà  des  montagnes  de  Cara-Cathay;  il  y  avoit 
entre  ces  deux  Cours  environ  trois  semaines  de  chemin. 
Ce  Frère  étoit  Seigneur  d'une  habitation  ou  logement, 
nommé  Caracarum,  et  avoit  sous  sa  domination  une  Nation 
apellée  Krit-Merkit,  qui  étoit  de  Nestoriens.  Mais  leur 
Prince  aiant  abandonné  la  Foi  de  Christ,  devint  Idolâtre 
tenant  près  de  soi  des  Prêtres  des  Idoles,  qui  sont  tous 
sorciers  &  qui  invoquent  les  diables.  Au  delà  de  ce  Païs, 
à  environ  douze  ou  quinze  journées,  étoient  les  pâturages 
des  Moals,  pauvres  &  misérables  gens,  sans  chef,  sans  loi, 
ni  religion  aucune,  si  non  celle  des  Augures  &  Sortilèges; 
à  quoi  tous  les  Peuples  de  ces  quartiers-là  sont  fort  adonnez. 
Proche  de  ces  Moals  habitoient  d'autres  Peuples  aussi  mi- 
sérables, apellez  Tartares.  Ce  Roi  Prestre-Jean  étant  mort 
sans  enfans,  son  frère  Une  lui  succéda,  &  se  fit  appeler 
Cham,  auquel  tems  il  se  trouva  un  certain  homme  de  Moal, 
nommé  Cingis,  Maréchal  de  son  métier,  qui  se  mit  à  courir 
sur  les  terres  de  Unc-Cham,  &  en  enmena  force  troupeaux 
de  Bêtes;  si  bien  que  les  Pastres  allèrent  s'en  plaindre  à 
leur  maître,  qui  aussitôt  assembla  une  grande  armée, 
&  entra  dans  les  terres  de  Moal  pour  attraper  Cingis,  mais 
le  galand  s'enfuit  parmi  les  Tartares,  où  il  demeura  caché 
quelque  tems.  Mais  Vut  fît  un  grand  butin  sur  les  terres  de 
Moal  &  des  Tartares,  puis  s'en  retourna  chez  soi.  En  ces 
entrefaites  Cingis,  homme  adroit,  parla  souvent  à  ceux  de 
Moal  aux  Tartares,  leur  remontrant,  comme  étant  sans  chef, 
leurs  voisins  en  venoient  aisément  à  bout,  &  les  opprimoient. 


376  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Ces  Peuples  considérant  cela,  &  y  prenant  goût,  l'élurent 
pour  leur  Capitaine,  qui  amassa  aussitôt  quelques  troupes, 
&  s'alla  jetter  sur  les  terres  de  Vut,  qu'il  vainquit  en  ba- 
taille, &  contraignit  de  se  retirer  au  Catha3\  Cingis  entre 
autres  prit  une  de  ses  Filles,  qu'il  donna  pour  femme  à  un 
de  ses  Fils,  qui  en  a  eu  entr'autres  le  grand  Cham  Mangu, 
qui  règne  aujourd'hui.  Ce  Cingis  donc  envoia  de  tous  cotez 
ses  Tartares  pour  faire  la  guerre;  ce  qui  a  rendu  leur  nom 
si  célèbre  par  tout,  mais  la  plus-part  enfin  y  périrent;  de 
sorte  que  maintenant  ceux  de  Moal  veulent  faire  perdre  la 
mémoire  de  ce  nom-là,  &  élever  le  leur  au  lieu.  Le  Païs 
où  ils  parurent  premièrement,  &  où  est  encores  maintenant 
la  principale  Cour  de  Cingis-Cham,  s'apelle  Mancherule; 
mais  parceque  la  Tartarie,  est  proprement  le  Païs  d'où  ils 
commencèrent  à  faire  leurs  conquête,  par  tout  aux  environs, 
ils  tiennent  maintenant  cette  Région-là  pour  la  plus  consi- 
dérable de  leur  Domination;  &  c'est  là  où  ils  font  l'élection 
de  leur  grand  Cham  1.  « 

Marco  Polo  nous  donne  Aung  Khan  (Une  Khan)  comme 
Prêtre  Jean.  Les  sources  chinoises  jettent  quelque  lumière 
sur  le  personnage  :  A  l'avènement  des  Kin,  une  famille 
Wang  Kou  ou  Ongut  était  la  principale  des  tribus  Cha 
T'o,  qui  sous  le  nom  de  Heou  T'ang  avaient  régné  en  Chine 
de  923  à  936  et  qui  avaient  été  dispersées  par  les  K'i  Tan  ; 
ces  Ongut  s'étaient  divisés  en  deux  branches  :  les  Ongut  ou 
Wang  Kou  du  Yin  Chan  et  les  Wang  Kou  de  Lin  T'ao 
(Ouest  du  Kan  Sou)  ;  au  début  du  xii^  siècle,  ces  derniers 
furent  transférés  au  Leao  Toung  par  les  Kin  qui  les  rame- 
nèrent près  des  autres  Wang  Kou  chargés  de  protéger  le 
nouveau  rempart  construit  depuis  le  royaume  de  Tangout 
jusqu'à  la  Mandchourie.  A  l'époque  de  la  puissance  de 
Tchinguiz  Khan  le  chef  des  Ongut  était  Alaquch,  l'ancêtre 
du  prince  Georges.  On  voit  la  confusion  :  Wang  Khan 
pris  pour  Wang  Kou,  et  pour  tout  compliquer  Wang  ou 
Aung  Khan  fait  tantôt  chef  des  Naïmans,  tantôt  chef  des 
Kéraïtes.  Nous  savons  par  les  historiens  persans  des  Mongols 
que  Tai  Yang,  Khan  des  Naïmans  fut  défait  par  Tchinguiz 

r.  Bergeron,  col.  35-37. 


I.HS    MONGOLS  2>77 

et  que  son  fils  Koutchi.ouk  s'enfuit  chez  Tchk-lou-kou, 
Khan  des  Kara  K'i  Tai  dont  il  épousa  la  fille  et  qu'il  détrôna 
ensuite.  Marco  Polo  consacre  à  cet  événement  un  chapitre 
intitulé  :  Comment  le  Presire  Joan  fist  prendre  le  roi  IJor; 
dans  ce  cas  c'est  le  Naïnian  Koutchlouk  qui  joue  le  rôle  de 
Prêtre  Jean;  dans  Rubrouck  nous  avons  vu  que  c'est  un 
Keraïte  qui  est  Ung.  En  réalité  c'est  donc  le  chef  des  Ongut 
qui  était  le  Prêtre  Jean  i. 

Alaquch-tegin-quli 
chef  des  Ongiit  à  l'époque  de  Tchinguiz  Khan 

Buyan  Chiban  Po-yao-ho 

épouse  Alagaï  begi,  fille  de  Tchinguiz  Khan  qui  resta 
sans  enfants ;d'une  concubine  il  eut  trois  fils 


Kûn  bougha  Aï  bougha         Tcholig  bougha 

Kiun  pou  houa)  épouse  la  princesse      7"       '" — — "^ 

Yurek  Houo-s-tan 

épouse  la  princesse  fille  de  K'oublaï 

Yelmich 
fille  de  Kouyouk 

Nang       Kulintchak       Ngan 
kia  daï  T'oung 


K'ou-h-ki-se  Asen-gaïmich         Albadai  Djuhanan 

(Georges),  f  1298  (Yohanan,  Jean) 

épouse  1°  Qutadmîch,  fille  de  Tchen 
kin  (Tchin  kim    de    Rachid-ed-Din) 

26  Ngai-ya-mi-che  (Ayamïch),  fille  de  Temiir  Oldjaitou 

Chou-ngan  (Giovanni,  Jean)  ^. 

Les  Ongut  du  Kan  Sou  étaient  chrétiens.  «  Une  vision 
de  T'ai  Tsoung  des  Kin,  expliquée  par  une  de  leurs  images, 
leur  valut  d'être  libérés  et  installés  au  nord  du  Fleuve  Jaune, 
à  Tsing  Tcheou.  Au  début  du  xiii^  siècle,  leur  principale 
famille  était  représentée  par  un  certain  Ma  K'ing-siang, 
de  son  nom  de  baptême  Sargis,  qui  nous  est  connu  tant 
par  sa  biographie  insérée  dans  l'Histoire  des  Kin  que  par 

1.  Voir  Marco  Polo,  pass.  et  citations  de  Palladius  et  Wylie. 

2.  Cf.  Palladius,  dans  Marco  Polo,  i,  p.  289,  et  Pelliot,  T'oung: 
Pao,  Dec.  1914,  p.  631, 


37^  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

son  inscription  funéraire  rédigée  par  le  grand  écrivain 
YouEN  Hao-wen.  Sârgis  était  le  petit-fils  de  Tàmiir-iigà 
et  le  fils  de  Bar  Çauma  Elise'.  Un  des  plus  célèbres  écrivains 
«  chinois  »  du  xiv^  siècle,  Ma  Tsou-tch'ang,  était  en  réalité 
un  Ongut,  arrière-petit-fils  de  ce  Sârgis,  et  il  nous  est  par- 
venu de  lui  une  inscription  funéraire  d'un  haut  intérêt  qu'il 
avait  composée  pour  son  grand-père  Yohanan,  le  fils  de 
Sârgis.  Nous  y  retrouvons  toute  une  série  des  noms  chré- 
tiens en  usage  chez  les  Nestoriens  :  Chen-wen  (Siméon), 
K'ouo-Li-Ki-SE  (Georges),  Pao-lou-se  (Paulus),  Yo-nan 
(Johanan,  Jean),  Ya-kou  (Yakub  ,  Jacques),  T'ien-ho 
(Den-ha),  Yi-cho  (Yiso,  Jésus),  Lou-ho  (Luc);  Ya-kou  est 
d'ailleurs  signalé  comme  un  chrétien  dans  l'Histoire  des 
Youen  »  ^. 

Le  prince  Georges,  appartenant  à  la  tribu  des  Ongut,  est 
considéré  par  Marco  Polo  qui  en  fait  le  roi  de  Tendue  comme 
le  descendant  du  Prestre  Jean  ainsi  d'ailleurs  que  par  Jean 
de  Monte-Corvino,  qui  en  parle  longuement  dans  sa  lettre 
de  janvier  1305;  l'évêque  de  Khan  Baliq  nous  dit  que 
Georges  était  nestorien  et  qu'il  s'attacha  à  lui  l'année  même 
de  son  arrivée.  Jean  convertit  au  catholicisme  Georges,  qui 
servait  la  messe  dans  son  costume  officiel,  et  fit  construire 
une  église  dédiée  à  Dieu,  à  la  Sainte  Trinité  et  à  Notre  Sei- 
gneur, à  laquelle  le  Pape  donna  le  nom  d'Eglise  de  Rome. 
Georges  prit  part  à  la  lutte  de  K'oublai  contre  Kaidou  en 
1266;  il  fut  tué  en  1298,  laissant  un  fils  de  neuf  ans  Chou- 
ngan;  il  devait  traduire  le  Rituel  latin  avec  Jean;  après 
la  mort  de  ce  chef,  au  grand  chagrin  de  Monte-Corvino,  ses 
frères  retombèrent  dans  l'hérésie  nestorienne;  son  inscrip- 
tion funéraire  fut  rédigée  au  début  du  xiv^  siècle  par 
Yen  fou. 

C'était  sous  forme  nestorienne  que  nous  trouvons  main- 
tenant le  christianisme  en  Chine;  après  l'édit  de  proscrip- 
tion de  845,  les  Nestoriens,  s'ils  subsistent  en  Asie  Centrale, 
où  l'on  trouve  de  nombreuses  sépultures  dans  le  Semiretchie 
et  rih,  disparaissent  de  la  Chine  proprement  dite  et  dès 
l'an  1000  on  n'y  trouve  aucune  de  leurs  églises;  sous  les 

I.  P.  Pelliot,  T'oung  Pao,  déc.  1914,  p.  630. 


LUS    MONGOLS  379 

T'ang,  on  connaît  encore  un  monastère  nestorien  à  Tch'eng 
Tou  dans  le  Se  Tch'ouan.  Ils  reparaissent  plus  tard. 

On  trouve  des  Nestoriens  sur  toute  la  route  de  Chine  par 
terre  aussi  bien  que  par  mer.  Marco  Polo  les  signale  à 
Mosoul  où  ils  ont  un  Patriarche  qu'ils  appellent  Catholicos 
et  ainsi  qu'Odoric  à  Tauris.  A  Cailac  (Kayalik),  Guillaume 
de  Rubrouck  a  trouvé  un  mélange  de  Sarrasins,  de  Nesto- 
riens et  de  Ouighours  ;  dans  cette  ville  où  il  s'arrêta  en\'iron 
quinze  jours,  il  nous  dit  que  «  ce  païs-là  était  apellé  Orga- 
num  en  la  Cour  de  Mangou ,  et  a  un  language  et  des  lettres  parti- 
culières, mais  il  étoit  tout  occupé  par  les  Contomans.  Les 
Nestoriens  de  ces  quartiers  ses  ervent  de  cette  langue  et  de 
ces  caractères  pour  leur  service  ecclésiastique  »  i.  Rubrouck 
nous  dit  encore  que  les  Nestoriens  et  les  Sarrasins  sont 
mêlés  aux  Mongols  jusqu'au  Cathay, «et  sont  tenus  par  eux 
comme  étrangers,  et  venus  d'ailleurs.  Ces  Nestoriens  habitent 
en  quinze  villes  du  Cathay,  où  ils  ont  un  évêché  en  la  ville 
de  Segin  (Si  Ngan),  mais  plus  avant,  ce  sont  de  vrais  Ido- 
lâtres 2.  » 

Avec  Marco  Polo  nous  rencontrons  des  Nestoriens  à  Kach- 
gar,  à  Yarkand,  à  Chingintalas,  à  Sou  Tcheou,  à  Kan 
Tcheou,  à  Si  Ning;  à  Alachan  où  ils  ont  de  belles  églises; 
au  Tendue  : 

((  Et  de  ceste  provence  en  est  rois  un  dou  legnages  au 
Prestre  Jehan,  et  encore  est  Prestre  Johan,  son  nom  est 
Giorgie.  Il  tient  la  tere  por  lo  grant  Chan,  mes  nos  pas  tout 
celle  que  tenoit  le  Prestre  Joan,  mes  aucune  partie  de  celle. 
Mes  si  vos  di  que  les  grant  Kaan  toutes  foies  ont  donée  de 
lor  files  et  de  lor  parens  à  les  rois  que  reingnent  qui  sunt  dou 
hngnajes  au  Prestre  Johan...  La  segnorie  est  à  Cristiens 
ensi  con  je  voz  ai  dit;  mes  hil  i  a  ydres  asez  et  homes  que 
adorent  Maomet.  Hil  hi  a  une  jenerasion  de  jens  que  sunt 
appelles  Argon,  qe  vaut  à  dire  en  françois  Guasmul,  ce  est 
à  dire  qu'il  sunt  né  del  deus  générasions  de  la  lengnée  des 
celz  Argon  Tendue,  et  des  celz  reduc,  et  des  celz  que  aorent 
Maomet.  Il  sunt  biaus  homes  plus  que  le  autre  dou  païs  et 

1.  Bergeron,  col.  52. 

2.  Ibid.,  col.  60. 


380  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

plus  sajes  et  plus  mercaant.  Et  sachiés  que  en  ceste  pro- 
vence  estoit  le  mestre  seje  dou  Prestre  Johan  quant  il  sein- 
gnorioit  les  Tartars,  et  toute  celles  provences  et  reingnes 
environ,  et  encore  hi  demorent  le  sien  descendens,  et  cestui 
Jor  que  je  voz  ai  només  est  dou  lingnages  dou  Prestre  Jo- 
han, si  con  je  vos  ai  en  conte  dit,  et  est  le  soime  seingnor 
depuis  le  Prestre  Johan,  et  ce  est  le  leu  qe  nos  apellon  de 
se  enostre  pais  Gogo  et  Magogo;  mes  il  l'apellent  Ung  et 
Mungul,  et  en  cascune  de  ceste  provenceavoitunegenerasion 
de  jens,  en  Ung  estoient  les  Gog,  et  en  Mungul  demoroit  les 
Tartars.  Et  quant  l'en  chevauche  por  cest  provence  sept 
j  ornée  por  Levant  ver  le  Catai,  l'en  treuve  maintes  cités 
et  castiaus,  là  où  il  ont  jens  que  orent  Maumet,  et  ydres  et 
Cristienz  nestori  auques.  Il  vivent  de  mercandies  et  d'ars, 
car  il  se  laborent  dras  dorés  que  l'en  apelle  nascici  fin  et 
nach  et  dras  de  soie  de  maintes  maineres;  ausint  con  nos 
avon  les  dras  de  laine  de  maintes  maineres,  ausint  il  ont 
dras  dorés  et  de  soie  de  maintes  maineres.  Il  sunt  au  grant 
Kaan  1.  » 

En  se  rendant  à  la  Cour  de  Mangkou,  Rubrouck  rencontra 
des  Nestoriens,  dont  il  nous  trace  un  portrait  peu  flatteur  : 

«...  Les  Nestoriens  qui  sont  [au  Cathay]  là  ne  savent 
rien  du  tout  ;ils  disent  bien  le  Service,  &  ont  les  hvres  sacrés 
en  langue  Syriaque,  mais  ils  n'y  entendent  chose  quelconque. 
Ils  chantent  comme  nos  Moines  ignorans,  &  quf  ne  savent 
pas  le  latin,  de  là  vient  qu'ils  sont  tous  corrompus  &  mé- 
chans,  sur  tout  fort  grands  usuriers  &  yvrognes;  quelques 
uns  d'eux  aussi  qui  vivent  parmi  les  Tartares  ont  plusieurs 
femmes  comme  eux.  Quand  ils  veulent  entrer  en  l'Eglise, 
ils  lavent  leurs  parties  secrettes,  ainsi  que  les  Sarasins, 
&  mangent  de  la  chair  le  Vendredi,  auquel  jour  ils  célèbrent 
leurs  Fêtes  à  la  façon  des  Mahométans.  Leur  Evêque  ne 
vient  gueres  en  ces  Païs-là,  à  peine  en  cinquante  ans  une 
fois;  alors  ils  font  faire  Prêtres  tous  leurs  enfans  rnâles, 
même  étant  encores  au  berceau.  Si  bien  que  les  Hommes 
sont  presque  tous  Prêtres  ;  ils  se  marient  ensuite  &  la  biga- 
mie a  lieu  chez  eux  :  ce  qui  est  directement  contre  la  doc- 

I.  Marco  Polo,  Soc.  Géog.,  pp.  74-75. 


LES    MONGOLS  38 I 

trine  des  Pcrcs,  &  les  Décrets  de  l'Eglise.  Ils  sont  aussi  tous 
simoniaques,  car  ils  ne  donnent  aucun  Sacrement  sans 
argent.  Ils  prennent  un  grand  soin  de  leurs  femmes  &  enfants 
d'où  vient  qu'ils  s'adonnent  plus  aux  moiens  de  gagner,  qu'à 
la  propagation  de  la  Foi  &  de  leur  créance.  De  là  vient  aussi 
que  quelques  uns  d'entr'eux  aiant  l'éducation  &  instruc- 
tion des  enfans  de  la  Noblesse  de  Moal,  encore  qu'ils  leur 
enseignent  l'Evangile,  &  les  articles  de  la  foi,  toutefois  leur 
mauvaise  vie  &  leur  insatiable  avarice,  donne  plus  d'hor- 
reur &  d'aversion  que  de  révérence  de  la  loi  Chrétienne, 
parce  que  la  vie  des  Moalles  &  Tuinians,  bien  qu'idolâtres, 
est  beaucoup  plus  honnête,  &  de  meilleur  exemple,  que  celle 
de  ces  gens  là  i.  » 

L'existence  des  Nestoriens  à  Khan  Baliq  nous  est  signalée 
dans  les  lettres  de  Monte- Cor vino,  auquel  ils  causèrent  de 
grands  ennuis,  ainsi  que  par  une  description  de  la  Chine 
attribuée  au  dominicain  Jean  de  Cora,  nommé  par 
Jean  XXII  le  9  août  1329  au  siège  de  Sulthanyeh  en  Perse 
devenu  vacant  par  le  transfert  de  Guillaume  à  l'archevêché 
d'Antivari;  cet  ouvrage  est  intitulé  U Estât  du  Grant  Caan  ^ 
et  il  renferme  le  chapitre  suivant  consacré  aux  Nestoriens 
de  la  capitale  mongole  : 

«  Des  Nestorins  crestiens  scismas  qui  la  demeurent. 

»  En  la  ditte  cite  de  cambalech  a  une  manière  de  crestiens 
scismas  que  on  dist  nestorins.  ilz  tiennent  la  manière  et  la 
guise  des  grieux  et  point  ne  sont  obéissant  a  la  sainte  église 
de  romme.  mais  ilz  sont  de  une  autre  secte,  et  trop  grant 
enuie  ont  sur  tous  les  crestiens  catholiques  qui  la  sont  obéis- 
sant loyaument  a  la  sainte  éghse  dessus  ditte.  et  quant 
cilz  arceuesques  dont  par  cy  deuant  auons  parle  ediffia  ces 
abbaies  des  frères  meneurs  dessus  dittes.  cil  nestorin  de  nuit 
le  destruisoient.  et  y  faisoient  tout  le  mal  que  ilz  pouoient. 
car  ilz  ne  osoient  audit  arceuesque  ne  a  ses  frères  ne  aux 

1.  Bergeron,  coL  60-61. 

2.  Le  Livre  du  Grant  Caan,  extrait  d'un  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque du  Roi,  par  M.  Jacquet.  (Nouveau  Journal  Asiatique,  Yl,  1830, 
PP-  57-7^-) 


382  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

autres  fiables  crestiens  mal  faire  en  publique  ne  en  appert 
pour  ce  que  ly  empereres  les  amoit  et  leur  monstroit  signe 
damour,  ces  nestorins  sont  plus  de  trente  mille  demourans 
ou  dit  empire  de  cathay.  et  sont  très  riche  gent.  mais  moult 
doubtent  et  crieinent  les  crestiens.  ilz  ont  églises  très  belles 
et  très  dévotes  auec  croix  et  ymaiges  en  lonneur  de  dieu  et 
des  sains,  ilz  ont  dudit  empereur  pluseurs  offices,  et  de  lui  ont 
ilz  grandes  procuracions  dont  on  croit  que  se  ilz  se  voulsis- 
sent  accorder  et  estre  tout  a  un  auec  ces  frères  meneurs, 
et  auec  ces  autres  bons  crestiens  qui  la  demeurent  en  ce 
pays,  ilz  conuertiroient  tout  ce  pays  et  ces  empereres  a  la 
uraie  foy  1.  » 

Il  y  avait  à  Tchen  Kiang  deux  églises  de  chrétiens  nesto- 
riens,  grâce  à  l'envoi  en.  1278  d'un  gouverneur  de  cette 
religion,  Mar  Sergius,  nommé  pour  trois  ans,  qui  fit  bâtir 
ces  édifices;  avant  lui,  il  n'y  avait  ni  églises,  ni  Chrétiens. 
Marco  Polo  nous  dit  : 

«  Il  hi  a  deus  église  de  cristiens  nestorin,  et  ce  avint  dès 
1278  anz  de  l'ancarnasionz  de  Crist  en  ça;  e  voz  dirai  comant 
il  avint.  Il  fu  voir  qe  unques  ne  i  avoit  eu  moistier  de  cris- 
tienz,  ne  neis  en  Dieu  cristienz  jusque  à  1278  anz,  hi  fu 
seingnor  por  le  grant  Kaan  trois  anz  Marsachis  qui  estoit 
cristienz  nestorin.  Et  cestui  Marsachis  hi  fist  faire  celle 
deus  egUse,  et  de  celés  tens  en  cha,  hi  a  englise  que  devant 
ne  i  avoit  église  ne  cristienz  2.  » 

Un  temple  ou  monastère  chrétien  est  mentionné  dans 
le  Tche  choun  Tchen-Kiang  tche  de  Yu  Hi-lou  ^,  cité  par 
l'archimandrite  Palladius  :  «  Le  temple  Ta  Hing  Kouo  Se 
s'élève  dans  Tchen  Kiang  Fou  dans  le  quartier  appelé  Kia 
T'ao  H'iang.  Il  fut  construit  dans  la  i8e  année  de  Tche 
Youen  (1281)  par  le  Sub-darugatche,  Sie-li-ki-ze  (Sergius). 
Liang  Siang,  professeur  dans  l'école  de  Confucius,  écrivit 
pour  lui  une  inscription  commémorative.  »  D'après  ce  docu- 
ment nous  voyons  que    Sie-mi-se-hien  (Samarkande)  est  à 

1.  Nouv.  Journ.  Asiatique,    VI,  1830,  pp.  69-70. 

2.  Marco  Polo,  éd.  Soc.  Géog.,  p.  165;  dans  le  texte  latin,  p.  423, 
on  lit  :  «  sunt  très  ccclcsiac  christianoruni  nestorinorum  ». 

3.  Pelliot,  T'oung  Pao,  déc.  1914,  p.  637. 


LES   MONGOLS  383 

une  distance  de  la  Chine  de  100.000  li  (probablement  pour 
10.000)  au  nord-ouest.  C'est  un  pays  où  domine  la  religion 
de  Ye-li  k'o  wen.  Le  fondateur  de  cette  religion  était  nommé 
Ma-rh  Ye-li- ya  (Mar  Elisée).  Il  vécut  et  opéra  des  miracles 
il  y  a  quinze  cents  ans.  Ma  Sie-li-ki-se  (Mar  Sergius)  est 
un  de  ces  sectateurs  1.  » 

Ce  Mar  Sergius  a  fondé  sept  monastères  ou  humra  (hou- 
moH-la)  dans  le  bassin  du  bas  Yang  Tseu  2.  Odoric  de  Por- 
denone  nous  dit  qu'à  Yang  Tcheou  il  y  a  «  une  maison  et 
couvent  de  nos  frères  meneurs;  et  si  y  a  pluseurs  autres 
Eglises  de  religieux,  mais  ceulz  sont  nestorins  ^.  »  M.  Pelliot 
a  découvert  un  texte  de  13 17  dans  le  Youen  tien  tchang, 
qui  mentionne  un  certain  Ngao-la-han  (Abraham)  vivant 
à  cette  époque  à  Yang  Tcheou,  qui  aurait  été,  suivant  ce 
texte,  le  fils  du  fondateur  de  «  l'Eglise  de  la  Croix  des  àrkà- 
giin  (  Ye-li-ko-wen  che-tse-se)  de  Yang  Tcheou  *.  Ce  nom  de 
àrkàgûn,  transcrit  en  chinois  Ye-li-ko-wen,  dont  Marco  Polo 
fait  argon,  s'appliquait  aux  Chrétiens  à  l'époque  mongole. 
En  réalité  il  désignait  ou  désigne  des  métis  ;  d'après  Ramusio 
les  argons  étaient  des  métis  de  bouddhistes  du  Ten  duc  et 
de  colons  musulmans;  de  nos  jours,  le  capitaine  Wellby 
(Unknown  Tibet,  p.  32)  en  fait  des  métis  de  marchands  du 
Turkestan  et  de  femmes  du  Ladakh  ^. 

Marco  Polo  ne  signale  à  Hang  Tcheou  qu'une  église,  et 
elle  est  nestorienne  :  «  Il  hi  a  une  gliese  à  cristienz  nestorin 
solement  ^.  » 

L'ouvrage  chinois  Neng  kai  tchai  man  loii  (vers  1125) 
cite  un  passage  du  Chou  kiim  kou  cJie  (seconde  moitié  du 
xie  siècle)  dans  lequel  il  est  fait  mention  d'un  <(  temple  de 
Ta  Ts'iiD)  (  TaTs'  in  Se) ,  très  probablement  un  temple  nesto- 
rien  qui  avait  été  jadis  (sans  doute  sous  les  T'ang)  construit 
à  Tch'eng  Tou,  dans  le  Se  Tch'ouan  par  des  gens  venus  de 

1.  Chinese  Recorder,  VI,  p.  108.  —  Ct.  A.  C.  Moule  and  Lionel 
GiLES,  Christians  ai  Chên  chiang  fu,  T'oimg  Pao,  déc.  191 5. 

2.  Pelliot,  /.  c,  p.  638. 

3-  P-  357. 

4.  Pelliot,  /.  c,  p.  638.  —  Cathay,  II,  p.  210  n. 

5.  Cf.  Marco  Polo,  I,  pp.  289-292. 

6.  Soc.  de   Géog.,  p.   172. 


3S4  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

l'Asie  Centrale  (Hou  Jeu)  1.  Il  est  intéressant  aussi  d'ap- 
prendre que  dans  la  province  de  Karajan  (Yun  Nan), 
Marco  Polo  note  la  présence  de  quelques  Nestoriens  :  «  Il 
hi  a  mercheanz  et  homes  d'ars  asez,  les  sunt  des  plosors 
maineres,  car  il  hi  a  jens  qe  aorent  Maomet  et  ydres  et 
pou  cristienz  qe  sunt  nestorin  2.  >, 

On  rencontre  ces  Nestoriens  non  seulement  par  la  route 
de  terre  mais  aussi  par  celle  de  mer.  C'était  justement  chez 
des  Nestoriens  qu'étaient  logés  à  Tana  ThoMAS  de  Tolen- 
TiNO  et  ses  trois  compagnons  martyrs  :  A  Tana  il  y  «  a 
XV  manières  de  Crestiens  mescreans  et  scismas  et  tous 
Nestorins.  Cilz  frères  furent  hostellé  en  la  maison  d'un  de 
ces  Nestorins  ^.  » 

Vers  le  milieu  du  xiv^  siècle,  suivant  la  liste  d'AMROU  ^, 
il  y  avait  vingt-cinq  Métropolites  reconnaissant  le  Pa- 
triarche chaldéen  comme  chef  de  l'Eglise  d'Orient  :  1°  Elam 
ou  Gandisapor  (Susiane)  ;  2°  Nisibe  ;  3°  Basra  ;  4°  Mosoul  et 
Athur  (Ninive)  ;  50  Arbèle  et  Haza  (Adiabène)  ;  6°  Beth 
Garma  (en  Assyrie)  ;  70  Halavan  (moderne  Zohab)  ;  8^  Perse 
(avec  Ormouz,  Van)  ;  9°  Marou  (Merv)  ;  lo^  Hara  (Herat)  ; 
II»  Kotroba;  12°  Chine;  13°  Hind  (Inde)  ;  14°  Barda  (Azer- 
baïdjan) ;  15°  Damas;  16°  Raja  et  Tabrestan  (Ray,  et  partie 
de  Ghilan  et  de  Mazanderân)  ;  17°  Dilumites  (sud  de  la 
Caspienne)  :  180  Samarkande;  19°  Turkestan;  20°  Halaha; 
21°  Segestan  (Seistan);  22°  Jérusalem;  23°  Khan  Baliq; 
246  Tanchet  (Tangout)  ;  250  Chasemgara  et  Nuacheta. 

Sept  de  ces  métropolites,  ceux  de  Gandisapor,  Basra, 
Mosoul,  Arbèle,  Beth  Garma,  Halavan  et  Nisibe,  prenaient 
part  à  l'élection  et  l'ordination  du  Patriarche. 

La  liste  d'ELiE  ^,  Métropolite  de  Damas,  plus  ancienne 
(893  ap.  J.-C),  nous  donne  les  noms  suivants  :  Gandisapor, 
Nisibe,  Basra,  Mosoul,  Beth  Garma,  Damas,  Raja,  Hara, 
Maru,  Arménie,  Samarkande,  Perse,  Barda,  Halavan. 

La  relation  de  Guillaume  de  Rubrouck  est  extrêmement 

1.  Pelliot,  dans  Cathay,  I,  p.  116. 

2.  Soc.  de  Géog.,  pp.  131-132. 

3.  Odoric,  p.  72. 

4.  AsSEMANi,  Bib.  Orienlalis,  II,  p.  458;  cf.  Ill,  p.  Dcxxx. 

5.  L.  c,  pp.  459-460. 


LES   MONGOLS  385 

précieuse  pour  les  renseignements  qu'elle  nous  fournit  sur 
les  Nestoriens  dont  quelques  uns  comme  Bolgaï,  qui  occu- 
pait le  poste  de  premier  secrétaire  à  la  Cour  de  Mangkou. 
Ils  priaient  en  regardant  vers  l'est,  tandis  que  les  boud- 
dhistes (tnins)  se  tournaient  vers  le  nord  ;  ils  se  couchaient 
en  terre,  la  touchant  du  front,  ne  joignaient  jamais  les 
mains  en  priant,  mais  les  étendaient  sur  leur  poitrine;  ils 
touchaient  toutes  les  images,  avec  la  main  droite,  qu'ils  bai- 
saient après;  ils  touchaient  aussi  les  mains  de  tous  ceux 
qui  étaient  présens  quand  ils  entraient  dans  l'Eglise  i; 
Rubrouck  remarque  «  que  les  Chrétiens  nestoriens  et  armé- 
niens ne  mettent  jamais  de  Crucifix  sur  leurs  croix,  &  il 
semble  par  là  qu'ils  ne  croient  pas  bien  la  Passion  du  Fils 
de  Dieu,  ou  qu'ils  en  aient  honte.  »  2  «  Devant  le  premier 
Dimanche  de  Carême,  les  Nestoriens  jeûnent  trois  jours,  et 
appellent  cela  le  jeûne  de  Jonas,  qu'il  avoit  prêché  aux 
Ninivites.  Mais  les  Arméniens  en  jeûnent  cinq,  qu'ils  ap- 
pellent le  jeûne  de  S.  Serkis,  qui  est  un  de  leurs  plus  grands 
Saints,  que  les  Grecs  appellent  autrement.  Les  Nestoriens 
commencent  le  leur  le  mardi,  &  finissent  le  jeudi,  &  ainsi 
mangent  de  la  chair  le  Vendredi  ^  ».  Ils  se  livrent  à  des 
pratiques  de  sorcellerie,  récitent  des  versets  du  Psautier 
sur  deux  verges  jointes  ensemble  que  tiennent  deux 
hommes  ^.  Nestoriens  et  Arméniens  ne  mangeaient  pas  de 
poisson  en  Carême  ^. 

Rubrouck  a  une  médiocre  opinion  des  Nestoriens,  ainsi 
que  nous  l'avons  vu  plus  haut. 

On  peut  juger  de  l'influence  qu'exerçait  la  Chine  par 
l'histoire  de  deux  nestoriens  ouighours  venus  de  Khan 
Bahq  chez  les  Mongols  de  Perse  :  Rabban  Çauma  et  Marcos, 
plus  tard  Jabalaha  III.  Çauma  était  né  à  Khan  Baliq, 
tandis  que  Marcos  était  né  en  1245,1e  plus  jeune  des  quatre 
fils  de  l'archidiacre  Bainiel  de  Ko  Chang,  ville  située  à 
quinze  jours  de  la  capitale  sur  la  route  du  Tangout  ;  de 


I. 

Bergeron,  col.  53  et  80. 

2. 

L.  c,  col.  33. 

3- 

L.  c,  col.  82. 

4- 

L.  c,  col.  88. 

5- 

L.  c,  col.  94. 

13 


386  HISTOIRE   GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

bonne  heure  sa  vocation  religieuse  le  conduisit  vers  Çauma, 
qui,  après  avoir  reçu  une  bonne  éducation,  avait  distribué 
ses  biens  aux  pauvres,  pris  l'habit  monastique  et  avait 
recula  tonsure  des  mains  de  Mar  Guiwarguis  (Georges), 
Métropolite  de  Khan  Baliq;  à  son  tour,  Marcos  était  ton- 
suré par  Mar  Nestorios,  sans  doute  successeur  du  Métro- 
polite Georges.  Les  deux  moines  s'étant  décidés  à  faire  le 
pèlerinage  de  Jérusalem  se  mirent  en  route  (1278),  passant 
à  Khotan,  Kachgar,  chez  Kaidou  à  Talas,  traversèrent  le 
Khorasân,  puis  l' Azerbaïdjan  pour  se  rendre  à  Baghdad 
près  du  Catholicos  ou  Patriarche  Mar  Denha,  élu  en  1266 
à  la  place  de  Makika,  mort  le  18   avril  1265  ;  nos  voya- 
geurs eurent  la  bonne  fortune   de   rencontrer  Denha    à 
Maragha,  dans  l' Azerbaïdjan,  ancienne  capitale  de  Houlagou  ; 
le  cathohcos,  à  la  suite  d'une  émeute,   avait  été   obligé  de 
quitter  Baghdad  en  1268  et  il  avait  fixé  sa  résidence  à 
Ôchnou,  dans  l' Azerbaïdjan;  il  reçut  fort  bien  les  pèlerins, 
qui  continuèrent  leur  route  à  Baghdad,  Arbèle,  Mosoul, 
Singar  (Sindjar),  Nisibe  et  Mardin.  Ils  furent  ensuite  en- 
voyés  par    Denha    au    camp   d'Abaka  (f  à  Hamadan,  le 
18  mars  1282;  remplacé  par  Ahmed,  6  mai  1282),  puis 
ils  se  rendirent  à  Ani,  une  des  anciennes  capitales  de  l'Ar- 
ménie, puis  en  Géorgie,  et  retournèrent  près  du  Patriarche, 
qui  en  1280  nomma  Marcos,  sous  le  nom  de  Jabalaha,  Métro- 
polite de  Cathay,  et  Rabban  Çauma  Visiteur  général.  Denha 
mourut  peu  après  à  Baghdad  le  24  février  1281  et  fut 
remplacé  comme  Patriarche  par  Jabalaha  1,  sacré  la  même 
année  au  mois  de  novembre;  nous  ne  retracerons  pas  sa 
carrière  mouvementée  ;  il  mourut  le    13   novembre  1317  à 
Maragha,  sous  Abou  Saïd,  successeur  d'Oldjaïtou.  Son  ami 
Rabban  Çauma  mourut  à  Baghdad,  dès  le  10  janvier  1294, 
mais  il  eut  le  temps  de  servir  d'agent  à  Arghoun  Khan 
dans  les  missions  que  ce  prince  envoya  en  Occident  et  dont 
nous  allons  parler. 

Arghoun  avait  le  plus  vif  désir  de  rentrer  en  possession 
de  la  Syrie,  jadis  conquise  par  Houlagou,  tombée  entre  les 

I.  i<  Jaballaha  ex  génère  Turcorum  in  regione  Catajae  natus,  metro- 
polita  Tanchet.  »  (Assemani,  II,  p.  456.) 


LES   MONGOLS  387 

mains  des  Arabes  à  la  suite  de  la  bataille  de  Yarmouk 
(20  août  636)  ;  de  là  son  intérêt  à  entrer  en  relations  et  à 
rechercher  l'alliance  des  Princes  chrétiens  qui  détenaient 
encore  quelques  forteresses  en  Palestine  contre  les  conqué- 
rants musulmans.  Il  est  possible  qu'une  première  ambas- 
sade ait  été  envoyée  par  le  souverain  de  Perse  au  Pape, 
ainsi  qu'il  apparaîtrait  par  une  lettre  datée  du  18  mai  1285 
adressée  par  Arghoun  à  Honorius  IV;  il  est  question  dans 
cette  lettre  d'un  certain  «  Ise  terchiman  »,  autrement  dit 
l'interprète  (terdjuman)  Isa,  qui  ne  serait  autre  que  le  Ngai- 
SIE  des  Chinois  arrivé  en  Perse  avec  le  Bolod  (Pulad) 
Tchingsang,  qui  fournit  à  Rachid  ed-Din  des  renseigne- 
ments sur  les  affaires  mongoles.  Ngai-sie  dont  il  est  parlé 
dans  les  textes  chinois  paraît  avoir  été  un  chrétien  de 
langue  arabe,  originaire  de  la  Syrie  occidentale  1.  Il  me 
semble  plus  probable  que  les  premières  relations  d' Arghoun, 
qui  avait  succédé  à  Ahmed  au  mois  d'août  1284,  remontent 
à  la  mission  du  moine  Rabban  Çauma,  qui  se  rendit  en 
occident  par  Byzance  (mars  1287)  ;  il  débarqua  à  Naples, 
se  rendit  à  Rome,  où,  le  Pape  Honorius  IV  étant  mort 
le  3  avril  1287,  il  fut  reçu  par  les  Cardinaux,  en  Toscane, 
à  Gênes,  puis  en  France  où,  recueilli  à  Paris  par  le  roi 
Philippe  le  Bel,  il  passa  en  Gascogne,  probablement  à 
Bordeaux,  séjour  du  roi  Edouard  pr  d'Angleterre;  il  re- 
tourna à  Gênes,  où  il  passa  l'hiver,  et  à  Rome;  le  Cardinal 
JÉRÔME  d'Ascoli,  évêque  de  Palestrina,  Général  des  Frères 
Mineurs,  élu  le  20  février  1288  Pape  sous  le  nom  de 
Nicolas  IV,  reçut  Rabban  Çauma,  auquel  il  administra  la 
Communion;  l'ambassadeur  retourna  ensuite  en  Perse. 

Un  nouvelle  mission  d'Arghoun  (1287-1288)  passa  les 
fêtes  de  Pâques  à  Rome  et  repartit  en  avril  1288  avec  des 
lettres  du  Pape  pour  le  Khan  de  Perse,  le  Catholicos,  la 
veuve  d'Abaka,  mère  de  Kaikhatou,  la  princesse  Elagag, 
l'évêque  de  Tauris,  Denys,  et  d'autres  personnages.  En 
1 289-1 290,  Arghoun  renouvelait  sa  tentative  :  cette  mission 
fut  cordée  au  Génois  Buscarel,  qui  partit  de  Perse  après 
les  fêtes  de  Pâques  de  1289  et  arriva  à  Rome  à  l'automne; 

I.  Cf.  P.  Pelliot,  T'oung  Pao,  déc.  1914,  pp.  638-640. 


388  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

il  remit  les  lettres  du  Khan  à  Nicolas  IV,  qui  lui  donna  une 
lettre  de  recommandation  datée  de  Rieti,  30  septembre 
1289,  pour  le  roi  d'Angleterre  Edouard  P'".  En  passant  par 
Paris,  Buscarel  présenta  à  Philippe  le  Bel  la  lettre  d'Ar- 
ghoun  en  langue  mongole  et  en  écriture  ouighoure,  con- 
servée aujourd'hui  aux  Archives  nationales;  elle  porte  la 
date  de  1289;  le  souverain  de  Perse  s'engage  à  camper 
l'année  suivante  devant  Damas,  pour  joindre  ses  troupes  à 
celles  des  croisés,  et,  s'il  contribue  à  prendre  Jérusalem,  à 
remettre  cette  ville  au  Roi  de  France.  Buscarel  arriva  à 
Londres  le  5  janvier  1290;  Edouard  pr  était  occupé  à 
régler  la  succession  au  trône  d'Ecosse  vacant  par  la  mort 
de  Marguerite  de  Norvège  et  à  choisir  parmi  les  seize 
prétendants;  le  roi  d'Angleterre  se  décida  en  faveur  de 
John  Baliol,  lord  de  Galloway,  .descendant  du  comte  de 
Huntingdon,  David,  frère  du  roi  Guillaume  le  Lion,  par 
sa  fille  aînée  Marguerite  (19  nov.  1292).  Il  ne  pouvait  donc 
être  question  pour  le  roi  d'Angleterre  de  profiter  des  bonnes 
dispositions  des  Mongols  de  Perse  pour  entreprendre  une 
Croisade  et  délivrer  la  Terre  Sainte  du  joug  dec  infidèles. 
Un  dernier  effort  fut  fait  par  Arghoun  en  1 290-1 291  :  il  en- 
voya, accompagné  de  Buscarel,  un  Chrétien  converti  nommé 
Chagan  ou  Zagan  avec  des  lettres  pour  Nicolas  IV,  qui 
expédia  à  Edouard  pr  les  lettres  qui  lui  étaient  destinées 
pour  stimuler  son  zèle  en  faveur  d'une  expédition  en  Syrie. 
Comme  on  le  voit,  toutes  ces  missions,  sous  le  couvert  reli- 
gieux, avaient  un  caractère  politique.  La  mort  d'Arghoun, 
le  7  mars  1291,  n'arrêta  pas  les  relations  des  Ilkhans  de 
l'Iran  avec  les  Princes  chrétiens.  Nos  Archives  nationales 
renferment  une  lettre  datée  de  mai  1305,  adressée  à  Phihppe 
le  Bel  par  Oldjaïtou,  dans  laquelle  ce  souverain,  quoique 
devenu  musulman,  annonce  la  réconciliation  des  princes 
de  la  maison  de  Tchinguiz  Khan  après  quarante-cinq  ans 
de  guerres  intestines,  et  l'envoi  de  deux  ambassadeurs  1. 

I.   Voir    Abel    Rémusat,    Relat.    polit.      des     Princes    chrétiens.    — 
J.-B.    Chabot,  Alar  Jabalaha. 


CHAPITR1-:  XXI 11 

Les    Mongols   :    Missionnaires    et  Voj'ageurs    étrangers 

(suite.) 

CE  n'est  qu'en  1289  que  K'oublaï  «  institua  un  office 
spécial,  le  Tch'oiinii  fou  seii,  qui  dirigeait  dans  tout 
l'empire  l'administration  du  culte  chrétien.  La 
phrase  initiale  du  texte  relatif  à  cette  institution  a  été  mal 
restituée  jusqu'ici  ;  il  faut  comprendre  que  cette  administra- 
tion a  la  charge  des  sacrifices  offerts  dans  les  Temples  de  la 
Croix  parles  màr-hasià  et  les  rahhan-àrkagun.  Les  rahhan- 
àykàgiin  *sont  les  prêtres  et  les  moines.  Quant  aux  màr-hasià, 
ce  sont  les  évêques  1  ». 

Le  5  mars  i245(DatumLugduni,IIInonasmartii,anno2),    Hnvoyé 
le    Pape    Innocent  IV    remettait    des   lettres    aux    frères     "    ^P' 
mineurs  Laurent  de  Portugal  et  Jean  du  Plan   Carpin 
adressées  au  roi  et  au  peuple  desTartares.  Laurent  ne  semble 
pas  avoir  pu  accomplir  sa  mission,  car  en  1247  il  est  envoyé 
comme  légat  en  Asie  Mineure. 

Jean  du  Plan  de  Carpine,  en  latin  Piano  Carpinis  ou       Pian 
de  Carpine,  d'après  Planum  Carpinis  ou  Planum  Carpi,   ^^"T'in- 
d'après  l'italien    Pian    di    Carpina,   aujourd'hui    Pian  la 
Magione,  près  de  Pérouse. 

Jean  du  Plan  de  Carpin  avait  connu  le  fondateur  de  son 
Ordre  ;  il  fut  pris  comme  compagnon  en  1221  par  Césaire  de 
Spire,  choisi  par  saint  François  d'Assise  comme  Provincial 
d'Allemagne.;  plus  tard  (1228),  Jean,  après  avoir  été  le  pre- 
mier custode  de  Saxe,  fut  lui-même  désigné  comme  Pro- 
vincial de  ce  pays  par  Elie  de  Cortone  à  la  place  de  Simon 
d'Angleterre;  il  succéda  en  1230,  comme  Provincial 
d'Espagne,  à  Jean  Parente,  de  Florence,  qui  remplaça  comme 

I.   P.  Pelliot,  T'oung  Pao,  déc.  1914,  p.   637. 


390  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

général  des  Franciscains  Elie  de  Cortone.  Jean,  rentré  en 
1241,  dirigeait  la  pro\'ince  de  Cologne  lorsqu' Innocent  IV 
fit  appel  à  son  expérience  et  à  son  zèle  pour  remplir  une 
mission  en  Tartarie. 

Plan  Carpin,  muni  de  lettres  du  Pape  et  accompagné 
d'ExiENNE  DE  Bohême,  quitta  Lyon  le  jour  de  Pâques, 
16  avril  1245,  traversa  l'Allemagne,  où  le  dominicain,  le 
cardinal  légat  Hugues  de  Santocaro,  leur  donna  quelques-, 
uns  de  ses  propres  serviteurs,  arriva  en  Bohême,  dont  le  roi 
Wenceslas  I  (1240-1253)  leur  conseilla  de  passer  par  la 
Pologne  et  la  Russie,  leur  donna  des  lettres  pour  son  neveu 
Boleslas,  duc  de  Silésie,  qui  résidait  à  Liegnitz,  et  paya 
leurs  dépenses  pour  s'y  rendre;  à  Breslau,  ils  trouvèrent 
le  frère  Benoit  de  Pologne,  qui  devait  faire  partie  de  la 
mission  et  fut  martyrisé  le  20  juin  1248  à  Al  Maliq.  Boleslas, 
à  son  tour,  les  envoya  à  Cracovie  chez  Conrad,  duc  de 
Lenczy,  où  ils  rencontrèrent  le  prince  russe  VasilTRo,  duc  de 
Vladimir  de  Volh\'nie,  dont  le  frère  Daniel,  duc  de  Galitch, 
était  alors  en  Tartarie.  Vasiliko  emmena  les  voyageurs  dans 
ses  domaines,  puis  leur  donna  un  guide  pour  les  conduire 
à  Kiev  chez  les  Tartares,  dont  le  chef  leur  fournit  des  guides, 
le  4  février  1246,  pour  se  rendre  à  Kaniev  sur  le  Dnieper, 
au  sud  de  Kiev,  le  premier  \dllage  tartare,  où  s'arrêta 
Etienne  de  Bohême,  malade  ;  les  deux  autres  moines  con- 
tinuèrent leur  route  et  arrivèrent  le  23  février  à  un  camp 
de  8.000  Tartares  ;  de  là  ils  se  rendirent  «  auprès  du  général 
Corenza,  qui  commandait  en  chef,  au  nom  de  Batou  Khan, 
à  toutes  les  garnisons  tartares  de  la  frontière,  échelonnées 
sur  la  rive  droite  du  Dnieper,  et  formant  ensemble,  disait- 
on,  une  armée  de  60.000  hommes.  Sur  la  rive  gauche  com- 
mandait un  autre  général  plus  puissant,  appelé  Maucy, 
second  fils  de  Djagatai;  plus  loin  sur  le  Don,  était  campé 
un  prince  nommé  Kartan,  époux  d'une  sœur  de  Batou; 
et  enfin,  ce  dernier  tenait  son  quartier  général  sur  la  Volga  1. 
Les  voyageurs  arrivèrent  chez  ce  dernier  le  4  avril;  leurs 
lettres  furent  traduites  «  en  langue  esclavonne  2,  arabique  et. 

1.  D'AvEZ.\c,  pp.  483-484. 

2.  Bergeron,  coL  6. 


LES   MONGOLS  39I 

tartare  »  et  remises  à  Batoii.  «  Ce  prince  Batou,  dit  Plan 
Carpin,  tient  une  grande  et  magnifique  Cour,  et  a  tous  ses 
officiers,  ainsi  que  l'Empereur  même.  Il  est  assis  en  un  lieu 
élevé  comme  un  trône,  avec  une  de  ses  femmes;  et  tous  ses 
frères,  enfans,  et  autres  grands  Seigneurs  sont  assis  sur  un 
banc  au  milieu,  et  le  reste  est  assis  par  terre  derrière  eux, 
les  hommes  à  droite,  et  les  femmes  à  gauche.  Ses  tentes  sont 
de  fine  toile  de  lin,  et  fort  grandes,  elles  avaient  été  autre- 
fois au  Roi  de  Hongrie.  Personne  n'a  la  hardiesse  d'entrer 
en  sa  tente,  excepté  sa  famille,  s'il  n'y  est  apellé,  quelque 
grand  et  puissant  qu'il  soit,  à  moins  qu'on  sçache  qu'il  le 
vueillc.  Nous  fumes  assis  à  la  gauche,  comme  sont  tous  les 
Ambassadeurs,  en  allant;  mais  quand  nous  retournâmes 
de  la  Cour  de  leur  Empereur,  on  nous  mit  toujours  à  la 
droite  1.  » 

Batpu,  conservant  quelques-uns  de  leurs  gens,  fit  partir 
Plan  Carpin  et  Benoit  de  Pologne  le  8  avril  pour  se  rendre 
à  la  Sira  Ordo,  où  demeurait  le  Grand  Khan  Kouyouk  ;  ils 
mirent  huit  jours  pour  atteindre  le  fleuve  Jaïc;  ils  se  ren- 
dirent au  Kara  K'itaï,  où  résidait  Hordou,  frère  aîné  de 
Batou,  passèrent  à  Omil,  pénétrèrent  chez  les  Naïmans 
(28  juin),  entrèrent  le  3  juillet  en  Mongolie  et  arrivèrent 
le  22  juillet  à  la  Sira  Ordo  (Ormektua),  à  une  demi- journée 
de  Kara  Koroum,  que  ne  visitèrent  pas  nos  voyageurs. 
Kouyouk,  qui  n'avait  pas  encore  été  reconnu  comme  suc- 
cesseur du  Grand  Khan  Ogotaï,  se  borna  à  défrayer  les 
dépenses  de  l'ambassade  et  à  la  renvoyer,  après  un  repos 
de  quelques  jours,  à  la  régente,  l'impératrice  sa  mère  Tou- 
rakina;  de  là  la  Cour  fut  conduite  à  la  Horde  d'Or,  où 
furent  reçus  en  audience  les  voyageurs  qui  remirent  la 
lettre  du  Pape;  ils  reçurent  leur  congé  le  13  novembre 
avec  une  réponse  du  Khan;  ils  étaient  de  retour  au 
camp  de  Batou  (9  mai  1247)  et  à  Kiev  le  9  juin;  ils  furent 
reçus  avec  joie  par  les  ducs  Vasiliko  et  Daniel,  qui  firent 
leur  soumission  à  Rome;  ils  repassèrent  par  la  Russie,  la 
Pologne,  la  Bohême,  l'Allemagne,  traversèrent  le  Rhin  à 
Cologne,  et  par  Liège  et  la  Champagne  rentrèrent  à  Lyon 

I.  L.  c. 


392 


HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 


OÙ  frère  Jean  remit  à   Innocent  IV  la  réponse  du  Grand 
Khan. 

Pour  le  récompenser  de  son  zèle,  le  Pape  nomma  frère 
Jean  archevêque  d'Antivari  en  Albanie,  où  il  mourut  le 
i^'"  août  1252;  il  eut  pour  successeurs  sur  son  siège  archié- 
piscopal les  fransciscains  Goffridus  (1253)  et  Laurent 
DE  Portugal  (1255),  qui  avait  aussi  été  envoyé  en  mission 
en  Tartarie  ainsi  que  nous  l'avons  vu. 


Une  autre  mission,   composée  de  quatre  Dominicains, 
Ascelin   ou   Anselme  de  Lombardie,   Simon   de  Saint- 
Quentin,  Albéric  et  Alexandre,  ne  fut  pas  heureuse; 
elle  fut  rejointe  à  Tiflis  par  AnDRÉ  de  Long  jumeau  ou 
Lonjumel  et  par  Guichard  de  Crémone  et  elle  arriva  au 
mois  d'août  1247  ^-^  camp  du  général  mongol  Baidjou,  qui 
avait  remplacé  à  la  tête  de  l'armée  de  Géorgie  et  de^rse, 
en  1242,  Tcharmaghan,  qui  commandait  depuis  1232.  Il  y 
avait  soixante  jours  d'Acre  à  ce  camp.  N'apportant  pas 
de  présents,  se  refusant  à  faire  le  Ko  t'eoii,  la  lettre*  du  Pape 
étant  conçue  dans  des  termes  jugés  insuffisamment  respec- 
tueux, le  général  mongol  voulait  faire  mettre  à  mort  les 
malencontreux  ambassadeurs,  qui   n'eurent   la   vie  sauve 
que  par  l'intervention  d'une  des  six  femmes   de  Baidjou. 
Ils  furent   abreuvés    d'humiliations    et    à   peine   nourris; 
l'attitude   pleine  de   raideur   d' Ascelin  ne   pouvait   d'ail- 
leurs pas  faciliter  les  négociations.  Finalement  les  mission- 
naires furent  congédiés  avec  une  lettre  fort  impertinente 
du  général  pour  le  Pape,  dont  voici  le  début  :  «  Par  la  divine 
disposition  du  Grand  Khan,  la  parole  de  Baidjounoy  est 
envoyée  :  Vous  Pape,  sachez  que  vos  messagers  sont  venus 
vers  nous,  et  nous  ont  aporté  vos  Lettres,  ils  nous  ont  fait 
d'étranges  discours,  et  ne  savons,  pas  si  vous  leur  avez 
donné  charge  de  parler  de  la  sorte,  ou  si  d'eux-mêmes  ils  en 
ont  usé  ainsi.  Vos  lettres  portaient  ces  mots  entr'autres  : 
((  Vous  tuez  et  perdez  beaucoup  d'hommes  »;  mais  le  Com- 
mandement de  Dieu  ferme  et  stable,  et  qui  s'estend  sur 
toute  la  face  de  la  terre,  nous  est  tel.  Quiconque  entendra 
cette  ordonnance,  qu'il  demeure  assis  en  sa  propre  terre. 


LKS   MONGOLS  393 

eau  et  héritage,  et  mette  toute  sa  force  et  puissance  entre 
les  mains  de  celui  qui  contient  toute  la  face  de  la  terre  1.  » 

Un  passage  de  Guillaume  de  Rubrouck  permettrait  de 
croire  qu'il  y  a  eu  des  missions  au  fleuve  Oural  antérieure- 
ment à  celles  envoyées  par  Innocent  IV  :  «  Ce  que  j'ai  dit 
de  cette  terre  de  Pascatir,  je  l'ai  appris  des  Frères  Prêcheurs, 
qui  ont  été  en  ce  païs-là  avant  que  les  Tartares  y  vinssent, 
et  des  lors  ils  avaient  été  subjugués  par  leurs  voisins  les 
Bulgares  et  Sarasins;  et  plusieurs  d'entr'eux  s'étaient  ren- 
dus Mahometans  2.  Rockhill  (Rubrouck,  p.  131,  note)  fait 
remarquer  que  cette  mission  semble  être  passée  inaperçue 
des  historiens  dominicains.  La  seule  référence  qu'il  ait 
trouvée  est  dans  Albéric  des  Trois  Fontaines  (Chroni- 
con,  564),  où,  à  la  date  de  1237,  il  marque  qu'à  l'étranger, 
c'est-à-dire  dans  l'Europe  occidentale,  des  rumeurs  ayant 
circulé  que  les  Tartares  désiraient  envahir  la  Comanie  et 
la  Hongrie,  quatre  Frères  Prêcheurs  voyagèrent  cent  jours 
jusqu'à  la  Vieille-Hongrie,  et  qu'à  leur  retour  ils  racontèrent 
que  les  Tartares  avaient  déjà  envahi  la  Vieille- Hongrie  et 
l'avaient  soumise  à  leur  domination. 

Saint  Louis  se  trouvait  en  Chypre,  où  il  était  arrivé 
le  21  septembre  1248  à  Nicosie,  préparant  la  Croisade,  lors- 
que, le  lundi  après  la  Sainte  Luce,  c'est-à-dire  le  14  décembre 
1248  ^,  arrivèrent  de  la  part  d'iLTCHiGATAi  ^  nommé  par 
Kouyouk  gouverneur  de  la  Turquie,  de  la  Géorgie,  de 
l'Irak  et  de  la  Cilicie,  successeur  de  Baïdjou  dans  le  com- 
mandement des  troupes  mongoles  de  Perse,  deux  ambassa- 
deurs Sabeddin  Moriffat  David  et  Marc,  porteurs  d'une 
lettre  écrite  en  persan  et  en  arabe,  adressée  par  leur  maître 
au  roi  de  France.  Justement  se  trouvait  à  la  Cour  le  frère 

1.  Recueil  de  Bergeros,  col.  79-80. 

2.  Bergeron,  col.  48. 

3..  Fleury,  Hist.  EccL,  XVII,  1722,  p.  432.  —  Suivant  Odon  ou 
•Eudes,  évêque  de  Tusculum,  le  débarquement  des  ambassadeurs  eut 
lieu  le  IQ  décembre  1248;  ils  arrivèrent  à  Nicosie  le  samedi  avant  Noël 
et  le  lendemain  ils  présentèrent  leurs  lettres  au  Roi.  Cf.  Abel  Rémusat, 
p.  46. 

4.  Nangis,  p.  359,  l'appelle  Erch ALT AY,  et  les  Grandes  Chroniques,  iv, 

p.     292,     ESCHARTAY. 


394  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

André  de  Longjumeau,  ancien  compagnon  d'Ascelin,  qui 
reconnut  David  pour  l'avoir  vu  chez  les  Tartares  ;  il  fut 
chargé  de  traduire  la  lettre,  ainsi  conçue  : 

«  Par  la  puissance-  du  tres-hault  roy  de  Tharse  et  prince 
de  plusieurs  provinces,  le  plus  noble  combateur  du  monde, 
glavve  de  la  crestienté  et  deffendeur  de  la  religion  des  appos- 
tres,  au  noble  roy  de  France, seigneur  et  maistre  des  crestiens, 
salut.  Nostre  seigneur  croisse  ta  seigneurie  et  ton  royaulme  ; 
ta  voulonté  accomplisse  en  sa  loy,  et  te  doint  par  la  vertu 
divine  ton  peuple  garder  par  les  prières  des  prophètes  et 
des  appostres,  et  mo}^  cent  mil  bénédictions  et  cent  mil 
salus  te  mande  par  ses  lettres,  et  te  prie  que  tu  recepves  en 
gre  ses  salus.  Car  c'est  moult  grant  chose  que  tel  seigneur 
te  mande  salut.  Nostre  entention  est  de  faire  le  proffit  de  la 
crestienté.  Je  prie  et  requier  a  Dieu  qu'il  doinst  victoire  a 
lost  des  crestiens,  et  surmonte  et  abesse  tous  ceulx  qui 
desprisent  la  vraye  croix.  Dieu  exauce  le  roy  de  France  et 
accroisse  sa  hautesse,  si  que  chascun  le  voye.  Nous  voulons 
que  par  toutes  nos  seigneuries  et  nos  places,  que  tous 
crestiens  soient  francs  et  dehors  de  servage,  et  voulons 
qu'ilz  soyent  tous  quittes,  et  voulons  que  les  églises  des- 
truites soient  refaites,  et  que  len  sonne  les  cloches,  et  que 
tous  crestiens  puissent  aller  et  venir  parmy  notre  royaulme. 
Et  pour  ce.  Dieu  nous  a  donné  grant  grâce  de  garder  la 
crestienté.  Nous  avons  envoyé  ces  lettres  par  nos  loyaulx 
messagers  lesquelz  et  auxquelz  nous  adjoustons  foy,  Marc 
et  Alphac,  pour  ce  que  ilz  nous  apportent  de  bouche  com- 
ment les  choses  se  portent  envers  vous.  Recepvez  nos  lettres 
,et  nos  paroles,  car  elles  sont  vrayes.  Celuy  qui  est  roy  du 
ciel  vueille  que  bonne  paix  et  bonne  concorde  soit  entre 
les  Latins  et  les  Grecs,  et  entre  les  communs  victorieux 
Jacobins  et  entre  trestous  ceulx  qui  aourent  la  croix  ! 
ce  avérons  a  Dieu  que  il  ne  face  di\asion  entre  nous  et  les 
crestiens  i.  » 

D'après  les  conversations  des  ambassadeurs  d'Iltchigatai, 
celui-ci  aurait  été  chrétien  depuis  plusieurs  années  ;  les  am- 

I.  Chronique  de  Saint  Denis,  Saint  Louis,  ch.  xliii,  citée  par  Abel 
Rémusat,  pp.  165-166.  — Cf.  Grandes  Chroniques,  iv,  pp.  294-5. 


LES   MONGOLS  395 

bassadeurs  eux-mêmes  appartenaient  à  des  familles  chré- 
tiennes; ils  avisaient  Saint  Louis  de  la  part  de  leur  chef  que 
les  Mongols  avaient  l'intention  d'attaquer  l'été  suivant 
le  khalife  de  Baghdad  et  que,  pour  empêcher  ce  dernier 
d'être  secouru,  ils  priaient  le  roi  de  France  de  faire  une 
diversion  en  Egypte.  Ces  ambassadeurs  prétendaient  que  le 
Grand  Khan  Kouyouk  était  «  fils  d'une  Chrétienne,  fille  du 
Prêtre  Jean;  par  les  exhortations  de  sa  mère  et  d'un  saint 
cvêque,  nommé  Malassias,  il  a  reçu  le  baptême  le  jour  de 
l'Epiphanie,  avec  dix-huit  fils  de  rois  et  plusieurs  capi- 
taines 1.  » 

Les  ambassadeurs  «  prirent  congé  du  roi  le  25e  de  janvier 
1249  et  partirent  de  Nicosie  deux  jours  après,  accompagnés 
de  trois  frères  Prêcheurs,  André,  Jean  et  Guillaume, 
que  Louis  envoyait  au  roi  des  Tartares  avec  des  présens; 
savoir  une  croix  faite  du  bois  de  la  vraye  croix,  une  tente 
d'écarlate  où  était  représentée  en  broderie  la  vie  de  J.-C,  et 
quelques  autres  curiositez  qui  pouvaient  attirer  ce  prince 
à  la  religion.  Louis  écrivit  à  même  lin  au  Khan  et  à  Iltchi- 
gatai  ;  et  le  légat  leur  écrivit  aussi,  et  aux  prélats  qui  étaient 
sous  leur  obéissance,  exhortant  ces  princes  à  reconnaître  la 
primauté  de  l'Église  romaine,  &  l'autorité  du  Pape;  et  les 
prélats  à  être  unis  entre  eux,  et  conserver  la  foi  des  premiers 
conciles  ^  ». 

L'authenticité  de  la  lettre  apportée  à  Saint  Louis  par  les 
envoyés  d'Iltchigataï  a  été  niée  par  De  Guignes;  Mangkou 
Khan,  dans  la  lettre  qu'il  remit  à  Guillaume  de  Rubrouck 
pour  le  roi  de  France,  ayant  déclaré  que  :  «  Un  certain 
nommé  David  vous  a  été  trouver  comme  Ambassadeur 
des  Moalles,  mais  c'était  un  menteur,  et  un  imposteur  ^  ». 
C.  d'Ohsson  déclare  que  «  cette  lettre  qui,  sous  tous  les 
rapports,  aurait  dû  paraître  supposée,  n'inspira  aucun 
soupçon  à  Louis  IX  ^  ».  Abel  Rémusat,  dont  Rockhill 
accepte  la  théorie,  me  semble  plus  près  de  la  vérité  quand 

1.  Fleury,  /.  c,  p.  433. 

2.  Fleury,  /.  c,  p.  436. 

3.  Bergeron,  Rubriiquis,  col.  130. 

4.  Hist.  des  Mongols,  II,  p.  237. 


39^  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

il  écrit  :  ^  «  On  peut  croire  que  David  et  ses  compagnons 
étaient  en  effet  envoyés  par  Ilchikliataï,  pour  concerter 
avec  les  Francs  des  mesures  contre  les  musulmans;  mais 
on  ne  leur  avoit  remis  aucune  pièce  écrite,  ou  bien  on  s'était 
contenté  de  leur  donner  un  de  ces  ordres  fastueux  que  les 
lieutenans  du  Grand  Khan  devaient  faire  passer  à  tous 
les  princes  avec  qui  ils  étaient  en  relation.  Une  pareille 
pièce  ne  promettait  pas  un  grand  succès  à  leur  négociation  : 
les  envoyés  en  forgèrent  une  autre,  où  ils  glissèrent  toutes 
les  assurances  qui  pouvaient  séduire  les  Chrétiens  et  les 
prévenir  en  faveur  des  Tartares.  » 

La  mission  de  saint  Louis  composée,  d' André  de  Longju- 
MEAU,  de  Jean  de  Carcassonne  et  de  Guillaume,  de  deux 
clercs  séculiers  et  de  deux  officiers  du  roi  ^,  quitta  Nicosie 
le  27  janvier  1248  (le  10  février  1249,  dit  d'Ohsson)  avec  les 
ambassadeurs  mongols,  traversa  la  Perse,  arriva  au  camp 
d'Iltchigataï,  d'où  elle  se  rendit  à  la  Cour  du  Grand  Khan  : 
Kouyouk  venait  de  mourir,  âgé  de  quarante- trois  ans,  en 
avril  1248  et  la  régence  était  exercée  par  sa  veuve  Oghoul 
Gaïmisch.  Dans  la  lettre  déjà  citée,  Mangkou  écrivait  à 
saint  Louis:  «Vous  avez  envoyé  avec  lui  [David]  vos  Ambas- 
sadeurs à  Ken  Cham  [Kouyouk],  après  la  mort  duquel 
ils  sont  arrivés  à  la  Cour, et  sa  veuve  Charmjs  vous  envoya 
par  eux  une  pièce  de  drap  de  soie  de  nasic,avec  des  Lettres. 
Mais  pour  ce  qui  est  des  affaires  de  la  guerre,  ou  de  la  paix, 
et  du  bien  de  cet  Etat,  comment  est-ce  que  cette  méchante 
femme,  plus  vile  et  abjecte  qu'une  Chienne,  en  eût  peu 
savoir  quelque  chose  ^?  » 

Les  frères  étaient  de  retour  à  Acre  deux  ans  plus  tard 
(1251).  «  La  Cour  mongole,  écrit  C.  d'Ohsson  avec  beaucoup 
d'apparence  de  raison  ^,  considéra  cette  ambassade  et  les 

1.  Mi'iuoires  sur  les  n'iatious  des  Princes  chrétiens,  p.  51. 

2.  Le  nombre  des  membres  de  la  mission  varie  suivant  les  auteurs. 
Xangis  écrit  :  «  frères  Audrieus  de  Longemel,  et  II.  autres  frères  de  son 
ordre  et  II.  clercs  et  II.  serjans  darmes».  La  C7jro«i(/;(f  «fc  Saint  Denis, 
Saint  Louis,  xlvi,  dit  :  «  deux  frères  meneur  et  deux  prescheurs,  et  deux 
clers,  et  deux  lais:  et  fu  la  chose  commandée  à  frère  Audricu  de  Long- 
jumel,  comme  maistro  et  chevctaine  d'eux  tous  ». 

3.  Bergeron,  /.  c,  col.  130. 

4.  Mongols,  II,  p.  243. 


LES   MONGOLS  397 

jjrcscnts  qu'elle  apportait,  comme  un  acte  d'hommage  de 
la  yait  du  roi  de  l'rance,  et  sa  réponse,  qu'elle  envoya  par 
des  messagers  qui  accompagnèrent  les  deux  dominicains,  ne 
contenait  que  la  sommation  accoutumée  de  prêter  obéis- 
sance, de  payer  tribut  et  de  venir  en  personne  rendre  hom- 
mage au  chef  de  l'empire  mongol;  en  sorte  que  le  roi  de 
France,  selon  l'expression  de  Joinville,  se  repentit  fort, 
quand  il  y  envoya  ». 

«  Quant  li  grans  roys  des  Tartarins  ot  receu  les  messaiges 
et  les  presens,  il  envoia  querre  par  asseurement  plusours 
roys  qui  n'estoient  pas  encore  venu  à  sa  merci  ;  et  lour  fist 
tendre  la  chapelle,  et  lour  dist  en  tel  manière  :  «  Signour, 
li  roys  de  France  est  venus  en  nostre  merci  et  sugestion, 
et  vezci  le  tréu  que  il  nous  envoie  ;.  et  se  vous  ne  venez  en 
nostre  merci,  nous  l'cnvoierons  querre  pour  vous  con- 
fondre. »  Assés  en  y  ot  de  ceus  qui,  pour  la  poour  dou  roy 
de  l'rance,  se  mistrent  en  la  merci  de  celi  roy. 

»  Avec  les  messaiges  le  roy  vindrent  li  lour,  et  aportèrent 
lettres  de  lour  grant  roy  au  roy  de  France,  qui  disoient 
ainsi  :  «  Bone  chose  est  de  pais  ;  quar  en  terre  de  pais 
manguent  cil  qui  vont  à  quatre  piez,  l'erbe  pesiblement.  Cil 
qui  vont  à  dous,  labourent  la  terre  (dont  li  bien  viennent) 
paisiblement.  Et  ceste  chose  te  mandons-nous  pour  toy 
avisier;  car  tu  ne  peus  avoir  pais  se  tu  ne  l'as  à  nous.  Car 
prestres  Jehans  se  leva  encontre  nous,  et  tex  roys  et  tex 
(et  moût  en  nommoient)  ;  et  touz  les  avons  mis  à  l'espée.  Si 
te  mandons  que  tu  nous  envoies  tant  de  ton  or  et  de  ton 
argent  chascun  an,  que  tu  nous  retieignes  à  amis  ;  et  se  tu 
ne  le  fais,  nous  destruirons  toy  et  ta  gent  aussi  comme  nous 
a\'ons  fait  cêus  que  nous  avons  devant  nommez  ».  Et  sa- 
chiez qu'il  se  repenti  fort  quand  il  y  envoia  1.  » 

Les  Frères  Prêcheurs,  qui  s'étaient  embarqués  à  Ch^-pre, 
passèrent  par  Antioche  et  mirent  un  an  pour  se  rendre  chez 
le  Grand  Khan  :  Kouyouk  étant  mort,  ils  assistèrent  à 
l'élection  de  Mangkou  Khan  ;  ils  furent  d'ailleurs  bien  traités . 

Le  roi  de  France  ne  pouvait  rester  sur  cet  insuccès  ;  il  ré- 
solut d'envoyer  aux  Mongols  une  nouvelle  mission  dont 

i.   Joinville,  Saint  Louis,  éd.  Natalis  de  Wailly,  1868,  p.  175. 


39^  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

il  confia  la  direction  au  frère  Guillaume,  de  Rubrouck, 
latinisé  en  Rubruquis,  qui  devait  l'accompagner  à  la 
Croisade. 

Nous  ne  savons,  en  dehors  de  la  relation  de  son  voyage, 
presque  rien  du  franciscain  Guillaume,  né  à  Ruysbroek  ou 
Rubrouck,  dans  la  Flandre  française  et  non  en  Belgique, 
mais  il  nous  semble  avoir  été  un  homme  pieux  et  un  remar- 
quable observateur  :  il  est  le  premier  écrivain  d'Occident 
qui  identifie  la  Sérique  avec  le  Cathay,  qui  nous  parle  de 
l'écriture  chinoise,  qui  mentionne  les  Buddhas  vivants  et 
la  Corée,  qui  indique  le  Koiilan  ou  âne  sauvage  et  VOvis 
Poli,  etc.  Noua  ignorons  la  date  de  sa  naissance  et  de  sa 
mort,  mais  nous  savons  qu'il  a  rencontré  en  France  Roger 
Bacon,  qui  incorpora  ses  découvertes  géographiques  dans 
son  Opus  Majus. 

Guillaume  partit  de  Constîmtinople  le  7  mai  1253  et,  par 
la  mer  Noire,  se  rendit  en  Gazaria  (Crimée)  et  à  Soldaia 
(Soudak),  grand  entrepôt  des  commerçants  venant  de  Tur- 
quie et  de  Russie,  où  il  arriva  le  21  mai;  le  i^r  juin 
il  se  mettait  en  route  pour  porter  les  lettres  du  roi  à  Sar- 
TACH,  avec  ses  compagnons,  frère  Barthélémy  de  Cré- 
mone, GozET,  porteur  des  présents,  un  turkmène  inter- 
prète, un  garçon  nommé  Nicolas,  qu'il  avait  racheté  à 
Constantinople,  et  deux  hommes  pour  conduire  les  chariots, 
les  bœufs  et  les  chevaux;  trois  jours  après  avoir  quitté 
Soldaia,  il  rencontre  les  Tartares,  dont  il  décrit  les  mœurs  : 

((  Les  Tartares,  nous  dit-il,  n'ont  point  de  demeure  per- 
manente, et  ne  savent  où  ils  doivent  habiter  le  lendemain  : 
car  ils  ont  partagé  entr'eux  toute  la  Scythie,  qui  s'étend 
depuis  le  Danube  jusqu'au  dernier  Orient,  et  chaque  Capi- 
taine, selon  qu'il  a  plus  ou  moins  d'hommes  sous  soi,  sait 
les  bornes  de  ses  pâturages,  et  où  il  doit  s'arrêter  selon  les 
saisons  de  l'année.  L'Hiver  approchant,  ils  descendent  aux 
pais  plus  chauds  vers  le  Midi;  l'Eté  ils  montent  aux  régions 
froides  vers  le  Nord.  En  Hiver  ils  se  tiennent  aux  pacages 
destitués  d'eaux, quand  il  y  a  des  neiges, à  cause  que  la  neige 

i .  Voir  Recueil  de  Bergeron  et  William  of  Rubruck,  by  W.  W. 
RocKHiLL,  Hakluyt  Soc,  1900. 


LES   MONGOLS  ''.QQ 

lear  sert  d'eau.  Les  maisons  où  ils  habitent  pour  dormir 
sor.t  fondées  sur  des  roues,  et  des  pièces  de  bois  entrelassées, 
et  aboutissent  en  haut  à  une  ouverture  comme  une  che- 
minée, faite  de  feutre  blanc,  qu'ils  enduisent  de  chaux  ou 
terre  blanche,  ou  de  poudre  d'ossemcns,  pour  la  faire  re- 
luire ;  quelquefois  aussi  de  couleur  noire  :  cette  couverture 
de  feutre  par  le  haut,  est  embellie  de  diverses  couleurs  de 
peinture.  Au  devant  de  la  porte  ils  pendent  aussi  un  feutre 
tissu  de  diverses  couleurs,  qui  représentent  des  seps  de 
vignes,  des  arbres,  des  oiseaux,  et  autres  bêtes.  Ils  ont  de 
ces  maisons-là  de  telle  grandeur,  qu'elles  ont  bien  trente 
pieds  de  long  :  j'ai  pris  la  peine  quelquefois  d'en  mesurer 
une  qui  avait  bien  vingt  pieds  d'une  roue  à  l'autre  :  et  quand 
cette  maison  était  posée  dessus,  elle  passait  au  delà  des 
roues  1.  » 

Leur  boisson  est  l'été  le  «  cosmos  »  (Koumis)  ou  lait  de 
jument  dont  Guillaume  nous  indique  le  mode  de  fabrication, 
tandis  que  l'hiver  ils  composent  une  très  bonne  boisson  de 
riz,  de  mil  et  de  miel,  qui  est  claire  comme  du  vin;  le  vin 
vient  de  loin;  ils  mangent  indifféremment  de  toutes  sortes 
de  chairs  mortes  ou  tuées  ;«  les  hommes  se  rasent  un  petit 
quarré  sur  le  haut  de  la  tête,  et  font  descendre  leurs  che- 
veux du  haut  jusques  sur  les  temples  de  part  et  d'autre. 
Ils  se  rasent  aussi  les  temples,  et  le  col,  puis  le  front  jusqu'à 
la  nuque,  et  laissent  une  touffe  de  cheveux,  qui  leur  descend 
jusques  sur  les  sourcils;  au  côté  du  derrière  de  la  tête  ils 
laissent  des  cheveux,  dont  ils  font  des  tresses,  qu'ils  laissent 
pendre  jusques  sur  les  oreilles  ^.  » 

Guillaume  nous  donne  encore  une  foule  de  renseignements 
sur  les  mœurs  et  les  coutumes  de  Tartares,  qui  l'accueillirent 
d'abord  assez  mal,  mais  comme  il  était  muni  de  lettres  de 
l'Empereur  de  Constantinople  pour  leur  chef  Skakatay, 
parent  de  Bat  ou,  ils  lui  fournirent  des  guides.  Guillaume 
ne  mit  pas  moins  de  deux  mois  pour  se  rendre  de  Soldaia 
au  camp  de  Sartach,  à  trois  journées  du  fleuve  Etiha  (Volga) 
et  pendant  ce  temps  il  coucha  toujours  à  l'air  ou  sous  ses 

1.  Bergeron,  col.  6. 

2.  L.  c,  col.  15. 


4 00  HISTOIRE    CxENERALE    DE    LA   CHINE 

chariots,  et  ne  rencontra  que  des  sépultures  de  Comaiis; 
au  cours  de  ce  voyage,  il  reçut  la  visite,  la  veille  de  la  Pen- 
tecôte, d'Alains,  que  les  Tartares  appellent  Acias,  ou  Akas, 
qui  sont  «  Chrétiens  à  la  Grecque,  ont  le  langage  Grec,  et 
des  prêtres  Grecs,  et  cependant  ne  sont  point  schisma tiques, 
comme  les  Grecs,  mais  sans  acception  de  personne,  ils  ho- 
norent toutes  sortes  de  gens,  faisant  profession  du  Chris- 
tianisme 1.  »  Nous  aurons  l'occasion  de  reparler  des  Alains. 
Guillaume  franchit  le  grand  fleuve  de  Tanais,  «  qui  fait  la 
borne  de  l'Europe  et  de  l'Asie,  comme  le  Nil  est  celle  de 
l'Asie  et  de  l'Afrique  ^  »,  et  qui  est  large  comme  la  Seine  à 
Paris. 

Au  camp  de  Sartach,  où  il  arriva  le  31  juillet,  interrogé 
par  un  haut  fonctionnaire  nestorien  nommé  Coyat,  qui  lui 
demande  quel  était  le  plus  grand  Seigneur  entre  les  Francs, 
ou  Chrétiens  occidentaux,  Guillaume  répondit  que  c'était 
l'Empereur;  son  interlocuteur  lui  rétorqua  que  non,  que 
c'était  plutôt  le  roi  de  France  dont  il  avait  entendu  parler 
par  Baudouin  de  Hainaut,  chevalier  au  service  de  l'em- 
pereur Baudouin  de  Constantinople,  qui  avait  épousé  une 
princesse  comane  et  était  venu  à  Kara  Koroum,  et  par  un 
Templier,  qui  avait  été  à  Ch3/pre,  qui  se  trouvait  à  la  Cour 
et  entendait  le  syriaque,  le  turk  et  l'arabe.  Les  moines  revê- 
tus de  leurs  ornements  sacerdotaux  furent  reçus  le  i^^  août 
1253,  jour  de  Saint  Pierre  aux  Liens,  par  Sartach,  qui  passait 
pour  Chrétien  ;  dans  tous  les  cas,  il  tenait  auprès  de  lui,  nous 
dit  le  voyageur, .  «  des  Prêtres  Nestoriens,  qui  chantaient 
leur  office,  et  faisaient  autres  dévotions  à  leur  mode  »;  ils  lui 
présentèrent  les  lettres  dont  ils  étaient  porteurs;  ils  furent 
dispensés  des  génuflexions  qu'eurent  à  accomplir  le  clerc  et 
l'interprète;  pendant  les  quatre  jours  que  nos  voyageurs 
demeurèrent  à  la  Cour  de  Sartach,  on  ne  leur  donna  ni  à 
manger  et  à  boire  qu'un  peu  de  koumis.  Sartach,  n'ayant 
pas  les  pouvoirs  nécessaires  pour  répondre  au  message  de 
saint  Louis,  ordonna  à  Guillaume  de  se  rendre  à  la  Cour  de 
son  père  Batou.  Guillaume  fut  reçu  en  audience  par  ce 

1.  Bergeron,  col.  24. 

2.  L.  c,  col.  28. 


Li:S    MONGOLS  4OI 

dernier  qui  lui  déclara  n'avoir  pas  le  pouvoir  de  lui 
accorder  ce  que  demandait  le  Roi,  c'est-à-dire  de  résider 
parmi  les  Tartares,  et  c}u'il  était  nécessaire  qu'il  se  rendît 
à  la  Cour  du  (irand  Khan  Mangkou  ;  les  voyageurs  suivirent 
Bat  ou  quelques  jours  le  long  de  la  Volga;  ils  rencontrèrent 
«  certains  Hongrois  qui  avaient  été  Clercs,  et  dont  l'un 
d'eux  savait  encores  beaucoup  de  chants  d'Eglise  par  cœur, 
et  les  autres  Hongrois  le  prenaient  pour  un  Prêtre,  et  le 
faisaient  venir  au  service  de  leurs  morts  :  un  autre  était 
assez  bien  instruit  en  la  Grammaire,  et  entendait  tout  ce 
(\ue  nous  disions  en  Latin,  mais  il  ne  savait  pas  bien  ré- 
pondre. Ces  bonnes  gens  nous  furent  d'une  grande  conso- 
lation, nous  donnant  du  Cosmos  à  boire,  et  quelquefois  de 
la  chair  à  manger.  Ils  nous  demandèrent  quelques  livres, 
mais  nous  n'en  avions  point  à  donner,  car  il  ne  nous  était 
resté  que  notre  Bible  et  notre  Bréviaire;  de  sorte  que  je  fus 
fort  centriste  de  ne  pouvoir  satisfaire  à  leur  désir;  je  leur 
dis,  que  s'ils  me  voulaient  donner  du  papier,  je  leur  écrirais 
beaucoup  de  choses  tant  que  nous  serions  là  ;  ce  qu'ils  firent, 
et  je  leur  écrivis  tout  l'Office  de  la  Vierge,  et  celui  des  morts. 
Un  certain  jour  un  Coman  se  joignit  à  nous  qui  nous  salua 
en  paroles  latines.  Je  lui  rendis  son  salut,  m' étonnant 
fort  de  cette  rencontre,  et  lui  demandai  de  qui  il  avait 
appris  cette  langue;  il  me  répondit  qu'il  avait  été  bâ- 
tisé  en  Hongrie  par  un  de  nos  Frères,  qui  lui  avait  appris 
le  latin.  Il  nous  dit  aussi,  que  Batou  s'était  fort  enquis 
de  lui  qui  nous  étions,  et  qu'il  le  lui  avait  comté  au 
long  tout  ce  qui  regardait  notre  Ordre,  et  nos  Statuts  i.  » 
On  leur  donna  un  guide  et  ils  se  mirent  en  route  pour  se 
rendre  chez  Mangkou;  au  cours  du  voyage,  les  voyageurs 
souffrirent  cruellement  de  la  faim,  de  la  soif,  du  froid  et 
de  la  fatigue.  Ils  passèrent  par  Cailac,  qu'ils  quittèrent  le 
30  novembre,  et  ils  arrivèrent  le  27  décembre  1253  à  la 
Cour  de  Mangkou,  où  ils  rencontrèrent  des  ambassadeurs 
de  Vastace,  c'est-à-dire  Jean  Ducas  Vataces,  ou  Jean  III, 
empereur  à  Nicée  de  1222  à  1255.  Guillaume  et  ses  com- 
pagnons furent  reçus  le  4  janvier  1254  en  audience  par 

I.  Bergeron,  col.  45-46. 


402  HISTOIRE   GÉNÉRALE   DE   LA   CHINE 

le   Grand  Khan,   dont  notre   voyageur  trace  le  portrait 
suivant  : 

«  Le  grand  Cham  était  assis  sur  un  petit  lit,  vêtu  dune 
riche  Robe  fourrée,  et  fort  lustrée,  comme  la  peau  d'un 
veau  marin.  C'était  un  homme  de  moyenne  stature,  d'un 
nez  un  peu  plat  et  rabatu,  âgé  d'environ  45  ans.  Sa  femme, 
qui  était  jeune,  et  assez  belle,  était  assise  auprès  de  lui,  avec 
une  de  ses  filles,  nommée  Cyrina,  prête  à  marier,  et  assez 
laide,  avec  plusieurs  autres  petits  enfants,  qui  se  reposaient 
sur  un  autre  lit  proche  de  là.  Ce  Palais  où  ils  étaient,  appar- 
tenait à  une  Dame  chrétienne,  que  Mangkou  avait  fort 
aimée,  et  dont  il  avait  eu  cette  grande  fille,  et  l'avait  épousée, 
nonobstant  qu'il  eut  cette  autre  jeune  femme  :  tellement 
que  cette  fille  était  Dame  et  Maîtresse  de  ce  Palais,  et  com- 
mandait à  tous  ceux  de  ce  Palais,  qui  avait  appartenu  à 
sa  Mère  1.  « 

Guillaume  rencontra  à  la  Cour  une  femme  de  Metz,  en 
Lorraine,  nommée  Pasca  ou  Paquette,  qui  avait  été  prise 
en  Hongrie,  s'était  mariée  à  un  Russe,  bon  architecte,  dont 
elle  avait  eu  trois  enfants  ;  il  apprit  par  elle  qu'il  y  avait  à 
Kara  Koroum  : 

«  Un  Orfèvre  Parisien,  nommé  Guillaume  Boucher, 
dont  le  Père  s'appellait  Laurens,  et  qu'elle  croyait  qu'il 
avait  encore  un  frère  nommé  Roger,  qui  demeurait  sur 
le  grand  Pont  à  Paris.  Elle  nous  dit  de  plus,  que  cet  Orfèvre 
avait  amené  avec  lui  un  jeune  Garçon  qu'il  tenait  comme 
son  fils,  et  qui  était  un  très  bon  Interprète.  Que  Mangkou 
Khan  avait  donné  une  grande  quantité  d'argent  à  cet  Or- 
fèvre, savoir  quelque  trois  cents  Jascots  en  leur  manière 
de  parler,  qui  valent  trois  mille  marcs,  avec  cinquante 
ouvriers,  pour  lui  faire  une  grande  pièce  d'ouvrage  :  qu'elle 
craignait  à  cause  de  cela  qu'il  ne  lui  pût  envoyer  son  fils; 
d'autant  qu'elle  avait  ouï  dire  à  quelques-uns  de  la  Cour, 
que  ceux  qui  venaient  de  notre  pays  étaient  tenus  gens  de 
bien,  et  que  Mangkou  Khan  se  plaisait  fort  de  parler  avec 
eux,  mais  qu'ils  manquaient  d'un  bon  truchement;  ce  qui 
la  mettait  en  peine  à  nous  en  trouver  un  qui  fût  tel  qu'il 

I.  Bergeron,  col.  71. 


LES   MONGOLS  403 

fallait.  Sur  cela  j'écrivis  à  cet  Orfèvre  pour  lui  faire  savoir 
notre  arrivée  en  ce  Pais  là,  et  que  si  sa  commodité  le  lui 
permettait,  il  nous  voulut  faire  le  plaisir  de  nous  envoyer 
son  fils,  qui  entendait  fort  bien  la  langue  du  pays.  Mais  il 
nous  manda  qu'il  ne  pouvait  encore  nous  l'envoyer  de  cette 
Lune  là,  et  que  ce  serait  à  la  suivante,  que  son  ouvrage 
serait  achevé  1.  » 

Guillaume  rencontre  aussi  un  Chrétien  de  Damas  «  qui 
se  disait  avoir  été  envoyé  par  le  Soudan  de  Montréal,  et  de 
Crac,  qui  désirait  se  rendre  ami  et  tributaire  des  Tartares  »  ^ 
L'année  précédente  un  certain  Clerc  d'Acre,  Raimond  ou 
TnKODOLUS,  qui  avait  voyagé  avec  le  frère  André  depuis 
Chypre  juscju'à  la  Perse,  intrigua  près  du  Khan  qui  l'en- 
voya en  mission  vers  le  Roi  de  France  et  le  Pape,  mais 
^'astace  ayant  démasqué  l'imposteur,  celui-ci  fut  jeté  en 
prison;  un  moine  arménien  Sergius  annonça  à  Guillaume 
qu'il  devait  baptiser  Mangkou  à  l'Epiphanie  et  notre  moine 
ne  manqua  pas  de  lui  demander  de  faire  en  sorte  qu'il  put 
être  présent  à  la  cérémonie.  Les  aventuriers  ne  manquaient 
pas  à  la  Cour  du  Grand  Khan. 

Guillaume  recueille  les  renseignements  suivants  sur  la 
Chine  :  «  Le  grand  Cathay,  où  habitaient  anciennement, 
comme  je  crois,  ceux  que  l'on  apelloit  Seras  »  *,  remarque 
importante,  car  Guillaume  est  ainsi  le  premier  voyageur 
d'occident  qui  identifie  l'ancienne  Sérique  avec  le  Cathay  : 

)'  Un  jour  je  fus  acosté,  dit-il,  par  un  certain  Prêtre  du 
Cathay,  vêtu  de  rouge  [sans  doute  un  lama  tibétain],  et  lui 
ayant  demandé  d'où  venait  la  belle  couleur  qu'il  portait, 
il  me  dit  qu'aux  parties  orientales  du  Cathay,  il  y  avait  de 
grands  rochers  creux,  où  se  retiraient  certaines  créatures, 
qui  avaient  en  toutes  choses  la  forme  et  les  façons  des 
hommes,  si  non  qu'elles  ne  pouvaient  pUer  les  genoux,  mais 
elles  marchaient  ça  et  là,  et  allaient  je  ne  sai  comment  en 
sautant;  qu'ils  n'étaient  pas  plus  hauts  qu'une  coudée,  et 
tous  couverts  de  poil,  habitant  dans  des   cavernes,  dont 

1.  L.  ccol.  74-75. 

2.  L.  c,  coL  75. 

3.  L.  c,  col.  59. 


404  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

personne  ne  pouvait  approcher;  que  ceux  qui  vont  pour 
les  prendre  portent  des  boissons  les  plus  fortes  et  eny- 
vrantes  qu'ils  peuvent  trouver;  font  des  trous  dans  les 
rochers  en  façon  de  coupes  ou  bassins,  où  ils  en  versent 
pour  les  attirer.  Car  au  Cathay  il  ne  se  trouvait  point  encore 
de  vin,  mais  aujourd'hui  ils  commencent  à  y  planter  des 
vignes,  et  font  leur  ordinaire  boisson  de  ris. 

')  Ces  chasseurs  donc  demeurant  cachez,  ces  animaux 
ne  voyant  personne,  sortaient  de  leurs  trous,  et  venaient 
tous  ensemble  goûter  de  ce  breuvage,  en  criant  Chin-Chin 
(dont  on  leur  a  donné  le  nom  de  Chin-Chin)  et  en  devenaient 
si  ivres,  qu'ils  s'endormaient;  les  chasseurs  survenants  là 
dessus,  les  attachaient  pieds  et  mains  ensemble,  leur  tirant 
trois  ou  quatre  gouttes  de  sang  de  dessous  la  gorge,  puis 
les  laissaient  aller.  C'est  de  ce  sang-là,  dont  il  me  dit,  qu'ils 
teignaient  cette  écarlate,  ou  pourpre  si  précieux  i.  Ce  même 
Prêtre  m'assurait  aussi  une  chose,  que  je  ne  croyais  pas 
toutefois  volontiers,  qu'au  de  là  et  bien  plus  avant  que  le 
Cathay,  il  y  a  une  Province  où  les  Hommes  en  quelque  âge 
qu'ils  soient,  demeurent  toujours  en  ce  même  âge  qu'ils  y 
entrent  jusqu'à  ce  qu'ils  en  sortent. 

»  Le  Cathay  aboutit  au  grand  Océan,  et  Guillaume  Pari- 
sien me  contait  de  certains  Peuples,  nommez  Taute,  et 
Manse,  qui  habitent  dans  des  Isles,  et  dont  la  Mer  d'alen- 
tour est  gelée  en  Hiver,  si  bien  qu'alors  les  Tartares  les 
peuvent  aller  envahir  aisément  par  le  moyen  des  glaces. 
Qu'ils  avaient  envoyé  des  Ambassadeurs  au  Khan  lui  offrir 
2.000  tuman  de  Jascots  de  tribut  par  an,  pour  les  laisser 
vivre  en  paix. 

»  La  monnaie  commune  de  Cathay  est  faite  de  papier  de 
coton,  grande  comme  la  main,  et  sur  laquelle  ils  impriment 
certaines  lignes  et  marques  faites  comme  le  sceau  du  Khan. 
Ils  écrivent  avec  un  pinceau  fait  comme  celui  des  Peintres, 
et  dans  une  figure  ils  font  plusieurs  lettres  et  Caractères, 
comprenant  un  mot  chacun  [c'est  la  plus  ancienne  mention 
de  l'écriture  chinoise  par  un  écrivain  occidental].  Ceux  du 
Pays  de  Thébeth  écrivent  comme  nous,  de  la  gauche  à  la 

I.  Voir  RocKHiLL,  Rubruck,  p.  200.  v 


LES   MONGOLS  405 

droite,  et  usent  de  caractères  à  peu  près  semblables  aux 
nôtres.  Ceux  de  Tanguth  écrivent  de  la  droite  à  la  gauche, 
comme  les  Arabes,  et  en  montant  en  haut  multiplient  leurs 
lignes.  Les  Jugures  écrivent  de  haut  en  bas.  Pour  les  Rus- 
siens,  la  monnaie  qui  a  cours  entr'eux,  est  de  petites  pièces 
de  cuir,  marquetée  de  couleurs  i.  » 

Guillaume  nous  décrit  les  usages  des  Tarrares;  par  le  fils 
de  Guillaume  l'Orfèvre  il  apprend  que  ce  dernier  avait  fait 
pour  Mangkou,  «  un  grand  arbre  d'argent,  au  pied  duquel 
étaient  quatre  lions  aussi  d'argent,  ayant  chacun  un  canal 
d'où  sortait  du  lait  de  jument.  Les  quatre  pipes  étaient 
cachées  dans  l'arbre,  montant  jusqu'au  sommet,  et  de  là 
s'écoulans  en  bas.  Sur  chacun  de  ces  muids  ou  canaux 
il  y  avait  des  serpens  dorés,  dont  les  queues  venaient  à  en- 
vironner le  corps  de  l'arbre.  De  l'une  de  ces  pipes  coulait 
du  vin,  de  l'autre  du  Caracosmos,  ou  Lait  de  jument  puri- 
fié, de  la  troisième  du  B<7//,  ou  boisson  faite  de  miel,  et  delà 
dernière  de  la  Teracine  faite  de  ris  [tarassoim,  cervoise  de 
riz].  Au  pied  de  l'arbre,  chaque  boisson  avait  son  vase  d'ar- 
gent pour  la  recevoir.  Entre  ces  quatre  canaux  tout  au 
haut  était  un  ange  d'argent,  tenant  une  trompette;  et 
au-dessous  de  l'arbre  il  y  avait  un  grand  trou,  où  un  Homme 
se  pouvoit  cacher,  avec  un  conduit  assez  large  qui  montait 
par  le  miheu  de  l'arbre  jusqu'à  l'Ange.  Ce  Guillaume  y  avait 
fait  au  commencement  des  soufflets  pour  faire  sonner  la 
trompette,  mais  cela  ne  donnait  pas  assez  de  vent  ^.  » 
Arrivé  quelque  temps  après  à  Kara  Koroum.le  5  avril  1254, 
notre  voyageur  fut  invité  à  souper  par  l'orfèvre,  dont  la 
femme  était  sarrazine,  née  en  Hongrie,  qui  parlait  bon 
français  et  coman;  lui-même  avait  été  capturé  par  les  Tar- 
tares  à  Belgrade,  où  était  aussi  un  évêque  normand  de 
Belle\411e,  près  de  Rouen,  avec  un  neveu  que  Rubrouck  vit 
à  Kara  Koroum;  l'orfèvre  prisonnier  avait  été  demandé  par 
la  mère  de  Mangkou  et,  à  la  mort  de  cette  princesse,  était 
passé  au  service  de  Arikbougha,  frère  utérin  du  Grand  Khan, 
qui  le  réclama  lorsqu'il  connut  ses  talents  d'orfèvre.  Ru- 

1.  Bergeron,  col.  90-91. 

2.  Bergeron,  col.  97. 


406  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE   LA   CHINE 

brouck  rencontre  aussi  un  nommé  Basile,  né, en  Hongrie, 
mais  fils  d'un  Anglais,  parlant  également  les  langues  de  ses 
deux  pays  d'origine.  L'orfèvre  fit  un  fer  à  hosties  pour 
notre  moine.  Naturellement  des  conférences  furent  tenues 
au  cours  desquelles  Rubrouck  et  les  représentants  des  au- 
tres sectes  religieuses,  en  particulier  les  Tuiniens  ^  discutè- 
rent les  mérites  respectifs  de  leur  doctrine.  Enfin  reçu  en 
audience  par  le  Grand  Khanle  24  mai,  porteur  des  lettres 
de  Mangkou  pour  saint  Louis  «  écrites  en  langue  mongole, 
mais  en  caractères  ouighours  »,  Rubrouck  partit  de  Kara 
Koroum  le  18  août  1254,  laissant  Barthélémy  de  Crémone 
chez  les  Mongols,  pour  aller  chez  Batou  (16  sept.  1254),  où 
il  retrouva  ses  gens  et,  de  là,  à  Sarai,  Derbent  (17  nov.),  Ani, 
etc.,  traversa  l'Euphrate,  passa  à  Sébaste  (Sivas),  Césarée 
de  Cappadoce,  Konieh,  se  rendit  en  Chypre  (16  juin 
1255),  à  Antioche  (29  juin  1255),  puis  à  Tripoli  (août  1255), 
et  a3'ant  reçu  de  son  Supérieur  l'ordre  de  résider  à  son 
couvent  d'Acre,  ne  lui  permettant  pas  d'aller  saluer  le  Roi 
de  France,  Guillaume  adresse  à  ce  dernier  la  relation  de  son 
voyage,  qu'il  fait  porter  par  Gozet. 

A  l'époque  de  la  visite  des  ambassadeurs  d'Iltchigataï  à 
Nicosie,  le  roi  de  Chypre,  Henri  de  Lusignan,  et  le  comte 
de  Joppé,  présentèrent  à  saint  Louis  une  lettre  écrite  par 
Sempad  Connétable  d'Arménie,  de  la  famille -des  princes 
héthoumiens  de  Lampron.  Al'avènement  de  Kouyouk,  Grand 
Khan  des  Mongols  (1246),  le  roi  Hethoum  envoya  en  am- 
bassade son  frère  aîné  Sempad  vers  ce  prince,  pour  le  com- 
plimenter, renouveler  son  hommage  et  solliciter  la  restitu- 
tion de  plusieurs  villes  que  les  sultans  d'Iconium  avaient 
enlevées  aux  Arméniens.  Kouyouk  accueillit  Sempad  avec 
bienveillance,  lui  remit  un  diplôme  par  lequel  il  assurait 
le  roi  d'Arménie  de  sa  protection  et  de  son  amitié,  et  don- 
nait à  Sempad  le  gouvernement  des  villes  réclamées.  A  son 
retour,  le  Connétable  s'arrêta  auprès  de  Batchou-Noyan, 
général  en  chef  des  Tartares,  dans  la  Perse  et  l'Arménie,  et 
auquel  était  adressé  le  rescrit  de  Kouyouk,  et  confié  la 
mission  de  le  faire  exécuter.  Cet  officier  reçut  Sempad  avec 

I.  Voir  Cathay  and  the  Way  thither,  III,  p.  93. 


LES   MONGOLS  407 

empressement  et  distinction,  et  le  congédia  après  lui  avoir 
donné  toute  satisfaction  1.  » 

"  A  très  haut  et  puissant  houme  monseigneur  Henry, 
par  la  grâce  de  Die,  roy  de  Chipre,  et  a  sa  chiere  suer  Emme- 
line  la  royne,  et  a  noble  houme  Jehan  de  Hibelin  son  frère, 
li  connoitables  de  Ermenie  salut  et  arnour.  Sachiés  que  au?si 
comme  je  me  esmui  la  ou  vous  savés  pour  Dieu  et  pour  le 
profit  de  la  foy  crestienne,  tout  aussinc  Nostre  Sires  ma 
conduit  sain  et  sauf  jusques  a  une  ville  que  on  appelle  Sau- 
tequant  ;  moût  terres  estranges  ay  veues  en  la  voie.  Ynde 
lessames  derrier  nous  ;  par  le  royaume  de  Baudas  passâmes, 
et  meimes  IL  moys  a  passer  toute  la  terre  de  ce  ro^'aume; 
moult  de  citez  veimes  que  li  Tartarin  avoient  gastees,  des- 
queles  nus  ne  pourroit  dire  la  grandesse  ne  la  richesse  dont 
eles  estoient  plainnes.  Nous  veimes  aucunes  villes  grans 
par  lespasse  de  IIL  journées,  et  plus  de  c.  monciaus  grans 
et  merveillieus  des  os  de  ceus  que  li  Tartarin  avoient  ocis 
et  tué;  et  se  la  grâce  de  Dieu  neust  amené  les  Tartarins 
pour  ocirre  les  paiens,  il  eussent  destruit,  si  comme  nous 
pouons  veoir,  la  terre  toute  deçà  la  mer.  Nous  trespassames 
L  grant  fleuve  qui  vient  de  paradis  terrestre,  ca  non  Gyon, 
duquel  les  arènes  durent  dune  part  et  dautre  part  lespasse 
dune  grant  journée.  Si  sachiés  que  des  Tartarins  est  si  grant 
plentez,  que  il  ne  pueent  estre  nombrez  par  homme  ;  il  sont 
bon  archier,  et  ont  laides  faces  et  diverses;  ne  je  ne  vous 
pourroie  dire  ne  descrire  la  manière  dont  il  sont.  Bien  a 
passé  Vm.  moys  que  nous  ne  finames  derrcr  par  nuit,  et 
encore  ne  soumes  pas  ou  milieu  de  la  terre  Cham  le  grant  roi 
des  Tartarins.  Si  avons  entendu  pour  certaine  choze,  que 
puisque  Cham  li  roys  des  Tartarins,  pères  dicelui  Cham 
qui  règne  maintenant,  fu  trespassez,  que  li  baron  et  les 
che\'aliers  des  Tartarins  qui  estoient  par  divers  lieus, 
mistrent  bien  par  lespasse  de  V.  ans  a  assambler  pour  cou- 
ronner le  roy  Cham  qui  maintenant  règne,  et  apainnes 
porent  estre  assamblé  en  I.  heu.  Aucuns  de  eulz  estoient 
en  Inde  et  en  Chatha,  et  li  autre  en  Roussie  et  en  la  terre  de 
Cascat,  qui  est  la  terre  dont  li  roy  furent  qui  \indrent  en 

I.   Hist.  des  Croisades,  Doc.  Arméniens,  I,  p.  605. 


408  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Jherusalem  aourer  Nostre  Seigneur;  et  sont  les  gens  de 
celle  terre  crestiens.  Je  fui  en  leur  eglizes,  et  vi  la  figure  de 
Jhesu  Crist  paint,  comment  li  troy  roy  li  offrirent  or,  mirre 
et  encens.  Par  ces  trois  roy  s  tindrent  et  orent  prumierement 
cil  de  Tangat  la  foy  crestienne,  et  par  aulz  sont  maintenant 
Cham  li  roys  des  Tartarins  et  sa  gent.  Devant  leur  portes 
sont  les  eglizes,  la  ou  on  sonne  les  cloches  selonc  les  Latins, 
et  tables  selonc  la  manière  des  Grieus  ;  et  va  on  prumier- 
ment  saluer  Nostre  Seigneur  au  matin,  puis  après  Cham 
en  son  palais.  Nous  avons  trouvé  moult  de  crestiens  dispers 
et  espandus  par  la  terre  dOrient,  et  moult  de  eglizes  hautes 
et  bêles,  anciennes,  qui  ont  esté  gastees  par  les  Tartarins 
avant  quil  f  eussent  crestien  ;  dont  il  est  avené  que  li  crestien 
dOrient,  qui  estoient  espandu  par  divers  lieus,  sont  venu 
au  roy  Cham  des  Tartarins  qui  maintenant  règne,  et  a 
painnes  porent  estre  assamblé  en  un  lieu,  lesquels  il  a  receu 
a  grant  honneur  et  leur  a  donné  franchize,  et  fait  crier 
partout  que  nulz  ne  soit  si  hardis  qui  les  courouce,  ne  de 
fait,  ne  de  paroles.  Et  pourceque  Nostres  Sires  Jhesu 
Christ  navoit  en  ces  parties  qui  prestat  pour  lui  son  non, 
il  meismes  par  ces  saintes  vertus  que  il  a  demonstré  et 
preschié  en  tele  manière  que  les  gens  croient  en  lui.  En  la 
terre  dinde  que  saint  Thoumas  converti  a  la  foy  crestienne, 
avoit  I.  roy  crestien  entre  les  autres  Sarrasins,  queli  Sarrasin 
avoient  moult  de  maus  fays  et  de  griés,  jusques  a  tant  que 
Tartarin  vindrent  qui  pristrent  sa  terre  en  leur  main,  et  en 
fu  leur  honc  ;  il  assambla  son  ost  avec  lost  des  Tartarins 
et  entra  en  Inde  contre  les  Sarrasins,  et  conquit  tant  que 
toute  sa  terre  est  plainne  desclaves  et  de  gens  indes  ;  et  de  ces 
esclaves  je  vis  plus  de  V.  C.  mil,  que  li  roys  commanda  a 
vendre.  Si  sachiés  que  li  papes  a  envoie  au  roy  Cham  des 
Tartarins,  messages  pour  savoir  se  il  estoit  crestiens,  et 
pourquoy  il  avoit  envoie  sa  gent  pour  ocirre  et  tuer  les 
crestiens  et  le  peuple.  A  ce  respondi  li  roys  Cham,  que  nostre 
Sires  Diex  avoit  mandé  a  ses  devanciers  ayeulz  et  bezaieulz, 
quil  envolassent  leur  gens  pour  occirre  et  pour  destruire 
les  mauvaizes  gens.  Et  a  ce  qui  li  papes  li  manda  se  il  estoit 
crestiens,  il  respondi  que  ce  savoit  Diex;  et  se  li  papes 


LES   MONGOLS  409 

le  vouloit  savoir,  se  vient  en  sa  terre  et  veit  et seut comment 
il  est  des  Tartarins  ^  » 

Dans  sa  Chronique,  Sempad  écrit  à  la  date  697  de  l'ère 
arménienne  (ig  janvier  1248-17  janvier  1249)  :  «  Moi,  le 
connétable  Sempad,  je  me  rendis  chez  les  Tartares  »;  et 
à  la  date  de  6gg  (18  janvier  1250-17  janvier  1251)  :  «  Je  re- 
vins auprès  de  mon  frère  le  roi  Hethoum.  »  Sa  lettre  est  de 
Samarkande,  7  février  1248.  Sempad  mourut  âgé  de  68  ans, 
en  1276,  à  Sis,  d'une  blessure  au  pied  qu'il  avait  reçue  en 
poursuivant  les  Turkmènes  qui  avaient  envahi  la  Cilicie 
près  de  Marach. 

Le  frère  de  Sempad,  Hethoum  1er,  flis  de  Constantin,  i.e  roi 
seigneur  de  Padserpert,  descendant  de  Roupen,  était  roi  Hethoum 
de  la  Petite  AiTnénie  (Cilicie)  depuis  1224,  résidant  à  Sis  ; 
il  était  monté  sur  le  trône  par  son  mariage  avec  Isabelle 
(Zabel),  fille  du  roi  Léon  II,  mort  sans  autre  enfant.  Lorsque 
Mangkou  fut  proclamé  Grand  Khan,  avec  l'appui  de  Batou, 
sur  l'invitation  de  ce  dernier,  Hethoum  se  décida  à  rendre 
visite  aux  Mongols.  Sans  entrer  dans  le  détail  de  son 
voyage,  disons  que,  ayant  passé  par  les  camps  de  Sartach 
et  de  Batou,  traversé  les  pays  des  Kara  K'i  Taï  et  des  Naï- 
mans,  le  13  septembre  1254,  le  roi  delà  Petite  Arménie  vit 
dans  son  camp,  près  de  Kara  Koroum,  où  il  arriva  un  mois 
après  le  départ  de  Guillaume  de  Rubrouck,  Mankgou 
«  siégeant  brillant  de  gloire,  et  lui  ofïrit  ses  présents.  Le  roi 
fut  honoré  de  lui  selon  son  rang,  et  il  resta  dix  jours  chez 
son  fils.  On  lui  donna  un  diplôme  revêtu  d'un  sceau  pour 
que  personne  ne  pût  l'inquiéter,  ni  lui  ni  son  pays;  on  lui 
donna  aussi  une  lettre  d'affranchissement  pour  les  églises 
de  son  royaume  2.  »  Hethoum  quitta  la  cour  mongole  le 
ler  novembre;  il  passa  à  Bich  Baliq  «  et  dans  un  pays  désert 
où  l'on  trouve  des  hommes  sauvages  nus,  n'ayant  que  du 
Clin  sur  la  tête;  les  mamelles  de  leurs  femmes  sont  extrê- 
mement amples  et  pendantes.  Ce  sont  de  véritables  brutes, 

1.  Vie  de  saint  Louis  par  Guillaume  de  Xangis,  Hist.  des  Gaules 
et  de  la  France,  XX,  pp.  361-363.  Dans  les  Doc.  Arméniens  du  t.  I, 
des  Hist.  des  Croisades,  il  est  dit,  p.  606,  qu'elle  porte  la  date  de   1243. 

2.  7.  As.,  1833,  p.  279. 


410  HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 

On  y  trouve  aussi  des  chevaux  sauvages  de  couleur  jaune 
et  noire;  ils  sont  plus  grands  que  les  chevaux  ordinaires  et 
les  ânes  ;  il  y  a  également  des  chameaux  sauvages  qui  ont 
deux  bosses  i.  »  De  là  Hethoum  passa  à  Al  Maliq  et  à  Ili 
Baliq,  qui  n'existe  plus;  il  est,  à  notre  connaissance,  le  seul 
voyageur  du  Moyen  âge  qui  cite  ces  deux  villes  à  la  fois; 
il  traversa  le  Djihoun  et  «huit  mois  après  avoir  quitté 
Mangkou  Khan,  Hethoum  revint  aux  limites  de  l'Arménie, 
l'an  704  des  Arméniens,  ou  [juillet]  1255  de  J.-C.  »  Le  roi 
abdiqua  en  1269,  en  faveur  de  son  fils  Léon  III,  puis  peu 
de  temps  après  il  se  fit  moine  sous  le  nom  de  Macaire. 
La  relation  du  voyage  du  roi  Hethoum  a  été  écrite  en  armé- 
nien par  KiRAKOS  Gansaketsi  2. 

Un  autre  Hethoum,  prince  de  Gorigos,  fut  exilé  de  la 
Petite  Arménie  en  1305,  se  retira  à  Chj^pre  et  devint 
moine  prémontré  à  l'abbaye  de  Lapais;  arrivé  en  France 
probablement  à  la  fin  de  1306,  sur  l'ordre  de  Clément  V  il 
dicta  en  français  à  Poitiers,  en  août  1307,  à  Nicolas  Fal- 
con,  deToul,  son  ouvrage  Fleurs  des  Histoires  d'Orient,  qui 
contient  un  chapitre  intéressant  sur  le  royaume  de  Cathay  : 
«  tenu  por  le  plus  noble  roiaume  e  por  le  plus  riche  qui  soit 
eu  monde,  e  est  sur  le  rivage  delà  mer  Occeane  ».  Hethoum 
retourna  à  Chypre  le  6  mai  1308  avec  une  lettre  du  Pape 
au  Prince  de  Tyr  au  sujet  des  Templiers,  rentra  dans  son 
pays,  où  il  mourut  après  1314,  après  avoir  été  nommé  con- 
nétable. 

1.  /.  As.,  l.  c,  pp.  280-281. 

2.  Voir  les  traductions  dans  la  Bibliotheca  Sinica. 


CHAPITRE  XXIV 

Les    Mongols    :   Missionnaires  et    Voyageurs  étrangers 
(suite  et  fin). 

EN  réalité  le  fondateur  de  la  mission  de  Chine  fut 
Jean  de  Moxte-Corvino,  né  dans  le  petit  village 
de  ce  nom,  soit  près  de  Salerne,  soit  près  de  Lucera, 
vers  1247;  on  le  trouve  mentionné  pour  la  première  fois 
comme  envoyé,  déjà  franciscain,  en  1272,  par  l'Empereur 
Michel  Paléologue  au  pape  Grégoire  X,  pour  porter 
une  communication  relative  à  l'union  de  l'Église  grecque 
avec  celle  de  Rome.  En  1289,  Nicolas  IV  (1288-1292) 
l'envoya  en  Chine  avec  des  lettres  pour  Arghoun  Khan  en 
Perse,  le  Roi  et  la  Reine  de  Petite  Arménie,  le  Patriarche 
des  Jacobites  et  évêque  de  Tauris,  le  Grand  Khan  K'oublaï 
lui-même,  et  l'adversaire  de  ce  dernier,  Kaidou  du  Tur- 
kestan.  Nous  apprenons  par  une  lettre  de  Monte-Corvino, 
datée  de  Khan-Baliq,  8  janvier  1305, qu'il  était  resté  seul  au 
Cathay  pendant  onze  ans,  et  que,  deux  ans  avant  sa  lettre, 
un  frère  Arnold,  de  Cologne,  était  venu  le  rejoindre; 
il  serait  donc  arrivé  en  Chine  en  1292,  c'est-à-dire  avant  la 
mort  de  K'oublaï.  Ces  chiffres  ne  concordent  pas  tout  à  fait 
avec  le  reste  de  sa  lettre,  puisqu'il  nous  dit  qu'il  quitta 
Tauris  en  1291,  qu'il  séjourna  treize  mois  aux  Indes  dans 
l'église  de  Saint-Thomas  (Méliapour),  où  il  perdit  son 
compagnon  de  voyage,  le  dominicain  Nicolas  de  Pistoie. 
Jean  nous  dit  qu'il  présenta  la  lettre  du  Pape  au  Grand 
Khan  qui  lui  lit  bon  accueil  quoiqu'il  l'eût  invité  à  embras- 
ser la  foi  catholique.  Il  eut  beaucoup  à  souffrir  des  mauvais 
procédés  des  Nestoriens;  surmontant  néanmoins  toutes  les 
difficultés,  en  six  ans  il  construisit  une  église  à  Khan-Baliq, 
y  ajouta  une  tour  dans  laquelle  il  plaça  trois  cloches  ;  il  avait 
baptisé    à    cette    date    environ  6.000    personnes;    il    en 


412  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

aurait  baptise  plus  de  30.000  sans  l'hostilité  des  Nestoricns  ; 
il  avait  acheté  cent  cinquante  petits  païens  qu'il  baptisa 
et  auxquels  il  enseigna  le  grec  et  le  latin;  il  écrivit  pour  eux 
des  psautiers,  trente  recueils  d'hymnes  et  deux  bréviaires; 
onze  de  ces  enfants  purent  former  un  chœur  que  l'Empereur 
aimait  à  entendre.  Il  croit  que,  s'il  avait  eu  deux  ou  trois 
compagnons,  le  Grand  Khan  serait  déjà  baptisé  !  Il  y  avait 
douze  ans  qu'il  était  sans  nouvelles  d'Occident;  deux  ans 
auparavant  était  arrivé  un  médecin  lombard  qui  avait  dit 
tout  le  mal  possible  de  la  Cour  de  Rome,  des  Franciscains 
et  de  la  situation  en  Europe  en  général;  il  demande  au 
Général  de  son  ordre  de  lui  envoyer,  avec  un  Antiphonaire, 
la  Vie  des  Saints,  un  Graduel  et  un  Psautier  avec  la  musique; 
car  il  n'avait  qu'un  Bréviaire  de  poche  avec  la  lectio  brevis 
et  un  petit  missel;  il  dit  que,  quoiqu'il  n'eût  que  cinquante- 
huit  ans,  il  était  vieux  et  grisonnant,  fatigué  par  les  labeurs 
plus  que  par  l'âge;  il  connaissait  la  langue  et  les  caractères 
des  Tartares  et  avait  traduit  dans  cette  langue  le  Nouveau 
Testament  et  le  Psautier  ;  de  plus,  il  avait  un  arrangement 
avec  le  roi  George  pour  traduire  tout  le  Rituel  latin. 

Malheuseusement  ce  prince  était  mort,  laissant  un  fils 
nommé  Jean,  que  l'on  espérait  voir  suivre  les  traces  de  son 
père.  Jean  de  Monte-Corvino  ajoute  qu'il  ne  croit  pas  qu'il  y 
ait  dans  le  monde  de  roi  ou  de  prince  qu'on  puisse  comparer 
à  Sa  Majesté  le  Khan  quant  à  l'étendue  de  ses  possessions, 
le  nombre  de  leur  population,  et  la  somme  de  ses  richesses. 

Dans  une  seconde  lettre  datée  de  Khan  Baliq,  le  dimanche 
de  quinquagésime,  en  février  1306  (13  février)  et  adressée 
à  ses  Supérieurs  et  à  ses  frères  de  la  Province  de  Perse,  Jean 
de  Monte-Corvino  exprime  son  étonnement  que,  depuis  le 
temps  qu'il  réside  en  Chine,  on  n'ait  pas  reçu  de  lettre  de 
ui  et  que  lui-même  n'ait  pas  eu  de  nouvelles  de  ses  frères;, 
il  était  d'autant  plus  attristé  qu'on  avait  fait  courir  le 
bruit  de  sa  mort.  Il  raconte  qu'au  mois  de  janvier  de  l'année 
précédente,  il  avait  écrit  à  ses  frères  de  Gazaria  et  qu'il  a  ap- 
pris qu'une  copie  de  cettelettre,  qui  donnait  la  situation  de 
sa  mission,  avait  été  transmise  à  son  supérieur.  Il  avait  fait 
fabriquer  six  images  représentant  des  scènes  de  l'Ancien 


LES   MONGOLS  413 

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et  du  Nouveau  Testament  destinées  à  l'instruction  des 
ignorants,  avec  des  explications  en  caractères  latins,  tar- 
siques  et  persans;  les  auteurs  varient  sur  la  signification 
donnée  au  mot  tarsique;  je  pense  qu'il  s'agit  de  caractères 
en  estrangliclo  1.  Il  annonce  que  depuis,  son  arrivée  en  Tar- 
taric,  il  avait  baptisé  plus  de  5.000  âmes,  chiffre  moindre 
que  celui  qu'il  avait  donné  dans  sa  première  lettre.  En  1305, 
il  avait  commencé,  vis-à-vis  la  porte  du  palais  du  Grand 
Khan,  dont  elle  était  séparée  par  la  largeur  de  la  rue,  une 
nouvelle  église  sur  un  terrain  dont  lui  avait  fait  don  le 
marchand  chrétien  Pierre  de  Lucalongo,  qui  avait  été 
son  compagnon  de  voyage  depuis  Tauris;  il  y  avait  près 
d'une  lieue  entre  ses  deux  églises. 

Enfin  copie  d'une  troisième  lettre  de  Monte-Corvino  fut 
envoyée  de  Maabar  le  22  décembre  1292  ou  1293  par  le  do- 
minicain Menentillus,  de  Spolète,  au  dominicain  pisan 
Barthélémy  de  Santo-Conxordio. 

Le  succès  de  la  mission  de  Monte-Corvino  avait  été  si 
grand  qu'en  1307,  le  pape  Clément  V  lui  envoya  sept  frères 
mineurs,  ayant  rang  d'évêques,  qui  devaient  sacrer  Monte- 
Corvino  comme  archevêque  de  Khan  Baliq  et  primat  de 
tout  l'Extrême-Orient,  et  être  ses  suffragants.  Trois  de  ces 
missionnaires,  Nicolas  de  Bantra,  Pietro  de  Castello 
et  Andruzio  d'Assise  moururent  aux  Indes;  un  quatrième, 
Guillaume  de  Villeneuve,  retourna  en  Europe,  où  il 
devint  en  1325  évêque  en  Corse  et  mourut  en  1331.  Les  trois 
derniers  seuls,  André  de  Pérouse,  Gérard  et  Peregrin, 
arrivèrent  à  Pe  King,  en  1308,  où  ils  consacrèrent  en  grande 
pompe  Monte-Corvino.  Ces  missionnaires  restèrent  cinq 
ans  à  Pe  King  après  la  consécration  de  l'archevêque,  vivant 
d'un  alafa,  subvention  de  l'empereur  pour  leur  nourriture 
et  leur  habillement.  Dans  le  Fou  Kien,  où  ils  se  rendirent  à 
Zaïtoun  (Ts'iouen  Tcheou),  une  dame  arménienne  éleva  à 
ses  frais  une  grande  et  belle  église,  qui  fut  transformée  par 
Monte-Corvino  en  une  cathédrale  dont  la  généreuse  dona- 
trice pourvut  à  tous  les  frais,  et  Gérard  en  fut  le  premier 
«évêque;  quand  il  mourut,  Monte-Corvino  offrit  sa  succession 

I.  Cf.  Cathay,  III,  p.  53. 


414 


HISTOIRE    GENERALE    DE   LA   CHINE 


Evêché  de  à  André,  qui  la  déclina;  l'évêché  échut  alors  à  Peregrin,  qui 
Zaïtoun.  n-,o^|j-ut  le  7  juillet  1322;  cette  fois,  André  de  Pérouse,  qui 
avait  quitté  quatre  années  auparavant,  avec  huit  cavaliers 
fournis  par  l'empereur,  Khan  Baliq,  où  il  se  trouvait  mal 
pour  s'établir  à  Zaïtoun,  fut  bien  obligé  d'accepter  l'évêché. 
Une  lettre  d'André  datée  de  Zaïtoun,  janvier  1326,  nous 
donne  l'historique  de  cette  mission.  Du  vivant  de  Peregrin, 
il  avait  fait  construire  une  belle  église  à  une  petite  distance 
de  la  ville,  avec  les  bureaux  nécessaires  à  vingt-deux  frères 
et  quatre  appartements  suffisants  pour  un  ecclésiastique  de 
n'importe  quel  rang.  André  y  vivait  avec  Valaja  impérial, 
qui  l'avait  suivi  à  Zaïtoun  et  qui  lui  servit  en  partie  pour  la 
construction  de  son  église;  quand  il  fut  nommé  évêque, 
il  passa  une  partie  de  l'année  dans  la  résidence  urbaine  de 
la  mission.  Il  était  libre  de  prêcher  ;  il  avoue  dans  sa  lettre 
qu'il  n'avait  réussi  à  convertir  ni  juifs  ni  musulmans  et  que, 
parmi  le  grand  nombre  d'idolâtres  qu'il  avait  baptisés, 
beaucoup  ne  suivaient  pas  le  sentier  de  la  vertu  chrétienne  ; 
il  parle  des  quatre  martyrs  de  la  Tana  et  il  constate  que,  des 
évêques  envoyés  par  Clément  V,  il  était  le  seul  survivant. 
André  mourut  en  1326;  il  n'eut  qu'un  successeur,  Jacques 
DE  Florence,  qui  fut  martyrisé  en  1362  avec  frère  Guil- 
laume de  Campanie;  une  troisième  église  avait  été  cons- 
truite à  Zaïtoun,  ainsi  que  le  constata  plus  tard  Marignolli. 
Ce  n'est  pas  seulement  dans  l'Extrême-Orient  que  pros- 
péraient les  missions;  leur  importance  en  Perse  détermina 
Jean  XXII  à  créer, le  i^r  mai  1318,  un  archevêché  à  Sul- 
thanyeh,  dont  le  premier  titulaire  fut  François  de  Pérouse, 
auquel  on  donna  six  suffragants  :  Gérard  de  Calvi,  Bar- 
thélémy DE  PoDio,  Bernardin  de  Plaisance,  Bernard 
MoRETi,  Barthélémy  Abaliati  et  Guillaume  Adam, 
successeur  de  François  de  Pérouse,  le  i^r  juin  1323.  Adam 
ayant  été  transféré  à  Antivari,  son  siège  fut  donné  le 
g  août  1329  à  un  dominicain,  Jean  de  Cora,  nommé  ainsi 
d'après  une  ville  à  peu  de  distance  de  Velletri,  qui  mourut 
vers  1346;  il  y  eut  à  Sulthanyeh  quatre  archevêques  du 
nom  de  Jean,  dont  le  second  du  nom  également  dominicain, 
fut  transféré,  le  26  août  1398,  de  l'évêché  de  Nakhschiwan 


LES   MONGOLS  415 

et  fut  envoyé  en  1403  par  Timour  comme  ambassadeur  â  la 
Cour  de  Charles  VI,  roi  de  France.  A  Jean  de  Cora  est  attri- 
bué un  Estât  et  la  Gouvernance  du  Grand  Khafi  de  Cathay, 
souverain  empereur  des  Tartres,  que  nous  mentionnons  plus 
haut,  écrit  vers  1330;  il  nous  parle  ainsi  de  Jean  de  Monte 
Corvino  : 

«  En  la  ditte  cite  deCambalech,  fut  uns  archeuesques  qui 
auoit  nom  frère  iehan  du  mont  Curuin  de  lordre  des  frères 
meneurs,  et  y  estoit  legas  enuoiez  du  pappe  Clément.  Cilz 
arceuesques  fist  en  celle  cite  dessus  ditte  trois  lieux  de  frères 
meneurs  et  sont  bien  deux  lieues  loings  ly  uns  de  lautre. 
il  en  fist  aussy  deux  autres  en  la  cité  de  Racon  que  est  bien 
loings  de  Cambalech,  le  voiaige  de  trois  mois  et  est  d'en 
costé  la  mer,  esquelz  deux  lieux  furent  deux  frères  meneurs 
euesques.  Ly  uns  eut  nom  frère  Andrieu  de  paris,  et  ly 
autres  ot  nom  frère  pierre  de  Florense.  Cilz  frères  iehans 
larceuesque  conuerty  là  moult  de  gens  a  la  foy  ihesuscrist. 
Il  est  homs  de  très  honneste  vie  et  agréable  a  Dieu  et  au 
monde,  et  très  bien  auoit  la  grâce  de  lempercur.  Ly  empe- 
reres  lui  faisoit  tousiours  et  a  toute  sa  gent  aministrer  toutes 
leursneccessitezet  moult  le  amoient  tous  crestiens  et  païens. 
Et  certes,  il  eust  tout  ce  pays  converty  a  la  foy  crestienne 
et  catholique,  se  ly  Nestorin  faulx  crestiens  et  mescreans 
ne  les  eussent  empechiet  et  nuist.  Ly  dis  arceuesques  ot 
grant  paine  pour  ces  nestorins  ramener  a  la  obédience  de 
nostre  mère  sainte  église  de  romme,  sans  laquelle  obédience 
il  disoit  que  ilz  ne  pouuoient  estre  sauue.  et  pout  ceste  cause 
ces  nestorins  scismat  auoient  grant  enuie  sur  lui.  Cilz  arce- 
uesques comme  il  plot  a  Dieu  est  nouuellement  trespassez 
de  ce  siècle.  A  son  obseque  et  a  son  sépulture  vinrent  très 
grant  multitude  de  gens  crestiens  et  de  païens.  Et  desci- 
roient  ces  païens  leurs  robes  de  dueil,  ainsi  que  leur  guise 
est.  Et  ces  gens  crestiens  et  paiens  pristrent  en  grant  deuo- 
cion  des  draps  de  larceuesque,  et  le  tinrent  a  grant  révérence 
et  pour  relique.  La  fu  il  euseuelis  moult  honnourablement 
a  la  guise  des  fiable  crestiens.  Encore  uisete  on  le  lieu  de  sa 
sépulture  a  moult  grant  deuocion  ».  ^ 

I.  Nouv.  J.  As.,  1830,  VI,  pp.  68-69. 


4l6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA    CHINE 

Il  n'est  rien  moins  que  certain  que  Jean  de  Cora  soit  allé 
en  Chine.  Jourdain  Cathala  ou  de  Séverac  appartenait 
à  cette  mission  de  Sulthanyeh  et  allait  se  rendre  en  Chine 
lorsqu'il  fut  nommé  évêque  de  Columbum.  Il  était  en  route 
pour  le  Cathay  lorsqu'il  rencontra,  à  Tauris,  les  quatre  frères 
mineurs  Thomas  de  Tolentino,  Jacques  de  Padoue, 
Pierre  de  Sienne  et  Démétrius  de  Tiflis,  ce  dernier 
frère  lai  ;  ils  furent  poussés  par  le  vent  à  Tana  de  Salsette, 
au  lieu  de  Ouilon  (Columbum)  ;  Jourdain  se  rendit  à  Supera 
et,  pendant  son  absence,  les  quatre  frères  mineurs  furent 
martyrisés  à  Tana  le  premier  le  3  avril  132 1;  Jourdain 
de  Séverac,  retourné  dans  cette  ville,  recueillit  les  ossements 
des  martj^rs  et  les  porta  à  Supera  (Sofala),  dans  l'éghse  de 
Saint-Thomas;  un  peu  plustard  le  frère  mineur  Odoric  de 
Pordenone  transporta  les  ossements  en  Chine  à  Ts'iouen 
Tcheou  (Zaïtoun).  Jourdain  fut  nommé  évêque  de  Colum- 
bum le  21  août  1329,  par  bulle  de  Jean  XXII  du  9  août 
1329.  On  a  deux  lettres  de  lui  ;  la  première  datée  de  Caga, 
Gogo  dans  le  Gujarat,  en  face  de  Supera,  du  12  octobre 
1321,  dans  laquelle  il  raconte  le  martyre  des  frèrea  mineurs 
et  ses  succès  évangéliques  à  Parocco  (Broach,  Gujarat);  la 
seconde  de  Thana  de  janvier  (le  20)  1324.  Il  est  l'auteur  de 
y onvrâ,ge  intitulé:  M irabilia  Descripta,  Merveilles  d'une 
partie  de  l'Asie,  dans  lequel  il  nous  dit  que  «le  Cathay  est 
un  très  grand  empire  qui  s'étend  sur  un  voyage  de  plus  de 
cent  jours;  il  n'a  qu'un  seul  Seigneur,  ce  qui  est  le  contraire 
des  Indes,  où  il  y  a  beaucoup  de  rois,  beaucoup  de  princes, 
dont  pas  un  seul  ne  se  reconnaît  tributaire  d'un  autre  ». 
Et  encore  :  «  Les  vaisseaux  qui  font  la  navigation  en  Chine 
sont  très  grands,  et  ils  ont  sur  leur  coque  plus  de  cent  ca- 
bines, et  avec  un  bon  vent,  ils  portent  X  voiles,  et  ils  sont 
très  gros,  étant  faits  de  trois  [épaisseurs]  de  planches,  en 
sorte  que  la  première  est  semblable  à  celle  de  nos  grands 
na\dres;  la  seconde  est  transversale  par  rapport  à  la  pre- 
mière; la  troisième  est  de  nouveau  dans  le  sens  de  la  lon- 
gueur; et  c'est  une  très  forte  affaire;  il  est  vrai  qu'ils  ne 
s'aventurent  pas  beaucoup  en  mer  ;  l'océan  Indien  est  jamais 
ou  rarement  agité,  et  quand  il  s'élève  assez  pour  être  con- 


LES   MONGOLS  417 

sidéré  par  eux  très  périlleux,  nos  marins  le  considéreraient 
comme  très  beau.  Car  un  des  hommes  de  notre  pays  serait 
là,  sans  mentir,  compté  en  mer  pour  cent  et  plus  d'entre 
eux  1.  » 

Odoric  est  désigné  tantôt  par  le  lieu  de  sa  naissance  en 
1286,  Pordenone  (Portu  Naonis),  sur  le  Noncello,  dans  la 
province  d'Udine,  entre  Conegliano  et  Codroipo,  sur  la  ligne 
du  chemin  de  fer  qui,  de  Trieste  à  Venise,  contourne  le  nord 
de  l'Adriatique,  Pordenone,  dont  nos  vieux  auteurs  ont  fait 
Portenau,  d'ailleurs  le  nom  allemand  de  Pordenone,  tantôt 
par  celui  de  sa  mort,  Udine,  enfin  par  celui  du  pays  dans 
lequel  sont  situées  ces  villes,  le  Frioul,  en  latin  Forum  Julii, 
qui  s'applique  en  particulier  à  Cividale.  Son  nom  de  famille 
aurait  été  Mattiussi.  Il  est  probable  qu'il  fît  profession  de 
bonne  heure,  vers  1300,  dans  sa  quinzième  année,  chez  les 
Franciscains  d'Udine.  Soit  sur  sa  demande,  soit  sur  le  choix 
de  ses  supérieurs,  Odoric  fut  l'un  des  franciscains  désignés 
pour  se  rendre  en  Asie,  et  contribuer  aux  succès  obtenus 
par  Monte-Corvino  et  ses  collaborateurs.  Odoric  eut  pendant 
ses  voyages,  tout  au  moins  pendant  une  partie,  comme 
compagnon,  un  frère  irlandais,  Jacques,  qui  lui  survécut. 
Il  y  avait  alors  deux  routes  pour  se  rendre  dans  l'Asie 
orientale  :  l'une  plus  courte  et  moins  sûre  par  terre,  celle 
de  Marco  Polo;  l'autre,  par  terre  et  par  mer,  par  la  Perse 
et  l'Océan  Indien,  plus  longue,  mais  offrant  plus  de  res- 
sources avec  de  nombreuses  et  florissantes  Chrétientés  sur 
le  parcours.  Odoric  partit  de  Padoue  en  avril  13 18,  et 
s'embarqua  à  Constantinople,  à  '  Pera,  disent  quelques 
textes,  traversa  la  mer  Noire,  et  arriva  à  Trébizonde,  d'où 
il  suivit  la  route  d'Arménie  par  Erzeroum  et  le  Mont  Ararat 
jusqu'à  Tauris,  en  Perse.  La  route  de  Perse  était  alors  prise 
de  préférence  à  celle  d'Egypte,  grâce  au  contraste  qu'oftrait 
la  tolérance  des  Ilkhans  mongols  avec  les  vexations  des 
sultans  mamelouks  d'Egypte.  Les  sultans  mamelouks  qui, 
par  Suez,  le  Caire  et  Alexandrie,  servaient  d'intermédiaires 

I.  Rec.  de  Voy.  et  de  Mém.  publié  par  la  Soc.  de  Géog.,  IV,  1S30. 
pp.  61-62;  et  YuLE,  Mirabilia  Descripia,  Hakluyt  Soc,  Lond.,  1863, 
pp.  54  et  55. 

14 


4l8  HISTOIRE    GÉNÉRALI-:    DE    LA   CHINE 

entre  les  marchands  musulmans  qui  leur  apportaient  les 
produits  de  l'Inde,  de  la  Chine,  de  l'Archipel  Indien  et  des 
Moluques,  et  les  Vénitiens,  les  Génois,  les  Catalans,  qui 
remportaient  ces  mêmes  marchandises  dans  l'Europe  et 
dans  l'Asie  mineure,  voyaient  vers  l'époque  du  passage 
d'Odoric  une  grande  partie  du  trafic  leur  échapper.  L'im- 
portance de  Baghdad,  à  la  suite  des  guerres  mongoles,  avait 
singulièrement  diminué,  et  Tauris  était  devenu  le  principal 
entrepôt  de  l'Asie  occidentale.  D'autre  part,  la  route  de 
Perse  abrégeait  beaucoup  le  parcours  par  mer  pour  cer- 
taines épices  délicates;  ainsi,  d'un  côté,  la  bonne  volonté  des 
Khans  mongols,  d'un  autre  une  route  plus  courte,  l'avan- 
tage d'échapper  aux  exigences  des  sultans  mamelouks 
d'Egypte,  enfin  les  persécutions  suscitées  contre  les  Chré- 
tiens par  Melik  en  Naçir  Mohammed  (1310-1341),  qui 
éloignèrent  les  voyageurs  et  les  pèlerins  de  contrées  ravagées 
par  la  guerre  et  dans  lesquelles  leur  sécurité  était  sans  cesse 
menacée  par  le  fanatisme  des  musulmans,  faisaient  prendre 
de  préférence,  aux  voyageurs  venant  d'Europe  et  se  rendant 
aux  Indes  et  en  Extrême-Orient,  la  grande  route  de  Tauris, 
Sulthanyeh,  Yezd,  Ormouz,  où  l'on  s'embarquait. 

Odoric  traverse  la  Perse,  par  la  route  ordinaire  de  Tauris, 
Sulthanyeh,  Kachan,  Yezd,  PersépoHs,  puis  il  fait  un  cro- 
chet par  le  Fars  et  le  Khouzistan  jusqu'en  Chaldée,  revient 
au  Golfe  Persique  et  s'embarque  à  Ormouz  pour  les  Indes. 
Après  vingt-huit  jours  de  traversée,  il  arrive  aux  Indes  à 
Tana  de  Salsette,  peu  de  temps  après  le  martyre  des  quatre 
franciscains  (avril  1321),  ce  qui  nous  donne  une  date  de 
l'itinéraire.  Odoric  recueille  les  ossements  de  ses  confrères 
et  les  transporte  en  Chine  à  Zaïtoun.  Odoric  constate  à  Tana 
la  présence  de  Chrétiens  nestoriens.  C'était  un  gros  crève- 
creur  pour  l'excellent  moine  de  rencontrer  partout  sa  reli- 
gion enseignée  par  des  gens  condamnés  par  l'Eglise;  cepen- 
dant schismatiques  et  orthodoxes  paraissaient  fréquem- 
ment faire  bon  ménage,  car  c'était  justement  chez  un  nes- 
torien  qu'étaient  logés  à  Tana  Thomas  de  Tolentino  et  ses 
compagnons.  Sur  toute  sa  route,  Odoric  trouva  sa  doctrine 
enseignée,    mais   sous   la  forme  d'hérésie  nestorienne,  qui 


LES   MONGOLS  4I9 

faisait  la  plus  sérieuse  concurrence  à  la  doctrine  de  l'Eglise 
romaine.  Lorsqu'Odoric  arriva  aux  Indes,  il  y  avait  grande 
lutte  dans  la  presqu'île  pour  la  prépondérance  religieuse, 
partant  pour  la  prépondérance  politique.  Le  brahmanisme 
avait  chassé  devant  lui  le  bouddhisme;  le  christianisme, 
sous  forme  nestoricnne,  faisait  de  nombreux  prosélytes 
sur  le  littoral  indien  et  particulièrement  sur  la  côte  de 
Malabar.  L'islam,  de  bonne  heure,  avait  cherché  à  s'im- 
planter dans  la  presqu'île  hindoustane  et  dès  le  milieu  du 
VII®  siècle  et  le  commencement  du  viii®  siècle,  le  Croissant 
avait  fait  son  apparition  soit  par  mer,  du  côté  de  Bombay, 
soit  par  terre,  vers  l'Indus.  A  la  dynastie  de  Mahmoud  de 
Ghazni  (xi^-xii®  siècles)  avaient  succédé  différentes  dynas- 
ties musulmanes,  et  quand  Odoric  débarqua  aux  Indes, 
c'était  la  cinquième  dynastie  mahométane  qui  cherchait  à 
imposer  son  joug  sur  le  nord  de  l'Hindoustan.  La  dynastie 
de  Tughlak  qui  dura  de  1320  à  1414,  avait  pour  fondateur 
un  ancien  esclave  d'origine  turke,  devenu  gouverneur  du 
Pendjab,  Ghiyas  ed-din  Tughlak,  qui  régnajusqu'en  1324 
et  qui  était  le  potentat  musulman  dont  les  agents  firent 
martyriser  les  franciscains  à  Tana  de  Salsette. 

Odoric  parcourt  ensuite  la  côte  de  Malabar,  décrit  la 
manière  de  récolter  le  poivTC,  visite  Fandaraïna,  Cranga- 
nore,  Coulam,  remonte  la  côte  de  Coromandel,  s'arrête  à 
Meliapour  au  tombeau  de  saint  Thomas,  à  Ceylan,  se  rend 
à  Sumatra,  dont  il  visite  quelques  royaumes,  puis  à  Java, 
touche  au  S.  de  Bornéo  à  Bandjermasin,  de  là  se  rend  au 
royaume  de  Tchampa  et  parvient  enfin  en  Chine,  à  Canton. 
Il  visite  successivement  les  ports  du  Fou  Kien,  entre  autres 
Zaïtoun,  et  du  Tche  Kiang,  où  il  arrive  à  la  capitale,  Hang 
Tcheou,  la  Quinsay  de  Marco  Polo;  de  là,  il  se  dirige  dans 
l'intérieur,  visite  Nan  King,  puis  Yang  Tcheou  et  se  rend 
par  la  voie  du  Grand  Canal  par  Lin  Ts'ing  et  Tsi  Ning 
jusqu'à  Khan  Bâliq  ^a  capitale  du  Grand  Khan.  Monte- 
Corvino  était  encore  archevêque  de  cette  ville;  Odoric  y 
séjourna  trois  ans;  il  nous  décrit  la  résidence  d'été  du  Grand 
Khan,  la  manière  de  voyager  de  ce  prince,  les  postes,  les 
chasses,  etc.,  et  comme  les  Mongols  étaient  gens  fort  tolé- 


42  0  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

rants,  il  voyait  à  leur  Cour  aussi  bien  des  bouddhistes   que 
des  musulmans,  des  nestoriens  que  des  catholiques. 

Odoric  revient  en  Europe,  par  le  Chan  Si,  le  Chen  Si, 
le  Se  Tch'ouan  et  le  Tibet,  quoique  ce  dernier  point  ait  été 
discuté;  il  était  de  retour  en  1330.  Ainsi  donc  nous  n'avons 
que  deux  dates  sûres  pour  cet  itinéraire  :  celle  du  départ 
(1318),  et  celle  du  retour  (1330).  Nous  savons  également 
qu' Odoric  a  séjourné  trois  ans  à  Khan  Bâliq  et  nous  pouvons 
supposer  qu'il  est  passé  en  132 1  à  Tana  de  Salsette.  C'est 
donc  un  voyage  de  douze  ans;  tout  le  reste  n'est  qu'hypo- 
thèses, qu'aucun  fait  ne  vient  justifier. 

Rentré  en  Italie,  Odoric,  sur  les  instructions  de  son  su- 
périeur, le  frère  Guidotto,  ministre  de  la  pro\ànce  de 
Saint-Antoine,  dans  la  Marche  Trévisane,  dicta  au  mois  de 
mai  1330,  dans  le  couvent  de  son  ordre,  à  Padoue,  le  récit 
de  ses  voyages  au  frère  Guillaume  de  Solagna.  Odoric  était 
en  route  pour  Avignon,  se  rendant  auprès  de  Jean  XXII 
pour  lui  faire  le  récit  de  ses  voyages,  lui  demander  son  aide 
et  l'envoi  de  cinquante  nouveaux  missionnaires  dans  l'Ex- 
trême Orient,  lorsqu'arrivé  près  de  Pise,  saint  François, 
sous  la  forme  d'un  vieillard,  apparut  à  Odoric  et  lui  ordonna 
de  retourner  sur  ses  pas,  car  il  devait  mourir  dix  jours  plus 
tard.  En  conséquence,  Odoric  rebroussa  chemin  et  retourna 
àsoncouvent  d'Udine,  où  il  mourut,  âgé  d'environ  quarante- 
cinq  ans,  le  14  janvier  1331.  U  fut  béatifié  par  Benoit  XIV, 
le  2  juillet  1755.  La  relation  d'Odoric  est  remarquable, 
non  par  la  manière  dont  elle  est  rédigée,  ou  par  les  idées 
élevées  qu'elle  renferme,  les  aperçus  nouveaux  qu'elle 
-fournit,  mais  par  la  quantité  considérable  de  renseigne- 
ments exacts,  personnels,  qui  en  font  une  contribution  im- 
portante à  l'histoire  des  relations  de  l'Europe  avec  l'Asie 
au  xiv^  siècle  1. 
Ambassade  En  1338,  le  Pape  reçut  à  Avignon  une  ambassade  du 
des  Aiains.  Qj-^j^^j  Khan  de  Cathay,  comprenant  André  et  Guillaume 
«  de  Nassio  »  et  Thogay,  Alain  de  Cathay  et  treize  autres 

I.  Henri  Cordier.  Les  Voyages  en  Asie  au  xiv^  siècle  du  Bien- 
heureux Frère  Odoric  de  Pordenone.  Paris,  1891,  in-80. —  YuLE-CoRDiER, 
Cathay  and  the  Way  thither,  II,  London,  1913,  in-8. 


LES   MONGOLS  42 I 

compagnons  i  qui  apportaient  au  Pape  deux  lettres,  l'une 
écrite,  disait-on,  au  nom  du  Orand  Khan  lui-même,  datée 
de  Cambalu,  l'année  du  Rat  (1336),  l'autre  adressée  par  des 
chefs  Alains  à  son  service.  C.  d'Ohsson  regarde  cette  am- 
bassade comme  une  supercherie  et  doute  de  l'authenticité  des 
lettres  2;  peut-être  a-t-il  raison  pour  la  lettre  du  Grand  Khan 
qui  demande  sa  bénédiction  au  Saint- Père  et  lui  recom- 
mande les  Alains  porteurs  de  sa  lettre,  mais  il  y  a  des  raisons 
de  croire  à  l'authenticité  de  celle  adressée  par  les  chefs 
alains  Fodim  Jovens,  Chyansam,  Tongi,  Cenboga,  Vensy, 
JoHANNEs  JocHOY  et  RuBEUS  PiNZANUs,  datée  de  Cam- 
balu, l'année  du  Rat,  le  6^  mois,  le  3^  jour  de  lalune(juilllet 
1336)  ;'ces  noms  qui,  à  première  vue,  ont  une  allure  quelque 
peu  burlesque,  ne  sont  cependant  pas  imaginaires  ;  ils  se  re- 
trouvent dans  le  Youen  C/z^,  l 'histoire  chinoise  des  Mongols, 
dans  laquelle  M.  Pelliot  a  découvert  ^  Fou  Ting  =  Fodim, 
Hiang  Chan  =  Chyansam,  Tche-yen-p'ou-houa  =  Cenboga 
(Jayanbogha).  Peut-être  est-il  utile  de  dire  ici  quelques 
mots  sur  les  Alains. 

Saint-Martin,  dans  son  édition  de  Lebeau  (IV,  pp.  63 
seq.),  nous  rappelle  qu'au  témoignage  d'AMMiEN  Marcel- 
lin  (Liv.  XXXI,  c.  2)  les  Alains  étaient  les  mêmes  que  les 
anciens  Massagètes;  les  Huns  vainquirent  les  Alains  et 
s'emparèrent  de  leur  pays.  Lebeau  (IV,  p.  77)  nous  dit  que  : 
((  Les  Alains  tirent  leur  nom  du  mot  alin,  qui  en  langue 
tartare  signifie  montagne,  parce  qu'ils  habitaient  les  mon- 
tagnes situées  au  nord  delà  Sarmatie  asiatique.  C'était  un 
peuple  nomade,  ainsi  que  les  autres  Tartares.  Environ 
40  ans  avant  J.-C,  ils  furent  obligés  de  céder  les  contrées 
du  nord  à  une  colonie  de  Huns  révoltés,  qui  s'étaient  séparés 
du  corps  de  la  nation,  et  de  se  retirer  vers  le  Palus  Meotides. 
Ils  s'étaient  depuis  longtemps  rendus  formidables.  Tous  les 
peuples  barbares,  jusqu'aux  sources  du  Gange,  furent 
soumis  aux  Alains  et  prirent  leur  nom.  Procope  les  appelle 

1.  La  Roncière  et  Dorez,  Bib.  de  l'Ecole  des  Chartes,  LVI,  1895, 
p.  29. 

2.  Mongols,  II,  60S. 

3.  Cathay  and  the  Way  thither,  III,  pp.  180-183. 


422  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

une  nation  gothique;  les  Chinois  les  confondent  avec  les 
Huns.  )) 

Au  sujet  du  mot  alin,  Saint-Martin  fait  les  remarques 
suivantes  (p.  77)  :  a  Alin  est  manchon;  comment  supposer 
que  ce  soit  là  l'origine  du  nom  d'une  nation  séparée  des 
Mandchoux  par  toute  la  largeur  de  l 'Asie? . . .  On  s'est  trompé 
en  interprétant  le  passage  d'Ammien  Marcellin  où  il  est 
question  de  cette  origine:  il  doit  se  traduire  d'une  manière 
différente.  Cet  historien  s'exprime  ainsi,  Liv.  XXXI,  c.  2, 
Alani,  ex  montmm  appellatione  cognominati.  Ce  passage  dit 
qu'ils  tiraient  leur  nom  des  montagnes  qu'ils  habitaient, 
mais  non  pas  d'un  mot  qui  signifie  montagne.  Eusthathe 
dit  effectivement,  dans  son  Commentaire  sur  Denys  le 
Periégète,  que  ce  nom  venait  d'une  montagne  de  Sarmatie 
appelée  Alanus.  »  Quant  au  Palus  Meotides,  Saint-Martin 
ajoute  qu'il  «  est  fort  probable  que  les  contrées  voisines  de 
l'Altaï  ou  des  montagnes  appelées  Alanniques  par  Ptolé- 
mée,  Liv.  VI,  c.  14,  furent  les  premières  que  les  Alains 
abandonnèrent  aux  Huns  ». 

Lors  de  la  ruée  des  Huns  au  iv^  siècle,  un  grand  nombre 
d' Alains  joignirent  l'envahisseur;  plus  tard  ils  grossirent  les 
rangs  des  Goths,  des  Vandales  et  des  Suèves;  mais  une 
partie  du  peuple  était,  après  l'invasion  des  Huns,  restée  en 
arrière  dans  les  régions  du  Caucase,  ce  qui  a  conduit  Klap- 
roth  à  les  identifier  avec  les  Ossètes;  c'est  là  que  les  sou- 
mirent les  Mongols  d'Ogotaï;  à  partir  de  cette  époque,  une 
troupe  de  mille  Alains  servit  de  garde  du  corps  du  Grand 
Khan;  nous  voyons  que  Mangkou  enrôla  dans  cette  garde 
la  moitié  des  troupes  du  prince  alain  Arslan,  dont  le  plus 
jeune  fils,  Nicolas,  prit  part  à  l'expédition  des  Mongols 
contre  le  Yun  Nan  ;  ce  corps  formait  deux  troupes  dont  le 
quartier  général  se  trouvait  dans  la  province  de  Ling  Pei 
(Kara  Koroum).  Nous  voyons  par  la  lettre  de  1336  que  les 
Alains  étaient  chrétiens  ;  le  fait  nous  est  confirmé  par  Marco 
Polo.  Lors  de  la  campagne  de  Bayan  contre  les  Soung 
(1275),  les  Alains  chrétiens  furent  chargés  de  prendre  Tchen 
Tch'ao  au  nord  du  Kiang;  le  général  Soung,  Houng  Fou, 
qui  défendait  la  ville,  feignit  de  vouloir  se  rendre,  grisa  les 


LES    MONGOLS 


423 


Alains  pendant  la  nuit,  et  les  massacra.  «  Nous  avons,  dit 
Pelliot  i,  les  noms  de  plusieurs  des  chefs  qui  périrent  dans 
ce  guet-apens.  Tchen  Tcli'ao  déchut  alors  de  son  rang  de 
préfecture  et  les  revenus  de  la  ville  furent  donnés  en  apanage 
aux  familles  d'Alains  dont  les  chefs  étaient  tombés  victimes 
de  Houng  Fou.  h  Connus  sous  le  nom  de  An  ts'aï  (Asii, 
Asiani)  par  les  Chinois,  sous  les  Han  Postérieurs,  les  Alains 
changèrent  leur  nom  en  celui  de  A-lan-na;  sous  les  seconds 
Wei,  ils  s'appelèrent  Sou  t'o  et  Wen-na-cha. 

Les  envoyés  des  Alains  furent  bien  reçus  par  le  Pape,  qui 
répondit  aux  lettres  qu'il  avait  reçues,  et  ils  repartirent 
d'Avignon  en  juillet  1338  munis  de  lettres  du  Saint-Père 
pour  les  Khans  deKiptchak  et  de  Djagataï  et  de  recomman- 
dations pour  le  Doge  et  le  Sénat  de  Venise  et  les  rois  de 
Hongrie  et  de  Sicile. 

Un  peu  plus  tard,  le  Pape  désignait  des  légats  pour  se  }f^^^J-^ 
rendre  à  Khan  BaUq  avec  une  lettre  datée  du  II  kal. 
Novemb.  de  la  quatrième  année  de  son  règne  (31  octobre 
1338)  :  c'étaient  les  quatre  franciscains,  Nicolas  Bonet, 
professeur  de  théologie,  Nicolas  de  Molano,  Jean  de 
Florence  et  Grégoire  de  Hongrie,  qui  seraient  arrivés  à 
destination  en  1342.  Nicolas  Bonet  alla-t-il  jusqu'à  Khan 
Baliq?  Nous  le  retrouvons  le  27  novembre  1342  élu  par 
Clément  VI  à  l'évcché  de  Malte;  il  mourut  en  1360.  Jean 
de  Florence  revint  à  Avignon  en  1353.  Nous  sommes  un 
peu  mieux  renseignés  sur  Jean  de  Marignolli  :  né  problable- 
ment  avant  1290,  de  la  noble  famille  florentine  des  Mari- 
gnolli DE  San  Lorenzo.  Il  appartenait  au  couvent  francis- 
cain de  Santa  Croce;  c'est  par  lui  que  nous  avons,  enfouis 
dans  les  Annales  de  Bohême,  des  renseignements  sur  la 
mission  de  1338  ^;  les  légats  quittèrent  Avignon  en  décem- 
bre 1338,  et  par  Naples,  arrivèrent  à  Constantinople  le 
i^r  mai  133g;  ils  traversèrent  le  Kiptchak  et  parvinrent 
à  Al  Maliq,  qu'ils  ne  quittèrent  qu'en  1341;  ils  passèrent 
à  Hami  et  atteignirent  au  milieu  de  1342  Khan  Baliq,  où  ils 
restèrent  trois  ou  quatre  ans;  MarignolU  fut  reçu  en  au- 


1.  T'oung  Pao,  dcc.  1914,  pp.  641-642.  —  Voir  supra  p. 

2.  Voir  Cathay  and  the  Way  thither,  vol.  III. 


292. 


^24  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA    CHINE 

diencele  19  août  1342  et  présenta  au  Grand  Khan,  qui  en 
fut  enchanté,  des  chevaux  de  Fou  Lang  (Farang,  Europe)  ; 
l'un  était  fort  grand,  noir,  avec  les  pieds  de  derrière  blancs. 
Pelliot  1  nous  dit  que,  sur  l'ordre  du  Grand  Khan,  des 
lettrés  firent  des  «  éloges  »  de  cet  animal  et  qu'il  les  a 
retrouvés.  D'autre  part,  un  peintre  de  la  Cour,  Tcheou 
Lang,  peignit  l'empereur  monté  sur  ce  destrier.  Au 
xviii^  siècle,  le  P.  Gaubil  vit  ce  tableau  dans  les  collections 
du  palais.  Pelliot  a  pu  «  suivre  la  trace  du  cheval  de 
Tcheou  Lang  jusqu'en  1815;  cette  année-là,  l'inventaire 
des  collections  impériales  mentionne  encore  le  tableau 
peint  en  1342.  Il  est  possible  que  ce  curieux  document  ait 
péri  dans  l'incendie  du  Palais  d'Été  en  1860.  Mais  peut-être 
aussi  se  trouvait-il  dans  les  collections  du  Palais  d'hiver  à 
Pe  King,  et  y  est -il  encore.  »  Mailla  nous  dit  (IX,  pp.  579- 
580)  :  «  Cette  année  [1342],  on  offrit  à  l'empereur  des  che- 
vaux du  royaume  des  Foulang  (des  Francs),  d'une  race 
jusque-là  inconnue  à  la  Chine.  Ils  avaient  onze  grands 
pieds  six  pouces  de  long  sur  six  pieds  huit  pouces  de  hau- 
teur ;leur  poil  était  noir  partout  le  corps,  excepté  aux  deux 
pieds  de  derrière,  où  il  était  blanc.  »  Le  26  décembre  1347, 
Jean  s'embarqua  à  Zaïtoun  pour  l'Inde,  passa  à  Columbum, 
oùil  séjourna  plus  d'un  an,  visita  le  tombeau  de  saint  Tho- 
mas, se  rendit  à  Saba  (Java?),  retourna  à  Ceylan;  sans  doute 
il  s'embarqua  à  Ormouz  pour  revenir  par  les  ruines  de 
Babylone,  Baghdad,  Mosoul,  Edesse,  Alep,  Damas,  Jéru- 
salem; il  toucha  probablement  à  Chypre  et,  de  retour  à 
Avignon  en  1353,  il  remettait  une  lettre  du  Grand  Khan 
au  Pape  Innocent  VI  ;  le  12  mai  de  l'année  suivante  il  était 
nommé  à  l'évêché  de  Bisignano  en  Calabre;  il  paraît  avoir 
accompagné  à  Prague  l'empereur  Charles  IV,  fils  de  Jean 
DE  Luxembourg,  lorsque  celui-ci  retourna  dans  sa  capitale 
après  avoir  été  couronné  à  Rome.  On  ignore  la  date  de  la 
mort  de  notre  voyageur. 

De  grands  efforts  avaient  été  faits  aussi  dans  l 'Asie  cen- 
trale; une  mission  franciscaine  fut  étabhe  dans  le  territoire 
d'Ili,  et  son  chef,  Richard  de  Bourgogne,  fut  élu  en  1338, 

I.   T'oung  Pao.  déc.  1914.  PP-  642-643. 


LES    MONGOLS 


425 


évoque  d'Al  Maliq  (Armalech)  sous  le  Pontificat  de 
Benoit  XII.  Nous  avons  une  lettre  d'un  de  ses  moines,  un 
Espagnol,  nommé  Pascal,  datée  d'Armalech,  fête  de 
saint  Laurent,  10  août  1338,  adressée  à  ses  confrères  du  cou- 
vent de  Vittoria;  il  s'était  rendu  de  cette  ville  avec  le  frère 
Gonsalvo  Transtorna  à  Avignon;  il  s'embarqua  à  Venise, 
débarqua  à  Galata,  où,  prenant  un  autre  navire,  il  traversa 
la  Mer  Noire,  alla  dans  la  Ciazaria  (Crimée)  et  débarqua  à  " 
Tana;  il  se  rendit  à  Saraï,  à  Ourghanj  sur  l'ancien  lit  de 
rOxus,  dans  le  pays  de  Khi  va,  à  Saratchik  sur  le  Jaic 
(Oural)  et  à  Al  Maliq;  il  nous  dit  que  depuis  Ourghanj,  qui 
est  la  dernière  ville  des  Persans  et  des  Tartares,  il  a  voyagé 
parmi  les  musulmans.  Pascal  ne  devait  pas  survivre  long- 
temps. Ses  compagnons  à  Al  MaUq  étaient,  outre  l'évêque 
Richard,  les  frères  François  d'Alexandrie  et  Raymond 
RuFFi  de  Provence,  plus  deux  frères  lais,  Laurent  d'Ale- 
xandrie et  Pierre  Martel,  de  Narbonne,  et  un  nègre  de 
l'Inde,  Jean,  converti  par  les  frères  et  appartenant  au  tiers 
ordre  de  Saint- François;  ils  étaient  bien  traités  par  le  chef 
djagatai  qui  régnait  à  Al  Maliq  et  avait  été  guéri  d'un 
cancer  grâce  aux  prières  plutôt  qu'aux  drogues  de  Fran- 
çois d'Alexandrie;  mais  un  usurpateur  nommé  Alisolda 
empoisonna  son  chef  et  ses  quatre  lîls,  fit  massacrer  les 
Chrétiens  y  compris  tous  nos  missionnaires,  ruinant  ainsi 
définitivement  une  Chrétienté  florissante.  Ahsolda  fut 
lui-même  tué  peu  de  temps  après.  Wadding  ou  plutôt 
Barthélémy  de  Pise  place  le  martyre  vers  la  fête  de 
saint  Jean  Baptiste,  alors  que  Gérard  Odo  était  général 
de  l'Ordre;  Yule  donne  1339  comme  année  et  Gams  1342. 

Vers    1328,  Monte-Corvino  mourait  à  Khan  Bâliq  :  ce  fut   Successeurs 
un  Français,  ancien  professeur  de  théologie  à  la  Faculté  de     de  Monte- 
Paris,  Nicolas,  qui  le  remplaça  le  18  septembre  1333  ;  il  était       Corvmo. 
arrivé  en  Chine  avec  vingt -six  moines  et  six  frères  laïques. 
Gams,   Séries  Episcoporimi,   donne  comme  successeur  de 
Nicolas  comme  archevêque  de  KhanBaliq,  mort  en  1338, 
Cosmas,  qui  n'a  pas  résidé  dans  cette  ville  non  plus  que  ses 
successeurs  :  Guillaume  de  Prato  (ii  mars  1370),  Jo- 
sephDominique  (9  août  1403),  Conrad  (environs  de  1408), 


4^6  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

Jacques  (1427),  Léonard,  Barthélémy  (15  avril  1448), 
Bernard,  Jî;an  de  Pelletz  (1456),  Barthélémy  II  et, 
enfin,  le  quatorzième,  Alexandre  de  Caffa,  franciscain, 
pris  par  les  Turks  en  1475,  gardé  sept  ans  en  captivité, 
mort  en  Italie  en  1483. 

Cependant  le  Saint  Siège  pourvoyait  avec  ardeur  aux 
besoins  sans  cesse  renouvelés  de  la  mission  de  Pe  King. 
En  1370,  Urbain  V  envoyait  de  nouveaux  missionnaires  ; 
Guillaume  de  Prato,  professeur  à  l'Université  de  Paris, 
était  nommé  archevêque  de  Pe  King.  Ces  religieux  furent 
bientôt  suivis  de  soixante  autres;  en  1371,  François  de 
PoDio,  surnommé  Catalan,  fut  envoyé  en  Chine  comme 
légat  apostolique  avec  douze  compagnons,  mais  on  n'en- 
tendit jamais  plus  parler  d'eux.  Aux  Mongols  tolérants 
avait  succédé  la  dynastie  chinoise  des  Ming,  et  les  progrès 
du  Christianisme  furent  arrêtés  pendant  près  de  deux  cents 
.ans  ;  la  mission  de  Zaïtoun  et  les  autres  Chrétientés  du  Fou 
Kien  et  du  Tche  Kiang  n'avaient,  pas  plus  que  celles  de 
Khan  bâliq  et  d'Ili  Bâliq,  échappé  à  la  destruction;  en 
1362,  Jacques  de  Florence,  cinquième  évêque  de  Zaïtoun, 
probablement  successeur  de  Pierre  de  Florence,  fut  mas- 
sacré par  les  Chinois. 

Les  Franciscains  observantins,  avec  le  P.  Pedro  d'Al- 
faro,  Gardien  des  Philippines,  de  la  province  de  Saint- 
Joseph,  né  àSéville,  et  les  PP.  Jean  Baptiste  de  Pesaro  en 
Itahe,  Sébastien  de  Saint-Francisque  et  Augustin  de 
Tordesillas,  ne  revisitèrent  la  Chine  qu'en  1579.  Mais,  à 
la  vérité,  les  missions  catholiques  de  Chine  ne  reprirent  de 
leur  importance,  pour  mieux  dire  ne  furent  définitivement 
établies  que  par  les  Jésuites,  successeurs  de  saint  François- 
Xavier,  et  particuUèrement  par  le  célèbre  Matteo  Ricci. 
à  la  fin  du  xvi^  siècle. 

Nous  avons  déjà  signalé  quelques-uns  de  ces  voyageurs 
laïques,  tels  l'orfèvre  Guillaume  de  Paris,  rencontré  à  Kara- 
Koroum  par  Rubrouck,  Pietro  de  Lucalongo,  bienfaiteur 
de  Monte-Corvino  ;  Guillaume  de  Rubrouck  mentionne 
aussi  à  la  Cour  du  Khan  une  esclave  allemande  et  un  Hon- 
grois, une  femme  de  Metz  en  Lorraine,  nommée  Pasca  ou 


LES   MONGOLS  427 

Paqiictte,  capturée  en  Hongrie,  un  clerc  d'Acre,  nommé 
Thcodolus  ;  certainement  ces  étrangers  étaient  les  victimes 
de  raids  opérés  par  les  Tartares  en  Europe  orientale;  le 
guide  de  Rubrouck  au  palais  de  Mangkou  était  un  garçon 
hongrois;  parmi  les  artilleurs  employés  au  siège  de  Siang 
Yang,  Marco  Polo  indique  un  Allemand  et  un  chrétien 
nestorien;  plus  tard,  nous  trouverons  le  Génois  Andalô  de 
Savignone,  qui  -entra  dans  les  bonnes  grâces  du  Grand 
Khan  et  entreprit  en  1338  un  second  voyage  en  Chine. 
Mais  de  beaucoup  le  plus  célèbre  est  le  Vénitien  Marco 
Polo,  dont  nous  allons  essayer  de  retracer  brièvement 
la  carrière. 

Andréa  Polo  de  S.  Felice  eut  trois  fils,  Marco,  Nicolo 
et  Maffeo,  notables  commerçants  :  Marco,  l'aîné,  paraît 
avoir  été  établi  quelque  temps  à  Constantinople  et  avoir 
possédé  un  comptoir  à  Soldaia  en  Crimée;  son  homonyme 
neveu,  Marco  le  grand  voyageur,  fils  de  Nicolo,  est  né  en 
1254.  Nous  trouvons  en  1260  Nicolo  et  Maffeo  à  Constan- 
tinople; leurs  affaires  leur  font  remonter  la  Volga,  les 
entraînent  à  Bokhara,  puis  à  la  Cour  du  Grand  Khan,  qui 
les  reçoit  bien.  K'oublai  les  renvoie  avec  un  de  ses  officiers 
comme  ambassadeurs  au  Pape  porteurs  de  lettres  deman- 
dant au  Souverain  Pontife  un  grand  nombre  de  mission- 
naires pour  évangéhser  ses  sujets,  non  pas  que  le  chef 
mongol  eût,  comme  on  l'a  cru,  un  penchant  pour  le  christia- 
nisme, mais  bien  parce  qu'il  le  trouvait  une  religion  propre 
à  adoucir  les  mœurs  encore  frustes  de  ses  peuples. 

Les  frères  Polo,  de  retour  à  Acre,  en  avril  1269,  apprirent 
la  mort  de  Clément  IV,  survenue  l'année  précédente; 
l'élection  de  son  successeur  n'avait  pas  encore  eu  lieu  et 
Nicolo  et  Maffeo  se  rendirent  à  Venise.  Nicolo  eut  le  chagrin 
d'apprendre  la  mort  de  sa  femme  et  la  joie  de  retrouver 
son  fils  Marco,  alors  âgé  de  quinze  ans. 

Accompagnés  de  ce  dernier,  les  deux  frères  se  remirent 
en  route  pour  accomplir  la  mission  que  leur  avait  confiée  le 
Grand  Khan;  à  Acre,  ils  consultèrent  le  légat  du  Pape  en 
Syrie,  Tedaldo  Visconti,  archidiacre  de  Liège,  qui  leur 
remit  des  lettres  pour  K'oublaï,  expliquant  les  circonstances 


428  HISTOIRE    GÉNÉRALE    DE    LA   CHINE 

causes  de  l'insuccès  de  leur  mission;  les  Vénitiens  se  mirent 
en  route,  mais  ils  étaient  encore  au  port  d'Aias,  lorsqu'ils 
apprirent  l'élection  au  Saint-Siège  de  leur  ami  Tedaldo 
lui-même,  qui  régna  sous  le  nom  de  Grégoire  X;  ils  s'em- 
pressèrent de  revenir  sur  leurs  pas  ;  mais  le  personnel  faisait 
défaut  et  le  nouveau  Pape,  outre  des  paroles  d'encourage- 
ment, ne  put  que  leur  donner  deux  Dominicains,  qui, 
effrayés  de  la  durée  et  des  difficultés  de  ce  lointain  voyage, 
se  hâtèrent  de  rentrer  en  Europe  à  la  première  occasion 
qui  se  présenta  de  le  faire.  Il  est  probable  que  le  second 
départ  de  la  famille  Polo  eut  lieu  en  novembre  1271. 

Partis  d'Aias,  les  Polo  passèrent  par  Sivas,  Mardin,  Mo- 
soul,  Baghdad,  Ormouz,  où,  au  lieu  de  prendre  la  mer,  ils 
remontèrent  à  Kirman,  au  Khorasân,  à  Balkh,  traversèrent 
le  Badakhchan,  franchirent  les  Pamir,  passèrent  à  Kachgar, 
Yarkand,  Khotan,  atteignirent  le  Lob  Nor,  pénétrèrent  au 
Tangout  et  parvinrent  enfin  à  la  Cour  du  Grand  Khan  en 
mai  1275. 

Les  voyageurs  furent  bien  accueillis  par  K'oublaï  qui  prit 
en  amitié  le  jeune  Marco  à  cause  de  sa  bonne  humeur,  de 
son  habileté  à  raconter  des  anecdotes  et  de  son  intelligence, 
et  il  ne  tarda  pas  à  utiUser  ses  talents  dans  différentes 
missions,  dont  la  première  sans  doute  conduisit  le  jeune 
Vénitien  au  Chan  Si,  Chen  Si,  Se  Tch'ouan,  Yun  Nan,  pro- 
bablement entre  1277  et  1280;  dans  son  récit,  Marco  nous 
décrit  la  bataille  livrée  à  Young  Tch'ang,  qu'il  appelle 
Vochan,  par  le  roi  de  Mien  (Birmanie),  battu  malgré  ses 
éléphants  par  les  troupes  mongoles.  Il  est  probable  que 
Marco  occupa  aussi  différents  postes;  lui-même  nous  dit 
que,  pendant  trois  années,  il  fut  gouverneur  de  la  grande 
ville  de  Yang  Tcheou. 

Cependant  les  Vénitiens,  fatigués  de  leur  long  exil, 
craignant,  d'autre  part,  les  complications  qui  pouvaient 
surgir  à  la  mort  du  Grand  Khan  âgé,  auraient  bien  voulu 
regagner  leur  patrie,  mais  K'oublaï  faisait  la  sourde  oreille 
à  leurs  discrètes  allusions  à  ce  désir  de  quitter  la  Cour. 
Il  fallut  une  circonstance  fortuite  pour  qu'il  leur  fût  permis 
de  réaliser  leurs  projets.  Le  souverain  de  Perse,  Arghoun, 


LES   MONGOLS  429 

petit-neveu  de  K'oublaï,  perdit  en  1286  sa  femme  favorite, 
la  khatoun  Bouloughan,  et  suivant  le  vœu  de  celle-ci, 
il  envoya  des  ambassadeurs  chercher  une  nouvelle  épouse 
dans  la  famille  du  Grand  Khan,  qui  fît  choix  de  la  princesse 
KoKATCHiN,  âgée  de  dix-sept  ans.  Les  Polo  ayant  gagné 
les  bonnes  grâces  des  ambassadeurs,  ceux-ci  demandèrent 
à  être  accompagnés  par  eux  dans  le  voyage  de  retour; 
le  vieux  Khan  accorda  son  consentement  à  grand'peine, 
mais  il  stipula  que  les  Vénitiens  reviendraient  après  avoir 
accompli  leur  mission. 

I.c  long  voyage  par  mer  entrepris  pour  conduire  la  prin- 
cesse mongole  à  son  fiancé  nous  a  valu  quelques-ims  des  plus 
importants  chapitres  du  récit  de  Marco.  Il  fut  d'ailleurs 
accidenté;  embarqués  à  Zaïtoun,  au  commencement  de 
1292,  la  princesse,  les  trois  envovés  de  Perse  et  la  famille 
Polo  furent  obligés  par  le  mauvais  temps  de  faire  un  long 
séjour  à  Sumatra;  ils  passent  au  sud  de  l'Inde;  deux  des 
ambassadeurs  meurent  en  cours  de  route  et  lorsque  la 
princesse  arrive  en  Perse,  elle  apprend  la  mort  d'Arghoun 
le  7  mars  1291  et  l'avènement  de  son  frère  Kaikhatou;  Ko- 
katchin  épousa  le  fils  de  son  fiancé  :  Ghazan,  de  physique 
assez  ordinaire, — tandis  qu'Arghounpassait  pour  un  des  plus 
beaux  hommes  de  son  temps, — mais  en  revanche  fort  intelli- 
gent. La  princesse  se  sépara  avec  tristesse  de  ses  compa- 
gnons de  voyage,  qui,  poursuivant  leur  route,  arrivèrent  à 
Tabriz  et  enfin,  par  Constantinople,  à  Venise  en  1295. 

Nos  voyageurs,  après  leur  longue  absence,  eurent  quelque 
peine  à  se  faire  reconnaître  de  leurs  parents  qui  ne  furent 
convaincus  de  leur  identité  qu'en  présence  des  énormes 
richesses  qu'ils  rapportaient  de  leurs  lointaines  pérégrina- 
tions. Marco  Polo  rentrait  à  Venise  dans  des  conditions 
défavorables.  En  effet,  Venise  et  Gênes,  rivales  qui  se  par- 
tageaient le  commerce  de  la  Méditerranée,  étaient  en  gran- 
de lutte,  laquelle  se  termina  à  l'avantage  de  la  première  à 
la  fin  du  xive  siècle;  à  l'époque  qui  nous  occupe,  les  Génois, 
qui  avaient  atteint  l'apogée  de  leur  puissance,  s'aperce- 
vaient que  la  rivalité  de  la  Reine  de  l'Adriatique  allait 
leur  devenir  fort  préjudiciable;  aussi  résolurent-ils  d'ob- 


430  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

tenir  coûte  que  coûte  la  suprématie  sur  mer.  Ce  fut  à  ce 
dessein  qu'une  flotte  considérable  fut  équipée  sous  les 
ordres  d'un  marin  entre  tous  illustre,  Lamba  Doria.  Le 
Procurateur  de  Saint-Marc,  qui  était  alors  Andréa  Dandolo, 
il  Calvo,  s'empressa  de  convoquer  tous  les  hommes  valides 
pour  repousser  l'envahisseur,  et  Marco  Polo  fut  un  des 
premiers  à  se  présenter  pour  défendre  sa  patrie.  La  rencon- 
tre des  deux  flottes  eut  lieu  à  Curzola,  île  des  côtes  de  la 
Dalmatie,  non  loin  de  Lissa.  La  défaite  des  Vénitiens  fut 
terrible;  il  y  eut  plusieurs  milliers  d'hommes  tués  ou  pri- 
sonniers (7  septembre  1298).  Dandolo  périt  et  Marco  Polo 
fait  prisonnier  fut  conduit  à  Gênes  avec  ses  compagnons 
de  défaite. 

A  Gênes,  Marco  Polo  fut  enfermé  au  Palazzo  del  Capitano 
del  Popolo,  alors  Gugliemo  Boccanegra,  depuis  le  Palazzo 
délie  Compère  di  San  Giorgio,  à  la  Piazza  Caricamento, 
qui  servit  de  douane  pendant  fort  longtemps.  Ce  palais  fut 
donné  en  1407  par  la  République  à  la  Banque  de  Saint- 
Georges,  qui  joua  un  rôle  considérable  dans  l'histoire  de 
Gênes  jusqu'au  xviiie  siècle.  Parmi  les  compagnons  de 
captivité  de  Marco  Polo  se  trouvait  un  homme  de  Pise, 
appelé  Rusticien,  auquel  il  dicta  en  français  ses  souvenirs 
de  voyage.  Marco  Polo  rentra  à  Venise  en  août  1299;  il  se 
maria  et  mourut  probablement  en  1325. 
Pecroiotti.  En  1765-66  paraissait  à  Florence,  quoique  le  titre  de 
l'ouvrage  porte  Lisbonne  et  Lucques,  un  livre  en  quatre 
volumes,  intitulé  Délia  Décima  e  di  varie  gravezze  imposte 
dal  Comune  di  Firenze  Délia  Moneta  e  délia  Mercatura  de 
Fiorentini  fino  al  Secolo  XVI,  dont  l'auteur  était  Gian 
Francesco  Pagnini  del  Ventura  de  Volterra.  Le  VolumelII 
contient  un  traité  de  la  Pratica  délia  Mercatura  par  Fran- 
cesco Balducci  Pegolotti,  pubhé  d'après  un  manuscrit  de 
la  Bibliothèque  Riccardi  à  Florence.  Pegolotti  était  au  ser- 
vice des  Bardi  de  Florence;  nous  savons  qu'il  était  à 
Anvers  de  13 15  à  1317;  il  fut  transféré  à  Londres;  nous 
le  trouvons  à  Chypre  de  mai  1324  à  août  1327,  puis  encore 
en  1335,  époque  à  laquelle  il  obtient  du  roi  de  la  Petite 
Arménie,  pour  sa  Compagnie,  des  privilèges  commerciaux  à 


LES  MONGOLS  43 I 

Aias,  port  du  golfe  de  Scandcroun.  Les  Bardi  firent  faillite  en 
1339.  Le  premier  chapitre  du  livre  de  Pegolotti  nous  donne 
des  renseignements  au  sujet  du  voyage  de  Cathay  depuis 
Tana,  aller  et  retour  avec  des  marchandises.  Il  fallait 
compter  de  Tana  à  Astrakhan  vingt-cinq  jours  avec  un 
chariot  à  bœufs  et  de  dix  à  douze  jours  avec  un  chariot 
à  chevaux.  D'Astrakhan  à  Saraï,  il  y  avait  un  jour  par  eau 
et  de  Saraï  à  Saraitchik,  sur  le  Jaic  ou  Oural,  aussi  par  eau, 
il  fallait  huit  jours;  jusqu'à  Ourghandj,  ou  Khwarezm,  sur 
les  deux  rives  de  l'ancien  lit  del'Oxus,  on  mettait  vingt  jours 
en  chariot  à  chameaux;  d'Ourghandj  à  Otrar  de  trente-cinq 
à  quarante  jours  en  chariot  à  chameaux;  directement  de 
Saraitchik  à  Otrar  il  ne  fallait  que  cinquante  jours;  d'Otrar 
à  Al  Maliq,  quarante-cinq  jours  avec  des  ânes  de  somme; 
d'Al  Mahq  à  KanTcheou,  soixante-dix  jours  avec  des  ânes; 
on  se  rend  à  une  rivière  non  nommée,  probablement  le  Grand 
Canal,  en  quarante-cinq  jours  à  cheval;  on  descend  cette 
rivière  à  Cassai  (Hang  Tcheou),  d'où  il  faut  trente  jours 
pour  remonter  à  Khan  Bâhq.  A  Hang  Tcheou  on  échange 
ses  lingots  d'argent  pour  du  papier-monnaie  appelé  balish; 
quatre  balish  valent  un  lingot  (sommo)  d'argent.  Le  second 
chapitre  du  traité  de  Pegolotti  renferme  des  conseils  au  sujet 
du  voyage  de  Cathay,  par  exemple  :  laisser  pousser  sa  barbe 
et  éviter  de  se  raser;  ne  pas  faire  d'économie  sur  les  gages 
du  drogman  ;  il  est  utile  de  se  procurer  au  moins  deux  bons 
domestiques  parlant  la  langue  de  Couman;  le  voyageur 
sera  mieux  soigné  s'il  emmène  avec  lui  une  femme  de  Tana 
parlant  également  le  Coumanien.  Pour  aller  de  Tana  à 
Astrakhan,  il  faut  emporter  vingt-cinq  jours  de  provisions; 
la  route  est  parfaitement  sûre  de  Tana  au  Cathay;  seule- 
ment si  le  voyageur  meurt  en  route,  tout  ce  qui  lui  appar- 
tient devient  la  propriété  du  seigneur  du  heu,  à  moins  qu'il 
n'ait  avec  lui  un  frère  ou  un  ami  intime;  toutefois  on  peut 
courir  quelque  danger  dans  l'intervalle  de  la  mort  d'un 
chef  à  l'élection  de  son  successeur.  «  Cathay,  nous  dit  Pego- 
lotti, est  une  Province  contenant  beaucoup  de  terres  et  de 
villes  ;  parmi  elles,  il  y  en  a  une,  c'est-à-dire  la  ville  capitale, 
où  se  rendent   les  marchands  et  où  se  fait  beaucoup  de 


432  HISTOIRE    GENERALE    DE    LA   CHINE 

commerce,  laquelle  ville  se  nomme  Cambalec.  Et  la  dite 
ville  mesure  cent  milles  de  tour  et  est  toute  pleine  de  gens, 
de  maisons  et  d'habitants.  »  On  peut  calculer  qu'un  mar- 
chand avec  un  drogman  (Tuycimanno)  et  deux  domesti- 
ques, et  avec  des  marchandises  de  la  valeur  de  25.000  florins 
d'or,  dépensera  au  cours  de  son  voyage  au  Cathay  de 
60  à  80  sommi  d'argent  et  pour  le  voyage  de  retour  à  Tana, 
y  compris  la  nourriture  et  les  gages  des  domestiques  et  tous 
les  autres  frais,  cinq  sommi  par  bête  de  somme,  ou  moins; 
et  on  peut  évaluer  le  sommo  à  cinq  florins  d'or,  disons  à  peu 
près  treize  francs  par  florin.  Parmi  d'autres  conseils,  notons 
que  tout  l'argent  apporté  au  Cathay  est  changé  pour  du 
papier-monnaie,  jaune,  portant  le  cachet  du  Seigneur, 
appelé  halishi  et  qui  a  cours  forcé;  il  y  a  trois  espèces  de 
valeur,  différente,  de  ce  papier-monnaie  :  on  peut  calculer 
que  l'on  peut  avoir  au  Cathay  de  19  à  20  livres  poids  de 
Gênes  de  soie  pour  un  sommo  d'argent  pesant  8  ^  onces 
de  Gênes,  l'alliage  devant  être  de  11  onces  17  deniers  par 
livre;  on  peut  aussi  calculer  que  l'on  peut  obtenir  au  Cathay 
3  ou  3  ^  pièces  de  soie  damassée  ( cammocca )  pour  un 
sommo,  et  pour  un  sommo  d'argent  de  3  ^  à  5  pièces  de 
nacclietti  de  soie  et  d'or. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Pages 

Chapitre  I.  Les  Cinq  Dynasties  :  Wou  Tai.    .    .  5 
XIV^  Dynastie  :  les  Heou  Leang  ou  Leang 

postérieurs 6 

Chapitre  IL  X\'^  Dynastie  :  les  Heou  T'ang  ou 

T'ang  postérieurs 17 

Chapitre  III.  Heou  Tsin.  —  Heou  Han 35 

XVI^  Dynastie  :  les  Heou  Tsin  ou  Tsin  posté- 
rieurs    35 

XVII^  Dynastie  :  les  Lleou  Han  ou  Han  pos- 
térieurs    42 

Chapitre  IV.  XVIIIe  Dynastie  :  les  Heou  Tchou  ou 

Tcheou  postérieurs 47 

Chapitre       V.  XIX^  Dynastie  :  les  Soung      ...  57 

Chapitre     VI.  Les  Sonng  (suite) 71 

Chapitre  VIL  Les  Soung  (suite) 94 

Chapitre  VIII.  Les  Soung  (suite) 107 

Chapitre    IX.  Les  Soung  (suite) 124 

Chapitre      X.  Les  Soung  (suite) 142 

Chapitre     XL  Les  Soung  (suite) 17J 

Chapitre  XII.  XX^  Dynastie  :  les  Mongols  :  ori- 
gines. —  Débuts  de  Tchinguiz  Khan 188 

Chapitre  XIII.  Les   Mongols   :    Tchinguiz    Khan 

(suite) 204 

Chapitre  XIV.  Les  Mongols  :  Ogotaï 226 


TABLE    DES    MATIERES 

Chapitre       XV.  LesMongols:Tonrakina. —  Kouyouk  253 

Chapitre     XVI.  Les  Mongols  :  Mangkoii    ....  260 

Chapitre  XVII.  Les  Mongols  :   K'oublaï     ....  259 

Chapitre  XVIII.  Les  Mongols  :  K'oublaï  (^sw^ïgj  .    .  299 

Chapitre    XIX.  Les  Mongols  :  K'oublaï  (fin)    .    .  316 

Chapitre      XX.  Les  Mongols  (suite) 342 

Chapitre    XXI.  Les  Mongols  (suite) 350 

Chapitre  XXII.  Les   Mongols    :     Missionnaires   et 

Voyageurs  étrangers 369 

Chapitre  XXIII.  Les    Mongols    :    Missionnaires   et 

Voyageurs  étrangers  (suite) 389 

Chapitre  XXIV.  Les    Mongols    :    Missionnaires   et 

Voyageurs  étrangers  (suite  et  fin) 411 


PAUL  GEUTHNEK,  13.  RUE  JACOB,  PARIS 


Bcnazet  (A.).  —  Le  Japon  avant  les  Japonais  :  Étude  d'ethno- 
graphie et  d'archéologie  sur  les  Ainou  primitifs,  32  pp.  in-8,  191 1, 
3  francs. 

Les  sources  —  Koropok-ghourou  ou  Tsoutchi-ghoumo  —  les  anciens 
Aïnou  —  Caractère  physique  des  Aïnou  primitifs  —  Fouilles  archéolo- 
giques —  Traditions  et  légendes  —  Anciennes  croyances  religieuses. 

Chavannes  (Ed.)  et  P.  Pelliot.  —  Un  traité  manichéen  retrouvé 
en  Chine,  traduit  et  annoté,  2  pi.,  360  pp.  in-8  (T.  JA),  1913,  20  fr. 

Bibliographie  —  traduction  du  traité  manichéen  de  Pékin  —  notes 
additionnelles  —  texte  chinois  du  traité  de  Pékin  —  Nouvelles  publica- 
tions relatives  au  manichéisme  —  Fragment  Pelliot  —  Le  Houa  heu 
king  —  Le  Eul  tsong  king  et  le  San  tsi  king  —  textes  historiques  — 
notes  additionnelles  —  errata  —  index. 

Collection  Paul  Mallon,  décrite  par  G.  Migeon,  i«'  fascicule, 
13  planche?  rlont  2  en  couleurs,  15  f.  n.  chif.,  in-4,  en  un  carton- 
nage. 1919,  60  frant.s. 

Art  hindou  —  art  chinois  —  art  égyptien. 

Superbe  édition,  pi.  eu  photogravure  :  Édition  tirée  à  petit  norabrr-  et 
non  dans  le  commerce. 

Planches  :  1.  Statue  en  grès  rouge  de  Vyndhia.  —  IL  Statue  (Buste 
d'une),  pierre  bleuâtre  (dynastie  des  Weî),  vin*  siècle.  —  IIL  Aigles 
blancs,  peinture  signée  Wang-Tsin-King  (ix®  siècle).  —  IV.  Vase  de 
bronze,  dynastie  des  Han,  ii^  siècle  après  notre  ère.  — V.  Vase  en  poterie 
émaillée  (dynastie  des  Tang),  vii-x*  siècles.  —  VI.  Même  modèle  que 
pi.  V,  sans  couvercle  et  autre  côté.  —  VIL  Vase  en  poterie  émôdllée 
(dynastie  des  Sung),  960-1279.  —  VIII.  Statuette  en  calcaire  poly- 
chrome, IVe  dynastie  (école  Memphite).  —  IX.  Même  statuette  que 
pi.  VIII,  de  profil.  —  X.  Fragment  de  bas-relief  en  calcaire  polychrome, 
IVe  dynastie  (école  Memphite).  —  XL  Statuette  eu  bois  d'ébène,  fin  x^ 
ou  début  xi°  dynastie.  —  XII.  Même  statuette  que  planche  XI  —  XIII. 
Détail  de  la  statuette  figurant  aux  pi.  XI  et  XII. 

Ferrand  (G.).  —  Le  K'ouen-Louen  et  les  anciennes  navig.ations 
mterocéaniques  dans  les  mers  du  Sud,  267  pp.,  in-8  (T  JA),  1919 
20  francs. 

Textes  cliinois  et  annamites.  —  Les  transcriptions  chinoises.  —  Iden- 
tifications. —  Textes  arabes  et  persans.  •■ —  Parenté  des  Chinois,  Khmers, 
Indonésiens  et  Malgaches.  —  Les  marines  javanaise,  khmer,  cam,  chinoise 
et  malgache. — Ambassades  à  la  cour  de  Chine. —  Les  migrations  des  komr. 

Foucher  (A.)-  —  The  beginnings  of  Buddhist  art  and  other  essays 
inindian  and  Central-Asian  archaeology,  revised  by  the  author 
and  translated  by  L.  A.  Thomas  and  F.  W.  Thomas,  with  a  préface 
by  the  latter,  coloured  frontispice,  50  plates  with  explanatory 
letterpress,  XVI,  316  pp.,  imp.  8  vo,  1917,  50  francs. 

Contents  :  I.  The  beginnings  of  Buddhist  art.  —  IL  The  représentations 
of  «  Jatakas  »  on  the  bas-reliefs  of  Barhut.  —  III.  The  Eastem  gâte  of 
the  Sànchi  stûpa.  —  IV.  The  Greek  origin  of  the  image  of  Bnddba.  —  V. 
The  tutelary  pair  in  Gaul  and  in  India.  —  VI.  The  great  miracle  at 
Cravasti.  —  VIL  The  six-tusked  éléphant.  —  VIII.  Buddhist  art  in  Java. 
—  IX.  The  Buddhist  madonna.  —  Index. 


PAUL  GEUTHNER,  13,  RUE  JACOB,  PARIS 


Dallet  (Ch.).  —  Histoire  de  l'église  de  Corée,  précédée  d'une 
ijit.roduction  sur  l'histoire,  les  institutions,  la  langue,  les  mœurs 
et  coutumes  coréennes,  i  carte,  4  pi  .,2  vol.  in-8,  1874,  40  frajics. 

Tome  I.  Introduction  —  de  l'introduction  du  christianisme  en  Corée 
à  l'érection  de  ce  ro^'aumeen  Vicariat  apostolique,  1784-1831,  i  carte, 
4  planches,  xii  pp.,  2  f.  n.  chif.  CXCII,  387  pp. 

Tome  II.  De  l'érection  de  la  Corée  en  Vicariat  apostolique  au  martyre 
de  Mgr  Berneux  et  de  ses  confrères,  1831-1866,  595  pp. 

Edmunds  (A.  J.). — Buddhist  and  Christian  gospels  now  first 
compared  from  the  originals,  edited  by  M.  Anesaki,  4»  éd.,  2 
vol.,  gr.  in-8,   (323  et  315  pp.),  1908-1909,  40  francs. 

Jouveau-Dubreuil  (G.).  —  Archéologie  du  sud  de  l'Inde,  108 
pi.,  III  fig.,  2  vol.,  (192  et  151  pp.),  in-8  (An.  Musée  GuimetBibl. 
Et.  XXVI  et  XXVII),  1914,  50  francs. 

I.  Architecture  :  Introduction.  —  i''®  partie.  Les  origines  de  l'art  Dra- 
vidien.  Chapitre  I.  Caractères  généraux  de  l'architecture  de  l'époque 
d'Asoka.  —  Chap.  II.  L'époque  de  Kanishka  et  l'époque  des  Guptas.  — 
2«  partie,  Généralités.  —  3^  partie,  Les  styles,  chap.  I.  Les  styles  Pallava. 

—  Chap.  II.  Le  style  Chola.  —  Chap.  III.  Le  style  Pandya.  —  Chap.  IV. 
Le  style  de  Bijanagar.  —  Chap.  V.  Le  style  de  Madura.  —  Chap.  VL 
L'architecture  contemporaine.  —  Appendice  :  le  style  Nord-hindou  et  le 
style  de  Pattadakal.  —  64  pi.,  71  fig.,  190  pp. 

II.  Iconographie.  Chap.  I.  Iconographie  sivaïte.  —  Chap.  II.  Icono- 
graphie vichnouïte.  —  Chap.  III.  Brahamâ  et  les  divinités  secondaires.  — 
Chap.  IV.  Histoire  de  la  reUgion  d'après  l'iconographie.  —  Chap  V.  Cos- 
tumes —  statues  —  chars,  etc.,  44  pi.,  40  fig.,  152  pp. 

Leclère  (A.). — Histoire  du  Cambodge  depuis  le  i^r  siècle  de 
notre  ère,  d'après  les  inscriptions  lapidaires,  les  annales  chinoises 
et  annamites  et  les  documents  européens  des  six  derniers  siècles, 
XH,  547  pp.,  gr.  in-8,  1914,  30  francs. 

Mission  Pelliot  en  Asie  Centrale  :  série  in-4  :  Pelliot  (P.).  Les 
grottes  de  Touen-houang,  T.  I  :  64  pi.  en  phototypie,  i  plan  des 
grottes,  avec  texte  explicatif,  in-4,  dans  un  portefeuille,  1920,  64  fr. 

La  description  des  grottes  de  Touen-houang  comprendra  5  volumes  de 
64  planches  environ  chacun. 

Tchang  Yi-Tchou  et  J.  Hackin.  —  La  peinture  cliinoise  au 
Musée  Guiraet,  16  planches,  fig.  dans  le  texte,  VII,  97  pp.  in-4  o^l., 
cart,,  Musée  Guimet,  Bib.  d'art,  IV,  1910,  20  francs. 

Caractères  généraux  de  la  peinture  chinoise.  —  i''®  période  (2600  av. 
J.-C.  —  200  ap.  J.-C).  —  2«  période  :  les  trois  royaumes,  les  six  dynasties. 

—  3«  période  ;  dynastie  des  T'ang.  —  4*  période  :  les  cinq  royaumes.  — 
5®  période:  la  dynastie  des  Mongols.  —  6*^  période  :  les  Mongols  (1260-1 368). 

—  7®  période  :  dynastie  des  Ming.  —  8®  période  :  la  dynéistie  actuelle.  — 
Catalogue.  —  Index  des  peintres.  Toutes  les  peintures  reproduites  sont 
des  pièces  inédites  de  premier  ordre. 

Launay  (A.).  —  Histoire  des  Missions  de  Chine  :  Mission  du 
Kouy-Tchéou,  i  carte,  7  pi.,  3  vol.  gr.  in-8,  IQ07-8,  60  francs. 
Société  des  Missions  étrangères. 


Imprimerie  Vromant  &  C,  3,  rue  de  la  Chapelle,  Bruxelles.  —  8-20-7536. 


Cordier,  Henri 

HistoiPe  cénértle  de  1^ 


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UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 


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